Avouez, vous n'y croyiez plus... ^^' Mais vous ne rêvez pas, je suis bien de retour avec la suite ! Je ne peux encore que m'excuser pour mon rythme déplorable... Je tiens à vous remercier pour tous les messages que j'ai reçus, le nombre est assez incroyable, J'espère n'avoir oublié personne dans les réponses ! Je vous remercie vraiment pour tous ces compliments et ces encouragements, ça me touche vraiment beaucoup.

J'espère que vous apprécierez ce chapitre, je vous retrouve en bas de page... ;)


Réponse à Loumiss: Merci beaucoup !

Réponse à lolotefu: Je n'ai pas arrêté, je suis juste un peu lente haha. Merci de ta review !

Réponse à drou: Merci, contente que ça t'ait plu !

Réponse à S: Merci à toi pour ta review !

Réponse à jade: Yeah, merci pour la 300e review (!), ce chapitre t'est dédicacé ! XD Merci beaucoup pour ta review, ça me fait très plaisir que tu aimes autant !

Réponse à Cam: Merci beaucoup, ça me fait très plaisir !

Réponse à Snalways: Un grand merci à toi, ça me touche beaucoup !

Réponse à Audrey: Merci de ta review, je suis ravie que ma fic te plaise. Je sais que les délais sont affreux, et crois bien que j'en suis la première désolée. Le fait est qu'au début de la fic, j'avais écrit pas mal de chapitres d'avance, ce qui explique le fait que j'avais pu bien tenir le rythme. Pour le moment ce n'est pas possible pour moi de revenir à une publication régulière, j'en suis désolée. J'espère néanmoins te relire sur la suite. :)

Réponse à R. : Oui je suis impardonnable, je suis vraiment désolée pour le rythme absolument nul de mes publications. Mais je suis contente que la fic te plaise, merci de ta review !

Réponse à Guest: Merci beaucoup !


L'homme a souvent considéré, à tort, que les ténèbres consistent en une entité propre, alors qu'elles ne sont qu'absence de lumière. Elles n'existent que par un manque et, s'il faut convenir qu'elles incarnent bien quelque chose, ce n'est rien d'autre que le néant.

Maxime Chattam, L'Appel du néant


Les jours passaient. Rogue et Hermione avaient décidé de bannir la Legilimencie de leurs rendez-vous. Premièrement, car la Résonance pendait telle une épée de Damoclès au-dessus de leurs têtes, et représentait un danger réel. Deuxièmement, Rogue avait souhaité, au grand désespoir d'Hermione, revenir aux bases. Retrouver la faute, refaire la potion, trouver son antidote. Désamorcer le Filtre et le Bouclier, et permettre l'usage de cette potion sans perte de sens.

- Nous nous sommes égarés, avait dit Rogue. Ce n'est pas la bonne méthode que de simplement chercher à contrer ce qui vous accable, à tâtons. Il nous faut recréer le problème, et le battre ensuite.

Leur routine se retrouva toutefois teintée d'un certain malaise. Chacun n'ignorait pas ce qui perturbait l'autre.

D'autres rêves venaient hanter les nuits d'Hermione, et elle se demandait toujours si Rogue faisait les mêmes. Elle repensait souvent à la Résonance et à ses implications, à la fois effrayée et fascinée par les pouvoirs psychiques insoupçonnés de l'esprit humain. Ses recherches sur le sujet, qu'elle menait lors de ses temps libres, lui avaient confirmé le fait qu'elle et Rogue partageaient des sentiments bien trop forts, et bien trop instables. Elle n'osait pas s'avouer que cela lui plaisait.

Depuis le soir du lac, ils évitaient soigneusement tout contact physique, se tenant loin l'un de l'autre. Rogue était taciturne, moins sarcastique que d'habitude, et Hermione songeait qu'il avait sûrement d'autres problèmes. Elle l'avait surpris plusieurs fois déconcentré, la plume en l'air et le regard dans le vide, bien loin des préoccupations qui s'inscrivaient sur ses parchemins. Hermione observait, impuissante, les ombres épaisses de Severus Rogue. Elle repensait alors à Malefoy, au Serment Inviolable, aux rumeurs qui courraient sur Rogue, et tentait par tous les moyens d'oublier ces questions lancinantes.

Elle s'évertuait à chercher, encore et encore, la faute qu'elle avait faite pour causer sa perte de sens. Elle testait toutes les combinaisons de coupes d'ingrédients possibles, toutes les façons de remuer le breuvage. Mais cela se soldait toujours par des échecs cuisants, et par l'amertume et la déception qui allaient de pair.

