Hello !

À l'heure où je rédige ce mot, j'ai repris les cours… J'ai encore deux dossiers à boucler pour demain, et je déprime profondément… Je souhaite donc bon courage à tous ceux qui ont repris ou sont sur le point de reprendre après des vacances de Noël surchargées, ainsi qu'à tous ceux qui n'ont pas eu de congé du tout.

Sinon, voici le chapitre vingt, un gros morceau (24 pages Word). J'espère qu'il vous plaira !

Bonne lecture !

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Disclaimer : Tout appartient à SM.

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Chapitre 20

À l'aube, j'étais étonnamment énergique, et la course sur le dos de Paul acheva tout à fait de me réveiller. Mon corps fourmillait, j'aurais pu courir un marathon en arrivant au terrain de plus en plus familier. Je saluai d'un geste du bras la famille Cullen, qui discutait à plusieurs dizaines de mètres. Ils ne me répondirent pas, sans que je sache s'ils ne m'avaient pas vu ou s'ils m'ignoraient désormais purement et simplement. Je glissai du dos de Paul avec la sensation d'effectuer une routine.

La meute était au grand complet. Emily et Kim accompagnaient leur compagnon. Comme moi, elles restaient accrochées à leur chaude fourrure. Nous échangeâmes à voix basse, essentiellement sur la sensation que procurait une promenade sur le dos d'un loup géant.

Je prêtais attention, plus que jamais, aux réactions de Paul, et me tournai presque en même temps que la meute vers l'extrémité opposée du champ. Emily et Kim nous imitèrent avec curiosité. Les Cullen se rapprochèrent de nous, de façon à faciliter nos échanges.

Comme la veille, nous ne l'aperçûmes que lorsqu'elle grandit, à quelques pas seulement de nous. Je pris le temps de la détailler, cette fois. Sa peau, qui épousait une silhouette humaine, semblait posséder la texture de celle d'un serpent. Elle ne portait pour la couvrir qu'un pagne en peau de bêtes. Ses traits, au-delà des écailles qui les couvraient, n'étaient pas aussi enchanteurs que ceux des vampires, mais ne ressemblaient pas tout à fait à ceux des humains ou des quileutes. Sa chevelure d'un roux flamboyant me rappelait celle de Victoria, parallèle qui me fit frémir. Elle mettait en valeur ses yeux dorés, aux pupilles fendues, à l'instar des reptiles. Je n'aurais pu m'en détacher, s'il n'y avait eu ces deux grandes ailes de bronze qui devaient briller de mille feux au soleil, à l'instar d'une peau vampirique.

Là où les loups-garous avaient conservé leur essence première d'humain, les dragons n'étaient plus que créatures de mythes.

Elle entrouvrit ses lèvres brunes et dit, de sa drôle de voix, à la fois grave et féérique :

— Bonjour.

Carlisle s'avança pour lui serrer la main. Jacob, le dos raide, les traits fermés et les membres crispés, l'imita. Le dragon ignora sciemment les trois représentantes humaines qui l'observaient.

— Nous n'avons pas de temps à perdre. Sa Grâce m'a laissé carte blanche en ce qui concerne cette affaire. Elle vous promet également de quitter Hismal, la Maison, dès notre victorieux retour et de n'y revenir que lorsque notre aventure aura été oubliée. Notre peuple se souvient longtemps.

Me rappelant que, selon les anciens, la dernière résurrection de l'Etre datait de plus de deux-mille ans, j'en fus convaincue aussitôt.

— Espérons que lorsque ce temps arrivera, nous autres vampires auront déserté les lieux.

— Nous combattrons toujours avec fierté au côté des vampires.

Elle ne dit rien des humains, ni des loups, ce qui me poussa à m'interroger. Qu'avait-elle contre nos deux espèces ?

— L'alliance des quatre sangs est la clé de notre victoire.

Jacob et Carlisle hochèrent la tête.

— Les vampires ne saignent pas, ajouta le docteur. Nous avons prélevé ce qui s'en rapproche le plus.

Esmé s'avança, tenant dans sa main un panier. Au passage, elle m'adressa un sourire lumineux. Arrivée à la hauteur de son mari, elle sortit du panier une grosse bouteille en verre remplie au quart par un liquide inconnu de couleur sombre. Je n'avais jamais imaginé à quoi ressemblait le venin d'un vampire. Pourtant, je n'eus aucun mal à deviner que c'en était. Comment avaient-ils fait pour l'extraire ?

— Il y a ici le venin de ma famille et moi-même, ainsi que d'amis vivant non loin.

Je me demandai brièvement de qui il s'agissait. Je l'ignorerais certainement à jamais.

— Bien. Nous devons donc décider qui apportera maintenant sa contribution à notre poison. Elle se tourna vers mon groupe. Les échines des loups s'hérissèrent, leurs babines se retroussèrent.

— Pourquoi ne le feriez-vous pas ? proposa Jacob.

— Pourquoi pas… répondit le dragon, à ma grande surprise.

Elle se retourna et discourra longuement, comme si d'autres dragons se tenaient derrière elle. C'était peut-être le cas, d'ailleurs. Dans tous les cas, je ne compris pas un mot de ce qu'elle racontait, car elle usait du langage de son peuple.

Enfin, elle reporta son attention sur nous.

— Bella, appela-t-elle à ma grande surprise.

Paul gronda sourdement. Un regard de Jacob le réduisit au silence.

— Oui ?

Ma voix tremblait.

— Venez par ici, s'il vous plait.

Paul gronda, sans aucune retenue, cette fois.

Je l'embrassai avant de m'avancer en trébuchant sur le sol inégal. Jacob m'offrit aussitôt son bras et me guida jusqu'au dragon. Il ne dit rien, ne fit rien, mais je le sentis se tendre et devinai que, au premier geste suspect de notre récente alliée, il exploserait pour lui arracher la tête.

— Notre peuple est aussi vieux que le tien, Bella, et pourtant, jamais nous n'avons trouvé une arme capable de faire des ravages semblables à ceci.

Elle désigna ma main. Je la dévisageai sans comprendre. Derrière elle, pour la première fois, un murmure s'éleva, mélange de dizaines, voire de centaines de voix inquiètes.

Enis.

Le silence revint. Cependant, loups comme vampires en avaient profité, je n'en doutais pas, pour évaluer les forces du dragon. Elle le savait également, car elle semblait particulièrement agacée lorsqu'elle me tendit son poignet. Je fis aller mon regard de son visage à son avant-bras, sans comprendre.

— Allez-y, incisez.

Je me contentai de la regarder, ébahie. L'inciser ? Quoi ?

Soupirant, elle avança sa deuxième main pour saisir la mienne. Dire qu'elle était brûlante aurait été un euphémisme : à côté d'elle, Paul me paraissait glacé. Elle attrapa mon poignet avec répulsion. J'observai ses gestes sans réagir, ce qui me permit de réaliser. Ce n'était pas du dégoût… c'était de la prudence. Mais pourquoi ?

J'obtins ma réponse lorsque, serrant mon index entre ses doigts, elle appuya mon ongle contre son poignet écailleux… où il s'enfonça tel un couteau dans une motte de beurre ! J'ouvris la bouche sur un cri muet. Elle ne dit rien.

