Les trois êtres à non-humains restèrent ensemble cette nuit-là, discutant, n'ayant pas besoin de dormir, ce qui était assez déstabilisant pour la jeune femme. Les deux autres hommes lui parlèrent de ses pouvoirs et du monde démoniaque, détournant son attention pour un temps. Mais, l'aube arriva vite, sans qu'ils s'en rendent compte, et Ciel, ne supportant plus d'attendre son majordome, décida de se lever et d'aller lui passer une charge. Il ouvrit la porte de la chambre du démon, en commençant à lui crier dessus avant de se figer devant le spectacle. Undertaker était debout dans un coin de la chambre, une faux gigantesque à la main. Faith était assise sur le lit, la tête posée sur l'épaule de son fiancé, les yeux encore un peu rouges.

- Quelqu'un peut m'expliquer ce qu'il se passe ici ?

- Monsieur, je vous pris d'excuser mon retard, mais Mademoiselle Elisabeth est...

- Lizzy est morte, finit Faith en le coupant, la voix tremblante.

Le silence se fit. Ciel était immobile, les yeux exorbités. Que venait-elle de dire ? Lizzy, morte ? Il n'y croyait pas. Furieux, il se jeta sur elle, lui attrapant les épaules en criant :

- Tu mens ! Lizzy ne peut pas être morte !

La rage mélangée à la tristesse marqua le visage de la jeune femme à qui les yeux devenaient à nouveau rouge. Ciel s'éloigna, effrayé.

- Tu crois vraiment que je mentirais sur quelque chose comme ça ? Demanda-t-elle, furieuse en s'approchant toujours plus du garçon qui rampait maintenant pour lui échapper. Je l'ai vu ! Je l'ai vu mourir !

Sebastian et Undertaker intervinrent pour la stopper. Ils savaient tous deux, que les premiers jours, ses sentiments seraient un peu instables, et qu'elle aurait plus de mal à se retenir, devenait plus primaire le temps de totalement s'habituer à ses pouvoirs. C'est d'ailleurs ce qui expliquait pourquoi elle était passée « en mode automatique » la veille, en tuant tout ce qu'elle trouvait.

- Du calme, jeune maîtresse, insista Undertaker. Il ne pouvait pas savoir, et il essaie juste de trouver une échappatoire à cette cruelle vérité.

Elle inspira et expira alors à plusieurs reprises, en serrant les poings et en se détournant pour se calmer. Elle savait qu'il n'était pas coupable, mais elle ne pouvait s'empêcher de lui en vouloir. Ses émotions semblaient à fleur de peau, et elle détestait ça.

- Je dois aller faire un tour, s'exclama-t-elle alors sans se retourner.

Puis, elle s'élança par la fenêtre. Elle allait se mettre à courir, quand elle entendit le chien blanc aboyer. Elle s'approcha de lui, avec un sourire doux, et lui caressa la tête alors qu'il se calmait.

- Je vois qu'il te reconnait toujours, s'exclama une voix derrière elle.

- Que veux-tu dire, Undertaker ?

- Ce chien appartenait à ta famille, c'est l'un des gardiens de la famille royale démoniaque, mais les anges l'ont emmené quand ils ont attaqué le palais.

- Je vois, quel est son nom ?

- Il s'appelle Pluto.

Elle sourit alors, et s'approcha du chien avant de détruire ses chaînes d'un coup efficace. Elle monta ensuite sur son dos, puis s'exclama :

- Je vais faire un tour avec lui, peux-tu m'excuser auprès des autres.

- Bien sûr, jeune maîtresse, répondit-il en s'inclinant.

Et elle s'accrocha à la fourrure de son compagnon, avant de s'exclamer :

- Pluto, vas-y !

Il s'élança à son ordre, et elle le laissa parcourir plusieurs kilomètres ainsi, vidant son esprit. Il s'arrêta finalement prêt de ruines, et elle comprit immédiatement où elle se trouvait. Les ruines du manoir Constantin. Elle descendit du dos du chien, et s'approcha des marches à moitié détruites menant à la grande porte principale qui n'était plus qu'un tas de cendre. Des vestiges de bâtiments, des rideaux déchirés, des toiles dégradées et du mobilier à moitié en miettes. Voilà tout ce qu'il restait des lieux.

