Ah que coucouuuu ! Ici Little Tartine !
Après un chapitre aussi douloureux pour nos fifilles, voilà les examens pour leur mettre du baume au coeur ! Aaaaah ce que nous sommes sympas avec nos héroïnes *smile sadique*. Non, en vrai, ce chapitre n'est pas si terrifiant que son titre le suggère, il permet à nos cocottes de faire le point sur leurs situations respectives. J'espère qu'il vous plaira ! Vous retrouverez à la fin LCDAH-chaaaan ! Bonne lecture ! Ciaossuuuu !
Chapitre dix-neuf
Les examens
Point de vue Akira :
- Et si tu as le moindre – le MOINDRE – souci tu m'appelles. J'enfilerai ma cape de super héroïne et je volerai à ton secours.
- Ha ha, je prends note.
- J'insiste, fait Lilly en saisissant mes épaules. Tu peux me dire tout ce que tu as sur le cœur, ce ne sera jamais un poids pour moi. Jamais.
Je lui souris en me disant que, décidément, Lilly aime bien répéter deux fois ce mot. « Jamais ». Elle frissonne, ce qui ne m'étonne pas venant d'elle. Nous sommes début juillet, malgré l'heure fort matinale il doit faire pas loin de quinze degrés. Et même armée d'un pyjama en laine épaisse, Lilly a froid. Je ris un peu et me penche pour lui transmettre ma chaleur en lui faisant un câlin. Elle a beau être plus petite que moi, c'est elle qui me tapote le haut du crâne.
- A tout à l'heure Akiki.
- A tout à l'heure Lillynette.
Nous nous séparons à contre cœur et, en empruntant le sentier qui mène à la route, je me retourne plusieurs fois pour la saluer. Tandis que j'arpente le trottoir, je savoure ce calme quasi-omniprésent. Il est 6h30, il n'y a pas grand monde dehors à cette heure-ci. Les voitures sont presque inexistantes, les mouettes peuvent ainsi profiter de cette tranquillité pour piailler joyeusement. Je croise les mains derrière moi et ne peux m'empêcher de les observer. Elles n'ont aucun problème en tête.
Malgré le fiasco de la soirée de la veille et de tous les problèmes dans lesquels je me suis embourbée, je me sens un peu plus légère. Passer la nuit chez les Newgate m'a fait le plus grand bien même si nous n'avons presque pas dormi. A peine rentrer chez elle, j'ai couru vers la salle de bains pour dégobiller, encore et encore. Comprenant que je risquais de passer ma nuit la tête dans la cuvette des WC, elle a installé des futons à même le sol de la salle d'eau. Nous avons passé une bonne partie de ce qui restait de la nuit à nous pelotonner l'une contre l'autre dans des couvertures épaisses, à attendre que mes vomissements cessent. Je n'arrêtais pas de grelotter, ce qui m'a surpris. Lilly me certifiait que c'était normal, que je pouvais remercier les effets secondaires de l'alcool. Nous avons un peu discuté, enfin c'est surtout moi qui aie monopolisé la parole. J'ai évoqué ma mère, sa maladie, mon désarroi face à elle. Elle m'a écoutée alors que je voyais bien qu'elle tombait de fatigue. Enfin, avant de nous laisser tenter par les bras de Morphée, elle a susurré qu'elle aussi avait des choses à m'avouer. Qu'elle était encore un peu perdue, qu'elle ne savait pas comment s'y prendre pour en parler mais qu'elle le ferait.
Le réveil a été... comment dire... COM-PLI-QUÉ. Un véritable opéra avait pris place dans ma boîte crânienne et mon estomac ressemblait à une vieille serpillière qu'on tord pour essorer. En tenant mes tempes, je sortis :
- …
Ah oui, pardon, avant j'ai dû m'éructer la voix une bonne dizaine de fois puisque ma gorge était devenue une copie conforme du désert aride du Sahara.
- Plus jaaaaaaaaamaaaaaais !
- C'est ce qu'on se dit tous la première fois. Mais crois moi que c'est la promesse la moins tenable de tous les temps.
Je rigole toute seule dans la rue en me souvenant de la tête ensommeillée de Lilly. Elle devait carrément se maintenir les paupières pour s'opposer à leur fermeture. Heureusement Nina est venue mettre un coup de fouet à notre mollesse sans nom. Elle m'avait apporté son « remède miracle spécial Newgate ». Comment avait-elle deviné que j'avais la gueule de bois ?! Trop balèze... J'ai longuement regardé le mixture verdâtre puis j'ai demandé d'une voix innocente :
- Il y a quoi dedans ?
- Le savoir te ferait perdre de l'espérance de vie, répondit aussitôt Lilly en rampant hors de la salle de bains.
Étant toujours emmitouflée dans sa couverture, on aurait dit Chenipan. C'est sympa les chenilles. Quoi qu'il en soit, le remède de Nina fut assez efficace pour effacer tous mes maux. Il était très bon, d'ailleurs. Une vibration dans ma poche me tire de mes souvenirs récents. Je dégaine mon portable. Il est presque déchargé, cependant l'information me paraît superflue lorsque je constate qui est l'auteur de ce message.
De Papa :
« Bonjour mon trésor, je viens de montrer à Lord des photos de toi bébé. Je me suis rendu compte que je n'en possédais aucune d'actualité. Il faudra remédier à ce problème lorsque je reviendrai au Japon, tu es d'accord ? »
Je n'ai pas encore souri jusqu'aux oreilles que je reçois un deuxième SMS :
De Papa :
« Pardon, comme je suis en ce moment en Espagne je suis complètement décalé. Il doit être très tôt pour toi, j'espère que je ne te réveille pas. Je t'embrasse. »
« Je t'embrasse ». Ça fait quelque jours que nous avons pris le pli de s'envoyer ces trois mots plein d'affection. C'est moi qui ai pris l'initiative et il a approuvé en me répondant la même chose. Même à distance, mon lien avec mon père ne cesse de s'accroître. Je sautille sur place en balançant ma tête à droite et à gauche mais ce n'est pas pratique pour écrire. Je m'arrête pour lui répondre :
De Akira :
« Coucou papa, comme j'ai dormi chez Lilly je me suis réveillée tôt pour aller chercher mes affaires de cours. Donc ne t'en fais pas pour l'heure matinale. Pas de problème pour la photo, on en prendra une de nous deux. Ne mange pas trop de paëlla, ça file la diarrhée. Je t'embrasse. »
Je me remets en marche et réalise que je suis arrivée chez moi plus vite que je l'aurais escompté. Je prends une longue, très longue inspiration avant d' habits de la veille se sont imbibés de l'odeur de la maison des Newgate. Les messages de papa s'affichent encore sur mon écran de portable. Je pourrais demander de l'aide si c'est trop dur, alors décompresse Akira.
