Hello !
Je passe une semaine de malade, j'espère que la vôtre est moins chargée !
Je vous présente le dernier chapitre !
Bonne lecture !
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Disclaimer : Tout est à SM.
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Chapitre 22
— Alors ?
— Alors quoi ?
— Ne me prends pas pour une idiote. Qu'est-ce qu'il y a dans le sac ?
— Je n'oserais jamais t'insulter, tu es trop parfaite pour ça.
Je levai les yeux au ciel. Il dut me rattraper par les épaules pour que je ne bute pas lamentablement contre une racine que je n'avais pas vue. Il rigola.
— Bon, peut-être qu'avant d'être parfaite, il te faudra améliorer ton équilibre. A peine.
— Si tu le dis. Alors ?
— Tu le sauras plus tard. Tu te montres impatiente, parfois, tu as remarqué ?
— Encore un trait de caractère à ajouter sur la longue liste de mes défauts. L'impatience. Cela ne fait pas partie des péchés capitaux, d'ailleurs ?
— Non.
— Tu les connais ?
— Orgueil. Luxure. Colère. Envie. Paresse. Avarice. Gourmandise.
J'en restai comme deux ronds de flan.
— Hé ! Ce n'est pas parce que je ne suis pas catholique que je ne peux pas me renseigner.
— Je sais. Je suis juste impressionnée.
Après une seconde de réflexion, j'ajoutai :
— On peut donc aussi noter sur notre liste l'ignorance.
— Bah. Tu sais, pour moi, quels que soient tes défauts, tu resteras parfaite.
Je m'empourprai, sans savoir si je devais me sentir flattée ou vexée. Nous arrivâmes au sommet des falaises avant que j'aie trouvé une réponse adéquate.
Cette fois, bien que le soleil soit déjà bas dans le ciel, nous n'étions pas les derniers. Le vieux Quil, sur sa chaise longue, était allongé entre Billy et Sue. A côté de son père, Jacob discutait avec un Seth émerveillé. Leah, installée en face des anciens, comme la dernière fois, griffonnait dans un cahier. Enfin, Quil empilait des branches de bois flotté dans le foyer. Paul salua tout ce petit monde d'un enthousiaste « bonsoir ! » que je m'empressai d'imiter. Un bras autour de mes épaules, il m'entraîna vers Quil. Dès que je les remarquai absorbés dans leur discussion, je rejoignis Jacob, qui me serra contre lui à m'étouffer.
— Ah ! Je suis ravi de te voir !
Je réalisai avec consternation que je ne l'avais plus croisé depuis l'imprégnation d'Embry, voilà un bout de temps.
— Je craignais de ne plus te voir avant ton départ pour le Massachussetts.
Je levai les yeux au ciel.
— C'était mon objectif, j'avais même prévu de louper le mariage de Sam et Emily !
Il éclata de rire.
— Alors, raconte-moi, pourquoi t'es-tu décidée à quitter l'état de Washington ?
— Ils sont reconnus pour les sciences, parait-il. Il m'a semblé logique de tenter ma chance dans cette direction.
— Tu vas nous manquer, Bella.
— Vous aussi. Je rentrerai aussi souvent que possible.
— Avant ton départ, il faudra qu'on se fasse une virée à motos, tous les deux.
— Avec plaisir. La semaine prochaine ? Entre deux commandes de fleurs et l'organisation du buffet, je devrais pouvoir me libérer.
— On parle de mon mariage ?
Je me tournai vers la voix d'Emily. Elle venait d'arriver, accompagnée de Sam, évidemment.
— Oui. Je cherche à me souvenir si je passe une minute durant la semaine hors de ta maison.
— Evidemment. Nous devons décorer la place. Ça me rappelle que je devais te parler des photos de mariage…
— Vous n'avez rien prévu lundi après-midi, j'espère ! intervint Quil. On fête les trois ans de Claire. Jen revient avec Genevieve pour l'occasion.
— C'est ma nièce, évidemment que je m'en souviens ! s'écria Emily.
— Elle me le rappelle à chaque fois que je la vois, l'appuyai-je.
Quil sourit, visiblement rassuré.
— Il paraît qu'elle est très impatiente. Jen m'a dit qu'elle n'arrêtait pas de lui demander quand elle reviendrait à la Push.
