Bonjour et bienvenue sur le chapitre 21 !
Un chapitre plus calme que les précédents, parce qu'il fallait un peu faire redescendre la tension ! On se voit à la fin. Bonne lecture !
XXI – Indomptable
Deux semaines s'étaient écoulées depuis que les confidences avaient été faites.
Et Newt Scamander n'avait chômé. Le temps était passé à une vitesse folle mais il avait utilisé ce dernier à bon escient. Il n'avait pas manqué d'informer Graves de ses recherches et lui avait confié ses craintes : Grindelwald était en possession d'une mixture qui rendait ses sbires plus puissants et qui par définition, procurerait les mêmes effets à ce dernier lorsqu'il se mêlerait à la bataille. Étant donné qu'ils n'avaient pas la moindre piste concernant Credence ou un potentiel endroit où retrouver Grindelwald pour récupérer la Pierre, l'anglais avait fait de cette mixture sa priorité.
Alors il avait cherché, sans relâche. Il avait utilisé les derniers grammes de crinière de chimère qui lui restait, avait même essayé de s'injecter du fiel de loup-garou assez dilué pour ne pas se transformer mais en suffisamment grande quantité pour ressentir la force et la puissance que la bête éprouvait lorsqu'elle se changeait en sa vraie nature. Mais rien n'y faisait. Les sentiments d'extase et de toute-puissance étaient bien présents mais ses pouvoirs demeuraient inchangés.
Ce fut à ce moment que le directeur commença à s'inquiéter et sa présence dans l'atelier du magizoologue fut quotidienne. Il profita plusieurs fois de l'hospitalité de ce dernier pour le surveiller et l'empêcher de se rendre malade avec ses propres expériences. Il voyait bien que l'échec commençait à ternir le visage de l'anglais.
Le jour où Graves décida que c'en était trop, fut celui où Scamander se servit à nouveau de son propre corps comme d'un cobaye, avalant d'une traite – et sans prévenir l'américain – une potion préparée avec de la bave de Runespoor. Mais pas n'importe quelle bave, non. Celle qui appartenait à la tête du milieu, plus communément nommée la tête du rêve. Et l'anglais se perdit dans d'innombrables hallucinations qui le conduisirent à s'approcher un peu trop prêt du snallygaster qui vagabondait dans les montagnes de la réserve.
C'était un animal que Scamander avait décrit comme autosuffisant, hautement agressif et au fort caractère, qui n'aimait particulièrement pas lorsque les humains l'approchaient de trop près sans nourriture aucune. Deux crocs tranchants plantés dans l'épaule plus tard et une sale blessure qui refusait de guérir correctement tant elle était profonde et la médicomagie si douloureuse, Graves avait décidé que l'anglais méritait une pause.
Une décision dont le magizoologue serait avisé lorsqu'il aurait repris toute sa tête et lorsque la médicomagie aurait fait son effet. En attendant le retour de Bunty qui était prévu d'ici deux lunes, Graves s'occupait comme il le pouvait des créatures. Un carnet tout particulier que Scamander lui avait confié était particulièrement instructif mais ne suffisait pas à correctement prendre soin des animaux qui étaient encore blessés ou traumatisés.
« Restez allongé. » Lui répéta-t-il pour la énième fois. « Vous n'êtes pas en état de porter la moindre charge et certainement pas de vous lever. »
« Avez-vous donné leurs gouttes aux veaudelunes ? C'est important. » L'anglais racla sa gorge. « Sally. Surtout Sally. Elle a déjà perdu l'usage d'un œil, alors… »
« Oui. Je l'ai fait. Maintenant si vous voudriez bien vous… » Commença le directeur, mais il fit rapidement interrompu.
« Vous ne pouvez pas me clouer au lit. Bunty n'est pas là et je suis le seul à pouvoir correctement gérer cet endroit, laissez-moi m'en occuper. Je vais bien. » Et alors que Scamander commença à se redresser Graves serra les dents et sortit sa baguette.
