Note : Avant c'était un chapitre par semaine, alors je devrai reprendre ce rythme-là… mais je suis faible ^^' J'avais vraiment trop envie de vous partager ce chapitre dès ce week-end !
Chapitre 11 : L'aile des invités
Jeanne déambulait dans les couloirs d'un pas mal assuré, comptant les croisements, les portes et les statues. C'était que Ryu lui avait indiqué que, pour se rendre aux quartiers de la délégation de Beauxbâtons, il fallait prendre le couloir sud du troisième étage, puis à gauche au deuxième croisement. Ensuite il fallait monter l'escalier derrière la statue de Gwendoline la Fanstasque — elle ne pouvait pas se tromper c'était la sixième — et enfin prendre deux fois à droite après la tenture du XIIe siècle mais avant le tableau de Merlin. Ryu lui avait aussi conseillé de demander à Kanna quelle était précisément la suite attribuée au directeur de Beauxbâtons, puisque c'était lui qu'elle souhaitait aller voir, mais Jeanne n'avait pas spécialement envie d'aller parler à l'acariâtre concierge et s'était dit qu'elle n'aurait qu'à frapper à toutes les portes.
Elle réalisa que c'était une mauvaise idée lorsqu'elle se retrouva dans un long passage nimbé de soleil ouvert en extérieur, la lumière entrant à flot par de grandes arcades, sans aucune porte. En s'approchant du bord, Jeanne pouvait apercevoir les serres en contrebas. En revanche, rien qui ne ressemblait de près ou de loin à une porte ou un tableau dissimulant un passage, si bien qu'elle crut s'être trompée en suivant les indications du gardien des clés.
Elle longea le chemin, avisant des dessins sculptés sur le mur d'enceinte et même deux escaliers en colimaçon. Arrivée au bout cependant, elle n'avait pas aperçu la moindre porte et se trouvait désormais face à la statue d'un gobelin particulièrement menaçant.
Sur un soupir, elle fit demi-tour et était presque revenue à la porte par laquelle elle était arrivée lorsque des bruits de pas derrière elle la firent se retourner.
Un étudiant de Beauxbâtons, grand et brun avec un long nez filiforme, marchait dans sa direction.
— Bonjour, le salua aimablement Jeanne. Je cherche le professeur Maxwell, tu saurais où je peux le trouver ?
Le brun la toisa de haut en fronçant légèrement les sourcils.
— Maxwell ? demanda-t-il.
— Oui le professeur Maxwell, acquiesça Jeanne.
L'étudiant sembla agacé.
— Demoiselle Maxwell ? insista-t-il.
Comprenant qu'il parlait d'elle, Jeanne se figea.
Les deux jeunes gens se dévisagèrent un moment en silence, l'élève de Beauxbâtons la scrutant de haut en bas.
Son visage ne disait pas grand-chose à Jeanne. Peut-être un vague souvenir, un peu flou, d'un dessinateur. Ou d'un musicien.
— Tu étais Plume aussi, non ? lâcha son interlocuteur au bout d'un moment.
Raté, un écrivain.
— Je suis une Gryffondor.
— Ah.
Nouveau silence.
— Je cherche le professeur Maxwell, répéta-t-elle. Tu sais où je peux le trouver ?
— En haut.
Et sur un haussement d'épaules, il la dépassa et s'en fut.
Jeanne resta un instant figée, des larmes au coin des yeux. Elle serra les dents, refusant de pleurer, et chassa rageusement les larmes traîtresses qui s'étaient formées. Dieu qu'elle avait détesté l'unique année qu'elle avait passé en tant qu'élève à Beauxbâtons !
Suivant les indications que lui avait données l'écrivain, elle emprunta l'un des deux escaliers au hasard, le premier qui se présenta.
Elle tomba sur un salon au premier étage, mais les ombres des quelques étudiants qui discutaient dans les canapés lui firent bien vite monter jusqu'au second où elle découvrit une salle d'études, vide à cette heure.
Au troisième et dernier étage de la petite tour se trouvait seulement une porte qui menait sur un chemin de ronde désert duquel on apercevait non seulement les serres mais aussi le lac.