— Je doute que ce soit la Push qui lui manque.
— A qui la Push manque-t-elle ?
Jared venait d'apparaître. Il tirait par la main une Kim qui semblait tout juste sortir du lit.
Je parcourus du regard les environs, désormais familiers. Il ne manquait plus qu'Embry. Avec sa chère et tendre.
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— Alors ?
— Une saucisse de veau, s'il te plait.
Quil fit glisser une chipolata dans mon assiette, et une dans celle de Paul. Il y ajouta deux saucisses de porc. Je lançai un regard à celui-ci, qui s'entretenait avec Sam et Jared, non loin. Je me penchai vers Quil.
— Quil, je peux te poser une question ?
— Vas-y, dit-il en reculant de deux pas pour me regarder en face.
— Si tu ne veux pas répondre, pas de problème, murmurai-je aussi bas que possible. Que ressens-tu, avec Claire partie ?
Il se figea. Comme moi, il jeta un coup d'œil à Paul. Celui-ci parlait toujours avec ses frères. Je ne parvenais pas à savoir s'il m'entendait, ou pas.
— Je… Tu…
Je l'implorai du regard. Quil soupira et lança un nouveau coup d'œil à mon petit-ami, qui ne bronchait toujours pas. Pourtant, je vis Jacob tendre l'oreille, et je me demandai s'il s'abstenait de toute intervention parce qu'il considérait que j'étais en droit de savoir.
— En fait… Je sens dans tout mon corps, constamment, que ce que je fais n'est pas bien. Je devrais rester avec Claire non-stop, pour la protéger, pour l'aimer, pour lui accorder tout ce dont elle a besoin… Mon corps, mon cerveau, mes instincts, tout me hurle de la rejoindre, de la ramener ici. Je n'arrive à lutter contre cette envie que parce que je sais qu'elle n'est pas en sécurité avec moi, pour l'instant. Je m'éloigne pour son bien. C'est pour ça que j'arrive à tenir.
— Tu en souffres ? Physiquement, tu as… mal ?
— Pas vraiment. Disons que ce n'est pas de la douleur, juste une attraction folle. J'ai surtout du mal à rester immobile, sans rien faire, ou à penser. Parce qu'elle me hante. Elle m'appelle à chaque instant.
Je hochai la tête et tournai mon regard vers Paul. Il s'était tu, mais il ne dit rien.
— Merci, Quil.
— C'est rien. On ne doit pas s'empêcher de vivre ses rêves et de construire sa vie. Personne ne te l'interdira ni ne te le reprochera jamais. L'homme a une formidable capacité d'adaptation.
— Merci, Quil.
Je baissai mes prunelles reconnaissantes sur mon assiette. La saucisse était froide, à présent. Et le silence, autour de moi, passablement lourd. Emily et Kim observaient la scène sans bien comprendre, et je fus convaincue que chaque loup avait entendu le discours de Quil.
— Bonjour tout le monde ! Désolé pour le retard.
Nous nous tournâmes d'un même mouvement vers Embry. Il rayonnait de bonheur – le pouvoir de l'imprégnation. Il serrait dans sa main les doigts couverts d'écailles de sa compagne. Emily sauta aussitôt sur ses pieds pour les saluer. Elle tendit sa main au dragon en souriant.
— Coralie, n'est-ce pas ? Je suis ravie de te revoir. Je suis Emily.
Sam apparut à son côté et lui serra la main également. Jacob l'imita puis, en nous désignant tour à tour de la main, il nous présenta. Je la gratifiai d'un sourire tendu et agitai la main.
Quil reprit sa distribution de saucisses, le murmure des conversations s'éleva dans la nuit tombante et Paul vint s'agenouiller à côté de moi.
— Tu viens ? me demanda-t-il.
« Où ? » voulus-je lui demander. Mais je me contentai d'attraper sa main et nous nous éloignâmes du cercle. Il voulait certainement que notre conversation se déroule loin des oreilles des autres loups-garous.
— Tu as entendu, n'est-ce pas ? Ce dont j'ai discuté avec Quil.
— Bella, si tu ne le voulais pas, il fallait t'éloigner un minimum. Les chuchotements humains sont pour moi comme des paroles prononcées distinctement.
— Tu ne m'en veux pas ? De lui avoir posé la question.
