Hey !

Aujourd'hui, vous avez droit à un chapitre un peu mouvementé ! Dans le bon sens du terme. (Chapitre rebaptisé Van découvre les règles 2 par Yu, je vous laisse découvrir pourquoi plus bas.)

Merci à Ima pour sa review sous le chapitre précédent, et à Yu pour sa correction !

Bonne lecture !


« - Tu sors ?

- Non, j'vais camper dans l'couloir. »

Bien sûr qu'il sort. Il ne va pas mettre ses chaussures et son manteau pour le plaisir de rester planté sur le paillasson. C'est samedi, il ne bosse pas le lendemain et il a envie d'aller boire un coup. Plus d'un coup. Un nombre de verres qui lui assurera une cuite mémorable.

« - Tu m'avais pas prévenu.

- C'était pas prévu.

- T'y vas avec des potes du boulot ?

- Nan, comme ça. »

Sous le coup d'une envie brusque et d'un besoin d'air frais.

Van n'a pas d'amis au boulot, de toute façon. Pas vraiment. Il y a bien ce gars à la tignasse décolorée qu'il voit parfois devant le métro, alors qu'il refile son journal aux passants, mais ça s'arrête là. Il passe juste à l'agence chercher les tracts qu'il doit écouler avant de se rendre sur les lieux indiqués. A la limite, il croise parfois des types qui portent le même tee-shirt orange fluo bien moche comme il faut, mais ils ne parlent jamais, ou jamais vraiment. Ils attendent simplement que la journée passe, et que les petits papiers disparaissent loin de leurs mains.

« - Tu sors tout seul ? »

Axel hausse un sourcil, moyennement convaincu.

« - Ouais.

- Pour quoi faire ?

- Bah j'sais pas, prendre une bière et aller m'poser dans un coin sympa. Ou manger un morceau dehors. »

Il a envie de se dégourdir les jambes et de profiter de la fraîcheur dehors, tant qu'il fait bon et que la chaleur n'a pas encore contaminé l'air respirable. C'est si étonnant que ça ?

« - Et en vrai ?

- Quoi en vrai ? Qu'est-ce tu veux qu'je fasse ?

- Je sais pas, à toi de me le dire. »

Les incompréhensibles iris d'Axel ne le lâchent pas une seule seconde. Le noiraud n'aime pas quand il fait ça, ça le met mal à l'aise. Il détourne le regard et se tourne vers la porte pour enfoncer les clefs dans la serrure. Le sentiment d'oppression ne s'évapore pas pour autant.

Un ciné. Il pourrait se faire un ciné, tiens.

« - Tu vas où ?

- Je sais pas j'te dis, je vais voir sur le tas.

- Prends-moi pour un con.

- Bah si tu veux mais fous-moi la paix là, j'sors juste une heure ou deux pour faire un tour.

- Avec qui ?

- Mais personne, j'en ai juste marre d'rester enfermé ici ! »

Ici, à s'emmerder comme un rat mort entre ces murs. Un an, et il ne s'est toujours pas fait d'amis. Et Axel qui n'a jamais envie de sortir, toujours à se trouver une excuse bidon à base de boulot et de fatigue. Il peut bien s'échapper deux minutes sans avoir son mec sur le dos, non ?

« - Pourquoi tu veux pas me donner leur nom ?

- Mais le nom de qui, 'tain ?

- Des gens avec qui tu sors ? Pourquoi tu me le donnes pas, si c'est juste une sortie comme ça ?

- Mais parce qu'y a personne, j'sors tout seul Ax ! J'ai juste envie d'aller faire un tour dehors, ça t'arrive jamais ?

- En pleine nuit, tout seul est sans prévenir ? Non. »

Pas faux. Il sort toujours avec Saïx, ou un des types avec qui il bosse cette année. Mais quand même, il ne peut pas lui foutre la paix cinq minutes ?

« - Bah moi si.

- Fous-toi de ma gueule. »

Van tressaillit quand la main puissante de l'allumé se pose brusquement sur la porte pour la retenir. Il se tourne immédiatement vers lui. Ses yeux le dardent comme deux furieuses aiguilles. Il se croit où, là ?

« - Imagine-toi c'que tu veux, j'sors juste dehors.

- Tu mens mieux que ça, d'habitude.

- Par c'que j'mens pas putain, fous-moi la paix et laisse-moi sortir !

- Pas tant que je saurai pas où tu vas, ni avec qui.

