Non, vous ne rêvez pas, DEJA un nouveau chapitre. Je tenais à vous remercier pour la montagne de messages que j'ai reçue suite à la dernière publication, ça m'a fait tellement plaisir de voir que vous attendiez tous encore, que vous êtes encore là... Et je vais pas mentir, ça me met la pression pour la suite, j'espère vraiment que la suite que j'ai choisie sera à la hauteur de vos attentes !

Un grand merci aussi à ceux qui lisent sans review, évidemment, ça me fait également vraiment plaisir !

Je vous laisse sans plus tarder avec le nouveau chapitre !


Réponse à drou: Merci à toi pour ta review, ça me fait très plaisir ! J'espère que tu aimeras ce chapitre !

Réponse à guest: Un grand merci !

Réponse à Audrey: Désolée d'avoir laissé planer le doute de l'abandon. La suite la voilà, j'espère qu'elle te plaira :) Merci de ta review !

Réponse à Guest: Merci beaucoup, ça me fait très plaisir !


Parfois, j'en souffre d'une façon insupportable. Mais pour moi aucune petite lumière au loin. Je n'attends plus rien. Je n'aime pas les gens… Depuis longtemps déjà je n'aime personne.

Anton Tchekhov, Oncle Vania


Hermione regarda avec attention Rogue verser tour à tour le sang et les échantillons de la dernière préparation dans le chaudron, le souffle suspendu. La potion préparée par Rogue, initialement translucide, vira au bleu soutenu. Le Maître des Potions prit appui sur la table, les deux mains à plat.

- Qu'est-ce que ça veut dire ? souffla Hermione, qui n'y tenait plus. A quoi correspond cette couleur ?

Rogue tourna la tête vers elle, l'air pensif.

- Vous avez trouvé, Granger. C'est la bonne potion.

Hermione sourit. Elle n'aurait pas souhaité paraître prétentieuse, mais elle l'avait deviné.

- Alors on peut se mettre à l'antidote.

Rogue acquiesça lentement. Il ne la lâchait pas des yeux et l'observait profondément, comme s'il avait été surpris des capacités de la jeune femme. Celle-ci se racla la gorge, mal à l'aise. Ceci sembla arracher Rogue à son étrange contemplation. Il regarda une dernière fois le contenu du chaudron, puis se recula. D'un signe de tête, il indiqua à Hermione qu'elle pouvait prendre place au grand bureau central jonché de papiers. Il s'installa non loin d'elle, posa ses coudes sur la table et joignit ses longs doigts un à un.

- Que savez-vous de l'élaboration des antidotes, Granger ?

- Eh bien… Tout d'abord, je sais que c'est une matière complexe, qui demande de comprendre précisément les interactions des composants de la potion entre eux. Il ne s'agit pas de contrer chaque ingrédient individuellement, mais de se battre contre la combinaison de leurs effets.

Rogue acquiesça.

- Exactement. Je veux que vous vous rendiez compte cependant que ce que nous nous apprêtons à faire risque fort de s'avérer particulièrement difficile. Vous avez sûrement découvert une nouvelle propriété des tentacules de strangulos, et de ce fait, il va être ardu de trouver une quelconque référence dans la littérature existante. Néanmoins, c'est par là que nous devons commencer : la recherche, la réflexion et la théorie. Équilibres réactionnels, équations stœchiométriques, mathématiques et j'en passe…

Hermione demeura immobile et impassible, les mains enroulées autour de ses cuisses. Rogue soupira et une grimace étrange étira les traits de son visage, comme s'il avait soudain été forcé d'accepter ce qu'il refusait complètement.

- Alors… Vous avez ma permission…

Il fit un geste évasif vers la bibliothèque du laboratoire. Les yeux d'Hermione s'écarquillèrent.

- C'est vrai ? Je… Je peux ?

- Oui, maugréa Rogue.

- Tout ce que je veux ?

- A condition que cela reste dans le contexte de nos recherches, marmonna-t-il.

A voir son visage, il regrettait déjà la faveur qu'il venait de lui céder. Hermione, excitée, se leva un peu trop vite, et sa chaise racla le sol avec un bruit douloureux. Rogue poussa un soupir excédé.

- Désolée, s'empressa-t-elle de dire en se dirigeant d'un pas rapide vers les étalages qui lui avaient tendu les bras depuis le premier soir.

Elle lut rapidement les tranches qui se présentaient à elle, et eut envie d'extirper un à un chacun des ouvrages. Elle brandit sa main mais au moment où elle allait attraper son premier livre, elle jugea bon de se tourner vers Rogue.