Ma première pensée concernait son impassibilité. Était-elle immunisée contre la douleur ? Dans tous les cas, elle poussa mon ongle à l'entailler un peu plus, puis laissa son sang couler dans la fiole. Il n'y eut que quelques gouttes : déjà, la plaie s'était refermée.

Elle s'écarta et, sans daigner m'accorder un regard, se tourna à nouveau vers la foule de dragons attendant derrière elle, silencieux et invisibles. Quelques secondes plus tard, une autre femme se dressait devant moi. Elle arborait la même peau écailleuse, les mêmes yeux reptiliens, la même chevelure de feu et les mêmes ailes couleur de bronze.

Cette fois, elle n'eut pas besoin de me guider. Ma main tremblante ouvrit son poignet. Elle imita sa chef, puis disparut, bien vite remplacée par un troisième dragon, semblable en tout point au deux autres. Elles portaient même le même pagne !

Il y en eut beaucoup, beaucoup d'autres, avant que la fiole ne soit remplie de moitié, ce qui me poussa à m'interroger sur la quantité qu'avait donné chaque Cullen. Et nous ? Nous n'étions que trois présentes. Avec le sang de Maggie… Nous risquions de nous vider de notre sang. Si je ne m'étais pas évanouie avant à la vue de celui de mes amis loups-garous.

Car, étonnamment, celui des dragons ne m'apportait aucun malaise. Il ressemblait au miel, tant par sa texture que par sa couleur. Il empestait, mais pas de cette affreuse senteur de fer qui me faisait toujours tourner de l'œil ! Plutôt comme les ordures restées trop longtemps dans une poubelle. De plus, il avait un effet étrange sur moi : mon cœur s'affolait à chaque bouffée que j'inspirais, mon estomac se serrait et une colère irraisonnée s'emparait de moi, au point qu'ouvrir le poignet de ces femmes ne me paraissait plus suffisant. Lorsque l'envie de leur sauter à la gorge pour enfoncer mes ongles couverts de ce sang immonde dans leurs affreuses orbites devint presque irrépressible, je reculai en titubant et marmonnai que je ne pouvais plus exécuter ma tâche. En regagnant ma place auprès de Paul, je surpris le regard de la chef des dragons, à la fois menaçant, craintif et impressionné.

Je frissonnai, faisant gémir Paul.

— Tout va bien, murmurai-je.

Mais tout n'allait pas bien. Je commençais à comprendre.

Kim me remplaça. Elle s'avança avec assurance, bien que ses traits se crispèrent lorsque son index s'approcha du poignet d'un dragon. La fiole suffisamment remplie, elle me rejoignit à toutes jambes. Elle aussi, sans savoir pourquoi, ressentait une fureur soudaine pour ces créatures, qu'elle aurait pu défigurer sans le moindre remort.

J'attendis que les loups-garous aient commencé à s'ouvrir les veines à leur tour, se transformant un à un pour ce faire. J'avais besoin de me détourner du spectacle, désireuse de ne pas perdre conscience.

Je dévisageai la foule. Les loups m'entendraient, mais je n'en avais que faire. Quant aux vampires, je n'en savais rien. Peut-être que si je parlais vraiment très bas…

Et les dragons ? Avaient-ils hérité des sens aiguisés de leurs frères et sœurs d'espèce ? Ce n'était pas très important, de toute manière, puisqu'ils devaient mieux comprendre la situation que moi.

Je pris la parole dans un murmure, ma tête penchée vers celles de Kim et Emily.

— Je crois que nous complétons le cycle.

— Quel cycle ?

— Lorsque je suis allée chez Maggie avec Paul, pour la questionner sur l'Etre, elle nous a fait toute une théorie sur les proies et les prédateurs.

Elles me dévisageaient sans comprendre. Je tentai de clarifier la situation.

— Le dragon est le prédateur du loup-garou. Voilà pourquoi la meute se sent menacée. C'est leur ennemi héréditaire. Comme nous le savons déjà, le loup-garou chasse le vampire, qui lui-même chasse l'homme. Et nous, humaines, nous sommes destinés à tuer les dragons. Nous complétons le cycle !

Elles écarquillèrent les yeux – moi aussi, comme si j'avais entendu cette explication d'un autre.

— Ça se tient, finit par répondre Kim.

Emily ne prononça pas un mot. Je la comprenais. Pas plus qu'elle, je n'avais envie de comprendre que mon devoir était de pourchasser les dragons. De ce que j'avais pu en voir, ils ne faisaient de mal à personne. Il était hors de question que je devienne meurtrière par pur instinct. Paul revenait, sous sa forme humaine. Lisant mon inquiétude sur mon visage, il me tendit sa paume. Comme il me l'avait promis, il ne restait déjà de sa blessure qu'une cicatrice rose qui aurait disparu avant que mon tour arrive. Je l'enlaçai avec force et me perdis dans sa douce chaleur, dans son odeur réconfortante.

— Bella ?

Je compris à son ton que c'était mon tour. Je m'écartai à regret et me tournai vers la fiole, tenue par Carlisle. Le dragon avait reculé.

— Kim ? appela Jacob.

L'indienne hocha la tête et s'approcha du docteur, tenant à deux mains une boîte en métal. Jared la suivait à la trace, protecteur. Il souleva lui-même le couvercle et sortit de la cassette une bouteille. Je détournai les yeux en comprenant ce qu'elle contenait.

— Qui ?

— Maggie, bien sûr. Jen, Billy, Sue, le vieux Quil et d'autres encore, trop confiants pour nous demander ce que nous souhaitions en faire. Superstitieux, également.

J'acquiesçai. J'imaginais aisément d'autres quileutes aussi ignorants, en apparence, que Maggie.

— Emily ? Kim ?

— Kim. Emily doit donner son sang en même temps que toi.

Nous nous avançâmes ensemble, d'ailleurs. Sam et Paul nous suivirent. Carlisle me tendit un couteau en argent. Les premiers rayons de l'aube le firent étinceler de propreté. Etant celle qui manifestait le plus de confiance aux Cullen, je pris sur moi pour saisir le couteau. Emily, à ma gauche, resta pétrifiée. Les autres vampires s'étaient éloignés.

Carlisle nous apprit qu'il avait apporté une trousse de secours. Paul se mordit la lèvre. Il s'en voulait visiblement de ne pas y avoir pensé. En même temps, qui aurait pu la transporter ? Ils étaient venus sous leur forme lupine.

J'affermis ma prise sur le couteau.

J'avais l'opportunité d'aider. C'était rare. Je voulais aider. De plus, je ne souhaitais pas rester en arrière lorsque l'Etre apparaitrait. Comment convaincre Paul que j'avais le droit de combattre l'ennemi à ses côtés si je n'osais m'infliger une plaie qui serait pansée aussitôt ?

Mon cœur s'affola. J'appuyai la pointe du couteau de cuisine sur ma paume.

« Allez. Tu viens de faire la même chose, à mains nues, sur le poignet de dizaines de créatures mythologiques. Incise. »

J'incisai en poussant un faible cri de douleur et lâchai le couteau à l'instant où la première goutte de sang perla sur ma peau. Paul le rattrapa par le manche avant même qu'il ne touche le sol. Tandis que Carlisle guidait ma main sanguinolente jusqu'à la fiole, j'inspirai par la bouche et plongeai mon regard dans celui de Paul. L'argent brillait d'inquiétude, d'admiration.

— Tu es si courageuse.

J'aurais ri dans toute autre circonstance. Je me contentai d'un faible sourire.

