21 décembre
Mots utilisés : Cape - Luge - Temps froid et sec
Fandom : La passion van Gogh
Vincent et Théo van Gogh
Famille
Par temps froid et sec, quand l'air piquait et que la buée s'échappait dans l'air à chaque respiration, les deux petits garçons qu'étaient Vincent et Théo van Gogh aimaient courir dans la neige hollandaise pour aller jouer dans les collines. Après les longues heures d'étude dispensées par leur père, le pasteur du village, c'était une véritable délivrance de pouvoir s'échapper de la maison. Même quand il faisait froid, même quand le gel piquait leur nez et leurs oreilles. De toute façon, on n'avait pas le temps d'être frigorifié quand on était deux petits garçons qui couraient dans la poudreuse.
Cette après-midi-là, les deux enfants étaient sortis en courant de la maison, pendant que leur mère était installée avec ses élèves de couture, leurs deux sœurs et leur petit frère autour de la cheminée. Ils avaient emporté avec eux la vieille luge qu'un de leur oncle leur avait offerte, vieille et vermoule mais qui glissait toujours comme le vent. Ils étaient partis dans les petites collines derrière le village et entendaient bien jouer dans la neige pendant des heures.
Vincent, le plus âgé de quatre ans, courait devant en traînant la luge derrière lui. Théo le suivait sur ses petites jambes plus malhabiles.
"Regarde, Théo. Cette colline-là est parfaite, décréta le grand frère en s'arrêtant au sommet de la bute. On peut même voir le village jusqu'à l'église !
-Allez, Vincent ! Pose la luge par terre ! Je veux descendre la colline tout de suite !"
Le frère aîné s'exécuta et les deux enfants prirent place sur le traîneau puis dévalèrent la pente à vive allure, soulevant des tourbillons de poudreuse tout autour d'eux, avant de s'arrêter en glissant dans l'épaisse couche de neige. Ils remontèrent la pente en courant et recommencèrent aussitôt leurs glissades, et encore, et encore, jusqu'à ce que la nuit commence à tomber. Arrivés à la fin de la journée, ils étaient tellement pleins de neige que leurs dents claquaient et qu'ils grelottaient. En voyant les tremblements de son petit frère, Vincent délaça sa cape et la posa sur ses épaules, l'enroulant dans le tissu pour qu'il ait plus chaud.
"Mais... et toi, Vincent ? s'étonna le petit garçon. Tu dois être gelé !
-Ne t'inquiète pas pour ça ! répondit son aîné en souriant, les cheveux trempés de neige et les doigts secoués de tremblements. L'important, c'est que toi tu aies chaud !"
Ils se dépêchèrent quand même de rentrer chez eux pour ne pas que Vincent attrape la mort. Leurs parents les grondèrent pour s'être mis dans un tel état, et puis ils les envoyèrent se réchauffer auprès de la cheminée. Ensuite, après le repas austère à la table de la famille, de longues prières et une soupe aux herbes, les deux enfants s'installèrent tous les deux dans le lit de Vincent et regardèrent la neige qui tombait à gros flocons sur le village. Ils avaient hâte qu'elle recouvre à nouveau le monde, pour qu'ils puissent ressortir et glisser le long des collines.
Il faisait froid et le vent lui piquait le nez quand Théo remonta la grand rue du village jusqu'à la masure où son frère avait élu domicile, plusieurs semaines plus tôt. Le temps était vraiment glacial, et le jeune marchant d'art se demanda, encore une fois, comment Vincent faisait pour vivre pendant l'hiver dans un tel dénuement. C'était peut-être pour se rapprocher de ses modèles et des scènes de vie qu'il peignait, et il avait certes très peu d'argent, mais un beau jour, il finirait par tomber vraiment malade. Il était le cadet, mais Théo se faisait sans arrêt du souci pour son frère. C'était bien pour ça qu'il lui envoyait autant d'argent qu'il le pouvait. En descendant du train, et avant que les boutiques du village ne ferment à l'approche de la nuit, il avait même acheté un pain, de la viande et des fruits pour être certain que son aîné mangerait quelque chose ce soir.
