Disclaimer : Je considère que si Rowling autorise Cursed Child, elle autorise toutes les autres fanfictions, même celles qui naissent dans mon esprit tordu personnel.

Attention : Rated T pour le langage et les scènes violentes.


RAR :

mh :

Salut ! Merci beaucoup pour ta review !
Draco est un vrai petit fouineur et c'est carrément canon !
Je note tes hypothèses pour la prédiction:p
Qui sait pour Nott, hein ? ^^
Je te laisse avec la suite ! Bonne lecture !

Juliette :

Hey ! Merci beaucoup pour ta review !
Je suis moins convaincue que Remus ait apprécié le détour par la tour Gryffondor, mais j'aime bien surfer sur la vague de nostalgie xD (#guiltypleasure)
C'est sûr que la décision de Narcissa fait pas trop nos affaires pour que le dénouement se mette en place… Sorry ?
Je te laisse avec la suite ! Bonne lecture.


Merci à KorriganTanNoz, mimi70, TigresseOtaku, Surion1234,Tiph l'Andouille, mh, Juliette etMerly Flore pour leur review. Tous vos messages m'ont fait super plaisir ! Keep it up !


Bonjour à toutes et à tous !

Comment ça va bien ?

De mon côté, je suis surprise que le mois de septembre touche déjà sa fin et que les vacances soient presque demain o.O J'ai même réussi à profiter des derniers beaux weekend, alors c'était carrément plus sympa que prévu cette histoire !

Sinon, je connais presque tous les prénoms de mes élèves (presque), les copies ont fait leur retour cette semaine et l'année s'annonce sport:)

A part ça, j'ai réussi à terminer 42 (oh yeah!) et je suis déjà à 10k pour 43, qui sonne le retour des longs chapitres (bon, j'avoue que j'ai quelques idées et que j'ai décidé de me faire plaisir, tout en priant pour que ça ne se transforme en une série de 10 chapitres de plus de 20k à la suite… Bref).

A part ça, chapitre 27, vrai ? Je l'aime plutôt bien dans le genre, plusieurs intrigues avancent, et ils amènent gentiment vers la fin du tome 3 (#DramaDansLaCabaneHurlante). Bonne lecture !


Un grand merci à Sun Dae V pour la relecture et les retours ! Et je ne le dis peut-être pas assez, mais sa fic La Course au Chien Sauvage est un must-read si vous aimez Sirius Black !


Black Sunset

Partie III : Dark Matter.

Chapitre 27

Dark Matter : a term used to describe matter in the universe that cannot be seen, but can be detected by its gravitational effects on other bodies.

Secret : n. a piece of information that is generally known or is not known by someone else and should not be told to others.


Jeudi 28 Avril 1994, Manoir Malefoy, Angleterre.

- Lady Malefoy, Madame. Madame Tonks demande à vous voir.

Narcissa se figea, stoppant la course de sa fourchette à mi-chemin entre sa bouche et son assiette. Elle sentit immédiatement le regard de Lucius se braquer sur son visage et elle fit comme si elle n'avait rien remarqué.

- Plaît-il, Patty ?

L'Elfe se dandina d'un pied sur l'autre, les yeux fixés sur ses mains et son corps tremblant.

- Ma... Madame Tonks demande à vous voir, Lady Malefoy. Elle est devant le grand portail et Parky n'a pas réussi à la faire partir.

Le murmure tremblant de l'elfe était à peine assez fort pour qu'elle saisisse tous les mots, ce qui était sans doute pour le mieux.

Moins Lucius en entendrait, mieux cela serait.

Avec un soupir excédé qu'elle n'eut pas besoin d'exagérer, elle ôta la serviette de ses genoux et se leva, daignant enfin se tourner vers Lucius.

Elle ne put rien lire sur son expression trop lisse, mais elle n'aimait pas la façon dont ses yeux étaient plissés – même si légèrement –. Il finit par faire la moue.

- Je doute que Madame Tonks puisse venir à bout des protections du manoir, Narcissa. Sans doute se lassera-t-elle avant que la nuit ne tombe tout à fait. J'ai ouï dire qu'il devrait pleuvoir un peu plus tard dans la soirée.

