Bonjour et bienvenue sur le chapitre 22 !
Ok, je suis désolée de le sortir aussi tard, mais j'avoue qu'il a pris un peu de retard et je voulais vraiment mettre tout ce que je voulais dedans sans oublier le moindre détail. Désolée pour le retard, mais au moins, on est encore Samedi !
Concernant le titre, Ex Nihilo c'est du latin et cela signifie : À partir de rien, En partant de rien.
J'espère que le chapitre vous plaira ! On se voit à la fin. Bonne lecture !
XXII – Ex nihilo
La première chose qui frappa Newt lorsque ses pieds foulèrent le sol du domaine de Kladamanten fut probablement l'étendue de ce dernier. Le dragonologue avait en fait élu domicile dans une vraie forteresse. L'endroit devait probablement s'étendre sur plusieurs hectares et était bordé d'une vieille muraille en pierre qui semblait tombée en ruine et incapable de protéger le lieu d'une quelconque invasion. Elle était simplement présente pour délimiter le terrain qui lui avait appartenu autrefois. Probablement avait-il fixé ses charmes de dissimulations moldues sur ces mêmes murs.
L'herbe était haute et une multitude de maisonnettes et de tours en ruines parsemaient le champ. La nature avait visiblement repris ses droits sur toute construction humaine et ils peinèrent presque à avancer à travers les alpages. Le paysage lui rappelait les contrées Écossaises. L'air y était particulièrement frais et tout était désert par ici. Il n'aurait pas pu trouver meilleur endroit pour faire ses études de dragonologie. Newt ne fut pas étonné qu'il ait été un homme si compétent dans son genre. Kladamanten avait beau avoir été du mauvais côté, l'anglais ne pouvait définitivement pas nier que ses recherches avaient énormément aidé la cause de la magizoologie. Le seul homme au monde à pouvoir prôner réussir à endormir ses pansedefers ukrainiens pendant des semaines sans risquer les moindres retombées. Ses mixtures étaient convoitées à travers la terre entière.
Mais il n'y avait pas le moindre dragon à l'horizon. Sans surprise, Grindelwald avait probablement emporté tout ce qu'il pouvait sur son passage sans en laisser la moindre miette. Et le mage noir était particulièrement consciencieux. Newt sentit ses pauvres espoirs partir en fumée lorsque cette idée lui traversa l'esprit. Ils n'avaient que très peu de chances de trouver la moindre formule dans les anciens quartiers de Kladamanten. En fait, ils n'étaient même pas sûr de trouver l'endroit en bon état. Rien n'aurait pu empêcher Grindelwald de simplement brûler tout ce qu'il trouvait sur son passage, sans laisser la moindre trace des travaux de son tout nouvel outil.
Newt ne s'attendait pas trouver des réponses à toutes ses questions. Mais il espérait, du fond du cœur, qu'il aurait au moins quelque-chose à se mettre sous la dent – une piste, une empreinte oubliée. Même le plus pauvre indice qui soit était à prendre. La raclée que Rosier et McVaugh avaient administré à leur équipe était telle qu'ils savaient tous qu'ils ne survivraient pas à une attaque de leur duo couplé à la puissance de Grindelwald.
D'autant plus que le mage noir devait également profiter de cet ingrédient qui les rendaient tous anormalement puissants. Kladamanten était leur seule piste et cet endroit était pour le moment leur seul espoir.
Ils ne tardèrent pas à approcher d'une bâtisse qui semblait rénovée avec du bois, là où le reste des ruines n'étaient que de grands tas de pierres parfois encore empilées ensemble pour former un semblant de mur.
Ce qu'ils devinèrent être le refuge de Kladamanten était placé au bord d'une falaise. Newt s'avança près du vide et regarda vers la mer un instant. Les hauteurs ne lui faisaient pas particulièrement peur et le vent frais qui lui arrivait de face eut au moins le mérite de le réveiller un peu. Coincé entre les bureaux du MACUSA et du ministère, cela faisait bien trop longtemps que l'anglais n'avait pas respiré un air pur comme celui-ci, que ses yeux ne s'étaient pas posés sur une nature aussi belle depuis un moment.
Il y avait eu l'Amazonie, mais son voyage en Amérique du Sud avait très vite viré au cauchemar, jusqu'à lui faire vivre l'un des moments les plus douloureux de toute sa vie. Il était passé à un cheveu d'une mort certaine. Et depuis ce jour, cet instant, sa vie avait été bouleversée sans même qu'on ne lui demande son avis au préalable. Une part de lui aurait aimé fuir, ne plus jamais avoir affaire ni à Graves, ni au MACUSA, ni même à Tina. Newt était intimement convaincu qu'il n'avait pas sa place ici. Certes, ses recherches pouvaient peut-être sauver quelques vies et améliorer les conditions des aurors qui allaient combattre Grindelwald. Mais il était persuadé qu'on lui demanderait davantage. Qu'on lui commanderait de se rendre sur le champ de bataille, où il n'aurait ni sa place, ni le choix de déserter. C'était un paradoxe dans lequel on l'avait embarqué et tant pis si cela ne lui plaisait pas.
Cette atmosphère lui rappela avec amertume l'époque de la guerre. Celle où on lui avait ordonné d'utiliser ses connaissances et sa passion à des fins meurtrières. Mais cette fois-ci, il n'était pas entièrement sûr de pouvoir passer outre ce que le gouvernement lui demanderait. Tant le ministère que le MACUSA savaient désormais jusqu'où s'étendaient ses compétences et s'il ne répondait pas à l'appel, il aurait la mort des milliers d'innocents sur la conscience et devrait probablement subir des restrictions concernant ses droits de magizoologue.
Il n'était pas fait pour ça. Mais il n'avait pas le choix. Une main se posa sur son épaule, il n'eut pas besoin de se tourner pour deviner à qui cette dernière appartenait. Et si le geste de Graves se voulut rassurant ou même réconfortant, Newt ne le vit pas du même œil. Il sentit cette dernière comme un poids qui appuyait sur ses épaules, qui lui rappelait que la société magique n'était pas la seule à compter sur lui.
C'était également le cas de ceux qu'il aimait. Ceux qui l'empêchaient de disparaître pour ne plus jamais revenir, de faire preuve de lâcheté et de tourner le dos à ce que pouvait bien attendre la confédération et n'importe quelle autre institution officielle qu'il méprisait.