La sortilège fut immédiat et suffisant pour empêcher l'anglais de se mouvoir sous ses couvertures. Il voulut protester mais l'américain ne lui en laissa pas vraiment l'occasion.
« Mercy Lewis, allez-vous arrêter de bouger dans tous les sens ? J'essaye de faire en sorte que vous retrouviez vos moyens au plus vite mais vous ne me facilitez pas la tâche. J'ai besoin de votre bonne volonté. Vos créatures seront dans un meilleur état si vous pouvez pleinement vous occuper d'elles et que je fais le travail à votre place en attendant. Il n'est question que d'un ou deux jours alors je vous en conjure, Scamander. » Il marqua une pause, son ton témoignait de l'exaspération mêlée à l'épuisement. « Reposez-vous. »
« Me reposer ? Et vous regarder vous démener alors que je suis en parfaitement santé ? » Il se tortilla mais le sortilège était plus puissant que lui. La force qu'il essaya de mettre dans ses bras raviva la douleur dans son épaule et son visage se crispa.
« Terrible menteur. » Murmura Graves en rangeant sa baguette sans rompre le sort. « Vous ne me laissez pas le choix. »
« Sir Graves. » Son regard brillait de quelque-chose qui attira presque sa pitié. « S'il vous plaît. Si je ne trouve pas un moyen de contourner leur puissance, ils nous décimeront. Personne ne le fera à ma place. »
Le directeur n'en démordit pas et resta inflexible.
« Vous ne pouvez pas être la réponse à tous nos problèmes, Scamander. » Fit-il en tournant les talons. « Dormez. Vous en avez terriblement besoin. »
La réponse à tous nos problèmes.
Tous nos problèmes.
Quelque-chose s'éclaira dans son esprit. Comme un éclair de lucidité.
Kladamanten ne pouvait pas être la réponse à tous les problèmes de Grindelwald. C'était pour cette raison qu'il avait eu besoin de Scamander.
« C'est ça ! » Il hurla presque. « C'est ça la réponse ! »
Graves se tourna à nouveau vers lui, le regard suffisant et un sourcil haussé.
« Qu'est-ce que vous… »
« Kladamanten ! C'est lui la réponse ! »
« Je crois que vous avez de nouveau contracté de la fièvre. » Il soupira, fit apparaître une poche en tissu que l'anglais devina être remplie de glace et s'approcha de lui.
« Non ! Non, non, je n'ai pas de fièvre écoutez-moi, bon sang. » L'américain se figea et l'interrogea du regard. « Kladamanten n'était pas un simple magizoologue. C'était un dragonologue ! Mais il était parfaitement incapable d'apprivoiser les dragons. C'est pour cette raison que Grindelwald avait besoin de moi – ou de la Pierre Parlante. » Graves resta consterné, pas totalement sûr de le suivre mais resta attentif à ses mots. « Pourquoi Grindelwald s'encombrerait-il d'un dragonologue incapable d'apprivoiser le moindre dragon ? Parce que Kladamanten avait d'excellente compétences en alchimie et en potions. »
Le directeur pouffa doucement de rire dans un souffle du nez et lui lança un regard incrédule.
« Et comment savez-vous cela ? »
« Parce qu'il avait une réserve entière de dragons. Deux pansedefers ukrainiens, et d'autres dragons tous aussi puissants les uns que les autres. Mais il était incapable de les apprivoiser. Ce qui signifie qu'il avait développé des potions et autres mixtures suffisamment puissantes pour garder ces derniers. Un pansedefer ukrainien ne s'endort pas si facilement. Les fléchettes anesthésiantes ordinaires ne peuvent les faire dormir que quelques minutes. Pourtant, on sait qu'il était capable de les faire plonger dans un sommeil qui pouvait durer des semaines entières. »
« Où voulez-vous en venir ? »
« Grindelwald ne le gardait pas pour ses compétences de dragonologue, mais pour celles qu'il avait développé dans la création de potion. C'est lui qui a créé cette… Chose, cette chose qui les rend si puissants. J'en suis sûr. »
Graves n'était pas convaincu. Scamander pouvait lire sur son visage qu'il avait confiance en ses mots, mais quelque-chose clochait et l'anglais était incapable de savoir ce dont il s'agissait. Jusqu'à ce que l'américain ne brise le silence.
