Bien qu'elle fit tout pour le cacher, Hermione ne pouvait s'empêcher de trépigner d'impatience pour le jugement qui s'annonçait. Les Mangemorts capturés la veille au soir étaient accusés d'avoir fomenté la guerre qui avait opposé sorciers et Vampires durant les derniers mois, en volant le sceptre de Mulcahy.
Des créatures magiques étant directement impliquées, c'était à Hermione de s'assurer que leurs droits seraient respectés et que le Magenmagot tiendrait compte de leurs témoignages tout autant que celui des sorciers. Jusqu'à maintenant, il ne s'était agi que de petits procès sans grandes conséquences – le plus grave avait été un centaure qui, par mégarde, avait lancé une flèche sur un arbre très rare de la Forêt Interdite en visant l'un des cerfs –, ni sans grande couverture médiatique.
Or, Hermione avait besoin que son projet soit reconnu par la Communauté sorcière de Grande-Bretagne pour qu'il soit officialisé par Kingsley. Et c'était pour cette raison qu'elle se trouvait actuellement dans le bureau de Gawain Robards, le Président-sorcier du Magenmagot et son mentor.
C'était un homme âgé d'une cinquantaine d'années à l'aspect longiligne. Il avait tous les traits de l'homme du bureau – le tout, accentué par ses lunettes –, mais ses yeux vert jade témoignaient des choses horribles qu'ils avaient vues. L'année des Ténèbres l'avait profondément marqué et il en portait encore les traces sur le visage, avec ses rides tirées et son air fatigué. Son bureau était recouvert de photos le montrant avec diverses personnes : des amis, des personnalités – dont Harry –, des membres influents du Ministère, des dignitaires étrangers. Derrière lui reposait tranquillement sa longue cape rouge, signe de son activité, ainsi que sa coiffe.
« Je vous assure, Mr Robards, que je suis parfaitement capable d'assurer cette séance.
— Je le sais très bien, Hermione, concéda l'homme d'une voix calme et posée. Je veux simplement que tu réalises à quel point c'est important…
— Mais je réalise ! insista-t-elle.
— Permets-moi d'en douter. Cette affaire n'est pas celle d'un loup-garou qui a attaqué un homme un soir de pleine Lune dans une forêt. Ce n'est pas non plus un elfe de maison maltraité par ses maîtres. Il s'agit d'une affaire de meurtre, de vol et d'attentat, rappela le Président-sorcier.
« N'oublie pas que nous étions en guerre contre les Vampires il y a encore quelques semaines. Les Mangemorts sont responsables de cette guerre, mais cela n'enlève pas le fait que les Vampires ont tué près de six cents personnes, dont une centaine de sorciers. Sans parler des villes ravagées. Ils doivent être jugés pour ça.
— Oui, mais si les Mangemorts n'avaient pas…, plaida la jeune sorcière.
— Hermione, écoute-moi, s'il te plait. Tu es sans doute la fille la plus intelligente travaillant au Magenmagot. Tu finiras probablement un jour Directrice du Département de la Justice. Mais pour cela, tu dois avoir une carrière sans tâches…
— Je ne peux pas abandonner les Vampires sous prétexte que…
— Je ne te demande pas de faire du carriérisme, Hermione. Ce serait insultant, affirma Robards. Je te demande de faire attention à toi. Tu ne peux pas faire tout ce que tu veux sous prétexte que c'est un bon sentiment.
« Le monde réel est là pour briser tous les projets de grandeur. Ceux qui subsistent sont ceux qui sont faits avec soin. Je te demande de ne pas défendre aveuglément ces Vampires pour respecter ton projet. Pas sur cette affaire. Tu risquerais fortement d'échouer et de te mettre à dos l'opinion publique. Or, je te rappelle que sans elle, ton projet restera un projet et ne pourra pas aboutir.
— Vous me demandez de ne pas défendre ces Vampires pour favoriser l'aboutissement de mon projet de Défense des créatures magiques contre les lois sorcières ? Je n'arrive pas à vous suivre, avoua Hermione. Si je ne peux pas défendre ces créatures contre notre système juridique, à quoi bon continuer ? Si je ne les défends pas, ce n'est pas la peine de poursuivre.
— Hermione, tu n'y es pas, déplora son mentor. Ce procès sera le plus important depuis ceux pour l'année des Ténèbres. Tu n'as pas le droit à l'erreur. Tu ne peux pas t'entêter dans une direction qui te conduira jusqu'au mur, prévint-il.
