Hello !

J'espère que vous allez bien. Perso, je suis éreintée… Les études sont vraiment trop lourdes à porter. Bref ! Voici le chapitre 21. Ça me fait bizarre d'avoir dépassé la vingtaine… Je crois que je n'ai jamais posté de fics aussi longues. Et celle-ci arrive bientôt à son terme : après ce chapitre-ci, il n'en restera qu'un, plus l'épilogue… Mais nous n'en sommes pas encore là, donc…

Bonne lecture !

Ah ! Et faites attention, je spoile un passage du septième tome d'Harry Potter – marqué en gras. C'est d'ailleurs un léger anachronisme, puisque le livre est sorti en 2007, alors que mon histoire se déroule quelques années plus tôt.

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Disclaimer : Tout est à SM.

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RAR Guest : Merci pour ta review. Je n'ai pas mis Rosalie parce qu'à cet instant, elle n'est pas dans le salon. À mon sens, si elle avait vu Bella dans cet état, elle aurait risqué de lui arracher la tête, alors…

Bien sûr, elle est effondrée, plus que tout autre membre de sa famille… Après tout, l'amour vampirique est autant immortel qu'inconditionnel.

Bonne semaine à toi !

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Chapitre 21

— Alors ?

Je me retournai vivement. Paul s'approchait de moi, humain à nouveau. Son regard pétilla lorsqu'il découvrit mon expression.

— Je savais que ça te plairait. On va se promener ?

J'opinai, à court de mots. M'attrapant par les épaules, il m'attira doucement à lui et m'entraîna en avant. Il n'y avait pas de sentier et, un instant, je me sentis presque coupable d'abimer ce champ de fleurs.

Une nouvelle découverte s'ajoutait à la liste de surprises que recelait la forêt de Forks, si banale en apparence. Où que je regarde, des étendues de pétales aux couleurs du soleil couchant. De l'orange, du jaune pâle, du bordeaux ou de l'écarlate. Aucune fleur n'avait la même teinte que sa voisine. Cela engendrait de splendides dégradés dont je ne voyais pas le bout. Etrange contraste, par rapport aux arbres couverts de mousse. Leurs branches multiples s'agitaient doucement, et les minces rayons du soleil qui s'infiltraient entre leur feuillage dense parait le tout d'or. Même l'air scintillait.

— Les fleurs ne fleurissent qu'une semaine par année. Je voulais absolument qu'on y assiste ensemble.

Quelque chose dans son ton me poussa à me détourner du spectacle inouï qui se jouait devant moi. Un accent incertain. Comme s'il craignait de ne plus être là l'année suivante pour y assister à nouveau.

Lorsque je croisai son regard triste, une boule se forma dans ma gorge.

— Ne dis pas ça, chuchotai-je.

Ma voix tremblait, et j'étais sûre que mes yeux brillaient. Je refoulai mes larmes. J'en avais marre de pleurer. Encore plus quelqu'un qui n'était pas encore mort. Qui ne mourrait pas.

— Tu ne mourras pas. Je ne mourrai pas. Nous ne mourrons pas et l'année prochaine, nous reviendrons ici. Tous les deux.

Il hocha faiblement la tête. Je souris.

— Tu te rends compte ? On fêtera nos un an ensemble !

— Ça passe si vite.

J'opinai. Puis mon sourire se fana. Je dressai la tête dans sa direction.

— C'est mal, tu crois ?

— Quoi donc ? s'étonna-t-il.

Je baissai les yeux. Une douce brise s'était levée. Les fleurs s'agitaient sur leurs tiges, transformant leurs pétales mouvants en une mer de sang.

— D'admirer un tel spectacle. De faire des projets. D'être heureux.

— Bien sûr que non !

— Même lorsque d'autres pleurent leurs proches ? Même lorsque la fin du monde semble proche ?

Son deuxième bras vint s'enrouler autour de ma taille pour me rapprocher de lui.

— Nous ne faisons rien de mal, au contraire. A présent, nous connaissons les risques. A quoi bon se morfondre en attendant un combat qui rend notre retour incertain ? Il vaut mieux profiter de ce que nous avons, tant que c'est possible. Aimer. Partager. Rire. Etre heureux. Et j'espère de tout mon cœur que nous continuerons ainsi des années, et des années, et des années.

Mes bras vinrent l'enlacer à son tour.

— Moi aussi, chuchotai-je.

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— Alors ?

Je posai délicatement les trois tasses ainsi que la théière sur la table avant de me pencher sur l'œuvre d'Emily. Je grimaçai.

— C'est si affreux que ça ?

— Non, au contraire. En fait, ça me fait réaliser combien le mien est hideux.

Elles éclatèrent de rire. J'adressai un regard noir à Kim.

— Je te ferai remarquer que si le mien est affreux, le tien mérite d'être incendié sur-le-champ.

Elle me tira la langue.

— Je ne t'écoute pas. Je suis dans le déni.

— Tu devras sortir dans le déni lorsqu'Emily choisira.

— Même pas. Elle prendra le mien.

— C'est ça, ricanai-je.

Je repris ma place en bout de table et glissai mes pieds sous mes fesses avant d'observer le tas de papier crème massacré qui me faisait face. Décidée à m'inspirer du bricolage d'Emily, qui ressemblait déjà à un livre, pour réparer les dégâts au maximum, je m'emparai d'une paire de ciseaux.

Emily remplit nos tasses de thé fumant, puis se replongea dans la confection de son livre d'or. Kim comatait devant le sien, et je pouvais parier qu'elle pensait à Jared. A son mariage. Et au livre d'or qu'elle créerait alors.

Pour ma part, je considérais qu'acheter un livre d'or tout fait aurait été le plus pratique et le plus logique. Je ne me doutais même pas que certaines femmes le fabriquaient elles-mêmes ! Dans tous les cas, seules les femmes habiles de leurs mains, telle Emily, devaient en avoir l'idée.

À cet instant, Emily repoussa son livre avec brusquerie, me faisant sursauter. Je me tournai vers elle. Elle avait posé son front sur ses mains, m'empêchant de voir son expression.

— Qu'est-ce qu'il y a ? Tu veux en parler ?

Elle hocha la tête, mais ne dit rien pendant un moment. Lorsqu'elle releva la tête, le regard interrogatif qu'elle posa sur nous brillait de larmes.

— Vous croyez que je devrais… annuler la lune de miel ?

— Quoi ? Non !

Cette lune de miel, elle nous bassinait avec depuis des semaines ! Ils avaient beaucoup économisé pour pouvoir s'acheter le billet d'avion que nécessitait la traversée de l'océan jusqu'à Londres, ainsi que l'hôtel. Je dois avouer que je n'avais pas vraiment compris le but d'une lune de miel dans un pays où il pleut autant qu'à Forks, mais l'important était que ça leur plaise. Et Emily en rêvait, selon ses dires, chaque nuit. Quant à Sam, tant que sa moitié était heureuse, il l'était également.

— Pourquoi voudrais-tu annuler ?

Elle soupira profondément puis, croisant ses bras sur la table, posa son menton dessus.

