Les premiers arrivés furent Bill et Fleur. Bill avait toujours un catogan et une dent de serpent en guise de boucle d'oreille. Son visage, cependant, voyait déjà apparaître plusieurs rides, malgré son jeune âge, à cause de son travail à Gringotts où les Gobelins étaient devenus encore plus paranoïaques depuis la chute de Jedusor. Il avait également dû commencer à porter des lunettes de repos, son épouse l'ayant vu une fois rentrer avec les yeux injectés de sang à force de lire des parchemins parfois vieux de plusieurs siècles.
Fleur, de son côté, n'avait pas beaucoup changé depuis la fin de la guerre : elle était toujours aussi belle et resplendissante, si ce n'était que sa ligne n'était plus parfaite, au grand dam de Ron. Cependant, comme le lui avaient fait remarquer Harry et George, c'était une conséquence logique à trois accouchements en presque autant d'années. Si les tirs avaient été rapprochés – et aucun de nouveau n'était pour le moment au programme – Harry avait du mal à comprendre leur coordination.
En effet, pour une raison qui défiait son entendement, Victoire, Louis et Dominique étaient tous les trois nés le jour d'anniversaires importants pour Harry. Victoire était née le jour même de la fin de la guerre, d'où son nom, même si elle n'avait pas été la seule dans ce cas. Depuis plusieurs années, on observait en effet un pic des naissances lors de cette période de l'année.
Puis était venu Louis, vingt ans jour pour jour après la mort des parents de Harry et dix ans après celui où Ron et lui avaient terrassé un troll des montagnes adulte – George avait d'ailleurs proposé le prénom Trolley en cet hommage. Le plus surprenant constituait en la naissance de Dominique, qui était née le jour même de la Seconde Tâche du Tournoi des Trois Sorciers. Était-ce un signe du destin ?
« Comprends-le », l'avait taquiné Ron avec un immense sourire, « il doit s'ennuyer ce pauvre Destin. Plus d'Élu à martyriser pendant l'enfance. Faut bien qu'il vienne prendre de tes nouvelles. »
Hermione, bien entendu, n'avait pas accueilli cette plaisanterie avec joie, mais elle avait eu le mérite d'empêcher Harry de se tourmenter toutes les nuits.
Le jeune sorcier salua la famille avec chaleur et notamment ses petits neveux et nièces. Il voyait assez régulièrement Victoire, qui venait souvent chez lui quand Teddy s'y trouvait. En revanche, il profitait peu de Louis, qui arrivait désormais à marcher sur ses deux jambes sans l'aide de ses parents, et de Dominique, qui dormait déjà dans les bras de sa mère. Le jeune garçon lui fit un gros bisou bien baveux avant de courir rejoindre sa sœur aînée et Teddy. Harry, accompagné de Ron, aida Mrs Weasley à installer la table dans le jardin.
À peine avaient-ils eu le temps de la poser délicatement, qu'ils entendirent un grand chambardement dans le salon, annonçant l'arrivée de George et Angelina. Harry se retourna juste à temps pour voir deux traînées brunes sortir tout droit de la cuisine pour rejoindre Teddy. Le couple apparut quelques instants plus tard, le mari traînant un peu en arrière.
Ron se dirigea tout de suite vers son frère pour lui donner une accolade. Ce dernier la lui rendit, mais lorsqu'il vint saluer Harry, celui-ci décela l'habituelle trace de manque au fond du regard de son beau-frère. Angelina, qui avait récupéré ses enfants, les embrassa chaleureusement.
Fred et Roxanne étaient aussi bruns que leur père était roux et avaient le même regard pétillant de malice. Ils étaient encore très jeunes – ils avaient respectivement trois et deux ans –, mais déjà leur mère présageait qu'ils auraient le même comportement que leur père pour ce qui était de faire des bêtises. D'après Bill, la première grosse bêtise de Fred et George – qui consistait à avoir remplacé l'eau du réservoir par du vinaigre – datait de leur quatrième anniversaire. L'arrivée de Ginny les ayant bien aidés pour détourner l'attention de leur mère.
