Disclaimer : Je ne tire aucun bénéfice de l'écriture de cette fiction, si ce n'est un immense plaisir. Shingeki no Kyojin appartient à ce cher Hajime Isayama, et le scénario de cette fiction sort de ma tête. Il est donc un peu poussiéreux.

Bonsoir, tout le monde ! Tout d'abord, bonne année à tous ! Je vous souhaite à chacun d'entre vous de rester en bonne santé, d'avoir des projets et des rêves pour l'avenir mais surtout de savoir apprécier tout ce qui passe à votre portée. Je vous souhaite aussi, dans les moments les plus durs, d'avoir la force de pas abandonner.

A ce propos, j'ai été comblée par les messages que j'ai reçus de votre part. Je les ai lus peut-être dix fois chacun et ils ont été comme une bouffée d'espoir à chaque fois. Aussi, je suis désolée de ne publier ce chapitre « que » trois mois après mais entre un gros voyage que j'ai fait à la fin de l'année puis Noël, j'ai manqué de temps. Quoiqu'il en soit, je vous remercie du fond du cœur et je m'en souviendrai longtemps. Grâce à vos reviews, j'ai réalisé que je n'étais pas aussi seule que je le pensais.

Je ne promets absolument rien à personne, mais pour le moment j'ai réussi à établir un rythme d'écriture régulier et je suis assez motivée. J'aurais dû me douter que je n'étais pas encore prête à renoncer. On verra bien combien de temps ça dure. Je préfère ne pas m'avancer plus pour le moment.

Il se passe énormément de choses dans ce chapitre alors je compte sur vous pour cogiter et me donner vos impressions ! Reviews anonymes et on se retrouve en bas pour le questionnaire. Bonne lecture !

Résumée des chapitres précédents : En rentrant comblé du réveillon qu'il a passé chez les Jaeger avec Kenny, Levi se fait agresser pas trois individus sur le chemin de sa maison et se retrouve sérieusement balafré au visage. Devinant qu'il est indirectement responsable de cet accident, Kenny est furieux contre lui-même et prend la décision de changer de vie. De leur côté, Eren et toute la clique sont invités à fêter le nouvel chez Christa Lenz, où une série d'évènements va ponctuer la soirée : entre autres, la découverte par Armin d'une mystérieuse jeune fille malade cachée à l'étage et les étranges avances de Christa envers Eren. Dans un autre registre, un Levi très saoul s'enferme avec Eren dans la salle de bains et qu'a-t-il bien pu se passer là-dedans ?

Réponses aux reviews anonymes :

B : Bonsoir ! Je te remercie d'avoir pris la peine de me laisser un petit mot. C'était concis mais lourd de sens, je suis touchée et j'espère ne pas te décevoir avec la suite.

Rey : Salut ! Je te remercie d'avoir laissé un petit message, et encore plus d'avoir insisté sur le fait que le choix me revenait. Comme tu peux le voir j'ai pour le moment choisi de continuer, nous verrons bien ce que réserve l'avenir. Bonne lecture !

Camille : Merci beaucoup Camille ! Voici la suite.

Hikari2309 : Salut Hikari et merci infiniment pour cette belle review ! C'est toujours spécial pour moi d'avoir un mot de quelqu'un qui me suit depuis longtemps. C'est rassurant, d'un côté. Je te promets de toujours faire de mon mieux à l'avenir, et nous verrons bien où cela nous mène. Je suis infiniment touchée par ta promesse, même si mon but n'a jamais été de forcer mes lecteurs à laisser des reviews. J'espère que ce chapitre te plaira !

Moon : Moon, quel essai tu m'as laissé là ! Ouah ! C'est fou le bien que ça m'a fait de recevoir des réactions de ce genre. J'avais l'impression d'être seule à publier cette histoire avec personne pour lire de l'autre côté, et quand je vois ça, je réalise à quel point j'avais tort. Ton commentaire est d'autant plus précieux pour moi en sachant que tu n'as pas pour habitude de reviewer. Sache que ta voix a compté. Je ne peux répondre un pavé ici mais j'ai lu ce que tu m'as écrit attentivement, et j'y ai réfléchi. Merci pour ton soutien, je te souhaite de bien profiter de ce chapitre.

Rshi : Une autre ancienne, je peine à le croire ! Je te remercie mille fois d'avoir donné une seconde chance à mon histoire. J'espère que les chapitres qui sont sortis depuis ta première lecture ont été à la hauteur de ce que tu attendais et que tu continueras à me lire. Merci en particulier d'avoir souligné un point que, si je me souviens bien, tu es la seule à avoir abordé : de nouveaux lecteurs arrivent régulièrement. Je ne dois pas les décevoir non plus. Chère Rshi, ce chapitre est là en partie grâce à toi.

Chapitre 20 : Les prédateurs

Le jour tant redouté de la rentrée des classes finit par arriver et les étudiants de Trost reprirent leur studieux quotidien bon gré mal gré.

A l'approche du bac blanc, les enseignants semblaient s'être concertés pour surcharger l'emploi du temps de leurs élèves le plus possible et la première semaine se déroula sous une telle averse de travail et de révisions qu'Eren la vit à peine défiler. Il passait ses soirées à faire ses devoirs avec sa sœur, et tous les matins arrivait en cours quelques secondes à peine avant la sonnerie – la moindre minute de sommeil était précieuse – pour se voir gratifié d'une nouvelle montagne de travail.

Cette routine lui laissait tout juste le temps de voir ses amis : il ne voyait Armin que le soir, lorsque celui venait travailler avec eux à la maison, et avait à peine aperçu Petra depuis la reprise des cours. Quant à Levi, ils se croisaient en coups de vent dans les couloirs et s'envoyaient des messages le soir venu mais le petit brun, fatigué de son travail au café, s'endormait généralement au bout de quelques échanges.

La vie d'Eren, en quelques jours, avait acquis un rythme plus soutenu qu'il ne l'avait jamais été jusqu'à présent : jongler entre le travail et sa vie personnelle exigeait la totalité de son temps et il ne pouvait se permettre de se laisser distraire par les intrigues qui pimentaient son quotidien depuis quelques temps, à savoir l'affaire Annie, mais également les cachoteries de Reiner et Berthold, et depuis peu, l'étrange comportement de Christa. S'il n'avait pas eu le temps de se pencher à nouveau sur le cas de ces quatre personnages plus suspects les uns que les autres, tous ces mystères n'en demeuraient pas moins obstinément logés dans un coin de sa tête.

La priorité lui semblait évidemment être Annie. Le jeune allemand ne lâcherait pas l'affaire tant qu'il aurait des raisons de croire qu'elle était impliquée dans l'agression de Jean. Pourtant, quand il repensait à la violence des propos tenus par Reiner et Berthold, il ne pouvait s'empêcher de penser qu'il y avait peut-être là de plus grandes raisons de s'inquiéter. Il n'avait pour le moment parlé à personne de l'échange surpris dans les vestiaires et n'avait pas l'intention de le faire. On ne le prendrait pas au sérieux, de toute façon. En revanche, après avoir relaté sa mésaventure avec Christa à Mikasa et Armin, ils avaient pris la décision de ne rien faire de particulier à ce sujet et d'attendre de voir comment la situation évoluerait. La seule chose qui lui importait était que Levi n'en eut jamais vent. Le seul aspect au sujet duquel le trio hésitait encore était l'existence de cette mystérieuse jeune femme aperçue chez les Lenz, le soir du nouvel an. Après plusieurs concertations, c'était Armin qui avait apporté une réponse temporaire. « Ne faisons rien pour l'instant », avait-il déclaré, « je vais me renseigner de mon côté ». Son ton avait semblé si déterminé que même Mikasa ne s'était pas opposée à cette décision.