— Parce que je crains chaque jour un peu plus que nous n'arrivions pas jusqu'au mariage. Parce que seul le fait que la majorité des invités ignore la gravité de la situation m'empêche d'annuler la cérémonie tout court. Parce que n'est-ce pas malhonnête de fêter son union alors que d'autres pleurent un proche ? Parce que Sam risque de toute façon d'être trop occupé pour pouvoir partir. Parce que s'il parvient à se libérer, il laissera la meute avec un loup en moins lors des attaques de l'Etre. Parce que…

— Parce que tu angoisses. Parce qu'un mariage, c'est stressant, même lorsqu'on est imprégné, même lorsqu'on a patienté jusqu'à en être absolument sûr, même lorsqu'on ne craint pas que le monde tel que nous le connaissons disparaisse dans une brève période. Mais ce n'est pas une raison valable. L'important, c'est que tu aimes Sam et qu'il t'aime. Ce qui est le cas.

— L'important, c'est que tu profites à fond afin de ne rien regretter si notre monde s'écroule.

— L'important, c'est qu'on n'arrête pas de faire des projets.

— Ni d'être heureuses.

— Nous avons plus de chance que beaucoup, non ? Nous avons une famille, des amies, l'amour de notre vie… Alors, profitons !

J'échangeai avec Kim un regard complice. Emily hocha la tête. J'attrapai la bobine de fil qui trainait à proximité et l'agitai devant son nez.

— Alors, en avant ! Il faut que ce soir, Sam et toi puissiez choisir le livre d'or parfait. Même si on sait toutes lequel vous allez sélectionner.

— Le mien ! se vanta Kim.

Je l'ignorai. Comme je l'avais dit, nous étions parfaitement conscientes du choix futur du couple.

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— Alors ?

Je jetai un coup d'œil sur ma liste et retint une grimace en redécouvrant sa longueur.

— On commence par ce qui est pour l'école, ça te va ? Et on finit par le cadeau.

— Le cadeau ?

Je levai un sourcil. Il ne pouvait pas avoir oublié. Je lui en avais parlé la veille !

Comme s'il avait lu mes pensées, il écarquilla les yeux et s'exclama :

— Oh ! Le cadeau ! Oui, c'est vrai. Pour… Je… Oui… Je l'ai sur le bout de la langue !

Il avait oublié. Je soupirai.

— Pour Sam et Emily. Le cadeau de mariage.

— Oui, bien sûr. Je le savais.

Je secouai la tête, consternée.

— Tu souris.

— Pas du tout, niai-je.

Il pencha la tête.

— Si, tu souris.

— Non, affirmai-je en fixant mon regard sur la vitrine la plus proche.

Paul était têtu. Il m'attrapa par les épaules et me fit tourner sur moi-même jusqu'à ce que nos regards se croisent. Il esquissa un sourire triomphant.

— Menteuse. Tu souris. Tu ne fais que ça, aujourd'hui. Pourquoi ?

Parce que, malgré ses rondes incessantes, sa fatigue et son stress, il s'était libéré toute une journée. Pour moi.

— Parce que tu es risible.

— Tant que ça te fait sourire, ça me va.

J'éclatai de rire.

— Et si tu en ris, ça me plait encore plus.

Il dut presque se plier en deux pour m'embrasser le nez. Cela me fit rire davantage encore.

— Allez, en route. Sinon, nous n'aurons jamais le temps de tout faire ce soir.

— Et alors ? Tu reviens demain avec les filles, non ?

— Pour le mariage. Pas pour acheter des fournitures scolaires.

— Je ne pense pas que ça les gênerait.

— Eh bien, peut-être que c'est moi qui ne veux pas. Peut-être que me préparer pour l'université, je ne veux le faire qu'avec toi.

— Et pourquoi ce désir ?

— Peut-être parce que je n'arrive pas à me faire à notre séparation prochaine.

Il m'attira contre lui.

— Bella, ni toi, ni moi ne mourrons. N'est-ce pas ce que tu m'as dit l'autre jour ? Il n'y a aucune raison que cela se passe autrement.

À part l'Etre surpuissant qui nous chassait en vue de réduire le monde en cendres. Cependant…

— Je ne parlais pas de ça.

— De quoi, dans ce cas ?

— De l'université.

Il parut surpris par ma réponse. Je me demandai même s'il y avait déjà songé.

— Je pars, tu restes. Je ne sais pas quand nous nous reverrons. Tu me manqueras tellement…

— Toi aussi.

Le silence s'étira de longues secondes. La vie continuait, autour de nous, et je me demandai si les passants nous remarquaient. Que voyaient-ils ? Un couple enlacé, certainement. Dans son monde. Percevaient-ils l'angoisse qui nous étreignait ? L'incertitude, la tristesse ?

Relevant mes yeux inquiets sur son visage, je chuchotai :

— Et en ce qui concerne… l'imprégnation ?

Sur mes épaules, ses doigts se crispèrent. Je compris qu'il réfléchissait à mon départ imminent autant, voire plus que moi. Rien d'étonnant.

— Tout ira bien. Tu iras bien.

— Et toi ? Que ressent le loup imprégné lorsque sa moitié s'éloigne ? Je ne veux pas que tu souffres !

— Je ne souffrirai pas. Tout ira bien.

Il mentait, c'était évident. Et je voulais la vérité. Mais pas aujourd'hui. Non, cet après-midi, je voulais juste traîner avec mon petit-ami comme si nous formions un couple normal qui se préparait pour la fac, et non pour un combat jusqu'à la mort contre le boss final. Je voulais l'embrasser à l'infini, convaincue que je passerais les quatre-vingt prochaines années à son côté. Je voulais me plaindre du nombre de manuels demandés pour les cours, et acheter un cadeau à nos amis bientôt mariés.

Je m'interdis donc d'insister, et me laissai entraîner vers la librairie la plus proche. Je fus servie par une vieille dame qui me promena dans la boutique pendant une bonne demi-heure. Paul avait mystérieusement disparu à l'instant où j'avais tendu à la vendeuse ma liste de livres à acheter. Je retins les pincements au cœur qui me prirent à chaque fois que je regardai autour de moi à sa recherche. Ce n'était pas grave, après tout. Ce n'est pas parce qu'on avait décidé de passer une journée ensemble à Seattle pour faire des achats qu'il devait rester à mon côté tout du long.

En fait… si ! C'était exactement le but de cette virée shopping ! Traîner ensemble, profiter qu'aucune oreille hypersensible ne traine dans le coin pour discuter de tout, apprendre à mieux se connaître, rire, s'embrasser… Et lui, il…

Il réapparut à l'instant où je saluais la libraire en récupérant ma carte bancaire. Il la remercia comme s'il avait effectué lui-même des achats, attrapa mon sac bourré à craquer de livres avant que je ne tende la main et, attrapant celle-ci, il me guida jusqu'à la sortie.

— Ça va ?

Il osait encore me le demander !

— Pourquoi ça n'irait pas ? rétorquai-je sèchement.

— Je ne sais pas. Tu as l'air… contrariée.

— Qu'est-ce qui te fait dire ça ?

— Ta moue. Ta démarche. Ton ton. Mon cœur.

— Eh bien, tu te trompes. Tout. Va. Bien.

— Si tu le dis… Qu'est-ce qu'on fait, maintenant, du coup ?

— Papeterie.

— Je sais où elle est. Suis-moi. Tu es sûre que tu te sens bien ? Tu es toute raide. Tu sais que tu peux tout me dire, pas vrai ?

— Je me porte à merveille. A mer-veille.

Il n'ajouta rien, moi non plus, et nous nous dirigeâmes à pas lents en direction de notre prochaine destination. Je pressai le pas en l'apercevant, au bout de la rue.