- Ce n'est pas à toi que je dois expliquer l'étendue de obstination des Black, n'est-ce pas ? Ma sœur pourrait très bien avoir prévu de quoi camper pour une semaine.

Il eut un rictus dégouté.

- Elle n'est plus ta sœur.

- Bien sûr qu'Androméda est encore ma sœur, Lucius. Une brûlure sur une tapisserie ne changera jamais ça.

Sans lui laisser le temps de commenter sa réponse, elle tourna les talons, faisant signe à Patty de la suivre. Elle referma soigneusement la porte de la petite salle à manger.

- Je croyais t'avoir ordonnée de ne pas mentionner ma sœur devant Lord Malefoy, siffla-t-elle.

L'elfe garda la tête baissée et son corps se mit à trembler encore davantage.

- Madame Tonks menaçait d'entrer par la force, Lady Malefoy.

- Et bien il fallait la laisser essayer. Ou m'informer de la situation en m'apportant une lettre.

Patty se recroquevilla sur elle-même.

- Nous reparlerons de tout cela plus tard. En attendant, quoique puisse te demander Lord Malefoy, je t'ordonne de ne pas souffler un mot. Je t'ordonne même de pas souffler un mot tout court jusqu'à nouvel ordre ou je me verrais obligée de te donner un vêtement.

L'elfe enfouit son visage dans ses mains, puis se mit à renifler, mais au moins s'abstint-elle de prononcer un mot de plus.

- Va récupérer ma cape et rejoins-moi dans l'entrée.

Patty disparut dans un discret pop et Narcissa prit la direction de l'escalier, son cœur battant plus fort que d'habitude et une malédiction sur le bout de la langue.

Elle aurait dû effacer la mémoire d'Androméda en revenant de sa rencontre avec les Adler et tant pis si l'entreprise aurait été risquée.

Bien sûr que sa sœur n'allait pas rester sans rien faire en apprenant ce qu'elle avait fait, et elle tendait le dos depuis qu'elle avait reçu sa première lettre, trois jours plus tôt.

Elle n'avait pas voulu répondre, elle n'avait pas essayé d'arrondir les angles – l'entreprise était vouée à l'échec dans tous les scénarios – et elle avait espéré que la tempête s'éloigne quand Androméda réaliserait qu'elle n'avait aucun moyen de lui nuire.

C'était sans doute trop demander à sa bonne étoile.

Patty se tenait près de la porte d'entrée, sa cape d'un vert profond à la main – qui serait parfaite si les prédictions météorologiques de Lucius se révélaient exactes –.

- Tu as pour ordre de tout faire pour que Lord Malefoy n'ait pas l'étrange idée de me rejoindre ou de se mêler de ce qui va se passer. Utilise la magie s'il le faut.

La pénombre commençait à gagner le ciel – le soleil n'était plus qu'une vague source de lumière sur sa gauche – pourtant, la silhouette d'Androméda se détachait nettement au bout de l'allée qui menait au manoir. Elle se tenait aussi proche du portail que ce que les protections magique lui permettaient. Les bras croisés sur sa poitrine, sa baguette dans la main droite, ses longs cheveux bruns volant autour de son visage et une expression qui devint de plus en plus agressive à mesure qu'elle se rapprochait.

Elle aurait presque pu croire que Bellatrix elle-même était venue lui demander des comptes, ce qui était sans doute un peu ironique compte tenu de la situation.

Elle s'arrêta à une dizaine de centimètres du portail.

- Tu voulais me voir, ma très chère sœur ?

Androméda eut un rictus qui découvrit ses dents à la manière d'un animal sauvage.

Elle s'attendait à une longue litanie d'insultes – Androméda pouvait se montrer très crue à sa façon – mais sa sœur retrouva toute sa maîtrise l'espace d'un battement de cils.

- Que leur as-tu fait ? demanda-t-elle seulement, sa voix plus grave que d'habitude et ses mots heurtés.

- J'ai juste réparé tes bêtises puisque, visiblement, c'est le rôle que j'ai reçu dans notre fratrie.

Si cela était encore possible, le regard de sa sœur devint encore plus incendiaire et elle raffermit sa prise sur sa baguette.

Elle s'empêcha de prendre la sienne. Elle ne risquait rien derrière les protections du manoir et un tel aveu de faiblesse ne servirait pas ses intérêts.