— Pas autant que toi, le contredis-je.

Il secoua la tête, comme si j'avais énoncé une absurdité.

— Evidemment. Tu l'es bien plus que moi.

— Tu dis n'importe quoi.

Nous n'eûmes pas le temps d'ajouter quoi que ce soit : Carlisle lâcha ma paume. En un instant, Edward se dressa à notre côté. Il tendit à son père la fameuse trousse de secours.

— Bella, préfères-tu que je m'en occupe ou…

— Volontiers.

Il y avait peu de chance que je me vide de mon sang avant d'arriver à la maison. Avec ma maladresse, toutefois, mieux valait s'occuper de ma plaie immédiatement. De plus, ma confiance en Carlisle n'avait pas été ébranlée par les récents événements.

Nous nous installâmes à même le sol pour qu'il désinfecte et bande ma blessure. Ma place fut bientôt prise par Emily. Sam restait collée à elle. Lui restait méfiant envers le docteur – je ne pouvais lui en vouloir. J'espérais toutefois qu'après notre combat commun, leur alliance sortirait consolidée. Que ce serait merveilleux de pouvoir passer une journée détendue en compagnie de ma famille quileute et de mes amis vampires !

Néanmoins, avant la réconciliation approximative de ces deux espèces, ennemies depuis leur naissance, une autre surprise nous attendait.

La fiole, quoique remplie du sang de plus d'humains que je ne l'avais supposé, n'était pas remplie suffisamment pour ce que vampires et dragons souhaitaient faire : une distribution de « munitions » permettant à chacun de se protéger. Je comptais obtenir moi-même de quoi tenter ma chance contre l'Etre.

Le dragon en chef proposa alors la participation d'autres de ses soldats. Kim, n'ayant aucune des deux paumes récemment bandées, se chargea de la partie nécessitant une présence humaine. Le défilé des dragons recommença, troublant par leurs similarités.

Il ne restait que quelques gouttes à verser lorsqu'Embry jappa. Jared et Jacob se tournèrent vers lui. Leurs frères, déjà transformés en loups, se joignirent bientôt à Embry. Jacob s'apprêtait à se transformer, afin de comprendre ce qui agitait ainsi ses troupes, lorsqu'Edward intervint.

Il affichait une mine captivée, sans doute à cause de ce qu'il lisait dans les esprits des loups-garous.

— Embry s'est imprégné, lâcha-t-il.

L'heure qui suivit ne fut qu'agitation et incompréhension. Carlisle, le dragon en chef et Jacob convinrent d'un rendez-vous en fin de journée. La distribution des armes pressait.

Nous rentrâmes au plus vite, Kim, Emily et moi-même sur le dos de nos petits-amis respectifs. Coralie, la récente imprégnée d'Embry, avait été invitée à nous suivre. Fort heureusement, la maison de Sam et Emily se trouvait en bordure de forêt, car traverser le village en toute discrétion accompagnés d'une femme ailée, couverte d'écailles et poitrine nue aurait été ardu.

La maison se déserta rapidement. Emily et Sam eux-mêmes préférèrent quitter les lieux. Comme seuls les fiancés avaient l'habitude de supporter la meute au grand complet dans un espace restreint, et qu'il n'y avait guère d'endroits où traîner à la Push, nous échouâmes sur la plage. J'apercevais, au loin, des enfants se ruer sur les vagues glacées qui déferlaient sans trêve sur la plage de galets. Les cris des mères inquiètes me parvenaient faiblement. Je me laissai tomber sur les cailloux – Jared et Kim, ainsi que Seth et Leah, avaient déjà réquisitionné la mince bande de sable. J'étais heureuse de traîner avec des personnes connaissant les coins tranquilles.

À peu près tranquilles, me corrigeai-je en voyant, au-dessus de nous, un jeune couple observer avec des yeux ronds les muscles épais des immenses adolescents qui m'accompagnaient. Le nourrisson qui se tortillait sur la grande couverture carrelée, entre eux, babilla. Ils se détournèrent.

Un moment, nul ne prononça un mot. Nous observions de concert le mouvement des eaux grises. Le soleil fit une apparition et, pendant quelques minutes, les vagues miroitèrent. Puis les nuages revinrent, plus sombres encore qu'avant, accompagnés d'un vent violent qui anima encore la mer déjà agitée. Je me collai un peu plus à Paul, qui se transforma volontiers en barrage contre les courants. A l'autre bout de la grève, les cris redoublèrent. Puis les mères parvinrent à récupérer leurs enfants trempés de la tête aux pieds et la plage redevint silencieuse. Au-dessus de nous, le couple plia la couverture et partit, leur bébé dans les bras. Ils devaient craindre la pluie. Ils croisèrent Quil qui arrivait, Claire sur les épaules. Seth se poussa pour leur laisser une place sur le sable. Claire prit le temps de venir embrasser chacun de nous avant de se mettre à la construction de son château de sable.

Elle avait beau m'appeler ainsi depuis plusieurs jours, cela me faisait encore tout drôle d'être qualifiée de tante. Imaginer l'expression de Charlie lorsqu'il l'entendrait me fit sourire.

— Tu as mal ? s'inquiéta Paul au même instant.

Je fronçai les sourcils, ne comprenant pas d'où il sortait une telle question. Je réalisai alors que je triturais machinalement mon bandage. Je le lâchai aussitôt.

— Non, lui assurai-je.

Il hocha la tête, rassuré à demi-seulement. Je tentai un sourire ironique.

— Puisque j'y ai contribué, je suppose que j'aurai le droit de prendre une de ces fameuses munitions anti-Etre…

— Bella…

Je lui fis mon sourire le plus enjôleur.

— Pourquoi pas ?

— C'est vrai, ça, pourquoi pas ?

Un peu plus loin, Kim se redressait sur un coude. Elle m'adressa un clin d'œil.

— Parce que vous n'en aurez pas besoin.

— Qu'est-ce qui te fait croire ça ? C'est essentiellement une arme défensive, non ? Je ne pense pas que l'Etre se détournera de nous parce que nous sommes des femmes, ou des humaines.

— Nous serons avec vous à chaque instant. Nous vous protégerons.

— Et si, pendant que vous nous protégiez, nous remarquions une occasion de frapper l'Etre ? insistai-je, butée. Le temps de vous avertir, ou de vous dérober une de ces munitions, il sera trop tard.

Kim m'appuya d'un vigoureux hochement de tête.

— En plus, je ne suis pas toujours ici. Et si elle venait chez nous ? Elle pourrait tuer Charlie !

— Je monterai la garde jour et nuit s'il le faut, Bella. Il ne t'arrivera rien.

— Il te faudra tout de même du temps, avant de parvenir à me rejoindre. Peut-être… peut-être ne m'attaquera-t-elle pas comme Victoria. Peut-être arrêtera-t-elle mon cœur à l'instant où je la remarquerai. Un peu de sang me permettrait peut-être de la retarder…

Cet argument fit mouche. Après une seconde de réflexion silencieuse, Paul inclina la tête en signe de reddition.

— J'en… parlerai à Jacob.

Je le remerciai d'un baiser.

— Beurk ! réagit aussitôt Claire.

Tout le monde éclata de rire – sauf Leah. Bien vite, cependant, le silence revint, fourmillant d'interrogations. L'imprégnation d'Embry n'était pas prise à la légère.