« C'est encore un coup de votre instinct j'imagine ? » Demanda-t-il d'une voix neutre, et si la question pouvait paraître étrange, le magizoologue savait pertinemment que ce dernier ne se moquait pas de lui à cet instant.
« S'est-il un jour trompé ? » Lui répondit-il avec un air de défi.
Le directeur lui adressa un sourire amusé.
« Non. En effet. » Il croisa les bras. « Mais je ne suis pas sûr que le ministère, ni le MACUSA, partage la foi que j'ai en vous. »
« Vous êtes le MACUSA. » Répliqua l'anglais, dubitatif.
« Partiellement seulement. » Il soupira longuement. « Mais j'imagine que partiellement ou non, vous avez besoin de mon influence. Je me trompe ? »
« En effet. » L'anglais baissa subitement la tête, ce n'était pas tant admettre qu'il avait besoin de Graves qui lui posait problème. Il ne voulait simplement pas de nouveau mettre la carrière de ce dernier en danger.
« Je ferais de mon mieux. » Lui avait-il simplement répondu. « À condition que vous acceptiez de vous reposer. Je n'irais nulle part tant que vous ne serez pas en forme. »
Il n'eut pas à se faire prier. L'anglais roula des yeux avant de se tourner dos à lui, s'emmitouflant dans les couvertures.
Graves avait fait son truc.
Avec un perfectionnisme et avec une efficacité remarquable qui surprirent même Newt. Il n'avait été question que deux ou trois jours avant qu'il ne dispose des autorisations nécessaires pour enquêter sur Lifus Kladamanten et avoir accès à la localisation précise de son domaine pour s'y rendre. Au bord d'une falaise californienne se trouvait peut-être la réponse aux nombreuses et incessantes questions que l'anglais se posait.
Il se savait bon dans son domaine. Plus encore, il se savait parmi les meilleurs. Pour autant, Newt Scamander ne cessait inlassablement de chercher de nouvelles choses à apprendre. Les animaux magiques étaient une source infinie de savoir et il avait choisi de dévouer sa vie à ces derniers, même s'il avait parfaitement conscience qu'il ne pourrait jamais tout savoir. Alors se rendre sur les terres d'un dragonologue aussi réputé que Kladamanten était à la fois une bonne façon de trouver ce qui avait – peut-être, car cela restait une supposition – bien pu pourvoir une telle puissance aux deux meilleurs hommes de mains de Grindelwald mais aussi un moyen de récupérer les travaux de ce dernier et d'en apprendre davantage. Il utiliserait ses recherches à bon escient et n'oublierait certainement pas de le citer – séparant le scientifique qu'il était de l'homme manipulé et de la victime qu'en avait fait le mage noir.
Le retour aux États-Unis fut peu appréciable et peu apprécié pour Newt. Graves lui avait clairement fait comprendre qu'il était dans son élément à New York, mais l'anglais comprenait avec difficulté ce que le directeur trouvait à cet endroit. Les américains n'étaient pas spécialement agréables – enfin, certains firent office d'exceptions pour venir confirmer la règle, mais il n'en citerait pas les noms – et la ville était… Morose. Newt ne voyait pas ce que les gens voulaient dire par rêve américain. Tout ce qu'il avait pu constater était les lois conservatrices et obscurantistes, parfois même rétrogrades. Heureusement pour Queenie, Graves avait décidé de fermer les yeux sur ce qu'il avait appris de sa relation avec Jacob Kowalski. Même s'il ne semblait pas y croire, Graves n'était pas comme ses semblables au MACUSA et il était un homme que Newt savait fondamentalement bon et intelligent. Ils n'avaient jamais eu l'occasion de réellement discuter de ce sujet-là, mais le magizoologue était presque sûr qu'il partageait son point de vue.