De travers sur sa chaise, tourné vers elle, un bras sur le dossier, les jambes croisées, il l'observait encore. Hermione rougit, car elle n'arrivait vraiment pas à déchiffrer le contenu de son regard profondément pensif.

- Merci…, souffla-t-elle, gênée.

Il haussa un sourcil, puis se tourna sur sa chaise et se mit au travail.

oOo

- Granger, vous pouvez m'expliquer en quoi le livre Créatures étranges de Transylvanie vous aide dans vos recherches ?

Hermione leva la tête. Elle était vautrée sur le sol devant la bibliothèque, au milieu d'un capharnaüm de livres ouverts, de parchemins et de plumes.

- Mmh ? Oh… Euh… Les strangulos…, commença-t-elle.

- … ne vivent pas en Transylvanie, je suis certain que vous le savez.

Hermione ferma aussitôt le livre, prise en faute.

- C'est juste que j'ai toujours eu une fascination pour l'histoire moldue de Dracula, et il m'arrive encore de chercher à quel point elle a en fait été inspirée d'un vrai vampire, alors…

- Je m'en moque, Granger. Travaillez.

Il avait dit cela sans lever les yeux du papier scientifique qu'il était en train de feuilleter. Hermione cligna des yeux. De là où elle était, elle ne distinguait pas précisément les traits de son visage, mais elle aurait mis sa main à couper qu'il avait, à cet instant, l'air amusé.

oOo

Hermione vint finalement prendre place aux côtés de Rogue une heure plus tard, avec dans les mains un épais livre sur les anesthésiants. Elle se laissa tomber lourdement sur le tabouret et détendit correctement ses jambes, engourdies par la position en tailleur qu'elle avait adoptée la demi-heure précédente. Elle leva les yeux vers Rogue en ouvrant son livre. Le Maître des Potions fixait son parchemin avec tant d'intensité qu'Hermione crut qu'il essayait de le faire brûler par la pensée. Il finit par lâcher sa plume et partit en arrière, appuyant son dos sur le dossier de sa chaise. Il poussa un long soupir et se frotta les yeux. Hermione l'observa, la main encore en suspens au-dessus de l'encrier.

- Un problème ?

Rogue leva les yeux vers elle et la regarda comme si elle avait dit une ineptie sans nom. Il la jaugea du regard avant de lui lancer le morceau de parchemin qui gisait devant lui.

- Eh bien, je n'ai jamais eu l'occasion d'évaluer vos compétences mathématiques… Un polynôme de degré six que je ne parviens pas à résoudre.

Hermione haussa les sourcils et récupéra le papier fauteur de trouble.

- Un polynôme de… Mais pourquoi avez-vous besoin de ça ?

- Dosages complexes. Hors programme.

- Oh… Je vais voir ce que je peux faire dans ce cas…

Elle relut ligne par ligne les calculs de Rogue, essayant de trouver son erreur. Au bout de la deuxième relecture, elle identifia le problème.

- Vous avez simplement oublié un exposant deux, dit-elle tout en apposant le chiffre farceur à l'encre noire.

Elle tendit la feuille à Rogue, qui observa la correction.

- Mmh… De toute évidence…

Elle lui sourit, il grimaça en retour.

oOo

Hermione retourna sur le sol devant la bibliothèque, piquée par quelque chose qu'elle avait lu un peu plus tôt. Elle bailla en feuilletant un à un les livres qu'elle avait extirpés des rayonnages.

Rogue continuait de couvrir ses parchemins de calculs toujours plus complexes. Il s'en voulait d'avoir dû demander de l'aide à Granger pour un vulgaire oubli. Sa fatigue s'accumulait, et le poussait à commettre des fautes d'inattention. Il lui fallait impérativement récupérer son sommeil. Il lui faudrait pour cela demander à Granger de quitter le bureau avant minuit, et ce chaque soir qui suivrait. Mais en avait-il seulement envie ?

Concentré sur son parchemin, Rogue réalisa soudain que le bureau était bien silencieux. Plus de soupirs, plus de grattements de plume fébriles, plus de froissements de pages que l'on tourne avidement. En résumé, il lui sembla soudain que le bureau était mort, mort comme si jamais Granger n'y avait insufflé son petit brin de vie. Il leva alors les yeux et maugréa quand il s'aperçut que ladite sorcière s'était assoupie à même le sol, au milieu de ses notes.

Elle était allongée sur le dos, une jambe tendue et l'autre repliée, relevant sa jupe d'une façon telle que Rogue s'interdit immédiatement de regarder. Ses cheveux s'étalaient en un halo aux reflets cuivrés autour de sa tête, et sa plume, délaissée par sa maîtresse endormie, lui avait par vengeance taché les doigts d'encre. Nerveux, Rogue se laissa aller contre le dossier de sa chaise et se passa lentement les mains sur le visage.