Qu'il s'agisse de Graves, de Tina, de Queenie, de son frère. Il comprit avec amertume ce que Graves voulait dire par faiblesse, lorsqu'il parlait d'amour. Newt avait toujours eut l'impression naïve que ses nouveaux amis l'avaient rendu plus fort. Mais aujourd'hui, il se posait la question. La noirceur de l'âme du directeur avait quelques-peu déteint sur la sienne, le privant de son éternel optimisme innocent. C'était à double tranchant.
Il ne lui en voulait pas. Il serait incapable de lui en vouloir, pensa-t-il en plongeant ses yeux dans les iris sombres de l'américain.
Sans qu'il ait besoin de prononcer un moindre mot, l'anglais tourna les talons pour reprendre le chemin du refuge de Kladamanten. Graves marcha à ses côtés, dans un silence qu'ils connaissaient bien maintenant. Un silence qui leur ressemblait.
L'entrée se trouvait en haut d'escaliers extérieurs qui bordaient deux des quatre murs de la bâtisse. Lorsqu'ils arrivèrent sur le pallier, ils trouvèrent Haddad déjà en train de forcer la serrure à l'aide de sa baguette.
« Ça ne s'ouvre pas. » Il fronça les sourcils. « Le sort qui a été utilisé a l'air puissant, ma baguette ne détecte pas la moindre signature magique. » L'auror s'écarta pour laisser la place au directeur qui s'intéressa de plus près à la serrure.
Il sonda à son tour la porte du bout de sa baguette et n'omit aucune contestation face à ce que son second venait de lui faire remarquer. Il arqua un sourcil à son tour et murmura plusieurs sorts mais aucun cliquetis significatif ne se fit entendre.
Sans prévenir, Newt s'avança alors et tourna la poignée. La porte s'ouvrit, sans le moindre fracas.
« Ce n'était pas verrouillé. » Affirma-t-il avec un sourire discret. La situation l'amusa plus qu'il n'aurait bien voulu l'admettre.
Et alors Haddad sentit la honte fourmiller dans tout son corps, Graves arbora une mine hargneuse.
« Je m'étais dit que ce serait probablement piégé. Et que ce serait inconscient d'essayer. » Grinça-t-il mais l'anglais l'ignora royalement, laissant les deux hommes baigner dans un silence significatif.
Newt était, quant à lui, déjà passé à autre chose. La pièce était saccagée, une grande partie des travaux du dragonologue étaient chiffonnés au sol et de nombreux ouvrages en papiers étaient déchirés, brûlés, trempés dans des grands barils d'eau. Grindelwald avait passé l'endroit au peigne fin et n'avait pas laissé la moindre trace exploitable. Il avait laissé certaines choses dans un mauvais état, pour ne pas déroger à sa règle numéro une : Celle qui consistait à toujours laisser un maigre espoir à son adversaire. Le mage noir ne laissait généralement aucune chance, mais jouait avec l'espoir de ses victimes. C'était ce qu'il avait fait pour Newt et Graves le jour où il avait tranché sa jambe, c'était ce qu'il avait fait pour Credence en utilisant un navire plutôt que d'assurer le voyage avec un portoloin. C'était une façon de faire qu'il avait pris soin d'inculquer à ses sbires, et c'était aussi la raison pour laquelle McVaugh avait tenu parole le jour où Newt lui avait tendu le cristal.
Le souvenir douloureux déchira quelque-chose dans sa poitrine mais il fit abstraction de cette sensation désagréable pour se concentrer pleinement sur sa tâche. Les environnements de travail d'un magizoologue, d'un dragonologue, d'un alchimiste avaient tous un point commun : C'étaient des espaces destinés à la science magique, et les expérimentations étaient on ne peut plus présentes, étant donné que la magie rendaient ces dernières incroyablement plus simples que celles des moldus. Si Grindelwald n'avait laissé aucune trace écrite des travaux de Kladamanten, Newt essaierait de le comprendre d'une autre manière, avec une approche plus… Brute, que celles des récits du dragonologue.
« Faites attention où vous mettez les pieds. » Il marqua une pause en désignant une page déchirée. « Certains documents peuvent peut-être encore être sauvés. »
Sur les innombrables étagères étaient parsemés des centaines de flacons, cassés et vidés pour la plupart. Newt lança un charme de protection sur ses mains et inspecta soigneusement chacune des bouteilles pour essayer de trouver des détails sur la contenance, mais chaque étiquette avait été rayée et lorsqu'il murmurait un sort pour renverser la flèche du temps de la fiole, rien ne se passait. Le contenu ne lui était pas restitué, et les noms ou les compositions ne revenaient pas à la normale. Ce fut au bout d'une longue heure de silence, que l'anglais passa à décortiquer chaque bien ayant appartenu à Kladamanten, que son pied heurta quelque-chose.
« Scamander ? » Demanda Graves, en voyant enfin la mine du magizoologue passer de concentrée à perplexe. Le directeur n'en dit rien, mais il commençait lui-même à perdre espoir et patience. Les recherches n'avançaient pas et l'endroit ne lui disait rien qui vaille.
« Qu'est-ce que… » Newt ne lui répondit pas immédiatement. Il scruta le sol plus longtemps. Il avait marché sur ce tapis délavé des centaines de fois à force d'aller-retours dans la pièce, et venait seulement de remarquer ce qui clochait.
Il se décala une fois à droite, puis à gauche, puis de nouveau au centre du tapis. Le plancher en dessous sonnait étrangement creux et son pied butait contre quelque-chose de surélevé. Il fit signe à ses deux partenaires de s'écarter et enroula le tapis sur lui-même pour débarrasser le sol de ce dernier.
Une trappe, mal dissimulée, était là. Graves arqua un sourcil lorsqu'il vit l'anglais s'approcher de cette dernière pour l'ouvrir et attrapa son bras pour l'en empêcher.
« C'est dangereux. » Fit-il. Il s'agissait là plus d'une question de bon sens que de n'importe quel instinct protecteur. Les sorciers étaient généralement bien plus créatifs que ça lorsqu'il était question de cacher ce qui ne devait pas être découvert. « Une trappe en évidence, je préfère m'en méfier. »
« J'y vais. » Haddad s'avança sans attendre son ordre. Il savait déjà que ce serait à lui de s'avancer vers le danger. C'était son rôle, et il n'avait pas l'air de s'en plaindre plus que ça. Mais la situation ne sembla pas plaire à Scamander.
