Il ne manqua personne au moment du départ. Même Aiko avait rejoint la vigie dès l'aube. Dès l'arrivée du groupe d'explorateur la veille au navire, elle avait disparu dans les entrailles de celui-ci pour se reposer dans sa cabine. Ace de son côté avait bossé sur les trajets jusqu'à deux heures du matin avant de finalement se coucher à son tour. Finalement il n'avait pas pu se rendre dans un bordel, trop fatigué par les deux derniers jours. Ce n'était peut-être pas plus mal.
Quand le bateau quitta le champ magnétique de l'île, le temps devint aussitôt plus instable. Des vagues plus hautes les unes que les autres frappaient la coque.
— Je crois que l'on ne va pas y couper cette fois, informa Trévor.
— Oui, tu peux le dire. Que l'on fixe tout ce qui risque de se briser rapidement. On remplacement les gars de la vigie dans une heure. Il vaut mieux raccourcir les temps de veille.
— Pas de problème Ace. Pense aussi à te mettre à l'abri pendant la tempête. Il ne manquerait plus que tu passes par-dessus bord.
— Ne me porte pas la poisse, s'te plaît.
Les deux pirates éclatèrent de rire pendant quelques instants avant de reprendre leur sérieux. Chacun repartit à ses occupations.
Les heures qui suivirent parurent durer trop longtemps pour les pirates. Leur endurance était mise à rude épreuve avec cette tempête. Ils se relayaient tous les uns après les autres pour maintenir le navire dans le bon cap, ouvrir les écoutilles afin d'évacuer le trop-plein d'eau qui s'infiltrait par le pont lorsqu'une vague le submergeait.
Ace se tenait au niveau du pont supérieur se retenant à la barre avec Matt. Par sécurité, il avait noué autour de sa taille une corde comme la plupart des pirates qui ne voulaient pas passer par-dessus bord. Il avait vu un peu plus tôt Aiko rentrer dans le couloir des cabines pour en ressortir peu de temps après avec une nouvelle tenue et bizarrement sans ses sabres. Ses vêtements étaient moins fluides mais ne semblaient plus l'alourdir dans ses mouvements. Il fallait dire que le kimono n'était pas forcément l'idéal par temps de pluie.
— Aiko, viens me donner un coup de main à la barre, cria-t-il. Matt, tu iras te poser un peu.
— Je peux encore tenir.
— Tu es sur le front depuis le début. Tu n'as même pas eu le temps de manger un morceau.
— Comme tu veux. Tu devrais aussi prendre une pause.
— Ne t'en fais pas pour moi, je suis très résistant. Mais je ne suis pas contre une tranche de gigot quand tu reviendras.
— Mais oui, avec une chope de bière, j'imagine.
— Ce serait tentant.
Au même moment, Aiko arriva. Elle saisit la barre en remplacement du second de l'équipage. Elle changea rapidement de position pour avoir une meilleure poigne sur la barre. Ace et elle tenaient chacun une moitié de la barre afin de réduire le trop d'effort. Il fallait en prime se maintenir debout face au vent et aux vagues.
— Tu ferais mieux de t'attacher, miss.
— Par rapport à toi, je sais nager.
— Je n'en doute pas une seconde, mais avec ces vagues et ce courant, je doute que tu parviennes à rejoindre le navire.
Avant même qu'elle ne puisse répondre, Ace lui noua la corde qui retenait auparavant Matt.
— Voilà, c'est mieux comme ça. Je n'aime pas perdre bêtement un membre de mon équipage. On en a encore pour un moment avec ce temps pourri.
— Et toi, tu ne fais pas de pause ?
— Après, quand Matt reviendra. En attendant, tu vas devoir me supporter.
Ace remarque à ce moment, une lame plus courte à la taille de sa nakama.
— Tiens, tu ne l'avais pas dans tes affaires quand tu es venue sur le navire.
— Je l'ai acquis sur l'île que l'on vient de quitter. Elle est plus facile à porter par ce temps-là. Au moins je ne reste pas désarmée. On ne sait jamais, peut-être que j'aurais une possibilité de te mettre une raclée pendant la tempête.
— Tu ne t'enlèves vraiment pas cette idée de la tête. Attention, accroche-toi, on va se faire rincer.