— Au fait, tu as tout trouvé ?

— Où ?

— A la librairie, dit-il sur le ton de l'évidence.

— Hun hun.

— Ça veut dire oui, ou ça veut dire non ?

— Ça veut dire « tu le saurais si tu étais resté ».

Je me mordis la lèvre. Moi qui ne voulais rien lui dire, afin de voir le temps qu'il mettrait à comprendre, seul… Paul s'arrêta net. Un vieux bonhomme au visage cramoisi le contourna de justesse en marmonnant une insulte.

— C'est pour ça que tu es en colère ? Tu m'en veux ?

— Mais pas du tout ! Qu'est-ce qui te fait croire ça ?

Il éclata de rire. La dernière chose à faire, à mon sens. Je tournai les talons et repris ma route vers la papeterie. Il me saisit le poignet. Je tirai, secouai, tentant de me dégager. Peine perdue.

— Lâche-moi.

— Pas avant que tu aies accepté de m'écouter.

— Ne t'en fais pas : ton rire est si discret qu'il en faudrait beaucoup pour que je ne l'entende pas.

Si son envie de rire pétilla dans ses prunelles grises, il ne le laissa pas s'échapper. Un bon point pour lui. Il n'avait plus qu'à en gagner quarante de plus.

— Je suis désolé si ça t'a vexée que je sorte un moment. J'avais… une course à faire.

— Sans moi ? ne pus-je m'empêcher de demander.

— Oui, sans toi. Une course de dernière minute, très importante.

— Et quelle est-elle ? Je suis curieuse.

Il leva son bras et je repérai, collé à l'immense sac en plastique blanc contenant mes nouveaux manuels, un sachet vert bouteille qui semblait presque vide.

— C'est là-dedans. Et pour le moment, je ne peux pas t'en dire plus. Mais je te promets que d'ici la fin de la semaine, tu sauras.

— Promis ?

— Promis. Tu ne m'en veux plus ?

— Je vais y réfléchir.

Il sourit devant ma réponse, en parfaite contradiction avec ce qu'il ressentait sûrement, via notre lien. Un apaisement soudain. Et, sans doute aucun, de la curiosité. Que contenait le paquet ? Était-ce pour moi ? J'en aurais mis ma main à couper.

J'y étais particulièrement sensible, sûrement parce que ce serait le second cadeau de Paul. Je frôlai le bracelet que je portais en permanence depuis l'instant où il me l'avait donné. Je devrais lui en offrir un, non ?

Plus surprenant, malgré mon insistance, il refusa de se confier. Lui qui ne parvenait pas à me résister, d'ordinaire !

— Comment oses-tu me faire patienter alors que nous risquons de ne pas survivre à cette semaine ? Ou même à cette journée !

— Tu plaisantes de ça, maintenant ? s'étonna-t-il, crispé.

Je m'absorbai dans l'observation de l'offre « deux cahiers achetés, un troisième offert ». A dire vrai, cela me mettait autant mal à l'aise que lui d'évoquer ce sujet.

— Non, avouai-je. Désolée.

— En parlant de cette semaine, un nouveau feu de camp est organisé, vendredi. Les anciens raconteront leurs légendes. Tu viendras ? Si ça te dérange d'entendre une deuxième fois nos histoires, je comprendrai très bien…

— Ça me fera très plaisir, l'interrompis-je. Vous le faites régulièrement ?

— Une à deux fois par année, pour le moment.

Je fronçai les sourcils. Cela faisait moins de six mois que j'avais assisté à leur précédente rencontre. Reposant le pack de quatre stylos noirs que je tenais, je cherchai son regard.

— Les anciens tiennent à ce que Coralie les entende, au moins une fois, avant…

Je hochai la tête. C'était un moment important pour les imprégnés. Ils ne pouvaient risquer que l'un d'eux meure avant qu'elle ait entendu les mythes quileutes.

— En plus, ça lui permettra de nous rencontrer. Après tout, nous n'avons pas eu beaucoup de contact avec elle depuis l'imprégnation d'Embry.

J'approuvai. Depuis le jour de leur rencontre, le dragon n'avait plus rendu visite à Sam et Emily, à ma connaissance en tout cas. Je savais par Paul qu'elle passait ses journées avec Embry, mais à part ce dernier, nul loup ne l'avait croisée.

— Ils s'entendent bien ?

— A merveille. Apparemment, les dragons également s'imprègnent, à leur manière. Ça n'a choqué personne. Coralie elle-même explique que, sans le savoir, elle n'attendait que ça. Qu'il a comblé le vide en elle. Elle est… dégoulinante de mièvrerie.

Je pouffai. Il me lança un regard de reproches et grimaça.

— Si tu étais dans son crâne lorsqu'il rentre d'un rendez-vous avec sa « dragonne chérie d'amour », tu ne rigolerais pas. C'est vraiment affreux. Moi qui pensais pourtant avoir atteint le sommet avec Jared !

Je ris, tout en admirant la nouvelle gamme de surligneurs pâles.

— Stabilo bleu ou Stabilo vert ?

— Je préfère le rose. Quand tu rougis, tu es presque de la même couleur.

— Hé ! m'offusquai-je en le frappant sans ménagement. Tu exagères !

Il ne tenta pas de l'éviter. Logique, dans la mesure où il parut ne même pas sentir le coup.

— A peine. Et je maintiens ce que j'ai dit. Même si le bleu est très bien aussi.

Pour la peine, j'attrapai un stylo vert… et un bleu aussi, parce qu'il fallait avouer que j'adorais sa couleur. Je me tournai ensuite vers les crayons de papier, mes préférés, les rouges avec la petite gomme au bout.

— Et nous ? Que pensent les autres lorsque tu mutes juste après un rendez-vous ? Tu les embêtes ?

— Je pense à toi sans cesse, si là est ta question. Ça les gêne un peu, mais ça ne les embête pas.

— Comment ça se fait ?

— Il paraitrait que notre relation m'a trop fait grandir pour qu'ils s'énervent en revivant nos baisers.

Je rougis à cette pensée. En temps normal, je tentais d'oublier cette particularité, qui faisait que le moindre de nos gestes, le moindre de nos mots d'amour étaient entendus par le reste de la meute.

— J'ai enfin perdu mon surnom.

— Ton surnom ?

— Paul l'explosif, la bombe humaine, des trucs de ce style.

— C'est méchant !

— Pas plus que ça. C'est plutôt réaliste. Tu ne te rends pas compte de l'état de mon armoire, il y a quelques semaines. Je crois que lorsque je me suis imprégné, il me restait quelque chose comme deux ou trois shorts, et autant de chaussures. Pas de paires de chaussures, hein. De chaussures. Evidemment, le reste, j'avais en quantité, puisqu'on ne met rien d'autre.

J'avais du mal à l'imaginer.

— Et maintenant ?

— Maintenant quoi ? Oh ! Je refais doucement ma collection. Si tu avais vu la tête de ma mère la première fois qu'elle m'a vu rentrer trempé, uniquement vêtu d'un short !

Je ris avec lui, puis lui tendis deux sortes de gommes.

— Laquelle ? Je t'interdis de faire une autre remarque sur mon physique.

— D'accord. Dans ce cas, je n'ai aucune préférence.

Je laissai tomber dans le panier la gomme blanche.

— Très bon choix.

— Merci. Je crois que j'ai tout ce qu'il me faut. On peut passer à la caisse.

— Et ensuite ?

