23 décembre

Mots utilisés : Amourette de fête - Pull en laine - Écharpe

Fandom : Robin des Bois, prince des voleurs

Robin et Gilles

Famille


C'était toujours satisfaisant de se retrouver au coeur d'une grande salle de réception chauffée par d'immenses cheminées, abrité du vent et de la neige, quand le temps était si mauvais au-dehors. Certes, les assemblées de comtes, de ducs et de barons n'étaient pas de la meilleure des compagnies, mais il préférait largement être là que traîner dehors au bord des routes, les bottes enfoncées dans la boue et la neige, transi de froid et trempé jusqu'aux os. Et puis il fallait bien avouer que l'odeur des parfums élaborés de tous ces grands personnages était bien plus agréable que celle du purin et du bois pourri.

Après une année à devoir fréquenter la petite noblesse anglaise pour faire honneur à son nouveau rang et à la mémoire de son père, il se sentait moins nerveux et plus sûr de lui dans cette atmosphère mondaine. Il avait même quitté la présence rassurante de Robin au bout d'à peine une heure de convivialité, à écouter une conversation qui ne l'intéressait pas entre lui et un duc, et il s'était aventuré dans les grandes salles de réception.

À sa première fête royale, l'année précédente, il avait presque peur de regarder dans les yeux tous les nobles hautains et curieux qui l'observaient. Il était resté collé à son frère et Robin avait même dû prendre quelques minutes pour le calmer au milieu de la soirée. Maintenant, Gilles n'avait plus honte de dévisager tous ces aristocrates arrogants. C'était même plutôt amusant de les tester, de les jauger en attendant de voir leurs réactions et de les acculer à tel point que, parfois, ils n'avaient plus rien à répliquer. Bien sûr, parfois, son insolence, toute polie et maîtrisée qu'elle fut, lui apportait des problèmes et Robin était obligé de s'excuser. Après, il refusait de lui parler pendant plusieurs jours, et c'était au tour de Gilles de devoir s'excuser. Et puis, il ne voulait pas que son frère se retrouve dans les ennuis par sa faute, alors il lui avait promis de se calmer.

Il n'avait donc plus le droit de trop titiller les autres nobles. Par contre... lui était-il permis de courtiser une jeune aristocrate ?

En effet, en pénétrant dans un salon moins bondé que les autres pour déguster quelques gâteaux, son regard était tombé dans celui d'une jeune fille qui l'observait, assise près de la cheminée. Elle était très belle, avec de longs cheveux châtains remontés derrière sa tête, et dont deux mèches ondulées s'échappaient pour encadrer délicatement son visage. Elle avait aussi de beaux yeux bleus brillants d'intelligence, qui le fixaient avec intérêt. Gilles s'en retrouva figé sur place. Et il rougit au moment où la jeune aristocrate lui adressa un joli sourire. Cependant, il n'eut pas le temps de réfléchir à ce qu'il allait faire, parce que deux mains se posèrent sur ses épaules. Il sursauta tellement fort que son frère -car c'était lui- se mit à rire.

"Eh bien quoi, tu avais oublié que j'étais là aussi ? s'amusa Robin en lui frictionnant les épaules.

-Robin, ce n'était pas le moment ! protesta Gilles entre ses dents, jetant un coup d'oeil à son aîné, puis à la jeune fille qui les regardait toujours. Tu sais que tu n'es pas toujours obligé de me coller ?

-D'accord, très bien, je m'en vais, répondit le jeune comte, un peu vexé par sa réaction. Amuse-toi bien, petit frère."

Robin lâcha ses épaules et Gilles s'en voulut d'avoir été aussi virulent, mais il n'eut pas le temps de retenir son frère que celui-ci quittait la grande pièce. Le jeune homme en ressentit un pincement au coeur, mais il tourna de nouveau son attention vers la jeune noble. Elle le regardait toujours, avec un mélange de curiosité et d'amusement. Et puis, alors que Gilles, le coeur battant, se décidait à aller la voir, une autre jeune aristocrate vient la prendre par le bras pour l'emmener dans une autre salle de banquet. Elle jeta un coup d'oeil à Gilles, puis se délesta gracieusement de l'épaisse écharpe blanche qui complétait sa tenue et la posa discrètement sur son siège. Puis, elle suivit son amie à l'extérieur.

Le coeur battant, Gilles rejoignit en quelques pas le châle abandonné et le ramassa. Il était épais et tout doux, blanc comme la neige. Il sentait encore le parfum de la jeune fille... L'ancien voleur la serra contre sa poitrine et se dirigea sans attendre vers la porte vitrée que les deux filles avaient empruntée. Il les repéra aussitôt lorsqu'il ouvrit la grande fenêtre, qui bavardaient gaiement en s'enroulant le plus possible dans leur cape de fourrure. Gilles prit une grande inspiration et s'approcha des jeunes filles.

"Salut, lança-t-il avec son sourire le plus charmant, qui ressemblait énormément à celui de son frère. Je pense que ceci vous appartient.

-Oh, mon écharpe, sourit la jeune noble en la prenant dans ses mains. Merci beaucoup. Mais il ne me semble pas vous connaître. Et il est très impoli de s'adresser à une jeune fille sans s'être présenté.

