Disclaimer : Je considère que si Rowling autorise Cursed Child, elle autorise toutes les autres fanfictions, même celles qui naissent dans mon esprit tordu personnel.
Attention : Rated T pour le langage et les scènes violentes.
RAR :
mh :
Hey ! Merci pour ra review ! Maellyn est une Black, elle est excessive par nature, c'est pas que ma faute xD. Narcissa a plus d'un tour dans son sac pour gérer sa filleule;). Andy n'a pas perdu la main quand il s'agit de faire de la mise en scène ^^. Je te laisse avec la suite pour la réaction de Narcissa ! Bonne lecture !
Juliette :
Salut ! Merci beaucoup pour ta review ! Je suis trop contente que Crystal soit en train de voler ton coeur ! J'adore cette gamine aussi ! C'est ce que j'aime bien avec cette fic : écrire le canon du point de vue Serpentard. C'est tellement drôle ! (Il va falloir être patiente pour les retrouvailles Adler/Maellyn. Mais j'y travaille!)
Merci àNymueh, tzvine, malilite, mimi70, Tiph l'Andouille, Almayen, Merly Flore et Juliette pour leur review. Tous vos messages m'ont fait super plaisir ! Keep it up !
Bonjour à toutes et à tous !
And I'm BACK !
Je ne pensais vraiment pas que je réussirais à mettre à jour entre la pré-rentrée et la rentrée, et je trouve personnellement que j'ai géré (on va voir combien de temps ça va continuer)
Les vacances sont officiellement terminées de mon côté (il ne me manque plus qu'à rencontrer le cru 2019/2020 de mes élèves mardi, mais c'est un détail) et elles ont été très bonnes. Le Canada était super (j'ai hâte de voir ce que mon cerveau va faire de ce voyage), la Bretagne sous la pluie (pas cool) et j'ai presque terminé 42 (il me manque une scène, je trouve que c'est pas si mal).
Et rien à voir, mais je viens d'apprendre que Ziva était de retour dans NCIS et je suis ON FIRE !
J'attaque donc le mois de septembre dans de bonnes conditions, même si je ne suis pas sûre de pouvoir être très productive pendant les semaines à venir.
Sinon, chapitre 26, que j'aime beaucoup, parce que pas mal de choses se passent au niveau des intrigues et qu'il y a des scènes sympas entre Narcissa et Maellyn. Je vous laisse donc avec la suite ! Bonne lecture !
Un grand merci à Sun Dae V pour la relecture et les retours ! Et je ne le dis peut-être pas assez, mais sa fic La Course au Chien Sauvage est un must-read si vous aimez Sirius Black !
Black Sunset
Partie III : Dark Matter.
Chapitre 26
Dark Matter : a term used to describe matter in the universe that cannot be seen, but can be detected by its gravitational effects on other bodies.
Secret : n. a piece of information that is generally known or is not known by someone else and should not be told to others.
Samedi 2 Avril 1994, Manoir Malefoy, Angleterre.
Le parchemin était étalé devant lui, parfaitement banal et vierge de toute inscription.
Les insultes fleuries avaient disparu depuis longtemps, et il avait eu besoin de la semaine entière pour ne pas sentir son cœur accélérer au seul souvenir des quatre écritures familières.
James et ses gribouillis envahissants pour lesquels il avait plaint ses professeurs pendant les sept années de leur scolarité – il n'avait jamais fait le moindre effort pour être lisible –, Peter et ses pattes de mouche pour lesquelles il avait parfois eu besoin d'un sortilège grossissant quand il devait lire ses notes les lendemains de pleine lune –, Sirius et sa calligraphie impeccable – si profondément inscrite en lui qu'il n'avait jamais réussi à s'en débarrasser –.
Si tant est, bien sûr, qu'il ait un jour essayé.
Remus eut un soupir et passa une main sur son visage. Malgré les années, le recul, et les nuits perdues à disséquer ses souvenirs, il n'arrivait toujours pas à trouver ce moment où Black avait cessé d'être un Maraudeur pour devenir un espion à la solde de sa famille et de Voldemort.
Ça ne pouvait pas avoir été pendant les deux premières années : personne ne pouvait tromper le Choixpeau, pas même le meilleur Occlumens, et il n'arrivait pas à croire que Sirius ait pu jouer la comédie au retour des premières vacances d'été.
Les cernes, les bleus, la perte de poids et le silence buté parlaient d'eux-mêmes. Un gamin ne pouvait pas subir un tel traitement et accepter de jouer la comédie.
Les trois années qui avaient suivies, Sirius avait passé la majorité de ses vacances chez les Potter, s'était contenté d'échanges glacials avec Regulus, puis avait fini par s'enfuir de chez ses parents.
Définitivement.
Finalement, il y avait eu l'épisode de la Cabane Hurlante en sixième année, et plus rien n'avait été pareil après ça. Bien sûr, il avait fini par pardonner à Sirius – il se demandait parfois si James serait toujours vivant s'il avait refusé – mais la trahison avait mis fin à l'insouciance dans leur groupe si uni. Lunard n'avait plus jamais quitté la Cabane Hurlante, ils avaient de plus en plus pris part aux actions de l'Ordre du Phénix dès que l'occasion se présentait, puis la guerre les avait peu à peu éloignés après Poudlard.
Sirius avait dû changer de camp entre Poudlard et la fin de la guerre...
Il eut un soupir puis passa une main lasse sur son visage. Cela faisait douze ans qu'il tournait en rond sur cette question, et il était presque sûr qu'il se voilait la face en refusant de croire que ce qu'il avait partagé avec les Maraudeurs ait pu un jour être un mensonge.
Il avait perdu tous ses amis depuis et ses souvenirs étaient tout ce qui lui restait... Pourtant, il avait peut-être devant lui le seul moyen de retrouver Sirius Black à Poudlard – ou, au moins, de protéger Harry – et il n'arrivait pas à trouver le courage de s'en servir.
Sa lâcheté lui donnait envie de vomir.
Quelques coups furent frappés à sa porte, le sortant de ses pensées, et il ramassa la carte d'un geste négligeant de sa baguette.
- Entrez.
Il ne s'attendait pas du tout à voir apparaître Madelyn dans son bureau, mais il n'en fut pas vraiment surpris non plus. Minerva lui avait confié qu'elle n'avait pas vu sa nièce se montrer aussi impitoyable depuis la guerre, et il se demandait sincèrement si son réseau – dont il ignorait absolument tout, à commercer par la façon dont elle avait pu le monter – ne finirait pas par attraper Black avant les Aurors et les Détraqueurs.
- Que fais-tu ici ?
- Je suis en mission de reconnaissance... Tu as une petite heure à m'accorder ? J'aurais besoin de ton aide.
Il haussa un sourcil.
Etant donné leurs dernières entrevues, il était plus que surpris qu'elle lui demande une quelconque assistance. Il ne pouvait pas lui reprocher : il ne se ferait pas confiance concernant Black pour commencer.
- Pour ?
Elle haussa les épaules.
- Si je te le dis, ça ne va pas te plaire. Alors ?
Il faillit prétexter la pile de devoirs qu'il avait à corriger, dont des essais particulièrement longs de septième année, mais elle venait de piquer sa curiosité.
Peut-être apprendrait-il quelque chose d'utile aujourd'hui.
Après tout, il n'avait pas oublié qu'elle lui cachait quelque chose à propos d'Alya Lestrange.
Avec les vacances, les couloirs du château étaient déserts. Ceux qui n'étaient pas partis rejoindre leur famille profitaient du banquet de Pâques dans la Grande Salle. Il en aurait bien fait autant, mais à deux jours de la pleine lune, il avait besoin de calme et la potion Tue-Loup lui coupait l'appétit.
- Sais-tu si les Aurors ont au moins une piste ?
- Officiellement, Black est à Poudlard, Lupin.
- Oui et aux dernières nouvelles, les Détraqueurs ne sont pas fichus de le retrouver.
Elle fit la moue.
- Ils pensent toujours que Black veut tuer Potter et ils perdent leur temps à essayer d'imaginer sa prochaine manœuvre. Je crois que l'idée de remplacer tous les gamins de troisième année par des Aurors sous Polynectar a été évoquée, mais Dumbledore refuse de mettre en danger les autres élèves.
Il y avait surtout de bonnes chances pour que Black se rende compte de quelque chose, étant donné la facilité avec laquelle il était capable de repérer des Aurors sous couverture pendant la guerre...
Sans oublier qu'Harry avait déjà bien assez à gérer sans en plus devenir une sorte d'appât ou de savoir qu'un adulte utilisait son apparence.
- En parlant du fils Potter, comment va-t-il ?
- Il est plus préoccupé par le classement de Gryffondor dans la Coupe des Quatre Maisons que par sa sécurité.
C'était sans doute l'euphémisme du siècle. Il ne s'était toujours pas remis de l'inconscience dont il avait fait preuve en se rendant à Pré-au-Lard sous sa cape d'invisibilité.
Il aurait très bien pu être tué ! Black était au courant pour la cape – même si Remus ignorait comment Harry se l'était procurée – et cela aurait pu constituer le piège parfait ! Tout ça pour quelques farces et attrapes de chez Zonko, des bonbons et une Bièraubeurre !
- En même temps, c'est un gamin de treize ans et il en a vu d'autres si la moitié de ce que raconte ma tante est vrai... J'ai assisté à un de ses matchs il y a deux ans. Il est doué.
- Oui. James aurait été fier.
Lily aussi, mais ce n'était pas la question. Il avait toujours entendu James dire qu'un jour, il aurait assez d'enfants – ou à la rigueur, de petits-enfants – pour former sa propre équipe de Quidditch et qu'il comptait bien remporter le Championnat. Après la naissance de Harry, Lily lui avait assuré qu'il devrait mettre au monde au moins quatre de ses sept joueurs car il était hors de question qu'elle s'en charge.
Si James avait pu voir son fils jouer, il aurait sans doute été infernal à ce sujet.
Rattrapé par les souvenirs, il ne remarqua que trop tard que Madelyn l'avait mené à la tour Gryffondor, et il craignait d'avoir deviné la raison de sa visite.
La tour était vide – si l'on excluait le chat d'un orange douteux qui cracha dans sa direction en le voyant, avant de se précipiter sous un meuble – et Remus sentit son cœur rater un battement en retrouvant le refuge qui avait abrité son adolescence.
Tout était si semblable à ses souvenirs que ses yeux filèrent malgré lui vers les deux larges canapés, un peu à l'écart de la cheminée. Les Maraudeurs avaient passé les longues soirées d'hiver là-bas, occupés à comploter une énième blague, à disputer une partie d'échecs ou à faire leurs devoirs.
Pendant une folle seconde, il fut certain d'apercevoir James et Lily – enlacés et amoureux – et Peter, perché au-dessus d'un plateau d'échecs.
Il crut même entendre le rire de Sirius – celui du gamin qu'il avait été à l'époque – mais secoua la tête. C'était seulement sa mémoire qui lui jouait des tours, comme s'il avait besoin de se rappeler en détails de tout ce qu'il avait perdu...
- Que faisons-nous là ? demanda-t-il finalement.
Madelyn eut une expression dangereuse.
- Sais-tu qu'aucun Auror n'a pris la peine de se déplacer depuis l'attaque de Black ? Ils sont décidément trop bien payés pour ce qu'ils font.
- Black en a après Harry. Il n'y a pas besoin de se déplacer pour ne pas en apprendre plus.
Elle le dévisagea de ses deux yeux. Si le brun semblait moqueur, le magique semblait scanner son visage à la recherche d'un trace d'intelligence.
Il avait horreur quand Madelyn faisait ça : laisser entendre à travers un simple silence et un regard pénétrant qu'elle en savait plus long que beaucoup.
Le plus énervant était sans doute que cela se révélait trop souvent vrai et qu'elle n'hésitait pas à s'en vanter par la suite.
Finalement, elle se détourna pour rejoindre l'escalier qui menait aux dortoirs des garçons, puis entra dans celui des troisièmes années sans marquer une once d'hésitation.
Ce ne fut pas son cas. Outre le fait qu'il ne se sentait pas à l'aise à l'idée de fouiller dans les affaires de cinq garçons de treize ans – les Maraudeurs auraient détesté ça, à l'époque –, il redoutait de se retrouver dans celui qu'il avait partagé avec ses amis.
La salle commune était une chose, mais le dortoir était terriblement plus intime. Il y avait eu des fous rires mémorables, assisté à des disputes absurdes entre Sirius et James, et il y avait trouvé refuge plus souvent qu'il ne pouvait s'en souvenir.