Le dernier jour de la semaine, Hannes passa dans les classes de terminale pour avertir les participants au concours d'une réunion improvisée en fin de journée. Son ton mystérieux laissait entrevoir une nouvelle importante, condamnant les concernés à trépigner tout le reste de la journée.

Le soir finit par arriver, et tandis que les flocons continuaient d'entretenir le manteau blanc qui recouvrait le sol depuis plus d'une semaine, les élèves quittaient avec soulagement l'enceinte du lycée pour disparaître derrière le rideau obscur de la nuit, du vent et de la neige. Eren, qui sortait en retard de son cours de sport pour avoir trop trainé sous la douche, slalomait à contrecourant entre les élèves pour rejoindre la salle de rendez-vous dans le bâtiment principal. Tandis qu'il grimpait quatre par quatre les derniers escaliers, le visage sévère de l'une des surveillantes apparut en haut des marches.

« - Jaeger ! s'égosilla-t-elle en venant se poster devant lui, les bras croisés. On ne court pas dans les couloirs !

Forcé de piler pour ne pas la percuter, le jeune homme se mit à piétiner le sol avec agacement.

- Mais j'ai rendez-vous avec Hannes et Shadis pour le concours ! Et je suis en retard !

- On dit monsieur Hannes et mons… avec Shadis ?

Son visage se décomposa et elle s'écarta brusquement du passage.

- Qu'est-ce que tu fais encore là ? Dépêche-toi ! Cours, vole ! »

Sans se faire prier, Eren détala en trombes jusqu'à la classe A. La salle de classe des élèves de terminale A avait beau être agencée et meublée de façon identique à celle des terminale B, elle ne lui ressemblait pas du tout et Eren préférait largement les heures de cours qui s'y déroulait. En effet, elle avait pour elle une propreté irréprochable – car majoritairement occupée par des élèves qui prenaient le planning de ménage au sérieux –, un ordre parfait, une décoration soignée – la notion même de décoration était inexistante chez les B – et une ambiance studieuse telle qu'on ne trouvait nulle part ailleurs dans le lycée, ce qui n'était pourtant pas faute d'essayer.

Pris dans sa précipitation, il ouvrit la porte à la volée et les six têtes des autres participants se tournèrent vers lui, surprises. Devant le tableau, les deux professeurs le toisaient eux aussi, visiblement au comble de l'exaspération.

« - Eren – débuta Hannes.

En bafouilla quelques excuses, l'adolescent referma la porte, et y frappa trois coups. Il lui sembla presque entendre le soupir de Shadis à travers le panneau de bois.

- Entre, crétin ! cria la voix de ce dernier.

Eren s'empressa d'obéir, jugeant s'être assez fait désirer. La tête rentrée dans les épaules, il s'empressa de se faufiler devant ses professeurs pour se précipiter sur la première place vide qui se présenta à lui. Il sortit en hâte une feuille et un stylo et lorsqu'il leva les yeux vers la personne qui occupait la chaise voisine, il avisa Christa et retint un juron. Un rapide coup d'œil l'informa que Levi se trouvait assis derrière lui, en compagnie d'Armin et Marco. Il pria pour que la jeune fille n'évoquât pas l'étrange attitude qu'elle avait eue avec lui le soir du nouvel an. Le bougre avait l'ouïe fine.

- Coucou, Eren, lui glissa-t-elle comme pour le narguer, en le regardant avec les yeux les plus innocents du monde.

Difficile d'en vouloir à ces yeux là, mais il y avait tout de même quelque chose d'étrange dans cette histoire. Néanmoins, il fut dispensé de répondre par Hannes qui reprit rapidement la parle.

- Bien. Pardonnez-moi de vous avoir réunis au dernier moment, mais comme vous l'avez certainement deviné, il y a quelques heures nous avons enfin reçu l'information que nous attendions tous depuis des mois.

Le professeur s'appuya contre son bureau et croisa les bras, promenant son regard sur l'ensemble des élèves, comme pour créer un effet dramatique qui manqua de faire ricaner Eren.

- La problématique du concours a été officiellement annoncée à tous les lycées concernés.

Aussitôt, la petite assemblée se fit plus concentrée. Autour de lui, Eren sentit ses camarades se redresser sur leurs chaises et s'immobiliser. Il se prit lui-même au jeu, attendant avec impatience que Hannes daignât cracher le morceau.

- Vous le savez, reprit ce dernier, chaque édition du concours se déroule autour d'un thème, lui-même resserré autour d'une problématique. Le travail et le rendu qui sont attendus peuvent varier selon ces conditions. Il peut s'agir d'un exposé, d'un texte, d'une invention, d'une présentation orale, de quoique que ce soit qui prouve que l'enseignement de Trost est d'une qualité optimale et que vous comme votre établissement méritez cette bourse.

L'enseignant se redressa et commença à faire les cent-pas devant son auditoire.

- L'année dernière, par exemple, le thème était la géologie, et la problématique était « la survie en situation hostile ». L'année d'avant, le thème était la littérature, et la problématique était « l'utilité de la catharsis ». Il y a eu des éditions particulièrement difficiles, comme celles des années où nous sommes tombés sur la robotique et l'histoire européenne.

A l'évocation de ces souvenirs, l'ensemble des élèves fit une grimace douloureuse, à l'exception d'Eren et d'Armin qui regardèrent leurs amis d'un air confus. Hannes approuva d'un hochement de tête navré avant de reprendre :

- Mais cette année, la difficulté est d'une toute autre nature. Déjà parce que le thème est vague : « interprétation libre », et contrairement aux autres thèmes jusque-là, il ne donne aucun indice sur la forme de rendu qui est attendue. Mais également parce que la problématique que nous avons reçue aujourd'hui n'est pas de nature à nous éclairer.

Sur ces mots, Hannes s'approcha du tableau, et à l'aide d'un feutre, mit fin au suspense. Lorsqu'il s'écarta, tout le monde put enfin découvrir l'énoncé qui allait être la source de tous leurs tourments dans les mois à venir.

« Deux lettres ».

- Deux lettres ?! s'exclama Jean. C'est même pas une problématique !

- Ça ne veut rien dire ! renchérit Sasha.

Cette fois-ci, ce fut Shadis, jusque-là silencieux, qui prit la parole.

- Les élèves ont tendance à considérer les contraintes imposées et la délimitation d'un thème comme une difficulté supplémentaire, mais vous allez vite vous apercevoir que l'absence de limites peut être la pire des difficultés. A partir d'aujourd'hui, vous allez devoir avancer à l'aveuglette, et ce jusqu'au concours, sans même savoir si vous êtes à côté ou dedans.

Comme les étudiants le dévisageaient d'un air ébahi, il ajouta :

- Il va falloir vous débrouiller avec ça, et vous serez tout seuls sur le coup.

Hannes, debout à côté de lui, lui envoya un coup de coude dans les côtes et s'empressa de rassurer les troupes.

- Bien sûr, nous serons là pour vous aider ou vous conseiller, nous et tous les autres professeurs, mais vous devez comprendre que nous n'en s'avons pas plus que vous. Je le répète, c'est la première année qu'ils nous font ce coup-là.

Il fit une pause pour leur distribuer à chacun une copie du document transmis par les organisateurs du concours puis revint à sa place.

- Cette édition est différente, continua-t-il : elle est le résultat d'un message que veulent faire passer les représentants de l'éducation en charge de ce concours : il faut arrêter de mettre certaines disciplines sur un piédestal au détriment d'autres domaines qui méritent également de la reconnaissance. A titre moral bien sûr, mais leurs motivations sont aussi beaucoup plus matérielles : certaines voies d'études sont trop engorgées, les bourses sur-convoitées et les fonds épuisés, tandis que d'autres secteurs désespèrent d'arriver à recruter de nouvelles têtes. En particulier au Japon, où la pression d'un parcours étudiant exemplaire pèse très lourd sur les épaules des jeunes, et je suppose que c'est pour cela que ce concours, qui comme vous le savez concerne les établissements d'expatriés uniquement, se montrent précurseurs dans le domaine. Ils se basent certainement sur ce qui se passe dans certains de vos pays natals.

