Isaak hurle dans le bureau des aurors. J'ai passé une nuit absolument atroce…
- Merde Opaline ! T'es allée trop loin !
- T'aurais fait quoi à ma place, hein ?
- Pas ça ! crie Isaak.
- Le message était très clair ! je frissonne.
J'ai toujours le papier sur moi, celui qui m'ordonne de saboter le projet de mon frère. Je le serre entre mes doigts. L'encre a bavé.
- Putain mais t'as pensé à la peine de Colin ? Et à toi ? Tu vas devenir le bouc émissaire de l'opinion publique !
Je lui sors le petit papier qu'un Autre a glissé dans ma poche et le lui tend.
- J'ai pensé à la vie de mon frère ! je vocifère. J'ai pensé au fait qu'il faut qu'on en finisse vite avec Ombrage, et cette organisation …
Isaak soupire, et Harry Potter enlève ses lunettes.
- Tu as bien fait.
- Quoi ? s'étrangle Isaak. Les journalistes s'en sont donnés à cœur joie ! Ils ont fait d'Opaline une coupable toute désignée pour tous ces meurtres ! Ils se demandent pourquoi on ne l'a pas déjà arrêtée ! Elle vient de se coller une cible sur le front !
- Les Autres, même s'ils se méfieront toujours d'elle, vont peut-être lui faire davantage confiance.
- Je ne veux pas les revoir, je déclare précipitamment. Vous avez une liste de noms maintenant, non ? Vous n'avez plus vraiment besoin de moi !
- Pas tout à fait, grimace Harry Potter. Comme on le craignait, les personnes que tu fréquentes font parties d'une seule branche d'un réseau plus important, qui se bat pour d'autres causes que celles des cracmols.
- Abattez cette branche !
- Pas si on a l'occasion d'abattre tout l'arbre ! grogne Ron Weasley. Ces gens sont dangereux.
- Vous ne pouvez pas me forcer à faire ça, je murmure.
- Non, on ne peut pas, soupire le directeur des Aurors. Mais tu comptes vraiment tout laisser tomber ? Opaline, toi seule sera au courant de l'heure de l'attaque contre Salzerman. Et tu sais que les Autres ne vont faire qu'empirer les choses…
Je grimace. Je sais que quand ils ont interrogé Woodville, ce dernier en savait finalement bien peu. Il était seulement chargé d'espionner le Ministère de la Magie, aidait quelques fois à la fabrication du Polynectar, organisait quelques opérations pour recruter des cracmols ou d'autres sorciers aux profils atypiques… Il ne savait rien sur l'heure des meurtres, et sur les personnes chargées de les commettre. Il connaissait juste le lieu pour celui des Keller, étant donné qu'il était leur gardien du secret.
- Vous avez intérêt à arriver à temps.
- On ne te lâchera pas, Opaline. Nos équipes se tiennent prêtes à intervenir à tout moment. Leurs composition sont tenues secrètes. Nous aurons l'effet de surprise.
- J'espère pour vous que vous dîtes vrai. Parce que je refuse d'avoir à tuer Salzerman, vous m'entendez ?
- Tu n'auras pas à le faire ! murmure Isaak.
- Mais dans le doute, et pour ta sécurité, fais tout ce qui sera nécessaire…, ajoute Potter.
Isaak me regarde lourdement et je m'extirpe de la salle, en soufflant. Potter a raison. Je n'ai pas trop le choix finalement… Je me tourne vers lui :
- Qu'est-ce que je dois faire ? je lui demande.
- Je n'en sais rien.
- Si tu sais ! Tu me disais toujours ce que je devais faire quand nous étions enfants ! « Va lire ! », « Retourne vers ton arbre », « n'emprunte pas mon balai », « fais attention », « ne nous suit pas ! »…
- Opaline, je faisais ça pour te protéger !
Je lève les yeux au ciel.
- Arrête. Ne dis pas ça.
Il s'esclaffe, une lueur moqueuse dans le regard.
- Ne fais pas semblant Opaline. Ne fais pas semblant de ne pas savoir, de ne pas deviner… Pas depuis tout ce temps.
- Je te demande juste de me dire quoi faire, je murmure.
- Fais ce qui te semble juste, affirme-t-il finalement. Fais les choses de sortes à n'avoir ni regret, ou au pire, des remords. Fais ce que toi, tu veux. Pas ce qu'on te demande de faire.
