Chapitre 24

Contrairement à mon habitude, à la fin du déjeuner en ce vendredi midi de début février, je suis Lucretia et Shelly jusqu'à notre salle commune, plutôt que de me rendre à la bibliothèque pour une séance de révision. Alors que nous nous rassemblons autour du feu, vide d'occupants, nous regardons sortir les sorciers de premier cycle qui n'ont pas la chance d'avoir leur vendredi après-midi de libre.

Je lâche mon sac au pied d'un fauteuil moelleux au dos immensément haut, puis m'écrase sur l'assise. Mes amies, elles, se partagent le sofa qui semble avoir connu des jours meilleurs, mais tout aussi confortable. J'ôte ensuite mes chaussures, placent mes pieds aussi près de l'âtre que possible et pousse un immense soupir d'aise. Grâce au feu ronflant, je sens la vie revenir petit à petit dans mes orteils qui s'agitent de joie.

L'hiver ayant finalement trouvé le chemin de l'Écosse depuis quelques jours, nous essuyons tempête de neige sur tempête de neige qui n'ont de cesse de rendre les couloirs du château de plus en plus glacials. La plupart des élèves ont pris l'habitude de circuler avec doubles capes et écharpe montée jusqu'aux yeux : le minimum vital pour ne pas perdre un bout en cours de route.

- Tu n'as toujours pas eu de nouvelles de tes parents ? s'enquiert soudain Shelly, qui sort une chocogrenouille de la poche de sa cape.

Lucretia secoue la tête pour toutes réponses. Et à son regard, je vois que le manque de réaction de ses parents l'inquiète de plus en plus. Je la comprends d'ailleurs. Du peu que je connais des énergumènes, moins non plus je ne le prendrais pas bien.

James a envoyé sa fausse demande en mariage six jours auparavant et, malgré le temps affreux qui fait en ce moment sur la péninsule anglaise, la réponse aurait dû arriver depuis au moins deux jours. Lucretia hésite entre deux raisons au silence anormal de ses vieux : soit ils sont en train de préparer minutieusement son meurtre, soit ils rassemblent tous les documents pour la déshériter. Et elle ne sait même pas encore laquelle de ces deux options serait la pire . . .

Le silence s'installe progressivement dans la salle commune, alors que la majorité des plus jeunes sorciers ont rejoints leurs différentes salles de cours, seulement brisé par les bruits que fait Shelly lorsqu'elle croque dans sa chocogrenouille.

- Une partie d'échec, ça te tente Eve ? me demande soudain Lucretia.

J'hésite. Je n'ai jamais été très douée pour ce jeu, apparemment très prisée des nés-sorciers.

- Super, t'es là !

L'apparition d'Albus et de Scorpius qui sortent de leur dortoir m'empêche de répondre à l'invitation de mon amie. Avec surprise, je les vois s'approcher de mon fauteuil. Scorpius reste debout, les bras ballant, alors qu'Albus pose ses fesses sur la table basse.

- Vous n'avez pas cours ? m'étonné-je.

- Si, mais on doit te parler avant d'y aller. T'as bien rendez-vous avec mon frère dans moins d'une heure ?

Je sourcille et laisse un sourire amusée apparaître au coin de mes lèvres. Qui disait, déjà, qu'il n'était pas l'agenda de James Potter ? Parce que là, Albus a quand même l'air sacrément au courant des allées et venues de son aîné.

- Tout à fait. Et en quoi ça t'intéresse au juste ?

Albus ne me répond pas, et se contente de se tourner vers son ami. Notre capitaine s'exprime alors :

- J'ai pris la liberté d'envoyer un courrier à mes parents après ton « accident » avec Wilkes.

Première nouvelle. Je me demande pourquoi il a pris cette peine.

- Il s'avère que l'un de leur elfe de maison a été remercié pendant les vacances de Noël. Et les rumeurs disent que cet elfe a trouvé un emploi ici, à Poudlard.

Information très intéressante. Moi qui avais prévu de me rendre aux cuisines, justement histoire de savoir si l'un d'eux avait été employé récemment, voilà qui allait grandement faciliter ma petite enquête.

- J'imagine que tu n'as pas son nom a cet elfe ?

- Les sorciers de haute lignée ne s'ennuient pas à ce point, rétorque Scorpius.