C'était dans leur dortoir que ses amis lui avaient avoué qu'ils savaient qu'il était lycanthrope et qu'ils lui avait juré d'être toujours là pour lui, quoiqu'il arrive. Là-bas encore qu'ils avaient récité le serment des Maraudeurs l'un après l'autre, le lendemain de la première pleine lune qu'il avait passé avec Cornedrue, Patmol et Queudver.
En passant le pas de la porte, il réalisa très vite que ce n'était pas le cas : il ne pouvait pas voir la charpente de la tour, il y avait un lit de plus et le mélange d'odeurs n'avait plus rien à voir avec ce qu'il avait connu.
C'était sans doute pour le mieux, mais ça n'empêcha pas son cœur de se serrer.
Madelyn fit le tour de la pièce lentement, son œil magique tournant à toute vitesse, pointant sa baguette avec nonchalance et bougeant à peine les lèvres.
Il ne comprenait pas ce qu'il faisait là et il ne voyait pas l'intérêt de cette visite, à part badigeonner ses plaies avec du sel.
La pleine lune s'annonçait encore plus difficile que prévue, potion Tue-Loup ou non.
En voyant Madelyn accroupir devant un lit – sûrement celui de Ron s'il se fiait aux posters des Canon de Chudley – sa dernière goutte de patience quitta son corps avec un soupir.
- Que cherchons-nous ?
- Aucune idée. Mais quelque chose qui sortirait de l'ordinaire. Black est venu jusqu'ici avec une idée derrière la tête.
Il serra les dents et dut fournir un effort presque surhumain pour ne pas grogner.
- Tuer Harry ?
Elle releva les yeux vers lui, un sourcil levé.
- Même affaibli et cinglé – ce que Black n'est pas encore, de toute évidence –, il n'aurait pas pu louper un gamin endormi et encore moins le confondre avec le fils Weasley. Je doute qu'il ait oublié à quoi ressemblait James et le petit Potter est définitivement son portrait craché. Maintenant, Lupin, explique-moi pourquoi il s'en est pris à des rideaux ?
Il ouvrit la bouche pour la refermer aussitôt.
C'était, en effet, une excellente question.
…
Dimanche 3 Avril 1994, Manoir Malefoy, Angleterre.
- Maellyn, ma douce, il est l'heure de te réveiller.
J'ouvris les yeux difficilement et il me fallut de longues secondes pour me rappeler où je me trouvais.
Nani passa une main sur mon front avec douceur, un sourire rassurant sur les lèvres.
- Comment te sens-tu ce matin ?
Contrairement à chaque matin depuis plus de deux semaines, mon cerveau ne me donnait pas l'impression de vouloir s'échapper de ma boîte crânienne, mais chaque partie de mon corps était comme engourdie et courbaturée à la fois.
La fatigue, elle, était encore là : dans mes paupières lourdes et les cernes qui creusaient mon visage.
- Un peu mieux...
- Tu as encore une petite mine, je pense que tu as eu de la chance de ne pas être tombée malade à Poudlard... Le médicomage Perrin sera là demain et tu vas sûrement avoir le droit à une cure de vitamines pour te remettre.
Je grimaçai : de mémoire, aucune potion n'avait bon goût et certaines semblaient avoir été imaginées pour donner envie de vomir.
- En attendant, tu vas prendre une bonne douche, partager un bon repas avec Lucius, Draco et moi, puis faire une longue sieste cette après-midi. Je veux que tu retournes reposée à Poudlard dans deux semaines.
Je n'étais même pas sûre d'y parvenir, même si je pouvais difficilement retourner à Poudlard dans un état pire que celui qui avait précédé mon départ.
La douche me revigora à peine et je me préparai avec des gestes lents. Comme il fallut non moins de quatre essais pour parvenir à mettre un collier, je renonçai à l'avance de me confectionner une coiffure plus compliquée qu'une barrette pour retenir ma frange trop longue en arrière.
Je réussis toutefois à être à l'heure dans la petite salle à manger pour le repas de Pâques. Oncle Lucius me détailla des pieds à la tête. La moue qui déforma ses lèvres très brièvement m'apprit qu'il n'était pas ravi de ce qu'il voyait. J'étais presque surprise qu'il ne s'en réjouisse pas.
A moins, bien sûr, qu'il s'inquiète de rencontrer plus de difficultés que prévues pour me trouver un parti qui lui ferait gagner suffisamment d'influence si je ressemblais à un cadavre...
Malheureusement, je ne savais que trop bien que ma dot et mon héritage feraient oublier chacun de mes traits disgracieux – ce à quoi j'avais échappé – ou n'importe quel autre défaut.
La place à ma gauche était tristement vide et je regrettai à nouveau que Christopher soit absent. Les vacances de printemps de Durmstrang venait de prendre fin et il allait retrouver le chemin des salles de classe dès le lendemain. Etant donné qu'il aurait été seul au manoir pendant deux semaines, il avait demandé à passer ses congés dans son école. Une part de moi était ravie qu'il s'y sente assez bien pour accepter de passer du temps supplémentaire là-bas, mais l'autre aurait largement préféré qu'il soit rentré.
J'aurais au moins pu passer la soirée de la veille avec lui.
Le déjeuner fut agréable : les elfes avaient préparé d'excellentes souris d'agneau confites – la viande était si tendre qu'elle donnait l'impression de fondre dans la bouche –, accompagnées de légumes de saisons encore craquants. Le dessert – un gâteau au chocolat – ravit Draco et il ne se gêna pas pour reprendre une deuxième part, malgré le regard réprobateur de sa mère.
A la fin du repas, Nani fit apparaître devant nous deux immenses œufs en chocolat – plus de trente centimètre de haut chacun –. Naturellement, celui de Draco était en chocolat au lait – son addiction au sucre finirait par le mener à sa perte – et le mien au chocolat noir – plutôt corsé si je m'en tenais à l'odeur et à la couleur –. En le soulevant, son poids m'apprit qu'il était loin d'être vide et je n'étais même pas certaine d'être capable de dévorer tout cela avant le départ pour Poudlard.
A une époque, Nani organisait une véritable chasse au trésor dans le parc. Draco me tirait du lit à l'aube et nous passions toute la matinée dehors, qu'il pleuve, qu'il vente ou qu'il neige.
Parfois, je regrettais que nous soyons devenus trop grands pour ce genre d'amusement, surtout aux yeux d'oncle Lucius.
- Mon oncle, ma tante, je vous remercie, dis-je finalement, soignant ma diction pour qu'oncle Lucius n'ait pas l'occasion de me reprocher quoique ce soit.
Draco, lui, se leva pour embrasser ses parents, avant de défaire le nœud qui maintenait son œuf fermé – de l'arracher, pour être exacte – et d'enfourner un morceau ridiculement large dans sa bouche.
Le soupir exaspéré de Nani m'arracha un sourire.
- Tu n'as pas intérêt d'avaler tout cela en une journée, Draco !
- Mais c'est Pâques !
- Dois-je te rappeler la fois où tu t'es tellement rendu malade que tu as bien failli terminer à Sainte-Mangouste ?! Pour une fois, prend exemple sur ta cousine et sois raisonnable !
- Je ne suis pas certain qu'Alya soit un si bon exemple, surtout au vu des récents événements. Pour ma part, je pense qu'elle devrait prendre exemple sur Draco.
Si Pansy avait été là, elle se serait sûrement étouffée dans sa propre salive et je regrettais encore plus l'absence de Christopher.
Avec un seul regard, il m'aurait assurée son soutien.
Parce que je savais pertinemment à quoi oncle Lucius faisait référence : j'avais fait pas moins de deux longs séjours à l'infirmerie, dont le deuxième avait été entièrement de ma faute. Cela, et le fait qu'une de mes amies s'en était pris physiquement à un professeur. Je devais sans doute m'estimer heureuse de ne pas avoir reçu de Beuglante de la part de mon oncle le lendemain – ce qui aurait sans doute été une très mauvaise chose pour ma migraine d'alors –.
Je surpris le regard mauvais que Nani lança à Oncle Lucius et je me forçai à oublier le commentaire désagréable. Au fond, je savais très bien qu'entre Draco et moi, je n'étais pas celle qui avait des retenues à son actif, fait perdre une grande quantité de points à ma maison ou qui avait reçu une leçon de morale de la part des Préfets...
L'après-midi de Pâques était censée être dévouée à des visites à la famille proches. Comme les grand-parents paternels de Draco étaient décédés, et que lui, Nani et moi étions tout ce qui restait de la famille Black, nous eûmes quartiers libres pour tout le reste de la journée.
Si je mettais de côté mon obligation à faire une sieste d'au moins deux heures, ce qui ce serait de toute façon imposée naturellement si je me fiais à mes bâillements à répétition et à mes paupières lourdes.
Draco n'était pas de cet avis.
- Il faut que je te parle.
- De quoi ?
- Pas ici.
Son faux air de conspirateur ne me disait rien qui vaille, mais je me retrouvai quand même dans sa chambre, assise en tailleur sur son lit.
Pour une fois, il ne fit pas durer le suspens et déposa un morceau de papier noirci devant moi.
- Qu'es-ce que c'est ?
- Je pense qu'il s'agit de la lettre que Madame Tonks a donné à maman hier.
Je le dévisageai, une part de moi convaincue qu'il se fichait de moi, sauf qu'il avait un pli soucieux entre ses sourcils et que je ne devinais aucune malice dans son regard.
Aussi, je choisis de reporter mon attention sur le bout de papier.
Le feu n'avait laissé qu'une dizaine de mots à peine lisibles, dont je ne reconnaissais pas l'écriture. Une chose était toutefois sûre, il ne s'agissait pas de la calligraphie impeccable qui avait forcément été inculquée à notre tante...
Je dus approcher le morceau de papier tout près de mes yeux pour pouvoir le déchiffrer.
véritable identité ce qui, par
rencontrer.
se dresser entre moi et
ne faites pas
cela à l'amiable.
Burt White.
Sans le reste de la lettre, je ne pouvais faire que des suppositions, mais de ce que je pouvais imaginer, je n'aimais guère le ton de ce Burt White.
- Alors ? Qu'est-ce que tu en penses ?
Je pris le temps de réfléchir avant de lui faire part de mes doutes, plus parce qu'il avait tendance à s'enflammer pour un rien que pour une autre raison.
- On dirait que ce White la menace...
Il grimaça.
- C'est ce que je me suis dit aussi...
Nous étions donc d'accord, et je n'étais pas sûre qu'il s'agisse d'un bon présage.
- Tu sais bien que ceux qui se risquent à menacer Nani ne s'en sortent pas aussi bien que ce qu'ils avaient pensé pour commencer.
- D'habitude, ceux qui la menacent sont d'autres personnes de notre monde, Aly. Je ne crois pas que ce soit le cas.
- Pourquoi ?
- Déjà parce qu'il n'y a aucun White dans le livre de Cankatérus, ensuite parce que je n'ai jamais entendu ce nom, et enfin, parce que Madame Tonks n'était qu'une intermédiaire. Ça aurait été plus simple d'envoyer un hibou, non ?
Je haussai les épaules.
- Notre tante aurait pu envoyer un hibou si tu veux aller par là, et elle a quand même choisi de se déplacer. Peut-être qu'elle voulait vraiment montrer à Nani qu'elle était de la partie ?
- Cette lettre a été rédigée sur du papier moldu !
- Notre tante vit dans le monde moldu ! Et ça peut aussi être pour brouiller les pistes.
Mes arguments semblaient l'agacer au plus haut point – ce qui n'était pas surprenant, surtout s'il croyait déjà dur comme fer à sa petite théorie – sauf que s'il ne voulait pas les entendre, il n'aurait pas dû me demander mon avis pour commencer.
- Tu ne penses pas que ça puisse être un moldu, alors ?
- Qu'est-ce qu'un moldu pourrait bien vouloir à Nani ?
Il me dévisagea comme si j'étais stupide.
- Quoi ?
- As-tu oublié notre mystérieuse cousine ?! Elle est censée vivre dans la famille moldue de sa mère !
Il avait de toute évidence réfléchi à la question.
- Et après ?
- C'est évident, non ? Ce White en a après l'argent des Black !
Pour une fois, je ne pouvais pas lui reprocher d'avoir inventer une histoire improbable. L'argent était derrière la majorité des vieilles histoires entre les familles de la société Sang-Pur.
- Black était renié...
- Vraiment ? Si la rumeur dit que ce n'était qu'une ruse de la famille Black pour qu'il devienne un espion dans le camp de Dumbledore, ce n'est pas si sûr.
Je fermai les yeux une folle seconde. Ma migraine était en train de revenir au galop et je n'avais pas du tout envie de passer toute la journée au lit.
Morgane toute puissante, j'espérais que le médicomage Perrin allait pouvoir faire quelque chose pour moi.