Et puis, Hermione elle-même avait d'autres préoccupations. Pour commencer, elle, Harry et Ron avaient reçu une lettre de Hagrid, leur annonçant la mort d'Aragog.

- Franchement, s'était exclamé Ron en lisant la lettre au petit-déjeuner. Il croit vraiment qu'on va avoir de la peine parce que ce monstre tueur est mort ?

Il avait croqué rageusement dans son toast beurré.

- Cette chose a quand même voulu qu'on serve d'en-cas à toute sa progéniture, avait-il continué la bouche pleine. Je ne comprendrai jamais Hagrid. Hors de question que j'assiste à sa sépulture.

Ron et Hermione apprirent ensuite de la bouche de Harry qui celui-ci avait envoyé Dobby et Kreattur suivre Malefoy. Ils avaient tous deux gardé le silence mais avaient échangé un regard inquiet devant l'obsession de Harry.

- Ils disent que Malefoy passe beaucoup de temps dans la Salle sur Demande, mais… Je n'ai pas réussi à y entrer.

A ces mots, Hermione avait repensé à ceux de Rogue, le soir où elle était entrée dans ses appartements. La Salle sur Demande n'est pas assez sûre. Savait-il que Malefoy s'y rendait ? Savait-il ce qu'il y faisait ? Hermione souhaita ne jamais connaître la réponse à ces questions.

oOo

Hermione contempla, défaite, le nouvel échec de la soirée qui luisait dans son chaudron. Elle le nettoya d'un coup de baguette rageur. Du revers de la main, elle débarrassa les parchemins qui s'amoncelaient sur sa paillasse. Elle prit sa tête entre ses mains et se demanda pour la énième fois ce qu'elle avait bien pu faire comme erreur. Sans compter les essais pré-Legilimencie, elle en était actuellement à huit soirées consécutives d'essais infructueux, avec une moyenne de quatre heures de travail par session, cinq potions par heure. Le rythme était intenable, et Hermione sentait qu'elle frôlait la crise nerveuse. Rogue ne lui était évidemment d'aucun secours. Il semblait l'ignorer superbement, soir après soir, et Hermione savait que cela jouait pour beaucoup dans sa tension nerveuse. Elle n'osait plus aller le déranger, essayer de faire autre chose que son agaçante potion. Inexplicablement, elle sentait au fond d'elle qu'elle devait attendre qu'il fasse un geste vers elle.

A contrecœur, Hermione se reconcentra sur ses notes. Elle avait l'intuition qu'il s'agissait d'une erreur minime d'inattention. D'autant plus que l'explosion était survenue assez tôt dans la préparation, ce qui réduisait le nombre d'étapes réalisées, et donc les possibilités de fautes.

Elle tourna la tête pour observer ce que Rogue était en train de faire, et son mouvement fit entrer un éclat lumineux dans son champ de vision, sur lequel elle se focalisa aussitôt. Le couteau qu'elle utilisait.

Pensive, concentrée sur tous les tests qu'elle avait déjà effectués, à la recherche de son erreur, elle s'en saisit et observa la lame tranchante, parfaitement effilée. Un détail à la base de la lame neuve lui attira l'œil. Lorsqu'elle le déchiffra, son sang ne fit qu'un tour.

Le couteau de Rogue avait une lame en argent.

- Par Merlin…, souffla-t-elle.

Elle n'avait pas pensé à ça. Elle agrippa les rebords de la table et se concentra. Pourquoi n'avait-elle pas pensé à ça ? Elle essaya, encore une fois, de se remémorer les moindres faits et gestes qu'elle avait eus avant l'incident. Elle saisit le manuel à la page qu'elle connaissait pourtant par cœur.

Se munir d'un couteau à lame d'argent…

Se pouvait-il que…

Elle se mordit la lèvre. Dans sa trousse à ustensiles qui restait en salle de potions se trouvaient deux couteaux. Un couteau en argent, et un couteau en acier.

S'était-elle trompée de lame, ce jour où elle avait fait exploser son chaudron ? Avait-elle commis l'idiotie de se servir de son couteau en acier ?

Le cœur battant, elle se leva doucement et s'approcha de Rogue. Il leva les yeux vers elle, la plume en suspens autour du parchemin couvert de notes. Il leva un sourcil interrogateur.

