Bonjour tout le monde !

Voici finalement le dernier chapitre de cette fic (même s'il reste un épilogue après).

Comme promis, il s'agit du point de vue de Steve, qui revient entre autres sur sa confrontations avec Tony. J'en profite donc pour rappeler une dernière fois que je ne suis ni team Iron Man, ni teamp Cap. C'est simplement que ce dernier a naturellement tendance à tout prendre sur lui, quand Tony va tout aussi naturellement accuser Steve. Ce n'est pas pour autant que je me range du côté de Tony !

On a également l'apparition de personnages et d'événements mentionnés dans la série "Les Agents du SHIELD" (Spéciale dédicace à ma Kae !). Vous retrouverez un * dans le texte, avec quelques compléments en fin de chapitre pour ceux qui veulent comprendre plus facilement de quoi on parle.

Donc pour la dernière fois de l'année, enjoy !


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Chapitre 19 : Nous sommes en guerre

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Sous le choc, Steve regarda Tony quitter la pièce sans rien trouver à ajouter. Qu'aurait-il pu dire de toute façon ? Il n'osait pas croiser le regard des autres. Furieux, Rhodey semblait vouloir se retenir de lui en mettre une – alors Tony ne lui avait véritablement rien dit ? – et la peau de Bruce avait pris une teinte verte sinistre. Même Natasha le regardait, bouche bée, et il en fallait beaucoup pour surprendre la remarquable espionne.

Et pourtant il devait se reprendre. Être irréprochable, et ne pas laisser voir son trouble – et qui croyait-il duper, sérieusement ? – Il était Captain America, aussi peu digne de ce titre soit-il en cet instant. Il ne devait pas craquer. Il ne pouvait pas craquer. Alors aussi assurément que possible, il essuya les larmes qu'il avait laissé échapper malgré lui et serra les poings, jugulant une vague de nausée.

« Je pense qu'il est inutile d'épiloguer là-dessus pour le moment, » dit-il d'une voix qu'il souhaitait ferme, tout en sachant que cela ne pouvait possiblement pas être le cas. C'était même étonnant qu'il arrive simplement à parler, étant donné la boule persistante qu'il avait dans la gorge. « Nous avons plus urgent à régler, à savoir cette histoire de gemmes d'infinité, ainsi que la possibilité de faire revenir ceux qui ont disparu. Toutefois, je pense qu'il serait plus sage de remettre cette discussion à demain. Nous allons demander à Ross de venir en personne, et je verrais avec Friday si nous pouvons obtenir une ligne sécurisée avec le Wakanda pour communiquer avec la reine Shuri. Si vous connaissez quelqu'un d'autre, c'est le moment de les contacter. Je vous veux tous à neuf heures tapantes en salle de crise. D'ici là, vous avez quartier libre. »

Puis, sans laisser à quiconque le temps de réagir ou de l'interrompre, il quitta la pièce à grands pas. Pour être tout à fait franc, il fuit cette pièce et le poids du regard des autres. C'est essoufflé qu'il gagna sa chambre, et qu'il claqua la porte derrière lui en un rare accès de violence. Pourtant, même une fois certain d'être seul, il ne parvint pas à retrouver son calme. Son cœur battait la chamade, sa vision était brouillée, et son souffle haletant lui rappelait terriblement ses pires crises d'asthme. C'était stupide. Il n'en avait pas fait depuis qu'il avait reçu le super-sérum, des décennies plus tôt. Mais si la sensation d'étouffement n'était que le fruit de son esprit agité, la détresse et l'impuissance qu'il ressentait étaient bien réelles, elles.

Il savait qu'il avait blessé Tony, bien sûr qu'il le savait. Comment aurait-il pu simplement en douter ? Mais voir la douleur, pire, l'incompréhension sur son visage… Il aurait préféré qu'il le frappe. Qu'il hurle, dès le début. Qu'il le haïsse, répugne à simplement le toucher. N'importe quelle réaction aurait mieux fallut que le vide abyssal de ses yeux.