Je pousse la porte et on me saute dessus. Littéralement.
- Mon ange !
La pression redescend si inopinément que je m'écroule avec elle au sol. Je suis capable de reconnaître chaque « maman » en un coup d'oeil. Et là c'est la vraie, l'authentique, que j'étreins de toutes mes forces.
- Maman...
Cette fois la phase dépressive a duré une éternité, j'ai cru que nous n'en verrons pas le bout. Je caresse tendrement son dos tremblotant et ses cheveux sales. Elle a dû se réveiller il y a quelques minutes à peine. Je l'entends marmonner contre ma clavicule :
- J'ai cru que tu m'avais abandonnée...
Sa voix a hébergé toutes les peines du monde. Mon cœur se comprime si fermement qu'il m'empêche de respirer normalement. Je me détache un peu d'elle et constate que ses yeux océan sont identiques à ceux que j'ai affichés hier, c'est-à-dire gorgés de larmes.
- Non je suis là, je souffle sentant la culpabilité me ronger petit à petit. Je t'ai prévenue que je sortais hier soir.
- Je m'en souviens, je ne te parle pas de ça. Tu...
Ses prunelles fuient les miennes. Elle poursuit, la voix enrouée :
- Tu n'es jamais à la maison, mon ange. Je ne te vois plus... Tu m'abandonnes...
- Non !
- … tout comme Horad m'a toujours délaissée pour son travail.
Je me tais, interdite, ne sachant que dire. Mais je me souviens alors de mon incapacité à m'expliquer à la soirée de Nami. Je ne peux pas laisser une telle chose se reproduire. Je soulève ma mère qui ne pèse rien, je constate qu'elle a encore perdu du poids. Je ferme la porte d'entrée derrière nous et fais tout mon possible pour ne pas flancher en route. Pour l'heure, mes émotions vont devoir s'assagir si je veux préserver ma santé mentale. Une fois dans ma chambre, je la dépose sur mon lit. J'imagine qu'il est en bien meilleur état que le sien. Ses yeux sont fermés, elle a dû s'assoupir. Je prends un mouchoir et essuie son visage mouillé et endormi. Enfin, c'est ce que je crois jusqu'à ce qu'elles ouvrent les paupières.
- Tu vas t'en aller ? fait-elle faiblement.
- Je dois aller en cours mais je peux rester avec toi si tu veux.
Elle semble peser le pour et le contre puis finit par déclarer en se forçant à sourire :
- Non, le proviseur semble déjà t'avoir dans son viseur. Il ne faut pas aggraver la situation.
C'est trop. Je ne peux plus retenir mes larmes et vais chercher sa main sous la couverture. Je la sors et embrasse ses douces phalanges. Elle me regarde faire et se détend petit à petit. Puis elle marmonne en se tournant vers le plafond :
- Je ne suis qu'une pauvre folle...
- Non c'est faux ! je m'insurge. Tu n'es pas folle ! Ça va s'arranger, tout va s'arranger tu verras ! Je te le promets. Tu... tu me fais encore confiance ?
Cette question. Toujours cette question. Elle est d'une importance vitale pour moi. Maman me jauge, elle m'examine jusqu'aux tréfonds de mon âme. Ressurgissent alors toutes les fois où j'ai défié son autorité pour fuguer. Alors que je songe que c'est trop tard, elle trouve la force nécessaire pour me sourire sincèrement et chuchoter :
- Je veux bien essayer.
/
Je sors de la douche et essuie le miroir avec un pan de ma serviette. Je n'ai vraiment pas bonne mine. Je me pince les joues pour leur redonner de la couleur puis mes yeux dégringolent brièvement sur ma poitrine. Je me souviens de mon comportement suggestif avec Kid. Seigneur, mais qu'est-ce qui m'a pris ? Je me rappelle aussi avoir poussé Margaret par dessus bord, de la fureur de Nami, de la consternation sur le visage de mes amis et de mon état lamentable. Dans un sens je suis soulagée de me rappeler tout ça, ainsi ça me forcera à apprendre de mes erreurs.
Je frotte vigoureusement mes cheveux. J'ai tant de choses à faire ou à réparer, je ne sais par quoi commencer. Mon portable posé sur le lavabo se met à vibrer longuement, signe qu'on m'appelle. En voyant le nom s'afficher sur l'écran, je me dis que voilà la réponse à ma question. Je vais tout d'abord devoir m'excuser. Je décroche. Une voix pincée m'accueille :
- Alors la saboteuse de soirée, tu es bien rentrée chez toi ?
- Nami je...
- C'est tout ce que je voulais savoir, me coupe-t-elle. J'espère que tu as vomi toutes tes tripes pour être punie de ce que tu as fait. Ciao !
- Attends Nami !
Le silence au bout du fil me fait douter de sa présence. Je fais doucement :
- Nami ?
- Quoi ?
Elle est encore plus glaciale qu'avant mais au moins elle est là. Je reprends mon souffle et déclare, déterminée :
- Je veux te parler.
- …
- Encore mieux : je veux te voir maintenant pour te parler.
- Et pourquoi je ferai ça ? Tu...
- Attends je peux encore mieux faire ! Je veux te voir maintenant pour te parler, m'excuser et...