- Mes bêtises ?! Ils ont le droit de savoir !

- Bien sûr, mais ce n'était certainement pas ta place de jouer les indiscrètes.

- Qui d'autre l'aurait fait, hein ? Certainement pas toi ! Maellyn a le droit de savoir !

Elle réussit à rester impassible : elle s'était habituée à être la méchante pour Androméda et, au fond, sa sœur avait sûrement raison. Maellyn allait la haïr pour lui avoir menti, et encore plus pour l'avoir obligée à être Alya Lestrange.

Elle avait juste repoussé l'inévitable en renvoyant sa famille moldue aux Etats-Unis.

- Je connais Maellyn, elle est trop jeune pour connaître la vérité. J'agis dans son seul intérêt.

Androméda éclata d'un rire mauvais et des étincelles d'un rouge profond s'échappèrent de sa baguette.

- Tu agis dans ton seul intérêt ! Jusque-là, je croyais que tu avais peur que ta chère filleule te haïsse – ce qu'elle ne manquera pas de faire, crois-moi – mais je crois plutôt que tu es terrifiée à l'idée du scandale que toute cette histoire causera ! Tu sacrifies le bonheur d'une enfant sur l'autel de ton statut et de ta réputation ! Ton égoïsme me donne envie de vomir, Narcissa !

- Ma seule priorité est le bonheur de Maellyn !

- Je me suis peut-être trompée sur Sirius toutes ces années, mais tu ne me feras pas croire que sa fille est heureuse dans le monde Sang-Pur ! L'argent, les fêtes, les précepteurs... Tout ça ne rachète pas l'étiquette, la pression et la perversité ! Pourquoi crois-tu que Bellatrix est devenue folle, que Sirius a fait ce qu'il a fait et que Regulus est mort à 19 ans ?! Si tu agissais vraiment dans l'intérêt de Maellyn, tu l'aurais laissée partir aux Etats-Unis avec sa famille !

- Je suis sa famille !

- NON ! Tu es une complice de la femme qui a tué sa mère et qui l'a kidnappée alors qu'elle n'avait que quelques jours ! Tu es sa geôlière et tous tes prétendus bons sentiments n'y changeront rien !

- Pour quelqu'un qui ne s'est jamais inquiétée de ce qu'était devenue la fille de Sirius, je trouve tes leçons de morale particulièrement déplacées.

Androméda eut un cri de rage et des étincelles rouges s'échappèrent de sa baguette.

- Je pensais que Bellatrix l'avait tuée ! Si j'avais su la vérité, tu peux être certaine que j'aurais tout fait pour qu'elle soit réunie avec sa famille moldue ! J'ai grandi dans le monde Sang-Pur, j'en connais la violence.

Elle ne put retenir un éclat de rire mauvais à son tour.

- A t'entendre on pourrait croire qu'on torture les enfants !

- C'est ce que vous faites ! J'ai entendu parlé de ce qui était arrivé au fils Rowle, et de ce que j'ai vu de Maellyn à King Cross, je doute qu'elle ait beaucoup dormi depuis des semaines !

- C'est à cause des Détraqueurs...

- Et que font les Détraqueurs au juste, Narcissa ?!

Elle serra les dents.

- J'en ai assez entendu ! Il est temps pour toi de quitter ma propriété.

Androméda plissa les yeux, imitant inconsciemment une manie de leur mère.

- Tu ne t'en sortiras pas aussi facilement, Narcissa. Maellyn ne t'appartient pas.

- Tu as raison, elle n'appartient à personne d'autre qu'elle-même, et si tu t'inquiètes vraiment pour elle, tu vas me laisser lui annoncer la vérité au moment que je choisirais propice.

- Et tu crois que je vais te laisser faire comme bon te semble ?

- Oh, je vois difficilement comment tu pourrais bien t'opposer à mes décisions, Androméda. Tu as renoncé à toute l'influence que tu aurais pu avoir en épousant ce Né-Moldu.

- Tu n'es pas intouchable, Narcissa ! Je serais curieuse de ce que Lucius pourrait bien penser de toute cette histoire. Ou encore Rita Skeeter.

Elle eut un sourire glacial.

- Je ne sais pas ce que tu cherches à prouver, Androméda, mais on sait toutes les deux qu'aucune de ces deux voies n'aboutira.