- Si je veux m'enfuir loin d'ici…
- Fais-le, me coupe-t-il, les yeux tristes.
- Si je veux aider les aurors…
- Fais-le.
- Si je veux aider les Autres ?
Il pose une main sur mon épaule :
- Ça tu ne le feras pas.
- Qu'est-ce que tu en sais ?
Parce que moi, je ne sais pas. J'ai vu la cruauté de ces sorciers envers les cracmols. J'ai vu la violence, j'ai vu les maltraitance, et j'en ai marre de vivre dans un monde qui me rejette, qui me bride, et m'empêche de faire ce que je veux, quand j'en serai parfaitement capable. Mon seul défaut, est de ne pas pratiquer la magie. Et pour les tous les autres ? Les loups-garous, les nés-moldus, les sang-mêlés ? On mérite mieux. Tous…
- Parce que t'es quelqu'un de bien. Et que je te connais.
- Si jamais il m'arrive quelque chose…
- Tais-toi.
Son regard s'est assombri, et c'est étrange, ce besoin que je ressens de le rassurer.
- Je veux que tu expliques tout à Colin.
- Tu lui diras tout toi-même.
Sa voix tremble légèrement, et mon cœur s'adoucit un instant, bat plus lentement, comme apaisé.
- Et tu battras trois fois des cils pour te faire pardonner, parce que ça marche à chaque fois. Sur tout le monde.
Je lui souris avant de repartir en direction du bureau de mon père, encadrée par une multitude d'aurors. Les journalistes me suivent toujours à la trace. Et je fais plusieurs détour, pour arriver jusqu'au cheminée. Ed me salue poliment, en balayant le sol, maculé de poudre :
- Toujours aussi bien protégée…, remarque-t-il.
- Malheureusement !
- C'est pour votre sécurité, ma petite mademoiselle ! me sourit Ed.
- Ça faisait bien longtemps que je ne vous ai pas entendu m'appeler ainsi, je lui fais, un peu plus légère.
Je disparais dans les flammes et navigue dans ma maison pour retrouver ma chambre. C'est ma mère qui m'accueille, maussade, un peu froide. Elle m'en veut à cause de ce que j'ai dit à cette journaliste. La pendule indique presque midi et mon ventre gargouille déjà.
- Il reste encore de la salade d'hier soir, si tu veux.
- Tu vas rester fâchée longtemps ? je murmure, penaude.
- Chérie…
Elle pose une main sur ma joue, et la caresse un instant, un bref instant, un tout petit instant, pendant lequel je redeviens cette fillette qui ne comprenait pas encore à quel point sa vie serait différente de ce qu'elle avait prévu…
- Tu ne nous as jamais parlé de ton mal-être. De ton envie de devenir potioniste. De tes rêves, de tes envies… Opaline, nous t'aimons. Tu as beau penser que tu ne vaux rien, pour nous, tu vaux tout. Tu es notre petite Opaline, et ta valeur ne se mesure pas.
- A quoi cela aurait servi ? Que je vous parle de tout ça ? Vous seriez sentis encore plus mal…
- Ça aurait changé tellement de chose, Opaline ! s'exclame vivement ma mère. Nous t'aurions soutenu, on t'aurait aidé, ton père et moi. On se serait battu !
- Maman, vous n'auriez rien pu faire.
- Tu n'en sais rien, Opaline ! s'insurge-t-elle.
- Si. Et je vais te dire quelque chose que je n'ai jamais avoué à personne.
J'inspire, essayant de trouver une façon de dire ce que j'ai à dire. Je me remémore cette humiliation, cette honte profonde que j'ai ressentie…
- Je me suis présentée au concours libre pour intégrer l'école des maîtres des potions de Londres. J'ai été reçu.
- Tu as été reçue ? répète-t-elle.
- J'ai été reçue.
- Tu as été reçue ! se réjouit-elle en tapant dans ses mains.
Je me souviens des épreuves, assez dures et compliquées. J'avais étudié longtemps, seule, dans mon coin, avec les manuels de Colin qui m'avait aidé, sans trop le savoir. Il savait à quel point jamais les potions, en faire, et découvrir chacune de leurs propriétés.
- Puis il y a eu l'entretien avec le directeur.
Je n'avais pas de BUSES, ni d'ASPICS. Si ce type de concours permettait en général de donner une chance aux personnes douées d'un certain talent mais peu scolaires, moi en plus de n'avoir aucun diplôme, j'étais une cracmole.
