Chapitre 27 – Des manières de troll

Près de sept semaines étaient passées depuis que les Weasley avaient emménagés, et depuis le rendez-vous de Charlie et Laureen, et de la terreur nocturne de cette dernière. Sept semaines pendant lesquelles tous les résidents de la maison des Black avaient été mis à contribution pour nettoyer le manoir qui avait été laissé à l'abandon depuis des années, malgré la présence de Kreattur.

Il était malheureusement devenu presque courant de retrouver Molly Weasley en pleurs quelque part dans la maison, après une rencontre surprise avec un épouvantard. Ron, Hermione et Ginny s'étaient munis d'outils de nettoyage moldus puisqu'ils n'avaient pas l'âge d'utiliser leurs baguettes. Fred et George prenaient un malin plaisir à les embêter, et surtout évitaient au maximum de les aider, clamant qu'ils avaient besoin de repos avant leur dernière et septième année. Laureen savait bien qu'enfermés dans leur chambre, ils préparaient encore leurs Boîtes à Flemme.

Sirius passait beaucoup de temps à s'occuper de Buck, l'hippogriffe avec lequel il s'était enfui de Poudlard un an plus tôt. Charlie l'avait accompagné quelques fois, son amour des créatures magiques plus fort que la légère peur que lui inspirait l'ancien détenu d'Azkaban. Laureen quant à elle, passait énormément de temps dans la bibliothèque avec Remus, son parrain discutant avec elle de tout ce dont elle avait envie de parler.

Les dîners étaient en général l'occasion de joyeuses assemblées, puisque Kingsley, Tonks et Maugrey étaient souvent présents. Chacun avait quelqu'un à qui parler, quelque chose à raconter. Une fois le dîner préparé par Mrs Weasley fini, Remus et Ron se lançaient dans des parties d'échecs sous l'œil attentif de Tonks, Sirius s'entretenait avec Fred et George de leurs produits, Hermione harcelait Bill de questions sur tous les sujets possibles – le jeune homme avait une culture et une expérience dans la vie peu communes – Ginny lisait des magazines de Quidditch près de ses parents, et Laureen et Charlie étaient lovés dans un canapé à l'écart.

C'était un soir d'été comme les autres, chacun vaquait à ses occupations comme d'habitude. Laureen était assise contre Charlie, la tête sur son épaule.

-Tu ne veux vraiment pas rentrer avec moi en Roumanie ? demanda doucement Charlie en lui caressant distraitement la main.

-Charlie, on en a parlé au moins dix fois, soupira-t-elle. Je ne peux pas abandonner mes études comme ça. Il ne me reste qu'un an de cours à Poudlard.

-Mais combien d'années d'études après ? fit Charlie en faisant la moue.

-Seulement un an, murmura Laureen d'une voix à peine audible.

-Un an ? releva néanmoins Charlie.

-En fait, c'est une année de stage, expliqua-t-elle sans faire attention au fait qu'elle parlait d'une voix plus forte et que tout le monde avait tourné leur attention vers eux.

-Stage de quoi ? insista Charlie.

-Relations publiques et marketing de l'équipe de Quidditch d'Écosse. Ils m'ont promis le poste, leur responsable de relations publiques part à la retraite dans deux ans, et Oliver Wood a glissé mon nom aux bonnes personnes.

Sirius s'apprêtait à aller féliciter sa fille, tout comme tous les gens présents dans la pièce, mais Charlie réagit plus vite qu'eux.

-Tu pars en Écosse ?! s'exclama-t-il en se tournant vers elle, se détachant de son étreinte dans le même mouvement.

-Je viens de te le dire, acquiesça Laureen. Près de Glasgow, dans les Highlands. Après, soit je prendrai le poste de façon permanente, soit j'irai travailler ailleurs si ça ne me plaît pas.

-Tu pars un an en Écosse ?! répéta Charlie, qui semblait de plus en plus furieux. Et tu comptais m'en parler quand ?!

-Je t'en parle maintenant ! répliqua Laureen en se levant abruptement.

-Oh, très bien, tu largues la bombe et c'est fini, c'est ça ?