La présidente n'avait pas fait de vieux os au ministère. Newt en avait déjà eu un avant-goût lors des dernières semaines, mais il en était désormais sûr : Fawley et Picquery n'étaient pas fait pour s'entendre. Leur relation semblait entièrement diplomatique et seulement lorsque cette dernière était de bonne humeur. Quelque-part, l'anglais eut un peu de peine envers son ministre. Il ne le trouvait pas particulièrement bon dans son travail, mais il se faisait bien souvent la réflexion qu'il serait probablement pire. Alors il n'en disait rien à personne.
Picquery avait donc profité du départ de son directeur et du magizoologue pour suivre ces derniers dans leur retour au MACUSA. Theseus avait repris son rôle d'auror et enquêtait sur les dernières traces de McVaugh et Rosier. Tina et Queenie avaient choisi de rentrer seules, estimant qu'il y avait beaucoup de choses qui leur restait à se dire.
Chacun rentra dans sa case.
Mais quand Graves voulut faire de même, il fut attendu par un obstacle assis dans son fauteuil, les pieds sur son bureau et un air de défi dans les yeux.
Heureusement pour eux, il n'y eut rien d'alarmant. Mais Newt fit la connaissance du vrai Rajel Haddad. Et tout ce qu'il avait pu en conclure était… Que cet homme était un sacré personnage.
« Qu'est-ce que vous foutez dans mon bureau Haddad ? »
Le concerné renifla en réponse et lui adressa un regard suffisant. Inspecter le bout de sa baguette semblait bien plus intéressant que la question de son supérieur. Jusqu'à ce que Haddad ne pose son regard sur l'anglais et toute son attention sembla se focaliser sur ce dernier à cet instant.
« Oh Sir Scamander. » Un sourire radieux se dessina sur son visage, et l'auror passa d'une mine blasée et hautaine à un vrai rayon de soleil. « Enchanté de vous rencontrer. »
L'anglais fut particulièrement décontenancé. Son regard jongla de l'auror en chef au regard noir et meurtrier de Graves.
« Tout… Tout le plaisir est pour moi. » Lui répondit-il, à demi-mot.
Ce fut à ce moment précis que Graves sembla à vif. Il claqua des doigts et les jambes de son auror valsèrent en arrière, tournant le fauteuil par la même occasion.
« Maintenant que les présentations sont faites. » Il racla sa gorge et sa mine sombre ne sembla pas atténuée le moins du monde. « Vous avez l'intention de m'expliquer ce que vous faites ici ? »
Haddad leva les yeux au ciel et un long soupir s'échappa de ses lèvres. Il quitta le fauteuil pour s'avancer vers eux et Newt le détailla discrètement, plus qu'il n'avait osé le faire lorsque Graves avait utilisé son apparence. Sa démarche aérienne et presque féline ressemblait comme deux gouttes d'eau à l'interprétation que le directeur avait fait de cette dernière. Il était habillé d'une chemise noire et d'une veste de costume en queue-de-pie, surmontée d'une cravate verte. De longs cheveux d'or tombaient par-dessus son visage et lui arrivaient aux épaules. Sa baguette était à son image : Élégante, longue et colorées. Newt se fit la réflexion qu'il n'avait pas souvent vu de baguettes d'un blanc aussi immaculé. De petites pierres précieuses rouges qu'il devina être des rubis entourés d'or parsemaient la longueur de cette dernière.
Graves et lui contrastaient tant l'un à côté de l'autre. Tellement qu'il y avait probablement une photo d'eux à la page du dictionnaire où on pouvait trouver le mot « contraire ».
« Je dirigeais le MACUSA pendant que je pensais que vous vous étiez défilé. » Siffla-t-il, avec un sourire provocateur. « Mais je vois que vous avez ramené des couleurs pendant votre séjour. » Newt sentit ses joues s'embraser lorsque l'auror le scruta de haut en bas à son tour et sa réaction sembla tout particulièrement déplaire au directeur, mais il n'arrivait tout simplement pas à se contrôler dans ce genre de situations. Graves ne releva cependant pas.