A peine la phrase terminée, qu'une vague recouvre le dessus du bateau. Tout le monde est secoué et pour la plupart, le fait d'être attaché les empêche de passer par-dessus bord. Aiko et Ace se mirent à recracher l'eau qu'ils avaient avalée. Les yeux de la chasseuse la brûlaient avec le sel. Elle avait même l'impression de n'être qu'un corps fait uniquement de sel.
— Tout va bien ? Demande Ace en crachant les dernières traces de mer.
— J'en ai marre.
— Bienvenue sur un océan déchaîné. Il faut que l'on tienne encore un peu. On va finir par sortir de cet enfer.
— Plus vite on en sort et plus vite je pourrais me changer. J'ai l'impression de peser une tonne. Je comprends maintenant pourquoi tu te balades à moitié à poil.
Ace éclata de rire devant le commentaire d'Aiko. Il n'avait jamais pensé à ça une seule seconde. Pour lui, être torse nu était une habitude, surtout avec l'utilisation de son fruit du démon. La pluie eut tôt fait de retirer le reste du sel sur sa peau et aussitôt il activa ses flammes pour se réchauffer. Il ne pouvait peut-être pas se sécher complètement, mais au moins, il maintenait une bonne température pour ne pas refroidir son corps.
Pour Aiko, comme pour ses autres nakamas, c'était différent. Eux ne possédaient pas de fruit du démon qui leur permettrait de ne pas tomber malades. Ace ne pouvait même pas en faire profiter à la miss. Il la brûlerait automatiquement. C'était vraiment le seul inconvénient de son pouvoir, hormis le fait de ne plus pouvoir nager.
Un nouvel assaut de la mer les heurta de plein fouet. Cette fois Aiko ne put résister à l'eau et glissa sur le pont supérieur. Elle ne dut son salut qu'à la corde et la poigne de fer qui la maintint.
— Ben alors, tu veux me fausser compagnie ? On commence seulement à s'amuser.
— Tais-toi foutu pirate.
— Voilà comment tu me remercies, c'est sympa.
Aiko reprit sa place rapidement. Les éléments étaient véritablement déchaînés. Le mât commençait à souffrir de la tempête. Ace ordonna à la vigie de redescendre. Il ne fallait pas que celui qui était en poste bascule à la mer. Le bateau montait et descendait dans les vagues. Des creux de plusieurs dizaines de mètres se dessinaient. Personne n'avait le temps de s'extasier devant ce spectacle. À la moindre fausse manœuvre, le navire pouvait se retourner et se briser dans cette magnifique étendue d'eau.
Alors que tout le monde tentait le tout pour le tout de rester en vie, un hurlement à l'avant du bateau se fit entendre.
— Capitaine, nous avons un problème ! s'écria un pirate avec une crête de coq.
— Qu'est-ce qui se passe encore ? Spike prend la relève, je vais voir.
— Pas la peine de bouger, commenta Aiko. Regarde en haut.
Au-dessus du bateau, les nuages semblèrent s'écarter. Mais ce n'était pas pour un ciel bleu. Une menace encore plus dangereuse n'allait plus tarder à leur tomber dessus. Des rochers incandescents transperçaient le ciel qui rougissait à vue d'œil.
— Alors là, ça craint, commenta Ace.
— Ah oui, tu trouves, toi ?
— On ne va pas avoir le choix, toute voile d'avant. Ne perdez pas de temps, hurla Ace.
Au même moment Matt et Spike rejoignirent leur capitaine pour prendre la relève à la barre. Ils se doutaient tous les deux que leur capitaine allait tenter quelque chose pour empêcher la destruction inévitable du navire. Ace défit la corde qui le retenait et se dirigea vers l'avant du bateau.
Aiko fit la même chose, mais prit place à l'arrière. Personne ne comprit la manœuvre de la jeune femme.
— Aiko, reste attachée. Tu vas passer par-dessus bord, lui cria Spike.
— La corde va plus me gêner qu'autre chose.
Soudain, elle se rappela que ses deux sabres se trouvaient dans sa cabine. Elle fit demi-tour rapidement et tout en titubant pénétra dans les entrailles qui la conduisaient à sa cabine. Moins d'une minute plus tard, elle était de nouveau en place, prête à dégainer. Elle se concentra sur ce qui lui arrivait dessus. Au même moment Ace s'enflamma dans une grande gerbe.
— Colonne de feu ! cria-t-il.
