Chapitre 23

Oliver soupira. Debout dans une rame bondée du métro de New York, il se rendait à un entretien pour un travail. Il avait passé un costume et portait une cravate, ses années de lycée étaient derrière lui maintenant et il devait entrer dans la vie active.

Il avait le cœur lourd. Cette sensation était toujours présente, de façon plus ou moins forte et aujourd'hui il avait l'impression qu'elle était sur le point de le submerger. Il ouvrit sa main droite et regarda sa paume avec un air un peu perdu.

Il releva la tête en soupirant encore une fois mais son regard tomba sur une femme blonde, de dos, qui portait un cordon rouge dans les cheveux et son cœur rata un battement. Son regard s'écarquilla, son cœur se serra et il s'alarma alors qu'il la voyait disparaître sur le quai. Il frappa sur les portes du wagon comme s'il allait pouvoir accélérer leur ouverture et se faufila en dehors du wagon dès qu'il le put. Il courut à travers les couloirs, monta les escaliers et se figea dans le hall où les différentes lignes se croisaient. Il regardait autour de lui avec empressement, elle devait être encore là. Même s'il ne savait pas qui elle était, il sentait qu'il devait la retrouver.

Il cherchait sans cesse quelque chose. Il était obsédé par cette sensation et il ne savait pas depuis quand…

Il la connaissait, il le savait même si il ne savait pas qui elle est.

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Oliver se présenta à son entretien d'embauche une heure plus tard en ayant perdu la jeune femme qu'il avait aperçue de loin. Il n'était pas en retard et il refoula son attitude trop étrange. Il ne pouvait pas continuer de se conduire ainsi. Quand se fut son tour, il entra dans le bureau des recruteurs en ayant retrouvé toute sa raison.

- Les paysages de la ville créent les vues de la ville. Même New York peut disparaître un jour. Je veux construire des paysages qui nous réconfortent ne serait-ce que par le souvenir…, expliqua-t-il pour se vendre.

Il avait refusé de suivre les pas de son père et d'intégrer la société qui portait son nom. Il s'était découvert une vocation d'urbaniste. Les lieux où évoluaient les gens étaient importants, ils faisaient partie de leur vie et ils devaient être un soutien ou un réconfort. Il sortit une demi-heure plus tard de la salle de réunion avec la très nette impression qu'il n'avait pas su convaincre son auditoire.

Il retrouva Laurel et Tommy qui l'attendaient au café qu'ils avaient souvent fréquenté durant leur scolarité. C'était un endroit qui leur rappelait de bons souvenirs et qui était réconfortant.

- Tu en es à combien d'entretien ? lui demanda Laurel alors que leur serveur leur apportait leur commande.

- Je compte pas, répondit Oliver d'un ton défaitiste.

- T'as aucun espoir, s'amusa Tommy. Il savait que c'était difficile pour Oliver mais il croyait en lui et il savait qu'il finirait par faire le travail qui le passionnait même si pour l'instant ça semblait impossible.

- Tais-toi, s'agaça Oliver. Tommy avait beau croire en lui, ce n'était pas pour ça qu'il décrochait des postes.

- C'est à cause de ton costume non ?, le titilla Tommy.

- Et toi alors !

- Moi j'ai deux offres, les interrompit Laurel.

- Et moi huit, ajouta Tommy.

- Tu assures mon chéri, murmura Laurel avec un clin d'œil adressé à Tommy.

- Et toi tu vas être une avocate hors pair, en lui souriant tendrement.

Oliver regarda ses deux amis et se sentit un peu à part. Ils étaient tombés amoureux l'un de l'autre sans qu'il ne s'en aperçoive vraiment, en tout cas il avait des souvenirs flous de cette période mais en y repensant il avait noté le faible de Tommy pour Laurel et il fallait croire qu'elle avait ouvert les yeux. Il grimaça en soupirant et il décrocha de la conversation qui s'était engagée entre ses deux amis alors qu'il était de nouveau accaparé par ses pensées.

Il se sentait incomplet, il lui manquait quelque chose mais il ne savait pas si ce qu'il cherchait était quelqu'un ou en endroit. Ou bien peut être simplement un emploi. Lui-même n'en savait trop rien et son cœur se serra un peu plus.

Oliver emmitouflé dans sa parka remontait une rue fréquentée. Il leva la main pour faire signe quand il aperçut Sara qui l'attendait sur la place. Ils se saluèrent et ils décidèrent de se promener dans les rues déjà éclairées par les décorations de Noel.

- Alors où en est ta recherche d'emploi ?, lui demanda Sara

- C'est plutôt difficile…

- A cause de ton costume non ?

- Quoi ? C'est à ce point-là ?, en la regardant sidéré et elle se mit à rire en secouant la tête.

- Non désolée, je te fais marcher.

- Et qu'est-ce que tu fais là ?, en souriant à sa plaisanterie.

- Je passais pour mon travail. J'ai voulu te voir ça faisait longtemps, en lui adressant un regard nostalgique.

Oliver hocha la tête d'accord avec elle et son regard accrocha une affiche qui occupait un pan entier d'un immeuble de bureau. Elle rappelait le désastre de la comète qui avait ravagé une petite ville et qui s'était déroulé il y a huit ans de cela.

- Tu te rappelles qu'on est allé à Blue Diamond ?, lui demanda Sara en suivant la direction du regard d'Oliver. Tu étais au lycée à l'époque…

- Il y a cinq ans, précisa Oliver.

- Si longtemps !, s'exclama son amie. Entre temps j'en ai oublié des choses…

- Moi non plus je ne me souviens pas bien de l'époque. Je suis rentré à New York tout seul, peut-être à cause d'une dispute, d'un ton hésitant. J'ai passé la nuit dans la montagne. Et je n'ai pas d'autres souvenirs.

Il se demandait encore comment il avait pu oublier autant de choses et ça touchait également Tommy et Sara. Les rares fois où ils en avaient parlé, leurs souvenirs étaient presque aussi flous que les siens.

- Mais pendant toute une période, reprit-il, j'étais étrangement obsédé par cette comète. La moitié de la comète a anéanti une ville entière mais par miracle la population s'est trouvée saine et sauve. Ce jour-là la mairie avait organisée un exercice d'évacuation. Les habitants étaient donc hors de la zone sinistrée. Un si heureux hasard qui a suscité bien des rumeurs, en regardant Sara. A l'époque je me passionnais pour les articles traitant de ce sujet. Qu'est-ce qui m'y poussait ?... ça reste encore un mystère pour moi.

Il avait été passionné par cette histoire, cet aura de chance ou de prédestination qui entourait ce récit. Plus il lisait d'articles, plus il ressentait une attirance et il voulait en apprendre d'avantage. Il n'avait aucune raison valable pour s'expliquer son intérêt, il ne connaissait pas cette ville et encore moins une personne qui pouvait y vivre.

Perdu dans ses pensées, Oliver raccompagna Sara jusqu'à la gare.

- Merci tu peux me laisser là, dit Sara. Je te souhaite de trouver ta voie et d'être heureux toi aussi un jour.

Il acquiesça et baissa la tête, son regard cherchant sa paume. J'ai la sensation que je cherche quelque chose ou quelqu'un, pensa-t-il, et il avait le sentiment qu'il ne pourrait être heureux seulement quand enfin il l'aurait trouvé.