- C'est bon j'ai compris ! soupire-t-elle. Rejoins-moi dans dix minutes à la Baie Kokoyashi, elle n'est pas très loin du lycée. Et ne me fais pas attendre !
Et elle raccroche. Ou bien est-ce mon portable qui n'a plus du tout de batterie. Je souris. Voilà un bon début : Nami a accepté de m'écouter. Je vais devoir me bouger si je veux me racheter auprès de mes amis. Je sors en trombe de la salle de bain, pénètre nettement plus discrètement dans ma chambre pour prendre mes affaires de cours et mon uniforme scolaire d'été. Je le revêts prestement dans le couloir. Je crois que j'ai enfilé ma jupe à l'envers et oublié mon manuel d'anglais mais ce n'est pas bien grave. Je passe devant la cuisine et tire la langue de dégoût. Même si le remède de Nina m'a remise sur pieds je ne pourrais rien manger de consistant avant des heures. Je vais devoir me satisfaire de ce pain rassis de l'avant veille.
Nami arrive en même temps que moi. Il doit être pas loin de 7h30, les cours commencent bientôt. Le soleil s'est levé et fait étinceler la plage sur ma gauche. L'océan donne cette aura rassurante au décor et me souffle qu'il est là, pas très loin de moi. Que Nami est une amie qui m'est chère, que je l'ai blessée mais qu'il n'est pas trop tard. Tout comme regagner la confiance de ma mère, il n'est pas trop tard. Je peux me rattraper. Je veux me rattraper !
Je serre derrière moi le cadeau que je voudrais lui offrir. C'est un objet que j'utilise depuis que j'ai commencé à prendre la mer, j'espère vraiment qu'elle l'acceptera. Et que ça lui plaira. Elle croise les bras sans rien dire et me toise d'un œil sévère. Je ferme les yeux et percevoir le remous des vagues me détend au plus haut point. Je murmure assez fort pour qu'elle entende :
- Les paroles et les gestes sont comme l'océan, ils peuvent te faire aller de l'avant au gré des vagues ou t'enfoncer bien profondément sous l'abîme.
J'ouvre mes paupières et ancre mes prunelles à celles chocolat de la rouquine :
- Hier - ou ce matin je ne sais même plus, j'ai atteint les abysses. Je t'ai blessée, j'ai gâchée ton anniversaire alors que tu avais la bonté de m'inviter. Je suis vraiment, vraiment désolée. J'aimerais être capable de te le dire en toutes les langues pour que tu puisses mesurer à quel point je culpabilise pour ce que je t'ai fait. Mais je suis déjà une brèle en anglais alors...
- Une « brèle » ? répète Nami en se retenant difficilement de sourire.
- Hein ?
- Tu te la joues poète depuis tout à l'heure alors le fait que tu sortes un tel mot m'a...
Elle pouffe un peu puis plaque bien vite sa main sur sa bouche pour me cacher sa gaieté. Comme elle s'aperçoit que je suis réceptive à sa réjouissance, elle reprend bien vite son air austère. Puis elle...
CLAC
elle... hein ? Quoi ? Elle m'a giflée ?! Je me tiens la joue d'une main, l'autre étant toujours dissimulée dans mon dos. La brûlure s'intensifie au fil des secondes qui s'égrainent. Elle ne m'a pas loupée ! Je balbutie :
- Pou...pourquoi ? Je me suis excusée pour hier...
- Ce n'est pas pour ça que t'ai frappée, espèce d'idiote ! hurle-t-elle.
Je me recroqueville. Nami est un poil plus grande que moi d'ordinaire mais là elle me semble gigantesque. Je suis le nain de jardin et elle est Blanche Neige. Ou la sorcière, à en juger l'irritation qui a contracté ses traits. Elle poursuit en exécutant d'amples mouvements :
- J'en ai ras-le-bol ! RAS-LE-BOL, tu entends ?! Lilly et toi passez votre temps à terrer votre détresse et à nous tourner le dos ! Avez-vous une seule fois songé à ce qu'on pouvait ressentir, Vivi et moi, d'être mises à l'écart de la sorte ?! On vous sert à quoi au juste ?! Laisse-moi te dire une bonne chose : vous ne comprenez absolument rien à la définition d'un « ami » ! Vous ne savez rien !
Elle crie si fort que toutes les mouettes se sont dispersées. Ses vociférations sont si retentissantes qu'elles chassent les grains de sable qui se promènent sur le trottoir. Les quelques badins se retournent vers nous mais passent rapidement leurs chemins, voyant à quelle furie il risque de se frotter. En tout cas, les paroles de Nami me frappent tel un tsunami. Émotionnellement et psychologiquement. Je n'ai pas le temps de réfléchir, accaparée que je suis par la véracité de ses propos. Elle poursuit non moins fort :
- Un véritable ami n'est pas seulement là dans les moments de joie et d'allégresse ! Il est surtout là dans les passages pénibles d'une vie, à nous soutenir, à nous écouter, à nous aider pour aller de l'avant ! J'ai compris au premier coup d'oeil que vous n'aviez jamais eu d'amis avant d'intégrer Grand Line. Mais maintenant je suis là ! Vivi est là ! Luffy, Usopp, Zoro et tous les autres ! Nous sommes là, merde !
Son monologue agit cette fois comme une bourrasque qui me déstabilise et remue ma chevelure rouge dans les airs. Elle reprend son souffle et enchaîne :
- Vous ne nous dérangez pas, jamais ! Alors lâchez prise quand il le faut, quand ça devient trop dur pour vous ! Vous semblez constamment en train d'endosser le poids du monde sur vos épaules, sans vous apercevoir que les nôtres sont là, toutes proches. Et qu'elles sont solides, bien plus que vous ne semblez l'envisager. Alors parle ! Parle où je t'en remets une !
Et elle lève la main pour attester ses intentions. Je suis bousculée au plus profond de mon être. Mes émotions bouillonnent et remontent inexorablement vers mon visage, mes joues, mes yeux. Mes larmes jaillissent avec virulence, telle la plainte aiguë de mon âme. Je bredouille :
- Je suis tellement...tellement nulle...