« S'il s'agissait d'un hippogriffe qui aurait attaqué un Moldu, je te laisserais faire comme bon te semble, car un échec n'aurait qu'un faible impact, même si La Gazette suit ton parcours de jour en jour. Il ne s'agirait que d'articles perdus au milieu d'autres qui n'intéressent qu'une toute petite proportion de la population : les défenseurs des créatures magiques et les quelques fans que tu as…
— C'est une large partie de la population dans ce cas, fit remarquer la jeune sorcière.
— Combien de personnes lisent La Gazette ? Très peu, surtout depuis l'année des Ténèbres. Les personnes ont perdu la confiance envers la presse écrite et préfèrent actuellement la radio. Parmi les lecteurs de La Gazette, seule une poignée s'intéresse réellement à ce que tu fais ici.
« La plupart veulent avant tout savoir ce que tu portes, qu'est-ce que tu manges et si tu trompes ton mari ou inversement. Tu es une célébrité. Autrement, ce n'est pas ce que tu es mais ce que tu fais qui intéresse les gens.
— Qu'est-ce que ça changera, dans ce cas ? interrogea Hermione.
— Tout ! Ça changera tout ! certifia le Président-sorcier. Car ce procès ne sera pas un article perdu à la dernière page de La Gazette, mais sera à la Une. Il y aura une grande photo en première page. Et les radios en parleront sans cesse – il paraît même qu'elles vont le diffuser en direct. Bref, tout le monde sera au courant de ce qui s'y passe.
« Or, si tu pars sur tes grands chevaux et commets une grave erreur, une seule, tu auras toute la Communauté sur le dos. On te reprochera de t'intéresser plus aux créatures qu'à tes semblables, les familles des victimes t'enverront des menaces, on fouillera dans ta vie pour trouver la moindre chose qui pourrait te nuire… Je crois me souvenir que tu as déjà dû affronter une pareille situation.
— Oui, et vous remarquerez que je m'en suis très bien sortie, argua la jeune Juge-mage. Je suis parfaitement prête à assumer mes responsabilités devant l'opinion publique.
— Et j'en suis certain, convint Robards. Mais le problème est que tu n'es plus une gamine de quinze ans amoureuse d'un joueur international de Quidditch. Tu es Hermione Granger, Ordre de Merlin Première Classe. Tu es l'héroïne de tout un pays. Des gamines jouent avec des poupées à ton effigie.
— Et tout le monde sait que je me suis toujours battue pour les droits des Moldus et des créatures magiques, renchérit-elle. Si je les abandonne maintenant, on va croire que je me défile. Avec tout le respect que je vous dois, je trouve vos propos déplacés et malsains, répliqua Hermione en se levant de son fauteuil.
— Hermione, si quelqu'un doit avoir du respect pour une autre personne, c'est bien moi. Tu es une jeune femme admirable. Tu n'imagines même pas à quel point.
— Ce que je n'imagine pas, s'exaspéra la jeune sorcière, c'est que vous me mettiez des bâtons dans les roues, vous qui me soutenez depuis des années.
— Mais je ne te mets pas des bâtons dans les roues, Hermione, insista Robards. J'essaye de te prévenir, de te mettre en garde, comme je l'ai toujours fait avec toi devant ta naïveté un peu trop grande.
« Ce que j'essaye de te dire, c'est de faire très attention. Si tu commets une erreur lors de ton procès, tu peux dire adieu à ton projet, malgré ta renommée. Et tu traîneras ça toute ta vie. En revanche, si tu réussis, ton projet est quasiment certain d'être voté d'ici la fin de l'année. »
Hermione resta debout quelques instants, fixant du regard le Président-sorcier. Son regard était paisible, attendrissant. Il était manifeste qu'il prenait soin d'elle, qu'il ne voulait pas qu'elle échoue. Il tenait vraiment à elle. Elle commença à comprendre ce que Harry avait dû ressentir avec Dumbledore, par moments.
Qu'ont-ils tous à ne pas nous faire confiance ?
« Ce que vous me dites, c'est de ne pas échouer ? Que je n'ai pas le droit à l'erreur ?
— Je suis content de voir que tu comprends enfin », opina son mentor.
Elle resta un moment immobile avant de se retourner et ouvrir la porte du bureau. Elle avait encore la main sur la poignée lorsqu'elle se retourna et fixa Robards droit dans les yeux. Elle essaya de paraître le plus sûre d'elle possible.
« Mr Robards, vous devriez savoir, depuis le temps, que je n'échoue jamais. »
Puis elle sortit du bureau et ferma la porte. Elle respira un grand coup avant de continuer. Mine de rien, son supérieur avait raison : elle ne devait pas se précipiter. Son projet de Défense des créatures magiques contre les lois sorcières lui tenait à cœur. Elle ne voulait pas le voir échouer. Mais d'un autre côté, elle était persuadée que si elle laissait tomber les Vampires, son projet ne servirait plus à rien puisqu'elle-même ne le respectait pas.