- Quand bien même, c'est une Illégitime. Je doute vraiment que Black ait été marié à cette Née-Moldue.
- Dans tous les cas, ça ferait scandale... Maman a déjà bien assez à faire avec la cavale de notre très cher cousin et elle pourrait céder.
J'ouvris la bouche pour contester – ma tante n'était pas du genre à se laisser dicter sa conduite – sauf que j'étais bien obligée de reconnaître que mon cousin avait raison.
C'était sans doute trop me demander de le faire à haute voix.
…
Jeudi 7 Avril 1994, Manoir Malefoy, Angleterre.
Pour ma première leçon d'Occlumentie depuis l'accident avec Crystal, Nani avait choisi le salon d'été. Les nombreuses plantes, trop délicates pour passer l'hiver dehors, étaient en fleurs pour une large majorité, et j'avais l'impression de me trouver dans un endroit tropical, surtout que le soleil était de retour sur le pays.
Ma tante était vêtue d'une robe d'un bleu très clair, au tissu léger, et dont les manches s'arrêtaient au-dessus de ses coudes, ce qui signifiait sans doute qu'elle aussi pensait que le printemps était en passe de s'imposer très prochainement.
J'aurais préféré être dehors, à profiter de mon Eclair de Feu – le récupérer auprès de Pansy n'avait pas été simple – mais Nani ne l'entendait pas de cette oreille. J'aurais le droit à une sortie dans les airs quand plus aucune cerne ne soulignerait mes yeux, ce qui n'arriverait sans doute pas avant la fin des vacances, cure de vitamines ou non.
- Nous allons reprendre les bases aujourd'hui, d'accord ?
Nani n'allait pas essayer de tester mes limites, et c'était tant mieux. J'avais bien assez l'impression d'être un livre ouvert ces derniers temps, il ne lui faudrait sans doute qu'un essai ou deux pour mettre à mal les vestiges de mon Mur, je n'étais pas bien sûre de réussir à la contenir dans mon Refuge très longtemps et je n'avais pas encore réussi à reconstruire ma Boucle.
Sans oublier que j'ignorais quels étaient les autres dégâts occasionnés par l'accident avec Crystal.
Ma tante me guida donc à travers de nombreux exercices familiers visant à vider mon esprit dans un premier temps, puis à prendre conscience de la vulnérabilité de mes pensées et souvenirs.
Je passai ensuite un long moment à relever un Mur de débutante qui, comparé à celui que Crystal avait détruit, ressemblait beaucoup à une création en papier mâché d'enfant.
Il suffirait tout juste à me cacher derrière, mais il restait une bien piètre protection, surtout face à la détermination de ma tante de m'apprendre à me défendre contre n'importe quelle attaque psychique – ce qui, dans la société Sang-Pure, était bien plus courant qu'un duel – et qu'elle ne se contentait en règle générale de rien d'autre que la perfection.
- Je sais que c'est sûrement un peu tôt, mais j'ai besoin de savoir où tu en es pour que nous soyons le plus efficace possible d'ici à la rentrée...
Je grimaçai.
La dernière personne qui s'était permise de fouiller sous mon crâne était Severus Rogue et je n'avais sans doute jamais eu aussi mal de toute ma vie, la fois où j'avais percuté un arbre de plein fouet comprise.
- Juste un essai, Maellyn. Dis-moi quand tu es prête.
J'eus un soupir mais je fermai les yeux quand même pour rassembler mes forces, ma concentration et aiguiser ma volonté. Il me fallut une longue minute pour m'imprégner de mon Refuge – le souvenir de cette croisière sur la rivière Arno, le soleil et les bras de ma tante autour de moi – parce que je ne faisais aucune illusion quant à la solidité de mon Mur.
Ma tante allait rapidement faufiler son esprit dans les larges brèches de mon travail d'amatrice.
Je finis par hocher la tête et je sentis aussitôt la délicate chaleur que j'avais appris à associer avec l'esprit de ma tante.
Je ne savais même pas si un esprit pouvait dégager de la chaleur – à la rigueur, il devait s'agir de la magie qu'utilisait ma tante – et j'avais vu dans certains livres que les auteurs parlaient plus volontiers de lumière.
Nani me faisait penser à une légère brise d'été, alors que Crystal avait été une véritable fournaise et que celui de Rogue était froid et humide.
D'ordinaire, mon Mur était assez épais pour que je ne ressente rien de plus qu'une pression au niveau de mon crâne, parce que quelqu'un essayait de se glisser dessous et que je résistai avec tous les moyens à ma disposition.
Vu l'état de mes défenses, je fis une bien piètre démonstration de ma combativité...
Ma tante fut presque aussitôt à l'intérieur de mes défenses, la pression augmenta derrière mes paupières et je sentis mon cœur manquer un battement.
Avant que la peur ne l'entraîne dans une course contre la montre qui me laissa paralysée. Mon Refuge vola en éclat et j'eus comme l'impression de basculer en moi-même, aspirée par un trou noir qui semblait avoir été nourri par les nombreux cauchemars des dernières semaines – et ceux d'encore avant –.
C'était un peu comme réaliser qu'on venait de louper une marche en descendant un escalier, et comprendre une seconde trop tard qu'on arriverait pas à se rattraper, exceptée que la chute sembla durer une éternité.
Je vis défiler bon nombre de mes cauchemars sous mes yeux, et même si une part de moi aurait aimé que ma tante batte en retraite, qu'elle ne ravive surtout pas les souvenirs, pas maintenant que je pouvais enfin dormir la nuit sans être réveillée en sursaut, une autre part de moi était comme soulagée qu'elle les voit : je n'arrivais pas à mettre des mots sur les images qui me harcelaient dès que je me retrouvais dans mon dortoir à Poudlard, et peut-être que Nani aurait des explications.
Ce fut cette dernière pensée qui l'emporta, mes ultimes défenses s'écroulèrent, et le pire de mes cauchemars se glissa hors de la boîte de Pandore où j'avais réussi à l'enfermer.
La porte de la nursery s'ouvrit quand je ne fus qu'à quelques pas. Je découvris ma mère, ses longs cheveux noirs cascadant dans son dos, et vêtue d'une cape noire semblable à celle que j'avais vu dans la salle de réception.
Elle se retourna et je ne pus retenir un mouvement de recul. Son visage était creusé, son regard fou et sa silhouette flottait dans sa tenue de bagnard. La ressemblance avec Sirius Black était saisissante et j'eus envie de fuir.
- Ah, te voilà enfin ma fille... C'est le moment, tu es assez grande maintenant. Le Maître va faire de toi l'une des nôtres… mais tu dois la tuer d'abord.
Je voulus reculer encore, m'enfuir, mais ses bras se refermèrent sur les épaules, et le couteau dégoulinant de sang qu'elle tenait dans sa main se retrouva trop proche de ma gorge.
Le manche appuyait sur un muscle – il était si froid, comme taillé dans la glace – et je sentais le sang couler le long de mon cou.
- C'est à ton tour. Regarde… je l'ai choisie moi-même. Une Sang-de-Bourbe, comme sa mère. Elle dit être une Black, mais nous savons toutes les deux que ce n'est pas vrai. Elle n'est rien et tu vas la tuer.
Une silhouette brune était prostrée à même le sol, son corps de toute évidence brisé par la torture. Je levai ma baguette d'une main tremblante.
C'était elle qui chantait la berceuse.
- Tues-la, Alya ! Rend-moi fière!
La fille releva la tête. Malgré le sang qui maculait son visage et la douleur qui déformait ses traits, je la reconnus.
C'était moi.
Ma tante quitta mon esprit si soudainement que je revins à moi dans un sursaut. La lumière dans le jardin d'hiver me laissa éblouie et je mis un certain temps à réaliser que c'étaient des larmes qui roulaient le long de mes joues.
Sans doute parce que c'était la première fois que je voyais ma tante pleurer aussi ouvertement devant moi.
Elle me rejoignit sur le canapé et m'attira dans ses bras avec douceur.
- Quoiqu'il arrive, Maellyn, je ne la laisserai pas faire de toi une Mangemort, je te le promets.
...
Mardi 12 Avril 1994, Manoir Malefoy, Angleterre.
Chris,
Comment vas-tu ? Ta rentrée s'est-elle bien passée ? J'aurais aimé t'envoyer une lettre plus tôt, mais ma tante m'a interdit toute correspondance pendant ma première semaine, comme si écrire était l'activité la plus épuisante au monde. Moi qui pensais que la tendance de Draco à être sur-protecteur était le fruit du hasard, je me suis bien trompée pendant toutes ces années. Ma tante ferait passer Madame Pomfresh pour la plus conciliante des gardes-malades.
Je ne suis même pas malade. Du reste, je ne pense pas. L'accident d'Occlumentie qui s'est produit avec Crystal a complètement anéanti mes défenses mentales et mes cauchemars sont revenus à la charge.
J'aimerais que tu sois là pour m'aider à les décrypter. Non pas que je pense qu'ils puissent prédire l'avenir – Circée m'en préserve – mais ils ne peuvent pas être uniquement dû aux Détraqueurs. J'en ai déjà fait au Manoir et j'ai parfois l'impression que mon cerveau essaye de me faire passer un message.
En parlant de message... Andromeda Tonks a profité que ma tante soit venue nous chercher à King Cross pour lui donner une lettre. Je ne sais pas exactement comment Draco a fait, mais il en a récupéré un morceau après que ma tante l'ait brûlé. On pense que quelqu'un essaye de la menacer, et Draco soutient qu'il s'agit d'un moldu. Je ne sais pas trop s'il a raison, mais ma tante était furieuse. Il faudra que tu me fasses penser à te reparler de tout ça cet été.
A part cela, rien de bien intéressant de mon côté. Nous sommes invités au bal de Débutante de Millicent Bulstrode le weekend prochain, je n'ai toujours pas le droit d'utiliser mon balai et je me demande même si Nani va me laisser faire mes devoirs pour la rentrée... Le professeur Mcgonagall nous a promis un contrôle et vu mes piètres performances en cours avant les vacances, il faut absolument que je me rattrape...
Ecris-moi vite, j'ai hâte d'avoir de tes nouvelles.
Tu me manques,
Alya L.
Je terminai de me relire quand la voix de ma tante depuis le couloir m'annonça que nous partions pour le Chemin de Traverse et que je devais me dépêcher parce que nous avions un planning chargé.
Pour autant, j'avais été priée de faire une sieste et je savais pertinemment que ma tante avait prévu une pause pour un goûter – majoritairement composé de fruits – et une boisson chaude.
Je n'avais sans doute jamais eu un régime alimentaire aussi surveillé et je mangeais bien plus de légumes verts que ce qui me semblait strictement nécessaire.
- J'arrive, Nani.
Je glissai toutefois ma lettre dans une enveloppe et y écrivais le nom de mon ami. Echo n'allait certainement pas être ravie de devoir faire le trajet et j'espérais sincèrement que ma tante choisirait d'acheter un hibou long voyage pour les quatorze ans de Draco en attendant que j'ai le mien...
Ça, ou j'allais peut-être fouiller la bibliothèque de Pouldard pour trouver un autre moyen de communication plus rapide.
Je me figeai au moment où j'attrapais ma cape.
La bibliothèque !
J'avais complètement oublié !
Crystal restait convaincue que Black était à la recherche de quelque chose dans la tour des Gryffondors, et j'avais pour mission de me renseigner à propos des artefacts que pouvait bien avoir la famille Black, dans l'espoir de deviner lequel pourrait intéresser mon très cher cousin.
Il était peu probable que je trouve quelque chose – je n'étais même pas sûre de savoir par où commencer à chercher pour commencer – mais je pouvais au moins regarder.
Ce fut en me promettant en silence de ne pas oublier – peut-être même que je ferais en sorte que Draco me donne un coup de main –que je rejoignis le rez-de-chaussée.
Ma tante m'attendait devant la cheminée du hall d'entrée, très élégante dans une robe d'un rose pastel, une cape prune sur les épaules et ses cheveux blonds rassemblés en une tresse compliquée – l'oeuvre de Patty –.
- Draco ne vient pas ?
- Non, il a trop de devoirs... Je crois bien que tu vas devoir me supporter toute seule.
Je ne cachai pas mon sourire à cette idée. J'aimais passer du temps avec ma tante et, pour une fois, ça ne serait pas parce que je devais renforcer mes défenses d'Occlumentie.
Mes progrès étaient si pathétiques que c'était la raison pour cette pause. J'étais presque certaine que nous allions aller chez Aphrodite et je n'allais certainement pas me plaindre à l'idée de me faire masser une partie de l'après-midi.