« Moi qui pensait que vous vous étiez débarrassé de cette langue de vipère. » Il soupira. « Comment avez-vous fait pour que Picquery accepte de vous confier son bijou pendant son absence ? Chantage, extorsion, corruption ? Financière ou sexuelle ? »
Finalement, les deux hommes se ressemblaient plus qu'il ne l'avait imaginé, pensa Newt. Il n'interrompit pas la joute verbale qui se jouait entre eux mais ne put s'empêcher de sourire en coin à chaque nouvelle pique bien placée qui sortait.
« Allons bon, directeur Graves. » Il croisa les bras. « J'ai appris du meilleur. »
La réflexion arracha un sourire au concerné mais ce dernier fut bien vite remplacé par une expression indignée qui sembla satisfaire l'auror.
« Maintenant sortez. » L'américain semblait avoir repris son sérieux. « J'espère pour vous que le tas sur lequel vous aviez posé vos pieds est un rapport complet de tout ce qu'il s'est passé en mon absence, Haddad. »
« Bien évidemment. Je n'oserais oublier à quel point vous pouvez être ennuyeux et aimer cette paperasse. » L'auror ne lui laissa pas le temps de répondre et sortit du bureau en fermant soigneusement la porte.
Graves poussa un long soupir presque épuisé lorsque Haddad fut enfin dehors et commença à s'avancer vers son bureau mais Scamander l'interrompit dans sa démarche avec une remarque qui le gela sur place.
« Je l'aime bien. » Fit-il avec une simplicité déconcertante et sans arrière-pensée aucune.
« Je vous demande pardon ? » Demanda-t-il, avec ce que Newt décela être une pointe de jalousie. Comme si ce qu'il venait de dire était scandaleux.
L'anglais se retira immédiatement et baissa les yeux en repensant au moment qu'ils avaient partagé en Angleterre. Peut-être n'était-ce rien aux yeux du directeur, mais lui était désormais sûr d'une chose : Graves s'était mis en tête qu'il était une petite chose fragile que son devoir de directeur du MACUSA lui intimait de protéger.
Il en était hors de question. Le magizoologue refuserait de se faire à cette idée tout en sachant parfaitement qu'il avait sa chance auprès de celui qu'il convoitait.
Et la réaction que Graves venait d'avoir ne fit que le conforter dans ses convictions. Un choix s'offrait désormais à lui. Agir comme un adulte et ne pas rebondir sur l'absurdité de la chose, et… L'autre option. Il mordit sa lèvre inférieure, partagé mais finit par se tourner vers l'américain, un peu plus confiant.
« Vous m'avez très bien entendu. » L'adrénaline ne tarda pas à se répandre dans ses veines alors que son cœur galopait dans sa poitrine. « C'est la première fois que je vois quelqu'un vous tenir tête ainsi. »
Graves secoua doucement la tête, mimant un non silencieux que Newt ne releva pas. Rajel Haddad était peut-être l'un des seuls à oser s'adresser à lui ainsi, mais il était loin d'être le premier que Scamander voyait. Le coupable se tenait en face de lui.
Mais il n'en dit rien. Il se contenta de lui lancer un regard dubitatif. Aussi malicieux l'anglais pouvait-il se montrer à son encontre, Graves n'eut aucun mal à comprendre ce qu'il était en train de se passer et en avait saisi la subtilité – peu subtile. Scamander était en train d'essayer de le rendre jaloux.
Et c'était absurde. Alors il lui adressa un sourire narquois avant de doucement hocher la tête et de tourner les talons. Scamander voulait jouer ? Il allait jouer.
Il s'assit dans son fauteuil et attrapa le document laissé par son second entre ses mains, ignorant volontairement le regard insistant qui était posé sur lui depuis quelques secondes. D'un claquement de doigt, une paire de lunettes sortit de son tiroir et vint se poser sur son nez.
« Cela ne m'affectera pas. » Fit-il, déjà plongé dans sa lecture et son ton fut si désintéressé qu'il en fut presque blessant pour le magizoologue.