La première séance débutait juste après le déjeuner, aussi Hermione décida de bien se remplir le ventre pour être en forme. En se dirigeant vers la sortie – il n'y avait pas d'endroit pour manger au Ministère, une lacune dont elle ignorait l'origine –, elle repensa plus en détail à la conversation qu'elle avait eue avec Robards.
En se remémorant son ton patient, son regard rempli d'affection, ses paroles claires et distincte elle réalisa que son mentor avait essayé de lui faire comprendre ce qu'elle s'était évertuée à expliquer à Harry : son image était à présent trop importante pour qu'elle puisse agir sans penser aux conséquences. Robards ne voulait pas qu'elle protège cette image pour sa carrière, il voulait qu'elle en prenne soin car, si cette image était détruite, elle ne pourrait plus vivre normalement.
Elle comprenait le vieil homme, alors qu'elle sortait dans la rue et s'installait à la table d'un restaurant sorcier voisin, mais elle voyait toujours un dilemme : comment vouloir faire passer son projet si elle-même ne le respectait pas ? Et la réponse lui vint alors que sa commande – une salade de pâtes avec du saumon fumé – lui était servie par une femme à peine plus âgée qu'elle.
Le Président-sorcier du Magenmagot ne lui avait pas donné de directives, il l'avait juste mise en garde. Elle pouvait agir comme elle le faisait d'habitude, mais cette fois-ci, elle devait faire plus attention qu'à l'accoutumée. Elle devait montrer qu'elle avait raison sans offusquer la Cour de Justice magique ou l'opinion. Son paquet pouvait être celui qu'elle distribuait tout le temps, mais l'emballage ne devait pas choquer le destinataire. C'était comme lorsqu'elle préparait les cadeaux de Noël : elle savait que Harry ne lui en tenait pas rigueur si l'emballage n'était pas parfait, en revanche Mrs Weasley y portait plus d'attention, même si elle affirmait le contraire. Hermione termina son plat et paya l'addition.
Une heure et demie plus tard, elle se trouvait dans l'immense salle d'audience du Magenmagot, au niveau du Département des Mystères. Toutes les salles avaient été réaménagées après la chute de Voldemort afin d'accueillir les suspects dans de bonnes conditions. C'était du moins ce qu'avait expliqué Kingsley à La Gazette – qui s'était immédiatement plainte du fait qu'un suspect, même s'il était innocent tant qu'on n'a pas prouvé le contraire, n'avait pas à avoir un service de thé sur commande –, mais Hermione savait que cela était surtout dû au fait que le Ministre voulait trancher avec les années précédentes. Cela avait fait partie de son programme d'éradication de la corruption.
Cependant, la plus grande salle avait été conservée à l'état d'origine pour les jugements des Mangemorts, principalement, ou lorsque les autres salles s'avéraient trop petites pour accueillir tous les accusés, leurs témoins de la défense, les juges et, bien sûr, les curieux et les témoins. Aujourd'hui, les deux conditions étaient réunies, et la salle était comble.
Hermione se sentait légèrement impressionnée et comprenait d'autant plus les avertissements de Robards. À ses côtés, se trouvaient le Roi des Vampires, Walter Kontschak, et son Chef de combat, Almut Muschter. Tous deux étaient bien plus grands et imposants qu'elle.
Face à elle, sur l'estrade, se tenait le Magenmagot dans son ensemble, avec Robards au centre, vêtu d'une tunique rouge. À sa gauche se tenaient les principaux membres du Ministère de la Magie, autrement dit, tous les Directeurs de Départements et Kingsley lui-même. À droite d'Hermione se tenait la dizaine de Mangemorts capturés lors de la récente opération. Leur témoin de la défense était Jonathan Friedklin, l'un des plus anciens membres du Magenmagot.
Il était surtout l'un des seuls ayant survécu à l'ère de Voldemort et c'était la raison pour laquelle on l'avait désigné : les Mangemorts le connaissaient, le respectaient et ne l'intimidaient pas. Il était cependant loin d'être le meilleur du pays et son rôle, dans ce cas précis, était plus de s'assurer du respect des droits de ses « clients » que de leur assurer une peine minimale. Néanmoins, son impartialité envers les Vampires pouvait être remise en question, compte tenu du fait que sa femme était une Briscard et avait été blessée lors de l'attaque de Plymouth.