De toute façon, j'ai déjà ma petite idée sur l'elfe que je vais essayer d'interroger en tout premier lieu. Lors de ma dernière - et seule - visite des cuisines, j'avais retenu que celui qui avait fait preuve d'un peu trop de zèle était nouveau. Il est donc tout désigné pour passer à la casserole en premier.

- Merci pour l'info, fais-je à Scorpius alors que les garçons prennent la direction de la sortie de la salle commune.

La porte qui se referme derrière eux replonge la pièce dans le silence. Silence que Lucretia s'empresse de rompre :

- Du coup, cette partie d'échec ?

J'accepte de jouer contre elle. De toute façon, je n'ai pas grand chose de plus intéressant à faire pour le moment, à part regarder Shelly s'empiffrer avec les friandises offertes par James, et que j'ai refilé à mon amie dès ma sortie de l'infirmerie. Il y a des tentations qui ne vaut mieux pas laisser à portée de main.

Quarante-cinq minutes et trois défaites écrasantes plus tard, j'abandonne Lucretia à ses victoires peu modestes et rejoins mon lieu de rendez-vous. Je serais bien aller seule aux cuisines pour mener mes investigations, mais je n'arrive pas à me souvenir du chemin qui mène aux cuisines. Du coup, j'étais bien obligée de faire appel à James. Bon, après, en toute transparence, ce n'est pas comme si passer du temps avec lui était si désagréable.

A mon arrivée dans le hall d'entrée du château, il est déjà là. Assis sur les marches en pierre qui mènent à la Grande Salle, il s'empresse de replier un immense parchemin qu'il fourre sans ménagement dans la poche de sa cape quand il me voit approcher.

- On y va ? fais-je. Les elfes n'attendent plus que nous.

Sourire aux lèvres, il m'indique les escaliers d'un mouvement de la main.

- Honneur aux dames.

Nous nous mettons en route côte à côte, sans un mot. Je constate que James se tient très près. Peut-être même un peu trop. Y-a-t-il vraiment besoin que nos corps rentrent en contact à chacun de nos pas ?

Un peu gênée par cette promiscuité, je m'éloigne légèrement. Cinq secondes plus tard, James s'approche de nouveau. Nous sommes si près l'un de l'autre que nos mains ne cessent de se frôler ce qui a tendance à me déstabiliser.

- Bonjour James, bonjour Eve.

Je sourcille en voyant apparaître l'ami du Gryffondor, Ian, que j'ai rencontré à Noël. Il remonte de la partie du château dans laquelle nous nous rendons. J'imagine donc que la maison Poufsouffle se trouve dans les parages des cuisines.

- Tu tombes bien, je te cherchais.

Je suis surprise de constater que c'est à moi qu'il s'adresse, et non pas à James. Lui aussi d'ailleurs, vu son expression.

- Vraiment ? Pourquoi ?

Il me tend une enveloppe en m'expliquant :

- Ellen me l'a envoyé en me demandant de te la faire suivre.

Je récupère la lettre de mon amie en souriant, amusée par l'ignorance de cette dernière.

- Tu ne lui as vraiment rien expliqué sur notre monde, dis-je. Elle n'était pas obligée de passer par toi pour m'envoyer son courrier. Il suffisait qu'elle dise mon nom au hibou.

Il hausse des épaules avec une petite moue gênée.

- Je le lui ai expliqué dans la réponse que je lui ai envoyé. Dorénavant, son courrier te parviendra directement.

Je le remercie d'un sourire sincère, qu'il me rend.

Un ange passe. Que James envoie bouler d'un ton sec :

- Bon, on se remet en route ? On n'a pas toute la journée.

Je le trouverais presque hargneux dans sa manière de s'exprimer. Je me demande ce qu'il lui prend.

- Oh oui, bien sûr ! s'exclame Ian. Pardon d'avoir interrompu votre rendez-vous. A plus tard !

Et il s'enfuit comme s'il avait un crabe de feu aux fesses. Je crois qu'il y a méprise sur ce qu'il se passe entre le Gryffondor et moi, mais on ne peut pas dire que Ian m'ait vraiment laissé l'opportunité de le lui expliquer. De plus, James a déjà repris son chemin, m'obligeant à lui emboîter le pas au plus vite si je ne veux pas me perdre.

- Qu'est-ce qu'il t'a pris de lui parler sur ce ton ? demandé-je. Je croyais que vous étiez potes ?