Les deux enfants repartirent jouer lorsque Charlie surgit à son tour. Il affichait une nouvelle blessure au niveau de la joue, qui décrocha une légère grimace à Angelina.
« Ne t'inquiète pas, la rassura-t-il. Ça m'apprendra à ne pas regarder où je mets ma tête.
— Comment ça ? » plaisanta George, soudain très railleur. « Tu t'es enfin jeté dans la gueule du dragon. Mais c'est un évènement… Non, c'est une révolution ! On doit instaurer une fête nationale ! Maman !
— Qu'est-ce que tu racontes ? J'ai juste plongé au milieu de Snargalouf pour échapper aux flammes d'un Norvégien passablement susceptible, expliqua-t-il.
— Ah, au fait, intervint Harry. Comment va Norberta ?
— Ça peut aller, confia l'éleveur de dragons. On a cru qu'elle avait attrapé une maladie durant l'hiver, avant qu'on ne réalise qu'elle était en réalité tombée enceinte. Son dresseur, Mortimer Fitzgerald, a eu un drôle de choc en découvrant la ponte. »
Harry se demanda si Hagrid avait été mis au courant. Il eut un flash dans lequel il revit Norberta éclore sur la table de la cabane du garde-chasse, sous le regard ému de ce dernier. Au départ, le jeune garçon avait pris cela pour une passion quelque peu excentrique, mais lorsqu'il avait vu les regards successifs de Fleur, Angelina et Audrey à la naissance de leur enfants respectifs, le jeune homme avait rapidement compris de quoi il en retournait : la venue au monde d'un bébé était toujours un heureux évènement et il se permit un sourire au souvenir de la petite Norberta, manquant de carboniser la barbe de Hagrid. Et il avait d'autant plus hâte de découvrir le sien.
Le jeune Auror retourna dans la cuisine chercher les couverts. Il ne manquait qu'un enfant Weasley, toujours le même.
Depuis la fin de la guerre, Percy s'était réconcilié avec sa famille, même si les conversations étaient toujours un peu tendues. La mort de Fred avait sans doute été un facteur déterminant dans le rapprochement, mais le passé était encore bien présent. De plus, Harry soupçonnait son beau-frère d'avoir honte. Lorsqu'il avait fait part de son avis à Hermione – il n'avait pas osé aborder le sujet avec Ginny ou Ron –, celle-ci était plutôt encline à penser qu'il se sentait responsable de la mort de Fred.
Peu après la défaite de Voldemort, Percy était venu lui présenter ses excuses dans un long plaidoyer. Harry l'avait interrompu au bout d'une minute en tendant simplement la main. L'ancien assistant du Ministre avait paru déstabilisé quelques instants, avant de prendre la main et de la serrer, un sourire coupable sur le visage. Ce même sourire qu'il arborait presque à chaque fois qu'ils se croisaient.
Plus tard, Harry apprit que même s'il était resté au sein du Ministère pendant l'année des Ténèbres, Percy avait essayé de sauver les Nés-Moldus en « égarant » des convocations ou en « paraphant » certaines décisions. Il avait formé une équipe de l'ombre qui avait accès directement aux dossiers et avait ainsi pu sauver de nombreux sorciers. Parfois, quand cela était possible, il pouvait également « découvrir » une branche sorcière dans un arbre généalogique. Son réseau, comme il l'appelait, avait été constitué de cinq personnes. Il avait volontairement limité le nombre de place pour éviter que leurs actions ne s'ébruitent et qu'ils ne se trahissent. Il avait été récompensé de l'Ordre de Merlin Seconde Classe et Kingsley lui avait offert le poste de Directeur du Département des Transports Magiques.