« Vous mentez, et… » Comprenant doucement qu'il avait grillé sa couverture seul, l'anglais serra les dents. « Et je ne vois pas de quoi vous voulez parler. » Son mensonge était terriblement mauvais.
« Je n'en doute pas une seule seconde. » Sa réponse dégoulinait d'un cynisme que Newt commençait à détester. « Dans ce cas, nous nous revoyons demain matin à l'aube pour notre départ. Profitez bien de votre journée, Scamander. »
L'anglais se sentit bouillir, mais n'explosa pas. S'il osait faire remarquer à Graves qu'il se comportait comme un enfoiré à cet instant, cela signifierait que l'américain avait gagné.
Il ressentit une certaine empathie pour Picquery à cet instant. Il n'y avait véritablement aucun moyen de venir à bout du directeur et Graves ne cessait de le démontrer. Newt ne put s'empêcher de se dire que la route vers son cœur serait longue. Peut-être même trop longue pour lui.
Il chassa ces pensées de son esprit et s'éclipsa du bureau de l'américain sans lui adresser le moindre mot. Il avait pris l'habitude d'être laissé sur une mauvaise et note, il s'en était accommodé. Graves était ce qu'il était et il ne voulait pas le changer.
Ce dont il avait besoin à cet instant était d'avoir les idées claires. D'être sûr de lui. Il ne savait pas encore combien de temps ce processus lui prendrait, s'il lui serait douloureux ou non.
Et alors qu'il était perdu dans le fil de ses réflexions, il entendit une voix familière appeler son nom.
« Newt ? Newt tu vas bien ? » Demanda Tina, son habituel air inquiet suspendu au visage.
L'anglais tenta un sourire.
« Excuse-moi, Tina. J'étais ailleurs. » Murmura-t-il, avec une douceur qui ne trompa pas l'auror. Elle n'en démordit pas.
« Tu sais que tu peux me parler. » Elle posa une main réconfortante sur l'épaule de son ami avant de se retirer, s'étant subitement souvenue du fait que Newt n'aimait pas vraiment le contact. « Désolée. » Et l'anglais secoua doucement la tête, comme pour qu'elle comprenne qu'il ne lui en voulait pas le moins du monde.
Quelque-chose lui revint à cet instant, et cette pensée lui fit l'effet d'une véritable douche froide. Son attention avait été drainée par les évènements récents et le directeur, si bien qu'il avait platement oublié son amie. Qu'il avait oublié qu'il devait des excuses, des explications, et probablement bien d'autres choses à cette dernière.
La brune ne broncha pas. Elle sentit dans les yeux de Newt qu'il était incertain – et même si elle ne savait pas combien de temps ce dernier prendrait à se confier, ça ne la dérangerait pas. Elle attendrait. L'anglais comptait infiniment pour elle. Il était l'un des premiers à avoir osé s'aventurer derrière ce masque de mauvaise humeur et farouche qu'elle portait, et ne l'avait jamais détestée malgré ses erreurs passées.
« Il y a quelque-chose que tu mérites de savoir. » Commença-t-il. Son ton était anormalement sombre, sa voix hésitante et ses gestes tremblants. Quelque-chose qu'il avait peur de lui annoncer, quelque-chose qui semblait l'affecter à elle tout autant qu'à lui. « Je suis terriblement désolé de ne pas… De ne pas avoir eu le courage de te parler de ceci plus tôt. Si tu préfères prendre tes distances après… Après notre discussion. » Un long soupir qui témoignait d'une profonde culpabilité s'échappa de ses lèvres. « Je te comprendrais. »
L'américaine fronça les sourcils et posa ses manches sur ses hanches, l'air dubitative. Son impatience prenait doucement le dessus et Newt tournait autour du pot.