L'imprégnation de Sam avait été surprenante par sa nouveauté. Celle de Paul avait causé moins d'ennuis que ma réaction. Quant à celle de Quil, elle avait dérouté, mais pas ébahi, car les légendes en parlaient.

En revanche, un dragon… Une créature revenue d'un passé ancestral, ennemie des loups-garous…

D'une voix triste et basse d'enfant, je demandai :

— Embry va partir ?

L'étreinte de Paul se resserra, empreinte de tensions.

— Nous ne savons pas.

Je hochai la tête. Je savais pourtant qu'il n'y avait pas trente-six solutions. Une imprégnation ne pouvait se briser, et un imprégné ne pouvait se séparer de sa moitié. Or, les dragons devaient partir, si l'on ne voulait pas ramener à la vie l'Etre dès sa disparition.

Embry devrait partir.

Un sanglot s'éleva dans l'air. Tous les regards se tournèrent vers Emily. Les larmes de celle-ci et les prunelles de chacun reflétaient la même désolation. La perte d'un frère serait terrible. Je frémis en songeant à ce que nous vivrions, dans le cas où l'un d'eux…

— Tout ira bien, me souffla Paul.

Je hochai la tête, luttant moi aussi contre mes larmes.

Respectant notre intimité, les autres loups ne bougèrent pas d'un pouce. Pourtant, je décryptais leurs pensées comme s'ils les avaient prononcées à haute et intelligible voix.

Rien n'allait bien.

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Cela se confirma encore lorsque, le lendemain, je fus réveillée aux aurores par l'agitation de Charlie. En pyjama, je descendis pour le trouver en intense discussion au téléphone. Il ne dit pas grand-chose ; son interlocuteur semblait tenir le crachoir. Ses réponses brèves n'empêchèrent pas mon estomac de se contracter. Il était arrivé malheur. Je le sentais.

Il était déjà habillé et, lorsqu'il raccrocha le combiné, se précipita vers la porte. Je ne pus m'empêcher de l'interpeler.

— Papa, il y a un problème ?

Il se figea. Absorbé par les dires de l'autre, il ne m'avait pas remarquée.

— Oui. On m'attend au…

Il hésita, et je compris qu'il n'osait rien me dire. Cela me rassura légèrement : cela concernait son travail, non un proche.

— Bella… Reste loin de la forêt, s'il te plait. Et ne sors pas seule.

Je fronçai les sourcils.

— Bella ? insista-t-il.

— D'accord. C'est promis. Je pense aller à la Push, aujourd'hui, de toute façon.

Il approuva ma décision.

— S'il te plaît, préviens Billy que… Non. Je l'appellerai.

Je ne dis rien, singulièrement surprise par ses bafouillements.

— Passe une bonne journée, chérie.

— Toi aussi, papa.

— Je t'aime, bougonna-t-il en fixant obstinément la poignée de notre porte d'entrée.

— Moi aussi.

Il quitta la maison, me laissant seule sur la première marche de l'escalier. J'étais perdue. Cette attitude ne ressemblait pas au shérif Swan.

Si ce qui était arrivé s'avérait grave, je ne connaissais qu'une personne capable de répondre à mes questions. Paul. Je gravis les marches quatre à quatre, décidée à quitter la maison au plus vite. Pour ce faire, je me passai de déjeuner, préférant courir à la porte… devant laquelle se tenait Paul, l'air grave, visiblement sur le point de sonner.

— Bella !

— Paul !

— Tu n'as rien ?

— Qu'est-ce qu'il se passe ?

— Je vais bien, mais Charlie est parti en quatrième vitesse, ce matin. Tu sais pourquoi ?

— Tu me laisserais entrer ?

Je m'écartai. Il m'entraîna jusqu'au salon. Nous nous assîmes côte à côte sur le canapé. Il avait entouré mes épaules d'un de ses longs bras.

— Alors ? insistai-je.

— Tout d'abord… tiens.

Il sortit de sa poche une bulle de plastique remplie d'un liquide bordeaux. Je frissonnai.

— C'est… une munition ?

— Oui. Fais attention. Elle est conçue pour… exploser. Manipule-la avec précaution. Trouve-lui un endroit où elle ne risque rien, mais toujours à portée de main.

— Ça va être compliqué… Tu l'as où, toi ?

— Je n'ai pas tout à fait la même… Un loup n'a pas les mêmes armes qu'un homme.

Je hochai la tête. Ça paraissait logique.

— Tu as réussi à convaincre Jacob ?

— Oui… Non… En fait, nous avons convenu que ce serait plus prudent… avec ce qui est arrivé.

Mon estomac, qui s'était détendu à l'arrivée de Paul, se serra à nouveau.

— Qu'est-ce qui est arrivé ?

— L'Etre est passé à l'attaque… Il… Il a fait une première victime.

Je plaquai mes mains sur ma bouche.

— Charlie… Charlie a été appelé… C'est pour… ?

— Certainement. Les instances de police sont bien embêtées. Il a été tué à la frontière. Ils ne savent pas qui, de la Push ou de Forks, doit gérer cette affaire. Personne n'a envie de revivre les évènements du printemps précédent.

— Ils vont croire que ce sont des loups ! Ils vont reprendre la chasse !

Paul laissa échapper un ricanement.

— Il y a peu de chances. Je peux t'assurer que la police sera plus embêtée encore après autopsie.

— Tu… tu as vu le corps ?

— Je ne patrouillais pas dans ce secteur. Ce sont Jacob, Quil et Embry qui ont senti pour la première fois l'Etre. Il… a une odeur dérangeante. Un mélange des quatre espèces. A la fois ensorcelant, repoussant, sucré et amer, glaçant et piquant… Ils ont suivi la trace.

— Seuls ? m'horrifiai-je.

— Nous les rejoignions. Mais ils sont arrivés avant nous. Il…

Colère et accablement l'empêchèrent de poursuivre.

— Nous… Nous le connaissons… ?

— Je ne l'ai jamais vu. Un habitant de Forks, sûrement. Je ne sais pas si toi tu…

Je hochai la tête, une boule dans la gorge. Je m'efforçai de l'avaler avant de poursuivre.

— Tu as dit qu'ils seraient encore plus embêtés…

— L'Etre est le surnaturel incarné. Je peux te dire qu'aucun médecin légiste ne comprendra ce qui lui est arrivé. Il n'avait pas une égratignure… Ils ne trouveront pas de sang, pas de blessure, pas de traces d'un quelconque assassin ou autre élément déclencheur d'une mort subite. Il était juste là… raide… livide…

Il s'interrompit encore. Je sentis mon estomac se contracter. Je me levai d'un bond et me précipitai dans la cuisine pour vider mon estomac dans l'évier. N'ayant pas déjeuné, il sortit essentiellement de la bile, qui me brûla la gorge. Paul me tint les cheveux, malgré mon insistance à ce qu'il quitte la pièce.

Mon estomac calmé, je rinçai ma bouche et l'évier et montai à l'étage me brosser une nouvelle fois les dents. C'était si courant, ces derniers-temps, que je ne paniquai pas en découvrant mon teint blême. Paul insista tout de même pour conduire lui-même.

Nous rejoignîmes la meute chez Sam et Emily. Elle était réunie au complet. Je ne vis Claire nulle part, pas plus que Coralie.