C'était la seconde fois qu'elle s'endormait dans son bureau. La dernière fois, il avait commis une faute terrible. Le souvenir lui revint en mémoire. Il avait observé le visage détendu de la jeune femme, appuyée à même le bois du bureau. Il se souvenait avoir détaillé ses traits, comme s'il avait voulu se souvenir de la moindre tâche de rousseur, de la plus petite ride d'expression, de la forme exacte de ses yeux, de l'enchevêtrement de ses cils. Il se souvenait qu'alors qu'il la détaillait ainsi, elle avait souri dans son sommeil. Quelque chose s'était alors brisé, au fin fond du cœur de pierre de Severus Rogue, et il avait souhaité, avec toute la douleur possible, que ce sourire inconscient lui soit destiné. La dernière femme à lui avoir souri ainsi avait péri, il y avait de cela bien longtemps. A contempler ce sourire, il avait alors eu une idée.

L'idée. L'idée d'un symbole qu'il voulait lui offrir. Il voulait lui permettre de retrouver un instant ce qu'elle avait perdu avec tant de regrets. Il avait alors décidé de l'inviter à se perdre dans les Jardins de Mithridate. Le problème était qu'à présent, il s'y était perdu, lui aussi.

Rogue se souvenait de ces quatre heures de travail intensif, des clapotements des potions, des tintements des flacons sélectionnés avec soin dans sa collection personnelle. Il se souvenait de son cœur qui s'était emballé à chaque fois qu'Hermione bougeait dans son sommeil, il se remémorait ses gestes qui se figeaient douloureusement à chaque gémissement ensommeillé, à chaque fois qu'Hermione Granger menaçait d'ouvrir les yeux sur une facette de Severus Rogue qu'il s'était juré d'enfouir à jamais.

Rogue avait mélangé les essences toxiques en se fiant à son instinct, en se remémorant les expressions d'Hermione lorsqu'il lui avait fait sentir ou goûter les poisons. En pariant sur ce qu'elle avait aimé, sur ce qu'elle pourrait aimer.

Il se souvenait de son malaise, alors qu'il avait installé le seizième flacon au fond de la boîte. Un instant, il avait pensé à tout faire disparaître, comme un coup de gomme sur ses propres émotions.

Il ne l'avait pas fait.

Le regrettait-il, à présent ?

Il serra les dents alors que le visage endormi d'Hermione lui assénait la réponse en pleine face. Non, il ne le regrettait pas.

Profondément troublé, il se leva du bureau et s'approcha lentement de la jeune femme assoupie. Elle avait l'air si vulnérable. Et lui, du haut de son âge et de son passé, si dangereux. Il s'accroupit à côté d'elle, et observa un instant les feuilles et les livres qui s'éparpillaient autour d'elle. Il remarqua que le bazar qui s'étalait sous ses yeux n'en était pas vraiment un, et qu'elle avait en fait tout organisé par thèmes. Il nota également les marque-pages qui avaient fleuri en de multiples endroits entre les milliers de pages qui gisaient au sol. Il reporta ses yeux sur la jeune femme, remarqua le minuscule rond violacé qui ornait le creux de son coude, fruit de l'aiguille qu'il avait lui-même planté dans son bras. Rogue se sentit soudain étrange. Il se releva précipitamment et, du bout du pied, fit bouger l'épaule de la jeune femme. Elle grogna et ouvrit péniblement les yeux.

Elle détailla Rogue de bas en haut, jusqu'à atteindre les onyx de ses iris. Du feu qui les avait agités quelques secondes auparavant, elle ne soupçonna rien.

- Il est l'heure pour vous d'aller dormir, siffla Rogue d'une voix glaciale.

Elle sourit, et de sa voix encore embrumée de sommeil, répondit :

- Et pour vous, quelle heure est-il ?

Rogue cligna des yeux, puis se baissa vers elle. Sa posture masqua la lumière des torches, et les ombres envahirent son visage.

- A vous de voir, Granger.

Elle ne releva pas, s'assit lentement, puis agita sa baguette. Le résultat de ses recherches quitta le sol pour aller s'empiler de façon ordonnée sur le grand bureau. Puis, elle attrapa son sac et le plaça mollement sur son épaule. Elle s'avança vers la porte mais, alors qu'elle s'apprêtait à tourner la poignée, elle fit volte-face et observa Rogue d'un regard étrange.