Et lui n'avait rien dit, n'avait rien trouvé à répondre qui ne soit le prénom de Bucky. Rien qui ne puisse être une justification, du moins aux yeux du milliardaire. Et pourtant, Steve n'en avait aucune autre à lui offrir. Peut-être était-ça qui le faisait paniquer, qui le faisait souffrir. Ça, et le fait qu'il ne regrette absolument rien. Bien sûr, il regrettait la façon dont les choses avaient tourné, les conflits les ayant séparés, les batailles les ayant presque tués. Mais il ne parvenait pas à regretter ses gestes ou ses choix. Peut-être préviendrait-il Tony, cette fois-ci. Mais tout le reste… Et c'était sans doute cette triste lucidité qui lui faisait le plus mal.

Tony avait raison, il était lâche. Lâche et incapable de faire face, aux autres comme à ses fautes. Condamné à répéter les mêmes erreurs, encore et en encore. Il avait perdu Tony il y a deux ans, quelque part en Sibérie. Il avait perdu Peggy au même moment, après avoir manqué soixante-dix ans de sa vie. Il avait perdu Bucky il y a plus longtemps encore, parce qu'il avait échoué. N'apprendrait-il donc jamais ?

Abattu, il se laissa tomber sur son lit, prenant sa tête entre ses mains et prenant de larges inspirations. Peut-être plus une crise d'angoisse qu'une crise d'asthme finalement. Et contre ça, nul super-sérum, juste lui contre ses vieux démons nommés culpabilité et remords.

Il n'entendit pas la forte de sa chambre être ouverte sans un bruit, puis refermée tout aussi silencieusement. Il n'entendit pas son visiteur s'approcher de lui à pas lents, puis s'assoir à ses côtés. En revanche, il entendit avec une netteté affolante les murmures réconfortants à son oreille, et savoura avec reconnaissance la main faisant des cercles tranquilles dans son dos. Qu'il était loin le glorieux Captain America ! Mais qui que soit celui qui était ainsi venu en ami, Steve savait qu'il ne serait pas jugé.

Au bout de longues minutes de ce traitement, il finit par se calmer, et essuya d'une main encore quelque peu tremblante les larmes ayant coulé. Encore. Si faible… Il se tourna alors vers son ami, qu'il avait fini par reconnaitre.

« Que fais-tu là, Clint ? » lui demanda-t-il d'une voix basse.

« J'étais venu voir comment tu allais. »

Clint se souciait de lui, c'était un fait établi qu'il ne remettait pas en cause. Mais dès les premiers temps de leur cohabitation à la tour Avengers, ils avaient tous appris à laisser les autres en paix quand ils allaient s'enfermer dans leur chambre. Quoi qu'il puisse se passer, jamais Clint n'aurait rompu cette règle tacite entre eux sous le simple prétexte de « prendre de ses nouvelles ». Il devait forcément y avoir autre chose.

« Qu'est-ce que tu venais faire exactement ? » répéta-t-il alors un peu plus fermement, appuyant sur le dernier mot. L'archer soupira.

« Je deviens rouillé si je ne suis même plus capable de te mentir, » marmonna-t-il dans sa barbe en détournant les yeux, et Steve ne put retenir un sourire, quoique tinté d'amertume. Peut-être que Clint se rouillait, effectivement. Ou peut-être que c'était lui qui avait finalement perdu sa naïveté, désillusionné face à la dure réalité de ce monde moderne.

Mais son sourire s'éteignit aussi subitement qu'il était apparu et Clint soupira, comme fatigué de ce rôle qu'il avait lui-même essayé de jouer. Pourtant, il se tourna aussitôt vers lui, étonnamment résolu.

« Qu'est ce qu'il s'est passé Steve ? »

Le blond soupira en retour, passant une main malhabile dans ses cheveux.

« Que veux-tu que je te dise Clint ? Qu'y a-t-il à ajouter ? »

« J'ai eu la version de Tony, maintenant je veux la tienne. »

Steve haussa un sourcil inquisiteur, mais contrairement à ce qu'il pensait, l'archer était on ne peut plus sérieux. Perdant instantanément son faux air de défi – comme s'il était d'un quelconque effet – il laissa tomber sa tête entre ses mains. Sauf que le brun n'avait visiblement pas l'air prêt à partir, et encore moins à le laisser en paix. Après quelques minutes d'un silence pesant, il le relança.