— J'ai cherché l'adresse de l'agence, pour le billet.

— Tu n'y vas pas en voiture ? Tu prends le train ?

— Non, l'avion.

Il parut surpris.

— Elle n'est pas si éloignée que cela, non, ton université ?

— Tu trouves ? éludai-je.

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— Alors ?

— Bonjour, j'aimerais un billet d'avion pour le lundi dix septembre, s'il vous plaît.

— Vous venez d'où ?

— Forks. La dernière fois que j'ai voyagé, j'ai pris l'avion à Port Angeles, puis Seattle.

— Quelle destination ?

— A L… dans le Massachussetts.

En m'entendant, Paul s'étrangla avec sa propre salive. Derrière le comptoir, l'homme m'adressa un sourire bref puis se plongea dans ses papiers, cherchant visiblement le meilleur itinéraire à me proposer.

— Qu'est-ce que c'est que cette histoire ? me demanda mon petit-ami à voix basse.

— Quelle histoire ?

— Tu… Tu ne vas pas à Seattle ?

— Tu en connais beaucoup, des étudiants qui font un détour par le Massachussetts pour se rendre à Seattle ?

— Ton père est au courant ?

— Bien sûr que non, ce serait trop évident, répondis-je en roulant des yeux.

— Mais… pourquoi cette université ? A quel moment as-tu… C'est ta solution de rechange, comprit-il. Pourquoi tu ne m'as rien dit ?

— Mademoiselle ?

Je me tournai en quatrième vitesse vers le standardiste.

— Oui, qu'est-ce que vous me proposez ?

— Si cela ne vous dérange pas, le trajet Port-Angeles Seattle me semble l'idéal. Ensuite…

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— Alors ?

Je fis mine de ne pas comprendre ce qu'il entendait par là. Parcourant ma liste des yeux, j'annonçai :

— Je crois que j'ai tout. Il ne reste que le cadeau.

Il grogna. Je ne parvins pas à savoir si c'était le loup qui parlait en lui, ou juste l'adolescent irrité. Je lui offris mon plus beau sourire.

— Bella, depuis quand as-tu refusé l'offre de Seattle ?

Je grimaçai.

— Quelques semaines. J'ai mis un bout de temps pour choisir…

— Pourquoi tu ne m'en as pas parlé ?

— Tu ne m'as pas posé la question.

Il me lança un regard signifiant : « Ne te fiche pas de moi. »

— Tu voulais être le premier averti, tu l'es. Enfin, sauf si on compte Charlie. Mais vu qu'il ouvre mon courrier…

— Pas d'autres raisons, tu es sûre ?

— J'ai oublié, avouai-je en toute sincérité.

— Tu as oublié ta raison ?

— J'ai oublié de t'en parler. Il y a eu les dragons, et l'Etre, et Edward, et… Je ne sais pas. J'ai oublié.

Paul semblait ne pas en croire ses oreilles. Je ne pouvais lui en vouloir. Quelle adolescente oubliait de prévenir son petit-ami qui-plus-est-imprégné que son choix final se portait sur une fac située à l'autre bout du pays ?

— Désolée. Je sais que mes réactions sont anormales, parfois.

Il haussa les épaules. Il ne savait visiblement plus quoi dire.

— Alors… ton idée de cadeau ?

Je restai momentanément médusée, le temps de vérifier qu'il ne blaguait pas. Mais non. Il n'ajouta rien. Il avait changé délibérément de sujet.

— Je… hum… En fait, nous… nous avons remarqué, avec Kim, que la réserve de thés d'Emily baissait dangereusement. J'ai prévu de lui en offrir toute une collection. Une autre idée, mais ça, c'est tiré de la liste, c'est un hamac. Je sais que ça leur plairait beaucoup, à tous les deux. Au début, je craignais que ce soit trop classique, et qu'on leur en offre plusieurs, mais ensuite, je me suis rappelé de l'espace autour de la maison. Ils ne risquent pas de manquer d'arbres. Et puis, vu le nombre de réunions de la meute qui se déroulent chez eux, ils seront bien rentabilisés. Je dois avouer qu'au début, je pensais qu'avec le changement d'Alpha… Mais au final, c'est plus pratique chez Sam et Emily, non ? On a nos marques et, chez Jacob, on craindrait toujours d'embêter Billy, avec nos réunions bruyantes et tardives. Pour en revenir au hamac, le seul point négatif, c'est le temps. Mais bon, un auvent, et le tour est joué, pas vrai ? Peut-être qu'on devrait l'offrir avec, qu'est-ce que tu en penses ?

Je le gratifiai d'un regard inquiet. Il m'observait d'un air pensif, depuis le début de ma tirade. Plus gênant, ce regard était mâtiné d'une angoissante tristesse.

— Qu'est-ce que tu en penses ? répétai-je face à son absence de réaction.

— Tu sais que si tu ne veux plus rester avec moi, il suffit de me le dire ?

— Pardon ?

Quelle discussion absurde. Quelle virée absurde. Quelle journée absurde. Je me demandai quand notre rendez-vous avait pris un tel tour. Ce matin, j'étais heureuse, amoureuse, impatiente… et là, il m'expliquait que je ne voulais plus de lui ?

— Si tu ne veux plus de moi… Tu peux me le dire, tu sais ? Tu n'es pas obligée de t'exiler à l'autre bout du pays.

J'éclatai de rire. C'était certainement la pire réaction envisageable, mais entre le soulagement et l'incrédulité provoqués par son affirmation, je ne réussis qu'à pouffer jusqu'à l'asphyxie.

— Paul, pourquoi je voudrais te quitter ? Tout va bien entre nous, non ?

Mon estomac se serra à l'idée d'une réponse négative.

— Bien sûr. Enfin, il me semblait. Jusqu'à ce que tu décides de quitter l'état de Washington.

— Ce n'est pas du tout pour mettre de la distance entre nous ! m'écriai-je, horrifiée qu'il soit parvenu à cette conclusion. Pas plus pour m'éloigner de Forks, ou… ou de quoi que ce soit d'autre. En fait… En fait, c'est tout le contraire.

Je rougis. Cependant, Paul m'observait à présent avec curiosité, et je ne me voyais guère reprendre mes dernières paroles.

— Tu te souviens, il y a… wouah ! un bout de temps, maintenant, quand tu m'as dit que tu m'imaginais bien devenir… chercheuse ?

— Oui. Tu… tu veux vraiment devenir chercheuse ?

— Je ne sais pas encore. Mais, j'aimerais travailler dans un domaine scientifique, en tout cas. Du coup, j'ai cherché une fac à ma portée se concentrant sur les sciences… et ils m'ont accepté.

— C'est génial !

Il m'attrapa par la taille pour me faire tournoyer. Lorsqu'il me reposa, j'avais la tête qui tournait, et une adolescente, ainsi que sa mère s'étaient figées pour nous regarder. Je m'empourprai encore plus, d'autant que Paul dut me soutenir lors de mes premiers pas : je trébuchais déjà lorsque je n'avais pas de vertiges, alors…

— Je suis désolé… d'avoir réagi comme ça en l'apprenant. Je suis tellement heureux de savoir que tu sais ce que tu vas faire… et qu'on t'ait accepté là où tu le voulais. Je sais que tu t'es inscrite à Seattle parce que tu n'étais pas sûre d'être acceptée ailleurs, et que tu voulais rester proche…

— Excuses acceptées. Et moi, je suis désolée de ne pas te l'avoir dit. J'essaierai de ne plus oublier des trucs d'une telle importance.

