Chapitre 23 A la tombée de la nuit

Rénatus ne pouvait plus tenir en place. Depuis l'offensive des Aurors à Chicago et la récupération du sceptre, Bletchley avait établi une règle simple : nul ne sortait de leur quartier général. Les Mangemorts s'étaient rabattus sur des catacombes dont l'entrée était perchée sur une falaise. Pour les trouver, il fallait, soit déjà connaître l'endroit, soit être assez fou pour traverser la forêt emplie de créatures dangereuses qui entourait le site.

Le leader des Mages Noirs avait raconté à Rénatus qu'il s'agissait d'un ancien lieu de pratique de rituels occultes et de sacrifices, utilisé à la fois par les sorciers – pour la protection qu'il offrait – et par les Moldus – pour la mysticité que dégageait l'endroit. Le jeune sorcier devait bien avouer que tout cela lui semblait fort obscur, mais il ne chercha pas à comprendre davantage. Il avait besoin de bouger, de se sentir mobile. Rester statique signifiait représenter une cible facile et il ne voulait pas être une cible.

Il tournait en rond dans sa « chambre », essayant de trouver un moyen de s'occuper. Mais il n'en avait aucun. Son seul but était de tuer Harry Potter, et rester au fond de catacombes ne facilitait en rien une tâche déjà bien ardue. Il avait essayé de se distraire, mais aucun des Mangemorts présents ne semblait en avoir le cœur.

Soit ils jugeaient qu'ils avaient d'autres soucis à régler et qu'il devrait les y aider – sur quoi Rénatus leur reprécisait qu'il n'était là que dans le but qu'ils lui apportent leur aide –, soit ils ne trouvaient pas ses occupations intéressantes – sur quoi il rétorquait que les échecs étaient passionnants. La seule possibilité de distraction qu'il avait eue fut lorsque la jeune Parkinson avait frappé à sa porte vers deux heures du matin dans une tenue aguicheuse et qu'il lui avait fermé la porte au nez. Depuis, personne ne l'avait vu sortir de sa chambre.

Alors qu'il devait avoir parcouru près de dix kilomètres en rond, on frappa à sa porte.

« Oui ? demanda-t-il.

— Bletchley veut tenir une réunion, informa la voix d'Augustus Rookwood. Et même si tu ne fais pas vraiment partie de notre cercle, tu y es convié avec la plus vive intention. »

Rénatus maugréa une réponse, attrapa sa baguette et sortit. Les couloirs, éclairés seulement par des chandelles éparses, donnaient un faux sentiment de sécurité. Ils étaient épais et lourd et semblaient pouvoir résister à un siège. Le jeune sorcier savait que si un combat s'y déclarait, il n'y aurait ni gagnant, ni perdant. Juste un carnage.

Une luminosité si diffuse rendait toute reconnaissance impossible, impliquant immanquablement des sortilèges perdus. Des couloirs si étroits ne permettaient pas de déplacements rapides, sans parler qu'on ne pouvait presque pas se croiser. Un plafond si bas nécessitait une attention particulière pour ne pas se prendre un pic qui dépassait. Les innombrables cachettes dans les murs assuraient une perte de temps considérable pour s'assurer de ne pas être surpris. Et enfin, même si les murs faisaient plus de trois mètres et qu'ils étaient quinze mètres sous terre, un sortilège d'explosion bien placé était suffisant pour faire s'effondrer toute la galerie et ensevelir ses occupants.

Rénatus avait déjà tout rapporté à Bletchley, mais celui-ci s'était contenté de répondre que l'entrée seule suffirait à ralentir leurs ennemis pour leur laisser le temps de transplaner, à moins d'étendre le sortilège d'antitransplanage sur un rayon de trois kilomètres.

Au bout d'un temps qui lui parut considérable, ils arrivèrent enfin dans une immense cavité, comme si le tunnel s'élargissait. En fait, il s'agissait bien d'une « pièce », mais comme le reste des catacombes, elle avait été taillée à même la roche et n'avait donc pas de murs ni de porte. Une longue table en pierre, entourée de blocs faits du même matériau, trônait en son centre. Le seul objet qui n'était pas présent à l'origine était l'immense fauteuil en bois sur lequel était assis Bletchley, y siégeant comme si c'était un trône. Rénatus se retint de lui faire une remarque – son « partenaire » n'avait-il pas dit lui-même que le seul Maître était le Seigneur des Ténèbres, mort ou vivant ? – et se contenta de s'asseoir. Les chandelles étaient la seule source de lumière, projetant des ombres étranges sur les murs.