Le Chemin de Traverse me sembla étonnamment désert : je savais qu'il était tôt dans l'après-midi, et qu'il s'agissait sans doute du moment le plus calme – le favori de Nani, encore plus ces derniers temps – mais j'aurais mis ma baguette à brûler qu'il s'agissait d'autre chose cette fois.
A mesure que nous remontions la rue principale – Nani me poussait à marcher d'un bon pas, une main posée entre mes omoplates –, je compris un peu mieux pourquoi. J'avais l'impression que le visage de Black était placardé sur tous les plans de murs visibles, quand bien même il était probablement toujours à Poudlard, à essayer de tuer le survivant ou de remettre la main sur un artefact sans doute très dangereux.
A ma plus grande surprise, Nani me fit prendre la direction de l'Allée des Embrumes, non sans avoir vérifié que personne ne l'avait remarquée.
- Où allons-nous ?
- Voir quelqu'un qui va t'aider à ne plus faire ces horribles cauchemars. Enfin, en théorie.
Nous remontâmes la rue pendant un long moment, passant des échoppes qui ne me donnaient guère envie de vouloir y entrer – entre l'air peu amène des gérants et les objets dans les vitrines –. Je commençais à me demander si Nani ne nous avait pas perdues quand elle se stoppa devant une porte banale, si ce n'était qu'elle semblait recouverte d'une épaisseur d'une matière de toute évidence gluante.
Ma tante tapota la poignée de la pointe de sa baguette dans un rythme entendu, et la porte bascula dans un grincement sinistre.
J'hésitai sur le pas de la porte, à moitié certaine que je préférais encore les cauchemars à ce trou à rats.
- Simza Heron aime la mise en scène, Alya. Tu ne crains rien.
Si je n'avais pas été parfaitement convaincue que, dans le pire des cas, ma tante serait capable de nous sortir de là sans même froisser sa robe, j'aurais sans doute fait demi tour.
Il nous fallut remonter un couloir étroit et sombre, dont le plafond était recouvert par des toiles d'araignées. Une seconde porte s'ouvrit à notre approche et découvrit une pièce envahie par de nombreuses tentures et voiles. Le sol disparaissait sous des dizaines de tapis colorés et l'air était saturé par un encens qui fit larmoyer mes yeux.
Je ne remarquai la femme qu'ensuite : vêtue d'une robe noire élégamment brodée, un châle composé d'un mélange de tissus vaporeux, ses longs cheveux noirs tressés de perles et un collier composé de pierres aux nombreuses couleurs.
Je crus qu'elle nous fixait, puis je réalisais que la paire d'yeux d'un violet étrange était trop fixe.
Maquillage.
- Narcissa Black et sa très chère filleule, souffla-t-elle finalement, son accent français et sa voix bien plus grave que ce que sa silhouette menue aurait pu laisser penser.
- Madame Simza.
Cette fois, la femme ouvrit les yeux. Ses pupilles étaient véritablement violettes – presque roses à l'éclat des bougies – et je me surpris à me demander s'il s'agissait de leur couleur naturelle, si la femme était une Métamorphomage, ou si elle usait d'un autre artifice encore.
- Asseyez-vous.
Ma tante se glissa avec élégance sur l'un des poufs, sa posture parfaite malgré le manque de confort, et je fis de mon mieux pour l'imiter.
- Je suis venue pour ma filleule, expliqua ma tante.
- Je sais. Il était temps que vous vous décidiez à chercher une aide adaptée. Les ténèbres ont presque entièrement submergé son esprit.
Je déglutis. D'instinct, je voulus jeter un coup d'oeil à ma tante pour m'assurer que tout allait bien et que les paroles de Madame Simza faisaient encore partie de sa mise en scène, mais c'était comme si la voyante venait de prendre le contrôle de mon corps à la seule force de son regard.
- Je vais lire les cartes pour toi, mon enfant.
Elle baissa la tête vers ses mains et je la vis mélanger son paquet de cartes longuement, répétant une chorégraphie parfaitement maîtrisée.
Le jeu entre ses doigts semblait plus ancien que les bijoux qui ornaient son cou. Le dos des cartes était patiné par le temps, et les couleurs avaient dû être saisissantes des années de cela pour n'être plus que pastel aujourd'hui.
Madame Simza finit par faire un paquet net qu'elle posa devant moi.
- Choisis une carte.
Deloris s'était chargée de m'apprendre les principes de base de la chiromancie depuis notre première année et j'avais plutôt l'habitude de couper le paquet de carte plutôt que d'en tirer une. Je suivis toutefois la consigne tout en m'empêchant de trop réfléchir.
Je ne croyais pas à ces sornettes de divination et toute la mise en scène de cette voyante n'y changerait rien.
Madame Simza déposa la carte devant moi. Les dessins étaient effacés par endroit, et je dus faire preuve d'imagination pour deviner sa signification.
Le Lune.
La voyante ne se contenta pas d'un tirage traditionnel – trois cartes, une pour le passé, le présent et l'avenir – mais n'en tira pas moins de dix qu'elle déposa d'une façon complexe. Je reconnus difficilement la Tempérance, le Pendu et la Lame XIII, mais leur combinaison fit se redresser les fins cheveux à la base de ma nuque.
La dernière fois que Deloris avait eu un tel tirage, elle avait blêmi et avait ramassé son jeu de cartes, m'expliquant qu'il s'agissait d'un mauvais présage.
Bien entendu, cela n'était rien à côté de l'air pensif de Madame Simza. Elle resta un long moment silencieuse, ses yeux vissés sur les cartes mais son regard abîmé en elle-même.
A ma gauche, ma tante était impassible et son visage ne trahissait pas la moindre émotion, comme si tout était normal.
Un léger plis marqua toutefois la commissure de ses lèvres quand Madame Simza sortit une pochette, en secoua le contenu, puis déversa des pierres gravées de symboles que je reconnus comme étant des runes.
Si le jeu de cartes était ancien, les pièces l'étaient encore davantage. La voyante était de toute évidence l'héritière d'une grande lignée de prophétesses.
Madame Simza se pencha et, à ma plus grande surprise, sortit un boulier. Elle fit bouger les billes à une vitesse folle et je fus rapidement perdue. Non pas que j'étais mauvaise en calcul, mais je ne jonglerais sans doute jamais aussi bien avec les chiffres que Christopher.
Il s'en fallut de plusieurs longues minutes encore avant que la voyante se redresse et plonge son regard dans le mien.
- Une ombre venue du passé assombrit ton avenir, mon enfant. Les mois à venir seront difficiles et si mes prédictions sont exactes, la mort sera ta compagne d'infortune.
Je sentis le sang quitter mon visage, et je déglutis bien trop bruyamment pour que quiconque puisse l'ignorer, mais je serrais les dents et les poings malgré tout.
La Divination était la branche de la Magie la plus nébuleuse qui soit. Je n'allais certainement pas me laisser impressionner par une diseuse de bonne aventure.
- Je ferais en sorte de vous faire mentir.
Madame Simza eut un sourire en coin.
- Tu as tempérament de feu, mon enfant. C'est bien. Tu vas en avoir besoin.
Mon regard noir ne sembla pas l'impressionner et ma tante brisa notre échange en se raclant la gorge.
- Pouvez-vous faire quelque chose pour ses cauchemars ?
- Bien sûr.
Quand nous retrouvâmes l'allée des Embrumes, Nani avait rangé un attrape rêve complexe – et tressé de plusieurs mèches de mes cheveux – dans son sac, et j'avais dû épingler un petit sachet rempli de différentes pierres aux vertus diverses au niveau de mon cœur.
- Nani, beaucoup de prédictions de Madame Simza se sont-elle réalisées ?
- Je l'ignore, ma douce. Ceux qui la consultent garde toujours ses révélations pour eux-mêmes... Mais quoique l'avenir puisse te réserver, Maellyn, je serais toujours à tes côtés.
Je forçai un sourire sur mes lèvres et étouffai le mauvais pressentiment qui faisait battre mon cœur plus vite.
Si l'ombre venu du passé était ma mère ou le Seigneur des Ténèbres, je doutais qu'elle puisse faire grand chose.
…
Jeudi 14 Avril 1994, Manoir Bulstrode, Angleterre.
Le bal de débutante de Millicent était une véritable réussite. La décoration était printanière : blanche, lilas et argent. La salle de réception ressemblait à un jardin enchanté et Millicent était magnifique dans une robe noire et violette, ses longues mèches brunes ramenées en un élégant chignon.
Elle qui n'aimait pas être au centre de l'attention réussissait à tromper tout le monde.
Finalement, j'étais contente d'avoir réussi à convaincre Nani de me laisser venir, après avoir promis que je ferais une longue sieste dans l'après-midi pour ne pas saccager mon quotas d'heures de sommeil.
Il était même possible que je lui demande des conseils pour mon propre bal, parce que j'étais certaine que Lady Bulstrode n'y était pas pour grand-chose.
Si je me fiais au sourire appréciateur de Pansy – très élégante dans une robe verte foncée toute en dentelle, peut-être un peu trop courte, mais rien qu'on oublierait de lui reprocher –, je n'étais pas la seule à être impressionnée par le tableau.
- Je crois qu'elle prépare tout ça depuis des années... Je n'imagine même pas ce à quoi elle pourra penser pour son mariage.
- Je pense qu'elle a un don. J'espère qu'elle pourra continuer à en profiter plus tard...
- Etant donné qu'organiser des soirées est l'une des occupations principales d'une bonne épouse, je n'en doute pas.
Je grimaçai au rappel. Malgré toutes les tentatives de Nani pour m'initier à l'art de la décoration et la science de l'organisation, je n'avais guère de goût pour l'exercice et encore moins de talent pour rendre une soirée inoubliable.
A la simple pensée que mon prochain été serait majoritairement occupé par la préparation de mon propre bal – qu'importe que je n'allais fêter que mon treizième anniversaire – j'avais presque envie de le passer à Poudlard. Il s'agissait d'un événement capital pour mon avenir dans le monde Sang-Pur et j'étais l'héritière Lestrange.
Tout le monde s'attendait à ce que mon bal de Débutante soit historique et éclipse des mémoires tout ceux qui avaient bien pu le précéder.
Et ce n'était pas comme si Nani allait me permettre de me saboter...
Le traditionnel toast – pour lequel j'avais le droit à une gorgée de Champagne – ne tarda pas à se mettre en place. Pansy insista pour que je la suive au premier rang – pour soutenir Millicent, peu à l'aise devant une foule – et ce fut ainsi que je me retrouvais à côté d'Euphémia et Thorfin Rowle.
La mère de Christopher me lança un regard noir purement haineux et mes lèvres imitèrent le rictus dangereux de ma tante, celui qui annonçait toujours une riposte sanglante.
Petite, j'avais longtemps eu peur d'elle – et pas seulement parce que Christopher me confiait ses punitions – mais la peur avait cédé à une méfiance teintée de colère à mesure que j'avais compris à quel point elle semblait prendre plaisir à faire souffrir mon meilleur ami.
Depuis un an, je la haïssais plus que n'importe qui sur cette terre.
- C'est inconvenant pour une jeune fille de fixer ainsi son aînée, grinça-t-elle.
- C'est inconvenant pour une mère de traiter son fils comme vous l'avez fait.
Si j'avais pu cracher du véritable venin, je ne me serais sans doute pas gênée, et qu'importe que Nani me punisse par la suite.
- Il n'est plus mon fils.
- Il va certainement être soulagé par cette nouvelle.
Elle sembla vouloir me répondre – grand bien lui en fasse, je m'étais répétée tout un tas d'horreurs à lui balancer au visage dès que j'en aurais l'occasion et, lors du bal de Pansy, elle avait fait en sorte de nous éviter, les Malefoy et moi – mais le père de Millie leva son verre.
- Merci à vous tous et à vous toutes d'être venus pour le bal de Débutante de Millicent, ma fille unique... Comme le veut la tradition, elle fait ses premiers pas dans le monde adulte ce soir. Je vous serais infiniment reconnaissant de lui réserver un accueil chaleureux et de l'accompagner avec bienveillance. Tout le mal que je lui souhaite pour l'avenir est d'être aussi heureuse que possible. Millie, cette soirée est la tienne, et considère-toi comme une invitée d'honneur.
J'avais assisté à bon nombre de toast, tous donnés à l'occasion d'un bal de Débutante ou d'un autre – à raison de cinq ou six par an, j'avais perdu le fil depuis longtemps – mais Lord Bulstrode était sans doute le premier à ne pas donner l'impression de vendre sa fille au plus offrant.
A mes côtés, même Pansy n'en revenait pas.
- Mon père a intérêt de demander des conseils à celui de Millie s'il ne veut pas qu'un malheureux accident le rende incapable de parler lors de mon prochain anniversaire.