— Tu es toute pardonnée. On va l'acheter, ce cadeau ?

— Une dernière mise au point, avant, peut-être ?

— Quel genre ?

Je me dressai sur la pointe des pieds pour capturer ses lèvres.

— Je t'aime, Paul.

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— Alors ?

— Je préfère le gris.

— Je préfère le bleu.

Emily éclata de rire. Sur sa main droite, le coffret gris vacilla.

— Je crois que toutes les deux, vous décrédibiliserez pour trois siècles le dicton « qui se ressemble, s'assemble ».

— Emily, déclarai-je, fataliste, la simple existence de l'imprégnation le décrédibilise. Honnêtement, qui, parmi nous, se considère comme un loup-garou ? Nous ne sommes ni grandes, ni musclées. Nous n'avons pas de grandes capacités physiques et nos sens ne se sont pas encore développés autant que ceux des garçons. Et je peux vous assurer que je ne me transforme pas en loup.

— Il ne parle pas de physique.

— Aucune idée. Mais trouves-tu vraiment que, niveau caractère, Sam et toi êtes des copies-conformes ?

— Paul est aussi têtu que toi !

— Si j'avais dû m'imprégner du loup qui est autant obstiné que moi, je serais en couple avec Jacob.

Elles concédèrent volontiers d'une moue sur les lèvres.

— Bref. Là n'est pas la question.

— Tout à fait. Et j'insiste. Le bleu est le plus beau.

— Mais pas du tout ! Tu devrais choisir le gris, Emily. Il est classe, il est unisexe.

— Parce que le bleu, ce n'est pas une unisexe, pour toi ?

— Le bleu est universellement attribué aux garçons.

— Marie est toujours représentée en bleu !

— Parce que tu crois en Marie, maintenant ?

— Là n'est pas la question. Ou alors, je te répliquerai, bien que je m'en sois abstenue jusque-là parce que je sais que nos arguments sont bidons et uniquement destinés à convaincre Emily d'approuver notre choix complètement subjectif, je te répliquerai que, avec tes affirmations sur l'association entre couleurs et sexe, tu fais reculer d'un demi-siècle les avancées pour l'égalité entre hommes et femmes. J'ajouterai même que tu freines pour un autre demi-siècle les futures avancées de nos droits.

— Soit. Je retire ce que j'ai dit.

— Parfait. Emily, tu peux donc choisir… le bleu.

— Oui, Emily, fais ton choix. Le bon – le mien !

L'indienne gloussa en nous dévisageant tour à tour, ainsi que les deux coffrets qu'elle tenait. Je m'interrogeai sur la façon dont elle avait fait tenir en équilibre sur ces paumes deux coffrets alors qu'elle ne possédait que deux mains.

Enfin, elle les reposa, un à un, sur le présentoir, et en saisit un troisième, tout blanc. Tout en se dirigeant vers les caisses, non loin, elle nous expliqua :

— Je crois que je vais prendre celui-ci. Il fera joli dans notre salon.

Kim souffla profondément, dépitée. Je lâchai :

— Le mien est toujours le plus beau.

— Il lui plaira, vous pensez ? A Sam ?

Je faillis répéter qu'il aurait sûrement préféré le gris, me retins. Comme l'avait dit Kim, nos choix étaient purement subjectifs.

— Je suis sûre qu'il va l'adorer.

— Tu sais, Emily. Je crois que tu pourrais lui offrir une boite de conserve rouillée qu'il serait ravi, Sam. Il t'adore. Ce qui lui fait surtout plaisir, ce jour-là, c'est de t'épouser, t'embrasser, et danser avec toi toute la nuit.

— Vous partez quand pour Londres ?

— Pour être à l'heure à l'aéroport, on doit partir à neuf heures.

— Oh ! Le réveil ne risque pas d'être compliqué, après votre nuit de noces…

Emily rougit et s'abstint de toute réponse. Je soupirai.

— Vous partez après moi.

— Oh ! Sam m'a dit : le Massachussetts, c'est ça ?

Je m'étonnai à peine qu'elle soit déjà au courant. Kim ne paraissait pas apprendre la nouvelle non plus.

— Tout à fait, confirmai-je.

— Tu es une petite cachottière, Bella !

— Paul m'en veut ? Hier, il ne semblait pas fâché, mais…

— Il ne peut pas t'en vouloir, Bella. Tant que tu es heureuse, tout lui convient.

Nous grimaçâmes de conserve. Dans ces moments, je comprenais pourquoi les non-imprégnés considéraient notre relation comme malsaine.

— Ils nous aiment. C'est le plus important. Je sais que mon Jared m'aimerait tout autant s'il ne s'était pas imprégné. Notre relation serait différente, mais nous nous aimerions tout autant.

— Pareil, ajoutai-je. J'aurais pu choisir Edward. Mon lien avec Paul était… salement amoché. Mais j'ai choisi Paul.

— Euh… ça ne prouve pas qu'il…

— Si. Ça prouve que les sentiments sont plus forts que l'imprégnation, quoiqu'on en dise. Il m'aimerait toujours, je l'aimerais toujours, tu aimerais toujours Jared et toi, Emily, toujours Sam.

— Je ne crois pas que ce serait réciproque.

Nous nous figeâmes en entendant ses accents sincères, et je croisai le regard de Kim avant de le poser sur Emily. Elle avait les larmes aux yeux de révéler, enfin, après des semaines de discussion, son angoisse la plus profonde.

— Pourquoi dis-tu cela ?

— Sans l'imprégnation, il rejoindrait Leah.

— Non, Emily, je suis sûre que non.

— Et pourquoi ne le ferait-il pas ? Ils se connaissent depuis bien plus longtemps, ils ont construit leur relation sur des bases saines et elle l'aime encore, ça crève les yeux.

Kim ouvrit la bouche, mais garda le silence. Une discussion lointaine avec Jacob me revint en mémoire et je secouai la tête.

— Je suis sûre que non. Il ressentirait sûrement quelque chose pour Leah, à nouveau, mais… Il t'aime. Il te connaît. Vous avez discuté ensemble, vous avez rigolé ensemble, tu l'as soutenu, aimé, embrassé. Vous avez discuté de pleins de choses, construit votre famille… Je suis sûre qu'il te choisirait pour partager sa vie, Emily, comme j'ai choisi Paul. Je suis de plus en plus convaincue qu'il y a des couples faits pour vivre ensemble, quelles que soient les circonstances. Paul et moi en faisons partie, et toi et Sam également, ça crève les yeux.

— J'approuve absolument ce que tu dis. J'ajouterais même que Jared et moi figurons également sur la liste des couples destinés.

J'opinai et Emily sourit doucement. Je lui pressai l'épaule.

— Je sais que ce n'était pas prévu, mais que diriez-vous d'une soirée entre filles ? Je sais que Paul se réunit avec la meute aux alentours de dix heures. Ils en ont pour des heures, comme d'habitude. Et j'ai une merveilleuse idée pour se remonter le moral, rire jusqu'à en avoir le souffle coupé et, en plus, apprendre à se connaître. On aura qu'à faire un saut chez moi, et chez Kim, et c'est parti !

— D'accord.

— Je suis partante ! Et je prends le volant !

.

— Alors ?