Les rochers au-dessus fondirent sous la haute température des flammes. À l'arrière du navire, Aiko avait fermé les yeux. Cela faisait longtemps qu'elle n'avait pas utilisé cette méthode. Elle n'était pas sûre d'y arriver. Surtout que là les rochers n'étaient que de la lave en fusion. Elle murmura pour quelque chose puis dégaina ses deux lames qu'elle croisa. D'un bon, elle se jeta sur les pierres et hurla. Les lames semblèrent trancher le vent. Les rochers ne bougèrent pas immédiatement, puis éclatèrent en morceaux.
La chasseuse retomba sur le pont arrière et rangea ses lames. Juste après, le navire prit le vent et se mit à survoler les vagues par la puissance du vent. Aiko fut déstabilisée et son corps se retrouva projeté hors du navire. Alors qu'elle se voyait déjà tomber dans l'eau, un corps l'entoura complètement.
— Je te tiens, Aiko.
Cette dernière reconnut aussitôt Spike. Tous les deux ne devaient leur salut qu'à la corde qui les reliait au pont. Le temps parut durer une éternité pour eux avant qu'ils sentent enfin qu'on les tirait vers le haut. Spike avait lâché la barre sans se poser la moindre question et avait sauté dans le vide. Ses jambes et ses bras entouraient la jeune femme par le torse, ne tenant pas compte de la proximité de leur corps. Aiko était toujours sur le coup de la surprise et ne s'en rendit compte qu'une fois qu'elle fut sur le sol. Instinctivement, elle s'écarta de quelques pas.
— Mer..Merci beaucoup.
— Pas de problème. Tu nous as évité de couler.
— Hé tout va bien ? s'inquiéta Ace en arrivant à leur niveau.
— Sans aucun problème, capitaine. En plus on a enfin quitté la tempête, constata Spike.
— Ouais, c'était du bon boulot. Tu nous avais caché ce talent, dis donc.
— Je n'ai pas à te montrer toutes mes capacités. Il me faut bien des bottes secrètes pour te vaincre. Bon vu qu'il ne pleut plus enfin, je vais pouvoir me changer et me sécher. C'est horrible comme ça peut coller à la peau.
Aiko se releva et abandonna les pirates présents pour aller se reposer un peu. De son côté Ace fit le tour du navire en compagnie de Trévor afin de voir l'étendue des dégâts subits par le navire. Le mât principal ne tenait plus à pas grand-chose. Ils avaient de quoi le rafistoler un peu en attendant la prochaine île. Décidément le Spade en subissait des avaries. Ace avait le navire depuis East Blue. Il avait déjà vécu pas mal d'aventure. Mais il n'y avait pas de doute, il lui fallait un bateau plus solide, capable de naviguer sur Grand Line. Cela devenait une priorité maintenant.
Les cales avaient pris aussi l'eau, mais à l'heure actuelle, les trous étaient rebouchés. Quelques hublots avaient aussi volé en éclats dont celui de la chasseuse. Elle l'obtura en poussant son armoire. Tant pis si elle devait se passer de lumière jusqu'à la prochaine escale. Après tout, elle ne l'occupait que pour dormir. Elle était même tentée par une sieste. Seulement, elle était sûre qu'on viendrait la chercher pour aider aux réparations de fortune. Elle se dépêcha de se changer et de retourner sur le pont. Elle aida à la cuisine afin de remettre tout dans les armoires. Par chance la vaisselle avait résisté aux remous. Elle était principalement composée d'ustensiles en bois.
Le soleil se couchait quand enfin chacun put savourer le repos tant mérité. Le temps était doux et la plupart des pirates étaient allongés sur les différents ponts sous la surveillance du capitaine et de son second.
— J'espère que la nuit sera plus calme, commenta Matt.
— Je l'espère aussi. Je ne pensais pas que Grand Line soit aussi mouvementé. À notre arrivée sur cette mer, on avait finalement eu de la chance. Tiens, mais qu'est-ce qu'elle fait encore ?
— Ah, sa cabine a pris l'eau comme la mienne. On était sur le mauvais côté du navire pour une fois. Du coup les matelas sont complètement imbibés d'eau.
— Merde, on n'en a pas de rechange ?
— Non. Les derniers ont dû être jetés suite à des punaises de lit. Pour moi le problème ne se posera pas. Il y a de la place dans le dortoir des gars. Mais je la vois mal dormir avec nous, même si tous l'ont accepté comme une des leurs.
— Tu as raison, il ne vaut mieux pas prendre le moindre risque.