-Mais c'est quoi ton problème ?! cria Laureen. On est ensemble depuis moins de deux mois, j'ai encore le droit de faire des plans concernant ma propre vie sans t'en parler, non ? Et arrête de faire l'hypocrite à hurler que je pars pour l'Écosse dans un an. Je ne me suis pas plainte une seule fois moi, alors que dans quelques jours à peine tu rentres en Roumanie et je n'ai aucune idée de quand tu pourras revenir me voir !

-Ça n'a rien à voir ! protesta Charlie.

-Ah oui ?! répliqua Laureen en plissant les yeux. Ça n'a rien à voir parce que tu es un homme, et que tu t'attends à ce que je te suive sans rien dire ! Tous les hommes veulent que leurs femmes les suivent, mais pas un ne le ferait pour elles !

-Pourquoi tu ne t'occuperais pas de l'équipe de Quidditch de Roumanie ? demanda Charlie.

-Parce qu'une promesse de travail m'attend en Écosse et que j'ai accepté ! rugit Laureen en sortant sa baguette. Et toi, pourquoi tu ne quittes pas la Roumanie pour trouver un travail en Angleterre, près de ta famille ? Ou même en Écosse, si tu tiens tant que ça à moi !

Un silence pesant suivit sa tirade, et personne n'osait bouger un orteil de peur de relancer le duel de cris entre le jeune couple. Charlie prit une grande inspiration.

-Je gagne largement assez pour subvenir aux besoins de deux personnes. Viens en Roumanie après Poudlard. Tu ne serais même pas obligée de travailler, tu pourrais faire ce que tu voudrais ! Et on serait tous les deux !

-Ce que je veux faire est en Écosse ! répondit Laureen du tac-au-tac, pointant sa baguette vers lui. Si tu t'attends à ce que je m'efface totalement au profit de ta carrière, que je sois une femme au foyer qui aura préparé ton dîner tous les soirs quand tu rentreras du travail, et qui s'occupera gentiment de la maison sans rien dire, tu te trompes ! Sans vouloir vous offenser, Molly, ajouta-t-elle à l'attention de la matriarche Weasley.

Molly secoua vaguement la main pour indiquer que ce n'était rien.

-Je ne peux tout de même pas abandonner comme ça mon poste à la réserve juste pour te suivre ! s'exclama Charlie dont la colère rendait la peau aussi écarlate que ses cheveux.

-Si tu n'es pas prêt à renoncer à quoi que ce soit pour moi, ne t'attends pas à ce que moi je le sois ! gronda Laureen.

Elle semblait sur le point de lancer un sortilège, et Charlie saisit discrètement sa baguette. Finalement elle rangea sa baguette dans sa poche et tourna les talons. Elle se stoppa à la sortie de la pièce, revint sur ses pas, et balança son poing de toutes ses forces dans le visage de Charlie avant de partir dans sa chambre comme une furie.

Dans la pièce, Charlie couvrait de ses mains son nez cassé d'où s'échappait un large filet de sang. Bill se leva le premier, et lui lança le sortilège d'Episkey pour lui remettre le nez droit, avant d'ajouter un Recurvit pour nettoyer le sang.

-Ça va ? s'inquiéta l'aîné en voyant le sourire de Charlie.

-Par le slip de Merlin, elle est plus entêtée que moi et plus énervante qu'une armée de Serpentards, mais qu'est-ce que j'aime cette femme !

Remus sourit avec amusement quand il vit Sirius lever les yeux au ciel.

-D'accord, tu l'aimes, soupira Bill avec un sourire. Maintenant, j'aimerais savoir comment tu comptes lui faire comprendre ça, alors que tu viens de jouer les gros machos et que vous êtes à présent plus ou moins en période de break ?

-On n'est pas en break, répliqua Charlie en haussant les épaules. Elle est seulement partie bouder, demain ce sera oublié, tu verras.

Tout le monde se retint de rire devant l'absurdité des propos du dresseur de dragons, puis Sirius se leva, ramenant instantanément le silence.

-Puisque ma fille t'a déjà mis un coup, je crois que je peux m'abstenir pour ce soir, prévint-il. Mais la prochaine fois, c'est moi qui m'en chargerai. Compris ?

-Oui monsieur, répondit Charlie en baissant la tête.