Habituellement surexcités, Rénatus fut surpris de voir que, cette fois-ci, les Mangemorts étaient tous calmes… ou honteux.

« Maintenant que notre cher Rénatus est venu se joindre à notre réunion, nous allons pouvoir commencer.

— Je vous ai déjà dit que je ne faisais pas partie des Mangemorts ! protesta le jeune sorcier. Vous n'avez pas besoin de moi pour vos petites réunions ! Je me sers de votre organisation pour atteindre mon but en échange de mes services quand cela peut vous être utile.

— Eh bien justement, Rénatus, nous allons avoir besoin de tes services. Et ce pour les prochaines décennies…, révéla le leadeur de l'organisation.

— Vous me sous-estimez si vous pensez qu'il me faudra autant de temps pour tuer Harry Potter. Il sera mort bien avant et vous n'entendrez plus parler de moi, assura Rénatus.

— Mais au contraire, Rénatus, au contraire. Tu vas rester avec nous pendant encore longtemps, afin de nous aider dans notre grand projet qui, s'il réussit, te permettra de tuer sans aucun effort le Survivant.

— Il n'est pas question que…

— Tu vas attendre, insista Bletchley, et cela pour une raison très simple : la patience est une vertu qui te sera nécessaire pour atteindre ton but. En échange de tes services pour les trente prochaines années, je te garantis ton Némésis sur un plateau d'argent.

— Vous pensez sincèrement que vous allez pouvoir rester cachés aussi longtemps ? railla le jeune sorcier. Potter vous aura retrouvés et capturés bien avant.

— Détrompe-toi. Mon projet est sans faille, à condition que tout le monde », ajouta-t-il en faisant un tour de table du regard, « s'y plie sans la moindre discussion et ne commette la moindre erreur.

— Et quel est ton plan si magistral ? s'enquit Rénatus, se retenant difficilement de rire.

— Il est très simple : le Retour des Ténèbres. »

Harry avait pu retourner au Bureau des Aurors, mais après avoir assuré à Kingsley et à Ginny qu'il ne repartirait pas sur le terrain. Moore avait promis de le surveiller, même si Dean et Goodlight n'étaient pas vraiment enthousiastes de rester enfermés sous terre alors que le mois d'Août était particulièrement chaud. De plus, le départ de Ron n'avait pas été remplacé.

Celui-ci avait pu reprendre du service après avoir été récompensé publiquement par Kingsley et, lorsque Stimpson était ressortie enfin de Ste Mangouste, il avait pu retourner sur le terrain. Kontschak avait annoncé la trêve de la guerre, suite au retour du sceptre de Mulcahy, avait remercié les Aurors d'avoir agi aussi rapidement et demandé ses excuses pour le mal causé. Il avait passé un accord avec le Ministre garantissant que les Vampires aideraient à la réparation des dégâts et accepteraient d'être jugés par le Magenmagot au complet.

Hermione en était tout excitée, car cela constituerait son véritable baptême du feu et déterminerait l'avenir de son poste. D'après Ginny, elle ne sortait plus beaucoup de son bureau et rentrait tard chez elle, tout comme Ron.

La crise avec les Vampires terminée, les Aurors avaient repris leur train-train habituel, s'occupant des actes de Magie Noire dans le pays, quand les Briscards étaient retournés s'occuper de créatures magiques moins belliqueuses, bien que tout aussi dangereuses.

Les Mangemorts – principaux responsables de tout ce carnage – étaient recherchés dans tous les pays, mais visiblement, ils se faisaient discrets. Aucun d'eux n'avait été vu depuis Chicago et ceux capturés se muraient dans leur silence. Certains se révélèrent même être de simples partisans et non des membres actifs.

Bref, aucun indice sur leur cachette, même si Harry était intimement persuadé qu'ils étaient de retour au pays.

« C'est fort probable », avait admis Moore lorsqu'il lui avait fait part de son idée. « C'est même logique. Nous les avons déroutés, nous avons récupéré le sceptre, ils se retrouvent au point de départ. Sans oublier que nous les pourchassons à présent, ainsi que les Vampires. Et lorsque l'on est recherché, c'est toujours plus simple de rester en pays connu. »

Le jeune Auror épluchait les interrogatoires des Mangemorts capturés – pour d'évidentes raisons, il n'y avait pas participé –, cherchant quelque chose qui pourrait les avoir trahis. Un nom de lieu qui revient, une personne, un nom de code… Une personne.