La nature avait repris ses droits, et la végétation peuplait les ruines.

Elle avança délicatement dans ce lieu chargé de souvenirs, et un éclat attira son attention par terre. Elle écarta les débris, et vit, une photo, d'eux trois. Son père regardait l'objectif fièrement, mais sans paraître froid, et sa mère la tenait dans ses bras en lui jetant un regard attendrissant. Ses parents...

Une larme roula sur sa joue, suivit d'une autre, et elle explosa en sanglot au milieu de ses ruines, tombant à genou, dans la poussière de cendre et de terre déposée avec le temps. Le soleil brillait autour d'elle, mais tout paraissait triste et emprunt des souvenirs du passé.

Elle resta là à pleurer quand un bruit anormal la fit se retourner. Une petite poupée à l'aspect étrange, se mouvant toute seule s'approcha d'elle avant de lui parler.

- Je vois que mon assassin s'est montré inutile ! Après tout, tu es toujours vivante, et le moyen de pression que j'avais sur le comte est mort.

Faith se redressa, les poings serrés alors qu'elle comprenait que la personne qui contrôlait cette poupée avait fait tuer sa sœur. Ses yeux devinrent rubis, et une aura sombre commença à apparaître autour d'elle.

- Tout doux, jeune lady ! Vous ne pouvez de toute façon pas m'atteindre d'où je me trouve.

- Que voulez-vous, demanda-t-elle, la voix étonnamment grave.

- Permets moi d'abord de me présenter. Je suis celui qui agit dans l'ombre depuis longtemps, et aussi celui responsable de la mort des parents du comte.

La rage monta encore et quelques plumes noires commencèrent à tomber autour de Faith tandis que son aura démoniaque augmentait de plus en plus.

- Magnifique ! Mais toujours inutile !

Elle enfonça ses ongles dans ses paumes pour ne pas passer sa rage sur la poupée, ce qui l'empêcherait de découvrir qui était son interlocuteur.

- Pourquoi me dire tout cela ?

- Je veux être sûr d'avoir toute ton attention.

- Vous l'avez !

- Bien, très bien ! J'aimerai dans ce cas te proposer une rencontre ! Reviens ici demain à minuit pile. Si tu veux en apprendre plus ! Et viens seule, où tu ne découvriras jamais qui je suis ! A bientôt, Lady Midford !

Et la poupée tomba inerte au sol. Elle attrapa alors le petit jouet, mais il ne lui apporta aucun indice, alors de rage, elle l'enflamma et le balança plus loin. Elle serait là le lendemain à minuit, elle y serait sans faute, et présenterai son point de vue à cette personne. Il allait payer pour tous ses crimes, elle y veillerait !

Un museau vint alors lui frotter les cheveux, et elle se retourna pour caresser Pluto. Son pouvoir retomba bientôt, et elle remonta sur le dos du chien démoniaque, pour repartir.

En chemin, elle pensa à ses parents. Ils avaient perdu leur seconde fille, et la première avait montré des capacités surnaturelles. Ils devaient être tristes et bouleversés. Elle avait donc peur de les revoir, mais ne voulait pas les quitter pour autant. Après tout, ils l'avaient élevée et aimée, et elle les aimait en retour. Elle décida donc d'y retourner, et de leur révéler une partie de la vérité. Ils méritaient de savoir, enfin, son père au moins.

Elle demanda donc à Pluto de changer de direction, et s'arrêta dans la forêt non loin de chez elle. Elle laissa le grand chien, et jeta un coup d'œil discret. La police était en train de quitter les lieux. Alors, elle passa à toute vitesse, bien trop rapidement pour un œil humain, et alla retrouver son père. Il était seul en train de boire dans son bureau, sa femme s'occupant de l'enterrement.