James me lance un drôle de regard avant de me répondre d'un ton normal :

- De quoi tu parles ? Je lui ai parlé normalement.

Mouais, tu m'en diras tant. Mais je n'ai pas le temps de creuser plus la question. Nous voilà arrivés à destination.

James chatouille la poire d'un des tableaux, nous nous glissons à travers le passage qui s'ouvre et tombons sur une cuisine en pleine effervescence d'après déjeuner. Une grande partie des elfes s'activent à nettoyer les restes de notre repas, tandis que les autres s'empressent de préparer la collation de seize heures. Mais l'un d'eux prend tout de même le temps de nous prêter attention. Je crois même que c'est l'elfe qui nous a déjà servi la dernière fois. Je le reconnais à la façon qu'il a de rougir en regardant James.

- Monsieur, Miss, que pouvons-nous pour votre service ?

Je coupe James avant même qu'il n'ait le temps de prononcer un mot, vu qu'à cause de notre rencontre avec Ian, je n'ai pas eu le temps de l'informer de mes dernières découvertes.

- Il me semble qu'un dénommé Djinn a commencé à travailler ici récemment. Serait-il possible de lui parler ?

L'elfe se tourne vers moi et s'incline avec profondeur. Sérieux, j'ai mal pour lui.

- Djinn n'est pas encore tout à fait à l'aise avec nos habitude. Veuillez nous excuser s'il a mal fait son travail. En punition, nous nous brûlerons les pointes d'oreilles.

Euh . . . Quoi ?

- Il est sérieux là ? fais-je en me tournant vers James à la vitesse d'un vif d'or.

- Non non, pas besoin ! s'empresse de lui répondre le Gryffondor. Cet elfe n'a rien fait de mal, nous voulons juste lui parler. Nous pensons qu'il pourrait nous renseigner au sujet d'un accident qui s'est produit il y a quelques jours.

L'elfe nous regarde avec suspicion. Il hésite, jette un regard sur le four le plus proche, me collant un frisson le long du dos, puis s'incline une nouvelle fois en nous annonçant :

- Je m'en vais le quérir immédiatement.

Il s'éloigne ensuite, me laissant l'occasion de demander à James d'un air épouvanté :

- Il a voulu brûler ses propres oreilles ! Il est pas bien !

Le Gryffondor hausse des épaules en affichant une grimace coupable :

- C'est dans leurs habitudes. Bien que les lois aient changées il y a quelques années, la plupart des elfes ont gardés la coutume de s'auto-punir en cas d'erreur de leur part.

C'est horrible ! OK, ils sont moches, mais ce n'est pas une raison !

- Monsieur et Miss souhaitent parler à Djinn ?

La petite voix perçante attire notre attention sur un elfe à la peau rosée portant un tee-shirt imprimé léopard en guise de vêtement. Ce dernier triture ses mains comme si il venait de se faire attraper en train de commettre une bêtise. J'essaye de ne pas trop le prendre en pitié, vu que c'est peut-être lui qui a ensorcelé mon cognard. Mais c'est dur.

- Oui, nous voulions te parler de tes anciens maîtres, les Wilkes, lui réponds-je.

A l'entente du nom, l'elfe commence à jeter des regards de tous côtés avec un air affolé. Je ne sais pas si on peut faire un comportement encore plus coupable. En tout cas, voilà qui confirme mes doutes. Je poursuis donc :

- Est-ce que Barry Wilkes t'a ordonné de jeter un sort à un cognard de l'école avant le match d'il y a quinze jours ?

L'elfe mordille sa lèvre inférieure et je vois distinctement les larmes s'amonceler dans ces grands yeux clairs et globuleux. Il se met à trembler de tout son corps puis se précipite sur la première poêle qu'il trouve pour s'en filer de grands coups sur la tête.

Non mais il est malade !

James se précipite pour lui ôter l'ustensile des mains et l'empêcher de continuer à se flageller.

- Djinn doit se punir, monsieur, s'écrie la créature en tentant de résister à la poigne du Gryffondor, Djinn a été un méchant elfe ! Djinn n'aurait jamais dû obéir à monsieur Barry ! Monsieur Barry n'est plus le maître de Djinn !

- Alors, c'est bien toi qui a ensorcelé le cognard sur les ordres de Wilkes ? demande James.