Kim fronça les sourcils et rapprocha la photo, comme pour mieux voir l'adolescent qui se tenait à côté d'elle, un bras autour de sa taille. Enfin, elle écarquilla les yeux, laissa tomber la photo et se cacha le visage entre ses mains.

— Je crois que… c'est la plus grosse erreur de ma vie !

— Allez, qui c'est ?

— Accouche !

— Si je ne me trompe pas, c'est… Job.

— Job ?

— Ton voisin Job ?

Kim hocha la tête, les pommettes brunes, et retira ses doigts, qui cachaient toujours ses prunelles.

— Qui est Job ?

— Un adolescent qui a une année ou deux de moins que Kim, je dirais. Il passe son temps à sécher les cours et il a les dents de travers.

J'écarquillai les yeux. Je n'étais pas mécontente de ne pas l'avoir croisé jusqu'ici.

— Qu'est-ce qu'il s'est passé avec Job ?

— Rien du tout. Nous avions… douze ans, par là. Nos mères sont sacrément proches. Du coup, pour la fête du village annuelle, maman m'a proposé de… Sa copine s'était plainte. Elle ne comprenait pas pourquoi toutes les filles à qui il demandait de l'accompagner refusaient. Alors, ma mère m'a demandé de… de lui proposer d'y aller avec moi. Le pire c'est que j'avais déjà un partenaire. J'avais le béguin pour lui depuis le jour de la rentrée. J'étais trop contente qu'il m'ait invité. Mais maman a insisté…

Kim grimaça. Je compatis. J'avais croisé sa mère, lors d'une de mes visites. C'était une force de la nature. Je ne me voyais pas lui dire non. Alors, son enfant de douze ans !

— Bref. Tout ce qu'i savoir, c'est que lorsqu'on a pris cette photo, c'était au début de la soirée, avant que ce gars n'essaie de m'embrasser. Son haleine sentait… mauvais !

— Mais il est super précoce ce mec, non ? Il avait quoi ? Dix ans ?

Elle acquiesça.

— Lorsque je l'ai repoussé, devinez qui a croisé mon regard ?

— Ton amoureux !

— Touché.

J'éclatai de rire. Elle me donna une tape taquine sur le crâne.

— Ce n'est pas drôle ! Il ne m'a plus parlé jusqu'à… toujours, en fait.

— Job ?

— Non, l'autre. Mais Job non plus.

— Ma pauvre… tu fais fuir tous tes prétendants.

— Sauf le plus important !

Penser à Jared lui arracha un magnifique sourire. Qui se transforma vite en un rictus malicieux.

— Et vous, alors ? Je ne veux pas être la seule à parler de mes déconfitures amoureuses !

Emily expliqua à mi-voix qu'avant d'emménager ici, elle sortait avec un indien de la réserve Makah, qui l'avait quittée lorsqu'elle avait ri à sa proposition de chasse aux requins.

— Le jour de la St-Valentin, en plus !

Ce qui nous amena à parler de nos St-Valentin respectives.

— La seule que j'aie fêté, en fait… c'est celle de cette année. Avant Edward, je n'ai pas eu de petit-copain…

— Jamais ?

— Aucun ?

Je secouai la tête.

— Que voulez-vous, je suis la plus pure de nous trois !

Kim se râcla la gorge.

— Tu n'étais pas avec Paul, en février, s'étonna Emily.

— Non. Je l'ai fêtée avec Mike Newton et Jake.

En voyant leur expression, je leur rappelai que jusqu'à très récemment, Jacob était amoureux de moi.

— On sait. Mais qu'est-ce qui s'est passé ?

— Si vous voulez mon avis, si toutes mes St-Valentin futures se déroulent comme ça, je préfère ne plus les fêter du tout.

— On ne veut pas ton avis, on veut des détails !

Emily manifesta son appui en répétant, comme un écho, « des détails ! ». Je la dévisageai en me disant que des albums photos, l'angoisse due au mariage tout proche, et un plein bol de chocolats à la liqueur n'étaient vraiment pas bons pour la santé.

— Que voulez-vous que je vous dise ? Je ne savais même pas que c'était la St-Valentin, avant que Jacob m'offre des cœurs en sucre.

— C'est trop mignon.

Je levai les yeux au ciel. Visiblement, Kim non plus n'avait pas particulièrement supporté les chocolats alcoolisés. Je l'observai tendre la main pour en récupérer un énième. J'hésitai à l'arrêter, n'en fit rien. Ce soir, nous devions nous amuser.

— Et j'avais invité pleins de gens pour une séance de cinéma… ils se sont tous décommandés. Sauf Mike et Jacob.

Je repensai à la tête de Mike lorsque je lui avais proposé de prendre la Golf de Jake. Kim gloussa en voyant mon expression.

— Donc ?

— C'était un film d'action ridicule. Mike a fini par dégobiller, Jake est parti en ayant l'impression d'être malade – c'était le soir de sa première mutation – et j'ai attrapé la gastro de Mike.

Les deux filles éclatèrent de rire.

— Pour être raté, c'était raté.

— Je suis sûre que l'année prochaine, tu t'amuseras plus.

— Oui.

J'imaginais mal Paul me gâcher ma journée. Nous nous ressemblions assez pour finir par longer la grève comme s'il s'agissait d'un jour banal. Peut-être m'offrirait-il un autre présent ?

Puis je réalisai que je serais probablement en train de préparer mon sac pour les cours du lendemain, dans ma chambre d'étudiant du Massachussetts.

— Moi, je crois que je sors avec quelqu'un à chaque St-Valentin depuis… longtemps.

— Quel est ton plus vieux souvenir ?

— Ou ton plus gênant ?

— Hum… Je crois que c'est lors d'un voyage scolaire. Mon valentin du jour m'avait offert une glace. A la menthe.

— Faux pas.

Tout le monde savait que Kim haïssait la menthe.

— Oui. En même temps, quelle personne sensée offre une glace à quelqu'un d'autre sans lui demander quel parfum il préfère ? Du coup, je lui ai expliqué que je ne la mangerais pas… et il me l'a écrasée sur le pull !

— Mince !

Emily s'effondra de rire.

— Dites moi que je ne suis pas la seule à m'être payé une honte en course d'école ?

Emily secoua la tête. Ça ne me surprit pas. Emily devait être l'élève modèle qui fait toujours tout juste et que les profs adorent.

— Vous me connaissez, marmonnai-je lorsque leurs regards se portèrent sur moi. Je finissais toujours, soit perdue, soit blessée. Maman a fini par me garder à la maison ces jours-là. Tout le monde en était soulagé, je crois.

— Du coup, tu n'es jamais partie en colonie de vacances, non plus ?

— Tu as fait ce genre de trucs ?

— Toi pas ? Vous avez loupé votre enfance, les filles. La colo, c'est juste…

— Le nec plus ultra ?

— L'horreur.

Je m'y attendais si peu que je ris à gorge déployée. De toute manière, son expression dégoûtée aurait tiré des larmes de rire au plus dépressif de tous les dépressifs de la planète.

— Je me souviens qu'à chaque fois, je m'inscrivais à ce qui me plaisait et soit il y avait trop de monde et j'étais déplacée dans un autre groupe, soit il n'y avait pas assez d'inscrits et l'activité était annulée. On mangeait mal, je trouvais rarement des personnes avec qui m'amuser… Je suis bien contente de ne plus devoir y participer. En plus… je ne sais pas vous, mais je n'étais pas vraiment au top, pendant mon adolescence. Acné, appareil dentaire, et j'étais minuscule.