- Je n'en serais pas aussi sûre à ta place.

Elle aurait pu lui expliquer à quel point elle avait tort, sauf que cela risquait de l'encourager plutôt qu'autre chose. Rita Skeeter était un requin assoiffée de scandales, mais elle avait toujours veillé à ne pas éclabousser les familles des Vingt-Huit Consacrées, à commencer par les Malefoy.

Une telle révélation pourrait lui compliquer singulièrement la tâche et menacer son secret, mais entre sa parole et la sienne, beaucoup se rangerait aux mots de Narcissa Malefoy, pas à ceux du vilain petit canard des trois sœurs Black.

Quant à Lucius, il pourrait être révolté par la vérité autant qu'il le voudrait, il serait encore plus effrayé par le scandale qui en découlerait si l'histoire s'ébruitait.

Si Androméda pensait obtenir un allié, elle risquait d'être déçue.

- Si tu n'es pas partie dans la minute, Androméda, je fais sommer les Brigardiers.

Androméda la dévisagea avec dégoût.

- Nous n'en avons pas terminé, Narcissa. Tu ne pourras pas toujours te réfugier derrière les grilles de ta prison dorée.

Elle ne put retenir un soupir soulagé quand sa sœur transplana, et il lui fallut un long moment pour calmer les battements désordonnés de son cœur et les tremblements de ses membres.

Elle était loin d'avoir gagné la guerre que sa sœur avait déclaré, mais elle avait au moins remporté deux batailles consécutives et il faudrait plusieurs mois à sa sœur pour inventer des représailles.

Et si vraiment elle devenait trop gênante, elle n'aurait aucun scrupule à altérer sa mémoire à elle aussi s'il le fallait.

Samedi 30 Avril 1994, Poudlard, Ecosse.

Cher Christopher,

Je suis désolée d'apprendre que ton bataillon et toi ayez perdu autant de places dans le classement de ton année. Cette Zora m'a tout l'air d'être une vraie peste. Tu peux quand même te dire qu'ils t'ont vraiment accepté finalement, si Bjorn a pris ta défense. J'attends plus de détails en tout cas, parce qu'elle devait faire une sacrée tête après que tu l'aies poussée dans le lac !

De mon côté, nous avons perdu le tournoi des Quatre Maisons, et il nous sera quasiment impossible de remporter la Coupe, à moins que Potter et sa petite bande ne soient pris d'une envie de faire perdre des points à leur maison (je te passe le match en question... Pour faire court, notre maison n'a pas misé sur la finesse et Draco s'est fait coiffer au poteau pour le Vif d'Or par Potter).

Ici aussi les examens approchent. J'ai commencé mes révisions mais j'ai l'impression que je ne vais jamais réussir à tout retenir, et ce n'est que la deuxième année. Quand je vois les cinquièmes et les septièmes complètement épuisés et à bout de nerfs, ça ne me donne pas du tout envie de passer mes BUSES ou mes ASPICS... Surtout qu'oncle Lucius serait capable de me mener la vie dure si j'ose ramener autre chose que des Optimals.

Cette semaine, le professeur Rogue nous a parlés des options que nous pourrions prendre à la rentrée prochaine. Vu ce que me raconte Draco des cours de Soins aux Créatures Magiques – ils n'étudient que des trucs affreux et dégoûtants – ou ce que Nani pense de la Divination, il ne me reste plus que Arithmancie et Runes. Ce sont toutefois deux matières très difficiles, et avec mes leçons supplémentaires de Métamorphose et de Sortilèges, je risque d'être noyée sous le travail l'année prochaine. Tu ne seras pas surpris d'apprendre que Deloris a malgré tout choisi Divination. Elle hésite encore entre Arithmancie et Runes alors qu'elle a horreur des calculs... J'ai beau la connaître depuis toujours, parfois, je n'arrive pas vraiment à la suivre.

- Lestrange, je vais assassiner ton cousin !

L'éclat de voix de Pansy précéda d'une courte seconde la rencontre violente de la porte de notre dortoir avec le mur.

Je m'empressai de refermer ma bouteille d'encre et de ramasser ma lettre pour la mettre en sécurité, loin du regard indiscret de Pansy, avant de relever les yeux vers elle.