Graves sentit la résistance de l'anglais mais refusa de lâcher. Alors il abandonna.
« Faites attention. » Adressa-t-il à l'auror en chef, mécontent d'être entravé ainsi.
À l'instant où Haddad se trouva suffisamment enfoncé dans le sous-sol, Newt fit volte-face et se sépara de la main du directeur, irrité.
« Il faut que vous arrêtiez de faire ça, Sir Graves. » L'américain croisa les bras, désabusé. « Peu importe la façon dont vous me considérez. Je… » Son ton de voix et la façon dont les mots sortirent de sa bouche témoignèrent du dégoût dont il faisait preuve à cet instant. « Je ne suis pas un enfant sur lequel vous devez garder un œil. »
L'idée était répugnante et mettait ses nerfs à vif.
« Vous êtes à côté de la plaque. » Graves parut épuisé, lassé. « Je ne dis pas que vous n'êtes pas expérimenté, mais notre façon d'appréhender les dangers du terrain est drastiquement différente. Et vous êtes actuellement sous mon commandement, donc vous suivez mes ordres, comme le ferait mon second, comme le feraient mes aurors. » La façon avec laquelle il souligna qu'il ne faisait aucune distinction entre Haddad et lui à cet instant fut presque blessant pour Newt, mais il ne releva pas. Cette discussion n'était pas personnelle. « Je ne vais pas vous laisser vous jeter dans la gueule du loup comme vous ne cessez de le faire depuis que j'ai croisé votre route. »
Mais s'il continuait, elle le deviendrait. Il serra les poings
« Je n'ai aucun mal à me plier à vos « ordres » comme le reste de vos hommes, mais le traitement que vous me réservez est entièrement différent du leur. Ne me mentez pas. »
Graves pouffa de rire et l'anglais écarquilla les yeux.
« Vous admettez ? » Scamander lui lança un regard de défi. « Vous me faites une tirade sur le fait que vous me traitez comme le reste de vos aurors, mais vous savez que c'est faux. Et je ne suis pas le seul à l'avoir remarqué. » La bombe était lâchée. Il ne fut pas explicite concernant le nom des Goldstein, mais il avait enfin quelque-chose entre les mains qui lui permettrait de tenir tête au directeur, et peut-être même d'avoir raison en fin de compte.
Mais l'américain étendit son sourire, et Newt resta de marbre, circonspect devant sa réaction.
« Vous parlez de Haddad ? » Demanda Graves, et Newt commença à secouer la tête, mais il n'eut pas vraiment le temps de protester. « C'est un Legilimens. Il n'a pas besoin de lire entre les lignes. Et puis ce n'est pas comme si le regard d'autrui m'importait. »
L'anglais s'étouffa.
« Je vous demande pardon ? » Il était outré et sentait trahi. « Et quand aviez-vous l'intention de m'en parler ? »
Le directeur s'avança doucement dans sa direction sans décroiser les bras et se pencha sur lui, gardant tout de même une distance juste assez correcte pour ne pas être indécente. Mais sa position n'empêcha pas Scamander de sentir le feu envahir son visage.
« J'attends toujours le bon moment pour utiliser les avantages qui se présentent à moi. » Sa voix était calme, et son ton cynique. « Quoi qu'il en soit, votre argument ne tient pas la route. »
Newt haussa les épaules, la lueur d'arrogance qui trônait au sein de son regard n'avait pas bougé.
« Je ne parlais pas de l'auror en chef. » Il ignora volontairement la pique du directeur, et ce dernier fronça les sourcils.
« Qui, alors ? » Graves sembla essayer de cacher l'insistance avec laquelle il posa sa question, mais abandonna au bout de quelques secondes seulement lorsqu'il se rendit compte que l'anglais avait parfaitement saisi.
Ce fut à cet instant que la voix de l'auror résonna pour déclarer que la voix était libre, et Scamander adressa un sourire insolent au directeur avant de s'engouffrer dans l'entrée cachée, ne prenant même pas la peine de répondre à son partenaire. Ce dernier le suivit, mais l'expression qu'il arborait témoignait de son obstination.
« Scamander. Répondez-moi. »
« Je pensais que le regard d'autrui ne vous importait pas. » Lui répondit-il, jubilant d'avoir quelque-chose à répondre au directeur.
Newt jeta un œil par-dessus son épaule lorsqu'il ne reçut aucune réponse de son interlocuteur et sursauta lorsqu'il se rendit compte que Graves s'était rapproché, un air particulièrement agacé sur le visage. Et qu'il ne s'arrêtait pas.
« Qu'est-ce que… »
Avant de pouvoir formuler la moindre question, il se retrouva plaqué contre l'un des murs froids de la cave, l'avant-bras du directeur barrant son torse et l'empêchant de s'échapper. Il piqua un fard, pas totalement sûr de comprendre ce qu'il lui arrivait. Haddad n'était pas loin et Graves était en train de s'emporter pour… Il ne savait même pas pourquoi, en fait. Ou peut-être ne voulait-il pas l'admettre.
Il attendit patiemment son sort. Leurs visages étaient anormalement proches et il retint sa respiration tout du long. Le regard sombre du directeur était verrouillé au sien, et alors que Newt s'attendit à de nouveaux tourments, rien ne sembla sortir de la bouche de l'américain. Il entrouvrit plusieurs fois les lèvres, fronça les sourcils à maintes reprises, mais rien ne se passa.
Alors il se retira. Rien d'autres que leurs souffles saccadés n'avait été échangé, et l'anglais sentit un boule de frustration naître dans son estomac. Graves tourna les talons et alors que Newt resta immobile essayant de connecter deux neurones pour réagir, il s'arrêta, quelques mètres plus loin.
« Vous finirez par me tuer. » Il tourna très légèrement la tête, pas assez pour pouvoir le regard dans les yeux mais suffisamment pour que le magizoologue aperçoive le sourire qui s'était dessiné sur ses lèvres. « Et vous ne serez même pas désolé. »
Sa réaction eut au moins le mérite de réchauffer le cœur de Scamander. Il ne sut pas exactement pourquoi est-ce qu'il ressentit cela à cet instant, mais c'était là et c'était agréable. Plus agréable que leurs échanges épineux et leur fâcheuse tendance à se renvoyer des piques plus douloureuses les unes que les autres.