Sa tirade achevée, il observa un instant ses élèves.

- Vous avez des questions ?

- Oui ! s'exclama aussitôt Jean. Rassurez-moi : c'est une blague ?

- Calme-toi, lui souffla Armin.

Hannes se contenta de pousser un soupir amusé.

- Vous en êtes capables. N'oubliez pas que l'on vous a choisis parmi des dizaines de candidats. Et on ne vous a pas choisis pour rien : on l'avait senti arriver, cette évolution dans la façon d'aborder le concours.

Derrière lui, Eren entendit Levi glisser à Armin : « Il veut certainement dire qu'ils ont une source parmi les organisateurs qui leur a filé le tuyau », et retint un ricanement.

- Vous avez le profil qu'il faut. Ayez confiance en vous et en vos capacités. Pour l'instant, vous êtes un peu déboussolés, c'est normal. Personne ne s'attendait à ça. Prenez le temps d'assimiler le thème, essayez de trouver des liens et des déclinaisons possibles et de voir ce que vous pouvez faire avec. Si vous avez besoin de ressources et de soutiens particuliers, contactez-nous.

- Est-ce qu'il sera possible d'avoir des heures de cours particuliers selon le thème qu'on souhaite creuser ? demanda Christa, aussitôt accompagnée d'un murmure d'approbation général.

- Bien sûr, on fera ce qu'on peut pour vous aider.

Levi prit la parole, et Eren se fit la réflexion qu'à une époque, il n'aurait jamais cru, même en le voyant, que le petit brun fut à ce point capable de s'adapter à ce groupe si peu orthodoxe.

- Comment va se dérouler l'échéancier à partir de maintenant ?

Hannes décroisa ses bras et ouvrit son agenda.

- Le concours aura lieu à la fin de l'année scolaire. Ça, c'est une certitude, énonça-t-il. Pour les étapes intermédiaires, on va fixer plusieurs réunions de bilan ensemble, et à vous de vous organiser concernant les réunions et sessions de travail, du moins pour le début. Pour les heures de cours, on verra ça quand vous aurez déterminé vos besoins.

Levi se leva aussitôt.

- On va fixer la première réunion immédiatement, proposa-t-il, ce sera fait. »

Le petit groupe passa donc le reste de la réunion à organiser les rencontres futures, et se mit d'accord pour fixer une première rencontre la semaine suivante. L'échéancier était léger au début, pour ne pas empiéter sur les révisions du bac blanc, mais s'alourdirait considérablement dans les mois à venir.

A l'issue de la réunion, les deux enseignants leur souhaitèrent bon courage et prirent congé, mettant tout le monde dehors au passage. Dans le hall d'entrée du lycée, Eren écoutait d'une oreille distraite Jean et Marco qui discutaient d'un jeu vidéo qu'ils avaient reçus à Noël, tout en surveillant Levi qui conversait avec Petra et Armin. Lorsque son petit ami fit mine de partir, il voulut le héler mais fut interrompu à ce moment-là par Christa qui descendait les escaliers.

« - Eren, attends, s'il te plaît !

La jeune fille gravit les dernières marches et le rejoignit en trottinant. Par-dessus son épaule, il avisa Armin et Levi qui l'observaient d'un air interrogatif et leur fit signe de ne pas l'attendre.

- Je ne te dérange pas, j'espère ? demanda la petite blonde en serrant la bandoulière de son sac entre ses mains.

- Euh… non, non, répondit-il avec hésitation. J'allais rentrer, mais… Je peux t'aider ?

Il n'avait pas reparlé à la jeune fille depuis l'incident du soir du nouvel an. Il l'avait seulement croisée quelques fois entre deux cours, mais elle s'était contentée de lui sourire et de le saluer comme si rien d'anormal ne s'était passé entre eux. Il avait plusieurs fois songé à lui envoyer un message mais s'était toujours ravisé au dernier moment.

Contre toute attente, elle venait à présent le trouver, allant jusqu'à l'interpeller devant Levi et ses amis. Elle sembla d'ailleurs ravie de sa question et lui demanda aussitôt :

- J'ai un peu peur de marcher dans la rue toute seule, ce soir. Tu veux bien m'accompagner jusqu'à la bouche de métro ?

Il savait qu'elle mentait – une voiture de l'empire Lenz venait toujours la chercher à la sortie des cours – et devinait qu'elle ne cherchait même pas à le cacher. Elle cherchait certainement à l'attirer à l'écart pour lui parler, ce qu'il apprécia.

- Bien sûr, après toi.

Ils s'engagèrent en silence dans la rue enneigée. Tandis qu'il envoyait un message à sa sœur, son esprit tournait à toute allure.

Après avoir passé le reste des vacances à réfléchir au comportement troublant de la jeune fille et à essayer de déchiffrer ses énigmatiques paroles, il avait eu le temps de digérer la chose et n'était plus vraiment en colère. Il supposait que tout ceci ressemblait avant tout au cri désespéré de quelqu'un qui se sentait délaissé. Il était vrai que depuis sa dispute avec Ymir et le commencement de sa relation avec Reiner, elle s'était plutôt isolée, sans compter que l'attention générale avait tendance à graviter autour d'Eren et de Levi. Il resterait néanmoins sur ses gardes aussi longtemps qu'il n'y verrait pas plus clair.

- J'ai menti, déclara soudain Christa d'un air parfaitement naturel, dès qu'ils furent suffisamment éloignés.

- Je sais.

Ils tournèrent à l'angle de la rue. La station de métro n'était qu'à une centaine de mètres.

- Qu'est-ce que tu veux tant me dire sans que les autres l'entendent, Christa ?

La petite blonde esquissa le sourire de celle qui s'avoue démasquée et saisit le bras d'Eren pour marcher à son rythme. Petra avait déjà eu ce geste envers lui des dizaines de fois, mais venant de Christa, il lui inspira le même malaise alarmant que la dernière fois qu'elle l'avait touché. Il se raidit aussitôt.

- Je tenais à m'excuser pour mon comportement de l'autre soir. Je vois bien que je t'ai effrayé et cette nouvelle distance entre nous me rend triste. Pour tout te dire, je me sens vraiment très seule en ce moment, avec tout ce qui s'est passé. Et comme tu es le seul à t'être aperçu que quelque chose n'allait pas, j'ai cru que…

Elle laissa sa phrase en suspens et leva de grands yeux vers lui. Eren sentit aussitôt la culpabilité s'emparer de lui.

- Ce n'est pas grave, Christa. C'est oublié. Ça arrive à tout le monde de faire une bêtise, et le champagne n'aide pas, ajouta-t-il en plaisantant.

- Non, j'insiste, continua la jeune fille. C'est vrai que ce n'est pas facile pour moi en ce moment, mais tu n'avais pas à le subir de cette façon. Et j'ai tenu des propos très mesquins, aussi. Je suis désolée.

Ils arrivèrent devant la bouche de métro et se firent face pour se saluer.

- N'en parlons plus, déclara Eren en souriant.

- Je te promets de redevenir la gentille Christa dont tu as l'habitude, jura-t-elle en saisissant délicatement la cravate de son uniforme. Du moins, tant qu'il y aura des témoins autour.

Eren mit quelques secondes à assimiler ce que sa camarade venait de lui dire.

- Attends, quoi ?

La main qui tenait sa cravate se serra soudainement autour du morceau de tissu et Christa le tira brusquement à sa hauteur.