Enfin, derrière Hermione, se trouvait une centaine de personnes de tous horizons : des victimes de la guerre, des journalistes, des membres du Ministère ou tout simplement des sorciers lambdas. Pour couronner le tout, la salle était remplie d'Aurors chargés de la protection et la jeune sorcière réalisa que la plupart étaient concentrés, non pas près des Mangemorts, mais bien des Vampires. Cela l'agaçait fortement.
« Calmez-vous, rassura Kontschak.
— Pardon ?
— Restez calme, Hermione Weasley. Votre nervosité pourrait nous jouer un grand préjudice que je jugerai fort regrettable, avoua le Roi des Vampires d'une voix grave et calme. Nous sommes ici en amis, mais il est normal que votre Communauté prenne ses dispositions, surtout après ce qu'il vient de se passer.
— Mais c'est…
— Votre présence ici nous a été forcée », continua la créature magique comme si de rien n'était. « Nous aurions très bien pu nous passer de votre aide, mais pour une raison qui m'échappe, nous devons composer avec vous. Je vous demanderais de minimiser votre intervention.
— Mais…
— Faites ce que je vous dis, somma-t-il.
— Je suis là pour m'assurer qu'ils respectent vos droits ! protesta Hermione
— Votre conception de droit n'est pas la même que la nôtre, révéla le Vampire. À moins que vous n'ayez étudié notre histoire, notre culture, notre politique, vous nous serez plus un obstacle qu'autre chose.
— J'ai étudié votre Clan en détail ! Tout ce que nous avons appris sur vous ! »
Kontschak fixa la jeune sorcière, droit dans les yeux, comme s'il la jugeait. On aurait dit qu'il était à la fois surpris, admiratif mais aussi dépité et profondément déçu.
« Vous parlez de notre Clan plutôt que notre « peuple ». C'est un fait rare chez les sorciers…
— Je considère que nous n'avons pas plus de pouvoirs que les autres, partagea-t-elle.
— Cependant, votre travail, aussi admirable et rigoureux soit-il, est profondément inutile, déplora le Roi. J'ai le regret de vous dire que vos connaissances sur notre Clan ne correspondent qu'à une infime partie de la réalité. Et tout ce que je souhaite, c'est éviter que vous ne commettiez une erreur dûe à votre connaissance superficielle de mon Clan.
— Ce que je souhaite, c'est de faire en sorte que vous puissiez être jugés sans tenir compte de votre différence par rapport à nous », répliqua Hermione sans ciller.
Robards se leva et les discussions s'arrêtèrent petit à petit pour laisser place à un silence de cathédrale. Le Président-sorcier resta ainsi quelques secondes avant de lire le parchemin qu'il avait posé devant lui.
« Bonjour à tous. Je m'apprête à ouvrir la session 16-08-04-1257, qui va établir la culpabilité ou non du Clan des Vampires dans trois chefs d'inculpation, annonça-t-il.
« Le premier chef d'inculpation est la responsabilité du Clan des Vampires dans la guerre qui a sévi dans notre pays entre le 24 juin et le 2 Août de cette année.
« Le deuxième chef d'inculpation est l'accusation du Clan des Vampires de la mort de mille sept cents trente-neuf personnes et de dégâts matériels s'élevant à deux cent cinquante mille Gallions. Le Clan des Vampires est aussi accusé d'être responsable des blessures graves de neuf cents huit personnes, et légères de deux mille six cents trois personnes.
« Le troisième et dernier chef d'inculpation sont les attaques contre l'Hôpital Ste Mangouste pour les Maladies et blessures magique, ainsi que contre le Ministère de la Magie, dans le but d'un renversement du Ministre de la Magie, Kingsley Shacklebolt.
« La partie civile est composée par les Directeurs des Départements du Ministère de la Magie et par le Ministre de la Magie.
« Cette session aura également pour but de comprendre et déterminer le rôle joué par l'association de mages noirs, connus sous le nom de Mangemorts, accusée du chef d'inculpation de vol de relique par le Clan des Vampires, considéré comme casu beli. »
Robards reposa son parchemin et regarda l'assistance avec intérêt.
« Le but de cette session du Magenmagot sera de déterminer la responsabilité de chacune des parties, leurs rôles durant cette guerre et d'en déduire les conséquences et les peines à appliquer. Le Magenmagot donne la parole au représentant du Clan des Vampires, le Roi Walter Kontschak. Qu'avez-vous à dire pour votre défense ? »
Kontschak se leva et regarda avec insistance l'assemblée avant de poser ses yeux ambre sur le Président-sorcier, qui ne silla pas. Hermione, toujours assise, sentait ses mains trembler légèrement et essaya de les poser le plus à plat possible sur la table. Lorsque le Roi des Vampires s'exprima, ce fut avec une voix calme et posée.