Une fois que les applaudissements se furent apaisés et que les invités s'éparpillèrent à nouveau dans la grande salle, je rejoignis Draco. Il me mena dans ce qui était une salle à manger de gala, elle aussi décorée avec autant d'élégance que la salle principale.
C'était assez rare pour le relever.
Mon cousin me laissa pour rejoindre Blaise, Vincent, Daphné et Tracey.
Je réalisai avec un temps de retard que tous les autres avaient déjà fêté leur quatorzième anniversaire, et que c'était sans doute la dernière fois que Draco m'accompagnait loin de la fête réservée aux adultes.
La bonne nouvelle était qu'il lui serait sans aucun doute plus compliqué de m'entraîner dans des missions d'espionnage.
La mauvaise était que j'allais perdre mon dernier allié pour voler à mon secours quand Deloris se montrerait particulièrement agaçante.
Cette dernière ne tarda pas à me retrouver. Elle en profita pour m'expliquer à quel point il était injuste que sa mère n'ait pas réussi à se faire inviter pour les défilés parisiens comme Nani l'année dernière.
Elle semblait avoir oublié qu'elle s'était montré si odieuse la dernière fois qu'elle s'était rendue chez
La bonne féeque les Yaxley n'étaient plus vraiment bienvenus dans la boutique, ce qui, en considérant la gentillesse de Madame Hopkirk et son sens des affaires, en disait très long sur le comportement de Deloris.
Je ne l'écoutais donc que d'une oreille pendant sa diatribe, murmurant un « ah bon ? » ou un « tu as raison » quand le moment me semblait opportun, souhaitant sans doute plus que jamais que Crystal soit là.
Non pas qu'elle aurait réussi à faire taire Deloris – nous nous étions toutes les deux résignées sur le fait que c'était impossible – mais elle aurait au moins été un soutien moral... Sans oublier qu'elle avait tendance à lever les yeux au ciel ou faire des grimaces quand Deloris ne la regardait pas, m'obligeant à rester de marbre face à ses bêtises. A un moment ou à un autre, cela finirait par m'être utile.
Pour la première fois, je fus frappée par l'écart d'âge qui me séparait des plus jeunes. En général, les enfants accompagnaient leurs parents aux bals à partir de leur sept ans, et c'était alors le début de l'apprentissage d'une bonne tenue en société.
Dans un coin de la pièce, quatre garçons et deux filles semblaient partager une partie de Collas-Maillard, un jeu auquel je n'avais pas joué depuis des années, sûrement parce qu'une fois nos sept ans passés, Deloris et moi avions commencé à imiter le comportement des adultes lors des bals. Il s'agissait de discuter de tout et de rien en faisant mine d'être importantes et de boire un jus de fruit délicieux. Mon amie avait commencé à se passionner pour les ragots et à entrer en bonne grâce auprès des plus grands. Désormais, le seul divertissement durant les bals et les galas étaient les moments durant lesquels nous pouvions danser sans être obligées de répéter les pas compliqués des danses traditionnelles.
Il ne me restait plus qu'un an de liberté très relative, avant que je sois obligée de naviguer les eaux troubles de la société Sang-Pur. Il me faudrait être charmante et bien élevée, faire preuve d'esprit mais pas trop, et accepter avec grâce les tentatives de séduction de potentiels partis intéressés par une alliance avec l'héritière Lestrange.
Douce Viviane, je préférais plutôt retourner à l'âge où je pouvais jouer à Collas-Maillard durant une réception sans que personne n'y trouve à redire.
- Ces petits sont agaçants à crier, tu ne trouves pas ? Ne peuvent-ils pas se comporter correctement et cesser de courir pendant au moins cinq minutes ? Parce qu'à ce rythme, je vais finir avec un mal de tête et je te promets qu'ils vont le regretter.
Je pris une profonde inspiration.
- Excuse-moi un instant, il faut que j'aille aux toilettes.
Elle roula les yeux de façon exagérée.
- On dit « se rafraîchir », Alya ! Merlin en soit témoin, c'est à se demander si tu as bien été élevée par Narcissa Malefoy !
Je me retins de lui expliquer « qu'aller aux toilettes » était déjà une façon très polie de dire « j'ai une profonde envie de t'assommer et il vaut mieux que j'aille prendre l'air », mais elle risquait sans doute de le prendre très mal.
En toute honnêteté, à la seule pensée que je devrais me réconcilier avec elle ensuite, c'était moi qui allait terminer la soirée avec une migraine.
J'avais eu plus que ma dose cette année.
Comme il n'aurait pas été malin que je me faufile hors du manoir en traversant le parc – Deloris était très observatrice et elle ne manquerait pas de remarquer si je revenais avec des chaussures crottées –, je choisis plutôt la terrasse du grand salon au rez-de-chaussée.
Possiblement, personne ne viendrait me chercher ici.
Possiblement, Théodore Nott avait pensé la même chose.
Sachant pertinemment qu'il allait se montrer désagréable si je lui adressais la parole – que je ne sois pas en compagnie d'un chien errant ne changerait pas grand chose –, je m'approchai de la rambarde et levai les yeux vers les étoiles. La lune était presque pleine et le ciel avait été nuageux toute la journée. Naturellement, je ne vis pas grand chose. Tout juste aperçus-je Sirius, sans en être vraiment sûre.
La dernière chose à laquelle je m'attendais fut que Nott abandonne son recoin sombre, comme pour me tenir compagnie.
- Tu as meilleure allure qu'avant les vacances, Lestrange.
Je tournais la tête vers lui, plus lentement que nécessaire, juste pour lui laisser le temps d'ajuster la remarque assassine qui ne manquerait pas de suivre.
Elle ne vint pas.
- Es-tu soûl, Nott ?
Il me jeta un regard en coin, réussissant à le rendre plus mauvais que celui de Pansy.
- Mon cerveau est mon bien le plus précieux. Évidement que je ne suis pas soûl. Je ne vais pas prendre le risque de l'endommager.
Il me fallut une longue seconde pour intégrer sa réponse.
- Et tu es sûr de ne pas t'être cogné la tête ces derniers jours ?
- J'ignorais qu'il m'était interdit de me montrer civil de temps en temps.
Je reportai mon regard sur le parc et les formes géométriques du jardin à la française, la passion de Lord Bulstrode.
- Ce n'est pas que cela te soit interdit, c'est juste que ça doit être la première fois que je t'entends dire quelque chose d'à peu près agréable.
- A peu près ?
- De toute évidence, tu n'as pas l'habitude de faire des compliments.
Il roula les yeux.
- C'est une perte de temps.
- Pas toujours... En général, une personne ne va rien être tentée de te confier si tu l'insultes avant toute chose.
Contre toute attente, il hocha la tête après un instant de réflexion. Le silence entre nous deux fut presque agréable.
Excepté que je ne pouvais pas être vraiment rassurée à le voir perdu dans ses pensées.
- Juste par curiosité, tes cauchemars sont-ils seulement liés à Poudlard ou est-ce que Lady Malefoy a trouvé une potion oubliée de tous ?
Évidemment. Pour quelqu'un qui se pensait si extraordinaire, il avait utilisé la plus vieille ruse de l'histoire de la manipulation en me lâchant un pseudo-compliment avant de m'extorquer une confidence.
Je faillis tourner les talons, mais je passais un meilleur moment en sa compagnie qu'en celle de Deloris. Sûrement m'attendrait-elle encore quelques minutes avant de s'inquiéter et de partir à ma recherche.
- Je pensais que tu aurais deviné par toi-même, puisque tu es si intelligent.
- Le cerveau humain est une machine complexe et je ne suis pas encore Legimens.
Je tiquai à son encore. Une part de moi était convaincue depuis longtemps qu'il avait au moins des notions dans cet art, parce que c'était la seule explication logique. L'autre prit note du fait qu'il comptait le devenir.
Contrairement à Crystal, il était fort possible qu'il y parvienne seul et devienne particulièrement redoutable à ce jeu-là.
Même si je n'en avais pas vraiment besoin, cela me donna une autre bonne raison de me montrer particulièrement rigoureuse dans mes exercices d'Occlumentie.
- Tu dois bien avoir des théories.
Il haussa les épaules.
- J'imagine que le pouvoir des Détraqueurs t'affecte beaucoup plus que la moyenne. Vu ce que j'ai réussi à apprendre sur eux, tu as forcément gardé le souvenir d'un événement traumatique, ce qui, compte tenu du fait que tu as globalement eu la même enfance heureuse que Draco, n'a pas le moindre sens.
Pendant une folle seconde, j'hésitai à lui confier mon souvenir, juste pour qu'il me fasse part de ses théories et que je puisse savoir une bonne fois pour toute si mon souvenir n'était pas les premiers signes de ma folie familiale, sauf que je me rappelai qu'il s'agissait de Théodore Nott.
Lui confier de mon plein grè l'une de mes pires craintes depuis quelques mois n'était certainement pas une bonne idée.
- Et si ce n'est pas ça ?
Il marqua une pause.
- De ce que je sais, tes cauchemars sont revenus après la nouvelle attaque de Black. Peut-être es-tu réellement traumatisée par ta rencontre avec lui le soir d'Halloween et que cela a eu l'effet d'un déclencheur ? Si tel est le cas, tu fais vraiment preuve d'une piètre résistance.
Je resserrai ma prise sur la rambarde en métal mais ne dis rien. Après tout, j'avais demandé.
- A ce propos, tu dois bien avoir une théorie derrière sa dernière attaque, non ?
- Bien sûr, il s'est introduit dans la tour de Gryffondor pour tuer Harry Potter.
- On sait tous les deux que ce n'est pas tout à fait vrai.
- Je vois que Malhorne n'aime pas garder ses pensées pour elle. Ça lui jouera des tours.
- Tu parles, tu n'es pas mieux. C'est comme si tu adorais démontrer à tout le monde que tu es le plus intelligent de nous tous.
Il haussa un sourcil, l'air vaguement exaspéré.
- Je suis plus intelligent que vous tous.
Je sentis mon sourire tordu étirer mes lèvres. A mesure de fréquenter Crystal, je n'étais plus si sûre de sa suprématie et j'attendais avec impatience le jour où elle le battrait à son propre jeu.
- A ce propos, puisqu'on évoque Black, je crois que je suis sur une piste pour ton balai.
Son changement de conversation était l'un des moins subtiles qu'il m'avait été donnée d'entendre. Toutefois, la théorie de Crystal concernant Black me suffisait – je n'avais guère eu le temps de l'aider dans ses recherches à cause de mes cauchemars mais je doutais fort qu'elle ait renoncé –, aussi choisis-je de ne ne pas lui faire remarquer.
Peut-être aurait-il une information intéressante cette fois.
- Vraiment ?
- Je dois encore trouver une occasion pour fouiller son livre de compte, mais je soupçonne mon père.
Je tournai la tête si vite qu'une de mes mèches de cheveux me donna l'impression de déchirer mon œil droit.
- Je te demande pardon ?!
Je savais ce que signifiait un tel cadeau : une très certaine demande en mariage adressée à mon oncle – Lord Nott ne ferait pas l'erreur de passer par ma tante – et je pourrais très bien me retrouver fiancée à un vieillard sans que l'on ne me demande mon avis.
Le regard de Nott resta fixé au loin pendant un long moment, puis il se racla la gorge.
- Ce n'est guère l'usage, mais il m'a fait comprendre que tu étais en tête de la liste de ses potentielles futures belle-filles.
J'en perdis le contrôle sur la mâchoire, et je fus presque certaine de rester un très long moment à ressembler à une idiote, mais j'avais tout le mal du monde à intégrer sa confidence.
Douce Viviane, qu'avais-je donc fait pour mériter ça ?!
- C'est une plaisanterie, pas vrai ?!
- Parce que j'ai l'air de plaisanter, Lestrange ?! Je n'en suis pas plus ravi que toi. Je suppose que je pourrais tomber sur pire, mais je n'ai guère envie de me glisser dans le carcan d'un mariage dès que j'aurais dix-sept ans.
Sa tirade me surprit presque plus que son annonce quant à mon statut de principale prétendante au titre de Lady Nott. J'avais toujours imaginé que Nott finirait par se glisser dans le costume de son père le moment venu, comme Draco ne manquerait pas de le faire, et tant d'autres dans la société Sang-Pur.
Et pour tout ce que j'en savais, Pansy était la seule fille à se révolter assez ouvertement contre le système des mariages arrangés – et des mariages tout court, la concernant –.
- Bienvenue au club, soufflai-je finalement.
Nous partageâmes un silence, avant que je n'ose reprendre.
- Qui d'autre pourrait avoir pensé à la même stratégie ?
- Si je devais parier, je miserais sur Regina Zabini.
- Elle peut toujours essayer, ma tante la déteste.