Et alors mes pensées secrètes, celles qui défient même ma spontanéité et qui étaient jusqu'à lors masquées, se métamorphosent en mots :
- Je... je ne pige jamais rien, j'ai toujours un train de retard sur les autres et même sur mes émotions. J'essaie chaque jour, de toutes mes forces, d'être plus lucide, d'être plus clairvoyante. Mais à chaque fois je suis confrontée un peu plus fort au mur de mon inexpérience... !
Elle baisse son bras et me considère avec attention.
- Je suis tellement nulle que je ne parviens pas à comprendre ma meilleure amie alors que je rêve de pouvoir me vanter que je suis celle qui la connaît le mieux ! Je suis si nulle que je foire tout dans ma vie familiale, je n'assure pas et par conséquent ma mère se considère comme un monstre ! Et je suis tellement nulle qu'Ace... qu'Ace...
Je butte sur mes dernières vérités, celles qui me torturent depuis des semaines. Je pleure encore plus fort :
- Je... je ne voulais pas...être comme ça...
Et alors on me tire en avant.
- Là, là. C'est tout, respire.
Nami agrippe ma nuque et vient caler doucement mon menton trempé contre son épaule. Une épaule si chaude, si rassurante, et surtout diablement solide. Je me cramponne alors à elle comme une aliénée, ne voulant plus la lâcher. Le cadeau que je souhaite lui offrir se presse contre son bras. Elle avait raison. Jamais je n'ai autant ressenti son soutien. Une minute ou deux passent pendant lesquelles je me calme petit à petit. Elle finit par se décaler pour que je puisse apercevoir son visage :
- Héééé ! Tu as mis de la morve sur ma chemise !
- Oups, pardon.
Je renifle bruyamment et elle se met à rire. Toute trace de colère a quitté sa physionomie. Elle m'observe et me sourit franchement :
- Alors, ça fait quoi de se livrer un peu ?
- Ça... ça fait tout drôle, je fais en me frottant la nuque mal à l'aise.
- Et ?
- Ça fait du bien. Vraiment.
Elle hoche la tête pour approuver mes dires puis perd soudainement son sourire. Ses sourcils se froncent d'affliction :
- J'imaginais bien que vous viviez des choses pas chouettes, Lilly et toi. Mais c'est pire que ce que je pensais.
Une idée illumine ses yeux dans lesquels se reflètent le soleil flamboyant de l'été.
- Maintenant que j'ai ouvert une brèche je refuse qu'elle se referme. Tu diras à Lilly de réserver son week-end de la semaine prochaine et tu feras de même pour le tien. Je ne tolérai aucune objection. AU-CU-NE !
- Euuuh, oui très bien. Mais pourquoi pas le week-end qui vient ?
- Parce que nous commençons les examens lundi et qu'il faut réviser. Tu as oublié ?
Les examens.
Ah. Oui.
Ce n'est pas que j'avais omis ce détail mais... comment dire... j'avais un peu/beaucoup la tête ailleurs en ce moment. Je ne pensais pas pouvoir négliger mes études aussi rapidement alors qu'elles comptent énormément pour moi. Il me reste quoi ? A peine quatre jours pour mettre mon nez dans mes notes ? Des notes quasiment inexistantes depuis quelques temps... Aaah j'assure pas non plus pour ça ! Le regard inquisiteur de Nami me force à me tenir droite comme un piquet. Il faut que j'arrête d'être aussi morose ! Elle est passée où, la Akira enjouée et toujours motivée ? Elle ne doit pas être très loin, je dois juste creuser un peu plus pour la déterrer. Les radars chocolat de la rouquine se posent sur son cadeau.
- Oh ! Un sextant ! C'est un modèle ancien mais terriblement rare ! Il a dû servir à de nombreux navigateurs avant de tomber entre tes mains.
- C'est pour toi, j'avoue tout de go.
Une vague d'ébahissement frappe ses traits :
- Quoi ?! Pour moi, pour mon anniversaire tu veux dire ? Mais Vivi, Lilly et toi m'avez déjà offert mon maillot de bain que j'ai porté hier !
- Dans ce cas c'est pour me faire pardonner.
Je lui offre avec un sourire, un authentique. Elle ne met pas longtemps avant d'accepter les deux. Elle saisit le sextant et commence à l'analyser sous toutes ses coutures. La voir faire me fascine. Elle paraît aux anges, je m'en réjouie. Je me penche vers elle et souffle à son oreille :
- Et merci Nami. Pour tout mais aussi pour avoir prévenue Lilly hier. Sans elle j'aurais probablement dormi à la belle étoile.
Elle quitte sa contemplation pour me fixer.
- Ce n'était pas moi.
Elle ne me laisse pas le temps de digérer l'information car elle jette un coup d'oeil à son portable et se met à courir en m'empoignant :
- Zut il était déjà bientôt l'heure du cours de littérature !
/
Je m'adosse au mur du couloir et ne peux plus décrocher de mon résultat final :
51/100
On peut dire que j'ai échappé de peu aux cours de rattrape qui auraient gâché les vacances d'été. C'est tout de même un sentiment étrange. Je suis partagée entre la satisfaction et la déception. Satisfaite d'être parvenue à obtenir une note globale supérieure à la moyenne en ayant révisé très tardivement. Déçue d'avoir obtenu un score aussi passable. Je me suis complètement loupée en mathématiques et en option arts plastiques, ce qui est plutôt surprenant. Miss Goldenweek est bien plus intransigeante que ce qu'elle laisse présumer. Bon, inutile d'aborder ma note en anglais. Elle défrise la médiocrité, je dois même avoir obtenu la note la plus basse de toute la promo. Heureusement que la navigation, la SVT et le sport ont sauvé mes fesses...
- Non mais t'es pas sérieux ?!
Les hurlements proviennent de Zoro, Sanji et Usopp. Leur attention est totalement accaparée par le tableau d'affichage des cinquante meilleurs élèves de la promo. Et plus précisément par la cinquième place occupée par...