- Vous n'aimez pas beaucoup les lys, n'est-ce pas ? murmura-t-elle.

Rogue écarquilla légèrement les yeux, pris au dépourvu.

- Je vous demande pardon, Granger ?

Le regard d'Hermione parut flou un instant, puis elle sourit en agitant mollement la main.

- Oubliez. Ça n'a pas d'importance.

Et sur ces mots, elle quitta la pièce.

oOo

Les dizaines de volées d'escaliers qu'Hermione dut monter pour rejoindre son dortoir dissipèrent les brumes du sommeil pourtant bien installées dans son esprit. Mais avec elles s'envolèrent aussi les dernières bribes de son rêve. Elle ressentait le malaise particulier et reconnaissable qui étreint celui qui a oublié les images nocturnes qui ont ébranlé son cerveau. Elle savait qu'elle avait rêvé, et que Rogue figurait dans son songe, mais de quoi s'agissait-il ?

Elle se souvenait simplement d'une sensualité évidente, et d'une fleur omniprésente : le lys. Partout. Pourquoi ?

Hermione se sentait mal à l'aise. Elle était persuadée que Rogue allait rêver de la même chose, si ce n'était pas déjà le cas. Ils avaient certes stoppé la Legilimencie, mais les effets de la Résonance prendraient du temps à s'estomper. Elle savait bien qu'ils faisaient les mêmes rêves. Elle voyait les braises dans le regard du Maître des Potions quand elle-même se souvenait avec une délectation mêlée de honte de certains morceaux de songes.

Elle voyait bien la distance appliquée qu'il maintenait entre eux. Elle voyait tout, et il semblait ne même pas s'en rendre compte.

Une fois qu'elle eut atteint le dortoir, elle se prépara en vitesse, et il suffit qu'elle s'enfonçât dans le matelas moelleux pour sombrer immédiatement dans le sommeil duquel on l'avait arrachée.

oOo

Plusieurs étages plus bas, Rogue, allongé sur son lit, fixait le plafond. Ses yeux étaient lourds d'un sommeil réclamé à cor et à cri par son système, mais il ne voulait pas céder. Il n'osait pas.

Il savait très bien que la Résonance vibrait dans leurs deux esprits, et endurer les songes interdits créés par leurs inconscients associés s'avérait difficile.

Mais Hermione avait ce soir mit le coup de grâce en mentionnant le lys. Tout cela allait trop loin, et la porte de ses secrets les mieux gardés commençait à se fissurer dangereusement. Il brûlait de fureur de se retrouver impuissant face aux farces de son esprit, lui, pourtant Maître Legilimens.

Il lutta tant qu'il pouvait, mais même la volonté d'acier de Severus Rogue ne pouvait se battre éternellement contre le plus primitifs des besoins. A deux heures du matin, il sombra tout entier dans la mer noirâtre du sommeil.

Du vert partout, des bruissements de feuilles, un vent tiède. Il marche doucement dans un jardin luxuriant. Severus ne sait pas où il est, mais il se sent bien. Ses pieds, nus, semblent le porter vers un lieu défini qu'il ignore. Il choisit de leur faire confiance et se laisse entraîner.

C'est alors qu'il sent la main chaude serrée dans la sienne. Il tourne la tête. Hermione est à ses côtés. Évidemment. Qui d'autre ?...

Elle porte une robe légère et ample, blanche, si blanche qu'elle l'éblouit d'abord. L'étoffe gonfle et se soulève à chaque fois que le vent s'engouffre dans le couloir de verdure dans lequel ils s'enfoncent.

- C'est drôle, dit Hermione. J'aurais pensé que tu aurais lâché ma main immédiatement.

- Je l'aurais pensé aussi, s'entend-il répondre.

Elle sourit.

- Je crois que nous sommes dans les Jardins de Mithridate. Pour de vrai, cette fois.

Rogue lève les yeux. De la ciguë à côté de lui. Un plant de belladone non loin.

- Oui, répond-il simplement.

Hermione regarde en l'air.

- Oh. Tu as vu ? Du gui.

Rogue lève les yeux à son tour et remarque le bouquet de gui, qui se balance narquoisement au-dessus d'eux. Il observe Hermione du coin de l'œil.

- Tu connais la tradition, non ? souffle-t-elle.

Rogue braque ses yeux brûlants sur la jeune femme.

oOo

- Tu connais la tradition, non ?

Lorsque Rogue tourne les yeux vers elle, Hermione en a le souffle coupé. Les flammes se sont réveillées. A cet instant, elle est cependant incapable de différencier la colère du désir dans les yeux de Rogue. Il ne dit rien, mais fait un pas vers elle. Il ouvre alors la bouche.