Ce fut parmi les membres de son « réseau » que Percy découvrit Audrey Longbard, sage-femme à Ste Mangouste. Sa position donnait accès aux extraits de naissance et, par conséquent, à la généalogie des sorciers. Alors que le jeune homme était venu retrouver sa famille à Poudlard, sentant que sa place y était, sa petite-amie avait rejoint le Ministère durant l'assaut de celui-ci, pensant l'y trouver. Il s'en était suivi quelques heures, après la victoire de Harry, durant lesquelles Audrey avait été en proie à une panique inquiétante, jusqu'à ce qu'elle fût autorisée à se rendre à Poudlard. Elle avait été d'un grand secours auprès de Percy.
« Percy est occupé ? s'inquiéta Ron.
— Il m'a assuré qu'il serait là avec Audrey et leur fille, révéla Mrs Weasley.
— Comment va-t-elle ? s'enquit Ginny.
— Comme d'habitude. »
Percy avait appelé sa fille Molly, pour montrer à sa mère sa bonne volonté et rayer ce qu'il s'était passé durant le retour de Voldemort. L'intéressée avait été touchée plus que nécessaire. Mais très vite, ses sentiments avaient dépassé le cadre de l'amour maternel qu'elle portait en chaque membre de sa famille.
En effet, peu après son premier anniversaire, on découvrit chez Molly des symptômes d'origines inconnues : elle semblait vieillir plus vite que la normale. Audrey avait fait de nombreuses recherches, mais rien à Ste Mangouste ne semblait expliquer le phénomène. Et aucun des médicomages, même parmi les plus anciens, ne sut lui donner d'explication convenable. Le couple avait essayé de garder secret ce problème aux yeux de la famille, pour ne pas inquiéter la grand-mère. Malheureusement, celle-ci avait tenu absolument à organiser au Terrier le second anniversaire et le secret fut éventé.
Mrs Weasley en avait été effondrée. Elle était restée enfermée dans sa chambre de longues semaines, se nourrissant exclusivement de ce que lui apportait son mari. Harry, quant à lui, n'était pas prêt d'oublier ce qu'il avait vu : sa petite taille, la tête sans cheveux, le visage minuscule et les veines saillantes au niveau du crâne. Pourtant, Molly ne semblait nullement affectée par ces symptômes et riait autant que ses cousins. Pour eux, leur cousine était « tombée dans une marmite remplie de potion de ratatinement lorsqu'elle était petite. ». Ce fut à ce moment-là qu'Hermione était intervenue.
L'état de sa nièce la préoccupait énormément car il n'y avait aucune trace d'une telle maladie nulle part dans les archives magiques. Or, elle était persuadée d'en avoir déjà entendu parler. Ce fut au retour d'une visite chez ses parents que la réponse devint claire pour tout le monde.
Molly était en réalité atteinte de la Progéria, une maladie génétique – la jeune Née-Moldus dut expliquer cette notion à toute la famille Weasley – extrêmement rare. Elle causait un vieillissement prématuré chez les enfants Moldus. Audrey leur confirma alors qu'il n'y avait aucune maladie de ce genre chez les sorciers, alors qu'il semblait en exister un certain nombre chez les Moldus. Les médicomages de Ste Mangouste se renseignèrent d'avantage sur le sujet et Molly fut emmené dans un hôpital Moldu où l'on confirma le diagnostic.
Depuis, Percy et Audrey avaient réussi à garder Molly chez eux, mais celle-ci devait se rendre régulièrement à l'hôpital pour que l'on surveille l'avancement de la maladie. Il n'existait aucun traitement et les Moldus commençaient à peine à comprendre son mécanisme. Les guérisseurs de Ste Mangouste suivaient de très près les recherches de leurs homologues. Leur idée était de coupler la magie au savoir Moldu pour trouver un traitement. Ils étaient sur la bonne voie d'après Audrey, mais pour le moment, Molly devait se « contenter » d'être un peu plus chouchoutée que ses cousins et cousines.