Sans surprise, elle ne semblait pas aussi en colère que ce que son ton aurait pu laisser imaginer sauf que, comme souvent, ce n'était pas vraiment bon signe chez elle.

- Je te rappelle que si tu fais une chose pareille, tu devras affronter la fureur de ma tante, et je ne souhaiterais même pas ça à mon pire ennemi.

- Si ta tante était là, elle l'aurait tué elle-même, et depuis longtemps !

- Elle l'a mis au monde, le privilège de le lui faire quitter lui revient de droit.

Pansy me dévisagea.

- Ce n'est pas de toi ça, petite.

- Non.

Un sourire mauvais étira ses lèvres

- J'adore Narcissa Malefoy. Et j'admire surtout sa patience.

J'eus un soupir. Je n'avais pas besoin de lui demander ce qu'avait encore fait Draco.

Une semaine après la finale de la Coupe des Quatre Maisons, l'ambiance était encore morose parmi les Serpentards. Personne n'arrivait à digérer le fait que, cette fois encore, les Gryffondors allaient remporter la coupe des Quatre Maisons, mais le plus dur à accepter était sans doute que, cette fois, ils avaient gagné à la loyale.

Potter n'avait pas eu besoin d'une aventure grandiloquente, au cours de laquelle il aurait risqué sa vie et sauver l'école – voir le monde sorcier – d'une menace que seul lui avait vu venir.

Non.

Il avait juste eu besoin d'un balai surpuissant et d'un vent favorable pour attraper un Vif d'Or lors d'un match de Quidditch.

Une autre fois, Serpentard se serait outré qu'il n'y ait pas une règle obligeant les Attrapeurs de chaque équipe à s'affronter sur des balais équivalents, mais aucun d'entre nous n'était assez stupide pour tendre le bâton avec lequel ils se feraient battre par la suite.

Bien entendu, le plus affecté par notre défaite était sans nul doute mon cousin.

Se faire battre par Potter était une chose – il devrait avoir l'habitude, avait cru nécessaire de relever Blaise quelques jours plus tôt – mais c'était pire que ça. Cette fois, Draco avait vu le Vif d'Or en premier, et il ne lui avait manqué que quelques centimètres – ou un brin de folie – pour devancer Potter. Il aurait pu être le héros de notre maison, et il était désormais convaincu qu'il en était le membre le plus détesté, sans oublier qu'il s'était convaincu qu'il allait perdre son poste d'Attrapeur à la rentrée prochaine.

Tout ça à cause de Potter.

Résultat de toute cette histoire, il passait le plus clair de son temps enfermé dans son dortoir et se révélait particulièrement mutique quand il daignait sortir le bout de son nez.

Naturellement, Pansy menaçait quotidiennement de le faire mourir dans d'atroces souffrances – quand bien même nous savions tous qu'elle ne mettrait jamais ses menaces à exécution – et même Vincent et Gregory reconnaissaient qu'il exagérait cette fois.

Puisque nous n'avions pas eu cours aujourd'hui, il avait décidé de ne pas quitter son dortoir de la journée.

- D'après Théodore Nott, il est encore en pyjama, et il s'est sûrement goinfré de bonbons toute la journée. Si tu n'interviens pas, il va finir obèse, et en plus de sa stupidité, ça risque de faire beaucoup pour la même personne !

- Tu as été le voir ?

Son regard sombre fit manquer un battement à mon pauvre cœur.

- Je supporte son silence obstiné à longueur de journée, Lestrange. A ton tour.

J'avais profité que Deloris passe sa soirée à la bibliothèque pour terminer son devoir de Potion avec Sven pour m'installer confortablement dans mon lit, avec pour ambition de répondre à Christopher et de pouvoir m'atteler à la dernière lecture du professeur McGonagall.

J'étais au chaud, au calme, et déjà en pyjama. La perspective de devoir traverser la salle commune pour tirer les vers du nez à Draco était encore moins réjouissante que d'habitude.

J'aimais mon cousin, mais douze longues années à ses côtés m'avaient appris une chose : quand il se montrait aussi dramatique, seul le temps pouvait le ramener à la raison.

Une semaine était loin d'être un délai suffisant pour cela.