Tout comme vous pensa Newt. Mais il n'en dit rien.
« Tina et Queenie. » Lui répondit-il enfin, et Graves sembla soulagé. Il pencha doucement la tête sur le côté. « Votre plus grand secret est entre de bonnes mains. » L'américain ne put retenir un éclat de rire mais reprit bien assez vite son sérieux, tentant vainement de garder une certaine image auprès du magizoologue. Mais ce dernier n'en tint nullement compte.
Et il avança, rattrapant le directeur avec une petite foulée. Haddad était déjà en train de fouiller la place et n'eut pas besoin de demander son reste lorsqu'ils entrèrent dans la pièce. Il se contenta de lever les yeux ciel et continua ses recherches. Si Graves était aussi expressif que ce que Tina lui avait dit, et que Haddad était aussi puissant que Queenie… Alors il savait déjà tout. Peut-être même un peu trop.
« Vous devriez jeter un œil à ça, Scamander. » L'auror se tourna vers lui, désignant le sol du menton.
Le magizoologue s'avança et écarquilla les yeux lorsque son regard se posa sur ce que Haddad voulait lui montrer. Une poudre incroyablement brillante et aux couleurs arc-en-ciel tapissait les pavés de la cave. Les traces ne semblaient mener nulle part, et pourtant, Newt sut parfaitement ce qu'il avait devant lui. Il passa ses doigts dessus et examina la substance de plus près. Il se releva, les sourcils froncés.
« Un opaloeil des antipodes. » Devant les regards consternés de ses partenaires, il secoua la tête et reprit. « C'est une race de dragon. C'est l'une des plus belles créatures qu'il m'ait été donné de voir un jour. Ils ne sont pas agressifs et ne tuent que de petits gibiers pour se nourrir. Ils ont une nature douce et sont incroyablement intelligents, en fait… Ils sont capables de ressentir les intentions de ceux qui se trouvent autour d'eux. » Il marqua une pause, et commença à chercher autour de lui d'où cette poudre pouvait bien venir. « Et cela les rend particulièrement difficiles à capturer. Mais il y a autre chose. »
« Ils sont invisibles, non ? » Fit remarquer Haddad et Newt fit un geste dans sa direction.
« Pas exactement. Leurs écailles leur répondent et sont magiques. Elles reflètent la lumière et ils peuvent utiliser cette dernière à leur guise, ce qui rend leur camouflage excellent. » Il se frotta la nuque. « Cette poudre n'est rien d'autre qu'une écaille qui a été émiettée. Les opaloeils des antipodes sont très peu connus du monde de la magizoologie tant ils sont indomptables. Je ne connais pas toutes les facultés de leurs écailles et si Kladamanten a réussi à s'en procurer, qui sait ce qu'il a pu découvrir. »
Et tandis que Graves et son second l'écoutaient attentivement, Newt cherchait désespérément un bocal, n'importe quel récipient qui aurait été susceptible de contenir ladite poudre. Mais il n'y avait rien de tel. Le sol était recouvert d'une fine couche d'eau sur laquelle la poudre avait été déversée et la plupart des travaux de Kladamanten étaient irrécupérables ici.
Newt fronça les sourcils. Quelque-chose n'allait pas. Grindelwald était un homme intelligent, et si cette pièce avait renfermé un simple indice qui les mèneraient vers leur Saint Graal, alors il n'aurait jamais fait l'erreur de laisser cette trappe visible.
Enfin, si. Il l'aurait fait. Pour leur laisser un espoir.
« Il y a une autre pièce. Il y a une autre pièce cachée ici. » Haddad arqua un sourcil.
« J'ai inspecté l'endroit de fond en comble et je n'ai pas trouvé de sort de dissimulation, pas plus qu'une porte ou une autre trappe. »
Graves roula des yeux et soupira avant de claquer des doigts et un vent glacial souffla de l'intérieur de la pièce vers les murs. Le courant d'air traverse le corps de Newt et l'anglais se sentit comme mis à nu l'espace de quelques secondes. Ce fut à cet instant qu'il comprit ce que le directeur venait de faire. Il avait pu sentir le sort de traque le parcourir, sonder la moindre once de puissance magique en lui et le quitter pour laisser un vide étrange qui le rendit nauséeux quelques secondes. Il adressa un regard noir à l'américain, lui intimant silencieusement de prévenir la prochaine fois qu'il ferait une telle chose. Et puisque ce dernier leva une deuxième fois les yeux au ciel, il en conclut qu'il avait parfaitement compris son message subliminal.
« Il y a quelque-chose derrière ce mur. Ce n'est pas camouflé par un sort de dissimulation, et il n'y a pas de porte. »
Sans perdre une seule seconde, Newt s'avança vers l'endroit désigné par Graves et tapa soigneusement sur chaque brique jusqu'à chercher quelque-chose de creux. L'une d'entre elle finit par céder sous la pression de ses doigts, et chaque pierre sembla se retirer pour trouver sa place entre ses deux voisines, ouvrant lentement un passage dans le mur en face d'eux.
« Je m'attendais à un sort impénétrable, venant du plus grand mage noir de tous les temps. » Fit l'auror et Newt se tourna vers lui. « Comment avez-vous su qu'il y avait une pièce adjacente ? »
L'anglais esquissa un sourire. Il appréciait particulièrement quand sa perspicacité était reconnue, même si force était d'admettre que la chose le gênait plus qu'il ne le fallait. Ses pensées se bousculèrent les unes après les autres, rendant son esprit particulièrement impossible à lire tant il était désordonné, mais une phrase finit par trouver son chemin.