Tandis que j'aidais Emily pour faire le thé, les garçons s'absorbèrent dans une réunion stratégique. Ils redistribuèrent les tours de garde, allongeant le périmètre à surveiller.

— Nous ne pouvons surveiller Forks sans mettre en danger les habitants de la réserve…

— Même si nous ne pouvons rien dire aux humains, ils seront en état d'alerte si les meurtres s'accumulent.

— Il faudra convenir de nouvelles frontières avec les vampires…

— Les dragons ne se mêleront qu'aux affrontements directs avec l'Etre. Ils ont à cœur de rester à l'écart de notre Histoire, comme ils l'ont toujours fait, et de protéger leur peuple.

— Qui est avec Claire ? chuchotai-je à Emily.

— Comme convenu, Jen est venue la récupérer.

— Oh.

J'avais oublié ce qu'ils avaient convenu. Tant mieux. Au moins une qui était en sécurité… pour l'instant.

Kim changea de sujet.

— Tu as obtenu une munition, toi aussi ?

Je hochai la tête. J'avais trouvé pour l'abriter une boîte en plastique dur que j'avais glissé dans la poche de mon imperméable.

Kim ne questionna pas Emily. Il était impensable que la jeune femme en ait demandé une. Emily s'occupait des garçons. Elle n'était pas une combattante.

Je me mordis la joue, anxieuse soudain. Car je ne l'étais pas non plus.

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Malgré cette nouvelle période d'ombre qui s'abattait sur nous, Paul me réveilla le lendemain en lançant du gravier à ma fenêtre. Il souriait de toutes ses dents – blanches et acérées, celles-ci rappelaient des crocs.

Il ne prit pas la peine d'attendre que je descende : il grimpa à l'arbre jusqu'à atteindre ma chambre.

— Paul ! me récriai-je.

Il n'avait pas fait attention au soleil qui illuminait la rue, permettant à tous mes voisins d'admirer les capacités physiques du loup. De ce que j'observai, nul n'était figé sur le trottoir, son sac poubelle à la main, ou n'avait collé ses yeux écarquillés contre la vitre d'une fenêtre.

Sans prêter attention à mes remontrances, il me souleva par la taille et me fit tournoyer. J'ignore comment il fit pour ne toucher aucun meuble dans l'espace restreint. Lorsqu'il me reposa, indemne, j'avais la tête qui tournait.

— Qu'est-ce qui se passe ?

J'avais encore en mémoire les expressions tendues des loups lorsque je les avais quittés la veille au soir. Rien ne présageait qu'un événement nous remonterait le moral. Comme pour me contredire, Paul éclata d'un rire radieux.

— Mais qu'est-ce qui se passe ? L'Etre a disparu ?

Cette possibilité, bien que hautement improbable, était la seule à m'apparaître. Le rire de Paul s'éteignit aussitôt, et je compris que mes rêves ne se réaliseraient pas aujourd'hui.

— Non… souffla-t-il.

Puis le sourire regagna son visage. Il semblait d'une humeur trop joyeuse pour l'en empêcher.

— Qu'y a-t-il, dans ce cas ?

— Ma mère part !

— Elle part ?

— Oui. Elle rentre à Tacoma avec Savannah.

— Oh, c'est… c'est super ! Et toi ?

— Je reste !

Il rit encore et m'entraîna sur le lit pour m'expliquer la situation.

— Hier soir, quand je suis rentré, le décès de ce randonneur…

Il fronça les sourcils à cette pensée.

— Jacques Brown.

— Tu le connaissais ?

— Non. Mais Charlie connait tout le monde, tu sais… Il est parti à la retraite il y a quelques semaines. Il voulait profiter de sa liberté nouvelle pour cartographier la forêt de Forks, de ce que j'ai compris.

— Je suis navré…

— Nous le sommes tous. Alors ? Qui a convaincu ta mère de te laisser ?

— En fait, la mort de ce monsieur Brown avait déjà fait le tour de la Push. Tu sais comme nous passons du temps dans les bois, avec la meute… Ma mère m'a interdit d'y retourner…

— Parce qu'elle est au courant que tu passes ta vie dans la forêt ? m'étonnai-je.

— Non. En fait, elle m'a presque interdit de sortir de chez moi.

— C'est un peu extrême.

— Ma mère ne fait que dans l'extrême. Bref. Je lui ai dit que je ne pouvais rien lui promettre sinon que je serais prudent. Tu m'imagines abandonner la meute ?

Je secouai la tête, même si l'idée que Paul reste chez lui, en sécurité, était tentante. Je n'aurais plus à craindre qu'il meure au combat… quoique.

— Elle m'a dit que ce n'était pas une suggestion, mais un ordre. Et là… le ton est monté, un peu. Beaucoup, en fait. Je lui ai répliqué que je n'avais pas d'ordres à recevoir d'elle. Elle m'a fait remarquer que je n'étais pas encore majeur et qu'elle était ma mère… Et moi…

Il ne précisa pas ce qu'il lui avait rétorqué. Je l'imaginais parfaitement, tremblant de tous ses membres, lui hurler qu'elle ne s'était pas comportée en mère pendant des années, et qu'elle n'avait plus aucun droit de le faire à présent…

— Bref. Elle n'a pas aimé ce que je lui ai dit, alors elle a hurlé encore plus fort. Et là, mon père est sorti de son bureau. Il devait en avoir ras le bol de ne pas pouvoir travailler tranquille. Elle lui a demandé de prendre son parti. Sauf que mon père a souffert autant que moi de son départ, et qu'il me fait confiance. Il lui a dit qu'il estimait que j'étais assez responsable pour faire ce que je voulais sans me mettre en danger. « Je savais que tu avais une influence néfaste sur notre garçon ! » qu'elle lui a lancé. « C'est pour ça que je suis revenue, et j'ai eu raison. Demain, je rentre. Et toi, Paul, tu m'accompagnes. Tu as la nuit pour faire tes bagages. »

Je tressaillis. La simple pensée que Paul quitte la Push, me quitte… m'était intolérable.

— Et là… tu te souviens quand je t'avais parlé de sa décision… ?

Je le regardai sans comprendre.

— Quand je t'ai dit qu'elle voulait demander ma garde… J'avais peur que mon père ne s'y oppose pas… et tu m'as rassurée.

Je hochai la tête. Je me souvenais, à présent.

— Et alors ?

— Papa a été…

Il siffla doucement.

— Il a été époustouflant. Il est resté très calme, même lorsqu'elle lui a postillonné dessus des insultes. Il lui a expliqué que cela faisait des années qu'il s'occupait de moi seul, que nous étions très heureux ensemble et que nous nous portions à merveille. Il lui a dit que si elle voulait obtenir ma garde, elle devrait prendre un avocat, car il se battrait et que, s'il le fallait, il demanderait à l'ensemble des habitants de la réserve de témoigner qu'il s'occupait très bien de son fils. Il lui a fait remarquer que le juge me demanderait certainement mon avis, et que jusqu'au verdict, je resterais ici. En plus, selon lui, il y avait de grandes chances pour qu'ils ne tranchent pas avant ma majorité… et dans ce cas, ça ne servirait plus à rien de chercher à obtenir ma garde.

Il se tut, les yeux brillants d'étoiles.

— Je ne l'avais jamais vu comme ça… Il a été si véhément… Il lui a cloué le bec !

Il rit encore, et je me joignis à lui, comblée de le retrouver si joyeux.