- Il m'a refusé.
- Oh chérie…
Il m'avait expliqué longuement que c'était trop dangereux. Et si une potion m'explosait à la figure ? Il m'avait demandé de comprendre. Mon projet n'était pas réaliste. J'étais, à ses yeux, incapable de me protéger, d'être efficace sans baguette magique.
- Maman, je voulais juste me faire une place et…, je soupire sans trouver la fin de ma phrase. Je crois que j'ai juste arrêté de chercher.
- Je comprends…
- Vraiment ?
Elle marque une pause. Ma mère est une femme intelligente.
- Opaline, je t'aime et je veux ton bonheur, que tu sois heureuse.
- Je sais.
Elle passe une main dans mes cheveux, et la chouette de la famille débarque à grands coups d'ailes, avant de se poser devant moi. Un petit paquet est attachée à sa patte, que je détache, avant de déballer. C'est une botte miniaturisée, qui se met à grandir. Je sais immédiatement ce que c'est, comme la dernière fois. Sauf que je suis tétanisée, et que mon coeur bat si fort, que ça me fait mal. Ma mère fronce les sourcils, avant d'ouvrir la bouche :
- LACHE CA TOUT DE SUITE ! hurle-t-elle.
Je n'ai pas le temps de le faire. Midi sonne dans toute la maison et la botte m'emmène loin d'ici, faisant disparaître ma mère du décor. Je hurle intérieurement, avant de sentir deux mains, se poser fermement sur mes épaules :
- Midi ! Pile à l'heure !
Mes poils se hérissent et mon cœur tremble dans ma poitrine. Je frissonne, en regardant Ombrage, qui déjà, est en train d'entrer dans l'immeuble ou vit Salzerman.
- Dépêche-toi. Les aurors ne devraient pas tarder.
- Pardon ? je couine.
- Oui. Tu sais, les aurors que tu as gentiment prévenu ? Ceux qui te suivent à la trace ? Ceux-là même que tu vas envoyer tout droit là où on les attend.
Mon sang ne fait qu'un tour, alors que sa main agrippe la mienne.
- Vous ne pouvez pas me faire de mal ! je lui dis précipitamment.
- Oh, mais je n'en ai pas l'intention Opaline.
J'entends les cracks, signifiant que les aurors ont transplané. Sauf qu'un comité d'accueil est présent et qu'ils se retrouvent vite acculé par d'autres sorciers. Tout s'assombrit, parce que quelqu'un a jeté une grande poignée de poudre d'obscurité instantanée. Quand elle se dissipe, je ne sais plus ou regarder. Mais je reconnais le petit homme de l'autre jour. Je reconnais Woodville. Je reconnais Polly, qui sans pouvoir magique, tire dans le vide, à l'aide d'une arme. Teddy Lupin la neutralise rapidement, avant d'être blessé, par une autre femme, mitraillant elle aussi les aurors. Les Autres sont nombreux, vraiment nombreux. Et ils sont organisés. Je cherche Isaak dans tout ce raffuts, et le trouve, en train de se battre contre une sorcière immense, sûrement une demie-géante. Tout à coup, je ressens une immense peine, une ombre sur moi, et tout s'arrête de vivre. Il n'y a que le désespoir et la scène devant moi ne m'inflige une douleur et une tristesse que je n'arrive pas éteindre :
- Les détraqueurs viennent d'arriver ! se réjouit Ombrage.
- Vous êtes un grand malade ! je cingle.
Plusieurs patronus sont lancés. Je reconnais celui d'Isaak, une hirondelle qui fend le ciel. Je me demande à quel souvenir il pense pour l'invoquer… A quoi je penserais, moi, si j'étais capable d'en invoquer un ? Mais Ombrage me tire, et me force à avancer.
- OPALINE !
La voix d'Isaak me donne un semblant d'énergie, dont je me sers pour me débattre, mais Ombrage m'enfonce une fiole de polynectar dans la bouche, et me regarder l'avaler malgré moi, sous peine d'étouffer. L'effet est encore plus désagréable que la première fois… Ombrage me traîne jusqu'à l'ascenseur, et je me regarde me transformer. Je prends de la hauteur, mon teint devient plus foncé, tout comme la couleur de mes yeux et de mes cheveux. Ces derniers s'épaississent, deviennent bouclés.
- Tu savais que « merci » et « crime », étaient des anagrammes ? m'apprend Ombrage sur le ton de la conversation.