- Mais tu m'fais chier là, je sors dehors avec personne, ça te va ? J'me casse juste une heure pour aller faire un tour ! »

Désagréablement calme, Axel le fixe sans rien dire, le dominant de toute sa hauteur. Van sent sa respiration qui déconne, accélère parce qu'il a crié trop vite et trop fort. Il glisse ses mains dans ses poches en attendant que le géant se décide à faire quelque chose, qu'il bouge, qu'il parle, qu'il gueule aussi tiens,n'importe quoi tant qu'il arrête de le fixer comme ça. Avec ses mirettes indéchiffrables qui sont comme deux vitres pleines de pensées menaçantes.

« - Juste une heure ?

- Ou deux, j'sais pas, ça dépend, j'verrai bien ! »

L'allumé prend son temps pour sortir son téléphone de sa poche, vérifiant l'heure. Il réfléchit.

« - Je t'attends pour 23h 05.

- Pardon ?

- Ça fait une heure. »

Vanitas voudrait bien lui cracher à la gueule sous le coup de la colère, mais il n'en a plus la force. La proximité d'Axel l'oppresse, et il ne peut que se précipiter sur l'échappatoire qui s'offre au moment où le rouquin retire sa main du battant de la porte en se reculant. Il inspire.

« - Tu fais vraiment chier. »

Le renard hausse les épaules sans lui répondre, avant de s'éloigner, retournant à son bureau pour travailler. Van rage dans son coin, mâchoire serrée. Personne ne décide de ses horaires. Il est encore libre de faire ce qu'il veut.

Et pourtant, il surveille l'heure à son poignet tout du long de sa balade.

xoxoxox

J 106

« - Où y sont les amoureux ?

- A côté de Larxene, en train de se rouler des pelles.

- Sérieux ?

- Nan, y sont juste allés chercher à boire parce que Dem a terminé la dernière bouteille d'Schweppes.

- Nul.

- Eh ouais. »

Renfrognée, Yuffie va se poser sur une des deux grandes nappes installées sur l'herbe, non loin du fleuve, laissant tomber son sac près d'iel. Olette la salue tendrement en s'approchant pour l'embrasser sur la joue, et lui arrache le sourire satisfait que la vue des amoureux aurait dû lui apporter. Qu'à cela ne tienne, si les deux coincés n'ont pas envie d'étaler leur passion au grand jour, iel ne compte pour sa part pas se priver.

« - Tout le monde est arrivé ? » iel demande en sortant ses chips.

« - Non, y manque Marlu.

- Mais il avait pas rendez-vous chez le dentiste ?

- Il nous rejoint après.

- Et Noct, y vient pas ?

- Jamais quand y a pas Gladio.

- Qui ? » demande Ienzo, qui revient une bouteille de soda entre les bras et s'installe comme si de rien était.

« - Tu connais pas, c'est un mec qu'est là que le samedi.

- Et c'est le mec de Noct. Le type qui vient une fois sur deux aux perms du Mirail, avec la coupe émo. » Olette précise « T'sais, il parle avec Luxord parfois.

- Des cisgay. » Yuyu lâche en enfournant une grande poignée de chips dans sa bouche.

« - Un problème avec les cis gay, la bestiole ? »

Van s'approche à son tour, ses achats en main. Il se cale sur la nappe pour disposer le tout devant lui, puis ouvre une canette d'Ice-tea. Dem en saisit une autre avant que quiconque ait eu le temps de réaliser ce qui se passe.

« - Merci Vany-chat !

- Ouais j'ai un problème, y en a trop et en plus ils soutiennent les grandes enseignes capitalistes en achetant des boissons pleines de sucres et de produits chimiques.

- Ta gueule Demyx, et toi t'avais qu'à faire les courses à ma place.

- Je suis pauvre moi, j'ai pas l'argent pour ces conneries.

- Bah pète un coup et retourne méditer dans ta cave pendant que je ruine ma santé en soutenant le capitalisme.

- Monstre.

- Je sais. »

Il engloutit le liquide en moins de temps qu'il ne lui en a fallu pour l'ouvrir, assoiffé par la chaleur ambiante et le sucre du soda qui lui sert justement à s'hydrater. Il remarque, par ailleurs, les coups d'œil curieux de Yuffie qui vont de sa personne au petit lecteur assis près de lui. Et le sourire de Demyx qui la voit faire. Et le soupir de Larxene, qui sent déjà les remarques fuser. La guêpe, aussi peu vêtue quelle peut l'être tout en respectant les lois relatives à la pudeur dans l'espace public, essuie son front à l'aide de son bracelet éponge. Elle finit par s'attraper à boire, cédant au grand soleil qui écrase la ville depuis plusieurs jours.