Harry entendit la porte s'ouvrir et tous se précipitèrent dans le salon pour accueillir la petite famille. Mrs Weasley se jeta littéralement dans les bras de son fils qui lui rendit son étreinte. Audrey se tenait en retrait, portant Molly dans ses bras. La grand-mère s'approcha d'elle, lui fit la bise avant de prendre sa petite fille et de disparaître de leur champ de vision aussi rapidement qu'un fantôme. Audrey eut un sourire forcé et Harry devina que la maladie de leur fille devait peser lourd sur eux.
« Mais qui vois-je ? » s'étonna une voix derrière eux. « Mais ne serait-ce pas le plus grand abruti que la Terre n'ait jamais porté ?
— Bonjour à toi aussi, George, salua Percy avec un nouveau sourire coupable.
— Stop, stop, stop ! Tu gâches tout là Perce ! réprimanda George. Ca fait des semaines que je prépare ça et toi, tu fous tout par terre. On le refait. »
Le Weasley farceur sortit du salon, tandis que tous tentaient plus ou moins de dissimuler leurs rires devant la mine défaite de Percy. George réapparut quelques instants plus tard, déguisé cette fois-ci en clown.
« Eh bonjour tout le monde ! C'est Georgi le Clown ! Vous vous êtes bien amusés ? Quelqu'un veut-il venir s'amuser avec moi ? Un volontaire ? Vous, là, le monsieur au dernier rang ! Venez donc. »
George attrapa son frère aîné et l'amena à côté de lui. Puis il lui attrapa la main, qu'il secoua vigoureusement.
« Bonjour Monsieur-Le-Pas-Percé ! Comment allez-vous ?
— Je vais bien, George, assura timidement Percy.
— Je n'ai pas très bien entendu ?
— Je vais très bien, George, réitéra Percy d'une voix plus ferme.
— Je n'entends rien ! Vous entendez quelque chose les enfants ?
— Non, Monsieur le Clown ! » s'exclamèrent plusieurs voix surexcitées.
Harry réalisa alors que les enfants les avaient rejoints et riaient aux éclats devant les pitreries de leur oncle.
« Parlez plus fort, Monsieur-Le-Pincé !
— Je vais parfaitement bien, Môssieur-Le-Galapiat ! » cria presque Percy.
Tout le monde explosa de rire, excepté George, trop surpris d'avoir été pris de court, et Percy, trop surpris par ce qu'il venait de dire. Puis ils éclatèrent de rire en se joignant aux autres. Mrs Weasley choisit ce moment précis pour annoncer que le déjeuner était servi. Tous regagnèrent le jardin et s'installèrent.
Les enfants décidèrent de leur propre initiative de s'accaparer un bout de table, assurant qu'ils devaient parler de « choses de grands ». On les laissa faire, mais Angelina et Charlie furent désignés pour les encadrer. Ce dernier rencontra un vif succès, chacun des enfants voulant l'entendre raconter une aventure où il « combattait » les dragons. Harry se plaça entre Ginny et Ron, tandis que Mr Weasley entreprenait de servir une salade de tomates.
« Il faudrait que les enfants viennent me voir à la réserve un de ces jours, déclara Charlie.
— Il en est hors de question, tranchèrent Fleur et Mrs Weasley d'une même voix.
— C'est trop dangereux, renchérit Angelina alors qu'elle tentait de faire manger une tomate à Roxanne qui avait décidé que ce n'était pas à son goût.
— Je suis certain que Hagrid saura pallier à ce manque cruel de leur éducation, assura Ron. Il est le seul professeur à présenter Scroutts à Pétard, Hippogriffes, Dragons, Acromentules et autres géants à ses élèves.
— Oui, il ne nous manquait que les Manticores et les Chimères, concéda Ginny.
— C'est au programme des septième année d'après ce qu'on m'avait dit », lui affirma George.
Une nouvelle fois, tous éclatèrent de rire, mais Harry crut discerner encore ce sourire triste sur le visage de George et il était persuadé qu'Angelina l'avait également vu. La salade fut rapidement engloutie et laissa place à un délicieux gigot d'agneau à la menthe, accompagné de choux romanesques.