Je l'ignore royalement, incapable de parler. Quand les portes de l'ascenseur s'ouvrent, un Autre nous accueille, le sourire aux lèvres, avant de me jauger du regard.
- On savait qu'on ne pouvait pas te faire confiance.
- C'était les ordres, soupire Ombrage.
Je ne dis rien, muette, et m'avance en même temps qu'eux. Les deux hommes défoncent la porte de l'appartement et j'entends la voix de Salzerman, qui hurle. Instinctivement, je fuis la scène, et me dirige vers le placard qu'on m'a interdit d'ouvrir la première fois que je suis venue ici. Je l'ouvre.
Une femme est toute recroquevillée à l'intérieur, et me sourit :
- Il est l'heure de sortir, c'est ça ? Hein dis-moi, il est l'heure de sortir ?
- Oui, je murmure.
- Prends ça ! m'ordonne Ombrage, en me tendant un couteau.
Je le prends, sans rien dire, sans oser le toucher. Je souffle, longtemps, longuement et calmement, en essayant de reprendre mes esprits.
- Tu vas le tuer, Opaline Wallergan !
« Tu dois le faire ».
Je regarde le couteau dans ma paume. Je tremble de tous mes membres. Mes yeux passent de la lame, à l'homme, puis sur Ombrage. Rien ne va. Mon corps est pris d'un séisme que je n'arrive pas à contrôler et mon souffle se bloque.
- Tu dois le faire Opaline.
Je serre fort l'arme. Monsieur Salzerman me jauge. Il est à genoux, devant moi et je le surplombe de toute ma hauteur, perchée sur mes talons. Mais je me sens si petite… Il a été désarmé, puis attaché.
- Qu'est-ce que tu attends ? grogne Ombrage à mon oreille.
- Je ne le ferais pas.
- Tu crois que les aurors tiendront longtemps ?
- Oui, j'affirme.
- On connaît toutes leurs parades, leurs attaques, leurs formations. On prépare ça depuis trop longtemps pour échouer, sourit-il.
- Je ne le ferais pas ! je répète en fermant les yeux.
Camila s'approche de son père pour l'aider à se relever, mais ce dernier la rejette violemment, la faisant tomber sur le sol. Je veux comprendre pourquoi il a fait ça… Cet homme, représente tout ce que je déteste. Il a battu sa fille pendant des années, jusqu'à la rendre complétement folle. Il ne mérite pas sa place en ce monde. Mais c'est ce que je pense. Je ne suis pas juge, ni bourreau. Pourtant, je veux de la justice pour Camila, pour la personne qu'elle aurait été.
- Tue ! Tue ! Tue ! chantonne Camila en battant des mains.
Elle est plus âgée que moi, et pourtant, elle agit comme une petite fille. Son corps est tordu. C'est le seul adjectif qui me vient à l'esprit. Ses bras sont pliés, cassés comme si rien ne les liait à ses épaules, ses jambes sont arquées. Son sourire est de travers. Ses os pointus ressortent de partout, comme les barres de métal d'une structure sur le point de s'effondrer : elles maintiennent le tout en place, mais ce n'est qu'un équilibre précaire. Son œil droit contemple sa gauche, et son œil gauche contemple le vide face à elle. Ses cheveux sont tout emmêlés.
- Vous l'avez rendu comme ça, je murmure.
- Elle l'était déjà.
- Elle est cracmole, je souffle. Ni folle, ni stupide, ni …
Rien ne justifie un tel traitement. Je songe à Camila, à la vie qu'elle aurait eue si elle était née Wallergan et non Salzerman. Si nos places avaient été inversé, je serais à sa place, l'ombre d'une personne, une coquille vide…
- Elle ne mérite pas ça…
- C'est sa punition, affirme-t-il.
Mes jointures sont blanches, à force de tenir le poignard dans ma main. Dans mon autre paume, je tiens sa baguette. Je la fais rouler entre mes doigts.
- C'est parce qu'elle est incapable de faire de la magie que vous la détestez tant ?
Je veux comprendre. Il doit bien y avoir quelque chose à comprendre…
- Comment ose-tu tenir un tel objet sale vermine ! crache-t-il à mes pieds.