— Tu n'aurais pas une photo ?

— Je vous interdis !

— Moi, je vous montre, si vous voulez.

— Laisse-moi deviner : tu fais partie de ces femmes qui semblent nées pour grandir en délicatesse et en sourires étincelants.

— C'est à peu près ça, avoua-t-elle.

Je tentai d'imaginer une Emily plus jeune. Une Emily de l'âge de Claire ou de Genevieve. Une Emily adolescente. Cela la peinait-il, de voir ses photos d'elle, son visage lisse souriant ?

Je soupirai.

— Moi, j'ai échappé à l'acné. Maman n'a jamais compris pourquoi : elle en a beaucoup souffert. Je dois tirer de Charlie. Par contre, j'ai porté des bagues. Une année.

— Seulement ?

Kim lança un regard intéressé à mon album photo.

— Charlie garde mes portraits de classe dans sa chambre, depuis que je lui ai demandé de les enlever du manteau de la cheminée.

— C'est pas juste ! Toutes les photos que je possède sont dans cet album !

Je remerciai le ciel d'avoir passé la plus grosse partie de ma vie chez ma mère, à des kilomètres de là.

— C'est ça d'avoir une famille unie et heureuse.

— Tu peux te moquer, tu es la seule ici à avoir une famille décomposée.

— D'ailleurs, tu ne nous parles jamais de ta mère ?

— Parce qu'il n'y a pas grand-chose à dire sur notre relation. Je l'aime. Elle est merveilleuse, candide, fantasque. Nous étions très proches, avant que je n'arrive à Forks. Je vous la présenterai la prochaine fois qu'elle viendra.

— Pour ton mariage ?

— Dans tes rêves. Et vos parents ? C'est fou, mais je n'ai jamais vu ton père, Kim.

— C'est parce qu'ils ne font pas du tout partie de l'entourage de la meute. Ils ne sont ni l'un ni l'autre issus des grandes familles quileutes. Auraient-ils eu un fils qu'il aurait fallu un miracle pour qu'il se transforme. Je les aime fort tous les deux, mais je n'ai jamais été particulièrement proche d'eux. Papa est sans cesse au travail. Maman… Nous avons un caractère trop différent pour nous entendre.

— Ou trop semblable.

— Mais pas du tout !

— Et toi, Emily ? Ils viennent souvent ici ? Comment ça se passe, entre vous ?

— En fait, ils ont un peu de peine à comprendre que leur fille chérie, toujours si responsable, emménage du jour au lendemain avec l'ex de sa cousine, qu'elle détestait jusqu'à récemment, et abandonne ses études pour l'épouser.

— Oh.

— Oui. Ça jette souvent un froid dans la discussion.

— Je suis désolée.

— Tu n'as pas à l'être. Je grandis, c'est tout. Et lorsqu'on s'intègre en plus dans le monde surnaturel sans oser dire quoi que ce soit à son entourage…

Je hochai la tête. J'étais frappée par la similarité de nos expériences. Nous ne vivions pas du tout notre imprégnation de la même manière. Pourtant, les conséquences étaient presque les mêmes.

— Bon. Je refuse que cette soirée rigolade finisse par nous pousser à la dépression nerveuse. Changeons de sujet.

Elle arbora soudain une expression gourmande qui m'inquiéta.

— Votre plus grosse honte.

— Parce que tu trouves ça drôle ?

— Est-ce que ça signifie que tu en as eu de belles ? Allez ! Tout le monde a déjà été embarrassé en public ! Raconte !

Après de longues secondes de réflexion, Emily se lança.

— Je crois que l'un de mes plus grands moments de gêne, c'est quand j'ai visité Olympia avec Leah et Jen. J'avais quinze ou seize ans. C'était ma première vraie sortie entre filles, sans parent. Le trajet se passe bien, le repas aussi. En début d'après-midi, on va se promener dans un parc. A force de marcher, j'ai mal aux pieds et on décide de trouver un endroit tranquille pour se poser un moment. Là, je remarque des bancs. C'est étrange parce qu'il y a pleins de gens qui sont allongés dans l'herbe, en plein soleil, et pas un sur ces bancs, à l'ombre. Je me pose donc sur ce banc, pendant que Leah et Jen vont acheter des glaces. Elles reviennent, et là, Leah fait remarquer qu'ils ont l'air neufs. Les bancs. Très neufs, même.

J'écarquillai les yeux. J'entrevoyais la fin de l'histoire.

— Jen ajoute que la peinture est encore très vive. Elle touche du bout de l'index les planches, le retire… il est d'un beau vert éclatant.

Je clos mes paupières.

— Je tente de me lever, en catastrophe, mais je colle au banc et, une fois sur mes pieds, je vacille. Jen, qui est dans ma trajectoire, ne veut pas être tâchée, alors elle s'écarte. Le sol était fait de gravillon.

— Oh non ! gloussa Kim, pas compatissante pour un sou.

— Imaginez la scène. Je m'éclate devant tout le monde. Et ils m'observaient ! Visiblement, ils trouvaient très drôles que je me sois assise sur un banc qui venait d'être repeint. J'ai fondu en larmes.

Kim et moi grimaçâmes en chœur. Elle soupira.

— Evidemment, nous n'avions ni permis, ni voiture. Je suis rentrée en transports publiques, verte d'un côté, les genoux égratignés et le visage mouillé de larmes. Tout le monde me reluquait, et Jen et Leah ne savaient pas quoi faire, sinon sourire et me répéter que « ce n'était pas si grave », alors qu'elles semblaient sur le point d'éclater de rire elles aussi.

— Ma pauvre.

— On s'en remet, non ? A vous.

Nous dévisagions Kim, qui ne semblait pas comprendre ce qu'elle faisait au centre de l'attention.

— Je raconte. Mais tu n'y échapperas pas, Kim !

Elle acquiesça avec une moue hurlant « on verra bien ».

— Je crois que celle qui m'a le plus marqué, c'était à l'école primaire. Un matin, le prof nous a annoncé que l'un de mes camarades souhaitait nous annoncer quelque chose. Ledit camarade est arrivé devant la classe, il a déplié un article parlant de la rentrée des classes et, en montrant une photo en particulier, d'une gamine de cinq ans que je ne connaissais absolument pas et qui pleurait toutes les larmes de son corps dans les bras de sa maman, il a expliqué globalement que j'étais un bébé qui ne supportait pas de quitter ses parents et que je pleurais tous les matins en arrivant à l'école. Tout ça devant les autres élèves, qui étaient très intéressés, évidemment, et le prof, qui ne réagissait pas.

— Il n'a rien dit ? s'offusqua Kim.

— Mais vous aviez quel âge ?

— Neuf ans, par là.

— J'aurais fondu en larmes. Tu as pleuré ?

— Non. J'ai attendu que les cours se terminent, le prof en a d'ailleurs profité pour expliquer que tout ce qu'avait raconté le garçon était faux, et j'ai filé aux toilettes. Le prof a demandé à me voir avant que je parte… et il m'a expliqué que j'étais trop sensible, qu'il fallait que je m'endurcisse.

— Non !

— Et au garçon, qu'est-ce qu'il a dit ?

— Rien, à ma connaissance. Je n'ai pas l'impression qu'il soit venu s'excuser, en tout cas.

Emily secoua la tête, désabusée.

— Il y a vraiment des crétins, même à cet âge.