- Tu sais très bien comment il est, Pansy... Il va finir par passer à autre chose.

Pansy croisa les bras sur sa poitrine et plissa les yeux.

- Nous sommes à un mois des examens ! S'il continue comme ça, Potter va réussir à avoir de meilleures notes que lui et il y a une limite à ce que je peux tolérer en ce bas monde.

Je retins une grimace : je n'avais pas du tout penser à ça et, au-delà du fait que je ne voulais pas que mon cousin ait des ennuis à cause d'un mauvais bulletin de notes, j'allais être celle qui devrait le supporter tout l'été si Potter le surpassait.

Je faillis renoncer quand Pansy eut un soupir abattu.

- S'il-te-plaît, petite.

Je pouvais compter le nombre de fois où Pansy m'avait poliment demander de l'aide sur les doigts d'une main et je faillis presque me pincer pour être certaine de ne pas avoir rêvé.

Une petite voix au fond de mon crâne me souffla de ne pas laisser passer ma chance.

- Très bien, mais je veux récupérer mon Eclair de Feu.

Elle rejeta ses longs cheveux noirs en arrière et me dévisagea avec attention.

- Pourquoi ?

Je n'en crus pas mes oreilles.

- Parce que c'est mon balai et que tu le gardes en otage depuis trop longtemps !

Elle hésita et l'intensité de son regard s'accentua encore. J'eus presque l'impression que son esprit essayait de pénétrer mes défenses...

Et si je considérais le nombre de familles des Vingt-Huit consacrées versées en Légilimencie, il y avait de bonnes chances pour que cela soit plus qu'une impression.

- Tu ne fais plus de mauvais rêves ?

Je n'avais pas fait le moindre cauchemar depuis mon retour des vacances, sans que je ne sache si cela était dû à mes exercices d'Occlumentie, la nouvelle potion du guérisseur Perrin, l'attrape rêve ou la pochette de pierres semi-précieuses que je gardais sur moi à longueur de temps.

- Est-ce une façon détournée de me faire comprendre que j'ai mauvaise mine ?

Elle fit claquer sa langue contre son palais.

- Malhorne, fait-elle encore des cauchemars ?

Je tournais la tête vers Crystal. Elle était montée en même temps que moi pour lire un livre – Rogue était au moins aussi exigeant que le professeur McGonagall et il ne l'épargnait pas – et elle releva les yeux de sa lecture, feignant avec grâce de ne pas avoir parfaitement écouté la conversation depuis que Pansy avait fait son entrée dans notre dortoir.

- Si ça avait été pas le cas, tu aurais été la première au courant, Parkinson.

J'en perdis le contrôle sur ma mâchoire.

- Plaît-il ?!

Elle haussa les épaules et reprit le fil de sa lecture, comme si elle ne venait pas d'admettre qu'elle rendait des comptes à non moins que Pansy Parkinson sur la qualité de mon sommeil !

- J'ai fait un marché avec Parkinson.

- Tu as fait un marché avec Pansy ?!

- C'est ce que je viens de dire, non ? Mais ne t'inquiète pas, j'ai juste négocié le dossier secret qu'elle a sur Deloris. J'ai hâte de pouvoir placer mes nouvelles anecdotes pour la remettre à sa place.

J'en perdis ma langue une folle seconde.

- Tu as des dossiers secrets sur nous ? Depuis quand ?

Pansy eut un geste négligeant de la main.

- Depuis toujours. La connaissance est un pouvoir absolu. Maintenant, va voir ton foutu cousin et fais en sorte qu'il redevienne raisonnable.

Je repoussai les couvertures avec un grognement résigné.

- Je veux récupérer mon Eclair de Feu.

- Si Draco arrête de se comporter comme un illustre crétin, je n'y vois pas d'inconvénient.

Sans surprise, il y avait encore beaucoup de personnes dans la salle commune, dont Blaise, Vincent et Gregory, tous les trois penchés sur leurs révisions.

Notre défaite semblait en avoir motivé plus d'un à obtenir les meilleurs résultats possibles pour défendre l'honneur de Serpentard.

Bien entendu, il fallait encore que Dumbledore n'ait pas l'idée d'annuler les examens parce que Potter aurait réussi à écrire son prénom.