- Mais elle sait que Lady Malefoy ne refusera pas un mariage d'amour à sa chère filleule... Elle mise très certainement là-dessus. A ta place, je m'abstiendrais de boire une goutte de ce qu'elle pourrait bien t'offrir.
J'eus une vague impression métallique dans la bouche, suivit d'une véritable envie de vomir.
Viviane en soit témoin, je ne voulais jamais fêter mon quatorzième anniversaire.
…
Dimanche 17 Avril 1994, Quai 9 ¾, King Cross, Londres, Angleterre.
- Fais bien tes exercices chaque soir et tout ira bien, ma douce, d'accord ? Et j'exige une lettre dès le premier cauchemar.
Je fis la moue. Nani m'avait expliquée la veille que le professeur Rogue avait accepté de m'aider si jamais ses leçons d'Occlumencie n'avaient pas suffisamment remis mes défenses mentales en état.
Je faisais confiance à ma tante, et j'acceptai donc qu'elle fouille sous mon crâne, mais cela ne serait pas du tout la même chose avec Rogue. Je gardai un très mauvais souvenir de la dernière fois où il avait utilisé la Légilimencie sur moi.
Ma tante haussa un sourcil.
- Ne m'oblige pas à m'arranger autrement, Maellyn. Parce que je sais déjà à qui m'adresser.
Elle n'eut pas besoin de préciser pour que je devine qu'elle parlait de Pansy, non plus que j'avais le moindre doute sur la réponse de l'amie de Draco.
Pansy prenait mes intérêts un peu trop à cœur et j'étais même surprise qu'elle n'ait jamais pris l'initiative d'entretenir une correspondance régulière avec ma tante.
Finalement, Nani m'attira une dernière fois contre elle, puis désigna le train.
- Allez, jeunes gens, il est temps de monter à bord, ou vous allez finir par rester ici.
Draco embrassa sa mère, puis me guida vers la porte la plus proche, un bras protecteur passé autour de mes épaules.
Je retrouvai rapidement les autres dans un compartiment au milieu du train. Deloris avait déjà commencé le récit de ses vacances, Hadrian lisait, Sven griffonnait quelque chose sur un morceau de parchemin – sûrement terminait-il ses devoirs à la dernière minute, comme souvent – et Crystal me lança un véritable regard soulagé en me voyant entrer.
De toute évidence, elle ne tolérait pas mieux les bavardages de Deloris.
Crystal avait profité des vacances pour changer de coiffure : ses longues tresses légèrement rouges avaient disparu, et seule une petite partie de son crâne était tressé. Le reste de ses cheveux étaient libres, bien plus longs que ce que j'aurais pensé, et formaient une couronne autour de son visage. Elle avait l'air plus âgée que lorsqu'elle nous avait dit au revoir deux semaines plus tôt.
- J'aime beaucoup ta nouvelle coiffure, Crystal.
- Merci, Alya. Je suis contente de voir que tu as meilleure mine.
- Ma tante s'est montrée impitoyable.
- Plus j'en apprends sur elle, plus je l'admire.
Mon regard faussement noir lui tira un sourire moqueur et je m'installai finalement en face d'elle et à la droite de Deloris.
- Alors, ces deux jours dans le sud de la France ?
Deloris fit la moue.
- Affreux. Il y avait une tempête sur la mer Méditerranée. Résultat, on a pas pu mettre le nez dehors et on est même rentré en avance. Je suis atrocement déçue.
Le reste du trajet ressembla beaucoup à tous ceux qui l'avaient précédé. Deloris nous abreuva de détails inutiles, Crystal me demanda de relire son devoir de Métamorphose et nous nous affrontâmes tous dans une partie de bataille explosive après le passage du chariot de friandises.
Bien évidemment, Draco passa voir si tout allait bien et me rappela d'aller saluer Pansy si je ne voulais pas subir son courroux à Pré-au-Lard.
- Ah, petite ! Viens t'asseoir à côté de moi !
Leur compartiment était étonnamment vide : Crabbe et Goyle étaient partis à la recherche du chariot de friandises pour acheter un goûter, Blaise était avec sa petite-amie, Daphné était sûrement partie voir sa petite sœur, Merlin seul savait où était Nott et Millicent avait accompagné Tracey aux toilettes – et sans doute profitait-elle de l'occasion pour faire le plein de ragots –.
- Prête pour affronter les Détraqueurs ?
Je haussai les épaules. Mes défenses mentales étaient en bien meilleur état qu'au début des vacances – Nani avait eu du mal à passer mon Mur, je l'avais coincée dans mon Refuge pendant un temps acceptable et ma Boucle avait tenu bon –. Je n'avais pas fait le moindre cauchemar de la semaine – le nouveau traitement du Médicomage Perrin avait sans doute aidé, à moins qu'il ne s'agisse de l'efficacité de l'attrape rêve de Madame Simza –. Je ne me faisais toutefois pas d'illusions : les Détraqueurs m'affectaient plus que la normale et il faudrait sans doute plus que des petites pierres dans une pochette pour me protéger
- Draco m'a dit que ta tante avait été voir une voyante ?
Je lançais un regard aigu à mon cousin. Quand apprendrait-il à tenir sa langue exactement ?
- Pas de quoi faire cette tête, Lestrange, ma mère en consulte une tous les mois.
- Depuis quand prends-tu les lubies de ta mère en exemple ?
- Depuis que j'ai découvert qu'elle lui demandait à chaque fois qui serait mon futur mari et que je pouvais facilement acheter la réponse.
Je levai un sourcil. Pansy ne manquait pas de ressources, et ceux qui faisaient l'erreur de la sous-estimer étaient particulièrement stupides.
- Je ne pense pas que cela fonctionnerait avec Madame Simza, aussi je te conseille de faire en sorte que ta mère ne se mette pas en tête de faire appel à ses services.
Pansy eut un bref éclat de rire.
- Ma mère ne veut pas connaître son avenir. Elle veut juste être rassurée en permanence et entendre des choses qui vont dans son sens. Elle ne se risquera pas à consulter une véritable voyante, surtout si ça implique de se rendre dans l'Allée des Embrumes.
Si Pansy n'avait pas plusieurs fois soutenu que la Divination n'était qu'un ramassis de bêtises – ce qui ne l'empêchait pas de lire son horoscope chaque matin dans l'exemplaire de La Gazette de Nott –, je lui aurais sans doute confié l'étrange avenir que Madame Simza avait lu dans ses cartes.
Elle ne perdait pas une occasion de se moquer de moi en règle générale et je n'allais pas tendre la baguette pour me faire ensorceler.
- Du nouveau sur cet homme qui a menacé ta mère, Draco ?
Je tournai la tête si vite vers mon cousin qu'un os dans mon cou craqua désagréablement. Je n'avais pas du tout imaginé qu'il irait parler de ça à quelqu'un d'autre que moi ! Pansy était sans doute capable de garder un secret pareil, mais cette histoire touchait notre famille de trop près pour qu'il puisse se permettre d'être bavard.
C'était sans doute un vœu trop pieu.
Le seul avantage de son indiscrétion était que j'allais avoir l'opinion de Pansy sur la question. Elle avait bien des défauts, mais ses analyses étaient toujours basées sur des faits, et non pas des hypothèses, ce sur quoi mon cousin ferait bien de prendre exemple.
- Non... Je pensais que Madame Tonks allait apporter une nouvelle lettre aujourd'hui, mais je me suis visiblement trompé.
- Ou alors, elle a attendu que nous soyons partis.
- Elle ne s'est pas gênée il y a deux semaines, je doute qu'elle aurait hésité.
J'eus un soupir. Draco s'était peu à peu convaincu que notre tante avait retrouvé la trace de notre cousine américaine, et qu'elle espérait traîner ce qui restait de la famille Black dans un scandale historique – comme si nous avions besoin de ça avec Sirius Black dans la nature –. Naturellement, elle était donc de mèche avec ce Burt White et la principale motivation de ce petit monde était l'argent des Black.
- Rassure-moi, Pansy, tu ne penses pas qu'il s'agisse d'un moldu, pas vrai ?
Elle eut une moue.
- Pour tout ce que j'en sais, c'est ce qui reste le plus logique. Je ne pense pas que Narcissa Malefoy fréquente beaucoup de personnes qui ne soient pas Sang-Purs et aucun ne porte le nom White. De plus, Andromeda Tonks fréquente certainement des moldus et elle a peut-être eu l'occasion de retrouver la trace de sa petite-cousine... Tu imagines le scandale, petite ? Une Illégitime héritière de la famille Black ? Les rumeurs veulent que les Black tuaient les Cracmols nés dans leur famille... Alors une histoire pareille ? Ça sonnerait vraiment le glas de la plus ancienne famille des Vingt-Huit Consacrées et même quelqu'un comme Narcissa Malefoy aura du mal à se relever.
- Elle ne se laissera pas faire... soupirai-je.
Pansy repoussa ses longues mèches noires par-dessus son épaule.
- Je n'en doute pas. Ce qui est dommage, c'est qu'elle risque de régler cette histoire en toute discrétion et qu'on en saura jamais plus.
Draco eut une expression rancunière et je me contentai d'une grimace que je ne pensais pas vraiment. Si nous avions vraiment une cousine Illégitime – ce qui était a priori le cas, mais tout ce qui entourait Black manquait cruellement de cohérence –, je ne lui souhaitais rien de plus que de pouvoir rester loin de la société Sang-Pur.
Outre le fait qu'elle ne serait jamais acceptée, elle devrait en plus porter un nom au moins aussi lourd que le mien. Elle était sans doute bien plus libre dans le monde moldu, encore plus aux Etats-Unis, un pays qui devait ignorer la réputation de Sirius Black.
Une part de moi l'enviait presque.
…
Samedi 23 Avril 1994, Poudlard, Ecosse.
Nous étions l'ennemi à abattre.
Du reste, c'était l'impression que j'avais depuis que j'étais revenue et cela, avant même que les cours aient eu le temps de commencer. Le dîner – aux accents de fêtes – qui accompagnait chaque retour du Poudlard Express s'était déroulé dans une ambiance tendue. Notre table avait été la cible d'innombrables regards sombres et il était évident que la majorité de nos condisciples crachait sur notre maison à voix basse.
Même l'année dernière, alors que le soit disant héritier de Serpentard était censé avoir lâché un monstre sur Poudlard et que plusieurs Nés-Moldus avaient terminé à l'infirmerie, l'ambiance n'avait pas été aussi lourde.
Je m'étais d'abord demandée si un ou une de mes camarades de maison n'avait pas eu la brillante idée de raviver notre réputation de puritain de la doctrine Sang-Pur, puis Draco m'avait rappelé – dans un soupir exaspéré – que la finale de la Coupe de Quidditch avait lieu le samedi suivant.
Naturellement.
En règle générale, ma maison comptait très peu d'alliés. Certains élèves de Poufsouffle et de Serdaigle nous côtoyaient publiquement, certaines amitiés étaient même sincères, mais dès qu'il s'agissait de la Coupe, nous étions seuls contre tous.
Ce n'était quand même pas de notre faute si notre équipe avait remporté le Tournoi des Quatre Maisons sept années de suite. Nous étions meilleurs et nos adversaires ne savaient pas se montrer à la hauteur de la compétition.
L'attitude de Gryffondor, Poufsouffle et Serdaigle était d'ailleurs une autre raison qui poussait nos joueurs à se surpasser : rien n'anéantissait plus leur moral que de nous voir gagner... Sans oublier qu'une fois le Tournoi remporté, la Coupe des Quatre Maisons était pour ainsi dire assurée. Gryffondor l'avait remportée deux fois de suite en trichant honteusement, il était temps qu'elle nous revienne à nouveau !
Pour ça, et pour la semaine d'intimidation que nous avions tous subis – en tant que cousine de l'Attrapeur, j'avais aussi été une cible privilégiée – je n'avais pas ronchonné quand Pansy m'avait réveillée bien trop tôt pour m'aider à me préparer.
Depuis mon arrivée à Poudlard, je n'avais jamais porté autant de maquillages aux couleurs de ma maison, et j'étais entièrement vêtue de vert, sans oublier la large bannière « Allez Draco ! » que Pansy avait fabriqué pendant les vacances.
Si mon crétin de cousin n'attrapait pas ce maudit Vif d'Or, il ne pourrait pas nous reprocher de ne pas l'avoir assez soutenu.
Même si, une fois n'était pas coutume, nous serions en minorité dans les gradins du stade. Tout le reste de l'école soutenait les Gryffondors, si bien que les Préfets exigeaient que nous soyons tous sous Sonorus pour compenser notre faible nombre.