Harry se redressa subitement sur sa chaise. Il venait de lire l'interrogatoire d'un certain Bernard Cadwallader. Un ancien élève de Poufsouffle – comme quoi, les Mangemorts n'étaient pas tous des Serpentard – dont le dossier à l'entrée de l'Académie d'Apprentissage des Aurors avait été refusé pour cause d'ASPIC non-validées en Botanique et Métamorphose. Il était, depuis, devenu imprimeur pour divers journaux. Un élève visant l'élite et qui avait vu ses rêves brisés par lui-même. Il devait nourrir de la rancœur. La recrue parfaite.

Néanmoins, ce n'était pas la présence de l'ancien Poursuiveur de Poufsouffle qui avait arrêté Harry. L'interrogatoire du jeune garçon faisait mention d'un nom familier, un nom que non seulement Harry connaissait bien, mais qu'il avait déjà lu dans un précédent interrogatoire. Il fouilla dans la pile de parchemins et retrouva ce qu'il cherchait : deux autres Mangemorts avaient cité le même nom.

Drago Malefoy.

« Moore ! appela-t-il.

— Qu'y a-t-il ?

— Je viens de tomber sur quelque chose. Regardez.

— En effet », opina son chef d'équipe après avoir vu les trois interrogatoires. « C'est une sacré coïncidence.

— Que fait-on ? On demande à la Brigade de…

— Non, prenez votre cape, nous allons l'interroger.

— Mais…

— Vous n'allez pas me faire croire que vous, Celui-Qui-Dompte-Les-Dragons, allez respecter les consignes du Ministre de la Magie qui s'attend, de toute évidence, à que vous ne les respectiez pas ? ironisa Moore.

— Ce n'est pas ça…, mais ma femme est encore plus terrible qu'un dragon et…

— Elle n'aura pas besoin de le savoir. Vous pouvez compter sur moi pour ne rien dire, ajouta-t-il avec un clin d'œil. Allez venez !

— Mais si Malefoy résiste et nous attaque et que je finis à Ste Mangouste.

— Malefoy ne nous attaquera pas, il n'a aucune raison de le faire, assura le chef d'équipe. Il sait très bien que sa famille est en disgrâce et provoquer des Aurors n'arrangera rien. Et puis, s'il riposte vraiment et que vous finissez encore à Ste Mangouste, je vous conseillerais de vous y engager directement. Ça économisera pas mal de temps. »

Harry laissa échapper un éclat de rire avant de se lever et de prendre sa cape. Ils se dirigèrent tous deux vers l'Atrium et transplanèrent directement devant le portail du manoir. Dean et Goodlight n'étaient pas présents et visiblement, Moore ne voulait pas les attendre. Le jeune Auror se sentit comprimé plus que d'habitude et lorsqu'il sentit à nouveau le sol sous ses pieds, il ne put empêcher un haut-le-corps et déversa le contenu de son déjeuner. Apparemment, Volenlaire ne plaisantait pas lorsqu'il lui avait déconseillé de transplaner pendant encore deux semaines.

Il s'essuya d'un revers de manche et fit disparaître la marre nauséabonde d'un coup de baguette magique. Son chef d'équipe, après s'être assuré que son partenaire allait bien, avait annoncé sa venue via le portail. Malefoy arriva d'un pas traînant quelques minutes plus tard. Il ne leur ouvrit pas, se contentant de les fixer d'un regard dédaigneux et irrité.

« Que me vaut ce doux déplaisir, Potter ? grommela-t-il. Je vois que tu es venu sans ton rouquin… Ce n'est pas lui qui te commande ? Dommage, ça lui aurait changé…

— La ferme, Malefoy !

— Et irrespectueux en plus. Vous m'en êtes témoins Mr…

— Moore, termina celui-ci. Nous sommes du Bureau des Aurors et voudrions vous poser des questions. Pouvons-nous entrer ?

— Non.

— Veuillez m'excusez ?

— Vous n'entrerez pas ici, refusa catégoriquement Malefoy. Pas sans un décret du Magenmagot. Ma famille a assez souffert comme ça, inutile que le Ministère vienne encore fouiner dans nos affaires. En revanche, je veux bien accepter de répondre à vos questions. »

Harry se retint de lui envoyer une réplique cinglante, voire même une menace. Mais Moore sembla plus enclin au pacifisme et se contenta d'accepter d'un signe de tête.

« Bien. Comme vous le savez, le Bureau des Aurors a réalisé une opération de grande envergure il y a plusieurs jours à Chicago, au cours de laquelle plusieurs Mangemorts et partisans de ceux-ci ont été capturés. Vous en avez entendu parler ?