- Oui… Je suis vraiment, vraiment désolée que mon comportement de l'autre soir t'ait choqué, Eren… parce que ce n'est que le début, acheva-t-elle froidement.

Elle posa des lèvres agressives sur sa bouche et il se dégagea brusquement, reculant de plusieurs pas.

- Pourquoi est-ce que tu fais ça ?! s'exclama-t-il, outré.

La petite blonde émit un petit gloussement amusé avant de répondre :

- Mais je viens de te le dire ! Pauvre Christa se sent très seule –

- Non, l'interrompit-il d'un ton hostile. Qu'est-ce que tu veux vraiment ?

A sa grande surprise, toute trace d'amusement disparut du visage de son interlocutrice et son regard se fit encore plus noir que le sien.

- Tu ne comprendrais pas, vociféra-t-elle. Sache simplement que je l'obtiendrai. Tu viendras à moi, Eren… D'une façon ou d'une autre. »

Sur ces mots, elle lui envoya un baiser de la main et disparut dans les escaliers conduisant à la station. Eren resta choqué quelques secondes, l'esprit à l'arrêt. Puis, réalisant ce qui venait de se produire, il s'empressa de regarder partout autour de lui pour vérifier qu'aucune personne de sa connaissance ne se trouvait dans les environs ni n'avait été spectatrice de la scène. Une fois rassaini, il enfonça ses mains dans ses poches et s'engagea sur le trajet de la maison.

Dans sa tête, le verdict était sans appel : Christa représentait à présent une menace dont il devait se tenir le plus éloigné possible. Il ne souhaitait plus chercher à comprendre quoi que ce soit, seulement à préserver sa relation avec Levi qu'elle semblait avoir subitement décidé de mettre en péril. Mais pourquoi ? Que diable pouvaient être ses véritables motivations ? Et malgré sa détermination à couper les ponts avec la petite blonde, une autre question le taraudait, le tiraillant entre regrets et déception : cette attitude était-elle le véritable visage de Christa que la jeune fille leur aurait caché jusque-là, ou bien quelque chose s'était-il produit qui l'avait conduite à perdre la tête ?

Son cheminement de pensée se mua en inquiétude, mais il se ressaisit vite. Mikasa et Levi ont raison, soupira-t-il intérieurement, je suis trop bonne poire. A partir d'aujourd'hui, je dois garder mes distances, un point c'est tout. Sinon, ça va encore me retomber dessus.

Il décida, pour le moment, d'ignorer la petite voix dans sa tête, qui susurrait : « Oui, mais… ? »

Les rues étaient calmes, ce soir-là, et le vent glacial. Il croisa peu de passants sur le trajet du retour. Il faisait sombre, et les gens marchaient d'un pas hâtif, pressés de rentrer chez eux. Tandis qu'il s'approchait de chez lui, Eren était si profondément perdu dans ses pensées qu'il mit un moment à s'apercevoir qu'une voiture le suivait. A vrai dire, il ne la remarqua que lorsqu'elle tourna pour la troisième fois dans la même rue que lui. Il s'agissait d'un gros break noir aux phares aveuglants. Aucun de ses voisins n'avait un tel véhicule. Bizarre, songea-t-il. Sûrement quelqu'un de perdu. Il tourna à nouveau à droite, et la voiture l'imita. Comme le doute s'insinuait progressivement en lui, il décida de s'arrêter, faisant semblant d'envoyer un message, pour voir ce qu'elle allait faire. Elle le dépassa lentement et continua jusqu'au bout de l'allée, où elle se gara devant une maison. Eren allait être obligé de passer devant. Prenant une grande inspiration, le jeune homme se remit en marche. La maison était tout près. Lorsqu'il passa au niveau de la voiture, il ne put se retenir d'y jeter un œil. A l'intérieur, un homme chauve de type caucasien et affublé de lunettes de soleil était en train de consulter son GPS, visiblement agacé par le petit appareil. Il ne lui prêta aucune attention. Eren poussa un soupir soulagé et reprit sa route. Toutes ces histoires me rendent parano.

Lorsqu'il arriva devant chez lui, son père avait déneigé leur allée. Il pénétra dans le jardin et s'arrêta pour retirer le surplus de neige de ses chaussures. Il se tourna pour fermer le portail, et ce faisant, aperçut distinctement le break noir passer devant la maison. Au volant, l'homme chauve le fixa attentivement l'espace d'un instant avant d'accélérer et de disparaître au bout de la rue. Figé en plein mouvement, Eren sentit un frisson glacé lui descendre le long de la colonne vertébrale. Alors, j'étais vraiment suivi ? se demanda-t-il avec une incertitude angoissée. Il ne pouvait pas en être sûr, et cela lui semblait tiré par les cheveux à première vue, mais quelque chose dans ses tripes lui disait que cet homme en avait réellement eu après lui.

Il bénit sa mère lorsqu'elle tapa aux carreaux pour l'appeler, le tirant ainsi de ses inquiétantes pensées. Dès qu'il entra, il fut aussitôt enrobé par une chaleur rassurante, une lumière tamisée et l'odeur du repas qui se préparait dans la cuisine. Tout va mieux, quand on rentre à la maison. Le jeune homme retira négligemment ses chaussures et posa son sac dans l'entrée. A l'étage, il entendait Mikasa discuter avec leur père d'un ton léger. Dans la cuisine, il trouva sa mère qui attendrissait de la viande avec un maillet. Dès qu'elle le vit, elle s'exclama :

« - Te voilà enfin ! Je commençais à m'inquiéter.

- La réunion a été plus longue que prévue, expliqua-t-il en se lavant les mains. Un coup de main ?

- Tu serais un amour si tu m'épluchais ça, dit-elle en désignant un tas de légumes posés sur le plan de travail.

Eren retroussa ses manches et se mit aussitôt au travail. Le silence régna dans la pièce quelques minutes jusqu'à ce que le jeune homme, qui était en train de s'acharner sur une carotte à la forme biscornue, se souvînt d'un détail qui remontait à plusieurs mois.

- Maman… Tu te souviens de la réunion parents-profs du premier trimestre ?

- Oui, pourquoi ?

- On avait croisé Christa Lenz et son père. Et tu m'avais dit que tu le connaissais.

- Je ne le connais pas très personnellement, rectifia aussitôt Carla en commençant à émincer sa viande. Je le connais comme je connais beaucoup d'habitants du quartier de Trost, simplement. On se croise à certaines occasions et je lui ai parlé plusieurs fois, mais ça s'arrête là. Ton père est plus familier avec lui, je pense.

- Qu'est-ce que tu peux me dire sur eux ?

- Et bien, les Lenz viennent de l'Europe de l'Est. Ils sont arrivés à Tokyo avant nous et ont fait fortune dans l'immobilier pour expatriés. Il domine le milieu depuis quelques années. J'ai toujours trouvé ça étonnant qu'un gaijin ait pu à ce point s'imposer dans l'économie locale, ajouta-t-elle d'un air songeur, mais je suppose que c'est justement ce rôle de tampon qui lui a permis de trouver sa place.

Le jeune homme se contenta de danser impatiemment sur ses pieds. Il savait déjà tout ça.

- C'est vraiment tout ce que tu sais sur eux ?

Carla posa un regard inquisiteur sur son fils.

- Pourquoi est-ce que tu t'intéresses tant à cette famille, d'un seul coup ?

Pour la première fois depuis le début de cette histoire, Eren décida de jouer la carte de l'honnêteté. Du moins, en partie.

- Quand nous sommes allés chez eux, pour le nouvel an, il y a eu des choses, des petits détails qui m'ont paru bizarres. Un peu comme quand on gratte la peinture et qu'on trouve de la pourriture dessous, tu vois ?

Sa mère se contenterait de ça pour le moment. Ses mots semblèrent d'ailleurs la faire tiquer et lorsqu'il leva les yeux vers elle, elle avait le regard lointain.