- Puis-je vous emprunter un couteau en acier ? S'il-vous-plaît, dit-elle doucement.

Il la regarda étrangement, puis désigna l'un des tiroirs de la paillasse d'un mouvement du menton. Sans plus de cérémonie, il se remit au travail. Hermione le remercia intérieurement de son absence de commentaire. La dernière chose dont elle avait besoin, c'était d'un Rogue la traitant d'ahurie incapable. Fébrile, Hermione ouvrit le tiroir d'une main tremblante, et extirpa d'un fouillis de lame un couteau en acier.

Elle se rassit, prit une profonde inspiration et recommença la potion, en prenant soin de s'appliquer pour lancer correctement le sort de protection. Au cas où le chaudron se déciderait à exploser, cette fois. Il lui fallut dix minutes pour atteindre l'étape cruciale. Elle avait suivi scrupuleusement les étapes, et constata que rien ne se produisit. Ç'aurait été trop simple. Elle était prête à parier qu'elle n'était sûrement pas la seule, parmi tous les élèves de la salle, à s'être trompée de couteau. Mais elle était la seule à avoir perdu ses sens. Il y avait donc autre chose.

Elle repensa aux quelques recherches sur les tentacules de strangulos et aux informations qu'Harry avait trouvées. Il lui semblait que cette conversation avait eu lieu une éternité auparavant. Une perte de sens et des ingrédients utilisés dans des anesthésiants… Elle était presque sûre qu'elle avait dû varier légèrement l'angle de coupe. Elle avait déjà testé cela, mais pas avec le couteau en acier…

Elle fit plusieurs essais avec sa nouvelle lame, variant les angles de ses découpes de quelques degrés à chaque fois. Son cœur s'accéléra lorsqu'elle se rendit compte que la couleur de sa potion se rapprochait de plus en plus de celle de l'incident. Cependant, elle eut beau faire plusieurs tentatives, jamais le chaudron n'explosât. Elle se mordit l'intérieur des joues. Elle avait fait encore au moins une erreur supplémentaire.

Que s'était-il donc passé de si particulier ce jour-ci pour qu'elle ait été aussi inattentive ?... Elle avait déjà la réponse : le livre du Prince de Sang-Mêlé.

La voix froide de Rogue s'éleva au milieu des bouillonnements du chaudron :

- Il est minuit, Granger.

- Laissez-moi encore quelques minutes, je suis sur le point de trouver quelque chose, j'en suis sûre !

Haussement de sourcil dubitatif, puis retour au parchemin. Hermione prit cela pour un accord. Debout devant sa paillasse, elle posa ses deux mains à plat et se pencha en avant. S'était-elle trompée sur un ingrédient ? Sur le sens du mélange ? Le nombre de tours, peut-être ? Elle reprit ses innombrables feuillets qui énuméraient tous les essais qu'elle avait faits par le passé, classés par ordre de probabilité. Le suivant sur la liste, qu'elle avait essayé après la coupe des tentacules, concernait le nombre de tours à effectuer.

Elle fit deux autres tentatives où elle retira un tour de louche, en ajouta un autre. Rien. Elle entendit le tabouret de Rogue racler le sol. Il était à présent minuit et demi. Il allait la mettre à la porte. Littéralement.

- Granger…, fit la voix impatiente.

Elle se retourna vivement pour faire face à Rogue, emportant dans son mouvement la louche qui effectua un quart de tour dans le mauvais sens.

- Juste encore un peu de…

La fin de sa phrase fut couverte par l'explosion du chaudron, dont les dégâts furent limités par le sort de confinement. Hermione bondit en arrière et manqua heurter Rogue, dont les yeux s'étaient agrandis de surprise.

Hermione haletait, les doigts encore serrés sur la louche. Le silence s'abattit brutalement sur eux, entrecoupé seulement de la respiration saccadée de la jeune femme. Les yeux de Rogue ne la lâchaient plus.

- Le couteau ? fit-il doucement.

Hermione hocha lentement la tête, les yeux rivés sur le chaudron.

- Mais pas uniquement… J'avais raison, l'angle de coupe des tentacules de strangulos joue également un rôle. J'ai opéré une déviation de quatre degrés par rapport à l'entaille indiquée par le livre. Mais…

Elle fronça les sourcils.

- Mais ?

- Je ne sais pas ce que j'ai fait exactement pour mener à l'explosion.

- Vous ne… Mais enfin, Granger, vous devez bien être consciente des gestes que vous avez faits !

