De retour à la maison, John invita son fils à s'asseoir sur le canapé du salon, pour discuter un peu, avec eux, de ce qu'il venait de se passer. John était juste à côté de lui et Mary, légèrement en retrait sur le fauteuil.
John soucieux : est-ce tu vas bien Éric ?
Éric hocha simplement les épaules, toute en regardant le sol.
John obligea Éric à le regarder, dans les yeux : je suis très fière de toi mon fils. Tu as remis en place Mr le juge. Il n'avait pas le droit de te parler comme ça.
Éric détourna son regard de celui de son père : il a raison.
John fou de rage : je t'interdis de dire ça !
Éric fixa son père : c'est la vérité. Ses cauchemars me rendent paranoïaque, et violent ! Je n'en peux plus…
John inquiet par la détresse de son fils : tu fais encore des cauchemars ? Pourquoi ne pas me l'avoir dit ?
Mary perdu : de quels cauchemars vous parlez ?
John : j'ai surpris Éric ayant des cauchemars très agité. Des cauchemars sur Dallas. Tu sais, je t'en avais vaguement parler un soir.
Mary : cela me revient. C'était le soir où nous avons reçu sa convocation au tribunal.
John : raconte-nous ton cauchemar, en détail.
Éric secoua la tête : non, c'est trop…
John : Éric, si tu veux que nous t'aidions, il faut que tu nous parles de tes cauchemars. Je ne veux pas, dans un futur proche, que le centre m'appelle pour me dire que tu as fini par tuer quelqu'un ou pire, que tu t'es suicidé.
Éric honteux : mais je…
John : je ne suis pas dupe Éric. Le braquage, tu n'y es pas allé uniquement pour cette affaire de document, ou d'argent. Tu espérais ne pas en sortir. N'ai-je pas raison ?
Éric, tellement honteux, n'osa pas regarder son père dans les yeux, ni même répondre oralement. Il se contenta de simplement hocher la tête de haut en bas.
John : Éric, il est vital que tu nous parles. Nous n'avons que très peu de temps devant nous avant ton départ. Je serai soulagé de te savoir l'esprit enfin libéré. Crois-moi, Éric, tu te sentiras beaucoup mieux après.
Éric hésita à leurs parlers de ce douloureux souvenir. Après tout, tout cela était arrivé à cause d'eux. La seule issue possible, c'était, comme d'habitude, la provocation.
Éric sarcastique : vous espérerez vous racheter une bonne conscience ?
John : Éric, stop ! Je sais ce que tu essayes de faire, mais ça ne marchera pas. Pas cette fois !
Éric : faire quoi ?
John : fuir la conversation. Je sais, nous aurions dû avoir cette conversation le jour où je t'ai surpris en plein cauchemar, mais je ne voulais pas te faire fuir, encore une fois.
Éric : et maintenant ? Je suis sous surveillance policière, donc incapable de fuir.
John haussa le ton : non, maintenant, cela devient incontrôlable, pour toi, comme pour les gens proches de toi ! Alors, soit tu parles maintenant, soit j'appelle un psy maintenant ! Crois-moi, je ne te lâcherai pas ! À toi de voir.
Éric se sentait pris au piège. Son père ne s'était jamais montrer aussi insistant, c'était même de l'obsession. Il réfléchit rapidement à ses options. Il n'avait guère le choix de se confier là, tout de suite. Éric prit une grande respiration et commença son récit.