Dépitée, Jeanne redescendit. Ce devait être l'autre escalier. En même temps, elle avait eu une chance sur deux.
Arrivée en bas, elle croisa deux étudiantes qui discutaient et qui venaient de surgir du mur. Ce dernier se reconstitua de lui-même après leur passage, reformant les étranges motifs sculptés, comme des tiges entrelacées, auxquels Jeanne n'avait pas prêté attention de prime abord.
Elle parvenait au deuxième escalier lorsqu'une voix la héla.
— Jeanne.
Tout sourire, la Gryffondor se retourna vers Meene qui venait de surgir de… derrière la statue du gobelin ? Ou du mur. Ou du vide. Jeanne ne savait pas trop, mais s'en moquait un peu.
Elle enlaça la professeure, se moquant éperdument de pouvoir être vue par des élèves de Beauxbâtons. Elle n'avait aucun compte à leur rendre.
— Je suis heureuse de te revoir, lui sourit Meene. Tu viens voir Marco ? Suis-moi.
Jeanne suivit Meene dans l'escalier. Elles s'arrêtèrent dès le premier étage, traversèrent un bureau impersonnel et s'arrêtèrent devant une bibliothèque.
— Ferrari Testarossa, énonça clairement l'adulte. C'est Marco qui a choisi son propre mot de passe, ajouta-t-elle ensuite en aparté comme les étagères se décalaient poliment sur le côté pour révéler un nouvel escalier en colimaçon.
— Marco ? appela Meene dans l'escalier.
— Je suis à toi tout de suite, Meene.
Ladite Meene sourit et alla s'asseoir dans le fauteuil derrière le bureau. Fébrile, Jeanne se mit à se balancer d'un pied sur l'autre.
— Il arrive, la rassura gentiment Meene.
Jeanne hocha la tête en réponse mais garda la bouche fermée Elle avait la gorge sèche.
Marco parut quelques secondes plus tard au pied des marches.
— Tu es sur mon siège, commenta-t-il gravement en fixant Meene à travers ses lunettes magiques.
Il les avait enchantées lui-même pour voir dans le noir et résister à un impact de balle. Jeanne avait toujours trouvé le deuxième point totalement inutile — et elle n'était pas la seule — mais c'était le petit plaisir personnel de Marco.
— Je voulais savoir ce que ça faisait d'être la directrice de Beauxbâtons en séjour à Poudlard, s'amusa Meene.
Marco avança vers son bureau et son regard tomba sur Jeanne, en retrait. Cette dernière lissa fébrilement sa robe de sorcière, le cœur battant à cent à l'heure, la gorge nouée.
Marco entrouvrit les bras.
C'était un petit mouvement, indétectable, comme s'il avait simplement réajusté ses appuis, mais Jeanne se précipita vers lui et entoura sa taille de ses bras.
— Jeanne…
Dire qu'elle avait été en colère contre lui ! Dire qu'elle était fâchée qu'il vienne ! Dire qu'elle avait envisagé de ne pas venir lui parler, de l'ignorer ! Comment aurait-elle bien pu faire cela ?
— Jeanne, souffla de nouveau Marco en lui caressant tendrement la tête.
De discrets bruits dans son dos rappelèrent à Jeanne qu'ils n'étaient pas seuls et elle s'écarta de son père.
— Je suis contente de te voir. Je suis contente de vous voir, ajouta-t-elle avec force en se tournant à moitié vers Meene.
Cette dernière, qui s'apprêtait à s'en aller, s'immobilisa.
— Jeanne, tu pleures ? demanda Marco.
Et son inquiétude était palpable.
— Qu'est-ce qui ne va pas ? Il s'est passé quelque chose ? Je vais demander à Meene de te ramener à Beaux…
— Non, coupa brusquement Jeanne.
Marco s'arrêta net.
— Non, répéta-t-elle plus doucement. Tout va très bien. Poudlard est fantastique. Je suis juste… très contente de vous voir. Mais je ne quitterai Poudlard pour rien au monde.
— Très bien, très bien, fit doucement son père.