Comme pour chaque match, les deux équipes rejoignirent le stade en premier. Je suivis Draco du regard tandis qu'il s'éloignait, mêlant ma voix au cris enthousiastes de mes camarades. Il paraissait démesurément frêle à côté de ses six coéquipiers et je ne pus que ravaler la boule d'inquiétude dans ma gorge.
Après tout, la dernière fois qu'il avait affronté Harry Potter lors d'un match de Quiditch, il avait bien failli être tué par un Cognard fou, et Potter n'avait pas un dangereux meurtrier aux trousses l'année passée...
Ce fut bien vite à notre tour de rejoindre le stade de Quidditch : les Serpentards se levèrent tous en même temps et traversèrent la Grande Salle sous les huées des autres maisons, sans qu'aucun de nous ne baisse la tête.
Nous étions les teneurs en titre de la Coupe, notre équipe était imbattable depuis huit ans, c'était à eux de se sentir misérables, certainement pas à nous.
Dehors, le temps était magnifique, comme si le printemps avait attendu aujourd'hui pour arriver en Ecosse. Devant moi, Hadrian et Sven m'apprirent qu'il ne s'agissait pas forcément d'une excellente nouvelle :
- Le soleil risque d'éblouir les joueurs, surtout que notre gardien l'aura en pleine face.
- Le point positif, c'est que le sol est plutôt dur. Ils auront une meilleure propulsion au départ et si les Gryffondors tombent, ils se blesseront bien plus gravement. Ils n'ont pas de remplaçants.
J'eus une grimace à la possibilité qu'un des nôtres tombe de son balai : si Draco se blessait – et devenait incapable de jouer – nous allions en entendre parler pendant des semaines...
Surtout que nous n'avions pas plus de remplaçants que les Gryffondors.
Comme nous avions une bannière, les plus âgés nous laissâmes les places au premier rang et je ne pus que constater avec un soupir à quel point le vert et argent était en minorité dans les gradins.
- C'est ce qu'on appelle la rançon de la gloire, n'est-ce pas ? souffla Crystal.
- J'espère que nous allons gagner, marmonnai-je en retour.
Pour la première fois – du reste, depuis que j'étais à Poudlard – le professeur Rogue nous rejoignit dans les gradins, lui aussi vêtu de vert, et l'air particulièrement hargneux.
Comme si, d'une façon ou d'une autre, il prenait lui aussi part au match.
- Voici l'équipe de Gryffondor ! s'écria Lee Jordan qui assurait le commentaire du match, comme à l'accoutumée. Potter, Bell, Johnson, Spinnet, Weasley et Weasley, et Dubois. Reconnue comme la meilleure équipe que Poudlard ait jamais eue depuis un bon nombre d'années...
Je joignis ma voix aux huées de ma maison.
- Un Gryffondor ne devrait pas commenter quand sa maison joue, râla Deloris. C'est de la triche !
Pour une fois, je ne pouvais qu'être d'accord avec elle : Lee Jordan était le meilleur ami des jumeaux Weasley, en plus d'être à Gryffondor. Il n'était clairement pas objectif et avait même tendance à rabaisser le jeu des Serpentards dès qu'il en avait l'occasion.
- Voici maintenant l'équipe de Serpentard, menée par le capitaine Flint. Il a effectué quelques changements parmi ses joueurs et il semble qu'il ait privilégié la taille par rapport à l'intelligence...
Sa nouvelle remarque me donna raison. Je me tournai vers l'élève de quatrième année le plus proche et lui demandait de me lancer le Sonorus afin que mes cris aient plus de poids. Nous étions en minorité, c'était une chose, mais il en faudrait plus pour nous réduire au silence.
- Les deux capitaines, vous vous serrez la main, dit Madame Bibine.
Flint et Dubois s'approchèrent l'un de l'autre et se serrèrent la main comme si chacun essayait de briser les phalanges de l'autre.
Le coup de sifflet de Madame Bibine retentit au loin, les quatorze joueurs s'envolèrent avec énergie et je vis mon cousin se porter au niveau de Potter.
Il avait décrété qu'il ne lâcherait pas son ennemi du match. De ce que j'avais compris, il doutait d'arriver à attraper le Vif d'Or avant lui – essentiellement parce que le balai de Potter surpassait le sien de loin – et il s'était donc rabattu sur une autre stratégie... Il empêcherait Potter de faire gagner son équipe suffisamment longtemps pour que les Poursuiveurs de Serpentards creusent un écart supérieur à cent quatre-vingt points.
- Gryffondor à l'attaque, annonça Lee Jordan. Alicia Spinnet, en possession du Souafle, descend vers les buts de Serpentard. Bravo, Alicia ! Argh, non... Le Souafle est intercepté par Warrington de l'équipe de Serpentard... Et VLAN ! George Weasley dévie un Cognard sur Warrington qui lâche le Souafle, récupéré par... Johnson. Gryffondor de nouveau à l'attaque. Vas-y, Angelina... Attention, Angelina, un Cognard ! ET ELLE MARQUE ! DIX À ZÉRO EN FAVEUR DE GRYFFONDOR !
Tandis que la majorité du stade éclatait en cris victorieux, ma maison hua la Poursuiveuse avec le plus de hargne possible.
Comme si notre réaction avait galvanisé Marcus Flint, il heurta Johnson de plein fouet et manqua presque de la faire tomber.
De toute évidence, notre équipe allait jouer avec les limites du règlement du Quidditch.
Un instant plus tard, Fred Weasley donna un coup de batte à l'arrière du crâne de Flint qui l'écrasa le nez contre le manche de son balai et se mit à saigner.
En réponse aux deux agressions, Bibine siffla un penalty en faveur de chaque équipe.
Spinnet le transforma tandis que Flint échoua à marquer.
- Il saigne beaucoup, marmonna Hadrian. Il devrait demander un temps mort pour se soigner. Ça ne va pas l'aider à gagner !
- Flint est trop fier pour ça, grinça Pansy à mon oreille.
Et elle avait sans doute raison.
- Gryffondor à l'attaque, non, Serpentard à l'attaque... Non, Gryffondor, avec Katie Bell en possession du Souafle, elle file vers les buts... OH ! ILS L'ONT FAIT EXPRÈS !
Montague, un Poursuiveur de Serpentard, avait coupé la trajectoire de Bell mais, au lieu de s'emparer du Souafle, il lui avait attrapé la tête et Bell avait fait un tonneau en parvenant d'extrême justesse à rester sur son balai. Mais elle avait perdu le Souafle.
Madame Bibine donna un nouveau coup de sifflet et se précipita sur Montague en hurlant. Une minute plus tard, Bell avait marqué un nouveau penalty contre Serpentard.
- Je ne suis pas sûre qu'ils aient misé sur la meilleure stratégie. A ce rythme là, Gryffondor n'a qu'à attendre les penaltys...
La pertinence de Crystal était parfois agaçante.
- TRENTE À ZÉRO ! BIEN FAIT POUR VOUS, BANDE DE SALES TRICHEURS...
- Jordan, soyez moins partial dans vos commentaires !
- Je dis les choses telles qu'elles sont, professeur !
Soudain, Potter accéléra en direction des buts de Serpentards, comme s'il avait aperçu le Vif D'Or, et Draco s'empressa de l'imiter.
- C'est une feinte ! hurla Sven. Potter n'est pas stupide au point d'attraper le Vif d'Or maintenant ! Gryffondor n'a pas assez d'avance !
S'il avait accepté d'être sous Sonorus, Draco l'aurait peut-être entendu, mais sa voix fut noyée par les encouragements des autres maisons et les huées de la nôtre.
Les Batteurs de Serpentards prirent les choses en main, visant Potter avec leur Cognard – ils passèrent très près de leur cible – et, voyant que cela ne suffisait pas à décourager l'Attrapeur adverse, ils foncèrent droit sur lui, leur batte armée dans un geste équivoque.
Au tout dernier moment, Potter tira sur le manche de son balai – qui monta tout à coup en chandelle – tandis que Bole et Derrick s'écrasaient l'un contre l'autre dans un craquement sinistre.
- Ha ! Ha ! Ha ! s'écria Lee Jordan qui regardait les Batteurs de Serpentard zigzaguer en se tenant la tête. Pas de chance, les gars ! Il faudra vous lever plus tôt que ça pour battre un Éclair de Feu ! Gryffondor de nouveau à l'attaque, Johnson s'empare du Souaffle, suivie par Flint... Mets-lui un doigt dans l'oeil, Angelina ! Non, non, professeur, c'était une simple plaisanterie. Aïe ! Flint a repris le Souafle, Flint fonce vers les buts de Gryffondor. Vas-y, Dubois, bloque !
Flint marqua son but et je fus sincèrement soulagée de pouvoir crier de joie. Les encouragements des Serpentards reprirent davantage de vigueur encore. Lee poussait de tels jurons que le professeur McGonagall essaya de lui arracher des mains le porte-voix magique.
- Désolé, professeur ! dit-il. Désolé, ça ne se reproduira plus ! Donc, Gryffondor mène par trente points à dix et c'est Gryffondor qui est à l'attaque...
Peu à peu, le match se transforma en une compétition de coups bas, sûrement le plus hargneux de la saison, et peut-être même des dernières années. Fous de rage que Gryffondor ait si vite pris de l'avance, les joueurs de Serpentard ne reculaient devant aucun moyen pour s'emparer du Souaffle. Bole frappa Spinnet avec sa batte en assurant qu'il l'avait prise pour un Cognard. George Weasley lui donna un coup de coude dans la figure à titre de représailles. Madame Bibine accorda un penalty à chaque équipe et Dubois, dans un bond spectaculaire, parvint à bloquer le Souafle. Le score était à présent de quarante à dix en faveur de Gryffondor.
Bell marqua à nouveau. Cinquante à dix. Les jumeaux Weasley l'escortèrent, leurs battes levées au cas où des joueurs de Serpentard auraient voulu se venger d'elle. Bole et Derrick profitèrent de l'absence des jumeaux Weasley pour lancer les Cognards en direction de Dubois, qui les reçut en plein dans le ventre et fit un tonneau dans les airs en se cramponnant à son balai, la respiration coupée.
Madame Bibine était furieuse.
- On n'attaque pas le Gardien tant que le Souafle ne se trouve pas dans la zone de tir ! hurla-t-elle à l'adresse de Bole et de Derrick. Un penalty en faveur de Gryffondor !
- Si Gryffondor marque, Potter va pouvoir se lancer à la poursuite du Vif d'Or ! éructa Hadrian. Qu'attend Malfoy pour faire son boulot à la fin?
Il avait de la chance d'être trop loin de moi, parce que je l'aurais volontiers frappé !
Malheureusement, Johnson marqua le penalty, et Spinnet marqua un second but dans la foulée, creusant l'écart à soixante-dix à dix pour Gryffondor.
Dans les airs, Draco se rapprocha de Potter, ne lui laissant qu'un maigre mètre d'avance.
Aussi, quand Potter donna l'impression de piquer en direction du sol, il réussit à s'accrocher au balai de son adversaire et l'attaque de Potter mourut dans l'oeuf.
- Penalty ! Penalty en faveur de Gryffondor ! Je n'ai jamais vu une telle façon de jouer ! hurla Madame Bibine.
- ESPÈCE DE SALE TRICHEUR ! cria Lee Jordan dans le mégaphone en se tenant à distance du professeur McGonagall. ESPÈCE D'ABOMINABLE PETIT...
Mais le professeur McGonagall ne s'offusqua même pas du terme qu'il venait d'employer. Elle était trop occupée à brandir le poing en direction de Malefoy. Son chapeau était tombé et elle aussi hurlait avec colère.
- Je retire ce que j'ai dit, concéda Hadrian, un sourire narquois sur les lèvres. Même s'il doit absolument se dépêcher d'attraper ce Vif d'Or s'il veut que nous gagnions.
J'étais très bien placée pour savoir à quel point mon cousin désirait rempoter ce Tournoi : il avait passé la majorité de ses vacances à s'entraîner et il ne parlait presque exclusivement de ce match depuis au moins un mois. Il était visiblement prêt à tout pour assurer la victoire des Serpentards... Si les Poursuiveurs voulaient bien marquer quelques buts maintenant...
Spinnet tira le penalty, mais elle était si furieuse qu'elle rata le but d'un bon mètre. L'équipe de Gryffondor perdait graduellement sa concentration, tandis que les Serpentards, ravis du mauvais coup de Draco, se sentaient stimulés.
- Serpentard à l'attaque. Serpentard devant les buts, Montague marque... grogna Lee. Soixante-dix à vingt en faveur de Gryffondor...
Désormais, c'était au tour de Potter de coller Draco. Ils volaient si près l'un de l'autre que j'étais certaine que leurs genoux se touchaient.
- Angelina Johnson s'empare du Souaffle, commenta Lee Jordan. Vas-y, Angelina, VAS-Y !