— Bien sûr que non. Je te comprends parfaitement.
— Alors, pourquoi ne m'as-tu jamais répondu ?
— Parce que… Est-ce que tu es rassurée, à présent que tu sais que je ne vais pas souffrir mille morts pendant ton absence ?
Je secouai la tête. En vérité, la simple idée qu'il ne parvienne pas à se comporter « normalement » durant mon absence m'angoissait.
— Je pense que chaque imprégnation est différente, que chaque couple est différent. Dans ce contexte, on ne peut pas planifier avec certitude ce qu'il se passera. Peut-être ressentirai-je un manque, comme Quil. Peut-être que te savoir épanouie me suffira, peut-être pas. Dans tous les cas, je suis sûr que nous parviendrons à y survivre, tous les deux, ensemble.
— Je le crois aussi.
— Parfait. Maintenant, j'aimerais t'offrir quelque chose…
Il ouvrit le sachet vert et en sortit un écrin. Encore un bijou !
— Il m'a attiré l'œil lorsque nous sommes passés devant la bijouterie, l'autre jour.
Recueillant la boîte au creux de ma paume, je soulevai délicatement le couvercle. Oh !
— Je comprends que tu aies été attiré, soufflai-je.
Je caressai délicatement les fils de fer entremêlés qui laissaient voir une femme et un loup, dos à dos, séparés seulement par un tronc d'arbre.
— Tu l'aimes ? s'inquiéta Paul.
— Il est magnifique. Evidemment qu'il me plait ! Tu me le mets ?
Je me retournai et soulevai mes boucles brunes le temps qu'il croche le collier. Le pendentif glissa dans le creux de ma gorge, parfaitement adapté. Il semblait fait pour moi.
— Merci.
Paul nous gratifia, le bijou et moi, d'un sourire radieux.
— Tu es magnifique ! Je t'aime.
— Je t'aime.
Il se rapprocha pour un baiser.
— Il serait temps que je t'offre quelque chose, moi aussi, marmonnai-je un peu plus tard.
— Mon plus grand présent, c'est de t'avoir à mes côtés.
Oui. Il fallait que je lui offre quelque chose, avant mon départ pour l'université.
— Hey, les tourtereaux ! Les anciens vont commencer, venez !
Nous regagnâmes le cercle main dans la main et nous installâmes à côté d'Emily, Kim et leurs petits-copains. J'avalai encore une saucisse – et Paul, trois – avant que Billy se redresse dans son fauteuil et commence, de la même manière que la fois précédente. Avant de me laisser emporter par sa voix onctueuse, je me demandai s'il parlerait des dragons et de la bataille qui se préparait.
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— Alors ?
Je jetai un coup d'œil à la grève, puis à la forêt.
— Je ne sais pas. Est-ce que ça vaut le coup ? Je veux dire, avec ces poissons.
— Il reste toujours la verdure. Et ces poissons sont magnifiques. En fait… Je te conseillerais d'aller aux bassins de marée, parce que c'est peut-être – et je l'espère – ta dernière occasion de les admirer. Ils disparaîtront avec l'Etre, avec un peu de chance, et nous ne les reverrons plus jamais.
J'hésitai encore une seconde, puis hochai la tête.
— Aux bassins, dans ce cas. Mais je te préviens : je risque de me prendre les pieds dans chaque racine qui croisera notre route.
— Je te rattraperai à chaque fois que ce sera nécessaire.
Comme je lui accordais une confiance aveugle, je le suivis de bon cœur jusqu'à l'orée des bois. La végétation à Forks était si dense que, bientôt, la pénombre envahit le sous-bois, me faisant frissonner. Paul me passa un bras autour des épaules, et je sentis ses muscles tendus. Il flottait une ambiance dérangeante dans l'air. L'effrayante attente du conflit qui se préparait.
À force d'y penser, je ne savais plus si je préférais que l'Etre nous attaque dans les jours qui venaient, comme le prévoyaient les garçons, ou si je souhaitais vivre un peu plus longtemps dans l'ignorance de ce qui allait advenir. De ce que le destin nous réservait, sans faute.