-Je m'appelle Gilles. Gilles de Locksley."

Les autres nobles alentour, et surtout les deux chaperonnes de la jeune aristocrate, leur jetèrent un coup d'oeil mais, comme il se confortait aux règles de bienséance qu'on lui avait inculquées, aucun d'entre eux n'eut de raison d'intervenir. L'amie de la jeune fille s'éclipsa discrètement et ils se mirent à discuter pendant quelques heures. Gilles apprit qu'elle s'appelait Leonora et qu'elle était la fille d'un cousin éloigné du roi Richard. Leur entretien dura un moment, puis il la reconduisit à l'intérieur et lui approcha un siège de la cheminée. Il fut galant, lui tint compagnie et lui apporta des sucreries. Ils bavardèrent pendant la majorité de la soirée, puis vint l'heure pour la jeune fille de rejoindre sa famille pour rentrer chez elle.

Ce fut à ce moment-là que les choses commencèrent à devenir beaucoup moins magiques pour Gilles. D'abord, la jeune aristocrate se leva pour rejoindre son chaperon en souriant au jeune homme, elle lui souhaita une bonne nuit mais ne lui donna rien du tout qui pourrait sous-entendre qu'il avait le droit de la revoir. Il en fut tellement étonné qu'il ne réagit pas tout de suite et qu'elle avait déjà quitté la pièce quand il se leva d'un bond.

"Attends ! lança-t-il dans le vide, et il se précipita pour la rattraper."

Les salles commençaient déjà à se vider de leurs hôtes, qui rejoignaient la cour pour rentrer chez eux, ou qui avaient rejoint leurs appartements respectifs. C'était également ce que Robin, Marianne et lui auraient dû faire; d'ailleurs son frère s'approcha et le prit par l'épaule, faisant sursauter le jeune homme pour la seconde fois.

"Gilles ? Tu viens ? La réception est en train de se terminer.

-Non, attends... donne-moi une juste une seconde, il faut que je..."

Sans lui en expliquer davantage, l'ancien voleur se dégagea de la main de son frère et traversa la foule sur le départ pour rejoindre la cour. Là, au milieu des chevaux et des serviteurs qui se pressaient autour des voitures, il repéra la jeune aristocrate qui allait monter dans l'une d'elles.

"Attendez ! lui lança-t-il, ayant la présence d'esprit de remplacer la familiarité à laquelle ils étaient arrivée par quelque chose de plus distingué.

-Oui ? répondit la jeune fille en se retournant, son petit soulier délicat posé sur le marchepied.

-Je... je me demandais... est-ce qu'il serait... possible... de nous revoir ?

-Nous revoir ? répéta Leonora. Pour quoi faire ? Vous n'étiez qu'une amourette de fêtes. Ce fut certes fort divertissant, mais je ne peux décemment pas m'engager auprès d'un demi-roturier. Ce serait contraire à mon rang.

-Mais...

-Alors, au revoir, Monsieur."

Et elle monta dans la voiture sans se retourner. Un de ses valets referma la portière derrière elle et, alors que Gilles s'apprêtait à essayer de la retenir à nouveau, quelqu'un lui prit le bras.

"Viens avec moi, petit frère, lui murmura Robin à l'oreille.

-Mais...

-Viens."

Robin le tira à l'écart des chevaux et des charrettes qui passaient dans tous les sens, et le guida jusqu'à un coin du parc à l'écart de la foule. Gilles s'était mis à trembler, et pas uniquement à cause du froid. En revanche, il ne parvenait pas à savoir si c'était à cause de la déception de voir la jeune fille le rejeter comme ça, ou à cause de son mépris par rapport à son statut de demi-noble. Sans doute les deux à la fois, mais surtout la première option plutôt que la seconde. Robin le comprit, car il attira son frère dans ses bras et le berça contre son coeur.

"Chhut..., murmura-t-il en le sentant trembler de tous ses membres. Je suis vraiment désolé pour toi, Gilles... Je suis désolé, petit frère. Chut, ne pleure pas, je t'aime, je t'aime tellement...

-Ne t'excuse pas..., chuchota Gilles en sentant les doigts de son frère passer dans ses cheveux et jusque sur son front -un geste qui le réconforta un peu. Pourquoi tu t'excuses ? Tu n'as rien... rien fait...

-J'ai quand même mal pour toi, petit frère...

-Ce n'est rien. Ça ira. Il y a bien pire que ça dans la vie..."

Robin acquiesça mais lui planta quand même un baiser sur le front. Puis, comme Gilles tremblait, il se défit du pull en laine qu'il portait par-dessus ses beaux vêtements et le lui passa.

"Voilà, tu devrais avoir plus chaud comme ça...

-Merci, Robin, répondit son cadet avec sincérité, et il quitta ses bras pour se redonner une contenance.

-De rien, Gilles... Est-ce que ça ira ?

-Oui, ne t'inquiète pas pour moi."

Robin lui sourit tristement et lui pressa l'épaule, puis il l'entoura de son bras et le ramena au château. D'accord, cette soirée de Noël était loin d'être parfaite, mais il avait toujours un frère. De tout ce qu'il avait jamais eu, c'était le plus important.