- Maman ? demanda-t-il au bout d'un instant.

La jeune mère posa son couteau et mit la viande à cuire. Elle la fit sauter à plusieurs reprises dans le wok, puis se décida enfin à reprendre la parole.

- J'ai eu une amie, il y a longtemps. Tu ne l'as pas connue, tu n'étais pas né quand je la fréquentais. Ton père et moi vivions une partie de l'année à Tokyo, mais nous ne nous étions pas encore établis définitivement. Elle s'appelait Alma. Et pour être tout à fait honnête, c'est à peu près tout ce que je sais d'elle.

Carla s'assit à table et croisa les mains devant elle.

- Elle était européenne, et je l'avais rencontrée à une des soirées de ton père. Nous avions tout de suite accroché et nous étions devenues des amies proches. Elle venait souvent me voir ici, à la maison – je suppose qu'elle habitait à Tokyo. Elle me sortait, me trainait faire du shopping…

Elle émit un petit rire nostalgique et Eren s'approcha, sa curiosité piquée.

- C'était quelqu'un de très secret, elle ne laissait filtrer que très peu d'informations à son sujet. Elle avait un caractère difficile à cerner et des zones d'ombres, mais c'était mon amie et elle était toujours très attentionnée envers moi. J'ai beaucoup apprécié sa présence, surtout à nos débuts au Japon où je n'avais personne pour me tenir compagnie.

Soudain, sa mère se leva et fit une chose qu'elle ne faisait que très rarement : elle servit un verre de vin.

- Et puis un beau jour, quelque chose a changé, poursuivit-elle en pianotant des doigts contre son verre. Son comportement est devenu étrange, elle était plus distante… Elle ne s'est jamais vraiment confiée franchement à moi, mais elle a laissé entendre des choses, elle a donné des indices. Et j'ai fini par comprendre qu'elle fréquentait un homme marié.

Carla se tourna de nouveau vers son fils.

- Et qu'elle était enceinte.

- Oh ! s'exclama le jeune homme, surpris.

Il réfléchit quelques secondes au rapport que cette histoire pouvait bien avoir avec les Lenz, et poussa une nouvelle exclamation de surprise.

- Attends. Cet homme, c'était… Rhodes Lenz ?!

La maman soupira.

- Ça non plus, elle ne me l'a jamais dit. Mais il y a des signes qui ne trompent pas. Il arrivait que je me rende avec elle à des soirées où il était présent, et à ce moment-là… Je voyais.

- Qu'est-ce qu'elle est devenue, après ?

- Ton père et moi sommes retournés en Allemagne quelques années pour motif familial.

- Motif familial ?

- Oui, sourit-elle. On essayait de t'avoir.

- Oh.

- J'ai toujours gardé contact avec elle, même si c'était très ponctuel. Et puis tu es arrivé, et je n'ai plus trop eu le temps songer à elle. Tu occupais une très grande partie de mes pensées, fit-elle en lui ébouriffant les cheveux.

Eren sourit malgré lui.

- Un jour, nous avons pris la décision de nous installer définitivement à Tokyo, en partie pour faciliter le travail de ton père. J'ai annoncé la nouvelle à Alma, mais je n'ai reçu aucune réponse.

Son regard se voila de tristesse.

- Quand nous avons emménagé, j'ai cherché à entrer en contact avec elle, mais elle était introuvable. Son appartement était occupé par d'autres personnes, sa ligne coupée, elle avait disparu. Je ne l'ai plus jamais revue et je n'ai jamais su ce qui lui était arrivé. Je me rassure à penser qu'elle est retournée en Europe pour y élever son enfant. Même si, tout au fond de moi, j'ai l'étrange conviction… qu'elle est morte.

- Morte ?! s'étrangla Eren. Mais pourquoi ?

- Peu de temps après, j'ai découvert que Lenz et sa femme avaient eu un enfant, la petite Christa. Alma était quelqu'un de passionné et d'impulsif. Je crains qu'elle n'ait pas supporté qu'il choisisse sa famille plutôt que celle qu'elle aurait pu fonder avec lui. Dès fois, je m'en veux de ne pas avoir été là pour m'apercevoir de tout ça plus tôt.

Elle resta un instant, les yeux dans le vague, puis sembla se réveiller en un sursaut. S'approchant de l'évier, elle y déposa son verre avant de lisser vigoureusement son tablier.

- Peu importe, le passé appartient au passé. J'espère seulement que je me fais des idées et qu'elle est quelque part, en forme. Et que son enfant est en bonne santé. Quoi ?

Eren observait sa mère, abasourdi. C'était la première fois que sa mère lui exposait des peurs et des regrets aussi profonds, et une partie de son innocence en était abimée. Il se fit cependant un devoir de la prendre dans ses bras et de la serrer contre lui.

- Ne t'inquiète pas, chéri, le rassura-t-elle en répondant à son étreinte. Tu sais bien comment est ta mère dès qu'elle boit un verre de vin.

Le jeune homme eut un petit ricanement et la relâcha.

- Je vais aller bosser un peu avant le dîner.

- Mmh.

Alors qu'il allait quitter la pièce, un autre souvenir remonta soudain à la surface de sa mémoire. Un détail survenu lors de la soirée chez les Lenz, qui, mis bout à bout avec ce que sa mère venait de lui raconter, lui glaça le sang jusqu'aux os.

- Maman… elle était comment, Alma ?

- Oh, c'était une très belle femme. Brune et mince, mais c'était surtout ses yeux qui la rendaient remarquable. Ils étaient bleu pâle, et son regard était saisissant comme de la glace.

Il hocha lentement la tête avant de quitter la cuisine d'un pas mécanique.

- D'accord, à toute à l'heure. »

Eren eut beau essayer de se concentrer autant qu'il put, penché sur son bureau, il ne parvint pas à effectuer le moindre travail. Son esprit demeurait choqué, et tournait en rond autour du souvenir de Christa, le soir du nouvel an, lui montrant le tableau de la maîtresse de son père en disant : « elle est morte il y a des années ».

XXX

La soirée avait été éprouvante pour Eren. Après le dîner, qu'il avait passé à ruminer ses idées noires, son pic de stress avait atteint un tel niveau qu'il s'était coincé le dos et avait dû laisser son père le masser avec une pommade appropriée. Mikasa, inquiète et toujours redoutablement perspicace lorsqu'il était question de son frère, l'avait pouponné toute la soirée dans l'espoir qu'il se confiât mais il n'avait rien laissé échapper. Ni à propos des complots de Christa, ni au sujet de l'individu qui l'avait suivi en voiture, ni même en ce qui concernait le très probable et triste sort de l'amie de leur mère. Il voulait seulement, l'espace d'un week-end, se changer les idées et ne plus avoir à se préoccuper de rien.

Cela lui serait impossible aussi longtemps qu'il resterait dans sa maison peuplée de créatures à l'affut du moindre signe de détresse émotionnelle. Il décida donc, le lendemain, de rendre visite à Levi à son café. Lorsqu'il poussa les portes de l'établissement en fin d'après-midi, il faisait un temps radieux et le froid était redoutable. Le salon était densément peuplé, et plus aucune table n'était libre. C'était sans importance : Levi devait être sur le point de terminer sa journée et il venait le simplement le chercher. Ils avaient prévu de rentrer chez le petit brun pour travailler ensemble, et Eren était censé y passer la nuit.

Cette perspective le rendait légèrement nerveux : ils n'avaient pas vraiment reparlé de ce qui s'était passé dans la salle de bains des Lenz, ce soir-là. La seule allusion faite par Levi avait été un message peu contextuel lui demandant s'il allait bien, quelques heures après. Eren en était ressorti légèrement choqué, mais à force de retourner la chose dans tous les sens et en tant qu'adolescent bourré d'hormones parfaitement fonctionnelles, avait fini par développer une envie désespérée de réitérer l'expérience. Il ressentait cependant le besoin de communiquer avec son compagnon à ce sujet, sans avoir trouvé le courage de le faire jusque-là.