Nous avions marché de longues minutes, et je m'étais encoublée plus de fois que cela était permis, lorsque Paul se figea. Je ne compris pas tout de suite qu'il y avait quelque chose d'étrange dans sa posture. Je pensais que ça avait un lien avec le fait qu'il venait de me rattraper, encore, et de me remettre sur pieds, saine et sauve. Puis il me fit signe de me plaquer contre l'arbre le plus proche et… il explosa. C'était si inattendu que je bondis de côté.
Je m'égratignai les paumes en me rattrapant maladroitement à un tronc moussu. Un hurlement au bord des lèvres, je détaillai le loup géant jaillir de mon petit-ami, auréolé par les fragments de son short lacéré. J'avais beau avoir déjà assisté à sa mutation, je ne pensais pas qu'on puisse s'y habituer.
Il se posta aussitôt devant moi, protecteur attentif. Rejetant son immense tête en arrière, il poussa un long hurlement lupin. La sauvagerie de cet appel hérissa les cheveux minuscules qui poussaient sur ma nuque. Je compris qu'il sollicitait l'aide de la meute, et la chair de poule couvrit mes bras nus.
J'avais les jambes tremblantes. Je me forçai pourtant à rester debout. Farfouillant dans la poche de mon imperméable, je finis par en sortir la boite contenant ma munition.
Je réalisai alors, et m'en voulus de ne pas l'avoir fait plus tôt, que la forêt était terriblement silencieuse. Un silence de mort. Les animaux se taisaient, les fourrés ne craquaient pas, le glou glou d'une rivière ou le ressac de l'océan ne nous parvenaient plus. Même le vent paraissait figé, disparu. Ce qui devait être ennuyeux, pour un loup qui se guidait à son odorat. Ce qui n'avait rien de naturel.
Ils nous rejoignirent les uns après les autres. Jacob, d'abord, accompagné de Sam. Puis Embry et Coralie, Quil et Jared, Seth et Leah. Entre temps, la famille Cullen se dressa à nos côtés, déjà amputée d'un de ses membres. J'entendis Coralie expliquer que les dragons approchaient.
— Ils n'arriveront pas avant lui, grogna Edward.
Il devait déjà capter ses pensées.
— Ne risque-t-il pas de partir, si il nous voit ainsi rassemblés ? murmurai-je.
Mon ex petit-copain secoua la tête.
— Ce n'est même pas un défi, pour lui, juste un jeu. Il se rit de nous voir si nombreux. Il se pense invincible.
— Nous allons lui prouver qu'il a tort ! assura Coralie.
Debout à la gauche d'Embry, elle arborait une posture défensive. Ainsi, elle m'évoquait plus un cobra paré à l'attaque qu'un loup ou un fauve.
Et moi, à quoi ressemblais-je ? Certainement à une pauvre humaine sans pouvoir, pétrifiée de terreur et protégée par d'autres.
Je resserrai ma main autour de la munition. Je me tiendrais prête. L'Etre verrait que je n'étais pas qu'une faible et vulnérable mortelle.
Alors que la détermination envahissait mon corps, activant le moindre de mes renfoncements cérébraux, s'enroulant autour de mes organes vitaux, gagnant mes terminaisons nerveuses, il apparut.
L'aurais-je croisé par hasard à Port Angeles que je l'aurais reconnu. L'Etre se révélait être un parfait mélange des quatre espèces qu'il avait – involontairement – créées. Sa peau avait la dureté et la blancheur de la glace et je ne doutais pas qu'au toucher, elle fut aussi froide que celle des vampires. Pour autant, même à cette distance, je sentais son odeur boisée et sauvage, semblable à celle du loup qui me dissimulait. Il avait également leur puissance et leur majesté. Deux grandes ailes écailleuses battaient dans son dos, si faiblement qu'elles ne parvenaient à le porter. Je me demandai si, comme ses descendants reptiliens, il pouvait changer aisément de taille, ce qui nous compliquerait singulièrement la tâche. Finalement, je cherchai une trace de moi-même dans la créature car, aussi maléfique soit-elle, elle devait contenir autant d'humain que de dragon, de loup ou de vampire.
A ma grande surprise, je me retrouvai dans son visage aux traits communs, qui, aussi surprenant soit-il, n'avaient rien de la beauté surnaturelle qu'elle avait communiqué à certains de ses enfants.