— Du coup, tu restes !

— Oui !

De soulagement, je me laissai tomber en arrière. Il s'allongea sur le lit également. Je roulai sur le flanc tandis qu'il observait le lambris sombre au-dessus de sa tête.

— Et ta mère ?

— Elle part dans l'après-midi. Je passerai lui dire au revoir. Tu pourras venir, si tu veux.

— Je… ça risque d'envenimer la situation, non ?

— Bah, si tu savais comme je m'en fiche… Je ne compte pas la revoir de sitôt. Et lier des liens, encore moins.

— Et Savannah ?

Son regard s'assombrit et je compris que j'avais visé juste.

— Elle part avec ma mère, bien sûr.

— Tu la reverras ?

— Quelle importance ?

— Tu t'es attaché à elle.

Ce n'était pas une question. Cela faisait des jours que je le sentais dans ses paroles tendres.

— Ce n'est pas ma sœur. En tout cas, je n'arrive pas à la voir comme ça.

— Peut-être. Mais ose prétendre que tu ne l'apprécies pas.

Il n'osa pas.

— Je lui rendrai peut-être visite… quand elle sera plus grande.

— Je t'accompagnerai… si tu veux.

— Bien sûr que je veux.

Quittant le plafond du regard, il me regarda.

— Que ferais-je sans toi ?

— Plus de choses que si c'était moi qui étais privée de toi, c'est sûr.

— Impossible. Tu es mon monde, Bella, à présent.

— Et toi, tu es ma vie.

Je rougis de ma sincérité. Son regard ardent n'arrangeait rien.

— Je t'aime, me confia-t-il.

Je sentis mon cœur s'affoler. Je me demandai s'il l'entendait. Sûrement. Je me rapprochai un peu plus de lui.

— Je t'aime plus encore.

— Impossible, dit-il encore.

— Possible. Incontestable.

Je lui souris et me noyai dans ses iris argentés, tant et si bien que je n'entendis pas ce qu'il me répondait.

Je ne voulais plus que lui, à jamais, et c'était merveilleusement réciproque. Au grand damne de sa mère.

Le regard de celle-ci se rétrécit lorsqu'elle nous vit arriver main dans la main. Paul fit comme s'il n'avait rien remarqué.

— Tu as besoin d'aide ? demanda-t-il avec entrain.

— Oui, à Tacoma.

Il roula des yeux avec insolence.

— Je serai malheureusement indisponible.

— La poussette n'est pas pliée. Je n'ai pas encore eu le temps de mettre ta sœur dans la voiture.

Il hocha la tête et me fit signe de le suivre dans la maison. Il s'occupa d'abord de sortir sur le perron les sacs de bagage de sa mère. Tandis qu'elle les empilait dans le coffre de la voiture, il plia la poussette puis se chargea de la petite.

Savannah était allongée sur une épaisse couverture posée à même le sol. Ses gazouillements gagnèrent en force lorsque Paul se pencha vers elle en lui parlant doucement. Avec des gestes assurés qui dénotaient une habitude, il attrapa la petite et la glissa dans sa nacelle. Il la harnacha avec soin avant d'emmener celle-ci dans la voiture. Il l'avait à peine attachée que sa mère refermait le coffre.

— Où est ton père ?

— Au travail.

— Je suppose qu'il serait inutile pour moi d'insister.

— Parfaitement. Je ne bougerai pas.

— Bien.

Elle s'efforçait à l'indifférence, sans grand succès. Sa voix tremblait de larmes contenues. Je me demandai si Paul avait compris qu'elle l'aimait, malgré tout, qu'elle était déchirée de le laisser une nouvelle fois. Qu'est-ce qui avait pu la changer ainsi ?

— Au revoir, Paul.

Elle tendit à demi les bras, il recula d'un petit pas. Message reçu. Elle ouvrit sa portière.

— Tu viens quand tu veux. Tu me manqueras. A ta sœur aussi.

— Ce n'est pas ma sœur.

Nonobstant, après un mince regard à la nacelle d'où ne dépassaient que deux menottes couleur de rouille, il ajouta :

— Je vous rendrai peut-être visite lors des prochaines vacances.

Elle hocha la tête.

— Je t'aime.

— Adieu.

— Au revoir, madame.

Elle qui m'avait ignorée jusque-là se vit contrainte de me regarder.

— Au revoir…

Paul récupéra ma main. Elle renifla.

— Sois prudent, Paul. Ne répète pas mes erreurs.

— Il n'y a guère de risques. J'en ai trop souffert.

Sa mère grimaça, puis monta dans la voiture et démarra. Paul n'attendit pas qu'elle ait disparu pour m'entraîner en direction de la grève. Un dernier pied de nez à sa mère, peut-être, elle qui le souhaitait tant célibataire et casanier…

— Enfin tranquille, soupira-t-il.

— Oui. Nous allons bien nous amuser, maintenant, en traquant la première créature surnaturelle, qui semble décidée à détruire tout ce, et tous ceux que nous connaissons.

Il grogna.

— Il y a différents types de tranquillité.

Je l'approuvai en nouant mes mains autour de sa nuque. Ainsi, alors même que nous risquions nos vies, je ne pouvais m'empêcher d'être apaisée à son côté.

.

Malheureusement, dès le lendemain, je n'eus guère de temps à lui consacrer.

En effet, je me trouvai à accrocher mon imperméable mouillé au porte-manteau d'Emily à huit heures du matin. Comme d'habitude, Sam était absent. En revanche, Kim buvait une tasse de thé avec la future mariée. Jared devait l'avoir déposée ici avant de commencer sa ronde.

— Bonjour !

— Belle journée, effectivement, maugréai-je.

Emily et Kim portèrent dans un beau mouvement d'ensemble leur regard sur la fenêtre. Les gouttes qui la couvraient ne pouvaient dissimuler les éclairs qui fendaient par instant le ciel nuageux. Kim haussa une épaule, fataliste.

— On est à Forks.

— Je n'ai plus qu'à prier pour le réchauffement climatique…

Les deux femmes éclatèrent de rire.

— Bella est grognon, ce matin ? Elle n'a pas eu de bisous de son amoureux ?

— Mais pas du tout ! m'offusquai-je.

Le fait est qu'elle avait mis le doigt dans le mille. En plein milieu des vacances, j'avais dû me lever aux aurores – et j'exagérais à peine – pour recevoir un appel de Paul m'apprenant qu'il ne me verrait probablement pas de la journée. Voir le temps maussade à travers la vitre de ma chambre et réaliser que j'étais accro à mon mec n'avait pas amélioré mon humeur.

En réalisant que Paul s'était certainement levé plus tôt que moi, sans même avoir l'excuse de s'être couché plus tôt, pour courir dans la forêt, mettant sa vie en danger pour protéger la mienne, je me sentis atrocement coupable. Je m'affalai sur un fauteuil proche. J'étais une petite-amie affreuse.

— Range tous les sentiments négatifs que tu ressens dans un coin de ton esprit. Aujourd'hui, on va parler de mon mariage, et tu ne peux pas être triste lorsqu'on parle d'un mariage. Déjà qu'on risque tous d'être en dépression ce jour-là, alors que ça devrait être le meilleur jour de ma vie, si en plus les musiques nous poussent au suicide, on ne va pas s'en sortir.

Emily me menaça de son index pour appuyer sa déclaration. Je plaquai un faux sourire sur mon visage.