— Si on veut, confirma le jeune homme, c'est ce qui a valu à ce bon vieux roi Wistilly de passer devant Potter, pour la deuxième fois.

— Malefoy, encore un mot sur Ron et je te fais arrêter pour injure ! menaça Harry.

— Suis-je bête ! s'exclama Malefoy. C'est vrai que, maintenant, c'est toi l'autorité et non moi. J'ai lu cette opération dans La Gazette, reprit-il avec sérieux. J'ai reconnu certains des noms, mais je répète que je n'ai rien à voir avec eux. Pas plus que la dernière fois.

— En revanche, certains d'entre eux vous connaissent, Mr Malefoy, précisa Moore.

— Ah bon ? Ça ne m'étonne pas après tout. Ma famille est aussi connue que celle des Potter.

— Pour d'autres raisons ! trancha Harry.

— Je ne te le fais pas dire, convint Malefoy. Que voulez-vous ? Ils me connaissent, je ne les connais pas. Être célèbre n'est pas un crime que je sache sinon, votre principal criminel est à votre droite, Mr Moore.

— Lors de leurs interrogatoires », intervint celui-ci en faisant signe à Harry de rester calme « ces Mangemorts ont affirmé que Bletchley, leur chef, était venu vous voir à plusieurs reprises…

— Pour essayer de m'engager, reconnut Malefoy. J'ai déjà répondu à ces questions au binoclard à côté de vous. S'il perd en plus la mémoire, je n'y peux rien.

— Je sais, Mr Malefoy », opina Moore avant que Harry n'ait pu une nouvelle fois rétorquer. « Cependant, d'après ces mêmes Mangemorts, Bletchley est venu vous voir plusieurs fois après votre interrogatoire et notamment peu avant l'opération de Chicago. Selon eux, il vous aurait demandé si vous pouviez l'héberger.

— Héberger ce type qui se berce d'illusions ? s'interloqua Malefoy. Plutôt aller dans un nid de dragons !

— Vous niez donc sa venue et sa demande ? interrogea le chef d'équipe avec insistance.

— Je ne vais pas vous mentir, avoua leur suspect. Si Bletchley enrôle des types incapables de garder leur langue, ça le regarde lui, pas moi. Il est en effet venu me voir. Mais jamais il n'a voulu que je l'héberge – l'occasion de le tuer serait trop belle.

« Non, il voulait savoir si je connaissais les anciennes cachettes du Seigneur des Ténèbres lors de la Première Guerre. Mon père m'avait parlé une fois d'une sorte de galerie sous-terraine au bord d'une falaise, à proximité de Despair Bay…

— Le village Moldu face à Azkaban ? s'étonna Moore.

— Celui-là même. Un ancien lieu de Magie Noire lié aux Détraqueurs, d'après ce que j'ai compris. Bletchley n'a rien demandé de plus et est reparti en transplanant. Voilà, c'est tout ce que j'ai à vous dire. Maintenant, laissez-nous tranquille. Astoria croit que vous êtes des précepteurs. »

Sans un mot, Malefoy se retourna. Au loin, sous le porche du manoir, se tenait une silhouette à la longue chevelure blonde. Harry ne pouvait pas voir son visage, mais de toute évidence, Astoria Malefoy semblait inquiète de voir deux hommes en cape échanger une vive discussion avec son mari.

Les deux Aurors restèrent quelques instants immobiles et silencieux avant de se retourner à leur tour. Moore ne transplana pas immédiatement, mais préféra marcher un peu. Harry voyait son regard partir loin, sans doute perdu dans ses propres réflexions. Ils arrivèrent rapidement à l'orée d'une forêt et Moore s'arrêta.

« Nous avons eu raison de venir, se réjouit-il finalement. J'ai déjà entendu parler de cette galerie sous-terraine : il semblerait que ce soit là que Tu-Sais-Qui aurait séjourné peu de temps avant sa chute. Dumbledore avait toujours dit qu'Azkaban l'attirait et des rumeurs circulaient comme quoi il vivait sous terre.

— Il ne reste plus qu'à la trouver.

— Plus simple à dire qu'à faire. Ce que Malefoy ne nous a pas dit – consciemment ou non –, c'est que cette galerie doit être protégée par d'innombrables sortilèges. Nous ne l'avons pas trouvée il y a vingt-trois ans, on ne la retrouvera sans doute pas plus aujourd'hui.