- Shishishi !
Je comprends pourquoi les mâchoires des trois bonhommes pendent lamentablement, la mienne ne va pas tarder à les rejoindre. Bartolomeo et un seconde aux cheveux roses – Kobby je crois ? - se sont évanouis aux pieds de Luffy.
- Je n'y crois pas, t'as même battu Nami-swaaan qui est onzième !
- Sanji-kun, si tu oses répéter tes dernières paroles, je te jure que je vais tellement aplatir ton corps avec mes poings que je m'en servirai comme voile au cours de navigation.
- Naaaaaaaamiiii-swaaaaaaan ! roucoule le blond fou de joie à la perspective de cette maltraitance.
J'analyse un peu plus le tableau. Dracula... pardon je voulais dire Moria aussi est bien placée, il a obtenu la septième place de la promo. Quant à la première place...
- Hi hi, merci grand frère !
J'assiste à la scène la plus improbable de tous les temps. Katakuri tapote la tête de Pudding.
KA
TA
KU
RI
Une illumination éclaire mon esprit. Oh ! C'est vrai que le surveillant et la meilleure de la promo sont frère et sœur ! Leur lien de parenté est tellement rocambolesque que je l'omets tout le temps. La double personnalité de Pudding se réveille et elle bombarde tout le couloir de doigts d'honneur :
- Qui dit mieux, bitches ?!
Hrm... Finalement je crois que je cerne de mieux en mieux la logique de leur lien. Katakuri la violence physique. Pudding la violence verbale. Ils font la paire. Un « sboing sboing » sur ma droite attire mon attention. Lilly vient également de s'adosser, sa feuille de résultats dans les mains. Je m'incline dans sa direction, curieuse de savoir quelles notes elle a obtenues.
Point de vue de Lilly :
Le jour des examens… mes premiers au Lycée Grand Line. A vrai dire, je le redoutais un peu, surtout que nous n'avons pas de semaine préparatoire. Dans mon ancien lycée nous avions toute une semaine de libre pour pouvoir réviser convenablement, même si la plus part des élèves profitaient de cette semaine pour partir en vacances, leurs réussite aux examens avaient été « monnayée ».
Je n'ai jamais compris comment on pouvait réviser tout en continuant à apprendre. C'est épuisant. Ma mère a dû sentir que je n'avais pas le moral en ce moment, ou au moins que mon énergie légendaire me fait cruellement défaut. Alors elle m'a concocté un super planning de révisions, un peu tous les soirs pour me permettre d'être « à jour ». Elle qui déteste l'école, ça a dû lui demander un gros effort. Les mamans ont des supers pouvoirs.
N'empêche c'est bien grâce à ça que j'ai pu avoir une note correcte et surtout éviter les rattrapages…
Je vois la petite bouille d'Akira s'approcher de moi pour tâter le terrain et tenter de déchiffrer mon visage pour connaître ma note. Je retourne ma feuille et lui pointe les chiffres en rouges.
- J'ai eu 68/100, ça passe.
Son visage s'illumine comme si elle était vraiment heureuse pour moi, surement son côté Mère Theresa qui fait qu'elle arrive à être sincèrement contente, même si sa situation à elle est moins bonne. La prochaine fois j'essaierai de lui faire un planning à elle aussi.
- Bravoooooo !
- C'est bien, aucune de nous n'aura à passer les rattrapages !
Akira acquiesce à ma remarque et laisse échapper un long soupir de soulagement. J'ajoute.
- On va pouvoir se détendre un peu pendant les vacances, et rester loin de ce lycée…
Je pense que ça lui fera du bien, avec le fiasco qu'elle m'a raconté concernant l'anniversaire de Nami et le fait qu'elle se plaque aux murs dès qu'elle entend la voix de Kid, je pense qu'Akira aura besoin de prendre un peu de distance avec ce lycée de grands malades.
- Justement… j'ai pas pu t'en parler avant mais … Nami et Vivi nous réquisitionnent pour le week-end.
- KUA ?
J'ai réagi dans la seconde alors je n'ai pas eu le temps de dissimuler ma surprise. Akira s'approche encore plus de moi et me prend les mains.
- J'ai discuté avec Nami et … je pense que ça nous ferait du bien, je …
Elle serre ses doigts fins autour des miens.
- De pouvoir parler avec elles, et, peut-être, nous confier… Tu sais, je peux pas toujours comprendre ce qu'il se passe dans ta tête ou dans ton cœur, je m'en veux terriblement. Mais Nami et Vivi sont là aussi, elles sont peut-être plus douées que moi pour certaines choses.
Par reflex je dégage mes mains de celles d'Akira pour venir les saisir.
- TU ES mon amie, ma meilleure amie. Les autres je m'en moque. A mes yeux c'est toi qui compte et contrairement à ce que tu peux croire, TU ES mon soutien. Sans toi… je serai partie depuis longtemps…
Les yeux océan d'Akira se remplirent de larmes et je ne pus m'empêcher de pousser un profond soupir. Il est hors de question que je fasse l'étalage de ma vie et de mes sentiments devant Nami-san et Vivi-san, simplement pour satisfaire leur curiosité.
Mais peut-être qu'effectivement je ne suis plus en mesure de porter convenablement la peine d'Akira. Elle s'est beaucoup confiée à moi sous l'effet de l'alcool et je dois avouer que j'ai seulement réalisé quelque chose. Akira doit se sentir seule. Vraiment seule à porter sa propre famille et à croire qu'elle doit aussi en assumer les fêlures. Son père absent et sa mère défaillante… Sa situation est différente de la mienne et sans doute que sa solitude doit être encore plus douloureuse.
Mon père est rarement là, physiquement, mais je sais qu'il pense à moi constamment, nous pouvons communiquer lui et moi. J'ai aussi ma mère, la femme la plus forte que je connaisse. J'ai mon Grand-père aussi … Je me demande qui accueille Akira quand elle rentre le soir. Moi j'ai toute une famille qui fait bloc, et Akira, qui est-ce qu'elle a ?
