Demetri observait impassible les nouveau-nés qui s'agitaient dans l'entrepôt désaffecté aux abords de Moscou. Ils ignoraient complètement la présence des redoutables gardes et le fait qu'ils « vivaient » leurs dernières heures. Le traqueur ne comptait plus le nombre de vampires qu'il avait tué au fil des siècles. Autant de visages anonymes dont il ne se souciait guère. Certains avaient imploré sa clémence en arguant qu'ils faisaient partie de la même espèce mais c'était mal connaître l'illustre garde que de penser qu'il était capable de pitié car ce sentiment lui était étranger et Demetri méprisait tout ce qu'il considérait comme inférieur.
« Qu'on en finisse vite », murmura Demetri sans même jeter un regard à Jane dont il imaginait sans peine le l'impatience à l'idée de tuer. Oh, le traqueur aimait tuer, il aimait se battre et sentir sa toute-puissance mais contrairement à la démoniaque immortelle à ses côtés, il trouvait l'exercice plus intéressant lorsqu'il était pratiqué sur des vampires plus expérimentés.
Demetri regarda les trois jeunes gardes qui se tenaient derrière leurs deux illustres ainés et d'un signe de la tête il leur indiqua que c'était le moment. Les cinq gardes se jetèrent sur la trentaine de jeunes vampires ne leur laissant aucune chance. La précision, l'agressivité et la rapidité du traqueur le rendaient presqu'imbattable en corps à corps. Peu importe l'expérience ou les aptitudes de son adversaire, il avait toujours une longueur d'avance. Le visage impassible, figé dans une beauté et une jeunesse éternelle, le garde décimait les vampires un à un, sans un mot, sans une émotion contrairement à Jane qui jubilait et extériorisait sans vergogne son sadisme légendaire.
Rapidement, les cris et le râles se turent et l'entrepôt redevint silencieux à l'exception du vent glacial qui sifflait à travers les fenêtres brisées. Demetri ajusta le col de son manteau de ses mains gantées et vérifia machinalement que le médaillon des Volturi n'avait pas été arraché durant la bataille.
Le traqueur ferma les yeux et prit une profonde inspiration, captant l'essence de ceux qui venaient de mourir. Il était faux de penser que Demetri avait besoin de voir la personne, mortelle ou immortelle, pour avoir son emprunte, sa trace. Telle une araignée tissant sa toile, le garde traquait le leader, celui qui avait transformé ces nouveau-nés. Eliminant un à un les suspects potentiels, l'étau se referma autour d'un seul immortel et bientôt, Demetri pouvait le deviner, le localiser, avec une précision telle qu'il lui semblait possible de le toucher du bout des doigts. Lorsque le traqueur ouvrit les yeux, son regard était sombre, fixe, à la façon d'un prédateur il s'élança vers l'ouest et les quatre gardes suivirent aveuglément.
Prédateur. C'est ce rôle que Demetri préférait aussi bien matière d'ennemis que de femmes. La chasse, la traque, cela revenait au plaisir de voir l'autre essayer de lui échapper tout en sachant qu'à la fin, c'est lui qui aurait le dernier mot. Il aimait parfois feindre de ralentir, d'hésiter, laissant sa proie prendre de l'avance. Le talent et l'habileté de Demetri étaient à la hauteur de son sadisme. Contrairement à Jane ou Alec qui jouissaient d'un plaisir sans fin à contempler la souffrance physique, Demetri éprouvait une satisfaction semblable à infliger une véritable torture psychologique. Le souffle court d'une femme qui croit pouvoir le semer dans des ruelles étroites, l'odeur piquante de l'adrénaline, le son d'un cœur qui s'emballe, la vue de deux yeux exorbités par la fatigue et la peur. Tout ceci n'était pourtant que les préliminaires car mieux que quiconque, Demetri savait que plus la traque durait longtemps, plus le plaisir de tuer était inégalable. Une fois la proie épuisée mentalement, usée par le stress, elle le suppliait presque de l'achever et alors le traqueur pouvait s'exécuter.
Mais aujourd'hui, le traqueur n'avait pas envie de faire durer la chasse, il voulait en finir le plus rapidement possible et retourner à Volterra, retourner auprès de Rose. Il voulait l'observer, il voulait la posséder parce que, se disait-il, ce serait peut-être le moyen qu'elle sorte enfin de son esprit, qu'elle cesse de la hanter. Son visage, ses courbes et son regard empli de fureur et de passion ne l'avaient pas quitté depuis qu'il l'avait vu.
« Il est là ? », demanda Jane en regardant en direction d'un village minier typique de l'ère soviétique.
