Départs.
Sherlock
La lettre posée en évidence sur la tablette à côté de lui attira son attention dès son réveil . Il n'arrivait pas à détacher son regard de celle-ci mais ne parvenait pas à la lire pour autant. Elle venait de lui. Elle venait de lui et ça ferait mal.
Il ferma les yeux et repensa aux mois qui venaient de s'écouler. L'Homme avait réussi. Même incarcéré il avait eu le temps de détruire Sherlock. Celui-ci n'avait jamais vraiment compris la haine qu'il éprouvait pour lui. Mastre était, selon le psychiatre engagé pour le procès, un psychopathe à fortes pulsions obsessionnelles. Il avait simplement jeté son dévolu sur Sherlock et ne s'en était jamais détourné. Ainsi chaque action qu'il avait fait après leur rencontre avait amené au jour où il avait torturé John et lui-même.
Il avait suivi le détective pendant des années à tel point qu'il était là à chaque fois. Il était là le jour de sa confrontation avec le chauffeur de taxi, dans le public de badauds autour de la scène, il était à la piscine aussi, enfin c'était lui qui avait appelé Moriarty pour le détourner de Sherlock. Moriarty n'avait certainement jamais su les tenants et aboutissant de cet appel, même lui s'était laissé avoir. Ça Sherlock ne le comprenait pas mais il n'aurait certainement jamais la réponse à ce questionnement.
Mastre avait été là tout le long et avait tout su et prévu point par point la meilleure façon de détruire Sherlock. Et il avait réussi au final.
Sa tentative de le détruire en tuant John, avait échoué mais au final ce fut pire bien pire. Et lors du procès il l'avait compris. C'est pour ça qu'il avait tout raconté pour narguer Sherlock pour lui montrer que depuis le début il était là. Qu'il savait tout et avait su quand agir.
Le suicide de Sherlock failli tout faire rater et il était entrer dans une rage noire pendant deux ans. Il avait tué plus de gens que jamais dans sa vie espérant voir réapparaitre le détective consultant. Au final son retour et l'effet sur John avait été l'élément déclencheur de son plan. Il n'avait plus qu'à attendre patiemment. Lorsque qu'il avait rencontré un homme dont le nom ne sortit jamais au procès , qui lui donna de précieuses informations sur John Watson il eut l'idée des pyramides. John avait perdu la mémoire de cette époque là mais juste après la mort d'Elham il avait continué à en parler à ses frères d'armes insistant sur la pyramide macabre jusqu'à ce qu'il oublie finalement. Cette information était remontée et le plan était en place. L'attente ne fut pas trop longue et tout avait suivit son cours. Il devait tuer John au moment où celui-ci se séparerait de Sherlock ainsi le détective devrait vivre avec le fait qu'il ne serait jamais pardonné. Mais même sans ça la situation de dégénéra et ce fut pire encore.
Car il n'y aurait pu de pardon possible. Ni pour lui ni pour John.
Si Caleb avait été condamné, eux aussi l'étaient.
La suite de tout ça fut pour le moins imprévisible, John craqua plus que jamais dans sa vie et devint complètement fou. Ce qu'il lui avait fait, il ne le comprenait pas. Mais surtout il ne comprenait pas que lui-même n'arrivait pas à être en colère. Il devrait le haïr, il devrait ne plus vouloir le voir, mais ses sentiments ne changeaient pas.
Les derniers mois furent les plus aléatoire et douloureux pour lui et cette histoire n'était pas terminée.
II soupira et se redressa légèrement. Sherlock prit la lettre de John et se mit à lire. Aucune larme ne vint troubler sa lecture. Les décisions étaient prises, il ne savait plus quoi faire. Les mots de John résonnèrent dans sa tête toute la journée durant. Même lorsque un médecin s'occupa de lui. Même lorsque Mycroft et Greg passèrent le voir. Il n'y avait plus que les mots de John.
Sherlock,
Je ne pourrai jamais me pardonner ce que je t'ai fait. Je ne mérite aucun pardon de toute manière.
Tu m'as sauvé, il y a cinq ans, de ce que j'étais devenu et je te dois tout.
Mais je t'ai fait du mal, je nous ai détruit et plus rien ne réparera ça. Je n'ai aucune explication, aucune excuse, je suis devenu fou.
Alors je pars. J'ai trouvé un commando spécial, des soldats qui n'ont plus rien à perdre pour des missions spéciales. J'en suis conscient, ce sera une mission suicide et je ne reviendrai jamais. Mais c'est pour le mieux, c'est comme ça que ça doit finir, la boucle est bouclé.
Reprends ta vie Sherlock, ton génie est nécessaire à cette ville. Le monde tomberait si tu n'étais pas là. Tu es un héros, quoique tu ais toujours pensé. Sois impressionnant, arrogant, fier et génial. Sois Sherlock Holmes.
J'ai failli ne pas te le dire, mais je suis égoïste et j'aimerais que tu le saches avant que je parte.
Je t'aime, Sherlock. C'est la chose la plus importante et la plus vraie que j'ai dit de ma vie et je ne te l'avais jamais dit avant car, pour être honnête, je n'en savais rien. Je me suis persuadé si longtemps que tout ça ne pouvait exister, que je n'étais pas gay. Et je me suis trompé tout ce temps, j'avais tort, je t'aimais. Trop. Trop pour supporter de te perdre, trop pour comprendre ton mensonge. Ça n'excuse rien, ce sont juste des faits.
Vis.
Je t'aime. Pardon.
J.