Personne ne sembla remarquer mon pyjama ou mes papillotes, et je me retrouvais bien vite devant la porte du dortoir des garçons de troisième année.

Je frappais doucement, mais je n'attendis pas que Draco m'invite à entrer pour pousser la porte. Sans surprise – Pansy avait pour ainsi dire dépeint la scène – il était dans son lit, ses couvertures recouvertes par de trop nombreux emballages de friandises – celles qu'oncle Lucius lui envoyait quotidiennement – et il fixait le Vif d'Or dans sa main avec hargne.

J'eus un soupir et il releva les yeux vers moi.

- Tu es ridicule, cousin.

- Je ne t'ai pas demandé ton avis sur la question. Va-t-en.

Je décidai plutôt de m'approcher et je m'installai sur son matelas, mon dos appuyé contre le montant du baldaquin.

- Ce n'est que la Coupe des Quatre Maisons, Draco. Ce n'est pas si grave que nous perdions.

Son visage s'assombrit et j'attendis qu'il trouve le courage de me répondre.

- On avait enfin la possibilité de battre ces maudits Gryffondors, et j'ai tout gâché.

Je secouai la tête.

- Tu as vu le Vif d'Or en premier, tu l'avais presque mais Potter a un balai plus puissant que le tien... Honnêtement Draco, si quelqu'un ose te reprocher cette défaite, il aura à faire à moi ! Tu as même joué à la déloyale en t'accrochant au balai de Potter la première fois qu'il a vu le Vif. Si Flint avait réfléchi à une meilleure stratégie, on n'en serait pas là non plus.

Draco joua avec son Vif d'Or pendant une longue minute.

- Tu dis ça, mais je suis sûr que tout le monde me déteste...

Je levai les yeux au ciel. Draco s'était convaincu que la popularité était la clé du succès, oubliant au passage toutes les mises en garde de Nani à ce sujet...

- Comme si ça changeait de d'habitude.

- Pourquoi tu dis ça ?

Je haussai un sourcil.

- Vraiment ?

- Vraiment oui ! Blaise est bien plus populaire que moi dans les autres maisons, mais en règle générale, je ne pense pas que les autres Serpentards me détestent.

L'espace d'une seconde, j'eus du mal à en croire mes oreilles. Nani nous avait prévenu que nous serions courtisés d'une façon ou d'une autre à Poudlard, et que nous devrions veiller à bien nous entourer. J'avais Crystal et Christopher, il avait Pansy, Gregory et Vincent. Pour ce qui était des autres, je surveillais mes paroles et veillais à être diplomate pour ne pas m'attirer des rancoeurs.

Je n'aurais pas dû avoir besoin d'expliquer tout ça à Draco.

- Je t'accorde que ceux qui ne nous détestent pas se contentent de nous juger de loin, mais ne sois pas naïf au point de croire que nous sommes aimés, dis-je d'un ton un peu plus cassant que prévu.

Il ouvrit la bouche à plusieurs reprises avant de se décider à garder le silence pendant une longue minute. Je n'avais pas besoin d'être Legilimens pour deviner qu'il accordait un temps de réflexion à mes paroles, ce qui constituait presque une première.

- Tu le penses vraiment ?

J'haussai les épaules.

- C'est sans doute plus vrai pour moi que pour toi, avec ce qu'ont fait mes parents... Mais si tu veux mon avis, il y aurait eu des personnes pour te reprocher d'avoir fait gagner notre équipe si tu avais attrapé ce Vif d'Or. Tu auras ta revanche sur Potter.

Il eut un soupir puis me tendit une boîte de Chocogrenouille avec un demi-sourire.

- Qu'est-ce que Pansy a-t-elle dû te promettre pour que tu viennes me faire une leçon de morale ?

- De me rendre mon Eclair de Feu, ce qui est ridicule, parce qu'il s'agit de mon balai pour commencer !

Il grimaça.

- Elle s'inquiète pour toi.

- Et bien dis lui que j'ai assez d'un grand frère à la fierté fragile pour en plus devoir supporter une grande sœur aux tendances tyranniques.

Il eut un éclat de rire et je lui souris doucement, touchée par l'étrange lueur au fond de ses yeux gris. Un peu comme celle de Nani quand je reconnaissais à demi-mot qu'elle était bien plus que ma marraine pour moi.