« Je remercie tout d'abord le Magenmagot et le Ministère de la Magie de nous laisser nous exprimer, malgré les récents évènements. Nous plaidons coupable pour tous nos chefs d'inculpations.
— Non ! intervint Hermione à mi-voix.
— Le Magenmagot n'a pas donné la parole au témoin de la défense du Clan des Vampires, réprimanda Robards. Pouvez-vous répéter ce que vous venez de dire ?
— Nous plaidons coupable, confessa le Roi. Il serait stupide et contre-productif de ne pas admettre que nous sommes responsables de ce massacre.
— N'essayez-vous pas de vous vanter, par hasard ? s'enquit McGuinness, le Directeur du Département des Catastrophes et Accidents magiques.
— Cela peut paraître à vos yeux pour de la vantardise, concéda Kontschak, mais pour nous, ce n'est que l'expression de la pure vérité.
« Oui, nous avons réussi à tuer plus de mille humains – en fait, vous devriez noter que seule une petite centaine est réellement morte, les autres étant devenus des membres de notre Clan –, blessé plus du double et attaqué deux de vos plus illustres institutions. Mais si nous sommes en effet responsables de ces actes, nous ne sommes pas responsables de la décision.
— Que voulez-vous dire ? interrogea Amos Diggory.
— L'organisation que vous appelez les Mangemorts nous a dérobé une de nos plus importantes reliques, que vous connaissez sous le nom de sceptre de Mulcahy.
— Objection ! s'exclama Friedklin. Je n'autoriserai pas la partie adverse à rejeter ses fautes sur mes clients !
— Objection ! surenchérit alors Hermione en se levant brusquement. L'accusation du Roi des Vampires est parfaitement en accord avec le sujet de ce procès !
— Le Magenmagot donne la parole au témoin de la défense du Clan des Vampires », déclara Robards après s'être concerté du regard avec ses plus proches voisins. « Que voulez-vous dire par « l'accusation du Roi des Vampires est parfaitement en accord avec le sujet du procès » ? »
Hermione contourna la table pour venir se placer au centre de la salle. Elle lança un regard à Kontschak, mais celui-ci ne fit aucun signe en réponse. Il se contenta de rester debout.
« Le Sceptre de Mulcahy est une relique appartenant au Clan des Vampires depuis des siècles, expliqua la jeune sorcière. Elle permet de freiner leur soif de sang, de la retenir. Plus on l'éloigne de leur Roi, plus les Vampires deviennent violents et sujets à des attaques contre des humains.
« Le vol du sceptre est l'élément déclencheur de la guerre qui a sévi. N'oubliez pas que c'est parce que nous n'avons pu le leur rendre avant la fin de l'ultimatum que les Vampires nous ont attaqué. Tous ce qu'ils voulaient au départ, c'était récupérer le sceptre. De plus, je rappelle au Magenmagot que le vol du sceptre est un des chefs d'inculpation de cette session.
— Si je comprends bien, Mrs Weasley, vous accusez les Mangemorts d'être les responsables indirects de cette guerre ? s'enquit Hamish Macfarlan, des Jeux et Sports Magiques.
— Les responsables directs ! corrigea Hermione.
— Ce ne sont pas les Mangemorts qui ont attaqué Ste Mangouste ! protesta Friedklin.
— Si les Mangemorts n'avaient pas volé le sceptre, rien de tout cela ne serait arrivé, assura Hermione. Les Vampires n'y sont pour rien. Pas directement.
— Ce sont pourtant les Vampires eux-mêmes qui ont attaqué le Ministère de la Magie », rappela alors Brictius Gwenvael en se levant. « Ce sont eux qui ont attaqué les villes de Plymouth et Southampton, où ont été faits la plupart des victimes et des dégâts.
« Ce sont ces mêmes Vampires qui ont kidnappé Harry Potter lors de l'attaque de Ste Mangouste, ainsi que l'équipe d'Aurors chargée de le récupérer. Je n'ai pas besoin de vous rappeler qui était le chef de cette équipe.
— Ce sont les Mangemorts, les vrais coupables ! » insista Hermione en pointant son doigt en direction du groupe de Mages Noirs. « Ce sont eux qui doivent être punis.
— Ça te va bien de dire ça, la Sang-de-Bourbe », déclara alors une voix.