John
Il reçu l'ordre de mission vraiment rapidement. C'était une urgence et ils avaient besoin d'hommes. Dans deux jour, il partirait pour une mission suicide avec sa division.
Il ne regrettait rien. Il le méritait et c'était le choix le plus censé. Se suicider n'aurait aucun intérêt, c'était trop facile. Il lui fallait souffrir ce n'était pas juste sinon. Il était temps.
Il rassembla ses affaires, mit à jour son testament. Puis il vérifia si Sherlock s'était bien réveillé. Il réussi à avoir l'information que celui-ci avait émergé le matin même, il allait bien, bien qu'il lui faudrait un moment pour être en forme.
Il avait certainement lu sa lettre, maintenant il savait. Maintenant tout était dit. Les choses ne changeraient plus. Ils s'étaient détruits mutuellement car ils s'aimaient trop. Ça lui semblait facile de dire ça. Mais c'était ce qui s'en rapprochait le plus. Ils se seraient suivis jusqu'au bout du monde, au centre même des situations les plus dangereuses. Ils auraient arrêté des balles avec leur propre corps pour protéger l'autre. Tout le monde le savait avant eux. L'un et l'autre ne pouvait vivre bien sans l'autre mais ils ne pouvaient pas non plus être ensemble. Trop dangereux mais surtout trop intense, trop violent. Aucun des deux ne savait aimer normalement et encore plus quand il s'agissait d'eux même.
Puis la situation avait tournée au cauchemar et John avait commis un acte d'une horreur et d'une violence qui ne se pardonnait pas. C'était finit
Leur histoire s'arrêtait ici.
Sherlock
Après un temps à remuer les mots de son ancien ami, Sherlock compris qu'il n'avait qu'une envie: le revoir. C'était absurde et fou et très probablement destructeur mais il ne pouvait faire autrement. Il ne savait pas quand John devait repartir et il devait le revoir au moins une fois car ces missions qu'il entreprenait seraient mortelles pour lui.
D'un geste, il retira les perfusions de son bras, se leva difficilement et attrapa ses vêtements posés sur une chaise non loin. Ce fut laborieux, son corps était si faible, si lent. Il s'agaça sur les boutons de sa chemise avant d'en venir enfin à bout. Les lacets furent la seconde épreuve mais au final il s'en sortit.
Il sortit de l'hôpital la tête haute, sûr de lui, pour que personne ne tente de l'arrêter. Ce fut facile, comme toujours. Arrivé devant, sur le trottoir, il héla un taxi, ce ne fut qu'une fois assis qu'il hésita un peu sur l'endroit où se trouvait John. Avait-il gardé la maison qu'ils avaient avec Mary? L'avait-elle virée?
Il ignorait tout du parcours récent de John. Cela lui serra un peu le cœur, eux qui avaient été si proche.
Il opta donc l'adresse de sa maison. La plus probable, John était à bout de force lui aussi, il n'aurait pas été préoccupé par changer de maison.
Arrivé devant, il comprit que c'était la bonne adresse mais il comprit aussi que c'était trop tard. Il entra dans la maison, vidée de toutes ses affaires. Restait sur le pas de la porte un courrier arrivé après qu'il soit parti.
Celui-ci, arrivé le jour même, contenait la modification d'un ordre de mission. John étant parti la veille pour sa base militaire, il ne l'avait pas reçu. L'ordre était passé d'urgent à priorité nationale.
John était parti ce jour, pour un pays dangereux, pour une mission suicide. Sherlock maudit sa faiblesse des derniers jours qui l'avait empêché de sortir de son lit.
Sherlock avait raté John, John allait mourir. Ils ne se reverraient plus. Sherlock sentit ses joues se parer de larmes pour la dernière fois, pour John.
Adieu John.
John
Tout changeait une ultime fois. Il espérait sincèrement que Sherlock vivrait, qu'il reprendrait sa vie et surtout qu'il serait heureux.
Il était passé à Baker Street juste avant de partir pour la base. Là bas il était tombé sur les lettres de Sherlock, il avait lu celle qui lui était adressé, il avait eu mal, ce serait les derniers mots qu'il aurait de Sherlock.
John,
C'est fini je n'en peux plus. J'ai été toute ma vie durant loin de mes sentiments, loin de leur force. Et maintenant voilà qu'ils apparaissent avec toute la violence d'une vie.
Je ne suis pas sûre de mon choix de mot, ça aussi c'est étrange, mais je dois admettre que de nous deux, c'est toi qui les maîtrise le mieux.
Je te devais une lettre, j'avais espoir de ne jamais avoir à l'écrire, mais j'en suis là.
Je ne t'en veux pas, c'est peut être le pire. Il n'y à aucun pardon possible ni pour toi ni pour moi et pourtant je suis toujours amoureux de toi. Je ne comprends pas. Je n'aime pas ça. Je sais que ce que tu as fait est inqualifiable mais il n'empêche, rien ne change.
Vis. Essais. Moi je ne veux plus. Je veux faire taire mon cerveau, il est temps.
S.
John attrapa la clé USB accompagnant la lettre, une larme coula sur sa joue et il quitta le 221 sans un regard en arrière.
Arrivé à la base, il monta dans l'avion censé l'amener à sa mort, sans un regard pour ses nouveaux compagnons de mission. Il ne connaissait pas leurs noms, ne voulait pas les connaître car ça ne servait à rien de s'attacher à eux.
L'avion décolla rapidement jusqu'à survoler la ville.
Un dernier regard pour les lumières de Londres. Un dernier regard aux plus belles et intenses et douloureuses années de sa vie.
Adieu Sherlock.