« Viens en au fait. »
« Si je ne suis jamais venu te donner l'exemplaire de mon livre en mains propres... » Le cœur de l'auror s'emballa, comprenant doucement sur quel terrain Newt était en train de glisser. « C'est parce que je ne voulais pas que tu te forges de faux espoirs. Je ne partage pas les mêmes sentiments naissants que toi. » Les mots semblaient se frayer péniblement un chemin jusqu'à la barrière de ses lèvres tandis qu'il semblait chercher la meilleure façon de s'exprimer, de ne pas blesser son amie tout en restant honnête. « Je… Peut-être ai-je mal interprété tout ceci mais… »
Un sourire se dessina sur les lèvres de Tina, et la surprise le coupa dans l'élan de sa phrase.
« Si tu ne veux plus m'adresser la parole ou que tu me hais, je… »
« Newt. » L'interrompit-elle, avec un calme et une douceur qui rendit l'anglais presque méfiant. « Je n'ai pas l'intention d'arrêter de te parler, Mercy Lewis, je ne te hais pas. » Il sentit un poids s'enlever de son estomac mais ne cria pas encore victoire. Il attendit caché par les centaines de mèches rousses désordonnées que l'auror continue. « Vous n'êtes pas particulièrement discrets. »
Newt se figea.
Il s'agissait très probablement là de la pire issue qu'il avait pu imaginer pour cette discussion.
Tina savait. Il nia en bloc, secouant vivement ses mains mais le fard sur ses joues trahissait la vérité.
« Je… Je n'ai pas la moindre idée de ce que tu veux dire Tina, je-… »
« Détends-toi. » Elle croisa les bras. « Je n'ai pas l'intention d'en informer l'intégralité du MACUSA. Je n'aurais pas attendu que tu viennes te confier à moi pour cela sinon. » Elle haussa doucement les épaules et arbora une mine désolée. « J'avais déjà des doutes depuis l'article de Miraphorumus, mais c'est Queenie qui me l'a dit. »
L'anglais prit sa tête entre ses mains. Évidemment. Comment avait-il pu ne pas y penser ? Queenie était Legilimens et avait indubitablement entendu le fil de ses pensées.
« Est-ce que… » Sa question sembla urgente, plus que toute autre pensée cohérente qui semblait se former dans son esprit. « Est-ce qu'elle t'a explicitement dit ce qu'elle a entendu ? »
« À vrai dire… » Elle pinça ses lèvres. « Ce n'est pas toi qui le lui a appris, mais le directeur Graves. Et si cela peut te rassurer, non. Queenie n'est pas indiscrète malgré elle. Elle avait simplement besoin de se confier à quelqu'un, j'imagine. Tu ne peux pas lui en vouloir. »
Newt entrouvrit doucement la bouche, surpris par la révélation que la brune venait de lui faire. Si quelque-part il était soulagé de savoir que la Legilimens n'avait pas entièrement inclus sa sœur dans la confidence pour ne pas violer l'intimité du directeur plus qu'elle ne l'avait déjà été par son pouvoir, il sentit une pointe de frustration dans sa poitrine.
Il ne l'admettrait sûrement jamais et se sentit honteux alors que la pensée ne faisait que le traversait, mais il aurait aimé savoir ce que cette dernière avait entendu dans l'esprit du directeur. Newt était bien conscient qu'il s'agissait là de curiosité particulièrement mal placée. Alors il garderait cette dernière pour lui. La seule personne qui était en droit de répondre à ces questions était Graves, et pas Queenie ni Tina.
Aussi impressionnant le directeur se voulait-il, il était clair qu'un seuil avait été franchi entre l'anglais et lui. Un seuil qui permettait à Newt d'exprimer sa franchise sans avoir peur de le froisser. Et il était parfaitement au courant que c'était un privilège que Graves lui avait octroyé sans broncher. Pour une raison qui lui paraissait plus claire aujourd'hui, mais qui restait le nœud du chaos entre eux.
« Je… » Il soupira. Tina était son amie. Et malgré la confiance qu'il avait en elle, quelque-chose l'empêchait de confier cette partie peut-être un peu trop personnelle de lui-même. « De toutes façons, il n'y a rien de concret. »
Elle arqua un sourcil, à la fois curieuse et perplexe.