Je retire mes doigts de sa peau colorée et la prend dans mes bras.
- Je ne te lâcherai pas, alors si tu en a envie, je viendrai avec toi.
Elle me serre très fort, ma chemise froisse sous ma poigne.
- Merci …
Mes yeux croisent les siens et nous échangeons un sourire sincère. Je ne te lâcherai pas. Nous partons bras-dessus, bras dessous vers nos casiers.
Nami-san et Vivi-san y sont déjà. La rousse s'approche de nous.
- Tout le monde s'en est bien sorti au final ! héhé. Plaisante Nami-san.
- Oui, bravo à vous aussi, pour vos premiers examens ici. Confirme Vivi-san.
- Oh ! j'ai laissé mes patins dans la salle de classe !
Akira repart en courant, décidément ses pauvres chaussons … J'en profite pour parler avec Nami-san.
- Akira m'a dit pour votre projet. J'ai accepté de venir aussi.
- Oh ! super ! on va aller chez Vivi ! pour profiter un peu de l'été quand même !
- Vivi-san hoche la tête en souriant avant d'enfiler les lunettes de soleil.
- Ce sera l'occasion de se connaitre un peu plus.
La jeune fille aux cheveux bleus défait son chignon et ses boucles tendres dévalent ses épaules. Le sourire de Nami-san s'ouvre un peu plus.
- Akira souhaite resserrer vos liens, pour ma part je vous ai déjà dit tout ce j'avais à vous dire.
- Ah bon ? et quand ça au juste ?
Les sourcils de Nami-san se froncent.
- Le jour de mon arrivée.
Je claque la porte de mon casier et enfile mes chaussures de ville. Les mains posées sur les hanches, Nami-san me considère avec une pointe de reproche.
- Toi, t'es coriace.
Je réprime un petit rire. Elle ne sait définitivement pas qui je suis.
- Mais j'en ai maté des plus robuste !
Nami-san entour son bras autour de mon cou et me cale contre sa poitrine tout en frottant mes cheveux qui doublent de volume.
- Ouiiiii !
Revenue, Akira nous saute dessus et prend tout le monde dans ses bras. Un câlin collectif s'improvise et je me retrouve au milieu de la mêlée.
- Ohh ! les voyages entre filles c'est le pied !
Ma mère décharge ses cagettes de fruits frais dans la salle réfrigérée tout en fredonnant. Elle a les mains rouges à force de porter encore et encore des charges, ses cheveux sont mal coiffés, elle a dû courir toute la journée. Il reste encore plein de choses à décharger du camion. Corazon met aussi du cœur à l'ouvrage et je décide de les aider.
Une fois le camion vidé, ma mère salue le conducteur et regagne le restaurant.
- Pfiou, merci mon poussin !
Elle me dépose un baiser dans les cheveux et j'en profite pour me glisser contre elle.
- Ne te fatigue pas trop maman. Si tu as trop de monde en salle, prend quelqu'un d'autre pour t'aider, tu dois te reposer.
Ma mère se fige et me regarde, les yeux grands ouverts. Elle attrape mon menton et me force à lever les yeux vers elle.
- On dirait ton père quand tu parles comme ça. Vous n'avez toujours pas compris que ce sont les grands qui protègent les petits ? Laisse-moi faire mon boulot et être ta mère, occupe-toi de ta propre réussite, je gère le reste.
S'en suit une armada de baisers et une claque sur les fesses. Ma mère me chasse de la cuisine et de retour dans la salle je retrouve Corazon qui … fait quoi au juste.
- Besoin d'aide ?
Le pauvre est en train de tapisser une table avec des feuilles de papier.
- Arf, je ne dirai pas non … ta mère a lancé pour l'été un service de livraison et je dois aller apporter les commandes mais franchement, tout seul, je sais pas trop comment m'organiser…
Je lance un mauvais regard en direction de la cuisine. Va sérieusement falloir que ma mère ralentisse un peu la cadence, elle oublie facilement ce qui arrive quand elle s'épuise.
- On a qu'à faire par quartiers, regarde.
Corazon est moi classons les commandes et définissons un itinéraire. Il ne reste plus qu'à charger ce que ma mère est en train de préparer.
- Tu veux venir avec moi ?
Je hoche positivement de la tête et termine de charger les sacs de commandes dans la boite en métal fixée à l'arrière du vélo. D'ailleurs, celui-ci a été grimé aux couleurs du « Moby Dick », c'est beaucoup trop mignon… Corazon monte sur le vélo et je me faufile derrière lui, la moitié des fesses sur ce qu'il reste du porte-bagages, la majeure partie de la place étant prise par la boite en métal qui contient les commandes. Je m'agrippe à sa taille pendant qu'il boucle mon casque.
Il me fait un pouce en l'air, signe qu'on va avancer.
Nous dévalons tous les deux les rues de la ville, je découvre des quartiers jusqu'alors inconnus et des façades magnifiques. A chaque fois les gens sont ravis de nous recevoir et s'extasient devant les compositions de ma mère.
« Je n'ai jamais goûté quelque chose comme ça ! » « les fruits sont si bons ! ».
Toujours cette même joie de recevoir le produit. Ma mère a vraiment des supers pouvoirs.
- Ça te dérange si je passe juste récupérer un truc chez moi ? Me demande Corazon.
- Non, non, pas du tout.
Nous empruntons donc une petite rue pavée, sorte de couloir fleuri et odorant. Ici les maisons ont des façades écaillées par le sel marin transporté par le vent. Des mansardes et des couleurs chaudes recouvrent les murs tapissés de lierre ou de liserons. A chaque fois ça me pique le cœur tellement c'est beau. Moi qui avais vécu jusque-là dans un univers aseptisé où les hommes et les choses ne devaient pas montrer la moindre fêlure, en voir ici me bouleverse à chaque fois.
Corazon descend du vélo et va sonner à la porte bleue d'une petite maison de ville. Collée contre les autres et n'est pas large mais doit au moins compter trois étages. Je me demande alors pourquoi il sonne si c'est chez lui.