« Grindelwald a un faible pour la symbolique et le désespoir. Il laisse toujours une chance à ses ennemis mais elle est si maigre, et les probabilités qu'ils la saisissent sont si faibles qu'ils finissent souvent par ne jamais s'en emparer. » Il se racla la gorge. « Il a laissé cette trappe en évidence en pensant que si nous tombions dessus et nous rendions compte qu'elle était vide, notre soif de secrets seraient étanchée. Et que par conséquent, nous ne chercherions même pas plus loin. C'était aussi pour cette raison qu'il a laissé de la poudre. C'est un indice suffisant pour détourner l'attention, mais qui n'a aucune valeur seul. »
Graves prit les devants, refusant une fois de plus que Newt mette un pied là-dedans en premier et ne lui laissa pas le choix. L'anglais ne protesta pas mais garda un œil sur le directeur tandis qu'il s'avançait. Ils n'étaient probablement supposés trouver cette pièce et si Grindelwald n'avait pas piégé le reste de l'endroit, peut-être l'avait-il fait ici.
« Voyons maintenant si la pièce manquante du puzzle se trouve ici. » Déclara alors l'américain. Et à la seconde où il posa un pied à l'intérieur, un hoquet de surprise lui échappa. « Scamander. »
Le concerné s'avança avec un air circonspect et sa réaction fut bien plus expressive que celle du directeur.
La pièce s'avéra être bien plus grande que ce que le magizoologue avait pu imaginer, mais ce fut ce qui gisait dans l'un de ses coins qui l'alarma. Ce qui sembla être une créature aux allures de dragon était recroquevillée sur le sol froid et sa peau était recouverte d'égratignures encore purulentes, dont le sang qui semblait se remettre à couler de temps à autre avait séché et arborait désormais une couleur marron. L'odeur n'était pas des plus agréables, mais Newt ne sembla pas s'occuper d'un détail aussi insignifiant.
Devant lui se trouvait un opaloeil des antipodes, qui survivait plus qu'il ne vivait.
« C'est l'un de ces dragons ? » Demanda Graves, étonné que Newt ait qualifié la bête comme l'une des plus belles qu'il ait vu de sa vie.
« Ses écailles ont été arrachées. » Grinça-t-il avant de se jeter près de l'animal souffrant. Son premier réflexe fut de sortir sa baguette et de couvrir ce dernier d'un sort qui atténuerait la douleur.
L'état du dragon était véritablement lamentable, et il y avait une chose pour laquelle Newt ne pouvait rien : Les écailles ne repoussaient pas. Elles grandissaient, mais ne repoussaient pas si jamais elles étaient arrachées.
« Dis-moi. » Il passa une main douce sur le cou de l'animal. L'opaloeil n'était déjà pas un dragon excessivement grand et celui-ci était relativement jeune. Il devait être seulement âgé d'une quinzaine d'années. « Dis-moi comment tu te sens. »
Haddad et Graves restèrent muets devant la scène. L'auror en chef ne comprit pas tout de suite le comportement du magizoologue et adressa un regard perplexe à son supérieur, qu'il gratifia d'un « Il sait parfaitement ce qu'il fait. » pensé suffisamment fort pour être compris.
Scamander fit de nouveau tourner sa baguette et un voile brillant se posa sur le corps tout entier du dragon. Le voile prit quelques secondes à s'ajuster, et lorsque le sort fut complété par un dernier geste du magizoologue, ce dernier prit la forme des écailles brillantes de l'opaloeil. L'animal se tortilla davantage, semblant se sentir un peu mieux qu'avant mais son état n'en fut pas meilleur.
« Regarde. Tu peux me parler maintenant. Je te comprendrais. »
Et une fois que ses mots, toujours prononcés sur un ton léger, passèrent la barrière de ses lèvres… La couleur du voile changea immédiatement. Elle passa d'abord de plusieurs nuances de bleu jusqu'au rouge sang, et Newt tenta d'interpréter du mieux qu'il pouvait ces dernières. Il savait que le bleu très clair virant vers le blanc était synonyme de paysages enneigés et qu'il servait à faire migrer les populations d'opaloeils vers des contrées plus réchauffées. Le rouge quant à lui, était raccordé à la vue du sang et témoignait de ses nombreuses blessures. Le dragon avait froid et était blessé, deux informations que l'anglais avait déjà réussi à récolter en l'observant et en touchant sa peau glacée. Ses écailles n'étaient plus là pour absorber la lumière et le réchauffer, et puisqu'elles étaient également son seul moyen de cracher du feu, alors le dragon n'avait simplement trouvé aucun moyen de se tenir au chaud.
Le voile, alors brillant, vira vers un noir charbon, jusqu'à devenir si profond que Newt crut se perdre dans la couleur. Et quelques secondes plus tard, il fit volte-face, les yeux bordés de larmes.
« Je ne peux pas faire ça. Je ne peux pas faire ça. Je ne le ferais jamais. Je ne peux pas le faire. » Graves prit une grande inspiration en se rendant compte de l'état de l'anglais et s'approcha de lui, inquiet.
« Que se passe-t-il ? » S'enquit-il, sur un ton qui se voulut réconfortant.
« Je ne le ferais pas. Je n'en suis pas capable. »
L'espace d'un instant, le directeur faillit lui poser la question plus sèchement et perdre patience mais il croisa le regard assombri de son auror en chef qui le retint de briser davantage Scamander. Alors il attendit. Il attendit que le magizoologue parle, lorsqu'il clignerait enfin des yeux et qu'il sortirait de cette demi-folie qui lui faisait répéter qu'il ne le ferait pas. Même si cela impliquait de ne pas savoir ce qu'il en retournait.
Sa patience finit par payer.
« Le noir est la couleur du désespoir. Lorsqu'un opaloeil se recouvre de noir, c'est qu'il veut que les autres l'abandonnent. C'est qu'il se sacrifie pour empêcher le danger d'atteindre le reste de la horde. » Il marqua une pause. « Mais le noir peut avoir une seconde signification… Lorsque l'un d'entre eux est blessé et que la douleur lui est insupportable. »
Il n'eut pas besoin d'en dire plus. Graves saisit immédiatement ce que Scamander essayait de dire et comprit que ce dernier n'aurait jamais le courage d'abattre l'un de ceux qu'il avait juré de protéger. Même si cela ne correspondait pas à un acte de vile cruauté.
« Je sais que c'est nécessaire, mais je… Je ne peux juste… »
« Je m'en occuperais. » Murmura Haddad, surprenant les deux autres hommes.
« Ce n'est pas un trophée que vous pouvez emporter chez vous, c'est une vie, c'est… C'est uniquement parce qu'il souffre… » Lui répondit Newt, plus sec qu'à son habitude.