Demetri acquiesça tout en scannant les habitations. Il lui fallut à peine quelques secondes pour repérer l'homme que le groupe traquait. Jane suivit le regard du garde et son regard sadique s'illumina à nouveau.
Le vampire se savait recherché mais il n'avait pas pris la pleine mesure des talents de la garde des Volturi. Il n'était pas à blâmer, la plupart ignoraient que défier le clan royal des immortels était synonyme d'une condamnation à mort.
« Je propose qu'on en finisse vite », lâcha brutalement Demetri.
La petite blonde au visage angélique qui se tenait à ses côtés dévisagea le garde et un sourire machiavélique se dessina sur ses lèvres fines.
« Pressé de regagner Volterra ? », la voix nasillarde de Jane résonna comme une nuisance aux oreilles du traqueur qui ferma les yeux et prit une profonde inspiration, conscient que la sorcière, aussi agaçante soit-elle, n'était pas moins redoutable et redoutée et ce, à juste titre.
« Je te laisse t'en charger ? », Articula-t-il en ne laissant rien paraître de son dégoût.
« Avec plaisir », sans perdre un instant, la jumelle se planta devant le vampire traqué qui regarda la frêle jeune fille avec incrédulité. Il affichait la même confusion que la plupart des victimes de Jane. Sociopathe et sadique notoire, Demetri la vit incliner la tête sur le côté et l'homme saisit sa tête entre ses mains et s'écroula au sol en agonisant. La scène dura quelques secondes avant que Jane ne se décide enfin à lui arracher la tête au grand soulagement du traqueur qui commençait à perdre patience.
« C'est toujours triste quand il n'y a plus personne à tuer », marmonna Jane avec un moue boudeuse avant de recouvrir son visage sous la capuche de sa cape et de partir en direction de l'Italie sans aucune forme de cérémonie.
La mission n'avait duré que quelques jours mais c'était déjà trop long aux yeux du traqueur qui éprouva une certaine satisfaction en voyant la silhouette de Volterra se dessiner dans la nuit toscane.
En pénétrant dans l'enceinte du château des Volturi, le petit groupe fut accueilli par Heidi dont le regard félin s'arrêta sur Demetri. La toute puissance du garde, en particulier lorsqu'il rentrait de mission, était irrésistible pour la sculpturale immortelle.
« Je vais faire mon rapport à Aro », Demetri n'aimait pas que Jane prenne ce genre d'initiatives mais il avait d'autres instincts à assouvir et Heidi lui était servie sur un plateau d'argent.
Ignorant les trois novices, Heidi s'approcha de Demetri et vint caresser le col de son manteau, « tu m'as manqué », susurra-t-elle à l'oreille de l'imprévisible garde qui captura violemment les lèvres de cette nymphe assoiffée de sang. Violent, impatient, il devait calmer ses ardeurs avant de se retrouver de nouveau face à Rose.
Tandis que Demetri s'adonnait à une danse vieille comme le monde avec Heidi, Rose, elle, était assise au fond de sa geôle. Le regard perdu dans l'obscurité, son esprit concentré, s'interdisant de se laisser aller à la moindre pulsion.
La porte s'ouvrit brutalement et la jeune femme leva les yeux vers Felix dont le regard scannait son visage angélique.
Malgré sa carrure massive, le garde avait un pas léger et discret. Il s'approcha lentement de Rose dont le regard glacial ne lâchait par Felix.
« Tu peux me détester, mais ce n'est pas qui ai voulu tout ça », il s'accroupit au niveau de Rose qui appuya sa tête contre le mur.
« C'est te donner beaucoup d'importance que de croire que je te déteste », lâcha Rose froidement.
« Bien, bien… Parce que contrairement à ce que tu peux penser de moi, j'ai plaidé ta cause auprès d'Aro, On t'a octroyé une charmante petite chambre dans les souterrains avec les autres gardes et à partir de demain tu vas commencer l'entrainement avec les autres », la jeune femme appuya sa tête contre le mur, soulagée.
« C'est toi qui te chargeras de ma formation ? », il était vrai que Rose ne le haïssait pas, Felix était beaucoup de choses mais il n'était ni tordu ni manipulateur et c'était une qualité énorme chez les Volturi.
« En partie, Alec s'est proposé pour le reste », la jeune femme leva un sourcil aristocratique.
« Le reste ? Je ne suis plus vierge tu sais », la remarque était sortie brute, sans filtre et Felix éclata de rire.
« Je n'ai pas les détails, je t'informe juste de la suite du programme », Felix se leva et tendit une main à à Rose qui la saisit et se redressa.