— Prends une tasse de thé, Bella, déclara Kim en attrapant la théière. Le thé, ça remonte toujours le moral.

— Ou pas.

Croisant le regard de l'indienne, j'étirai mon sourire jusqu'à ce qu'il atteigne mes oreilles. Kim, qui venait d'avaler une gorgée de thé, s'étrangla avec. Elle toussa, cracha, et il me sembla même apercevoir le liquide ressortir en partie par ses narines. Elle le confirma en se pinçant le nez.

— Ça brûle ! Ne te moque pas, Bella ! Tu n'as pas le droit de te moquer ! Ça brûle !

— Mais je ne me moque pas, mentis-je en retenant à peine mon rire.

Cet épisode eut pour mérite de me rendre le sourire – un vrai. Du moins, jusqu'à ce qu'Emily pose devant moi les trois cartons remplis de CD qu'elle souhaitait écouter avec nous ce jour-là.

— Qu'est-ce que c'est ?

— Tu le sais très bien.

— Ce que tu ne sais pas, en revanche, c'est ce à quoi tu as échappé en ne participant pas aux… deux premiers tris.

— Ce n'était pas si terrible.

— Le premier, je ne peux rien en dire, je n'étais pas là. En revanche, je me souviens parfaitement que pendant que madame s'amusait à Seattle avec sa génitrice, je me brisais sur des musiques plus mièvres les unes que les autres.

— Nous préparons un mariage !

— Eh bien moi, mon mariage ressemblera plutôt à un enterrement de jeune fille. Avec des garçons. Il y aura beaucoup de bouffe, beaucoup d'alcool, une musique qui réveille et pas une seule personne plus vieille que les mariés.

— Pas même tes parents ? m'étonnai-je.

Emily me lança un regard qui signifiait à coup sûr : « c'est la seule chose qui te choque ? ». Kim répondait déjà.

— Que je sois damnée si ma mère pose ne serait-ce qu'un orteil sur le lieu de la cérémonie !

— Je suis sûre que tu changeras d'avis, affirma Emily en branchant un vieux lecteur CD.

Comme s'il avait entendu ses paroles, un air vivifiant de métal s'éleva dans la pièce. Le volume semblait monté au maximum. Je tressaillis et me bouchai en hâte les oreilles. Kim s'effondra de rire tandis qu'Emily se jetait sur le bouton off.

— Tu vois, même ton lecteur est d'accord avec moi !

— Gna gna gna…

— Très mature !

— Que veux-tu ? C'est ça, de se marier !

Sur ce, elle attrapa une première pochette dans l'un des cartons et m'en montra la couverture. Une colombe prenait son envol. Un foulard rose pâle était attaché à sa patte et des pétales de rose marquaient son passage. Je grognai.

— On commence par les musiques « mariage ». Ensuite, il y aura les classiques et enfin, ceux qu'on a aimé mais qui n'ont pas vraiment de lien avec l'évènement.

— Parfait !

Je jetai un coup d'œil à Kim. Le pire, c'est que malgré son compte-rendu négatif de leur précédente réunion musicale, elle semblait réellement enthousiaste.

— Mais où as-tu obtenu tous ses CD ?

— Ma mère est fan de musique. Elle m'a prêté sa collection. Jen aussi. Kim aussi. Maggie aussi…

— Et à peu près l'ensemble des femmes de la réserve, ricana Kim.

Elle observait un autre disque, dont la coque paraissait couverte de fleurs de cerisiers. Après une seconde de réflexion, Emily ajouta :

— Tu oublies celles de la réserve Makah.

Un éclair qui passait non loin éblouit ma face consternée. Soupirant profondément, j'attrapai une troisième pochette, où deux figurines en cire s'embrassaient au sommet d'une pièce-montée couverte de chantilly. Lui portait un costard noir, elle une robe blanche. Les mariés modèles. Je retins un nouveau grognement et m'enfonçai légèrement dans mon fauteuil.

— C'est parti, dans ce cas.

.

Il nous fallut deux jours pour écouter l'ensemble des trois cartons, et un de plus pour organiser la composition finale. Au final, ce furent des journées captivantes. Je parvins à oublier Paul et, lorsque je n'y arrivais pas, je me lamentais en présence de mes amies, qui avouèrent ressentir la même peine.

« C'est l'imprégnation qui fait ça, au moins en partie, avait expliqué Emily. Nous sommes faits pour passer notre vie ensemble. Chaque instant. Nous ne pouvons pas lutter contre cette addiction. C'est de la drogue magique.

— Si c'est ça, la drogue, je comprends pourquoi les toxicomanes ne veulent pas arrêter, avait commenté Kim.

J'avais acquiescé.

— Heureusement pour nous, il y a moins de séquelles.

Nous avions éclaté de rire. Bientôt, pourtant, j'avais soupiré.

— Qu'est-ce que ce sera lorsque je partirai pour l'université… Le supporterons-nous même ? Je veux dire… physiquement parlant.

Emily avait haussé les épaules.

— Aucune idée. Aucune de nous n'a encore passé une telle période sans voir son loup. Je pense que tu pourras y survivre.

— Et Paul ?

Il y avait eu un moment de silence terriblement angoissant.

— Nous verrons, avait soufflé Emily. »

Le sujet n'était plus revenu sur le tapis. Ce qui ne m'empêchait pas d'angoisser. Chaque matin, je voyais avancer la date de mon départ. J'avais désormais l'emplacement de mon logement sur le campus, ainsi que mon emploi du temps. J'avais décidé d'acheter mes livres de cours et mon billet d'avion au cours de la semaine prochaine. Paul m'avait promis qu'il m'accompagnerait, je me doutais cependant qu'il risquait de se désister à la dernière minute.

J'inspirai profondément pour m'ôter ces sombres pensées de la tête, ce qui s'avéra difficile. Ce matin, j'étais plus anxieuse que jamais.

Enfin prête à enfiler mon masque « tout va mal, mais je fais comme si », je poussai le battant. Lorsque je croisai les yeux rouges d'Emily et le regard brillant de Kim – Kim n'avait jamais le regard brillant – je compris que tous mes efforts pour feindre la joie et la sérénité se révéleraient vains. Le vent se chargea de fermer la porte à ma place et je me précipitai vers elles sans enlever ni mes chaussures pleines de boue, ni mon imperméable dégoulinant.

— L'Etre a attaqué ? Quelqu'un est…

Les deux filles secouèrent la tête.

— Personne, pour le moment. Il… Il s'est approché de la Push. Les garçons sont sur… sur le coup.

Je me laissai tomber sur le sofa alors que Kim enfouissait son visage entre ses bras.

— Les vampires ?

— Ils sont avertis.

— Les dragons ?

— C'est dans leur « périmètre de sécurité ». Ils vont forcément réagir.

Je hochai le menton, et mes premières larmes glissèrent deux fois plus vite sur mes joues. Emily coinça à son tour son visage entre ses genoux et ses bras.

— Tout va bien, alors. Ils sont armés. Ils sont nombreux. Ils sont doués. Ils vont survivre. Ils survivent à chaque fois. Pas vrai ? A chaque fois. Tout. Va. Bien.

Mais rien n'allait, et mes paroles provoquaient l'anxiété plus qu'autre chose. Je me tus donc. Et pour faire bonne mesure, je dissimulai mon expression terrifiée dans le creux de mon coude.