Comme il fallait s'y attendre, les enfants refusèrent catégoriquement de ne goûter ne serait-ce qu'une bouchée de cette « étrange mixture au goût encore plus nauséabond que les chaussettes sales d'un troll », selon Teddy. Andromeda essaya de l'y forcer, menaçant de le priver de dessert, mais rien n'y fit. Et, bien évidemment, la fratrie Weasley le suivit avec joie, au grand dam des mères.
« Mange au moins une bouchée, juste pour goûter ! insista Fleur à l'adresse de Victoire.
— Veux pas ! Teddy dit que c'est pas bon !
— Ce qui n'est pas bon pour Teddy ne l'est pas forcément pour toi, essaya de raisonner Bill. Chacun a des goûts différents. Prends ton oncle Ron. Il est le seul à cette tablée à avoir l'audace de supporter les Canons de Chudley alors que tout le monde sait que rien ne vaut les Frelons de Wimbourne.
— Eh ! intervint Ron. On gagnera le championnat cette année ! Nous avons la…
— Oui, si on peut parler ça d'une équipe, rétorqua Angelina. Des joueurs achetés à droite à gauche sans jamais avoir joué ensemble.
— Et ton oncle devrait savoir », enchaîna Ginny à l'adresse de Victoire, « que sa sœur joue dans le meilleur club du pays, les Harpies de Holyhead.
— Ah non ! Rien ne vaut le Club des Flaquemare, trancha George. Wood rules !
— Pas d'accord. La meilleure équipe est celle des Vautours de Vratsa ! certifia Charlie, catégorique. Vous auriez dû voir comment ils ont survolé leur championnat cette année, comme aucune autre équipe. S'ils perdent la Coupe d'Europe, c'est uniquement parce que les Tapesouafles de Quiberon sont de lamentables tricheurs ! »
Sur quoi Fleur se sentit vexée et partit dans un long monologue sur la fierté française. Harry ne savait pas si c'était la colère ou si elle le faisait exprès, mais son accent français ressortit de plus belle. Les enfants suivirent le débat acharné entre les adultes tandis que les mères, Andromeda et Mrs Weasley en tête, faisaient passer les plats.
Sans s'en rendre compte, Teddy et les autres mâchouillaient tranquillement leurs parts en écoutant Ron expliquer comment le championnat ne pouvait échapper aux Canons de Chudley et Ginny lui répliquer qu'il faudrait avant tout qu'ils avalent tout un chaudron de Felix Felicis. Hermione, talonnée par Percy, s'empressa de préciser qu'une telle pratique était interdite et pouvait s'avérer toxique.
Harry, quant à lui, se plaça du côté de son épouse – il voulait surtout ne pas la froisser –, mais il soutint que les Canons avaient mis les moyens pour parvenir à remporter ce trophée qui leur échappait depuis 1892. Mr et Mrs Weasley restèrent en dehors du débat, se contentant d'observer leur famille réunie parler avec tant de joie.
Arriva finalement le dessert. Mrs Weasley avait préparé un immense gâteau au chocolat. Les enfants, comme il fallait s'y attendre, se jetèrent dessus. Cependant, c'était sans compter l'appétit vorace de leur oncle Ron qui ne se priva pas de s'empiffrer, sous le regard mi amusé mi offusqué d'Hermione. Ginny put souffler ses bougies suffisamment rapidement pour que la symbolique reste entière. Harry l'embrassa langoureusement – les enfants ne pensèrent pas à détourner le regard, trop occupés à dévorer leurs parts – avant qu'elle n'ouvre ses cadeaux.
La plupart étaient des cadeaux pour le bébé, mais Ginny éclata de rire en voyant l'exemplaire de la « catapulte pour bébé » que George et Angelina lui avaient offert – « un maximum de tranquillité pour un minimum d'effort ». La suite de la journée se passa aussi paisiblement que le reste. Les enfants jouèrent dans le jardin, essayant d'échapper aux adultes qui voulaient les manger. Pour la première fois depuis des semaines, tous les soucis de Harry sortirent de sa tête et il put pleinement profiter de sa famille. Même s'il dut, au bout d'un moment, abandonner « la chasse aux enfants », ses blessures le faisant encore souffrir avec l'effort.