« - Bon, qui fait quoi cet été ? » Dem demande pour relancer la conversation.

« - Je pars à Montpellier chez mes grands-parents, la semaine prochaine. » Olette commence en trempant un doritos dans le guacamole.

« - Et moi je vais avec ma mère au Pays de Galles. » sa petite amie reprend, plus calme.

« - J'bouge pas tant que j'ai pas trouvé un stage pour mon master. » Larx râle.

« - Travail. » répond simplement le noiraud. « Si j'en retrouve.

- Ils ont pas reconduit ton contrat ?

- Nan.

- Chier. »

Pour les autres, soit c'est aussi boulot, soit ils ont de la famille à voir, des parents à retrouver maintenant que les cours sont terminés. Ils échangent au sujet de leurs occupations de vacances – pour ceux qui en ont – tout en grignotant. Quand il en a marre de parler, Ienzo sort un livre et commence à feuilleter sur son morceau de nappe, ignorant le bruit autour de lui. Van se rapproche, baisse la tête et essaye de capter la couverture du bouquin, sans succès. Il lit par-dessus son épaule, mais le gamin est bien plus rapide que lui. Il dévore les lignes à une vitesse impressionnante.

« - Je te vois.

- Dans le reflet de la feuille ? Balèze.

- Tu as une ombre. »

Pour autant, il ne lui demande pas de s'éloigner. D'humeur peu bavarde, le garçon ramène ses jambes contre lui sans cesser de lire. Il ne proteste pas quand Van pose, discrètement, une main légère sur son épaule. Au contraire, il se rapproche imperceptiblement. Ni l'un ni l'autre ne savent comment se comporter, depuis la dernière soirée, mais le lien qui se tisse entre eux est bien là, comme un solide fil d'araignée. Les petits gestes qu'ils s'accordent se remarquent pour les plus attentifs.

« - C'est bien ton bouquin ?

- Oui.

- Ça parle de quoi ?

- De l'impact des réseaux sociaux sur les relations humaines. »

Tiens, il ne lit pas que de la fiction. Le corbeau ne s'y attendait pas. Il a toujours pensé que le lettreux préférait se plonger dans des récits fictifs, comme si Ienzo lui-même n'appartenait pas vraiment à cet univers qui les entourait.

« - Et du coup, on s'organise comment ce soir ? Pizza ensemble ou chacun rentre chez soi ? »

Olette demande tout en vérifiant l'heure qui est déjà bien avancée. Pour ceux qui dépendent des bus, le choix et vite fait, mais la majorité du groupe peut se rabattre sur un métro ou un tram pour regagner son chez-lui. Passé quelques minutes, ils se mettent tous d'accord pour une soirée empanadas chez l'argentin, comme ils l'appellent. Economiquement accessible pour tous les participants mais non moins délicieux.

« - Van ?

- J'vous suis. »

Il ne connaît pas, mais ça n'a pas l'air mauvais.

« - Ienzo ?

- La même. »

Il parle sans relever le regard, tournant les pages de son bouquin. Quoi que détestant se sentir mis de côté, le noiraud apprécie étrangement ce caractère renfermé et cette capacité qu'il a de se cloîtrer dans son monde, loin de tout, plongé entre les lignes que ses yeux avalent inlassablement. Il caresse la base de son cou du pouce. Ça n'est pas lui, d'habitude, qui initie les gestes câlins. Mais avec le gamin, ça lui vient plus naturellement.

« - On commence à s'faire chier Dem, tu veux pas nous jouer un truc ?

- Si c'est si gentiment demandé … »

Sous l'impulsion de Larxene, le guitariste sort son instrument de sa house avant de se reculer pour s'installer confortablement, prenant toute la place dont il a besoin. Chacun y va de sa proposition, mais le répertoire du concerné le contraint à opter pour le choix de celle qui a lancé l'idée. Van suit vaguement ce qui se passe. La rencontre ne l'intéresse plus vraiment, si ce n'est qu'il aime entendre Demyx jouer.

Comme toujours, ça lui rappelle ces moments si simples, si rares, qui se sont arrêtés trop vite.

Il revoit sa trogne à peine plus gamine, son air détendu et ses doigts habiles sur les cordes. Il se souvient même de leur contact quand il se collait contre lui pour lui apprendre quelques trucs à la guitare. Ses mains qui glissaient sur les siennes pour lui montrer l'exemple. Sa tête au-dessus de son nid d'oiseau, comme il appelait sa tignasse, et sa voix qui venait l'instruire près de son oreille. Van devinait d'autres intention, qu'il n'encourageait ni ne réprimandait. Ça n'a jamais rien donné, finalement.