L'auror, qui aurait dû se sentir insulté, arbora à la place un sourire triste. Il secoua la tête et posa une main sur l'épaule de l'anglais.
« Je ne prends aucun plaisir à tuer, si telle est votre inquiétude Sir Scamander. » Son regard trouva celui du directeur. « Contrairement à d'autres, j'ai voté en faveur de votre venue ici et des nouvelles initiatives concernant les animaux magiques. »
Newt écarquilla les yeux mais il ne dévisagea pas l'américain pour autant, qui quant à lui, sembla vouloir tuer son second d'un simple regard. Heureusement, il ne releva pas immédiatement le fait que Graves lui ai probablement planté un couteau dans le dos alors qu'il était celui qui avait démasqué Grindelwald dans son enveloppe charnelle et avait permis son sauvetage.
Le dragon était bien plus important que la moindre querelle humaine qui pouvait planer sur eux à ce moment-là.
« Très bien. Je… » Il essuya d'un revers de la manche les larmes qui avaient trouvé leur chemin sur ses joues et reprit contenance, semblant un peu plus confiant que plus tôt. « Connaissez-vous un moyen indolore ? »
Haddad hocha doucement la tête.
« Vous devriez couvrir vos bouches et vos nez. » Newt et Graves ne prirent pas longtemps avant de s'exécuter, faisant apparaître deux masques en cuir d'un coup de baguette et l'auror les imita.
Aussitôt, il claqua des doigts et une brume s'échappa lentement de la paume de sa main. Dès que le dragon huma cette dernière, il cligna plusieurs fois des yeux jusqu'à somnoler. Il eut l'air infiniment plus apaisé que plus tôt, la douleur tendant mille fois moins ses traits. Et lorsqu'il fut près de s'endormir, Newt encercla son immense cou de ses bras, effleurant avec une main légère la peau, évitant soigneusement chaque endroit où la chair était à vif. Il ne fut pas capable de retenir quelques larmes tandis que Haddad murmurait le sort interdit.
Tout au long de sa carrière, Newt Scamander avait essuyé beaucoup d'échecs. La plupart d'entre eux furent lié à une forme d'impuissance : Parfois, il arrivait trop tard et le mal était déjà fait. Mais l'échec ne s'était pas toujours contenté d'être mortel. Il avait – trop – souvent failli à convaincre ses homologues du caractère inoffensif des animaux fantastiques si ces derniers étaient traités de la bonne manière et qu'on cessait de les chasser pour les écorcher.
Et les dragons n'avaient jamais été épargnés. De la simple carcasse égarée dont l'âge était bien trop jeune pour être présente de causes naturelles aux corps inertes et vidés de leur sang… Newt avait probablement plus vu de dragons morts tout au long de sa vie que de vivants. Ce constat était particulièrement effrayant et le rendit particulièrement sensible à l'instant qu'il était en train de vivre.
L'opaloeil des antipodes est le dragon le moins agressif de toute son espèce. Préférant la fuite à l'attaque, ces dragons-là sont presque incapables de se défendre pour la simple et bonne raison qu'ils savent bien mieux se cacher et se camoufler que le reste. Et puisqu'ils sont excellents dans ce domaine, ils n'ont jamais l'opportunité d'apprendre à se défendre.
Cet acte de barbarie n'était là que pour satisfaire la curiosité d'un dragonologue, et les ressources des sombres desseins d'un mage noir avide de pouvoir. L'innocence croisant le vice de pleine figure et dans toute sa splendeur.
Et Newt Scamander n'était pas rancunier. Il avait toujours été intimement convaincu que tout le monde pouvait changer, que chaque personne en ce monde possédait sa part de lumière qui ne demandait qu'à émerger. Mais pour la première fois de sa vie, il ressentit quelque-chose d'incroyablement noir à l'intérieur de son cœur :
Il allait leur faire payer.
L'excursion ne tarda pas davantage. Le domaine avait été fouillé de fond en comble et Newt avait recueilli autant de documents que possible pour essayer de reconstituer les travaux de Kladamanten. Et pour se faire, Picquery lui avait attribué la compagnie de l'auror Penny Terrence, qui travaillait au service des preuves du bureau des aurors. Ses sortilèges de reconstitution étaient reconnus par le MACUSA entier.
Mais même cette dernière ne vint pas à bout de l'état dans lequel toute cette paperasse avait été retrouvée. Le feu qui semblait avoir brûlé cette dernière était particulier, avait fait remarquer Terrence. Lorsque sa magie essayait vainement de reconstruire le moindre document, le tout résultait dans une explosion d'un feu particulièrement clair, et avait manqué de les tuer par deux fois.
Alors ils lâchèrent l'affaire au bout de quelques heures. Terrence proposa, devant son échec cuisant, d'épauler Scamander dans ses recherches et l'anglais accepta, appréciant sincèrement l'aide quelle qu'elle soit. Terrence avait quelques compétences en potions et en alchimie sans être experte dans le domaine mais son expérience suffirait amplement. Après tout, Newt n'était pas non plus un exemple en la matière : Sa méthode était bien loin d'être purement scientifique et il avait cette fâcheuse tendance à expérimenter avant de prévoir les conséquences de ses essais, qu'ils soient fructueux ou non.
Les deux acolytes s'enfermèrent pendant plusieurs jours dans la valise de ce dernier. Queenie, Tina et parfois même Graves leur rendirent visite dans l'espoir de les voir sortir de ce trou pour revoir la lumière du soleil. Et quand Goldstein cadette finit par apprendre que Newt avait sauté trois repas pour optimiser le temps passé sur ses recherches… Elle ne put s'empêcher de faire un scandale en plein milieu de son atelier.
« Si tu refuses de m'écouter, je vais devoir le lui dire. »
L'anglais manqua de s'étrangler, à la fois avec sa propre salive et également parce qu'il avait tourné la tête avec tant de force qu'il s'en bloqua presque le cou. Terrence avait tout entendu, et même si elle n'avait pas la moindre idée de ce dont Queenie parlait à cet instant, Newt ne put s'empêcher de perdre ses moyens, paniquant jusqu'à rendre la situation suspecte.
Il ne perdit pas une seule seconde et s'excusa auprès de l'auror, attrapant le bras de la blonde à la volée pour transplaner plus loin dans sa réserve.