« Il va nous falloir fouiller toute la zone, ce qui risque d'attirer l'attention des Mangemorts. Et s'ils nous repèrent avant que nous le fassions, ils changeront de place. Nous devons agir vite et bien : on n'aura droit qu'à un seul essai. Et pour cela, nous devrons demander l'aide des Vampires. »

Le calme régnait dans la sombre pièce des catacombes. Cela dénotait fortement avec l'ambiance animée du début de la réunion, chacun des convives scrutant Bletchley comme s'il avait perdu l'esprit. Rénatus fut le premier à réagir.

« C'est ça ton plan soi-disant génial et infaillible ?

— Vous en connaissez les moindres détails, ou du moins ceux dont il est nécessaire que vous ayez connaissance.

— Tu comptes utiliser trois gamines innocentes liées à Potter, tout en essayant de le discréditer après avoir renversé et corrompu le Ministère ? interrogea Parkinson, suspicieuse.

— Tu as su résumer parfaitement l'idée. Tu as juste oublié que nous devrons également récupérer les Reliques de la Mort, ce dont Dolohov et Rénatus sont responsables.

— Tu es malade ! décréta alors Yaxley. Le Seigneur des Ténèbres lui-même a échoué dans sa prise du Ministère.

— Parce qu'il n'avait pas toutes les cartes en main, fit observer Bletchley. Il s'est trop précipité et a été aveuglé par sa folie meurtrière visant Potter. Notre objectif n'est pas de tuer Potter, mais de le faire désavouer aux yeux de la Communauté, et cela, c'est très simple.

— Tu es au courant que le Ministère nous est complètement interdit ? Nous n'y aurons jamais accès, aucun de nous, même parmi les plus jeunes.

— D'où l'importance de vivre dans la clandestinité et de poursuivre notre recrutement. Si nous sommes invisibles, les Aurors ne pourront pas nous relier au Ministère. Nous devons agir furtivement, par l'intermédiaire d'attaques rapides et soudaines, sans forcément être de grande ampleur, comme lors de la dernière guerre. Les Walpurgis ont agi ainsi durant des siècles, et continuent dans le reste du monde.

— C'est de la folie ! s'emporta Rookwood. Personne ne voudra rejoindre nos rangs, tous ont trop peur de se mettre le Ministère à dos.

— C'est une bonne remarque, convint alors Montague. Mais vous oubliez un point : nos rangs comptent déjà des membres n'ayant pas participé à la guerre, mais seulement l'ayant vécue. Nous sommes une nouvelle génération et si nous sommes suspectés ou avons fait de la prison, il n'y a aucune preuve réelle de notre allégeance.

« Si Bletchley dit vrai, nous pourrons même recruter des personnes n'ayant pas connu la guerre et ne se doutant pas de qui nous sommes, se croyant dans un climat de sécurité, et leur proposer une façon de vivre « dangereusement ». La peur et le pouvoir nous ont fait rejoindre le Seigneur des Ténèbres, pourquoi ne pas utiliser la confiance et l'aventure ?

— C'est un très beau discours, Montague. Mais que faire quand ils remarqueront que nous ne sommes pas un groupe de vacances ? demanda Travers.

— Nous les éliminerons, comme nous l'avons toujours fait, proposa le jeune Mangemort.

— Le plan consiste à rester discret, rappela Rowle.

— Un meurtre peut facilement être maquillé, déclara Selwyn. Pas besoin de laisser notre trace, nous pouvons tuer autrement que par l'Avada Kedavra. »

Quelques murmures parcoururent la table. Rénatus constata que les plus jeunes préféraient s'abstenir, laissant les plus anciens se mettre d'accord sur le projet de Bletchley. Mais tous passaient à côté de l'élément le plus crucial.

« Vous êtes tous pitoyables ! finit-il par constater lors d'une période de silence.

— Pardon ? demanda Jugson.

— Vous êtes aveuglés par votre… « groupe », en oubliant l'essentiel : le plan !

— Que veux-tu dire ? s'intrigua Dolohov dont les narines frémissaient.

— C'est très simple : le plan de Bletchley consiste à utiliser trois jeunes filles innocentes parentes de Potter et de les retourner contre lui pour en faire des… des quoi, déjà ?

— Des Princesses des Ténèbres.

— Ah oui, ce surnom ridicule pour donner l'illusion qu'elles prendront la suite de Vous-Savez-Qui. Totalement absurde.

— Le terme Comtesses me semblait quelque peu vieillot, confessa Bletchley.

— Le problème n'est pas là, mais qui elles sont.

— Tu as peur de sacrifier trois jeunes filles innocentes ? railla Dolohov.