- Oui, mais tout s'est passé si vite, je ne… Je pense que j'ai fait un mouvement de trop vers l'arrière, mais je…

Rogue lui attrapa fermement le bras et la tira en avant pour la remettre devant le chaudron. Puis, il agita sa baguette et une ribambelle de fioles s'envolèrent d'une étagère pour venir se poser sur la paillasse.

- Il faudra réessayer. Vous devez être sûre de la préparation. Mais d'abord, nous allons recueillir des échantillons de cette potion-ci.

Hermione acquiesça lentement. A deux, ils remplirent quelques fioles de la potion orange vif. Puis, Rogue nettoya ce qu'il restait au fond du chaudron et se plaça bien à côté de la jeune femme.

- Bien, mieux vaut agir tant que c'est encore frais dans votre esprit. Allez-y.

Hermione obtempéra. Elle relança le sort de protection, puis se lança de nouveau dans sa préparation méticuleuse, armée de son couteau d'acier. Elle montra à Rogue comment elle avait tranché les tentacules, puis en arriva au moment crucial du mélange. La dernière tentative avait consisté en ajouter un tour supplémentaire, ce qu'elle fit. Si la potion avait la bonne couleur, rien ne se passa.

- Et maintenant ? siffla Rogue.

- C'est le problème, marmonna Hermione.

Elle tenait la louche bien droite dans le chaudron pour éviter tout parasitage. Elle réfléchissait activement.

- Voyons…, dit-elle. La seule chose que je voie, c'est que j'ai dû faire un mouvement de trop quand vous m'avez appelée tout à l'heure… Je me suis tournée à demi…

Elle orienta son buste dans le sens du bureau de Rogue derrière elle, en prenant garde de ne pas bouger la louche. Rogue gardait les yeux rivés sur le chaudron.

- Maintenant, continua-t-elle, si je bouge mon bras naturellement…

La louche suivit le mouvement, et fit son quart de tour en arrière. La seconde déflagration de la soirée fit trembler les murs.

- C'est ça ! s'exclama Hermione.

Son cœur battait à tout rompre. Elle avait été tellement occupée par sa discussion sur le Prince de Sang-Mêlé ce jour-là qu'elle avait dû ajouter un tour de trop à sa potion. Puis, elle avait dû se pencher vers son livre pour voir l'étape suivante, et embarquer la louche avec elle. C'était la seule possibilité qu'elle voyait.

Rogue était déjà en train de remplir de nouvelles fioles, qu'il rangea à l'écart des premières.

- Ne vous emballez pas encore, Granger, rien ne prouve qu'il s'agisse de la bonne potion.

Elle planta ses yeux dans les orbes noirs.

- J'en suis sûre, Professeur. Je suis sûre que j'ai réussi, cette fois.

Il haussa un sourcil.

- Mauvais couteau, déviation dans l'angle de coupe des tentacules de strangulos, double erreur de mélange… Où aviez-vous la tête ce jour-là, Granger ?

L'image du livre maudit de Harry flotta devant les yeux de la jeune femme. Elle garda le silence.

oOo

Une heure passa encore. Rogue et elle firent encore quelques essais supplémentaires pour avoir d'autres échantillons à tester, en notant scrupuleusement les gestes qu'ils avaient fait. Rogue avait installé autour du chaudron un instrument qu'Hermione n'avait encore jamais vu. Il s'agissait d'une réglette circulaire graduée très précisément qui changeait de couleur quand la louche tournait dans le récipient.

- Cela sert à être extrêmement précis au niveau du nombre de tours nécessaires aux mélanges. Ce n'est généralement pas capital : la grande majorité des potions accepte une marge de tolérance quant à la distance parcourue par la louche et au niveau où il convient de s'arrêter de brasser.

Il se baissa pour surveiller le feu sous le chaudron.

- Ce n'est pas au niveau des sept années d'étude à Poudlard, continua-t-il. Et cette potion non plus, me semble-t-il.

Ils essayèrent plusieurs types de mélanges, et Rogue nota les marges de tolérance qui menaient à l'explosion. Au bout de dix explosions, ils se mirent d'accord d'un coup d'œil sur le fait que c'était assez pour la soirée. Hermione se laissa tomber sur son tabouret et Rogue s'assit sur le sien, juste à côté. Il avait, dans la chaleur du laboratoire, abandonné sa redingote. Il ramena ses cheveux en arrière d'un mouvement las de la main, avant de venir appuyer ses bras sur la paillasse derrière lui. Hermione ne le lâcha pas des yeux un instant.