— Marco, appela Jeanne.
Et elle s'assura qu'elle avait toute son attention avant de parler.
— Je ne retournerai pas à Beauxbâtons, articula-t-elle clairement en le fixant droit dans les yeux.
Pour la première fois, Marco sembla alors l'accepter. L'accepter totalement.
— D'accord, répondit-il.
Cela fit énormément de bien à Jeanne. Elle se sentit plus légère, plus grande, plus confiante. En l'avenir et en elle-même.
Finalement Jeanne n'alla pas petit-déjeuner ce matin. Et pourtant les meilleures choses étaient servies lors du petit-déjeuner du dimanche.
Ils restèrent longuement dans le bureau de Marco à discuter de Poudlard, de ses amis, des cours, des professeurs. Pas un mot sur Rakist, ni sur le tournoi. Uniquement sur Jeanne, sur la vie de Jeanne, les études de Jeanne.
Au bout d'une dizaine de minutes, Meene s'était éclipsée pour aller s'occuper des élèves, mais Marco et Jeanne étaient restés des heures dans le petit bureau cédé au directeur de Beauxbâtons. Ce ne fut que lorsque le soleil atteignit bientôt son midi que leurs estomacs se rappelèrent à eux et qu'ils décidèrent de se quitter pour aller se sustenter.
— N'hésite pas… à revenir, souffla Marco quand Jeanne atteignit l'escalier.
Elle lui retourna un doux sourire.
— Je reviendrai, promit-elle.
…
Il était midi passé quand Jeanne pénétra dans la Grande Salle pour déjeuner. Son regard fut irrésistiblement attiré par la table des professeurs où elle avisa Marco, qu'elle venait de quitter. Il avait l'air aussi sérieux qu'à l'accoutumé et était en train de discuter avec Chrom.
Les lieux étaient déjà bien remplis, les étudiants de Beauxbâtons et Gandhara éparpillés par amas aux quatre tables, mais Jeanne avisa Susan qui lui fit un signe de la main. Elle rejoignit mécaniquement les Gryffondor, manquant presque de passer à travers Mosuke qui discutait avec des élèves de Poufsouffle entre les tables.
— Coucou Jeanne, ça va ? demanda Susan avec candeur en lui faisant une place à côté d'elle, en face de Cygnus et Matthew.
— Oui et toi ?
— Ça va, sourit sa camarade. Ann s'est rendue compte qu'elle n'avait pas encore rédigé le devoir pour le professeur Thalim à rendre demain, alors elle a mangé vite et a filé à la bibliothèque.
— Je leur ai proposé de recopier le mien mais apparemment c'est considéré comme de la triche, commenta Cygnus.
— C'est de la triche, confirma Jeanne en se servant du poulet tikka.
— J'étais sûr que tu dirais ça, grommela Cygnus.
— Au fait tu n'aurais pas vu Chris ? Il s'est levé tôt mais on ne l'a pas croisé de la matinée ? demanda Matthew.
— Il n'a pas le club de bavboules ? demanda Susan, évitant à Jeanne de répondre qu'elle ne l'avait pas vu.
— C'est le samedi d'habitude, rejeta Matthew.
— Ah mais si c'est ça ! s'exclama Cygnus. Il m'a dit que c'était décalé parce que hier la présidente avait poussé la majeure partie des membres du club à réaliser un sondage auprès des élèves. C'était pour savoir qui ils souhaitaient avoir comme champion parmi les inscrits, si j'ai bien compris.
— Ce qui n'a aucun sens vu que jusqu'au dernier moment il était toujours possible de s'inscrire, renifla Matthew avec une pointe de mépris.
— Bah ça n'empêche pas de dire qui on préférerait, non ? défendit l'initiative Cygnus.
— Mais dans ce cas ils auraient tout aussi bien pu commencer leur sondage dès le début de l'année, répliqua Matthew.
Jeanne, sentant qu'ils allaient débuter un des nombreux débat-à-la-limite-de-la-dispute dont ils avaient secret, chercha à détourner le sujet de conversation.
— Fred n'est pas avec vous ? questionna-t-elle.