Le silence se fit soudain dans la salle, tout le monde se tournant vers Bletchley, qui s'était levé. Il regardait Hermione avec tout le dégoût et la haine dont il était capable. Personne ne réagit à l'insulte, trop choqué par ce que le Mangemort venait de dire.
« Mon client n'a pas voulu dire… intercéda Friedklin.
— Bien sûr que si, coupa Bletchley. Cette affreuse aberration de la nature s'en prend à nous sans la moindre preuve. Nous n'avons aucune responsabilité dans cette guerre.
— Vous avez volé le sceptre ! rétorqua Hermione. Nous vous l'avons récupéré à Chicago, vous ne pouvez le nier !
— Oui, et alors ? nia le Mangemort. Comme l'a souligné notre bien aimé Directeur du Département de la Justice Magique, ce n'est pas nous qui avons attaqué le Ministère ou Ste Mangouste.
« Nous sommes prêts à plaider coupables pour le vol du sceptre », ajouta-t-il en direction de Robards, « si le Magenmagot nous assure qu'il n'y aura pas de poursuites concernant la guerre… Et que cette traînée cesse de porter des accusations sans fondements. »
Hermione en eut le souffle coupé. Elle n'en revenait pas que Bletchley puisse la traiter ainsi, en public, alors qu'il était le coupable, et que personne n'intervienne. Elle se retourna vers Robards et afficha son air le plus indigné possible.
« Je demande au Magenmagot de tenir compte du vocabulaire employé à mon encontre…
— Quel vocabulaire ? nargua Bletchley derrière elle. Je ne vois pas où est le problème. Nous sommes ici pour dire la vérité, je dis la vérité. »
C'en était trop. Le public dans la salle commença à manifester sa désapprobation vis-à-vis du comportement du Mangemort. Le ton montait, les insultes taillaient et les Aurors durent lever une barrière de protection pour stopper les sortilèges qui fusaient. Robards leva sa baguette et une détonation, puis une suivante, réussit à ramener le silence.
« Silence, ou je fais évacuer la salle ! prévint-il. Devant le comportement volontairement provocateur, le Magenmagot refuse le droit à Mr Bletchley, et au reste des Mangemorts, d'assister à leur propre jugement et d'assurer eux-mêmes leur défense. Le témoin de la défense, Jonathan Friedklin, est autorisé à rester ici pour entendre le verdict. Nous demandons aux Aurors de faire évacuer les Mangemorts immédiatement. »
Le groupe d'Aurors s'avança et fit sortir les Mangemorts, qui proférèrent tout un tas d'insultes et de menaces à l'encontre de Robards et d'Hermione. Celle-ci regarda sans rien dire, mais elle avait serré ses poings si forts qu'elle sentait du sang couler le long de ses doigts à présent. Elle se retourna vers le Président-sorcier, qui l'encouragea à reprendre.
« Comme je le disais, les Vampires ne sont pas responsables directement de cette guerre et ne doivent donc pas être jugés en conséquence.
— Je ne vois pas pourquoi nous devrions leur offrir ce droit, intervint Gwenvael. Les Mangemorts ont été accusés de la purge de Nés-Moldus il y a six ans, bien que seul Vous-Savez-Qui en fût le responsable. Pourquoi les Vampires pourraient avoir cette faveur ?
— Parce que cela est dans leur nature, soutint Hermione. Les Vampires sont des créatures magiques, pas des sorciers. Par conséquent, ils ne répondent pas aux mêmes besoins, ni aux mêmes notions.
« Nous attaquer a été leur façon à eux de répondre au vol du sceptre. On peut assimiler ce sceptre à une clé et les Mangemorts ont ouvert le coffre en retirant cette clé. Comme vous le savez tous, les Vampires ont besoin de sang pour se nourrir, et comme l'inhibition avait été levée, ils se sont jetés sur nous.
— Vous avouez donc qu'ils sont responsables, nota Gwenvael.
— Comme l'a dit le Roi des Vampires, ils sont responsables des actes, pas de la décision, serina la jeune sorcière. C'est dans leur nature d'attaquer les autres espèces vivantes. Normalement, nous sommes protégés par le sceptre de Mulcahy, mais les Mangemorts l'ont volé. Par conséquent, les Vampires avaient deux raisons de nous attaquer : la première, pour récupérer leur relique la seconde, parce que nous devenions des proies pour eux.
— Et que faites-vous des attaques du Ministère et de Ste Mangouste ? s'intrigua Mr Diggory. Cela ne répondait à aucun besoin.
— Je ne suis pas Auror de formation, confessa Hermione, mais il me semble évident que lors d'une guerre, si on veut gagner, le plus simple est d'attaquer la tête. C'est d'ailleurs ce qu'il s'est passé il y a six ans.