Ils s'observèrent en silence pendant une dizaine de secondes, puis Rogue ouvrit la bouche :

- Vous devriez aller dormir.

Elle fit comme si elle n'avait rien entendu.

- Comment allons-nous faire pour tester si la potion est la bonne ?

Rogue lui jeta un regard étrange.

- Eh bien, cela va de soi. J'ai un cours avec les Première année de Gryffondor demain, je pense qu'ils feront de parfaits cobayes.

Hermione se redressa sur son tabouret, les yeux écarquillés. C'est seulement à ce moment qu'elle vit la commissure gauche de la bouche du Maître des Potions se relever légèrement. Elle sourit.

- Sérieusement, Professeur, comment ?

- Allez dormir.

Elle bâtit en retraite lorsqu'elle sentit l'envie de bailler monter en elle. Elle rassembla ses affaires. Rogue la suivit jusqu'à la porte. Une fois dans le couloir, elle se retourna une dernière fois vers Rogue.

- Et vous Professeur, allez-vous dormir maintenant ? murmura-t-elle.

Il la regarda d'un air impassible, puis sans rien dire, lui ferma la porte au nez. Hermione ne put retenir un sourire en remontant le corridor vers les escaliers.

A peine Severus Rogue eut-il fermé la porte qu'il se dirigea de nouveau vers la paillasse. Il nettoya tout d'un coup de baguette, lança un Accio en direction de sa bibliothèque et attendit que le livre choisi ne vienne docilement se poser à côté de lui. Il tourna précautionneusement les pages et se mit au travail.

oOo

- Vous avez besoin de mon sang ? répéta Hermione, incrédule, presque vingt-quatre heures plus tard dans le même bureau.

- Oui, Granger. C'est le témoin dont a besoin la potion que j'ai réalisée. En versant des échantillons de votre sang et de la potion d'hier soir dans le chaudron que vous voyez là-bas, nous pourrons savoir si ce que vous avez préparé hier correspond à la potion responsable de votre perte de sens.

Hermione le sonda un instant du regard, avant de répondre :

- Et donc, vous êtes habilité à la réalisation de prises de sang ?

Aucune animosité dans sa voix. Juste une pointe d'amusement. Regard noir de la part de Rogue. Elle s'approcha du fauteuil à quelques pas d'elle et s'y laissa tomber, avant de relever sa manche droite.

- Simple curiosité : combien de fois avez-vous fait cela ? demanda-t-elle.

Rogue s'approcha.

- Sur une personne différente de moi-même : zéro.

Hermione pâlit un peu.

- Sauf votre respect, Professeur : il serait peut-être préférable d'appeler Mrs Pomfresh.

- Bien sûr Granger, pourquoi n'y ai-je pas pensé plus tôt ? Je vous rappelle que vous l'avez informée il y a plusieurs semaines de votre miraculeuse et inexistante guérison, sur ordre du Professeur Dumbledore… Maintenant, si Miss Je-Sais-Tout a une idée stupéfiante qui justifierait la réclamation d'un échantillon de son sang de la part de l'un de ses Professeurs, je vous en prie

Hermione soupira.

- Oui, bon… Mais avez-vous vraiment besoin d'effectuer une prise de sang ? Et n'y aurait-il pas une autre potion qui pourrait…

Rogue s'approcha si vite d'elle qu'elle se recroquevilla dans son fauteuil.

- Non, Granger, non. Je ne sais pas si vous vous en rendez compte, mais nous allons essayer d'identifier les ressemblances entre ce qui circule dans votre corps et des échantillons d'une potion inconnue. Sachant que ladite potion vous a touchée il y a de cela plusieurs semaines, et qu'une part a forcément été éliminée par votre métabolisme.

Il s'interrompit un instant puis :

- Maintenant que j'y pense, il y a une autre potion permettant le même résultat. Mais elle s'applique sur les macchabés empoisonnés… Cela vous tente-t-il ?

Hermione le darda du regard pendant d'interminables secondes, avant de donner son accord :

- Très bien, dans ce cas. Allez-y.

- Je vous remercie.

Rogue s'approcha d'une caisse en bois dans laquelle il fouilla quelques instants. Hermione distingua des tintements de verre. Rogue se tourna vers elle, avec dans la main une lanière à boucle, deux tubes et une seringue. Il posa le tout sur une petite table juste à côté du fauteuil d'Hermione, puis tira une chaise et s'y installa.