— Non, lui répondit Matthew. Il est encore avec Padma.
Les yeux orageux du garçon la dissuadèrent de poser plus de questions mais Susan embraya sur le sujet d'une voix rêveuse.
— Ils vont tellement bien ensembles. Ils sont trop mignons…
Apparemment « mignon » n'était pas le mot qu'aurait employé Matthew.
— Au fait, lança soudain un Cygnus surexcité, vous voulez savoir un scoop en parlant d'histoire d'amour ?
Il se pencha sur la table et prit un air conspirateur en baissant la voix. Malgré elle, Jeanne se concentra pour écouter. À côté d'elle Susan, fébrile, était déjà penchée sur la table.
— Il paraît que pendant ses premières années à Poudlard, Horokeu Usui était amoureux de Damuko.
— Non ! s'exclama Susan en ouvrant des grands yeux et en mettant ses mains sur sa bouche.
— Sérieusement ? fit Matthew avec scepticisme.
— Ouais, sérieusement, affirma Cygnus avec aplomb.
— Oh c'est trop romantique, dramatique, tragique… fondit mielleusement Susan en portant une main à son cœur.
Jeanne ne savait pas si c'était vrai de vrai mais elle ne put s'empêcher de trouver ça « romantique, dramatique, tragique » comme disait Susan. Et puis c'était peut-être vrai après tout… Ça expliquerait cette affection privilégiée dont semblait bénéficier Horo-Horo de la part du fantôme.
— Et comment tu le sais ? voulut savoir Matthew.
— C'est lui qui me l'a dit, assena Cygnus.
— Et pourquoi il te l'aurait dit ? insista son condisciple.
Cette fois Cygnus s'empourpra et ouvrit la bouche sans réussir à articuler une réponse cohérente.
— Parce que moi aussi je… parce que… parce qu'il…
Il devint rouge tomate et ne dit plus rien.
— Ah ! fit Matthew avec un petit air supérieur.
Mais Jeanne, contrairement à son camarade, au lieu d'imaginer que Cygnus mentait se dit qu'il était peut-être amoureux de Damuko lui aussi. Il faudrait qu'elle demande directement à Horo-Horo pour connaître la vérité.
À la fin du repas, Jeanne faillit trébucher sur un chat en se levant de table et se retint au dernier moment à Susan qui poussa un cri étranglé.
Le félin poussa un feulement colérique. Ses poils se hérissèrent et ses pupilles jaunes fixèrent Jeanne avec colère qui se rassit sur son banc et releva les pieds. Mal à l'aise devant le chat tacheté qui ne bougeait pas d'un poil, elle n'osa pas l'enjamber pour quitter la table. Derrière elle, Cygnus et Matthew pouffèrent dans leurs mains.
— À qui est ce chat ? demanda-t-elle en levant un peu la voix et en espérant sans trop y croire que son propriétaire ne soit pas loin.
Après tout, les animaux familiers avaient tendance à se promener à leur guise dans le château et il était rare que leur propriétaire soit à proximité. Cela était d'autant plus vrai pour les chats.
Heureusement, la chance sembla sourire à Jeanne car elle vit, non sans surprise, Chocolove quitter la table des Poufsouffle pour la rejoindre.
— Ben alors Mick, qu'est-ce qui t'arrive ?
En entendant la voix de son maître, le chat quitta Jeanne des yeux et alla tourner autour des jambes du sixième année.
— Je ne savais pas que tu avais un chat, fit Jeanne en se levant et en s'éloignant de plusieurs pas, le regard toujours fixé sur la bête malpolie sur laquelle elle avait failli marcher.
— Ah Mick passe pour invisible la plupart du temps. Mais il lui arrive de se faufiler au milieu de la foule quelques fois. Désolé qu'il t'ait effrayée.
— Il ne m'a pas effrayée, répondit Jeanne avec assurance en se drapant dans sa dignité.
Chocolove rigola mais n'ajouta rien et retourna s'asseoir, son chat sur les talons.
Ce n'était pas sans raison, après tout, que Jeanne avait été heureuse de recevoir de la part de Marco un hibou.