Je ne recule pas, impassible et plonge mon regard dans le sien. Je coince le poignard dans ma poche et m'abaisse face à lui. Sa baguette est entre mes deux mains et je veux qu'il me regarde la détruire, la briser en deux. Le bois craque facilement et j'y mets toute ma force. Les deux morceaux chutent sur le carrelage, et ils tintent, en un son creux que je me surprends à aimer. La douleur dans ses yeux m'apaise un instant, mais sa haine, elle me consume tant elle me brûle la peau.
- Tue-le maintenant ! m'ordonne Ombrage encore une fois.
Je repense à ce que m'ont dit les aurors. « Fait tout ce qui sera nécessaire ». C'est bien facile… Mais qu'est-ce qui est nécessaire ? Tuer cet homme ? Il mérite de pourrir à Azkaban. Je me retourne. Je ne veux pas le faire. Non… Je ne veux pas. Et fuir les situations qui me dérangent, c'est ma spécialité. Ombrage me rattrape furieusement :
- Tu sais ce qu'il a fait subir à sa fille ! Pourquoi tu l'épargnes ? Que tu nous trahisses, je peux le comprendre. Mais tu as vu, Opaline ! Alors pourquoi tu continue de fermer les yeux !
« Je suis incapable de le tuer, malgré toute la haine que j'éprouve pour lui, et ses semblables ». Et le tuer, serait faire de moi une personne comme lui. J'ai assez de conscience pour le savoir.
- Je vais le faire ! ronchonne-t-il. Je savais qu'on ne pouvait pas te faire confiance. Je n'aurais jamais dû l'écouter ! se plaint-il.
Je n'ai pas le temps de me demander de qui il parle. Il lève son propre poignard, cependant, Salzerman s'est libéré de ses liens et même s'il n'a plus de baguette, il peut toujours user de magie. Il se jette sur nous, et Camila, éclate de rire, toujours assise sur son tabouret de bar, en battant ses jambes dans l'air. Il donne un coup à Ombrage, qui perd son arme. Salzerman la récupère et la brandit rageusement. Il court vers moi, et c'est instinctif. Ma main a saisi le poignard, et il s'embroche dessus. Une tâche fleurit sur sa chemise blanche et ses yeux se vident dans les miens.
- Non. Non… non, non, non…
Il tombe, sans faire de bruit et tout bourdonne autour de moi. Ombrage s'est ressaisi. Il a récupéré son arme, et le poignarde mille fois, devant moi. Je reste inerte, incapable de réagir. Camila applaudit et je crois que mon sang quitte mon corps lui aussi, comme pour monsieur Salzerman.
- Il faut partir, annonce Ombrage.
Des tâches rouges se sont insinuées entre ses rides. Je me demande si j'ai les mêmes. Je ne respire plus. Je n'ai rien à dire, rien à faire. « Fait tout ce qui sera nécessaire »…
- Merci pour ton crime.
Ils disparaissent tous les deux, et moi, je reste là.
Je suis toujours dans la peau de Camila. Le polynectar fait encore effet.
Si j'avais ne serait-ce qu'un peu de valeur, je viens de la perdre.
Camila tourne en rond autour du corps de son père.
Et moi je reste là.
Elle tourne, tourne, tourne.
Et je ne bouge pas.
Je lâche le poignard.
Je viens de tuer un homme.
Ce n'était pas nécessaire.
Je n'ai rien fait pour l'empêcher.
Et rien ne sera plus jamais comme avant.
Les pointes de mes cheveux redeviennent bleues petit à petit, et devant moi, il n'y a que le vide.
- Opaline ? Opaline, tu m'entends ?
- Elle est sous le choc.
Quelqu'un me touche.
Je hurle.
Comme si j'avais vraiment mal.
Mais j'ai vraiment mal.
Dans ma tête.
Dans mes poumons.
Quelque part au creux de mes reins aussi.
Tout si noir autour de moi.
Je ne distingue rien.
Juste le vide.
- Doucement !
- Ne la brusquez pas, elle est en état de choc !
- Opaline ?
- Opaline !
- Qu'est-ce qu'on fait ?
- Il faut prévenir les services du secret magique du Ministère, pour oublietter les moldus !
- Opaline ?
- Est-ce qu'elle peut bouger ?
- Opaline t'es blessée ?
Camila éclate de rire et me regarde droit dans les yeux, un grand sourire sur le visage. Elle est complètement folle, et applaudit, à s'en faire saigner les mains, en chantonnant :
- Merci pour ton crime !
Et je jure, à cet instant précis, que plus jamais personne ne me remerciera. Je ne veux plus qu'on me dise "merci". Plus jamais.