— Mais non, sombre idiot ! s'impatienta Rénatus. Vous voulez utiliser des parentes de Potter ? Vous rendez-vous compte de ce que cela implique ?

— Cela fait partie du plan, répéta le leader des Mangemorts. C'est la partie la plus ardue, mais elle est réalisable. Nous devrons la peaufiner un peu plus, mais l'idée est d'attaquer simultanément Potter pour qu'il se retrouve dépassé et incapable d'agir.

— Vous êtes encore plus stupide qu'un Veracrasse !

— Tu nous en crois incapables ?

— Vous ne voyez toujours pas ? déplora le jeune homme.

— Non. »

Rénatus ne put s'empêcher de lâcher un soupir d'exaspération. Comment avait-il pu se lier avec des imbéciles pareils ? Il les abandonnerait bien à leur sort, mais aussi doué soit-il, il n'avait aucune chance de parvenir à son but avec une quinzaine de Mangemorts à ses trousses. Sans oublier qu'ils seraient capables de tuer Harry Potter à sa place.

« Alors, je me vois dans l'obligation d'éclaircir vos lanternes de Pitiponks : pour que votre plan fonctionne, encore faudrait-il que ce cher Potter se décide à faire 3 filles ! Or, pour le moment, il n'a qu'un enfant en route et rien ne garantit son sexe. On fait quoi si c'est un garçon ? Et s'il n'a pas d'autres enfants ?

— Tu t'inquiètes juste pour ça ? s'amusa Bletchley. Je vais m'empresser de te rassurer. Il n'est pas nécessaire que ce soit toutes des filles de Potter. Elles doivent simplement avoir un lien de parenté avec lui. La famille de traîtres à leur sang est suffisamment nombreuse pour fournir au moins trois filles, nous devrons pouvoir y arriver. Si je compte bien, il y en a déjà même le compte, mais je souhaiterais que cela concerne Potter et ses amis, Weasley et Granger.

— Tu oublies qu'elles doivent avoir le même âge pour que ça fonctionne.

— Ce n'est pas nécessaire, même si ça faciliterait bien des choses. »

Soudain, un grand bruit se fit entendre à travers les murs, comme une sorte de grondement. Tous se levèrent, baguettes sorties, mais le bruit cessa. Puis il revint à nouveau. On aurait dit des coups de canons. D'où cela pouvait-il bien venir ? Lorsque les murs et le plafond tremblèrent, les recouvrant légèrement de poussière, il devint évident que les catacombes étaient la cible de cet étrange phénomène.

Tous entendirent alors une violente explosion, suivie d'un éboulement. Quelques secondes plus tard, un des jeunes partisans arriva, en proie à une panique incontrôlable.

« Nous sommes attaqués ! hurla-t-il. Quelqu'un nous attaque ! L'entrée a été… »

Mais le jeune sorcier ne put terminer sa phrase, une lame venant de lui traverser la poitrine. L'adolescent baissa ses yeux vers l'arme ensanglantée, avant de mourir dans un râle interminable. Il fut alors soulevé, puis projeté contre l'un des murs avant que le tranchant ne lui soit retiré. Un homme prit sa place et tous les Mangemorts présents le visèrent. Cependant Rénatus comprit très vite de quoi il s'agissait.

Il essaya de transplaner, mais il sentit que l'atmosphère était devenue solide : ils étaient faits comme des rats. Le Vampire arbora un sourire dément, presque sauvage, avant de se précipiter sur eux. Les sortilèges fusèrent, néanmoins la créature disparut et Rénatus réalisa qu'elle se déplaçait trop vite pour que leurs yeux puissent la suivre. Un cri se fit entendre et il vit que Goyle venait de se faire attraper.

Le jeune sorcier fit alors apparaître un pieu qu'il envoya d'un coup de baguette magique en plein dans le bras de leur adversaire. Celui-ci lâcha sa prise puis se tourna vers Rénatus qui lui envoya alors un second pieu, perforant sa poitrine. Le Vampire s'effondra aussitôt.

Malheureusement, ses congénères arrivèrent et ce fut alors un véritable carnage, les Mangemorts se faisant propulser dans tous les sens, tandis que des explosions firent effondrer une partie de la pièce. Rénatus vit Bletchley s'enfuir par la seule issue encore valide et alla à sa poursuite. Il vit que les couloirs étaient jonchés de corps inanimés, mais ce qui attira Rénatus était l'absence de sang. Il constata, à la lueur des chandelles, qu'il n'y avait pas de morsures non plus.