L'Etre, ni homme, ni femme ; ni vampire, ni dragon, ni loup, ni humain ; rassemblait pourtant tout en lui. Il irradiait la puissance, la magie. Le danger. Quiconque aurait croisé sa route serait parti en courant aussitôt – et n'aurait pas survécu, malgré tout.
Il ouvrit la bouche et parla, d'une voix douce mais effrayante, basse mais claironnante, grave mais aigue. Ceux qui ne l'avaient entendue ne pouvaient se la visualiser correctement. La langue qu'il utilisa ne me disait rien. Aux loups non plus. En revanche, Carlisle eut l'air de la reconnaître, et Coralie cracha une réponse avec autant de facilité que le monstre qui nous faisait face. Lors du feu de camp, elle nous avait expliqué que les dragons avaient une durée de vie d'un millénaire en moyenne. Je supposai que ce langage faisait partie d'un dialecte ancestral oublié des humains.
L'Etre prononça encore quelques mots – enfin je supposai, car je ne savais pas trop où, dans ses phrases, elle plaçait les espaces et la ponctuation – puis agita sa chevelure étonnamment liquide, fit un pas en avant, et attaqua.
Quelques semaines plus tôt, prostrée contre un tronc d'arbre, j'avais observé les loups mettre en pièces Victoria. Cela m'avait stupéfiée car, jusque-là, je pensais les vampires indestructibles, si ce n'est par d'autres membres de leur espèce, et encore.
Ce combat n'avait rien à voir. Dragon, vampires et loups-garous feintaient, bondissaient, couraient, frappaient. Mais pas une égratignure ne marquait le corps de l'Etre et pas une goutte de poison ne parvenait à entrer en contact avec sa peau. En contrepartie, l'Etre les attaquait tour à tour, mains en avant. Malgré le nombre de ses ennemis, il ne paraissait pas en difficulté, bien au contraire. Au moins n'avait-il encore tué personne…
Paul m'avait expliqué, dans le cadre d'une rencontre avec l'Etre – qui, je m'en rendais compte à présent, se serait soldée par mon décès immédiat – qu'il fallait à tout prix éviter ses mains. En effet, si le reste de son corps ne produisait pas trop de dégâts, un simple effleurement de ses doigts crochus provoquait la mort. C'est ainsi qu'Emmett avait été tué. Il avait foncé, pensant parvenir à toucher l'Etre avant d'être touché, et il avait reçu un coup de poing en pleine poitrine.
Je sentis mes jambes trembler, et je plantai mes doigts dans les veinures de l'écorce, dans mon dos, afin de tenir. Cette fois, je ne me pétrifierais pas au pied du fût.
Les yeux grands ouverts, je tentai de suivre les mouvements de mes alliés comme de notre ennemi. Peine perdue, la plupart du temps : ils se déplaçaient trop vite. Jamais je ne pourrais rivaliser contre une telle puissance. Je serais condamnée à voir Paul se battre pour lui, pour moi et pour tous nos proches sans pouvoir rien faire, sinon prier et m'inquiéter. Je sentis des larmes couler sur mes joues glacées.
Mes genoux eurent une seconde de faiblesse, je m'accrochai deux fois plus fort à l'arbre. Je ne tomberais pas.
Une petite voix, dans mon crâne, me susurra que, si j'avais choisi Edward, j'aurais fini par obtenir les pouvoirs nécessaires au combat contre les créatures surnaturelles. Je balayai cette idée aussitôt, sans aucun remord. J'avais choisi Paul parce que je l'aimais, parce que je voulais passer ma vie à son côté, pas parce qu'il était capable de me transformer en Superwoman. Je ne regrettais rien.
Un loup hurla, je tournai la tête en direction d'un buisson. Seth geignait, couché sur le flanc, ses énormes prunelles révulsées, mais il était encore en vie. Il n'avait pas été touché par ses mains. Je soufflai, soulagée, et mon souffle provoqua un nuage de buée : la forêt s'était instantanément refroidie, comme pour se préparer aux morts qu'elle accueillerait bientôt. Car il était clair, j'en avais conscience désormais, que nous ne sortirions pas indemnes. Si tant est que nous parvenions à le vaincre, nous subirions de lourdes pertes, tous.
À cette pensée, ma respiration se fit saccadée.