La nuit venue, dans la chambre de Ginny – Mrs Weasley avait fait une scène pour qu'ils restent ici –, il s'allongea sur le lit à côté d'elle et caressa le ventre arrondi.
« Tu es content ? s'enquit-elle.
— D'avoir un enfant ? Bien sûr ! garantit Harry. C'est le plus beau cadeau que tu m'aies jamais fait. Je te promets d'être là pour voir sa petite frimousse sortir.
— Tu… tu es sûr ?
— Bien sûr que j'en suis sûr. Pourquoi ?
— Parce que… toi et les promesses… vous n'êtes pas vraiment faits pour vous entendre, fit-elle remarquer. Alors… je préférerais que tu ne promettes pas pour ne pas me décevoir.
— Que veux-tu dire Ginny ? s'intrigua Harry, dont la voix prit un ton de reproche.
— Tu es Auror… Et nous sommes dans une époque… turbulente.
— Je ne laisserai rien ni personne m'empêcher de venir voir la naissance de mon premier enfant, insista-t-il.
— Harry. Je sais que tu penses ce que tu dis, confia Ginny. Mais je ne veux pas être déçue. Et nous ne… Je veux dire, nous avons déjà eu…
— Écoute-moi bien, Ginny », déclara Harry en regardant sa femme droit dans les yeux. « Mon passé est derrière moi. J'ai tiré un trait dessus. J'ai décidé de vivre ma vie.
« Tu sais très bien que si j'ai choisi de devenir Auror, c'est parce que je ne pourrais pas vivre sans. Mais sache que les Mages Noirs ne sont plus ma priorité. Ma priorité, c'est toi, c'est ma famille. Je sais que ça ne sera pas toujours facile. Mais je ne raterai cet évènement pour rien au monde. Je peux arriver en retard un soir pour dîner. Mais je ne peux pas être absent le jour où mon enfant naîtra.
— Harry…
— Je ne sais pas ce que c'est d'être père, ni d'avoir une famille, avoua-t-il. Mais grâce à toi, grâce à Teddy, grâce à tes frères, je commence à savoir à quoi ça ressemble. Je te mentirais en disant que je serai le père ou le mari parfait, mais je te promets d'être le meilleur père et mari possible. Le temps où je courais après mon destin, après Voldemort, est fini. Maintenant, je sais où est l'important, assura le futur père. Et l'important se situe dans ma famille, car vous êtes mon bien le plus précieux. Je n'ai jamais connu mes parents, mais grâce à vous tous, c'est tout comme. »
Harry resta un long moment à fixer Ginny du regard. Ses yeux marrons brillaient comme jamais à la lueur de la Lune. Il y lut à la fois de la reconnaissance, de la joie, de l'appréhension et de l'amour. Elle ne pleurait pas – elle savait déjà tout ça –, mais elle était fière de son mari. Cela n'avait pas été facile. Elle était partie à partir de rien.
Il n'avait connu les liens familiaux que sous forme de haine et d'indifférence. Il avait fallu lui apprendre ce qu'était une famille aimante, chaleureuse, conviviale. Il avait, non pas fallu gagner sa confiance – celle-ci avait été directement acquise de par son amitié avec Ron –, mais gagner son cœur.
Ginny savait que Harry avait peur. Il allait lui-même être confronté à quelque chose qu'il n'avait jamais connu. Mais tout comme il l'avait abandonnée pour vaincre Voldemort, elle savait qu'il resterait auprès d'elle pour essayer d'être le modèle qu'il n'avait jamais eu pour ses enfants.
Et c'était là le plus beau cadeau d'anniversaire qu'il puisse lui faire.