Comme mué par une même conscience, tous les joueurs – à part Draco – se précipitèrent pour bloquer la route à Johnson, créant rapidement un mur.
- Regardez Potter !
Je crus d'abord que Potter avait vu le Vif d'Or, mais je compris très vite qu'il avait autre chose à la façon dont il accéléra, usant de toute la puissance de l'Eclair de Feu.
En voyant l'Éclair de Feu fondre sur eux, les Serpentard n'eurent pas d'autre choix que de se disperser comme une volée de moineaux.
- Ils n'auraient pas dû bouger, me souffla Crystal. Potter aurait été blessé, peut-être même gravement, et nous aurions eu un penalty.
- Plus facile à dire qu'à faire.
Je ne connaissais que trop bien la vitesse que le balai de Potter pouvait atteindre, et il aurait pu tuer l'un de nos joueurs et lui avec.
- ELLE MARQUE ! ELLE MARQUE ! Gryffondor mène par quatre-vingts points à vingt.
Potter, qui avait bien failli s'écraser contre les gradins, parvint à s'arrêter de justesse dans les airs puis fit demi-tour et fila à nouveau vers le milieu du terrain.
Je mis une seconde de moins que lui pour repérer Draco.
A son expression triomphante, je sus qu'il avait vu le Vif d'Or.
- ALLEZ DRACO ! ALLEZ ! ALLEZ ! ALLEZ !
Mes camarades mêlèrent bien vite leurs encouragements aux miens, et je me mis à hurler à m'en casser la voix, et ce malgré le Sonorus. Draco avait une avance plus que confortable sur Potter. Le Nimbus 2001 n'était pas aussi puissant que l'Eclair de Feu, mais Draco avait plus d'heures de vol à son actif dessus que Potter sur le sien.
Nous allions gagner !
Sauf que l'impensable se produisit. Potter remonta son retard en un temps record. Il lâcha le manche de son balai, repoussa le bras tendu de Draco...
Remonta en chandelle, le poing serré et un cri de victoire sur les lèvres.
Mon cœur me donna l'impression de se décrocher dans ma poitrine et j'en perdis le contrôle sur ma mâchoire.
Il me fallut plusieurs longues secondes pour comprendre que c'était fini.
Nous avions perdu.
…
Samedi 23 Avril 1994, Londres, Angleterre.
L'appartement comportait trois pièces et juste assez de meubles – dépareillés – pour vivre. Les murs étaient recouverts d'un papier peint défraîchi, le plafond était jauni et il manquait des morceaux de carrelages à certains endroits.
De toute évidence, ce n'était pas un lieu de vie mais juste un point de chute, et elle ne pouvait s'empêcher d'en être soulagée...
Ils n'avaient pas l'intention de s'éterniser sur Londres et cela s'accordait parfaitement à son plan. Il était terriblement plus facile de nourrir une idée déjà présente dans le cerveau d'une personne que de la créer de toute pièce.
Narcissa prit finalement place dans le fauteuil dans l'ombre de la bibliothèque et se prépara à attendre, sa baguette à la main.
Elle avait cru que cela serait plus difficile.
L'intelligence de sa sœur, la barrière du monde moldu, l'aura de truands qui flottait autour des deux hommes...
Elle avait pensé que l'agence de détectives privés qu'elle avait contacté – la meilleure du monde sorciers, celle qui assurait la confidentialité de ses découvertes avec non moins qu'un Serment Inviolable – aurait eu besoin de plus de temps pour retrouver les auteurs de la lettre. Elle avait pris le soin d'imaginer plusieurs stratégies pour pouvoir gagner du temps, mais c'était tout de même mieux ainsi.
Plus elle agissait vite, plus elle pouvait espérer les prendre par surprise et arriver à ses fins.
Il était hors de question qu'elle se laisse mener par deux moldus, unique famille de Maellyn ou non.
A la pensée de sa très chère filleule, elle sentit ses entrailles se geler et le doute frémir au fond de son cœur.
Elle avait pris sa décision à la seconde où elle avait terminé de lire la lettre de Grant Adler : Maellyn était trop jeune pour connaître la vérité et elle avait assez souffert ces derniers mois.
Ils devraient se montrer patients s'ils souhaitaient faire partie de sa vie et elle était prête à entrer en guerre avec eux s'il le fallait.
Toutefois, il y avait une petite voix au fond de son crâne – celle qui se faisait entendre à chaque fois qu'elle devait prendre une décision pour Maellyn – et elle ne cessait de lui répéter qu'elle était peut-être en train de faire une bêtise.
Il se pouvait très bien que Grant Adler et Burt White décèdent d'ici à ce que Maellyn sache la vérité – et sa filleule lui en voudrait éternellement –. Il se pouvait également qu'elle soit en train de laisser passer une parfaite opportunité pour révéler la vérité à Maellyn : lui expliquer qu'elle avait toujours souhaité la réunir avec la famille de sa mère, mais qu'elle n'avait jamais retrouvé leur trace...
Sauf que cela serait mentir ouvertement.
Cela avait été le plan, mais seulement pendant une brève période. A mesure que son amour pour Maellyn avait grandi et que les liens entre elles deux s'étaient renforcés, elle s'était convaincue que Maellyn ne serait jamais mieux qu'avec elle.
Qui pouvait lui garantir que ces deux hommes sauraient s'occuper d'elle ? Le sang ne faisait pas tout et ils avaient été absents de sa vie pendant trop longtemps.
Ils étaient des étrangers l'un pour l'autre.
Des bruits de pas dans le couloir l'arrachèrent à ses pensées. Elle distingua deux voix distinctes, puis le cliquettement d'un trousseau de clefs, suivi du bruit sec de la serrure.
Elle prit une profonde inspiration et raffermit la prise sur sa baguette.
Elle ne se faisait guère d'illusion : les prochaines minutes n'allaient pas être faciles.
La première personne à entrer était un colosse d'au moins deux mètres. Son crâne rasé, son impressionnante barbe grisonnante et une collection de tatouages outranciers.
Le deuxième était plus petit et trapu, victime d'une calvitie et les traits creusés par les épreuves.
La porte fut verrouillée à nouveau, le plus petit des deux déposa un large sac en papier sur la table de la cuisine et elle attendit qu'ils soient bien en face d'elle pour allumer la lumière d'un simple claquement de doigts.
Ils se retournèrent en même temps, et le géant porta sa main à l'arrière de son dos, avant de grimacer très légèrement.
Le deuxième eut un rictus mauvais et plongea un regard glacial dans le sien.
- Narcissa Malefoy, je présume ?
- J'en ai bien peur.
Sachant pertinemment qu'il ne lui restait plus qu'une poignée de secondes d'avantage – sans doute n'avaient-ils pas imaginé qu'elle les attendrait un jour dans leur appartement –, elle agita sa baguette.
Des cordes apparurent de nulle part et, comme ils étaient proches l'un de l'autre, s'enroulèrent autour d'eux.
Le géant résista, mais il y avait très peu de choses qu'un moldu pouvait faire pour se défendre de la magie, et elle était particulièrement décidée à les mettre hors d'état de nuire avant de leur exposer les conditions de leur rédhibition.
- Vous allez regretter ça ! éructa le petit, quand bien même il semblait avoir du mal à respirer, serré comme il l'était.
Elle voulut répliquer qu'il n'était pas en mesure de faire des menaces – et que rien de ce qu'il pourrait promettre ne l'inquiétait vraiment – mais elle croisa le regard du géant.
Celui de Maellyn.
Brillant de haine et de colère, un avant-goût de ce que sa filleule ne manquerait pas de lui infliger quand elle apprendrait la vérité.
Elle put enfin mettre un nom sur chacun des deux hommes : Burt White devait être le petit teigneux et Grant Adler le géant silencieux.
Elle releva le menton pour masquer son trouble et se leva pour les rejoindre au milieu de la pièce.
- Sachez que je suis désolée de devoir en arriver là.
- Pas encore, gronda Grant Adler.
- Je le sais.
Il devait faire référence à la prochaine vengeance qu'il pensait encore imaginer, elle pensait à la réaction de Maellyn dans quelques années, mais ils étaient au moins d'accord sur un point : ce n'était que le début de ses ennuis.
Même si, pour être tout à fait honnête, ces derniers avaient commencé quand Bellatrix avait commis son crime affreux.
- Je tiens également à profiter de cette occasion pour vous présenter toutes mes condoléances pour votre fille, Monsieur Adler. Soyez assuré que sa meurtrière est à Azkaban et il est fort probable qu'elle y termine ses jours.
Ils tentèrent de se précipiter sur elle, espérant sans doute la faire tomber et briser le sortilège en lui faisait perdre conscience.
Ils faillirent plutôt s'écraser au sol à la façon d'un arbre frappé par la foudre et elle recula simplement d'un pas pour esquiver leur attaque.
- Ne m'obligez pas à vous immobiliser davantage.
Ils recommencèrent pourtant à se débattre contre les cordes magiques et terminèrent rouges et essoufflés par leur combat, sans que cela n'ait rien changé à leur condition.
Elle s'obligea à se montrer patiente, même si elle savait pertinemment qu'elle ne pouvait pas s'éterniser ici.
La dernière chose dont elle avait besoin était d'éveiller la curiosité de Lucius.
- Vous allez sans doute avoir du mal à l'accepter, mais j'agis dans l'intérêt de Maellyn. Elle est trop jeune pour connaître la vérité, sans compter que cela pourrait très bien la mettre en danger.
- L'intérêt de ma petit-nièce est d'être avec sa famille !
Ainsi Burt White était l'oncle de Judy Adler. Elle avait cru un moment que Grant et lui formaient un couple.
- Pour elle, je suis son unique famille. Je l'ai élevée et, contrairement à vous, je la connais. La vérité la briserait, et je ne le permettrais pas !
A nouveau, Grant Adler plongea son regard dans le sien, et elle sentit son cœur se serrer tant il était semblable à celui de Maellyn.
- Ce n'est certainement pas de notre faute si nous ne connaissons pas Maellyn. C'est celle de votre sœur.
- Désigner un coupable ne changera pas le passé. La seule promesse que je peux vous faire est de mener Maelllyn à vous quand elle saura, et seulement si elle le désire.
- Vous pouvez toujours rêver ! gronda Burt White. Nous étions prêts à être conciliants, mais vos lois sont très claires : Maellyn doit être avec sa plus proche famille, et vous n'êtes que sa grande cousine !
- Croyez-vous vraiment que je sois venue ici pour négocier ? Vous allez oublier toute cette histoire et retourner aux Etats-Unis mener votre petite vie de moldus. Maellyn viendra vous y retrouver quand elle le souhaitera.
- Jamais !
La colère irradiait des deux hommes, les faisant vibrer d'une énergie qui lui était trop familière.
Elle leva sa baguette et la pointa d'abord sur Grant Adler.
Elle pouvait se tromper, mais il y avait de bonne chance pour que Maellyn lui ressemble plus qu'il ne pouvait imaginer, et elle préférait commencer en terrain familier.
- Oubliettes.
…
Ahem.
Vous ai-je déjà dit à quel point Narcissa pouvait se montrer sans pitié ? Parce que c'est en train de devenir sa spécialité.
A part ça, j'avoue que j'ai hâte d'avoir votre avis sur :
- La petite excursion au pays de la nostalgie de Remus (merci, Madelyn).
- La théorie de Draco concernant l'identité de Burt White (la curiosité de ce petit le mènera à sa perte).
- La prédiction de Simza (et accessoirement, l'interprétation que vous en faites, vous ^^ )
- La piste de Nott concernant l'expéditeur de l'Eclair de Feu (je ferais pas imprimer les cartons d'invitation au mariage tout de suite tout de suite à sa place. Jdçjdr- )
- Le dernier match de la saison pour le Tournois de Quidditch (et oui, c'était si tôt dans l'année, j'ai été la première surprise. Je crois que c'est mon match préféré, tout tome préféré celui-ci).
Bon, si vous voulez me faire part des sentiments que vous inspirent la dernière scène, je suis preneuse aussi, mais, pitié, pas toutes les Beuglantes en même temps.
Je ne promets pas une mise à jour à l'heure dans un mois, mais je vais faire de mon mieux pour absorber les remous de la rentrée d'ici là (amen). Bonne reprise à celles et ceux qui viennent de terminer leurs vacances, et profitez bien des derniers jours de beaux temps tant que vous le pouvez !
Les reviews marchent très bien pour me remonter le morale et me motiver. Alors à vos claviers!
En attendant la suite, je vous invite à aller faire un tour du côté du UA complet de cette histoire : There will be time.
See you !
Excelsior !
Orlane.
Mis à jour le 01/09/2019