Éric : à Dallas, j'ai fait la rencontre de Lucas. Il m'a toute de suite aidé, il m'a procuré un petit boulot, et un toit sur la tête. Enfin, ce n'était pas le grand luxe, Lucas vivait dans un genre de hangar désinfecter, avec sa bande de potes. Je ne me suis absolument pas méfié de lui, je pensais qu'il faisait tout cela d'un bon cœur, sauf que ce n'était pas le cas. Lucas est venu à moi, juste pour que je dessine pour lui. Enfin, c'était plutôt de la reproduction d'œuvre d'art. J'ai commencé à avoir des doutes lorsque le rythme s'est accéléré. Lucas me donnait de plus en plus d'œuvre d'art à copier et de moins en moins de temps pour la faire. Et puis j'ai compris, en voyant Lucas marchander avec une de mes copies. J'étais devenu, malgré moi, complice de trafic d'œuvre d'art. Les semaines qui ont suivi, j'ai enquêté discrètement sur Lucas pour découvrir qu'il était pire que je l'avais imaginé. Lucas m'avait bien piégé. Il avait fait de moi un membre de son gang auquel on ne réchappait pas vivant. Et pourtant, j'étais bien décidé à le quitter. Je me suis enfui dans un quartier dont il n'avait pas le contrôle. Je pensais être en sécurité. J'avais tous faux. Un soir, après mettre emmitoufler dans mes couvertures sales et poussiéreuses, deux hommes sont venus à moi. Le plus grand m'a saisi par le col et il m'a claqué contre le mur de l'impasse. Ses mains autour de mon cou, m'empêchaient de reprendre ma respiration. J'étais pétrifié par le froid et la peur. Alors que ma conscience s'échappait lentement, j'ai ressenti une vive douleur à l'abdomen. Quelques choses venaient de rentrer et de sortir de moi. Mon regard s'est posé sur le couteau ensanglanté du deuxième homme. Le premier homme m'a brusquement lâché et je suis tombé de tout mon poids sur le sol gelé. Mon esprit était incapable de suivre le temps réel. J'ai juste entendu, de façon très lointaine.
« Tu es sûrs que ça suffi ? Lucas le veut mort ! »
« Il a déjà un pied dans la tombe, regarde, il crache son sang. Lucas sera content qu'il meure d'une mort lente. »
Et puis j'étais seul. Je tremblais, mais je ne savais pas si c'était de froid ou le choc. Je sentais l'odeur du sang, de mon sang qui se propageait à une vitesse folle sur le sol sale de la ruelle. Ce goût de sang dans ma bouche était des plus désagréables. J'avais l'impression de m'étouffer avec mon propre sang. Et puis rapidement, j'ai ressenti la douleur, une douleur sourde et forte en même temps, comme si on était en train de pénétrer en moi et d'y retirer tout ce que j'avais. La douleur s'est éloigné petit à petit, laissant place à des voix. Des voix qui me disait de tenir bon, que je n'étais pas seul. Il s'avère que ses voix appartenaient réellement à quelqu'un. Elles appartenaient à mon sauveur, Derek. Il m'a pris dans ses bras, aussi doucement que possible, afin de me réchauffer, en attendant les secours. Dans mes cauchemars, je revis sans cesse cette scène, sauf que, à la place de Derek, je vois Mo Mc 'Arnold, qui n'essaye pas de me sauver, mais de me finir en m'étranglant. Un autre cauchemar, encore plus horrible, ou Mo et Lucas, me portent jusqu'à ma tombe et me jettent de la terre pour m'enterrer vivant. Je me réveille toujours au même moment, au moment où je commence à suffoquer. Les sensations sont tellement réelles qu'en s'en est effrayant.
John émus : je… Ce que tu as vécu est vraiment, cela dépasse tout ce que j'avais imaginé. J'ai cru te perdre lors de cette pneumonie, et maintenant, je me rends compte que j'aurai pu te perdre dans des circonstances des plus horribles. Je me suis vraiment conduit comme un imbécile fils. Si tu étais mort dans ces circonstances, je n'y aurai pas survécu. Déjà que je culpabilise beaucoup de la situation actuelle et je…
Éric : papa, je t'ai poussé à bout, volontaire. Quand tu m'as mis à la porte, j'avais déjà pris la décision de partir. J'ai fait des mauvais choix à Dallas. Moi seul. Tu n'as pas à culpabilisé papa. Tu n'es pas responsable de la situation.
Son regard se dirigea aussitôt vers sa mère. Mary comprit le message. Elle se leva et quitta la maison en calquant violemment la porte d'entrée, sans dire un mot.
John soupira lourdement : quand vas-tu parler à ta mère ?
Éric : la blessure de la trahison est encore trop présente.