« Les Accords… je pense qu'on est tous d'accord pour dire qu'il y avait du bon et du moins bon, et les tords sont clairement partagés. On a tous incroyablement merdé, à un moment ou à un autre. Toi et Tony, mais moi aussi, comme Nat, Wanda, Rhodey… »

« J'aurais dû… »

« Oui, tu aurais dû. Et nous aussi. Nous aurions tous dû faire les choses autrement. Mais tu vois, moi je m'en fous des Accords, Tony a au moins raison sur ce point. Alors dis-moi qu'on s'est pas battu pour ça. Qu'on ne s'est pas entredéchiré pour ça. Tout ce que je veux savoir, c'est comment on a pu en arriver là. »

« A vrai dire, je sais ne sais même pas comment les choses ont pu dégénérer à ce point, » laissa-t-il échapper dans un souffle. « Je voulais simplement protéger Bucky. Quand j'ai su qu'il avait tué les parents de Tony, j'ai d'abord refusé d'y croire… avant de voir la vidéo… Je ne pouvais pas laisser quiconque savoir, eux moins que quiconque. Ça les aurait anéantis. Alors j'ai fait disparaitre la bande. Je me disais qu'ainsi, j'avais une chance de recoller les morceaux. J'étais tellement naïf… »

Il exhala un rire tremblant et secoua la tête, désabusé. Comment n'avait-il pas vu que cette décision se retournerait contre lui, contre eux ? Ça le dépassait…

« Mais les Accords sont arrivés, et tout s'est enchainé tellement vite… » reprit-il. « On s'est retrouvé tous les trois en Sibérie, traquant Zemo. Et cette vidéo que je pensais oubliée a ressurgi. Et exactement comme je l'avais craint, ça les a détruits. Bien sûr que je comprends la peine et la colère de Tony, et sans doute encore plus aujourd'hui qu'à l'époque ! Mais quand j'ai vu le visage de Bucky… Ce n'était pas de l'étonnement ou de l'horreur qu'il y avait dans ses yeux, mais de la résignation. J'ignore quand, mais il s'était souvenu de ce qu'il avait fait, et il a porté seul ce fardeau pendant des mois. J'ai… j'ai échoué à le protéger, sur toute la ligne. Je ne pouvais tout simplement pas le laisser tomber maintenant. Pas encore. Alors oui, nous nous sommes battus. Oui, Tony a arraché le bras bionique de Bucky, et oui, j'ai enfoncé mon bouclier dans son réacteur ark pour le neutraliser. Mais comment en sommes-nous arrivés là ? Comment en suis-je arrivé à presque tuer un ami pour en sauver un autre ? Je suis incapable de te le dire. Même moi, je ne sais pas ce qu'il m'a pris. Il y avait Tony qui nous menaçait, Bucky à terre, en sang, et soudain c'était juste trop à supporter. Je ne pouvais pas le perdre une nouvelle fois, à cause de mes erreurs… »

Après ça, il n'y eut plus que le silence, uniquement troublé par sa respiration haletante. Peut-être avait-il hurlé plus que parlé. Comme beaucoup de choses ces derniers temps, il était incapable d'en être sûr.

Mais pourtant, Steve se sentait presque bien. Presque. Ou plutôt, il se sentait épuisé. Complètement vidé. Parler à son ami, devoir véritablement poser des mots sur toutes les erreurs, toutes les horreurs qu'il avait commises… ça lui avait fait du bien, plus qu'il ne l'aurait escompté.

« Je prétends pas comprendre, » finit par lui répondre Clint après un long moment, l'air quelque peu perdu. « Bordel, je sais même pas si quelqu'un le peut. Mais laisse-moi te dire une chose : parles-en avec Tony. Seuls, sans aucun d'entre nous à épier la moindre de vos réactions. Répète-lui ce que tu viens de me dire. »

« Tu penses vraiment qu'il m'écoutera ? » dit-il, désabusé. « Tu sais aussi bien que moi que Tony ne revient pas sur ses décisions. Et s'il a décidé qu'il ne voulait plus entendre parler de moi… »

« Il mérite de savoir… »

Sur ces mots, Clint lui tapa brièvement sur l'épaule en signe de soutien, puis reparti aussi silencieusement qu'il était arrivé. Steve se laissa tomber sur le lit, mains derrière la tête et fixant un point invisible sur le plafond. Lui parler, hein ? Voilà qui promettait…

Il s'endormit sans même s'en rendre…

oOoOo

Il était trois heures du matin lorsque Steve se réveilla. En soi, c'était une heure parfaitement indue pour se lever, mais il se surpris lui-même en comprenant qu'il avait dormi près de huit heures. Entre la fatigue accumulée ces derniers jours et la confrontation avec Tony qui l'avait épuisé nerveusement et émotionnellement, ce n'était pas étonnant qu'il finisse par craquer, aussi résistant soit-il.