L'elfe lâche un couinement coupable et tente de cogner sa tête contre les placards les plus proches mais James le retient toujours. D'autres elfes de maison nous rejoignent alors et récupèrent le pauvre Djinn qui tente toujours de se faire du mal, avant de l'éloigner de nous.

Puis, ils nous foutent à la porte sans autre forme de procès.

Je crois qu'on ne sera pas de nouveau les bienvenus avant un long moment.

O0o0O

Quand je m'y faufile avec James pour rejoindre Scorpius et Albus, à qui nous avons donné rendez-vous en ce samedi après-midi, la salle d'étude du second étage est quasiment vide . Il faut dire que le ciel s'est dégagé pendant la nuit, révélant un magnifique soleil. La plupart des étudiants en profitent donc pour faire des batailles de boule de neige ou tout autres joyeusetés du même acabit.

Bande de débiles. Ils vont tous finir avec une pneumonie.

Je me laisse tomber sur le banc à côté de l'héritier Malefoy, pendant que James prend place auprès de son frère. Les deux jeunes hommes nous regardent avec curiosité.

- Alors ?

Je lâche un profond soupir en balançant mon sac de cours sur la table. J'ai la haine. James aussi sans doute. Ce qui fait qu'on a pas tellement envie de répondre à la question de Scorpius.

- A ce point-là ? s'étonne Albus.

Je lâche un grognement peu amène. Mais je me doute que le cadet des Potter ne se contentera pas de si peu en guise d'explication, donc je développe sans grand entrain :

- Quand on a fait part à Bibine de nos suspicions, elle a convoqué McGonagall. La directrice ne nous lâchait pas sur le pourquoi on était convaincu de la culpabilité de Wilkes, du coup, on a été obligé d'avouer qu'on avait mené l'enquête aux cuisines. Elle nous a collé toute une semaine parce qu'on a, je cite « sans doute plus important à faire que d'aller enquiquiner les elfes de maison ».

- Je crois que le règlement interdit aux élèves d'aller en cuisines, ajoute James avec dépit. Faudrait peut-être que je pense à le lire un jour.

Je lui rétorque :

- Il te reste cinq mois de cours. C'est un peu tard pour t'en inquiéter.

James hausse des épaules pour toutes réponses.

- Mais, et pour le match alors ? Qu'est-ce qu'elles ont dit ? On va le rejouer ?

J'envoie un regard assassin à Scorpius. Je crois que c'est trop demander à mon capitaine que de compatir un peu à notre malheur. Il pourrait pourtant : après tout, c'est pour lui que nous sommes partis tout raconter à Bibine ! Pour qu'il puisse rejouer son foutu match ! Si ça n'avait tenu qu'à moi, j'aurais envoyer Wilkes bouffer les pissenlits par la racine et on en parlerait plus !

- Non, même pas, répond James. Vu que Wilkes est viré de l'équipe et qu'il va vous falloir former un autre poursuiveur, Bibine a estimé que ce ne serait pas à votre avantage.

Je vois les doigts de Scorpius se tordre. Je crois qu'il a très envie d'étrangler quelqu'un. Du coup, je m'éloigne de quelques centimètres, juste au cas où.

- C'est pas vrai ! s'exclame-t-il ensuite. Tout ça pour rien ?

James confirme d'un signe de tête qui manque cruellement d'entrain. C'est bien la première fois que je le vois aussi déprimé. Mais je ressens la même chose.

Et dire que je pensais avoir évité le drame en convainquant la directrice de ne pas envoyer de courrier à mes parents après le match. Elle m'avait laissé un peu de temps pour lui prouver que mon histoire était vraie, après que je la lui avais raconté en détails, et j'avais brillamment géré mon timing. Mais avec la semaine de retenue qu'elle vient de me coller, mes efforts n'auront servi à rien.

- Bon, vu que vous allez l'air bien parti pour déprimer toute la journée, on va vous laisser broyer du noir dans votre coin, fait soudain Albus.

Merci pour le soutien moral !

Sur ces mots, il fait signe à Scorpius et tous deux quittent la pièce, nous plongeant d'un un silence pesant. Je m'étale alors sur la table, toute dignité envolée.

- Tes parents vont te trucider, non ? fait la voix de James quelque part de l'autre côté de la table.

Je confirme d'un hochement de tête, puis je précise :

- Je leur ai envoyé une lettre avec le détail de toutes mes bonnes notes mercredi, histoire de prévoir le coup. J'espère que ça leur aura suffisamment calmer les nerfs pour le courrier qui va suivre. Et les tiens, ils vont le prendre comment ?