John : ça va faire trois ans Éric. Tu ne crois pas qu'il est temps de passer à autre chose ?
Éric : je ne peux pas papa, c'est au-dessus de mes forces pour l'instant. Alors s'il te plaît, arrête d'insister.
John : très bien.
Après un long moment de silence.
Éric : papa, est-ce que tu crois que j'ai pris la bonne décision ? Et si j'échouai, comme tout le reste ? Peut-être que je me donne de faux espoirs, et que ma place finira derrière les barreaux, un jour ou l'autre.
John obligea Éric à le regarder dans les yeux : écoute-moi bien mon garçon, tu as pris la bonne décision et je n'ai aucun doute sur ta réussite. Tu es un jeune homme courageux et plein de ressource. J'ai confiance en toi mon fils.
Éric : je… j'ai si peur papa.
John : peur de quoi fils ?
Éric : on dit que ces camps ont extrêmement physique. Regarde-moi, je n'ai plus vraiment ce corps d'athlète de l'époque où je jouai au football. Je suis d'une maigreur à faire peur. Je déteste mon corps. Ce n'est pas moi !
John : ce n'est pas le physique, mais le mental qui compte le plus.
Éric : je n'ai pas vraiment le mental non plus.
John : alors là, je ne suis pas d'accord. Il faut un mental d'acier pour être encore debout, après tous les merde que tu as traversée. Tu peux faiblir de temps à autre, mais tu n'as jamais baissé les bras, au contraire même. Et je pense aussi, qu'une certaine voisine n'est pas étrangère à cela.
Éric : Tami ?
John : oui Tami. Il y a quelque chose entre vous deux ?
Éric : ça ne te regarde pas.
John : ok très bien, je respecte la limite. Mais, laisse-moi te dire que, de savoir que quelqu'un t'attend à l'extérieur peut t'aider à tenir le coup. Tu sais, quand tu es venu au monde, je n'ai cessé de penser à toi, même si j'étais responsable de cette distance. Le faîte de t'imaginer dans mes bras, t'imaginait jouer dans une grande maison, rempli de joie et de rire m'a aidé à me surpasser. À chaque fois que je ressentais la fatigue du travail, je pensais à toi. Tu as été un moteur de motivation dans ma vie. J'espère que tu trouveras cette même motivation en Tami. Tu as le droit au bonheur Éric, même si tu penses ne pas le mériter, même si tu penses que le bonheur est éphémère. Crois-moi, le bonheur vaut vraiment le coup d'être vécu, même un court instant. Tu t'en rendras compte, le jour où tu auras ta propre famille.
Éric se leva d'un bond, rouge de colère : d'où tu sais cela ?
John choqué par ce changement d'attitude : Éric, qu'est ce qui te prend ?
Éric : tu ne pouvais pas le savoir ! (Puis il réfléchit.) Tami. Tami t'a montré ma lettre ?
John se souvient soudain et prit conscience de la bourde commise. Nier ne ferait qu'empirer la situation.
John : écoute Éric, je… oui Tami nous a montré ta lettre, mais… tu sais, elle était tellement bouleversée. Elle voulait simplement que l'on comprenne ce qui t'était arrivé. Que l'on comprenne ton état d'esprit actuel, pour mieux t'aider. Ne lui en veux pas, s'il te plaît. Elle tient énormément à toi. Elle l'a fait par amour pour toi.
Éric hurla : STOP ! Comment as-tu peu faire semblant alors que tu savais déjà toute la vérité ?
John : j'étais sincère Éric, je te le jure.
Éric les larmes aux yeux : pourquoi vous finissez tous par me trahir un jour ou l'autre ?
Éric se dirigea vers la porte d'entrer.
John soucieux : où vas-tu ? Je te rappelle que tu es consigné à la maison.
Éric : je m'en fous. J'ai besoin de prendre l'air !
John : voilà exactement ce que le juge attend de voir. Une fugue de la part d'Éric Taylor, qui est incapable de se contrôler ! Tu as deux options, soit, tu passes cette porte et ton avenir est foutu, soit tu fais preuve de maturité.
