Chapitre 24 : Rogue n'est pas doué pour s'inquiéter pour les gens
Le premier samedi de l'année, pendant le petit déjeuner, Harry reçut un mot.
Monsieur Potter,
Votre devoir est inacceptable. Présentez-vous à mon bureau à 10h ce matin pour en discuter.
Rogue
Hermione, quand Harry lui montra le papier, gémit.
- Le professeur Rogue te donne encore des cours privés.
- Il va probablement découper mon devoir en petits morceaux et les faire fondre dans l'acide. Et rire, fit remarquer Harry.
- De façon éducative, se lamenta Hermione.
- Est-ce que ça va, 'Mione ? demanda Ron. Tu as été un peu…
- Une critique personnelle, dit Hermione, avant d'essayer de noyer son chagrin dans sa tasse de thé.
- T'inquiète pas, dit Harry à la hâte. Il va probablement juste, je sais pas… Est-ce que tu penses qu'il a décidé que ça vaudrait le coup de m'enseigner.
Ron lui tapota le dos.
- Il te déteste toujours.
- Je sais, soupira Harry, regardant la note d'un air lugubre. Ron n'avait pas tort, après tout. Pas pour autant que Harry sut.
- Vous pensez qu'il est encore en colère pour la robe ? demanda Neville.
Harry se dit que le professeur Rogue serait en colère pour la robe pendant environ la prochaine décennie, mais ça ne semblait pas une bonne idée de le dire.
Le bureau du professeur Rogue était un peu plus chaleureux avec un feu dans la cheminée. Pas vraiment chaleureux, mais un peu quand même. Le professeur Rogue était assis à son bureau, deux bouteilles et deux verres posés devant lui. Il leva les yeux quand Harry entra, et lui tendit un rouleau de parchemin. Harry le prit et le déroula. C'était son devoir d'été, recouvert d'encre verte, les annotations remplissant le moindre centimètre carré disponible. Harry sentit ses paupières se crisper.
- Vous lirez ceci quand nous en aurons fini ici, afin de pouvoir dire à vos camarades que c'est ce dont nous avons discuté. Je veux votre parole que ce dont nous allons parler ne quittera pas cette pièce, quelle que soit la confiance que vous pouvez avoir en vos amis.
- … monsieur ?
- Votre parole, Monsieur Potter, si elle a la moindre valeur.
Harry releva le menton.
- Je promets de n'en parler à personne, sauf si ça met quelqu'un en danger.
- On va faire avec ça, dit Rogue d'un ton las.
Harry se dit que ça avait l'air assez juste, tout compte fait.
- Assis.
Il s'assit.
- Que savez-vous à propos de Sirius Black ?
- Ben, que c'est un meurtrier. Un disciple de, euh, Voldemort. Rogue plissa les yeux. Il a tué un paquet de gens, et maintenant il veut me tuer. Et il y a quelque chose que personne ne veut me dire.
- Exact. Ils ne veulent pas vous dire, car ils pensent que vous êtes le genre de garçon à vous ruer pour voler la Pierre Philosophale et affronter des trolls et des Basilics.
- Pourquoi tout le monde est tellement persuadé que je vais aller affronter Sirius Black ? Je veux dire, même Drago Malefoy l'a dit – il était pas inquiet, il trouvait ça très marrant, mais- Harry hésita.
- D'après ce que je sais de vous, vous allez persister à fouiller jusqu'à découvrir ce que les adultes vous cachent pour vous protéger, en violant au passage tous les règlements auxquels vous pourrez penser, et au mieux manquerez de vous faire tuer. Trompez-moi une fois, deux fois, trois fois… je ne suis pas idiot, M. Potter.
- Je ne fais pas ça pour la gloire, marmonna Harry. Je sais que vous le pensez, mais ce n'est pas vrai. Il fallait que quelqu'un soit là, ou Voldemort aurait eu la Pierre, et Ginny serait morte.