Tiré de ses pensées, il sent le corps tout près de lui qui se presse contre son torse. Son livre posé au sol, Ienzo a reposé sa tête sur ses genoux, une grimace inconfortable sur le visage.

« - Eh ? Ça va ?

- Ouais. »

Ça, c'est le ouais moyennement convainquant qui veut dire non, mais qui refuse par fierté. Van commence à bien le connaître. Il capte vite quand ça déconne.

« - T'es pas bien ?

- Ça va passer.

- Ouais non, pas vu comment ça s'est fini la dernière fois qu'tu m'as dit ça. »

Ienzo déglutit sans répondre, ses deux bras noués autour de son ventre. Il passe une main sous la ceinture de son pantalon, appuyant ses doigts sur son bassin.

« - Oh, y a pas quelqu'un qu'aurait fait des études de médecine avant d'venir dans cette fac de d'anarcho-communistes par hasard ?

- Je crois que Cloud a fait une année avant de venir ici.

- Il est pas là aujourd'hui.

- Ah, c'est pour de suite ?

- Y en a un qu'est pas bien.

- C'est rien. Ça va passer. » le concerné se défend en s'écartant un chouia.

Quelques membres du groupe se retournent pour vérifier. Larxene comprend immédiatement.

« - Ça va passer mon cul, ouais ! »

Elle se lève illico pour venir à la hauteur du garçon et chasse le loup de sa place sans qu'il ne s'en vexe, conscient de son manque d'utilité. Il laisse la guêpe s'agenouiller près du nouveau centre de l'attention, lequel n'a clairement pas envie de sentir cette myriade de mirettes posées sur lui.

« - Oh Dem, qui t'a d'mandé d'arrêter d'jouer ? » la nymphe balance.

« - Désolé mam'zelle je m'y remets ! »

Comprenant le subtile sous entendu, ce Regardez ailleurs y a rien avoir ici implicite qu'elle leur ordonne, tout le monde se tourne à l'exception de la teigne qui ne sait plus quoi faire. Il ne comprend pas ce qui se passe, si ce n'est que le gamin se mord la lèvre de plus en plus fort et que l'infirmière improvisée fouille dans son propre sac à la recherche un remède miracle.

« - Rappelle ce qu'on avait dit la dernière fois que c'est arrivé ?

- Je pensais pas que ça recommencerait.

- Même. Faut pas forcer dans ces moment-là chaton, ça te fout juste encore plus mal. » elle peste. « T'as pas d'anti-douleur sur toi ?

- Y marchent pas.

- Merde. On va essayer de faire sans, sinon j'appelle quelqu'un pour venir te récupérer. »

La seconde solution ne semble pas du tout convenir au garçon au vu de la tête qu'il tire. Larx finit par attraper un objet que Van n'arrive pas à identifier, et elle éloigne Ienzo pour qu'il puisse s'allonger au calme, lui glissant un sac sous la tête. Le noiraud hésite à s'approcher, mais une main le retient. Yuyu le tire pour le ramener vers le groupe.

« - Le fixe pas, il déteste qu'on le voit comme ça.

- Qu'est-ce qu'il a ?

- Il est pas bien.

- Il est malade ? »

C'est la deuxième fois que ça arrive. La deuxième fois en présence de Vanitas, et il se doute bien qu'il y en a eu d'autres.

« - Yep, une vieille maladie ancestrale incurable qui te ronge le ventre et qui provoque des crises de douleur atroces.

- Sérieux ? »

Il n'est pas sûr que la pile soit sincère, malgré son air particulièrement sérieux.

« - Ouais. Ça touche la moitié de la population mondiale, et on appelle ça les règles. »

Les … Oh. Oui. Bien sûr. Bon sang. Evidemment.

« - T'y avais pas pensé, hein ?

- Si.

- Genre.

- Ouais, nan.

- Parce que t'es un sale cis gay. Vous zappez toujours ce genre de détails. »

Iel lui tape sur la tête comme iel le ferait avec un enfant ignorant, évitant de justesse le coup de crocs du loup. Toutefois soulagé, il se rapproche du musicien qui s'occupe toujours de distraire la masse pendant que leur référente chouchoute le souffrant. Malgré les paroles de Yuffie, il se retourne régulièrement pour s'assurer de son état.

Les règles. Bien sûr. C'est évident, maintenant qu'il le sait.


Voilà ! Ça vous a plu ? Vous vous attendez à quoi, pour la suite ?

A la prochaine !