Le jeune homme fut tiré de sa rêverie par l'objet de ses pensées qui passa devant lui, chargé d'un plateau, et s'arrêta à sa hauteur pour le saluer d'une pichenette qui le fit sursauter.

« - J'en ai pour deux minutes et on peut y aller, lui signala-t-il avant de filer dans la pièce voisine.

- O.K.

Alors qu'il slalomait entre les tables pour distribuer leurs commandes aux clients, Eren s'approcha pour l'observer. Son compagnon acheva sa besogne en s'approchant d'une petite table où était assise une jeune fille, seule. Il y déposa une tasse fumante, puis coinça son plateau sous son bras et échangea quelques mots avec la cliente. Eren ne pouvait pas les entendre à cause du brouhaha de l'assemblée mais à leurs expressions, devina un échange très cordial. Se connaissaient-ils ? Levi ne faisait pas la conversation à n'importe qui – plutôt à personne, en fait – alors il supposa que oui. Soudain, les deux se tournèrent vers lui et son petit ami lui fit signe de s'approcher. Curieux, il les rejoignit et salua d'un signe de tête la demoiselle. Elle était grande et dépassait Levi d'au moins cinq centimètres. Ses cheveux courts étaient blonds, et la sorte de sérénité qui se dégageait d'elle contrastait avec la malice que l'on voyait pétiller dans ses yeux clairs. Eren la trouva ravissante.

- Eren, je te présente Nanaba, annonça Levi.

- Bonjour, Eren, l'accueillit-elle d'une voix chaleureuse.

Elle lui sembla étrangement familière. Il fronça les sourcils un instant avant de répondre :

- Je suis sûr de t'avoir déjà vue quelque part mais je suis incapable de dire où, désolé, avoua-t-il avec une grimace navrée.

La jeune fille émit un petit rire agréable.

- Je suis une des étudiantes postbac de Trost. J'étudie la littérature. La plupart du temps, nous sommes dans des bâtiments assez éloignés du bloc des lycéens alors on ne se croise pas souvent.

Le jeune allemand jeta un bref coup d'œil à son compagnon. Il souriait en observant leur échange – il semblait vraiment apprécier Nanaba. Il décida donc de se montrer charmant.

- Et c'est bien dommage pour nous !

Elle s'esclaffa de nouveau.

- Tu es trop mignon. Ravie de faire ta connaissance, Eren !

Levi poussa un soupir amusé avant de tirer Eren par le bras.

- Allez, Casanova. Je vais clôturer ma caisse et on s'en va. »

Il salua Nanaba puis débarrassa sa table des tasses vides qui s'y étaient accumulées – avait-elle passé l'après-midi ici ? – avant de laisser Eren dans l'entrée pour aller se changer. Lorsqu'ils ressortirent ensemble du café, il faisait nuit. Ils passèrent par les petites rues pour se rendre chez Levi, et Eren s'autorisa à passer un bras autour des épaules de son compagnon.

« - Elle avait l'air sympathique, commença-t-il.

- Elle l'est.

- Tu la connais depuis longtemps ?

- Non, expliqua le petit brun en enfonçant ses mains dans ses poches, c'est Petra qui me l'a présentée à la rentrée. C'est quelqu'un de bien, alors j'ai accroché.

- Un exploit », se moqua Eren.

Les fenêtres du domicile Ackerman étaient éclairées à leur arrivée, chose exceptionnelle lorsque Levi n'était pas à la maison. La maison était plus chaude que ce à quoi Eren avait été habitué, et en observant bien, il remarqua que l'atmosphère semblait plus… intime. Un livre ouvert trainait sur le canapé, quelques photos avaient été accrochées dans le mur du hall d'entrée – Eren en reconnut certaines de Kuchel – et une odeur appétissante se dégageait de la cuisine, signe que quelqu'un était en train de faire cuire quelque chose, et non pas de se contenter de réchauffer un plat de supérette.

« - Kenny ? appela Levi.

L'homme apparut dans l'encadrement de la porte, une cigarette aux lèvres. Eren poussa un soupir d'indulgence. Certaines choses ne changeraient jamais.

- Ne fume pas dans la maison, intima sèchement Levi.

- Lâche-moi un peu, j'ai ouvert la fenêtre.

Le jeune allemand retira sa veste en observant la scène, amusé.

- Nom de Dieu ! s'exclama-t-il soudain en avisant les vêtements que portait l'homme.

Immobile dans l'encadrement de la porte, Kenny arborait – non sans une certaine contrariété, semblait-il – l'uniforme d'un employé de Family Mart.

- Ecoute mon gars, je t'aime bien, mais ce serait pas dans ton intérêt de faire le moindre commentaire, grommela-t-il avant de disparaitre de nouveau dans la cuisine.

- Vous avez-trouvé du boulot dans une supérette ? demanda Eren pour se rattraper. C'est génial !

- Faut bien bouffer. »

Enthousiasmé, il se tourna vers Levi qui lui sourit avant de lui faire signe de le suivre. Ils montèrent les escaliers et s'installèrent dans la chambre de Levi. Eren s'allongea sur le lit et observa Levi sortir le dossier intitulé « dépenses » ainsi qu'un petit tas de tickets de caisse.

« - Il a été embauché au début de la semaine, expliqua ce dernier en effectuant sa besogne. Je ne l'aurais jamais cru capable de trouver du travail si vite.

- Donc il a pris la décision de ne plus faire de trucs louches ?

- On dirait. Je crois qu'il a vraiment pris une claque avec cette histoire d'agression. Je ne sais pas combien de temps ça durera, mais je vais essayer d'y croire.

Il fit une rapide addition à voix basse et grimaça.

- C'est clair que ça ramène moins d'argent que les trucs louches, mais on s'en sortira. Il ne sort presque plus se torcher, ça fait de grosses dépenses en moins.

Lorsqu'il eut terminé, il rangea ses affaires et vint s'asseoir à côté d'Eren. Le jeune allemand leva la main et effleura la balafre sur la joue du petit brun. En une semaine, la cicatrisation avait très bien progressé et la blessure était devenue une fine ligne rouge et propre qui tendait à s'éclaircir.

Levi n'avait finalement pas eu trop d'ennuis avec Trost à propos de cette entaille. Il avait servi aux professeurs une histoire qui ne tenait pas debout, à base de tentative de réparation d'un robot de cuisine qui « avait mal tourné ». Un piètre mensonge qui les avait laissés sceptiques, mais ils ne pouvaient pas le torturer pour lui soutirer la vérité et sans preuve de quoi que ce fut, l'affaire avait été classée. Au travail, il se contentait de porter un pansement en attendant que la blessure eût suffisamment cicatrisé.

Quant au motif de cette agression, il restait obstinément évasif à ce sujet. « Ce que je t'ai dit à la soirée de Christa était vrai », se contentait-il de répondre à chaque fois. « Il n'y a rien à ajouter ». Cela dit, Eren ne pensait pas qu'il lui mentait. Il redoutait en revanche que son compagnon diminuât la gravité de la situation. Mais cela appartiendrait bientôt au passé, si Kenny avait réellement décidé de changer de vie.

- Hanji dit que ça donnera sûrement une ligne blanche et qu'avec mon teint pâle, ça ne se verra presque plus.

Malgré toutes ses tentatives pour le dissimuler, il était évident que Levi restait complexé par cette intrusion sur son visage – principalement par crainte que la cicatrice déplût à son compagnon. Eren lui fit un sourire rassurant et observa la cicatrice en fronçant les sourcils.