- C'est stérile, au moins ? demanda Hermione.

Claquement de langue exaspéré.

- Le matériel médical que je possède est ensorcelé avec les sorts réglementaires du Ministère : un sortilège d'auto-stérilisation. Stérile en tout temps, et à toute épreuve. Maintenant, j'ai tout de même quelques spécimens de virus extrêmement charmants dans ma réserve, alors ne me cherchez pas trop. Votre bras.

Hermione appuya son avant-bras sur l'accoudoir et présenta au Maître des Potions le creux de son coude. Elle eut l'impression d'être tout à coup étrangement vulnérable. Rogue fixa la lanière en guise de garrot sur son bras, et le frôlement de ses doigts sur la peau de la jeune femme la couvrit de chair de poule. Il s'en aperçut et se détourna bien vite. Hermione détourna les yeux de son bras dont les veines bleuâtres commençaient à gonfler sous sa peau blafarde. Elle se racla nerveusement la gorge.

- Pourriez-vous… me prévenir du moment où vous piquez, s'il-vous-plaît ?

Elle n'aimait pas les aiguilles. Il allait sûrement se moquer d'elle, d'ailleurs. Elle risqua un coup d'œil à Rogue. Gardant le silence, il acquiesça légèrement.

- Serrez le poing, dit-il doucement.

Elle obtempéra.

- Je vais prendre deux tubes.

- Faites ce que vous voulez, souffla-t-elle, le regard de nouveau braqué droit devant elle, la voix un peu trop chevrotante.

Elle le vit s'approcher d'elle du coin de l'œil, et la main froide de Rogue se posa en appui sur son avant-bras. Elle eut de nouveau la chair de poule, et sut parfaitement que cela n'avait rien à voir avec la température de la peau du Maître des Potions. La prise de Rogue se resserra.

- Je vais piquer.

Sa voix était, étrangement, un souffle apaisant. Hermione ferma les yeux. Elle tressaillit quand elle sentit la fine aiguille s'enfoncer dans sa veine. Puis, le léger chuintement du sang qui remplissait le premier tube. Les tintements de verre alors que Rogue changeait de récipient. Puis le sang qui remplissait un nouveau tube. Hermione se concentrait sur les taches lumineuses qui dansaient derrière ses paupières résolument closes.

Puis, elle sentit qu'on extirpait l'aiguille de sa peau.

- C'est fini, dit Rogue.

Hermione rouvrit les yeux et les braqua sur Rogue pendant qu'il collait un peu d'ouate sur la minuscule plaie.

- Je sais, marmonna-t-elle. Ça doit vous faire bien rire de voir que je ne supporte pas les aiguilles, à mon âge.

Il l'observa un instant mais ne dit rien. Il repoussa les tubes écarlates loin des yeux d'Hermione et récupéra un verre d'eau posé un peu plus loin.

- Buvez. Vous êtes très pâle.

- C'est de l'eau au moins ?

- Oui, avec une certaine dose de cyanure. J'ai encore l'espoir de pouvoir me débarrasser définitivement de vous.

Hermione sourit par-dessus le verre.

- Merci…, souffla-t-elle.

Rogue fit mine de ne pas l'avoir entendue. Il récupéra dans sa main les petits tubes et fit un signe de tête en direction du chaudron qui trônait sur la paillasse.

- Au travail, maugréa-t-il.

- Professeur ?

- Quoi encore ? siffla-t-il, profondément exaspéré.

- Cela vous arrive-t-il souvent de devoir… vous prélever du sang, dans le cadre de certaines potions ?

Rogue se tourna vers elle, avec un regard dur qu'Hermione ne devait jamais oublier.

- Premièrement, cela n'est nullement votre affaire. Deuxièmement, je sais que l'évocation de sang humain dans le contexte des potions réveille certaines craintes. J'aimerais que vous compreniez une chose, Granger. Vous pourrez toujours essayer d'imaginer les pires potions, les pires effets secondaires, les pires poisons. Mettez-vous bien en tête que vous serez toujours à mille lieues de la vérité.


Après les chamboulements des chapitres précédents, il fallait bien avancer un peu sur l'intrigue, héhé. J'espère que vous avez aimé ! Le chapitre suivant est prêt et n'attend qu'à être posté, alors attendez-vous à recevoir rapidement de mes nouvelles... ;) A bientôt !