Ace grimaça en pensant qu'il n'allait pas avoir le choix. Il devait lui prêter sa cabine pour qu'elle puisse être tranquille, au moins le temps que son matelas sèche. Si dans le fond il avait largement de la place pour eux deux dormir, en sachant qu'ils avaient déjà partagé une chambre, le plus délicat resté à lui proposer la moitié de son lit. Il ne comptait pas se priver de ce confort que lui prodiguait son statut de Capitaine. Quand il vit qu'elle retournait vers sa cabine, il se décida à la suivre.
Il la trouva en train de tordre dans un seau ses draps.
— Tu sais, tu n'es pas obligée de faire ça. Ils sècheront tout aussi bien sur le pont arrière avec le vent. Demain ils n'auront plus une seule trace d'humidité.
— Peut-être, mais au moins, ainsi cela ira plus vite.
— Pour cette nuit, je t'offre l'hospitalité.
— C'est bon, je peux m'installer sur le pont pour la nuit.
— Tu déconnes et si jamais il se remet à pleuvoir ? Tu comptes faire quoi ?
— Je me débrouillerai.
— Arrête de faire des tiennes et accepte pour une fois sans rechigner. On a déjà passé quelques nuits ensemble et aux dernières nouvelles, il ne sait rien passé. Il n'y aura rien non plus cette nuit. Comme toi, je compte dormir et récupérer des dernières heures. En plus, tu pourras profiter de la salle de bains. Réfléchis-y.
Ace la laissa tranquille et regagna sa propre cabine. Il n'était pas contre un nouveau short.
Le soir venu, aucun pirate qui n'était pas de garde ne traina. Si tout le monde était ravi de s'en être sorti, ils étaient tous trop épuisés pour faire une partie de cartes, boire ou même discuter. Ace remplissait de son côté le journal de bord avec les derniers événements quand on toqua à sa porte. Il se douta bien de qui pouvait venir à cette heure.
— Entre.
Aussitôt une tignasse verte passa par l'entrebâillement. Elle se glissa discrètement et referma derrière elle. Elle avait pris avec elle, une tenue de rechange et ses armes.
— Rassure-moi, tu ne comptes pas dormir avec ?
— C'est tentant mais absolument pas confortable. Mais je préfère les avoir à portée de mains.
— La salle de bains est libre si tu as besoin. Je termine quelques bricoles et ensuite on pourra se coucher.
Aiko regarda le lit. Elle se doutait bien qu'elle allait devoir partager le même matelas. Celui d'Ace était assez grand pour deux personnes. Elle espérait grandement qu'il tiendrait promesse et qu'il n'ait pas les mains baladeuses. De toute façon si cela se produisait, il goûterait à sa méthode de persuasion pour le faire changer d'idée. Elle déposa ses sabres dans un coin de la pièce et se dirigea vers la douche. Au moins de ce côté-là, elle ne serait pas embêtée. Le verrou était toujours présent. Aiko souffla un bon coup en s'appuyant contre la porte. La nuit promettait d'être longue.
Il ne lui fallut que dix minutes pour être prête pour se coucher. Seulement la gêne s'empara d'elle en patientant qu'Ace termine son travail. Elle ne savait pas de quel côté elle pouvait se mettre sans être délogée quelques minutes après. Le capitaine des Spade était tellement pris dans la rédaction des dernières lignes, qu'il n'avait pas remarqué que la chasseuse attendait juste à côté de lui. Quand il leva la tête enfin de ses papiers, il fut légèrement surpris.
— Tu sais tu peux te coucher. Je vais bientôt éteindre les lumières.
— De quel côté ?
— Comment ça ?
— De quel côté je peux me mettre ?
— Ah, ça. N'importe lequel. Je prendrais l'autre bout. Si tu veux, il y a dans mon armoire un deuxième jeu de couverture, si tu as peur.
— Tu as promis, donc je vais te faire confiance. Mais un geste déplacé et tu te retrouveras découpé en morceau.
— Je pourrais presque avoir peur.
Aiko préféra ne pas répondre et s'installa sur le côté droit du lit. De ce qu'elle avait remarqué, l'oreiller semblait peu utilisé. Cela devait donc être le côté sur lequel Ace ne dormait pas. Elle se glissa sous les couvertures et tourna le dos à son capitaine. La fatigue était vraiment très présente. La douce chaleur qui régnait dans la chambre la berça d'une agréable façon. Elle plongea bien avant qu'Ace ne la rejoigne dans le monde des rêves.