- Cet enfoiré aurait au moins pu se débrouiller pour que ça ressemble à celle d'Harry Potter.

Contre toute attente, son petit ami éclata de rire et vint se coucher sur lui.

- Bon, tu veux faire quoi tout à l'heure ? Si on pouvait boucler ce DM de maths…

- Oh non, pas les maths, geignit Eren en se couvrant le visage de ses bras croisés. T'es toujours chiant, quand on fait des maths.

Levi poussa une exclamation offusquée.

- Redis-moi ça en face, merdeux.

Alors qu'ils s'embrassaient, Kenny apparut dans l'encadrement de la porte, les faisant sursauter.

- C'est pas le moment de vous grimper dessus. La bouffe est prête. »

Après le repas, les deux garçons s'installèrent à la table du salon et travaillèrent quelques heures. Levi parvint à obtenir qu'ils fassent des maths, en échange de la promesse de laisser Eren choisir le film qu'ils regarderaient après. Vers vingt-trois heures, lorsqu'ils furent satisfaits de la charge de devoirs abattue, ils saluèrent Kenny qui piquait du nez devant la télévision et se retirèrent de nouveau à l'étage. Pendant que son hôte prenait une douche, Eren enfila le t-shirt qu'il avait laissé chez Levi la dernière fois et qui était très rapidement devenu le pyjama attitré à ses soirées passées chez le petit brun.

« - Alors, qu'est-ce que t'as choisi ? demanda Levi en revenant dans la chambre, une serviette sur ses cheveux mouillés.

- Je te propose un Tanrantino, répondit-t-il, t'as qu'à choisir lequel.

Il s'approcha d'Eren, assis en tailleur sur le lit et en train de pianoter sur son ordinateur portable.

- Euh… Reservoir Dog.

Les deux adolescents s'installèrent rapidement devant l'ordinateur et lancèrent le film. Eren s'agenouilla derrière Levi pour lui sécher les cheveux à l'aide de la serviette. Comme son compagnon était absorbé par l'écran, le silence s'installa et toutes idées sombres revinrent au galop. Il ressassa ses mésaventures de la vielle en frottant doucement la tête de Levi, se demandant ce qu'il devait faire, partagé entre l'envie de se confier et toutes les raisons qu'il avait de ne pas le faire.

- Ça va ? demanda soudain le petit brun, le faisant sursauter.

- Ben oui, pourquoi ?

- Je te vois dans le miroir du placard. Tu fais une drôle de tête.

L'accusé haussa aussitôt les épaules d'un air désinvolte.

- N'importe quoi.

Il n'en fallut pas plus à Levi. Poussant un soupir, il ferma l'ordinateur. La chambre se retrouva plongée dans la quasi obscurité.

- Hé ! Je regardais ça.

- Non.

Son interlocuteur alluma sa lampe de chevet, faisant réapparaitre son visage figé en une expression sévère.

- Quelque chose te préoccupe. Crache le morceau. Tout de suite.

Comprenant qu'il ne s'échapperait pas, Eren décida de mentir et de faire d'une pierre deux coups en abordant un autre sujet qui ne pourrait pas rester éternellement de côté. Il ouvrit la bouche mais rien ne voulut sortir, aussi se cacha-t-il sous les draps d'embarras. Amusé, son homologue souleva le tissu de manière à découvrir sa tête.

- Quoi ? fit doucement Levi.

Le jeune allemand déglutit avec appréhension.

- Je repensais à ce qui s'était passé chez Christa, c'est tout.

Son petit ami eut l'air légèrement surpris, puis inquiet.

- Eren. J'ai fait quelque chose qui t'a déplu ?

Il adopta progressivement un air horrifié, se prenant la tête entre les mains. Eren voulut aussitôt le rassurer mais n'en eut pas le temps.

- Oh non. Je suis tellement désolé… J'avais beaucoup bu, je n'ai aucune excuse, mais je pensais vraiment que tu étais d'accord et je, je… Je croyais que tu n'en parlais pas parce que tu étais simplement timide et je ne voulais pas te mettre la pression, mais en fait j'aurais dû et –

Eren lui plaqua abruptement une main sur la bouche et le fit basculer en arrière, tombant allongé sur lui.

- Tais-toi. C'était génial.

- Alors qu'est-ce qu'il y a ?

Son compagnon le dévisagea un instant, puis la compréhension se peignit sur son visage et il soupira d'un air indulgent.

- Viens là.

Eren obéit aussitôt et se rapprocha. Le petit brun resta immobile quelques secondes puis, sans crier gare, enjamba son petit ami et s'assit à califourchon sur lui. Il était plus léger qu'Eren ne l'eut soupçonné et irradiait de chaleur. Leurs jambes découvertes se touchaient, le contact de leurs peaux le fit tressaillir. Il osait à peine respirer, figé d'anticipation. Lentement, Levi saisit les mains d'Eren et les amena contre lui, les glissant sous son haut pour les poser sur son ventre. Il les fit remonter le long de son abdomen, d'un geste caressant mais appuyé. Au fur et à mesure de leur ascension, Eren, resté bouche bée, gagna en assurance. Il caressa de lui-même la poitrine de Levi, traçant la ligne des abdominaux, effleurant son nombril et s'attardant sur ses pectoraux. Pris d'un élan d'ardeur, il se redressa et vint vigoureusement embrasser Levi, promenant ses mains le long de son dos jusqu'à les enfouir dans ses cheveux. Le petit brun rompit le baiser pour plonger son visage dans le creux du cou d'Eren, qui laissa échapper un soupir en sentant sa langue effleurer brièvement sa jugulaire. Il serra brusquement son petit ami contre lui, sentant l'excitation l'envahir par vagues. A son grand embarras, il était déjà dur. Levi dut s'en apercevoir rapidement, car il le sentit sourire contre sa peau et accentuer le contact de leurs bassins, le faisant hoqueter. Puis il se recula légèrement pour glisser sa main entre eux et venir la poser sur l'élastique du sous-vêtement d'Eren.

- Attends.

Aussitôt, Levi s'immobilisa.

- C'est mon tour. Je veux le faire.

- Hein ? s'étonna le brun en se reculant. Tu veux que je te regarde faire ?

Eren rougit violemment, mortifié.

- Mais non, débile. Je veux te le faire.

- Oh…

En guise de réponse, son compagnon retira son t-shirt et le jeta négligemment par terre.

- Si c'est ce que tu veux et que tu te sens à l'aise.

- Oui, mais toi ? C'est ce que tu veux aussi ?

Alors qu'il observait attentivement sa réaction, Levi eut dans le regard cette lueur triste propre aux moments où il évoquait les aspects les plus malheureux de sa vie.

- Eren, dit-il, tu es la première personne par laquelle j'ai envie d'être touché.

Elle réapparut soudain, cette rage. La fureur de laver à tout prix la dignité salie de son compagnon, son innocence éclaboussée au nom de la survie et de faire payer aux responsables de sa douleur. Etonnamment, cette colère, au lieu de le refroidir, ne fit qu'attiser son désir.

- Je n'ai pas besoin de ta pitié, grogna Levi. Juste de ta main.

Il n'en fallut pas plus à Eren. Il resserra sa prise sur le petit brun, qui n'opposa aucune résistance, et le poussa sur le dos. Alors qu'il était occupé à lui mordiller la gorge, il le sentit tirer sur son t-shirt jusqu'à ce qu'il l'enlevât, et il se retrouvèrent tous les deux en sous-vêtements.