La porte s'ouvre et je reconnais tout de suite le bonnet tacheté de Trafalgar-san.
- Merci Law ! j'avais oublié mes clefs.
- T'as vraiment rien dans le crâne … lui répond le lycéen.
- Héhé … on va manger ce soir pour fêter tes résultats ! Salut !
Corazon revient vers moi en souriant et en me pointant ses clefs. Je hoche la tête et mon regard croise celui de Trafalgar-san, les mains dans les poches.
- Bonjour. Lançais-je à Trafalgar-san.
- Tu te fais transporter par ce type, t'es vraiment inconsciente, tu sais le nombre de fois qu'il est tombé ?
- Oï ! je suis un expert !
Les deux commencent à se chamailler et je me dis alors qu'ils doivent avoir une relation fraternelle, un peu comme s'ils veillaient l'un sur l'autre. Un sourire se dessine alors sur mes lèvres. Cette île de fous, comment peut-elle être aussi sereine et pourtant remplie d'agités ?
Il nous reste une dernière livraison mais il est déjà tard à vrai dire. Corazon regarde sans cesse sa montre, il doit surement avoir une réservation pour un restaurant. Son sourire en dit long sur la fierté qu'il ressent à l'égard de Trafalgar-san, on dirait celui d'un grand frère.
- Vas y, laisse-moi le vélo je m'occupe de la dernière, rentre chez toi.
- T'es sure ?
Ses grands yeux pétillent et il me lance un sourire long jusqu'à ses oreilles. Je fais un geste de la main pour lui dire de s'en aller et il détale en me gratifiant d'un « t'es une super minette ! ». Ce type ne tient pas en place.
La dernière adresse de livraison n'est pas loin, elle se situe dans le quartier huppé de l'île. A vrai dire, je dois livrer le seul hôtel qu'elle compte. J'y ai déjà séjourné moi-même les quelques fois où je venais sur l'île pendant les vacances avec mes parents. J'ai donc une vague idée de la nature de ses clients.
Je passe les portes vitrées et vais directement à l'accueil.
- Bonjour, la chambre 315 a commandé ça, vous pouvez leur apporter ?
- Bien évidemment, merci.
La jeune réceptionniste au chignon parfait me sourit et je me presse pour quitter les lieux le plus vite possible. Les doigts sur la porte vitrée je m'apprête à retrouver l'air frais du soir.
- Lilly ?
Cette voix.
Merde.
Je pousse un peu plus fort la porte mais on m'agrippe le bras.
- Eh venez tous ! Regardez un peu ce que j'ai trouvé !
Je glisse un œil derrière moi et je croise les visages des autres : Charlos, Jalmack et Camael … tous, de Mary Geoise. Shalulia m'agrippe un peu plus fort et me force à rester dans le hall de l'hôtel. Ils rient tous et se rassemblent autour de moi. Je suis piégée. Les yeux de Shalulia sont fixés sur mon uniforme, je suis une idiote de ne pas avoir pensé à l'enlever. J'arrache violement sa main de mon bras et la repousse.
- Oh, quelle enragée, tu n'as pas du tout changé !
- Tu fais toujours aussi peur mocheté !
Je les entends plaisanter et je serre les dents, il faut que je m'en aille.
- Tu salueras ton père pour nous, de ce que j'ai vu, la population mondiale a été alléguée de plusieurs milliers de merdeux miséreux et sales. La nouvelle à réjouit tout Tequila Wolf ! Ricane Shalulia.
- Nous sommes des saints, mais ton père est une vraie calamité. Continu Camael.
- Mooooh, et c'est pour ça que tu auras le privilège de m'épouser, même si t'es moche.
La morve au nez, Charlos me fait coucou sous les plaisanteries des autres endimanchés.
Moi, l'épouser ?
Quelle belle blague.
Depuis que je suis née, les plus hauts nobles de la planète cherchent à m'acheter ou à nous vendre leurs fils. Laissez-moi rire.
- Tu devrais le remercier Lilly, personne d'autre sur Terre ne pourrais t'aimer, alors dis-lui merci d'avoir accepté de t'épouser !
Vraiment ?
Je me retourne et fais face à mes anciens camarades. Le poing serré je m'avance vers eux, tous vêtus de blanc comme à leur habitude. Le Hall de l'hôtel est devenu silencieux, surement que tout le monde ici connait leurs visages, ce ne sont que des nobles qui séjournent dans cet établissement. J'avance encore un peu plus et mes pas se font plus lourds. Arrivée à hauteur de Charlos, je fixe mes yeux dans les siens, vitreux et sans la moindre profondeur.
- Merci …
Hihihiiii. Sa morve se balance quand il rit.
- De déguerpir d'ici.
Sans attendre sa réponse, je lui balance mon poing dans le visage. Mes phalanges s'écrasent dans sa joue molle et il s'effondre sur le sol. A cote de lui, ses « amis » poussent des hurlements mais personne ne vient l'aider.
- Elle est toujours aussi violente !
- C'est un démon !
Derrière moi j'entends une cohue générale mais mon attention est focalisée sur Charlos, au sol et le nez en sang. Sa grosse lèvre luisante a éclaté et sa cloison nasale a dévié. J'y suis pas allée de main morte. Mais je n'ai pas encore terminé.
Je dépose mes genoux à terre et lève mon poing dans l'air, prête à lui refaire intégralement le portrait.
Soudains, mon bras est bloqué, je sens une énorme poigne me retenir.
- J'aimerai vous voir avec autant de détermination la prochaine fois pendant mes cours.
- Doflamingo-senseï !
Qu'est-ce qu'il fait là ?
Dans le reflet de ses lunettes aiguisées, je vois mon propre regard et toute la colère qui cherche à en jaillir. Je soupir et me relève. Ma main est rouge, elle sera probablement douloureuse dans peu de temps, peu importe.
- Rentre chez toi gamine.