- Ce jardin pourrait être le théâtre d'une mort digne des plus grandes tragédies grecques, dit-il d'une voix détachée.

Hermione hausse un sourcil, l'invitant tacitement à développer. Les flammes dansent en face d'elle.

- Imagine seulement, Hermione. Tu cueilles du gui, tu le manges… Le poison ne t'atteint pas. Puis…

- Puis ?

Elle sent son cœur battre plus fort, dévoré par la chaleur infernale du regard de Rogue. Il s'est encore approché d'elle.

- Puis tu m'embrasses, souffle-t-il. Avidement.

Le dernier mot fait tressauter quelque chose au creux du ventre de la jeune femme. Rogue poursuit.

- Je goûte le poison. Je meurs. Un baiser empoisonné. Une parfaite métaphore de notre situation, tu ne trouves pas ?

Hermione s'arrache aux braises du Maître des Potions, et lève les yeux vers le gui qui, du bout de sa branche, semble se jouer d'elle. C'est alors qu'un éclat rouge attire son œil un peu plus loin. Des cerises.

Rogue suit son regard.

- Mmh, fait-il. Tout de suite beaucoup plus mièvre.

- Mais nettement moins tragique.

- C'est bien dommage.

La jeune femme s'approche du cerisier, dont les branches ploient sous le poids des fruits juteux.

- Il y a une question que je me pose, murmure-t-elle.

Elle sent la présence de Rogue dans son dos. Elle prend une inspiration profonde.

- Je mange le gui, tu meurs, répète-t-elle. Mais si tu manges la cerise…

Elle se tourne vers Rogue. Il semble l'écouter avec une attention sans pareil.

- Si tu manges la cerise, et que tu m'embrasses…, susurre-t-elle. Est-ce que je sentirais son goût ?

Rogue hausse un sourcil, puis sa commissure gauche se retrousse en un sourire étrange.

- Quelle question, Granger…

Il brise le peu d'espace qui les sépare. Leurs corps se touchent presque. Rogue se penche en avant et approche sa bouche tout près de l'oreille de la jeune femme. Elle sent le souffle chaud faire onduler ses cheveux, et ferme les yeux, terrassée.

- A mon tour de te poser une autre question, Hermione.

Sa voix n'est qu'un souffle, aussi brûlant que les vents du désert.

- Je mange la cerise. Tu m'embrasses. Si tu pouvais sentir un goût en m'embrassant, un seul et unique goût… Préférerais-tu le goût de la cerise, ou celui de ma langue ?

Elle se sent au bord du point de rupture, et elle sait que Rogue l'est aussi. Cependant, au moment où elle s'apprête à franchir le cap, le sol vacille un instant sous leurs pieds. Les plantes du jardin gèlent alors une à une, et une fine pellicule de neige se dépose tout autour d'eux, en un battement de cil.

C'est alors qu'Hermione les aperçoit, tout autour d'eux, blancs sur blanc. Les lys. Partout. Même sous leurs pieds. En fait, ils ne sont pas tous blancs. Certains sont teintés de rouge, comme si on y avait frotté une cerise. Comme s'ils avaient saigné.

Hermione a juste le temps d'apercevoir l'air horrifié de Rogue, et ses mains pleines de jus de cerise, avant que tout ne devienne noir.

Rogue émergea violemment du sommeil. Il scruta ses mains dans la pénombre, vérifiant qu'elles n'étaient pas couvertes de liquide rouge. Comme toujours, elles étaient tellement blanches qu'elles se détachaient dans les ténèbres de la chambre. Rogue poussa un soupir défait. Ce rêve portait en lui une symbolique qu'il ne pouvait supporter. Et il était monstrueusement perturbé par le Severus qui évoluait dans ses songes, qui prononçait des mots que lui-même n'aurait jamais dit… mais qu'il savait terrés au fond de son inconscient. Il maudit ses pulsions profondes, et la femme qui les avait fait naitre.

Au même moment, Hermione se redressa sur son lit en inspirant une grosse goulée d'air. Elle porta la main à sa poitrine, complètement essoufflée, et déglutit bruyamment. Des lys. Encore des lys. Elle hoqueta douloureusement. Combien de temps avait-elle arrêté de respirer ?


Non, j'ai décidé que je ne les laisserai pas en paix, hahaha. Bon, une annonce... Le prochain chapitre est déjà prêt (plus ou moins, je dois relire, mais disons qu'il est écrit). On y abordera un passage important du Prince de Sang-Mêlé. Lequel, à votre avis ? ;) Je vous retrouve très vite, merci d'avoir lu !