Les Vampires étaient réputés sanguinaires et sauvages, massacrant littéralement leurs victimes. Pourquoi cette soudaine propreté ? D'autant plus qu'en ayant récupéré le sceptre, ils étaient censés les laisser tranquilles. Pourquoi cette attaque si soudaine ? Rénatus entendit derrière lui des pas précipités ainsi que des hurlements, signe qu'il était suivi et que les créatures magiques n'étaient pas loin non plus. Il traversait les couloirs les uns après les autres, essayant de retrouver Bletchley, mais aussi la sortie, lorsqu'une Vampire surgit au détour d'un couloir.

Sans réfléchir, Rénatus sauta sur elle et lui lança un Sortilège Pourfendeur, qui la frappa en plein sur la tête. Cependant, cela ne fut presque d'aucun effet, seule une légère entaille apparut sur le front. La créature ricana, puis lui donna un violent coup dans l'abdomen, projetant Rénatus à travers le couloir, si étroit, qu'il s'écrasa contre l'un des murs. Il ressentit une violente douleur dans le dos et crut même un moment qu'il s'était déplacé une vertèbre.

Il réussit néanmoins à se relever sans encombre et eut juste le temps d'envoyer à nouveau un pieu qui s'enfonça pile dans le creux des deux seins de la Vampire se précipitant vers lui. Rénatus poursuivit son chemin, toujours intrigué par ce qu'il venait de voir : à aucun moment, la Vampire n'avait essayé de le mordre ou de le tuer, si l'on considérait que briser le dos d'un homme sur un mur en granit n'était pas une tentative de meurtre.

Le jeune sorcier continuait à avancer au milieu du dédale de couloirs, la peur et la tension aidant beaucoup à le désorienter, lorsqu'il entendit un cri si perçant qu'il crut sentir ses tympans éclater. Il mit ses mains sur ses oreilles pour essayer de couvrir le son, mais cela ne l'amoindrit qu'à peine. Il pensa voir sa dernière heure arriver, connaissant le terrible pouvoir du hurlement des créatures.

Mais rien ne se passa, il ne se pulvérisa pas. Il était toujours là. Il sentit cependant un liquide chaud qui coulait sur sa joue et comprit qu'il saignait de l'oreille droite. Il essuya le filet de sang d'un revers de la main puis continua. Où était cette maudite sortie ?

Le silence était revenu et Rénatus essaya d'en tirer profit pour se calmer. S'il cédait à la panique, il y resterait, c'était certain. Et il ne pouvait pas mourir ici, pas maintenant. Il utilisa le sortilège des Quatre Points pour se repérer. Il savait que l'entrée était le point le plus à l'ouest des catacombes, pile au bord des falaises. La baguette indiqua la direction du nord derrière lui, ce qui signifiait qu'il devait aller sur sa droite. Il avança jusqu'à trouver un carrefour. Il n'y avait plus aucun son, plus aucun cri, plus aucun bruit de pas. Étaient-ils tous morts ? Rénatus continua toujours tout droit, devant parfois rebrousser chemin devant un cul-de-sac.

Au bout d'une vingtaine de minutes, il reconnut le large couloir qui servait de vestibule. Il n'y avait personne, mis à part plusieurs corps allongés. La lueur de la Lune réussissait à pénétrer légèrement et Rénatus s'approcha de l'un des partisans pour vérifier son hypothèse. Il ne lui fallut qu'une seconde pour constater qu'il n'était pas mort. Ses blessures, compte tenu de la violence habitant les Vampires, étaient minimes – juste deux côtes brisées et un bras broyé – et il n'y avait aucune trace de morsure, ni au cou ni ailleurs.

Un grondement provint alors du fond des catacombes et Rénatus regarda en direction du couloir duquel il provenait. Le grondement se fit de plus en plus fort, puis le sorcier distingua très clairement le bruit de la roche qui s'entrechoquait. Il alluma sa baguette en direction du tunnel plongé dans l'obscurité et ce qu'il vit l'horrifia : celui-ci était en train de s'effondrer.

Il se retourna et se précipita vers la sortie, aussi vite qu'il put. Il sortit quelques secondes avant que l'entrée ne soit bouchée. Il se jeta au sol, le visage dans l'herbe, l'air marin emplissant ses narines, le souffle court. Il suait à grosses gouttes, comme jamais il n'avait sué. Reprenant son souffle, il se mit à quatre pattes. À peine avait-il esquissé ce mouvement qu'il en détecta un autre dans son champ périphérique. Il se retourna et vit un sorcier pointer sa baguette sur lui.