Sirius sortit de la pièce, suivi de Remus, qui lança un long regard scrutateur au jeune homme avant de fermer la porte, laissant les Weasley, Hermione et Tonks entre eux. Un petit silence suivit leur départ.

-Je suis très déçue par ton comportement, Charles William Weasley, lâcha alors Molly à la surprise générale.

-Mais qu'est-ce que j'ai fait ? grommela Charlie. Ça arrive à tous les couples de se disputer, non ?

-Je suppose, intervint George. Mais là…

-… c'est plus qu'une simple dispute, ajouta Fred. Enfin tu t'es conduit comme un…

-… parfait imbécile, compléta son frère. A peu près aussi délicat que Ron.

-Hey ! cria Ron, indigné.

Hermione lui mit une tape sur le bras pour le faire taire. Charlie grommela et partit dans sa chambre à son tour, fatigué.

Le lendemain matin, Laureen se réveilla de très mauvaise humeur, cheveux en bataille. Elle enfila des bottes et l'ancien jersey de Quidditch de son père, et descendit prendre son petit-déjeuner sans se préoccuper du fait que son bas de pyjama n'était qu'un tout petit short en coton. Tout le monde était déjà autour de la table, et son arrivée déposa une chape de tension silencieuse sur l'assemblée. Sirius faillit bondir hors de sa chaise pour sermonner sa fille sur sa tenue mais Remus le retint par le bras avec un fin sourire. Fred et George firent chacun une accolade à leur meilleure amie, qui se balada un moment autour de la table pour prendre ce qu'elle voulait manger sur le comptoir de la cuisine.

Elle allait s'asseoir sur une chaise quand deux mains puissantes se posèrent sur sa taille et la firent asseoir sur les genoux de quelqu'un d'autre. Elle se retourna pour voir qui avait osé la déranger alors qu'elle était encore d'une humeur d'ours qui sortait de son hibernation. Le visage de Charlie lui fit hausser un sourcil.

-Bonjour petit ange, murmura-t-il avec un sourire à faire fondre un cœur de glace.

Laureen se détourna et lui envoya violemment son coude dans la figure en se levant, avant d'aller s'asseoir entre Remus et son père.

-Papa, est-ce que je peux aller faire mes courses de rentrée avec Oncle Remus aujourd'hui s'il-te-plaît ?

-Bien sûr, ma chérie. Tu veux l'accès à mon coffre à Gringotts ?

-Non, j'ai encore largement assez dans le coffre que… que ma mère m'a laissé. Mais merci. Remus, tu es bien libre aujourd'hui ?

-Oui, bien sûr, sourit ce dernier. Je serai ravi de t'accompagner.

-Laureen, ma grande, est-ce que ça te dérange si les jumeaux viennent avec vous ? Comme ça j'accompagnerai Ginny, Hermione et Ron plus tard dans la semaine, intervint Molly.

-Bien sûr. On part dans une demi-heure, décida la jeune fille en finissant son café avant de retourner à l'étage.

Charlie, encore sous le choc du coup de coude qu'il avait pris, se leva d'un bond et partit à sa suite presque en courant. Sirius voulut aller à sa suite mais encore une fois Remus le retint.

-Elle peut se défendre toute seule, sourit-il avant de prendre une gorgée de thé. Et puis tu ne peux pas toujours interférer dans ses histoires et ses problèmes. Par les temps qui courent, c'est aussi très bien de savoir se débrouiller seul, tu le sais aussi bien que moi.

Sirius se rembrunit à la mention de la guerre imminente. Puis on entendit du bruit de verre qui se casse, d'objets qui volent et rebondissent contre les murs, le tout égayé de cris et autres hurlements. Aussitôt les jumeaux sautèrent sur leurs pieds et se précipitèrent à l'étage pour écouter, sortant de leurs poches leur paire d'oreilles à rallonge expérimentale alors qu'ils se collaient à la porte de la chambre qui était magiquement fermée.

-Qu'est-ce qu'il se passe ? demanda Remus qui était finalement monté.

-Shh, on écoute, grogna George.