« Queenie. C'est de la folie. Tu ne peux pas dire ça devant… »
Un sourire plus tard, elle lui répondit par un éclat de rire. Et visiblement, Newt n'apprécia qu'à moitié.
« Je n'ai pas l'intention de trahir votre petit secret. Mais… » Queenie pinça son menton, curieuse. « Même si ça finissait par se savoir, je ne vois pas ce que Picquery pourrait faire d'une telle information. »
« Je n'en sais rien. » Avoua-t-il, les sourcils froncés. « Lui n'a jamais parlé de cacher quoi que ce soit, mais je suppose que la situation lui est préférable actuellement. Et qui sait ce qu'elle serait capable de lui sortir comme excuse si elle l'apprend. La presse sera au courant le lendemain, et elle finira par dire qu'il manque de professionnalisme. » Voyant qu'il chavirait dans son propre discours, il marqua une pause avant de reprendre dans un soupir. « Je n'en sais rien. Peut-être rien de tout ça. Mais je… Je préfère que les choses restent comme elles le sont actuellement. Fausses, mais secrètes. »
« Fausses ? » S'enquit-elle, avec un sourire désolé. Et Newt comprit qu'il ne s'agissait pas là d'une vraie question, puisqu'elle n'avait qu'à écouter le cours de ses pensées pour comprendre parfaitement ce qu'il se passait entre les deux hommes. Elle secoua doucement la tête. « Ce n'est que de temps que vous avez besoin. »
Le cœur de l'anglais s'emballa lorsque les mots l'atteignirent mais il fit de son mieux pour paraître naturel et aussi peu affecté que possible. C'était vain en la compagnie de Queenie, mais s'il pouvait se donner bonne conscience, cela lui suffirait.
« Je ne dirais rien, mais ne reste pas sans manger, Newt. » Elle croisa les bras. « Même si je dois venir te faire à manger au déjeuner et au souper, je m'en fiche. Fais juste attention à toi et ne dépasse pas tes propres limites. »
« D'accord. » Il s'apprêta à en rester là, mais lorsqu'il vit que la blonde n'était pas satisfaite de sa réponse, il sourit. « C'est promis, Queenie. »
La concernée lui adressa un dernier sourire – comblé, cette fois-ci, et tourna les talons avant de transplaner vers ce que Newt devina être l'extérieur de la valise. Ce dernier ne tarda pas à rejoindre Terrence pour reprendre le cours de leurs travaux et tandis qu'il approchait de cette dernière, il fit tournoyer sa baguette. Différents flux invisibles vinrent piocher dans les tiroirs et placards de son atelier pour composer deux encas à base de légumes. L'un d'entre eux finit dans ses mains et l'autre se dirigea vers l'auror, qui remercia le magizoologue d'un sourire.
« Qu'ai-je manqué ? » Demanda-t-il en s'avançant vers les paillasses pour jeter un œil au côté de Terrence. Elle s'écarta naturellement pour le laisser observer.
« Rien de très important malheureusement, mais j'ai peut-être un début de réaction. On l'a déjà remarqué lorsqu'on avait fermé les volets de l'atelier sans allumer la lumière, la poudre brille dans le noir. Donc elle emmagasine la lumière mais jusqu'ici, ce n'est pas si surprenant puisque l'opaloeil peut se servir de la lumière ambiante pour se camoufler. J'essaye de faire réagir la poudre avec d'autres types d'énergies, mais je ne trouve rien. Je ne sais pas ce que l'opaloeil utilise d'autre que la lumière et la magie, mais je n'ai rien pour l'instant. »
Newt hocha la tête, terminant le petit encas tandis qu'il réfléchissait tout en l'écoutant.
« C'est une piste tout à fait correcte. Puisque nous en avons terminé avec les substances végétales, on peut essayer avec les énergies. Et puis si cela ne donne rien, nous enchaînerons avec les gaz. Je suis sûr que nous finirons par trouver quelque-chose, puisque nous avons déjà pas mal d'avance. » Terrence lui rendit un sourire motivé et d'un claquement de doigt, ses lunettes de protection vinrent s'ajuster de nouveau sur son nez. L'anglais l'imita et ils se remirent au travail.
« Que diriez-vous d'éliminer le feu en premier lieu ? » Proposa-t-il, et l'auror acquiesça silencieusement. « Je vais nous chercher des protections en mue de dragon. Si nous devons utiliser de l'énergie, je préférerai éviter qu'une explosion nous brûle dans le processus. »
Une fois que les protections furent enfilées, Terrence procéda à l'expérience.
« Premier essai avec une petite intensité. » Ses paroles furent suivies d'un geste de la main droite dans laquelle se trouvait sa baguette. De sa main gauche, elle visa le petit échantillon de poudre et de petites flammes jaillirent de la paume.
L'instant où le feu entra en collision avec la poudre fut… Explosif. Littéralement. Newt fit un bond en arrière juste à temps et Terrence s'éloigna à peine trop tard. La peau de sa main était rouge vif, et semblait couverte de plaies et de brûlures aussi laides les unes que les autres. L'explosion avait également fait éclaté les quelques ampoules qui les éclairaient jusqu'ici, dont celle de la petite lampe qui restait pointée sur la poudre en permanence pour leur donner un meilleur champ d'observation.
Newt ne perdit cependant pas une seule seconde et s'approcha de l'auror. Il inspecta chaque partie de son corps qui avait pu être exposée avant d'en conclure que seules ses mains avaient été heurtées. Le premier sortilège de médicomagie qu'il appliqua fut d'abord pour apaiser l'inflammation et s'en suivit d'autres charmes de cicatrisation rapide. Ses mains seraient douloureuses pour quelques heures encore, mais la situation avait été gérée assez facilement. Ce n'était pas la première fois que l'un d'entre eux se blessait à cause d'une mauvaise manipulation ou d'une réaction inattendue. Ils commençaient à avoir l'habitude.
« Merci. » Fit-elle simplement avant de se relever, un sourire timide aux lèvres.
« Je dois avoir d'autres ampoules quelque-part. » L'anglais se redressa à son tour et murmura un « Lumos » pour s'éclairer mais… La lumière vint, et fut aspirée vers un coin de la pièce aussitôt.