Mais le corps reposé et l'esprit enfin clair, il chassa rapidement ces pensées parasites. Oui, il devrait discuter avec Tony, c'était même primordial. Mais plus tard. Dans quelques heures, tout le monde serait réuni en salle de crise, et il devait avoir un plan d'action clairement défini.

Se levant rapidement, faisant fi de son bref étourdissement, il alla prendre une douche et se prépara rapidement. Et même si cela l'étonnait toujours autant que ses affaires soient restées à leur place malgré les deux années écoulées, il n'allait pas s'en plaindre. Même les livres et les papiers amoncelés sur son bureau n'avaient pas bougé. Il contempla d'un air nostalgique ses anciens carnets à dessin. Dessus il le savait, il avait griffonné les visages de tous ses amis. Parfois il s'agissait d'esquisses réalisées hâtivement, simplement pour fixer sur le papier un sourire, une expression. D'autres fois, il s'agissait de portraits infiniment plus détaillés, fruits de nombreuses heures de travail. S'il reconnaissait l'utilité de la photographie et ses indéniables atouts, elle ne pouvait se substituer totalement au dessin. Et pourtant, lui qui même sur le front trouvait toujours quelques minutes pour esquisser sur un morceau de papier déchiré les traits de ses compagnons d'arme, voilà deux ans qu'il n'avait pas touché un crayon. Encore quelque chose à ajouter à la longue, trop longue liste de tout ce qu'il avait abandonné derrière lui. Pour Bucky.

Maitrisant tant bien que mal un haut-le-cœur, Steve se força à se reprendre et quitta sa chambre d'un pas raide, sans jeter un coup d'œil supplémentaire aux visages de papier qu'il savait le fixer. Le juger. Traversant le salon en toute hâte, il gagna la salle de réunion et claqua la porte derrière lui.

oOoOo

Il ne vit pas les heures passer, et c'est Natasha qui le sortit de ses pensées. Elle ne lui demanda rien, ne fit aucun commentaire sur les feuilles couvertes d'écritures et de ratures, se contentant de lui tendre une tasse de café qu'il accepta avec reconnaissance.

« Tout le monde est levé, et les derniers invités ont commencé à arriver, » lui dit-elle.

« De qui parle-t-on exactement ? » lui demanda-t-il.

Il est vrai qu'après avoir rapidement fuit la salle commune la veille, il n'avait pas demandé qui allait les rejoindre. Il n'avait même pas contacté Ross d'ailleurs, comme il l'avait initialement prévu.

« Rhodey a prévenu l'agent Ross après ton départ, mais il n'est pas encore arrivé, » lui répondit aussitôt l'espionne, comme si elle avait lu dans ses pensées. « En revanche, Scott a contacté le docteur Bill Foster. Ce dernier est un ancien collègue d'Hank Pym, et il a travaillé sur la dimension quantique. Quoi que ça veuille dire exactement, il pourrait nous être utile. Stark a également passé plusieurs coups de fil, même s'il ne nous a pas dit à qui. Enfin, nous avons Jane et Darcy qui sont arrivées, et qui attendent avec les autres dans le salon. »

Steve hocha la tête, remerciant l'espionne pour ce compte rendu succinct.

« Dis-leur de venir, nous allons rapidement commencer. »

La russe opina à son tour et quitta la pièce, laissant à Steve le temps de remettre un peu d'ordre dans ses affaires. Mais rapidement, les premiers entrèrent dans la pièce, à savoir Clint, Scott et celui qui devait être le docteur Foster. Il serra la main à chacun d'entre eux, se présentant ainsi au scientifique. Le reste de l'équipe suivit rapidement ainsi que leurs invités imprévus, Darcy pendue au bras du dieu avec qui elle discutait gaiement. Si l'excentrique jeune femme se contenta de lui adresser un grand geste de la main, Jane en revanche vint directement le voir et l'étreignit rapidement. Ils s'étaient peu côtoyés, mais Steve avait toujours apprécié sa fraicheur, son naturel et sa détermination. Elle lui rappelait Peggy par certains aspects.