— Et Ste Mangouste ? intervint alors pour la première fois Percy. C'est un hôpital qui ne répond à aucune justification militaire. Et comme vous aimez citer l'année des Ténèbres, je vous rappellerais que Vous-Savez-Qui lui-même n'a pas osé attaquer cet hôpital.
— Nous nous excusons de l'attaque de votre hôpital », intervint Kontschak avant qu'Hermione ne puisse répondre. « Il est vrai que cela était un coup bas, que nous n'aurions pas dû.
« Notre objectif était seulement de récupérer Harry Potter, car nous pensions que cela aurait été pour vous un dopage suffisant pour retrouver le sceptre et nous le rendre. Nous avions débuté avec l'Attrapeur de votre équipe nationale de Quidditch, sans succès. Nous avons donc jugé bon de placer la barre plus haut pour vous faire réagir. Ce qui s'est d'ailleurs passé.
« Si nous nous sommes montrés sauvages, cela est principalement dû au fait que nous n'avions plus d'inhibition depuis plusieurs semaines et comme l'a expliqué Hermione Weasley, cela nous rend d'autant plus violents à votre égard. Comme je l'ai dit au début de cette séance, nous sommes prêts à répondre de nos actes selon les lois sorcières, tant que celles-ci n'interfèreront pas dans notre culture. »
Un silence suivit la déclaration du Roi des Vampires. Hermione se retourna et vit que le Magenmagot s'était réuni autour de Robards pour discuter vivement à voix basse. Pendant ce temps, les rumeurs parcouraient les bancs de la salle. La jeune sorcière vit que les Directeurs s'étaient, eux aussi, réunis autour de Kingsley, qui lui fit un rapide clin d'œil. Elle alla alors rejoindre sa place, à côté des Vampires qui ne lui accordèrent pas un seul regard.
Après plus de dix minutes, le Président-sorcier se leva et le silence se fit.
« Après délibération, le Magenmagot est prêt à donner son jugement. »
Hermione sentit la panique monter en elle. C'était bien trop tôt pour émettre un jugement définitif, surtout pour une affaire aussi importante que celle-ci.
« Le Clan des Vampires, en accord avec ses propres déclarations, est jugé coupable pour ses trois chefs d'accusation. Néanmoins, au vu des témoignages faits au cours de cette séance, il est apparu que les Vampires n'étaient pas directement responsables de leurs actes. Aucune sanction ne sera donc prononcée.
« Cependant, et avec accord du Ministre de la Magie et du Roi des Vampires, le Magenmagot préconise la signature d'un Pacte de Non-agression entre le Clan des Vampires et la Communauté sorcière de Grande-Bretagne. Les deux partis sont-ils d'accord avec les termes de ce pacte ?
— Le Ministère de la Magie ne s'oppose pas à la décision du Magenmagot, approuva Kingsley de sa voix grave.
— Nous acceptons la signature de ce pacte, opina Kontschak, à la condition qu'il soit écrit conjointement et qu'il puisse s'appliquer dans les deux sens.
— Le Magenmagot prend note de l'avis du Roi des Vampires.
« Parallèlement, il est apparu aux yeux du Magenmagot que les Mangemorts étaient les principaux responsables de cette guerre et de ses conséquences, même si cela n'était pas dans leur objectif. Ils sont donc jugés coupables d'avoir déclaré une guerre inter-espèces en plus du vol d'une relique importante appartenant à une autre espèce, ainsi que de toutes les conséquences qui en ont découlé.
« Le Magenmagot condamne donc les Mangemorts à une peine cumulée de soixante-dix ans de prison à Azkaban, chacun. »
Harry regarda les membres du Magenmagot se lever, ainsi que les Directeurs des Départements du Ministère. Le témoin de la défense des Mangemorts s'éclipsait déjà, une liasse de parchemins sous les bras. Le jeune Auror vit son amie se tourner vers les Vampires, mais ceux-ci se préparaient déjà à partir. Il lut sur son visage une étrange expression qu'il prit pour de la déception. Il la comprenait : ça faisait des années qu'elle aidait les créatures magiques et maintenant qu'elle avait l'opportunité de mettre en avant ses idées, ceux qu'elle défendait ne lui accordaient qu'une attention polie. Il y avait de quoi déchanter.
Il observa Kontschak et lorsque le Roi des Vampires croisa son regard, il sentit une brusque décharge lui parcourir le corps de bas en haut. Harry crut percevoir un sourire sur le visage de son ancien bourreau. Une escorte de Briscards arriva et conduisit les créatures magiques à l'extérieur de la salle. Le Magenmagot avait disparu, ainsi que Kingsley. Harry vit plusieurs Directeurs répondre aux questions des journalistes, lorsqu'il sentit une main se poser sur son épaule. C'était Dean.