Théo sortit de ses pensées quand il s'arrêta devant la masure de son frère. Il frappa à la porte et ôta son chapeau lorsque la logeuse de Vincent lui ouvrit, indiqua qu'il venait voir le peintre vivant dans la maison. Elle le mena dans les escaliers jusqu'à la chambre de Vincent, et Théo, ayant à peine le temps de la saluer avant qu'elle disparaisse, pénétra prudemment dans la pénombre sale.
"Vincent ? Tu es là ? appela-t-il doucement.
-Théo ? Tu es déjà arrivé ? Quelle heure est-il ? J'ai un peu perdu la notion du temps, je crois.
-Il est dix-neuf heures, Vincent. Est-ce que tout va bien ? Ta voix est bizarre, tu as l'air enrhumé.
-Je crois que j'ai pris un petit coup de froid... Mon manteau n'est plus de première jeunesse."
Théo suivit la voix de son frère dans le noir et arriva jusqu'à son lit, au fond de la petite pièce. Les draps, élimés, semblaient à moitié défaits et Vincent se retourna vers lui en frissonnant sur la paillasse éventrée. Le cadet des frères van Gogh s'assit au bord du matelas et posa sa main sur les doigts, glacés, de son aîné.
"Tu es tout froid, Vincent, murmura Théo doucement. Tu n'as pas de quoi faire du feu ?
-Non. Le bois coûte cher par ici.
-Mais ? Il ne devrait pas te coûter quoi que ce soit, il y a des forêts tout autour du village.
-Je sais."
Sans un mot, Théo frictionna les doigts de son aîné et lui caressa doucement la paume de la main. Son frère lui avait souvent dit que ses voisins ne l'aimaient pas vraiment, mais il ne pensait pas que c'était à ce point... Le jeune marchand d'art regarda la pièce insalubre et remarqua que, de toute façon, la cheminée était humide et encombrée par les cendres. Il pressa la main de son frère.
"Je t'ai apporté à manger, murmura-t-il en posant son paquet sur le matelas, à côté de son frère.
-À manger ? Tu veux dire... du pain et de la viande ?
-Bien sûr, quoi d'autre ?"
Vincent sembla revenir un peu à la vie en entendant ces mots, se redressant dans son lit pour fouiller dans le paquet que son frère lui avait apporté. Théo en profita pour poser le dos de sa main sur la joue de son frère, puis pour passer ses doigts dans ses cheveux roux identiques aux siens.
"Tu es un peu chaud. Je pense que tu as une légère fièvre, dit-il.
-Peut-être... les remèdes coûtent cher aussi.
-Je t'envoie autant d'argent que je peux.
-Je n'ai pas dit le contraire."
Théo laissa son frère manger en silence, sortant dans ses pensées lorsque Vincent lui demanda :
"Oh, excuse-moi, est-ce que tu en veux ?
-Non, ça ira. C'est pour toi. Je ne veux pas que tu meures de faim.
-Merci, Théo."
Le cadet sourit et défit le nœud de sa cape, puis il la posa sur les épaules de son frère.
"Voilà. Tu devrais avoir plus chaud, comme ça.
-Merci, Théo. Je ne sais pas ce que je ferais sans toi.
-Ni moi sans toi."
À première vue, on aurait pu croire que c'était le cadet qui soutenait, indéfectiblement, son aîné en lui fournissant argent, nourriture et encouragements. Mais en fait, Théo avait besoin de son frère, tout autant que Vincent avait besoin de lui. Sans lui, il n'avait rien.
Théo découpa les fruits qu'il avait apportés pour son aîné, puis passa son bras autour de ses épaules quand il eut fini de manger et s'appuya contre lui. Vincent nicha sa tête contre la sienne. Et ils demeurèrent là, blottis l'un contre l'autre. Dehors, la neige tombait à gros flocons sur le village.