Il savait que la chercheuse avait rompu avec Thor peu de temps après la Civil War. Et même si le dieu avait visiblement parfaitement compris que l'humaine ne supportait plus ses longues absences et que tous deux étaient restés en bons termes, Steve regrettait néanmoins de ne pas avoir été présent pour eux. Une conséquence de ses actes, encore une, une de plus. C'était une liste sans fin…

Mais rapidement il se détourna d'elle quand Tony fit son apparition dans la pièce, encadré par Bruce et Rhodey, Nebula juste derrière eux. Steve cru qu'il allait tout bonnement l'ignorer – ce que tout le monde semblait penser d'ailleurs – aussi fut-il surpris quand le milliardaire vint se planter face à lui, le regardant dans les yeux.

« J'ai dit ce que j'avais à dire, » lui asséna Tony d'une voix rauque, brisée. Surement avait-il pleuré. « Pour l'heure, nous avons plus important à gérer. »

Et avant qu'il ne puisse le retenir – pour lui dire quoi ? – Tony alla s'assoir à l'autre bout de la salle de réunion, de manière à ce qu'ils soient installés de part et d'autre de l'immense table. Carrant les épaules, refusant de montrer la douleur que lui provoquait ce rejet amplement mérité, il alla s'installer à son tour. Mais avant même qu'il ne puisse prendre la parole, la voix de Friday résonna dans les hauts parleurs.

« L'agent Ross vient de se présenter à l'entrée du complexe. Il est accompagné de deux agents du SHIELD. Dois-je les faire entrer ? »

« Hydra ? » laissa échapper Steve, tout à coup méfiant.

Tous les regards se portèrent sur Natasha et Clint, tous deux ayant travaillé pour l'agence de renseignement.

« Toute l'organisation n'était pas corrompue par Hydra, » répondit la russe à l'interrogation muette. « Après le démantèlement de l'agence en 2013, plusieurs membres du SHIELD se sont rassemblés et ont continué à œuvrer dans l'ombre, sous les ordres d'un nouveau directeur. Je sais qu'ils ont brièvement refait surface de manière officielle après les accords de Sokovie, avant d'être tout aussi rapidement désavoués l'année dernière. Mais aussi hors-la-loi soit-il, le SHIELD n'est pas mort, c'est une certitude. Cependant, j'ignore qui est à la tête du SHIELD à l'heure actuelle et si nous pouvons lui faire confiance. »

« Ces agents sont-ils fiables ? » demanda Rhodey. Et Steve pardonnait tout à fait sa paranoïa au militaire, quand on savait qu'elle l'avait maintenu en vie si longtemps.

« Je suppose, » répondit-elle en haussant les épaules. « Je pense que Ross sait s'entourer. Et si jamais ces espions s'avéraient jouer double ou triple jeu… je suppose que nous pourrions régler ça rapidement… »

Steve médita quelques secondes ces informations. De ce point de vue là… Malgré lui, il jeta un coup d'œil à Tony, pour savoir ce qu'il en pensait. Après tout, il restait le véritable propriétaire des lieux, et était bien plus légitime que lui à donner des ordres à l'IA. Mais il n'y avait rien que de la neutralité sur le visage du milliardaire. Se forçant à se détourner de lui, il interrogea brièvement Natasha et Clint du regard, qui tous deux hochèrent brièvement la tête.

« Friday, fait les entrer. Nous allons les attendre pour commencer. »

« Bien capitaine Rogers. »

Après ça, personne ne reprit vraiment la parole. Il y eut quelques échanges à voix basse, réactions à cette brève discussion et questions pour ceux n'ayant jamais eu de véritables contacts avec le SHIELD. Steve ne dit rien, promenant son regard sur l'assemblée. Les deux espions s'étaient rapprochés l'un de l'autre, intégrant Scott à leur conversation, tandis que Bruce et Rhodey discutaient dans le fond avec Wong. Tony ne se mêlait pas à eux, pianotant distraitement sur l'un de ses Starkpad en lui tournant le dos. Mais Steve connaissait suffisamment le génie pour savoir qu'il faisait tout son possible pour l'ignorer.