Éric rebroussa finalement chemin et se dirigea vers sa chambre. John regarda tristement son fils s'éloigner de lui, encore une fois par sa faute. À chaque fois qu'ils avaient une discussion sérieuse, il finissait par dire un mot de trop et retour à la casse départ.
Éric se coucha sur son lit, les bras surélevant sa tête, regardant le plafond, perdu dans ses pensées. Il pensait être tranquille et prit peur quand une silhouette, sortie de, derrière son rideau.
Éric : Tami ? Qu'est-ce que tu fous ici ? Comment tu es entré dans ma chambre ? Tu es consciente que si les flics te voient, on aura de graves problèmes.
Tami : j'ai fait attention. Il fallait que je te voie avant que tu partes. C'est important.
Éric : je sais déjà que tu m'as trahi ! Tu as confié des choses personnelles à mes parents. Tu n'avais aucunement le droit ! Je te faisais confiance Tami !
Tami : tes parents étaient bouleversés et complétement mise au pied du mur. Je me devais de leur expliquer les histoires avec Mo.
Éric : je ne te parle pas de cela, je te parle de la lettre. La lettre que je t'ai écrite à Dallas. Tu la lus, je le sais puisque tu étais chez Derek, mais pourquoi l'avoir montré à mes parents ? C'était trop personnel ! De plus, ce n'était pas ton rôle putain ! J'ai vraiment besoin que tu arrêtes ça !
Tami baissa les yeux : je suis désolé.
Éric sentit qu'il avait blessé sa meilleure amie. Éric prit alors sa tête entre ses deux mains, il essuya une larme silencieuse sur sa joue et guida, avec douceur, le regard de Tami au sien.
Éric : eh, je ne supporte pas que tu sois triste, surtout à cause de moi. Je n'aurai pas dû m'emporter comme ça. Excuse-moi.
Tami : tu as raison, je… je n'aurai pas dû. Je t'ai trahi, et je... Enfin, je comprendrai que tu en n'aie assez de moi.
Éric sourit : même si je n'en ai assez de toi, je ne peux pas vivre sans toi et pourtant, j'ai essayé. Je t'aime Tami, plus que ma vie.
Tami : dois-je comprendre que tu baisses enfin la garde sur tes sentiments pour moi ?
Éric : peut-être bien.
Tami : puis-je savoir qu'est ce qui a fait plier Éric Taylor ?
Éric : mon père. Il m'a dit que les choses seraient plus faciles, si j'avais une personne qui m'attend à la fin du parcours. Tu es la personne qu'il me faut. Quand je suis avec toi, je me sens moi, tel que je suis réellement. Ce moi, me faisait peur, tu le sais bien, mais toi, à mes côtés, bizarrement, j'ai moins peur. Est-ce que tu veux bien être la personne qui m'attend à la sortie ?
Tami risqua un tendre baiser sur les lèvres de son tendre amour. Éric y répondit avec tant de douceur et se retira avant de perdre le contrôle.
Éric : je te promets que, dès mon retour, nous nous quitterons plus. Je veux construire une vie avec toi. Fini les conneries, je te le promets. J'ai eu tellement peur, si tu savais.
Tami : qu'est-ce qui t'a pris de faire ce braquage ?
Éric : je… Mo avait dit qu'il nous laisserait tranquille après ce dernier boulot.
Tami : tu aurais pu te faire tuer !
Éric : je m'en suis sorti et nous allons construire un avenir, ensemble, dès mon retour, sans que Mo s'en mêle.
Tami : c'est six mois vont être long.
Éric se retourna, il se dirigea vers une boite, posé sur son étagère. Il en sortit un bracelet en argent. Il l'offrir à Tami.
Éric : ce bracelet appartenait à ma grand-mère. Je veux que tu le gardes sur toi. Ça sera comme si j'étais auprès de toi.
Tami : il est magnifique, mais je… je ne peux pas le garder. C'est un bijou de famille.
Éric : ma grand-mère me l'a donné, pour que je le transmets à quelqu'un de spéciale à mon cœur. Tu es cette personne Tami et pardonnes moi d'avoir mis aussi longtemps à le comprendre.