Je ne bougeai plus durant de longues heures. J'avais oublié jusqu'à la raison de ma venue ici. Où étais-je, d'ailleurs ? Aucune idée. Tout ce que je savais, c'était que, dehors, Paul se battait au côté de ses frères, de vampires et de dragons, contre l'Etre. Il ignorait tout de ses capacités, de ses pouvoirs.

Je retins un piaillement hystérique. Si je commençais à hurler, je savais que je ne parviendrais plus à m'arrêter avant d'ameuter l'intégralité de la réserve. Et la situation empirerait.

Je me mordis donc la langue jusqu'à ce que le goût du sang envahisse ma bouche. Je m'attaquai ensuite à une joue, puis à l'autre. J'en étais malade.

Paul affrontait la créature la plus dangereuse qui soit, et il n'avait que des poches de sang pour se protéger.

J'entendis un gémissement. Je devinai que ce n'était pas moi qui le poussais. Qui, alors ? Il me fallut une minute pour me rappeler qui m'accompagnait. Emily et Kim.

Un nouveau gémissement s'éleva, puis plus rien. Et ma mémoire s'évapora avec le retour du silence.

.

— Emily ?

Je redressai la tête vivement, comme si je n'étais pas endormie l'instant précédent. Emily avait déjà rejoint les bras de Sam. Je me relevai en vacillant, tendant le cou pour essayer de voir si Paul se tenait sur le porche, derrière lui. Il semblait seul.

— Où est Paul ? Il va bien ?

Sam quitta difficilement des yeux sa fiancée pour la poser sur moi. Après une seconde d'hésitation, durant laquelle je ne pus plus respirer, il hocha la tête.

— Paul va bien. Jared aussi. La meute n'a perdu personne. Les autres sont partis se changer avant le débriefing.

Kim s'effondra sur le canapé. Elle pleurait de soulagement.

— Et parmi les vampires et les dragons ?

Il secoua doucement la tête. Ma tête me tourna. Je me laissai tomber à côté de Kim.

— Qui ? soufflai-je.

.

Je levai la main, m'interrompit en plein geste. Devoir frapper était étrange. Venir seule également.

Sauf que je n'étais pas seule. Sans abaisser le bras, je me tournai vers la lisière des bois. Si Paul avait accepté de m'accompagner jusqu'ici, garder sa forme humaine était un effort trop grand. Mais je ne lui en voulais pas. Dans mon malheur, j'avais de la chance. Les Cullen avaient annoncé deux jours de retrait. Afin de ne pas laisser de trous dans leur filet, loups et vampires avaient décidé de lever momentanément les frontières. J'avais l'étrange impression que la réaction des Cullen suite à la perte de l'un des leurs avait atténué imperceptiblement la méfiance de la meute. Comme s'ils entrevoyaient une possibilité que les vampires soient moins inhumains qu'ils ne le pensaient. Bien sûr, cela ne changeait pas grand-chose, mais c'était tout de même un sacré pas en avant, selon moi.

Paul me sourit, mais son regard brillait d'inquiétude. Il se demandait sûrement à quoi je rêvassais.

Je ne tentai pas de lui sourire en retour. Cela m'était impossible. Mais je reposai mon regard sur la porte avec plus de courage. Je toquai. Deux petits coups, c'était amplement suffisant. Je m'étonnais même qu'ils ne m'aient pas entendu arriver.

Mon estomac se contracta. Peut-être était-ce un signe. Peut-être ne voulaient-ils simplement pas me voir.

Comme pour me contredire, la porte s'ouvrit sur Carlisle. Il hocha la tête. Il ne semblait pas fâché, plutôt accablé, défait.

— Bonjour, Bella.

— Bonjour. Je… Je suis désolée de venir vous déranger. Je voulais juste… Je… Il…

Je ne savais comment présenter mes condoléances. Je n'avais jamais perdu quelqu'un qui m'était aussi proche. Or, je ne me sentais pas en droit de le pleurer. Je les avais abandonnés.

Carlisle acquiesça. Il comprenait visiblement ce que je ressentais. Il s'écarta légèrement.

— Tu veux le… voir ?

Non. Pas du tout. Je n'étais pas sûre de le supporter.

Je réalisai pourtant que c'était en partie pour cela que j'étais venue. Je ne parvenais pas à réaliser, alors qu'il le fallait. On ne pouvait avancer sans le réaliser.

— Si ça ne vous dérange pas.

Il secoua la tête et s'effaça un peu plus. Je lançai un dernier regard au loup qui m'observait avant d'entrer.

Carlisle me mena au vaste salon. Ils étaient tous là. Silencieux. Désespérés. Je sentis mes yeux se remplir de larmes. Esmé lâcha un bruit étranglé. Si elle été en mesure de pleurer, ç'eut été un sanglot.

Je tournai mon regard vers le canapé. Il était là, allongé, immobile. Je clignai des paupières, refusant d'accepter l'évidence. Et pourtant. Comme l'avait dit Paul, il ne souffrait d'aucune blessure. Pas une seule. Il était seulement raide et figé, comme une statue. Il semblait dormir. Sauf que les vampires ne pouvaient pas dormir. Il était mort.

Emmett était mort.

Les larmes débordèrent et je lâchai le fameux bruit étranglé d'Esmé. Puis un deuxième, tandis qu'elle me rejoignait dans les lamentations, et un autre. En quelques secondes, je pleurais autant qu'une fontaine. Mes sanglots me secouaient douloureusement. Je tanguais sur mes pieds. A travers mes larmes, je perçus du mouvement. Carlisle avait rejoint Esmé. Puis mon regard se posa sur le corps d'Emmett.

Il était mort.

Ma respiration s'accéléra brusquement.

Du coin de l'œil, je vis Edward faire un pas dans ma direction, les bras à demi-levés. Cependant, on m'enlaçait déjà. Je m'agrippai aux épaules de Paul, enfouis mon visage dans son cou et inspirai profondément tandis qu'il me frottait doucement le dos, embrassant de temps à autre mes cheveux. Son contact, sa présence, son amour, permirent d'alléger un peu ma peine.

Il était venu. Alors même qu'il haïssait les vampires, alors même qu'il ne ressentait rien pour Emmett, alors même qu'il entrait en terrain ennemi. Il était venu. Mon cœur se gonfla d'amour. Mes lèvres s'entrouvrirent, mais je ne laissai pas échapper ces trois mots. J'étais trop attachée à Edward pour lui infliger une telle souffrance dans un moment pareil. Je les gardai jalousement au fond de mon cœur. Je les lui dirais plus tard. Encore et encore.

Car il était encore en vie.

Mon ventre se retourna quand je réalisai. Je priai soudain pour qu'il n'arrive rien à Paul. Car je n'y survivrais pas.

.

cCc

.

Voilà ! Qu'en avez-vous pensé ? Je crois que c'est l'un des chapitres les moins heureux que j'ai écrit…

La question de la semaine est… Quelle serait votre vie rêvée, idéale, en quelques mots ? Je suis curieuse…

Nous arrivons bientôt à la fin de la fic, j'ai un peu de peine à réaliser…

Quoi qu'il en soit, bonne fin de semaine à tous et à toutes, qu'elle soit tranquille, banale, surchargée, pleine de joie ou de malheurs, etc.

Bises, à la semaine prochaine,

C.