« J'ai du mal à y croire. »
« Que je le veuille ou non, moi aussi j'ai du mal à y croire Tina. » Son ton témoignait de sa frustration et sa réponse étonna encore plus l'auror qui voulait désormais définitivement plus de détails, bien qu'elle n'osa pas explicitement poser de questions pour le moment. Expliquer à Tina que Graves le rejetait depuis quelques semaines parce qu'il était convaincu qu'une relation de la sorte lui apparaîtrait comme une faiblesse bien visible de Grindelwald s'avéra plus compliqué que prévu.
En fait, plus Newt y pensait, plus il avait de mal à y croire lui-même.
« Faites attention. » Elle l'avertit, un sourire contrarié aux lèvres. « Je ne te force pas à me parler de tout ça, je vois bien que c'est un sujet sensible pour toi mais… Picquery et Fawley se doutent de quelque-chose. L'article de Miraphorumus et son comportement n'ont pas aidé. »
« Son comportement ? » Newt était habituellement celui sur lequel on lisait comme dans un livre ouvert. Il se savait beaucoup trop émotif pour le nombre de mots qu'il osait adresser aux inconnus.
Tina lui répondit par un rire espiègle.
« La façon dont il te regarde et son attitude lorsque tu es dans les parages est chaotique. » Elle pencha doucement la tête sur le côté. « Travers n'a pas arrêté de se plaindre depuis le jour où il a osé s'interposer entre lui et toi. Je n'étais même pas là, mais vos noms sont sur toutes les bouches du ministère anglais. »
Ce n'était pas bon signe. Newt n'avait que faire de ce que les gens pouvaient dire de lui, mais il savait que Graves accordait une profonde importance à sa réputation. Et il y avait Theseus. Si son frère venait à apprendre une telle chose, il savait qu'il serait confronté à peut-être bien pire qu'une simple dispute.
Ce n'était pas tant le genre de la personne qui lui poserait problème, mais plutôt le fait qu'il considérait toujours Graves comme un traître. Il essayait de se voiler la face et d'être plus clément en sa présence – et Newt lui en avait été terriblement reconnaissant – mais une relation de la sorte était à des kilomètres d'une simple amitié.
De toutes façons, tout ceci était faux, pensa l'anglais.
Ce n'était que des rumeurs, et s'il s'était d'abord inquiété du fait que Tina soit au courant, il finit par se sentir soulagé d'avoir soutien.
« Je ne suis pas en retard. C'est vous qui n'êtes pas précis. »
« L'aube, Haddad. » Railla le directeur, déjà de mauvaise humeur. « Le soleil est déjà levé depuis deux heures. »
« C'est ce que je dis. » Un sourire narquois naquit sur ses lèvres. « Je ne peux pas savoir à quelle heure le soleil va se lever, une heure aurait été plus avisé de votre part. »
« Pourrions-nous simplement y aller ? » Demanda Newt, lassé de l'éternelle escarmouche qu'ils se livraient. Les deux hommes du MACUSA se tournèrent vers Scamander, dont la voix s'était presque brisée dans la demande. L'anglais s'attendit à du mépris, mais…
« Il a raison. » Haddad se rangea étonnamment de son côté. « À moins que vous ne vouliez reporter notre voyage à demain, histoire que j'arrive à l'heure, directeur ? »
Graves serra sa mâchoire et soupira en posant sa main sur le portoloin. Il fronça les sourcils, visiblement prêt à rétorquer quelque-chose d'encore plus tranchant mais se tut. Son attitude contradictoire attira l'attention de Scamander et son regard finit par se poser sur lui.
Cette excursion allait s'avérer bien plus compliquée qu'il ne pouvait l'imaginer.
Et voilà pour le chapitre 21, j'espère qu'il vous a plu.
La discussion avec Tina que certains attendaient est enfin arrivée, et on a un vrai aperçu de l'auror en chef du MACUSA ahah. J'aime bien cet OC, alors vous allez pas mal le revoir avant la fin (parce que oui, nous approchons doucement de la fin, même si ce n'est pas pour tout de suite).
N'hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé et à Samedi prochain !