- Et dans une réalité beaucoup plus probable, vous seriez mort et enterré, ainsi que vos amis.
- Ouais, ben non.
- Épargnez-moi vos grognements, si vous voulez que j'explique.
Harry sursauta, se redressa et essaya de prendre un air éveillé et attentif. Rogue sembla légèrement perturbé.
- Nous allons discuter de deux choses, dans cet ordre, dit Rogue. Pourquoi vous ne devriez pas essayer d'aller affronter Black, et pourquoi vous devriez.
- Ça ne… fait aucun sens. Devant le regard noir de Rogue, Harry se tut.
Rogue versa une mesure soigneuse d'un liquide ambré dans un des verres, et une potion d'un blanc nacré dans l'autre. Harry reconnut un philtre Calmant. Rogue poussa le verre dans sa direction.
- Buvez ça quand vous en aurez besoin, ordonna-t-il.
- Professeur Rogue, est-ce que le directeur sait que vous me parlez de ça ?
- Je suis sûr qu'il le saura tôt ou tard.
Ce n'était pas vraiment une réponse, mais Harry n'allait pas interrompre cet accès inhabituel de ce qui ressemblait étrangement à de l'honnêteté.
Harry était très content de son plan, jusqu'à ce qu'un mouvement brusque et un son rauque fassent disparaître la pièce autour de lui dans un éclair rouge.
Harry se réveilla par terre et se releva aussi vite que possible, cherchant sa baguette.
Il croisa le regard de Rogue. Le professeur était debout, pointait sa propre baguette vers Harry et tenait mollement la baguette de Harry dans son autre main. Son regard était vide.
- La raison pour laquelle vous ne devriez pas affronter un sorcier adulte est que vous allez mourir. Exactement comme j'aurais pu vous tuer à l'instant.
- Je m'attendais pas-
- Et Sirius Black ne vous attaquera pas de face.
Harry sauta hors de portée alors qu'un autre sort le frôlait en sifflant, et plongea pour se mettre à l'abri derrière le bureau. La pièce était grande, mais pas immense, et il évita deux, trois, quatre sorts par pure acrobatie, regrettant de ne pas avoir son balai. Une bouteille en verre éclata derrière lui, et Harry sauta sur le côté. Il sentit l'odeur de ses cheveux brûlés, et chargea son professeur, l'envoyant dans le mur.
Harry s'immobilisa, sentant une baguette contre sa gorge.
- C'est à ça que ressemble un affrontement avec un sorcier adulte, Potter. Vous vous en êtes bien tiré au début, mieux que j'espérais, mais votre instinct vous a trompé. Au lieu de vous enfuir, vous êtes venu vers moi. Si j'avais voulu vous tuer, je l'aurais fait aussitôt. Est-ce que vous comprenez ?
- Dumbledore-
- Le directeur Dumbledore n'a pas la moindre idée de votre penchant pour vous jeter la tête la première dans un nid d'hydres. Ou peut-être trouve-t-il cela charmant. Si vous essayez d'affronter Sirius Black seul, vous mourrez. Si vous essayez d'affronter Sirius Black avec vos amis, ils mourront. Si vous le voyez, courez. Vers le directeur, de préférence.
- Pas vers vous ? Monsieur ?
- Pour autant qu'il me plairait de mettre personnellement fin à Sirius Black, entre le Directeur et moi-même, il est le meilleur duelliste.
Le voix morbide de Rogue n'avait pas changé de ton pendant toute la discussion. C'était incroyablement flippant.
- J'ai affronté Voldemort-
- Vous avez affronté Quirrel et un spectre, et vous avez de la chance d'être encore en vie. Quirrel était un duelliste moyen, au mieux. Black est un assassin fou à lier, obsédé, cruel, et issu d'une vieille famille Sombre qui enseigne des maléfices à ses enfants dès le berceau. Écoutez, pour une fois dans votre fichue vie.