Soudain, ses yeux s'accrochèrent aux miens. Beaux, en amande, encadrés de longs cils noirs, ils auraient pu appartenir à un de mes amis, si l'on exceptait leur teinte dorée, parsemée de filaments sombres. Il agita une main. Une ombre bondit, l'évitant d'extrême justesse. Je ne parvins pas à déterminer à quel vampire elle appartenait. Un homme, peut-être…
L'Etre sourit. Il me sourit, pour être plus exacte. A moi. Puis il passa une langue rose, comme celle d'un nourrisson, sur ses lèvres. En un instant, il disparut.
Je compris aussitôt qu'il venait me chercher. Visiblement, il en avait marre d'attendre qu'un adversaire fasse un faux pas. Il préférait s'occuper d'une victime qui ne parviendrait ni à s'enfuir, ni à répliquer. Mon pied trembla, sans que sache si c'était pour tomber, ou courir. Je jetai un coup d'œil à Paul. Si je devais mourir, je voulais le voir en partant. Sauf qu'il n'était plus là où je l'avais aperçu pour la dernière fois. Il n'était plus nulle part. J'ouvris la bouche en comprenant. Pas un son n'en sortit.
Il jaillit devant moi, immense, argenté, avec la grâce imprégnée de puissance d'un dieu protecteur. Au même instant, l'Etre reparut. Sa main droite disparut. Il frappait.
Paul poussa un bref hurlement d'agonie, puis il s'effondra dans un bruit sourd qui résonna à mes oreilles. Je sentis mon cœur se déchirer, mon esprit se vida. Dans un réflexe vide de sens, je tendis ma main en direction de l'immense loup face à moi. Je croisai encore le regard victorieux de l'Etre. Il étincelait de cruauté. Tandis que mes doigts se glaçaient au contact d'une surface inédite, plus dure que le diamant, plus lisse que le verre, plus froide que la glace, brûlante comme un feu de cheminée, je vis ses doigts blancs, aux ongles longs, acérés et noirs comme la nuit, frôler mon front. Je me sentis basculer en arrière. Je me cognai à l'arbre, derrière, mais je n'en souffris pas. Je n'étais plus capable de souffrir.
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Lorsque l'imprégnée meure, que devient le loup ?
Je ne le saurais jamais.
Lorsque le loup meure, que devient l'imprégnée ?
Je m'en étais toujours douté. J'en avais la certitude, à présent. Je n'y survivrais pas. Paul était ma moitié. Qui survit sans son cœur ? Qui survit sans son âme ?
Après le toucher, le goût me quitta. Le sang qui emplissait ma bouche, se mêlait à ma salive, ne me donnerait jamais plus de haut-le-cœur. Cela ne me manquerait pas.
L'odorat suivit. L'arôme ensorcelant des vampires, les fragrances déroutantes de l'Etre, le fumet agressif des dragons – des renforts étaient-ils arrivés ? Pour le bien de ceux que j'aimais, je le désirais –, la senteur boisée, sauvage mais naturelle des loups-garous, renforcée par l'environnement ; tous s'atténuèrent jusqu'à disparaître.
Des silhouettes floues ne cessaient de traverser mon champ de vision, qui dégénérait si vite.
De mes oreilles ne me parvenait qu'un hurlement aigu à m'en percer les tympans. Une invention de mon cerveau, de toute évidence. Nul ne hurlait ainsi. Puis, je devinais que mes oreilles ne me servaient plus à grand-chose.
Mes lèvres s'étirèrent en un sourire détendu. La peur était partie, à présent.
Je ne vieillirais jamais. Je ne me marierais pas. Je n'aurais pas d'enfants. Je ne parlerais plus avec mes amis, ou ma famille.
Mais je serais avec Paul. Or, c'était mon vœu le plus cher.
Mon corps se raidit, mes yeux se révulsèrent.
Nous nous aimions. Unis à jamais.
.
cCc
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Et voilà ! Qu'en avez-vous pensé ? Je suis un peu soucieuse, concernant la fin du chapitre… Je ne suis pas sûre d'avoir réussi à intégrer autant d'émotions que je le souhaitais…
À noter que j'ai inventé l'université où s'est inscrite Bella. Elle n'est recensée dans aucune liste.
Je suis également curieuse de savoir quel est votre personnage dans cette fic, maintenant ?
À la semaine prochaine pour l'épilogue, et merci de m'avoir lue jusqu'ici !
C.