Un bruit de vase qui se brise. « Sombre crétin ! ». Un bruit mat, un objet en bois lancé. « Laureen, calme-toi ! ». Un autre bruit de verre brisé. « Espèce de troll ! ». Encore un objet lancé. « Mais calme-toi ! Non, pose ce flacon ! ». « Tais-toi ! ». Le flacon se brisa. « Ah non, y'en a marre ! Petrifi… ». « Protego ! Tu oses me lancer des sorts maintenant ?! Attends un peu, tu vas voir. STUPEFIX ! ». Un grognement et le bruit sourd d'un corps qui tombe succéda au cri de Laureen.

-Par tous les poils de Merlin, elle a stupéfixé Charlie, murmura Fred.

-Elle a quoi ? répéta Bill, estomaqué.

Il frappa à la porte.

-Laureen, Charlie, c'est moi, Bill. Laissez-moi entrer, par Merlin !

Un déclic retentit et ils purent entrer, découvrant l'état dévasté de la pièce. Partout, des morceaux de verre et de porcelaine brisés jonchaient le sol, au milieu d'autre objets cassés ou abîmés. Laureen se tenait près de la fenêtre, baguette encore levée et prêt à l'action, l'air plus sauvage que jamais avec ses cheveux en bataille et son air énervé, et Charlie était écroulé contre le mur opposé, peinant à se relever en grommelant. Fred et George se postèrent au centre de la pièce pour éviter une nouvelle confrontation tandis que Remus allait auprès de sa filleule et que Bill aidait son frère à se relever.

-Qu'est-ce qu'il a fait pour te mettre dans un état pareil ? demanda doucement Remus.

-Il a dit que j'étais déraisonnable de réagir ainsi et impulsive de partir en Écosse sans y être vraiment préparée, et que je ferais mieux de le rejoindre en Roumanie à la réserve dès que je sortais de Poudlard.

-Oh. C'est vrai que tu n'es pas impulsive, rit Remus en pointant le bazar du doigt.

-Non mais il l'avait cherché ! Ce troll purulent a voulu me pétrifier !

-J'ai juste voulu que tu te calmes ! protesta Charlie. Tu ne me laisses même pas en placer une !

-Et pour calmer une fille, tu la pétrifies ? rugit Laureen en le fusillant du regard. C'est comme ça que tu les séduis d'habitude ? Avec des manières dignes d'un sorcier des cavernes ?

-Et toi alors ? s'offusqua Charlie. C'est comme ça que les jeunes filles règlent leurs comptes aujourd'hui ? A coup de vases et de sortilèges d'attaques ?

-Il a osé, soupira Fred.

-Écartons-nous, ajouta précipitamment George en plongeant sur le lit avec son jumeau.

-EXPELLIARMUS ! s'écria Laureen.

Elle désarma Charlie comme un débutant.

-STUPÉFIX ! continua-t-elle.

Il heurta le mur de plein fouet mais réussit à se relever.

-LEVICORPUS !

Il se retrouva plaqué au plafond.

-Maintenant, Charles William Weasley, tu vas m'écouter bien attentivement ! gronda-t-elle. Tu vas cesser de te comporter comme un troll, et tu vas arrêter de décider tout seul pour nous deux. Je vais retourner à Poudlard, et tu vas rentrer en Roumanie. Et après mes ASPIC, nous aviserons. Maintenant, sors de cette chambre avant que je ne change d'avis !

Elle cessa son sortilège et le laissa tomber. Aidé de son frère, il clopina pour sortir, lui jetant un regard incrédule. Les jumeaux se redressèrent finalement et sourirent à leur meilleure amie.

-On va faire nos courses de rentrée ? demanda George d'un air joyeux.

Le lendemain, juste avant le dîner, alors que l'Ordre du Phénix tenait une réunion dans la cuisine – réunion dont avaient été bannis les jumeaux et Laureen quand ils avaient essayé de s'y faufiler – Harry Potter arriva dans la maison du Square Grimmauld, créant de l'émoi parmi ses habitants. Laureen et les jumeaux étaient dans la chambre de ces derniers quand ils entendirent des cris à l'étage du dessous, où Ron avait établi ses quartiers. Reconnaissant la voix d'Harry, ils n'hésitèrent pas une seconde à transplaner dans la pièce du dessous, amenant avec eux une paire d'oreilles à rallonge.