- D'accord, grommela Harry. Quand vous aurez fini d'expliquer. C'était bien une explication, non ?
Il y avait encore une lueur de bataille dans les yeux de Rogue, mais ils se rassirent tous les deux comme si rien ne s'était passé, comme si ça avait été un simple duel et que tout allait bien. Harry était tendu comme la corde d'un arc, et il empoigna sa baguette que Rogue avait posée sur la table. Il ne la rangea pas.
Rogue souleva le verre de liquide ambré et le tint à la lumière. Il avait une teinte dorée.
- Whisky Pur Feu, commenta-t-il comme s'ils avaient été en train de parler de la pluie et du beau temps, avant de le boire et de le reposer sur la table avec un petit bruit sec. Il croisa les doigts.
- Avez-vous besoin du philtre Calmant, Potter ?
Harry secoua la tête.
- Sirius Black a trahi vos parents, ce qui a provoqué leur mort. Ils pensaient qu'il était leur ami, et il a dit à Voldemort où ils étaient cachés.
Harry arrêta de respirer. Le temps devint un peu bizarre. Ses oreilles résonnaient – une lumière verte, une femme suppliant, un horrible rire.
Le professeur Rogue se versa une autre mesure précise de whisky Pur Feu et la but. Il observa Harry, une lumière étrange dans les yeux.
- Buvez, Potter.
Harry but le philtre calmant et s'affala dans sa chaise.
- Il était leur ami ?
- Depuis qu'ils étaient à l'école ensemble, confirma Rogue d'une voix distante.
- Dumbledore a dit que vous les connaissiez.
- Il était là.
- Alors, dit Harry, se sentant étrangement calme, j'ai vraiment envie d'aller le tuer maintenant.
- Non, dit Rogue. Vous ne sortirez pas de cette pièce sans votre parole que vous ne ferez rien de stupide.
Harry ne pensait vraiment pas que Rogue eut quoi que ce soit qui pourrait le motiver, pas la moindre chose qui pourrait lui enlever l'envie d'aller trouver Sirius Black et de se venger de lui avoir pris ses parents.
Ah si, il y avait une chose.
- … vous pourriez m'acheter, dit Harry, pensant à voix haute.
L'expression de Rogue était impayable. Harry nota mentalement d'y repenser quand il serait capable d'avoir des émotions.
- Je veux pouvoir revenir dans la salle de Potions après les cours. Et apprendre à préparer correctement le Polynectar.
- Êtes-vous en train d'avouer avoir préparé du Polynectar avec des ingrédients de ma réserve, Potter ?
- Non. Je n'avouerais jamais ça.
Harry sourit à son professeur. Rogue ne lui rendit pas son sourire. Dommage.
Il y eut un long silence. Harry se dit que le professeur Rogue aurait dû en profiter pour boire, mais ce n'était pas lui qui lui disait quoi faire.
- Quand vos amis ne seront pas occupés, vous pouvez étudier dans la classe de Potions à condition que je sois là. Ne vous attendez pas à un traitement spécial. N'allez nulle part seul. Promettez-moi que vous n'allez pas aller à le recherche de Sirius Black.
- Je le promets.
Harry finit par lire la correction de son devoir sur la potion de Ratatinage en attendant que les effets du philtre se soient suffisamment dissipés pour pouvoir marcher. Il n'était vraiment pas sûr que convaincre le professeur Rogue de lui enseigner soit une bonne idée, mais au moins le professeur ne lui lançait plus de sorts, et ça devait compter pour quelque chose.
Après une matinée comme ça, le reste du week-end fut incroyablement décevant.
Note de l'auteur :
Joignez-vous à moi pour nous lamenter sur les idées incroyablement foireuses de Severus Rogue à propos de techniques d'enseignement adaptées aux enfants (Il ne lance jamais de maléfice sur un enfant dans le canon, mais il ne prend pas non plus cinq minutes pour leur enseigner le duel).