Il ignorait ce qu'il vit sur sa tablette, mais Tony se figea brutalement avant de blêmir, le poing serré. Il se leva brutalement, envoyant valser sa chaise au sol, ce qui attira l'attention de tous. Mais le brun ne semblait pas les voir, puisqu'il traversait la pièce d'un pas furieux. Steve s'était levé à son tour, prêt à se prendre un coup de poing – quoi qu'il ignore pourquoi cette fois-ci – mais le milliardaire passa à côté de lui sans lui accorder un seul regard. Steve n'eut pas le temps de le suivre que la porte s'ouvrit face à Tony, tremblant de tous ses membres.

Le premier à passer la porte fut Ross, qui vint directement lui serrer la main, et Steve lui rendit son salut sans même s'en rendre compte. Après lui était entrée une femme typée asiatique, portant le même genre d'équipement que Natasha, et dont le premier réflexe avait été de scanner la pièce, son regard s'arrêtant brièvement sur les caméras et les différentes issues. Bel et bien une espionne donc. Mais derrière eux… Derrière eux il y avait…

C'était impossible…

« Phil… »

C'était Clint qui avait laissé échapper le prénom d'une voix tremblante. Steve tourna brièvement la tête vers lui. L'archer avait les larmes aux yeux, et Nat était devenue incroyablement pâle. Ainsi, même eux ne savaient pas.

Mais son regard revient immédiatement se poser sur l'agent qui leur faisait face. Costume impeccable, sourire en coin, une lueur espiègle brillant dans ses yeux, comme s'il était ravi de l'excellent tour qu'il leur jouait. Mais surtout, il était exactement le même que six ans plus tôt, comme s'il ne s'était rien passé. Il demeurait toutefois silencieux, semblant attendre les inévitables réactions.

« Agent Coulson… » souffla-t-il, malgré lui, avant d'être coupé.

« Bordel, je vais tuer Fury ! »

Ça en revanche, c'était Tony qui, mâchoire serrée, n'avait pas desserré les poings. A vrai dire, il semblait même sur le point d'exploser, et aurait probablement arraché la tête de l'ancien directeur du SHIELD si seulement il avait été présent.

« N'en veuillez pas trop à Fury, » dit finalement l'agent après un silence qui lui parut interminable.

Et c'était exactement la même voix. Les sons, les modulations, même ce petit ton malicieux que ne dissimulait pas totalement son sérieux. C'était lui, sans aucun doute. Ça ne pouvait être que lui !

« A sa décharge, » poursuivit-il, « je suis réellement mort. »

Steve recula d'un pas – c'était plus fort que lui – geste qui fut heureusement camouflé par le mouvement de recul similaire de tous ceux présents, y compris l'agent Ross. Mort ? Comment était-ce seulement possible ? Bien sûr, ils vivaient dans un monde qui n'avait rien à voir avec celui de son enfance, et il pensait rêver plus souvent qu'à son tour. Il se rappelait encore ce qu'il avait dit à Natasha – et était-ce seulement l'avant-veille ?

« Des extra-terrestres, des pouvoirs magiques et maintenant des fantômes et une résurrection ? »

Il n'aurait jamais imaginé être si proche de la vérité…

Mais il y avait plus étonnant encore. Après une surprise toute naturelle, c'était l'horreur qui s'était peinte sur les visages de Natasha et Clint, et non pas la joie ou la stupéfaction comme il s'y serrait attendu.

« Tahiti ? » demanda la russe d'un air effarée. Mais quoi que cela puisse signifier, Coulson hocha la tête, et elle parut se trouver mal. Mais ce n'était rien comparé à Clint, qui semblait sur le point de vomir.

« C'est un petit coin de paradis. » *

Steve regarda Tony, qui venait de parler, ne comprenant pas le sens de la remarque. Et encore moins la tristesse infinie dans ses yeux, qui avait remplacé la colère. Bien sûr que Tahiti devait être une île magnifique, il s'en doutait sans jamais y avoir mis les pieds. Mais il savait, sans en avoir aucune preuve, qu'il y avait quelque chose de plus, caché derrière cette phrase. Et il devait avoir visé juste, puisque les quatre espions présents dans la pièce regardaient le milliardaire avec surprise.