« Moore demande à tout le monde de monter. Ospicus organise une réunion générale.
— Pourquoi ? s'inquiéta Harry sans quitter du regard Hermione qui rangeait ses affaires, la mine sombre.
— Apparemment, il y aurait une redistribution des affectations. »
Harry se tourna vers son ami et scruta son visage. Il était sérieux. Le jeune Auror se leva et sortit de la salle, avant que les journalistes ne remarquent sa présence. Accompagné de ses collègues présents dans la salle, il suivit Dean à travers les couloirs jusqu'au Bureau.
Un espace avait été aménagé au centre, plusieurs Aurors étaient déjà installés, dont Moore. Harry se posa contre le bord d'une table, à côté de Ron. Celui-ci ne dit rien, se contentant de fixer ses chaussures.
Quelques instants plus tard, Ospicus entra, suivi de près par Gwenvael qui avait encore sa robe de cérémonie. Sa présence éveilla l'attention de la salle et n'annonçait rien de bon à Harry.
« Bonjour à tous, commença le Directeur du Bureau des Aurors. Comme vous le savez sans doute déjà, le Magenmagot vient d'envoyer les derniers Mangemorts à Azkaban. Ce n'est qu'une question administrative, mais ils seront sans doute enfermés dans le quartier de haute protection…
— Ce que vous devez comprendre, coupa Gwenvael, c'est que nous parlons de quinze nouveaux pensionnaires hautement dangereux. Vous n'êtes pas sans savoir que depuis la prise de fonction de Mr Shacklebolt, nous avons renvoyé les Détraqueurs hors d'Azkaban. Par conséquent, les Aurors sont responsables d'assurer la sécurité de cette prison tant que la Brigade Pénitentiaire n'aura pas été mise au point.
— Sans vous manquer de respect, Mr le Directeur, nous savons déjà tout ça, confia Goodlight. Nous savons que les fonds n'ont toujours pas été levés et que le Magenmagot n'a pas encore validé le projet. Où voulez-vous en venir ?
— Nous allons devoir procéder à un remaniement de notre Bureau, révéla Ospicus après une courte hésitation. Azkaban vient d'accueillir de nouveaux habitants et nos effectifs sur place en deviennent insuffisants.
« De plus, maintenant que tous les Mangemorts connus ont été capturés, la mission principale du Bureau des Aurors vient de prendre fin. Même si les Mages Noirs courront toujours dans notre pays, ceux-ci se feront moins nombreux, mais surtout moins dangereux. Par conséquent, notre activité sur le terrain se verra fortement diminuée. »
Ospicus lança un regard à Gwenvael qui ne fit absolument rien. Un moment de gêne s'installa et il sembla que le Directeur du Bureau des Aurors cherchait ses mots.
« Ce que vous voulez dire, intercéda alors Moore, c'est que vous allez devoir transférer une partie des hommes ici à Azkaban ?
— C'est cela, avoua Ospicus sans regarder Moore. S'il y a des volontaires, vous pouvez poser vos candidatures sur mon bureau. Le départ du convoi pour Azkaban s'effectuera dans soixante-douze heures. Les six premiers à poser leurs candidatures seront ceux qui partiront. Si je n'ai pas six candidatures d'ici le départ, je me verrai dans l'obligation de choisir les élus. Il est possible que d'autres suivent par la suite, selon les besoins de Quinn.
— Attendez, intervint Moore. S'il y a quinze nouveaux prisonniers de long séjour, il vous faut sept Aurors, pas six.
— C'est parce que le septième à partir a déjà été choisi, dévoila Gwenvael.
— Sur quel motif ? s'enquit Moore qui devint suspicieux, tout comme Harry.
— Décret du Ministre de la Magie, certifia le Directeur de la Justice Magique. C'est à lui d'ailleurs que nous devons ce remaniement.
— Qui est le septième ? insista Goodlight.
— Harry Potter, révéla Gwenvael. C'est Potter qui est le septième. »
Cela ne fit que confirmer les craintes de ce dernier et celles de Moore, apparemment. Tous les regards se tournèrent vers lui et il ne put s'empêcher de hausser les épaules.
Certains crieraient sans doute au pistonnage – après tout, Harry était un proche du Ministre –, tandis que d'autres l'ignoreraient, comme ils en avaient l'habitude. Mais Harry, lui, ne voyait qu'une chose : la chance le snobait pour de bon.