Derrière les plumes roses du professeur, j'aperçois la silhouette d'un autre homme, un cigare dans la bouche et une cicatrice sur le nez. Qu'est-ce qu'ils faisaient tous les deux ? Leurs auras me disent de ne pas poser plus de questions. Je frotte ma main contre ma jupe et me dirige vers la sortie de l'hôtel, Doflamingo-senseï est toujours en train de rire.
Une fois dehors, l'air frais me fouette le visage et me lacère les yeux. J'enfourche le vélo et pars, sans destination précise en tête, dévaler les rues de la ville. Arrivée en bord de mer je traine le vélo sur le sable et vais m'asseoir près de la rive. Je retire mes chaussures et laisse l'océan venir me lécher les orteils à sa guise.
De ma poche, je sors mon téléphone et appelle mon père.
Il décroche dès la première sonnerie.
- Lilly ?
- Bonsoir papa…
Une seconde s'écoule sans que nous ne disions quoique ce soit. Ce genre de silence précède souvent des ordres clairs, pour agir vite lorsque je suis en danger. Je sais qu'à l'autre bout de la ligne, mon père est paré à toutes les éventualités et prêt à tout, livré à ma simple demande.
- Il faudra embaucher quelqu'un au restaurant, les recettes de maman sont très populaires, les clients sont ravis et en redemandent.
- D'accord, je verrais ce que je peux faire.
- Je vais aller passer le week-end chez une amie, on sera quatre filles de ma classe, dont Akira.
- D'accord.
- J'ai eu 68/100 à mes examens, c'est pas folichon mais au moins je ne passerai pas les rattrapages. Le planning de maman m'a beaucoup aidé, même si je râlais au début.
Toujours aucune question, je sais qu'il est concentré, prêt à actionner des rouages cosmiques si je lui en fait la demande.
- Et, tu recevras surement une plainte, ou une remarque, je ne sais pas. De la part de Saint Roswald, j'ai encore frappé son fils.
Cette fois, à travers le silence de mon père je sens une vague de colère.
- Voilà les nouvelles … et toi, comment tu vas ?
- J'ai justement rendez-vous avec lui, je prends excellentes notes de ce que tu viens de me dire ma chérie, je dois y aller.
La conversation se termine sans que j'ai le temps de lui dire de ne tuer personne. Tant pis. Je pousse un profond soupire en m'allongeant dans le sable.
- Tu vas en avoir dans les cheveux pendant des jours…
Je sursaute en croisant le regard de ma mère, juste à côté de moi sur la plage.
- Tu t'éternisais alors je suis venu te rejoindre, Cora m'a dit que tu t'étais occupé pour lui de la dernière livraison, celle de l'hôtel. On y allait souvent avant.
Elle pose sa tête sur mon épaule et nous contemplons toutes les deux l'océan en silence.
- Comment vous vous êtes mis ensemble papa et toi ? tu avais peur de lui au début ?
Ma mère pouffe de rire et se redresse.
- Ton père foutait les jetons à tout le monde. Je l'ai connu quand il était très jeune, on avait dix-huit ans, il savait déjà ce qu'il voulait entreprendre et ne pensais qu'à ça. Mes amies m'avaient formellement déconseillé de m'approcher de lui, il avait brisé les cœurs de tellement de filles, et la gueule de tant d'autres…
Son rire s'intensifie.
- Mais celui qui était le plus fermement convaincu de ça, du fait qu'il n'était pas fait pour être aimé, c'était lui.
- Et ça ne t'as pas empêché de l'aborder ?
Ma mère me donne un petit coup de coude dans les côtes.
- Ça ne servait à rien que je fasse semblant, ton père m'intriguait. J'avais envie d'apprendre à le connaitre, j'avais le sentiment qu'il y avait quelque chose derrière sa froideur de façade.
Je replie mes jambes contre ma poitrine.
- Il a suffi d'une fois, la première fois que je l'ai vu sourire à la tombée de la première neige. Et c'était fini, je savais que je voulais passer le reste de ma vie avec lui. Je n'ai pas cherché plus loin, pas la peine d'en faire des caisses. Ça a été largement plus compliqué de lui faire comprendre qu'il était comme les autres, que peu importe ce qu'il faisait, il avait lui aussi le droit d'être aimé. Personne ne peut enlever ça.
Ma mère repose sa tête sur mon épaule et m'enlace dans ses bras.
- Et toi aussi ma chérie, peu importe ce que tu penses et ce que tu crois savoir, tu as le droit d'être aimée et d'aimer en retour.
Je frissonne et fais de mon mieux pour ne pas fondre en larmes. Le soutien de ma mère me donne la force de ne pas m'effondrer.
- Que ce soit des amis, ou des amours, tu as le droit de tout avoir. N'hésite jamais quand il est question de sentiments, saisi l'instant et vis les. Jamais je n'ai regretté d'aimer ton père, au contraire, il me rend plus forte à chaque seconde, et toi aussi.
J'enfonce ma tête dans le cou de ma mère et frotte mon visage dans ses cheveux. Elle se met à rire et bientôt un sourire se dessine sur mon visage. Nous restons ainsi, dans les bras l'une de l'autre devant l'Océan à nous raconter des souvenirs sous les étoiles.
En rentrant dans ma chambre, je sors mon sac de voyage et commence à préparer mes affaires pour le week-end de voyage qui m'attend. Les mains tremblantes j'ose à peine me répéter la phrase de ma mère, mais je commence à espérer.
Moi aussi, je peux avoir droit à l'amour.
Coucou la coooompagniiiie ! C'est LCDAH ^^, comment ça va après ce petit chapitre de transition qui amoooorce la suiiiiite ! héhé un week-end entre filles s'annonce ! vous imaginez ça ? Cocktail explosif mouhahahha ! d'après vous, elles vont aller où ? N'hésitez pas à nous l'endroit sur lequel vous pariez ! et surtout merci d'être aussi nombreux à nous suivre, c'est la famille ! On se retrouve d'ici deux semaines, d'ici là prenez soin de vous ! * coucou de Lilly et Akira*.