Il émanait de Levi presque nu – et malgré des muscles saillants et travaillés – une fragilité illusoire qui disparaissait dès qu'il rappelait à quel point il avait de la force. Le jeune allemand était quelque peu intimidé : c'était la première fois qu'il étreignait son compagnon avec un degré de nudité aussi élevé. Pour se familiariser avec cette intimité nouvelle, il prit le temps d'étudier la peau de Levi, de s'habituer à sa chaleur et à cette sensation de proximité. Bien vite, il lui en fallut plus. Il se décida finalement à s'attaquer au vif du sujet et plongea une main dans le caleçon de son petit ami pour saisir sa virilité. La peau à cet endroit était très douce, humide à l'extrémité. Il fit quelques mouvements expérimentaux, tout en douceur. En dessous de lui, Levi, qui jusque-là observait le moindre de ses mouvements, poussa un grognement et ferma les yeux. Au comble de l'excitation, il se pencha pour l'embrasser avec férocité tandis que sa main adoptait un rythme lent mais continu. Ce dernier réagit au quart de tour et l'enlaça avec force, avant d'écarter les jambes pour le rapprocher davantage de lui.

- Eren, soupira-t-il.

Attisé, le garçon accéléra les gestes de sa main. Il commençait à saisir ce que Levi appréciait, et un mouvement précis du poignet fit hoqueter son compagnon. Eren n'avait plus aucun filtre entre son cerveau, son cœur et sa langue – pas qu'il eut été réputé pour en avoir un très efficace à la base, de toute façon – et commença à laisser échapper ses inquiétudes.

- Je suis pas trop nul ? Tu me détestes pas ? demanda-t-il d'une voix saccadée par le plaisir.

Levi s'immobilisa, le front perlé de sueur et les cheveux humides, et le regarda d'un air étrange. Puis, soudain, il lui ordonna :

- Enlève ta main. Enlève, allez !

Blessé et perdu, il ne put que s'exécuter. Alors, le petit brun le saisit par les fesses et fit se rencontrer leurs bassins. Le contact le mit au supplice malgré la barrière de tissu, et Levi, sans pitié, le ramena de nouveau contre lui. Obéissant à son compagnon, il entama le rythme universel de va-et-vient qui les essouffla très rapidement. Un bras de chaque côté de sa tête et sans diminuer la cadence, il se pencha sur son partenaire et exigea un baiser profond et brûlant. A son grand agacement, Levi semblait maîtriser la situation mieux que lui – expérience oblige – et moins perdre contenance. Un sourire gentiment moqueur flottait sur ses lèvres en voyant Eren perdre son sang-froid. Pour se venger, ce dernier attrapa la cuisse du petit brun et accentua la friction qui arracha un premier gémissement à Levi. Il continua sur cette voie et bientôt, le vit agripper les draps et sentit les muscules de sa cuisse se contracter. Satisfait, il s'autorisa à se perdre dans son propre plaisir.

Levi, attisé depuis plus longtemps, fut le premier à jouir. Il n'émit aucun son mais haleta comme s'il venait de courir un marathon, avant de s'abandonner contre les oreillers, à bout de souffle, et de lever vers Eren un regard qui manqua de le rendre fou. Tendre et comblé, le Levi qu'il avait sous lui était plus beau que jamais – pommettes enflammées, yeux luisants et cheveux frisottant de sueur – mais surtout, il était passif, soumis. Il était à lui. Eren vint à son tour en un grognement puissant, le visage enfoui dans le cou de son compagnon.

Il s'écoula quelques minutes durant lesquelles il resta couché sur lui avec l'impression d'être au paradis, tandis que le petit brun lui caressait lentement le dos, l'embrassant parfois sur le front. Leurs respirations se calmaient au fur et à mesure qu'ils reprenaient leurs esprits. Puis, le maniaque qui sommeillait en Levi décida de se manifester.

- Tu colles, se plaignit-il soudain, dégage de là.

- Et si je veux pas ? le taquina Eren en croisant les bras sur sa poitrine.

Mauvaise idée, songea-t-il lorsque Levi l'envoya rouler à l'autre bout du lit pour se lever.

- Va prendre une douche, Eren.

Trop satisfait pour râler, le jeune allemand obtempéra. Il se dirigea vers la salle de bains, volant un baiser au passage. Lorsqu'il revint quelques minutes plus tard, Levi s'était fait une toilette sèche et avait changé de tenue. Couché sur le lit, il le regarda s'installer à côté de lui. Les deux garçons se dévisagèrent un instant : la situation était inédite, et la timidité qui accompagne naturellement les premières expériences de ce genre paralysait un peu Eren. Ce fut donc à son compagnon de le tirer à lui, l'incitant à poser la tête contre son épaule, avant de l'enlacer. Etrangement, leurs activités précédentes rendirent cette simple proximité plus intime qu'elle ne l'avait jamais été.

- Ça va ? demanda Levi en lui caressant la tête.

- Oui. Merci…

- Ne me remercie pas pour ça, crétin.

Eren étouffa un bâillement. La fatigue était en train de le conquérir avec une force inouïe et malgré lui, il se sentait partir. Il entendit vaguement Levi lui parler.

- Maintenant, on pourrait parler de ce qui te tracassait vraiment à la base, sale petit menteur.

- Oh, ça, répondit-il vaguement, c'était rien. J'ai passé une sale journée hier, c'est tout.

- Eren… le réprimanda Levi en tenant de se redresser.

Il protesta et s'enfonça encore plus dans le creux de son cou, fermant les yeux.

- Non… laisse-moi dormir. Je suis fatigué, je crois que ça me rend parano. Hier, j'ai cru qu'une voiture me suivait et ça m'a flanqué la trouille, alors que c'était que dalle, j'en suis sûr.

- Tu crois qu'une voiture t'a suivi ? Elle était comment ?

Il perçut l'inquiétude dans la voix de son petit ami mais était trop épuisé pour y prêter attention.

- Je sais plus… Un gros machin noir. Mais je te dis que c'était rien. Y avait un mec blanc au volant, c'était sûrement un touriste perdu.

- Un mec blanc ?

Eren poussa un soupir exagéré mais un coup de coude bien placé le força à répondre.

- Ouais, le genre Europe de l'Est.

- Il ressemblait à quoi ?

Le jeune homme finit par perdre patience.

- On s'en fout ! Fiche-moi la paix et dors.

Le silence se rétablit et il commença enfin à dériver vers le sommeil. Cependant, pris d'un dernier remord, il prononça une dernière phrase à l'attention de Levi.

- Crâne rasé, les yeux bleus. Et c'est tout. Ah si… il avait une boucle d'oreille, je crois. Ça faisait un peu gars qui se donne un genre de caïd. Si ça peut te rassurer, il était loin de faire aussi peur que toi quand on fait des maths... » plaisanta-t-il une dernière fois.

Il sentit Levi se raidir contre lui mais n'eut pas la force de s'en préoccuper. Quelques secondes plus tard, il dormait.

XXX

C'est tout pour ce soir ! Alors, vos opinions ? Vos ressentis ? J'ai mis énormément d'action et d'intrigues dans ce chapitre et je brûle de connaitre votre opinion.

Que vous inspire le comportement de Christa ? Quelles sont vos théories ? Et l'histoire de cette pauvre Alma, l'amie de Carla ? Quant au concours, voilà qu'on avance enfin à ce sujet ! Des réactions ? Un nouveau personnage apparait également dans ce chapitre, notre Nanaba. Des idées par rapport à elle ? Et en ce qui concerne la mystérieuse voiture qui suivait peut-être Eren ? Avez-vous compris ce qui dérange Levi à la fin du chapitre ?

Pour finir, je me suis essayée pour le première fois de ma vie à la description d'un passage plutôt « hot » avec la scène finale. Perso, j'ai l'impression que c'est un carnage, n'hésitez pas à donner votre avis.

N'hésitez pas, j'ai sûrement oublié des aspects qui vous ont peut-être frappés au niveau des personnages en général ! On se retrouve bientôt, avec un peu de chance.