Newt arqua un sourcil, cherchant l'auror du regard dans l'obscurité. Il comprit qu'elle n'était pas responsable de la fuite de sa lumière, alors il réessaya. Mais la même réaction se produisit. Alors il continua à enchaîner les sorts, jusqu'à pouvoir avancer à la source de ce qui aspirait sa lumière.
La poudre. La poudre l'empêchait de s'éclairer.
« Je ne comprends pas. » Il marqua une pause, se tournant vers Terrence. « Si la poudre aspire la lumière qui émane de ma baguette, pourquoi ne fait-elle pas de même avec la lumière naturelle ? Avec celle qui est projetée par mes ampoules ? » L'anglais se frotta le visage, cherchant désespérément une explication à cette nouvelle réaction que présentait la poudre d'écaille. Il s'agissait peut-être là d'un nouveau moyen d'avancer, mais pour le moment c'était une nouvelle question qui s'ajoutait à une liste déjà bien longue.
« Je… Je crois que j'ai peut-être une idée. » Newt pencha la tête, intéressé par n'importe quelle hypothèse qui pourrait bien se présenter. « Le Lumos est un sortilège bien plus puissant qu'on ne le pense. Il fait apparaître la forme la plus pure de lumière qui soit, car il ne s'agit pas d'électricité qui brille ou même d'une quelconque fusion comme à la surface du soleil par exemple. » Elle marqua une pause lorsque l'anglais arqua un sourcil d'incompréhension. « La magie est une force, une énergie qui permet de modifier fondamentalement le tissu de la réalité. Lorsqu'on lui demande de créer de la lumière, elle n'imite pas quelque-chose d'existant, elle délivre de la lumière, point final. »
Le magizoologue prit une grande inspiration.
« Je vois. » Il se tourna vers la poudre. « La poudre engrange de grandes quantités de lumière sous forme d'énergie, et les très fortes chaleurs comme le feu lui permettent de libérer cette énergie sous la forme d'une explosion. »
Un éclair de lucidité sembla traverser Terrence et elle entrouvrit les lèvres à plusieurs reprises, cherchant les mots adéquats pour décrire ce qui venait de germer dans son esprit.
« Les dragons ! Les dragons vous avez dit qu'ils se servaient des écailles pour récolter la lumière et la réutiliser. Cela veut dire qu'ils utilisaient un autre type de force ou d'énergie pour en expulser la lumière ! Si le feu créé des explosions et qu'une autre force créé de la lumière, alors… » Newt retint son souffle, percevant petit à petit que le raisonnement de l'auror faisait parfaitement sens. « Chaque énergie réagit différemment avec la poudre. Il ne nous reste plus qu'à trouver la bonne. »
« Penny Terrence. Vous êtes incroyable. »
La suite des expériences se déroula sans encombre. Mais un problème ne tarda pas à se présenter.
Il y avait une chose dont Newt était sûr : C'était que cette poudre avait un rapport avec les potions qui avaient probablement permis à Rosier et McVaugh de devenir plus puissants. Cette dernière était étroitement liée à la magie et aux différentes forces qui existaient, elle était capable de libérer la lumière qu'elle encaissait sous n'importe quelle forme d'énergie voulue.
Et il y en avait une qu'ils n'avaient pas testé. Une seule. La magie. La magie était une force surnaturelle, une énergie qui rendait possible la distorsion de la réalité. Elle était à la base de tout ce que les sorciers connaissaient, elle pouvait produire d'autres énergies. Mais qu'en était-il d'elle-même ? Était-il possible de créer de la magie pure, à partir de rien, qui ne donnerait rien ? Un simple faisceau d'énergie magique ?
C'était l'ultime question qui se posait. Car s'ils étaient capables de faire entrer de la magie pure en contact avec la poudre, alors cette dernière devrait en toute logique, libérer de l'énergie magique. Et c'était exactement ce que Newt soupçonnait de la mixture qui avait rendus plus puissants les deux sbires de Grindelwald. Une potion qui leur aurait permis d'engranger plus de puissance.
Cette fois-ci, le génie ne naquit pas de l'esprit de Terrence, ni même de celui de Scamander. Puisque les deux acolytes ne trouvèrent aucune solution, ils en vinrent à demander un regard extérieur sur la situation.
« Techniquement, chaque sort que nous lançons est fabriqué de magie pure. » Affirma alors le directeur, lorsqu'on lui demanda son avis. « Si je vous jette un sortilège de Silencio, par exemple, la magie « pure », comme vous l'appelez, peut être capturée entre ma baguette et votre bouche. Et elle reste présente dans votre corps tant que le charme n'est pas rompu. »
Newt se pinça le menton, épuisé de toujours avoir à trouver de nouvelles solutions.
« Vous voulez dire qu'en lançant un sort sur la poudre, de… Transfiguration, admettons, la magie entrera en collision avec elle ? »
L'américain hocha doucement la tête, pas entièrement sûr de suivre le raisonnement de l'anglais, mais tentant tout de même d'aider ce dernier du mieux qu'il le pouvait. Les deux chercheurs n'eurent pas besoin de se faire prier pour sortir du bureau de Percival Graves, puisqu'ils fuirent à une vitesse folle pour retourner dans la valise.
Et leur hypothèse fonctionna. La poudre encaissa le sort de Newt et lorsqu'il traça la signature magique de ce dernier, il vit la quantité de magie folle qui était contenue dans la poudre. Il ne restait plus qu'à la mélanger avec n'importe quel liquide et… La chose était digeste et regorgeait d'une puissance qui serait à la disposition de la personne qui l'ingérerait.
C'était un secret de plus qu'il avait réussi à percer. Une fierté qu'il ajouterait à son tableau, un nouveau moyen d'avancer vers la victoire. Un moyen de renforcer leurs derniers espoirs de vaincre le mage noir.
Mais à cet instant, ce ne fut pas ce qui traversa l'esprit de Terrence, ou même de Scamander.
Parce qu'ils avaient tous deux terriblement besoin de sommeil.
Et voilà ! J'espère que ce chapitre vous a plu ! J'espère que je ne vous ai pas perdu dans mes explications, j'ai essayé d'être le plus claire possible et de créer une certaine logique. Cette fois-ci, pas d'indice concernant ce qui se passe dans le prochain chapitre à la fin, ni de suspens (pour une fois), mais un repos bien mérité !
Des bisous et à Samedi ! N'hésitez pas à me donner votre avis !