« Comment savez-vous cela ? » l'interrogea la femme dont il ignorait toujours le nom, tout à coup méfiante.

« C'est moi qui ai conçu la grande majorité des protocoles de sécurité du SHIELD, alors bien sûr que je connais le projet Tahiti, d'autant plus que ça concernait initialement les Avengers. Simplement, vu les effets secondaires, je n'aurais jamais imaginé qu'il puisse être un jour appliqué. »

Le génie passa une main dans ses cheveux, l'air mal à l'aise. Toutefois, le masque de confiance et d'arrogance qu'il arborait généralement refit surface sitôt qu'il comprit que ses réactions étaient scrutées par tous. Mais même s'il s'efforçait d'avoir aussi confiant et impassible que d'ordinaire, il ne parvint pas totalement à faire disparaitre son sourire, ni l'affection dans ses yeux. Surprenant tout le monde, et Coulson le premier, il franchit le dernier mètre les séparant et étreignit brièvement l'ancien agent.

« Content de vous revoir agent. »

Après cela, ce fut la débandade. Tout le monde se leva d'un bond et vint entourer l'agent Coulson, lui parler ou le serrer dans ses bras. Thor lui balança une vigoureuse claque dans le dos, Nat avait abandonné sa retenue habituelle pour l'enlacer, et Darcy pleurait à chaudes larmes tout en arborant un énorme sourire.

Et Steve ? Steve n'en menait pas bien large. Bien sûr, il était soulagé, heureux même de voir que l'agent Coulson était vivant et en bonne santé. L'agent avait été d'une aide précieuse après qu'il soit sorti de son long coma, et il était le premier qu'il avait pu considérer un tant soit peu comme un ami, malgré la brièveté du temps durant lequel ils s'étaient côtoyés. Sans lui, il serait peut-être devenu fou. Surement même, à ressasser sans cesse ses souvenirs et tout ce qu'il avait perdu. Tous ceux qu'il avait perdu. Encore. Et encore.

Et face à ce miracle qu'il n'attendait plus, Steve se prit à espérer de nouveau. Il devait y croire. Il voulait y croire. Sinon, que leur restait-il ?

« Il n'y a guère d'espoir. »

Steve ne sursauta pas, quand bien même il n'ait pas entendu Ross s'approcher. Lentement, il promena son regard sur la vingtaine de personne qui était rassemblée dans la pièce. Joie, colère, soulagement, détermination, souffrance. Ils étaient brisés, tous autant qu'ils étaient. Mais dans leurs yeux brillaient la vie.

« Un espoir de fou, » dit Tony avec un reniflement moqueur, s'incrustant sans complexe dans cette discussion qui n'en était pas vraiment une. Le brun ne le regardait pas en face, mais qu'importe : il lui parlait, sans colère ni animosité. Selon Steve, c'était déjà un énorme progrès.

« L'espoir est la base de toute les rebellions, » reprit Ross, citant ce qui devait être une devise quelconque. Quant à savoir si c'était celle du FBI ou de la CIA…

« Ce n'est pas une rébellion, non, » le contredit-il pourtant.

Il fit quelques pas avant de se retourner. Les conversations s'étaient tues et les regards portés sur eux, attiré par leur conversation, ou plus surement par l'explosion qui ne venait pas. Alors Steve leur sourit, avec toute sa haine et sa douleur, avec tous les doutes qui l'habitaient et tout l'espoir qu'il pouvait avoir.

« Nous sommes en guerre. »


* Attention, Spoilers série "Les Agents du SHIELD" saison 1 : Le projet "Tahiti" avait pour objectif de ramener les Avengers à la vie s'ils devaient mourir au combat. Mais tous les cobayes sont devenus fous, et le projet a été abandonné. Lorsque Coulson est mort, tué par Loki dans Avengers, Fury va utiliser le protocole Tahiti sur lui. Pour qu'il ne devienne pas fou, il va faire modifier sa mémoire : Coulson aura ainsi l'impression d'avoir passé plusieurs mois en convalescence à Tahiti. La phrase "C'est un petit coin de paradis" est ce qu'il répétait mécaniquement à quiconque lui demandait des nouvelles de l'île et de ses congés.