Il était plus jeune que Rénatus, sa main tremblait et il semblait hésiter sur ce qu'il devait faire. Le Mangemort n'attendit pas qu'il se décide : il lui lança un Sortilège de la Mort puis s'enfuit en direction des bois qu'il voyait à quelques dizaines de mètres derrière lui. Il entendit des hurlements et sentit des sortilèges s'abattre tout autour de lui. Mais il continua à courir en direction de la protection de la forêt.

Lorsqu'il fut sous le couvert des branches, il tenta un regard derrière lui : une quinzaine de sorciers – sans aucun doute des Aurors – courait à sa poursuite. Rénatus reprit sa fuite sans s'arrêter, traversant la forêt sans jamais dévier de sa route. Les branches lui giflèrent les joues, les ronces lui éraflèrent les jambes et les racines le firent trébucher à plusieurs reprises. N'osant utiliser sa baguette, par crainte de se faire repérer dans l'obscurité, il se contenta d'affronter la végétation à mains nues, essayant de l'anticiper en aiguisant ses sens et particulièrement sa vue.

Les hurlements des Aurors cessèrent au bout d'un moment, mais il ne s'arrêta pas, ne ralentit même pas. Ses poumons étaient en feu, ses jambes, déjà lacérées, semblaient aussi lourdes que du plomb, mais il ne fléchit pas. Après une course effrénée qui lui parut durer des heures, il arriva enfin à l'orée des bois.

À peine eut-il réalisé ce détail qu'il tourna sur lui-même et transplana chez lui directement.

Ron regardait le corps sans vie du jeune Auror, à quelques mètres seulement de l'entrée des catacombes. Il ne le connaissait que de vue, sachant uniquement qu'il était de la promotion précédente à la sienne et en pleine formation. Son visage était terrifié.

« Triste sort, n'est-ce pas ? déclara Moore, juste derrière Ron.

— Je crois que je ne m'y ferai jamais. À chaque fois que j'en vois un, je vois…

— Votre frère ?

— Hmm…

— Malheureusement, vous en verrez tous les jours si vous continuez ce métier, prophétisa son ancien chef d'équipe. Si vous ne pouvez pas supporter la vue d'un cadavre, alors…

— Ce n'est pas la vue d'un cadavre. C'est la vue d'un mort sur un champ de bataille. Quelqu'un qui a été fauché alors qu'il défendait ses valeurs.

— C'est le lot de toutes les guerres.

— Vous en avez encore beaucoup, des remarques dans ce genre ? » s'agaça Ron en détournant pour la première fois le regard du jeune Auror pour le fixer sur Moore. « Parce que si c'est le cas, soit Harry va finir fou à lier, soit il va se mettre à les ressortir. Et dans un cas comme dans l'autre, c'est moi qui vais finir par péter les plombs.

— Je vois que vous gardez un certain sens de l'humour, Mr Weasley, constata Moore.

— Vous y voyez un inconvénient ?

— Pas le moins du monde », répondit l'Auror dans un grand sourire.

Un bruit se fit entendre derrière eux. Ils se retournèrent et découvrirent Harry qui venait les rejoindre. D'un simple regard, il fit comprendre à Ron que sa présence ne devait jamais être divulguée à Il-Savait-Qui. Et pour rien au monde Ron ne voudrait lui rapporter que son ami avait participé à l'opération : tout d'abord parce qu'elle le tuerait sans doute, mais surtout parce qu'elle le tuerait lui, son propre frère.

« Du nouveau ? s'enquit-il.

— Non. Aucune trace du mystérieux inconnu, ni de Bletchley, révéla le jeune Auror. Les « anciens » sont tous capturés, ainsi que plusieurs que nous suspections d'être Mangemorts, mais comme nous n'avons qu'une liste incomplète, impossible de savoir si nous les avons tous. Les Vampires ont aussi trouvé pas mal de jeunes sorciers, ne portant pas encore la Marque des Ténèbres.

— Sans doute des pions sacrifiables comme ceux que nous avons capturés à Chicago, supputa Moore. Globalement, c'est une opération réussie. Si les principaux membres sont entre nos mains, Bletchley ne pourra pas compter sur une organisation effective avant plusieurs années.

— Il risque donc de sombrer dans la clandestinité, fit remarquer Ron, et devenir d'autant plus difficile à attraper.

— La clandestinité nous arrange, assura le vieux chef d'équipe. S'il veut se faire discret, il ne s'amusera pas à tuer à tort et à travers. »