Il ne sentit au départ que le courant d'air qu'elle produisit en arrivant rapidement, puis il la vit, et recula un peu, effrayé.

- Père... N'ayez pas peur, je ne compte pas vous faire de mal. Je suis venu vous expliquer toute la situation...

Il lui fit alors signe de s'asseoir, toujours un peu tendu, et elle obéit sagement.

- Je ne sais pas si vous avez parlé de ce que vous avez vu à mère, mais si elle n'est pas au courant, il vaut peut-être mieux qu'elle reste dans l'ignorance...

- Je ne lui ai rien dit, je lui ai fait croire qu'elle avait oublié que tu dormais chez une amie.

- Merci. Je reviendrai donc tout à l'heure, en faisant semblant de ne rien savoir, dit-elle la voix tremblante, ayant envie de pleurer en repensant aux événements de la veille.

Elle inspira un coup pour ne pas craquer, puis regarda son père dans les yeux avant de commencer ses explications :

- Avant toute chose, vous devez savoir que je ne suis pas vraiment votre fille...

- Qu'est-ce que tu racontes ? Je t'ai vu naître ! Je sais que tu es ma fille !

- Non... Tout cela est un souvenir créé de toute pièce, pour que vous m'acceptiez dans votre maison...

- Pourquoi ?

- Mes parents ont été tués pendant ma première année dans ce monde, et celui qui m'a sauvée voulez m'offrir une vie meilleure que celle qu'il avait à me proposer, c'est pourquoi, il a trouvé une famille noble, mère et vous, qui me ressemblait, et il a modifié vos souvenirs.

Le silence s'installa, son père ne sachant pas quoi dire. Elle reprit donc son discours.

- Vous devez également savoir, mais je pense que vous vous en doutez, que je ne suis pas humaine...

- Qu'es-tu dans ce cas ?

- Etes vous vraiment sûr de vouloir savoir ? Ce qu'on ignore ne peut pas nous faire de mal...

- Je veux apprendre à te connaitre vraiment, car, pour moi, tu es ma fille !

Elle lui fit alors un sourire touché, pendant qu'il lui prenait les mains, puis elle bégaya, ayant peur de sa réaction :

- Je... je suis... un... démon...

La peur, qu'elle redoutait tant, envahit les yeux de son père, et elle retira donc vivement ses mains de celles de son père, blessée. Elle baissa ensuite la tête, ne voulant pas voir le dégoût qui elle s'en doutait, apparaîtrait ensuite dans les yeux de ce grand homme. Mais deux mains chaudes saisirent les siennes, et son père lui dit :

- Ce que tu es, ne change pas comment tu es. J'ai confiance en toi, Faith ! Je sais que tu as un cœur et que ta nature ne fait pas de toi un monstre. Tu es ma fille, et ça ne changera jamais.

Elle releva alors la tête, le visage larmoyant, et son père la prit dans ses bras, la laissant pleurer contre son épaule. Le mur qui avait toujours existé entre Faith et ses proches tombait enfin, et son cœur était soulagé, malgré la blessure qu'il ressentait toujours.

Le temps passa rapidement, et tout ce qui n'avait pas été dit depuis des années, fut enfin dit. Une chose positive était au moins sortie de la mort de Lizzy.

Des pas s'approchèrent alors, et la porte fut ouverte, mais Faith avait déjà disparu, étant passée par la fenêtre, restant en dessous pour écouter. C'était sa mère, qui parler de l'enterrement à son mari, et qui lui demander s'il savait quand reviendrai leur fille. Elle n'entendit aucune émotion dans la voix de sa mère, et elle fut blessée. La mort de Lizzy ne l'affectait donc pas ? Pourquoi ne montrait-elle aucune émotion ? Leur société était-elle à ce point cruelle ?

Sa mère resta cinq minutes de plus avant de repartir. Elle remonta donc, surprenant son père, et elle le prit dans ses bras avant de lui promettre de revenir dans l'après-midi. Puis, elle retourna auprès de Pluto, et repartit au manoir de Ciel.