- Ma mère sera sans doute très en rogne, elle aussi. Mon père fera juste semblant. Après tout, c'est lui qui m'a appris comment aller aux cuisines.

Cool, le paternel. Le mien, il m'a juste appris comment faire pour repousser les garçons quand ils deviennent trop entreprenant.

Un autre silence s'installe. Chacun de nous doit ruminer de son côté. En tout cas, moi, c'est ce que je fais.

Si je m'étais pris une semaine de retenue pour avoir tenté de tuer Wilkes, je l'aurais bien pris, mais avoir été collé pour avoir fait une virée dans les cuisines, je n'arrive pas à le digérer ! Surtout que ça partait d'une bonne attention. Et on ne leur a rien fait à ces pauvres elfes ! Enfin, sauf si on compte Djinn, qui a essayé de se coller une commotion cérébrale par culpabilité. Mais comment je pouvais savoir que ces bestioles étaient portées sur l'auto-flagellation ? On ne nous apprend pas ça en cours ! Ils devraient peut-être d'ailleurs . . .

Je pousse un long soupir. Le troisième je crois. Ça commence à devenir une mauvaise habitude.

- Je me sens triste. Je veux un câlin.

Je lance l'invitation sans attendre réellement de réponse. Je pense surtout à mes amies, et au fait que je vais devoir fouiller tout le château pour les trouver et combler mon manque affectif. Pourtant, j'ai la surprise d'entendre un bruit de raclement, signe que James s'est levé de son banc. Deux seconde plus tard, il apparaît à côté de moi, s'installe et entoure mon corps de ses bras. Il va même jusqu'à guider ma tête contre son épaule.

Voilà une surprise qui est loin d'être désagréable. Mais je suis un peu perdue. Pourquoi il fait ça ? Et est-ce que j'ai le droit de lui rendre son étreinte ? Sans doute. Après tout, je suis triste, et il le sait.

Alors je m'éloigne de ses bras une demi-seconde, juste le temps de prendre une position plus confortable et retourne à ma place, en me permettant cette fois de passer mes bras autour de sa taille. Je sens que mon mouvement à surpris James puisqu'il a un temps d'hésitation avant de refermer sa prise sur mes épaules. Je place ensuite mon visage contre sa clavicule et, un peu malgré moi, prends une profonde inspiration. Je ne l'avais jamais remarqué mais il sent bon.

Je ne sais pas combien de temps exactement nous restons dans cette position, mais ça me fait un bien fou. Surtout quand il se met à caresser mes cheveux. Je reprends du poil de la bête.

- Bon, fais-je soudain en repoussant le Gryffondor qui, d'après son visage, était loin de s'y attendre. Maintenant, faut qu'on trouve une idée pour se venger de Wilkes. Et une qui fera de l'ombre au philtre d'amour de Lucretia.

James reste figer un court instant, puis il lâche un soupir avant d'esquisser un sourire amusé teinté de tristesse en passant une main dans ses cheveux.

- Toi, tu aimes torturer les gens, hein ?

Je mets un quart de seconde pour comprendre ce qu'il sous-entend, un temps pendant lequel mon cœur décide de cesser de faire son travail. Puis il repart au triple galop.

Je pourrais croire qu'il parle de Wilkes, mais je ne suis pas débile à ce point. Et puis, l'expression de son visage est assez parlante : il est blessé. Finalement, je crois que tous les signaux que je croyais être le fruit de mon imagination ne le sont pas.

Mais comme je suis prise au dépourvu, je décide de jouer la technique de l'autruche :

- Je pense que la boutique de tes oncles nous fournira de quoi bien le torturer, non ? Ça tombe bien, on a une sortie à Pré-au-Lard de prévu le week-end prochain. On va y faire un tour ensemble ?

James ne répond pas tout de suite. Mon cœur continue à jouer la samba et je sens même mes joues qui commencent à s'enflammer. S'il ne joue pas le jeu, je ne réponds plus de ma personne. Il doit quand même bien se douter que je suis gênée là, non ?

Il finit par poser un coude sur la table et laisse tomber sa tête dans sa main ouverte. Il esquisse ensuite une petite moue malicieuse et répond :

- Voilà un rendez-vous que je ne manquerais pour rien au monde.