— Et des professeurs à chier.

— Le pire, c'est que je les aimais bien tous les deux. J'étais amie avec le garçon, et le prof, à l'exception de cette mésaventure, fait partie de mes préférés.

Mes amis n'ajoutèrent rien. Je me fis la réflexion que, aujourd'hui, j'aurais bien aimé les avoir en face de moi, le prof comme l'élève, afin de pouvoir leur dire ce que je pensais de cette journée.

— Bon. Je crois que, Bella, tu as mérité que je raconte ma honte à moi. C'était l'an dernier. Un couple d'amis de mes parents avait organisé un barbecue pour fêter leur emménagement ici. Ils avaient perdu un premier bébé quelques mois plutôt, et je savais par ma mère qu'ils voulaient avoir un enfant. Alors, on arrive, tout se passe bien, les invités mangent, discutent, rient… Je m'approche du buffet, en même temps que notre hôte et là, je la vois qu'elle se sert, au contraire de tous les autres adultes du groupe, un verre de jus de pomme. J'avais remarqué un peu plus tôt que son ventre était arrondi. Alors je lâche : « Félicitations ! » « Pour ? » me demande-t-elle. Elle semble intriguée par ma phrase, pas heureuse, ou autre chose. Ce que je n'analyse pas. Je montre son ventre et j'ajoute sur le ton de l'évidence : « Pour le bébé ».

Elle se tut un instant, les joues brunes. Je l'encourageai d'un sourire.

— Le silence s'abat sur le groupe d'amis. Parce qu'évidemment, ça ne passe pas inaperçu. Et là, elle me répond, presque les larmes aux yeux : « Je ne suis pas enceinte, j'ai grossi, récemment. »

Je me doutais bien de la manière dont c'était terminé la soirée. Tout le monde avait dû rentrer en quatrième vitesse, la femme grosse-mais-pas-enceinte avait pleuré un bon coup et Kim s'était fait engueuler par sa mère. Je soupirai.

— Pourquoi cela se finit-il toujours dans les larmes ? Chez les autres, j'ai toujours l'impression qu'ils finissent par en rire.

— Les gens en rient parce qu'ils veulent faire croire qu'ils ne sont plus touchés pour un sou. Et dans un film, c'est toujours plus facile de rationnaliser. Tu as déjà remarqué, dans le septième tome de Harry Potter ? Hermione se fait torturer par Bellatrix Lestrange, et elle n'en garde aucune séquelle psychologique. Elle repart presque aussitôt pour cambrioler une banque, risquant ainsi de se faire capturer, encore, et torturer, encore. Et tu veux que je te rappelle le pire ? Elle y va dans la peau de son bourreau !

Il fallait avouer que présenté comme cela…

— Vous aviez raison, les filles. Les hontes, ce n'est pas drôle du tout. Mais vous savez ce qui pourrait nous remonter le moral ? Des blagues. Des tas de blagues ridicules.

— Je suis nulle en blague.

— Moi aussi, mais ce n'est pas grave. Allez, je me lance avec un classique. Deux citrons traversent la route. Un camion passe. Un citron se retourne et dit à l'autre : « Tu viens ? » Le deuxième lui répond : « Non, je suis pressé ».

Je laissai échapper un ricanement. Emily secoua la tête, dépassée par les évènements.

— A moi. Je vous préviens, vous avez rarement entendu plus stupide. C'est un homme qui entre dans un café… Plouf !

Elles me dévisagèrent, semblant attendre la suite. Elles n'avaient pas compris, visiblement.

— J'ai fini, précisai-je donc.

— Quoi ? Attends, j'ai pas compris. Tu la répètes ?

— C'est un homme qui entre dans un café… Plouf !

— Ah ! fit Kim. C'était nul.

Emily n'avait toujours pas compris.

— C'est une blague entre le café, l'endroit, et le café, la boisson. Un homme entre dans un café, on pourrait penser qu'il entre dans un magasin, tu vois, pour boire son café. Mais non, il tombe dans la tasse. Du coup, quand il tombe dans la tasse de café, ça fait « plouf ! ».

— Ah ! fit Emily. C'était nul.

Kim gloussa.

— J'en ai une autre ! Deux squelettes sont au sommet de la statue de la liberté. Ils regardent en bas. L'un dit à l'autre : « T'es cap de sauter ? ». L'autre lui répond : « Tu rigoles ? Je tiens trop à ma peau ! »

Emily sourit doucement. Je ricanai à nouveau. Kim esquissa un sourire fier.

— Elle est aussi nulle que la mienne, relevai-je.

— Peut-être. En tout cas, je n'ai pas dû l'expliquer, moi.

— J'en ai une. Elle est courte aussi, mais je suis sûre que vous allez la comprendre. En fait, c'est plutôt une devinette. « Quel est le sport le plus silencieux ? »

À ma grande surprise, elles cherchèrent vraiment la solution.

— Le golf, peut-être ? Il faut se concentrer au golf, non ?

— Non. Enfin, je ne sais pas s'il faut se concentrer, mais ce n'est pas le golf.

— La natation, alors ? On ne peut pas parler, quand on nage.

— Par contre, lorsque tu tentes de battre ton adversaire au crawl, on ne peut pas dire que tu sois très discret.

— Très juste. Donc, ce n'est pas la natation… Je donne ma langue au chat.

J'interrogeai Emily du regard, mais elle secoua la tête.

— C'est le para-chut !

— Oh non !

Emily laissa échapper un gloussement.

— A-ha ! Vous avez compris, cette fois !

— C'est à mon tour !

— Non, intervint Emily, je crois qu'il est temps que je m'y mette. C'est une chaîne, donc il y a plusieurs blagues-devinettes à la suite.

— D'accord…

— Première question. Comment met-on une girafe dans un frigo ?

Si nous la dévisageâmes avec incrédulité en entendant sa devinette, force est d'avouer qu'entre la fatigue et l'absurdité des réponses, sa longue devinette nous laissa pliée en deux de rire.

Les côtes douloureuses, j'essuyais mes yeux mouillés de larmes de rire lorsque Sam rentra, apparemment épuisé. Il se figea en nous découvrant.

— Vous… avez organisé une soirée pyjama entre filles ?

— Pas du tout, hoqueta Kim. Nous t'attendions. Nous rentrons tout de suite.

Il nous fallut plusieurs minutes, et l'aide de Sam, pour nous relever et quitter la maison. La nuit était fraiche. L'été, déjà peu ensoleillé à Forks, passait doucement. Je fus heureuse de retrouver ma voiture chauffée. Kim, elle, devait rentrer à pieds – mais elle habitait bien moins loin.

En passant devant la maison de Paul, je le découvris, sur le perron, qui s'apprêtait visiblement à rentrer chez lui. Alerté par les rugissements de ma camionnette capricieuse, il se retourna et nous échangeâmes un regard complice. Je lus sur ces lèvres quelque chose qui ressemblait à un « à demain ». Pour le feu de joie, me rappelai-je.

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cCc

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Et voilà ! Avant-dernier chapitre, épilogue non-compris. Qu'en avez-vous pensé ? Je ne suis pas particulièrement satisfaite de ma fin, mais bon…

Bella est enchantée par le champ de fleurs que Paul lui a fait découvrir… et vous, quelle est votre fleur préférée ?

Je vous souhaite une bonne fin de semaine, en espérant que la vôtre soit moins chargée que la mienne.

C.