C'était stupide de leur part, vraiment.

Ils étaient les deux seules personnes que je considérais comme ma famille et pour qui je serais capable du meilleur comme du pire.

C'était aussi simple que ça.

Lundi 9 Mai 1994, Poudlard, Ecosse.

Une fois n'était pas coutume, le bureau du professeur McGonagall était envahi par des piles de rédactions et, vu ses sourcils froncés et ses lèvres pincées, je doutais que l'auteur du parchemin qu'elle était en train de lire aurait bien plus qu'un A.

Je pris place sur la chaise laissée libre à mon attention – l'autre servait d'annexe à la bibliothèque et j'espérais que la dizaine de livres n'était pas pour moi car j'avais des examens à réviser – et attendis patiemment que mon professeur relève la tête.

Elle griffonna un P écarlate en haut de la copie et je grimaçai.

- Ne faites pas cette tête, Miss Lestrange. De la part d'étudiants de sixième année, j'attends un peu plus que des politesses sur la Métamorphose Humaine. Rappelez-moi où nous en étions restés la dernière fois ?

- Vous m'avez demandé de reproduire chacun des sortilèges de Transfert que j'ai travaillé depuis le début de l'année.

Elle eut un sourire.

- Très juste. Et vous vous en êtes très bien sortie. J'aurais aimé que vous maîtrisiez les sortilèges d'Animation avant l'été, mais nous n'aurons pas le temps de tout couvrir, surtout maintenant que votre tante m'a fait promettre de vous ménager...

Seule ma bonne éducation – celle que ma tante avait justement imprégné jusqu'à mes os – m'empêcha de grogner à la manière d'un animal sauvage.

J'avais déjà eu l'occasion de croiser la théorie concernant les sortilèges d'Animation – transformer de la matière morte en matière vivante – et c'était tout simplement passionnant. C'était l'une des principales applications de la cinquième loi de Gamp, soit donc le cœur même de la Métamorphose...

Et j'allais devoir attendre l'année prochaine pour pouvoir m'y pencher !

Tout ça à cause de stupides examens...

- N'en voulez pas trop à votre tante, Miss. J'avais de toute façon prévu de réduire votre masse de travail jusqu'aux examens. Ces derniers mois ont montré que vous avez une bien piètre notion de vos limites...

Je n'avais rien de bien intelligent à répondre à ça, étant donné que mes expérimentations en Occlumentie avaient bien failli me tuer, et que mes cauchemars avaient essayé de m'achever après cela. A chaque fois que je croisais l'infirmière, j'avais l'impression qu'elle se retenait de sortir sa baguette pour me faire subir un examen.

- Que vais-je étudier ?

Le professeur McGonagall fit claquer ses doigts et une chouette de l'école vint se poser devant moi. A la façon dont ses yeux jaunes me fixèrent avec méfiance, j'étais certaine qu'elle faisait partie de celles qui refusaient systématiquement de porter mes lettres à Christopher – j'avais plus que hâte que Draco ait son propre hibou car je commençais à être à court d'options quand je me rendais à la volière –.

- Les sortilèges de Transferts occupent une large partie du programme de quatrième année et je voudrais voir si vous sauriez me transformer cette chouette en une paire de jumelles d'opéra.

Je fis de mon mieux pour masquer ma déception. A côté des dernières métamorphoses auxquelles je m'étais attelée – dont celle très technique d'un chat en ameiurus melas – il s'agissait clairement d'une régression.

- Quelle est la formule ?

Elle haussa un sourcil.

- Voyons Miss Lestrange, après toutes ces leçons, vous être en mesure de la trouver par vous-même si vous réfléchissez. Il n'y a pas de mystères en Métamorphose.

Sans plus de consignes, ni d'aide de la part de McGonagall – qui continuait de corriger ses parchemins en secouant la tête à intervalles réguliers –, je mis une longue demi-heure à retrouver dans les méandres de ma mémoire la structure des formules pour ce genre de Transferts, cinq minutes pour traduire chouette et jumelle d'opéra en latin, et encore une dizaine de minutes pour adapter le mouvement de baguette.

A mon premier essai, la chouette me donna l'impression de vouloir éclater de rire si elle en avait été capable.

Alors je fis preuve de plus de viciosité et je donnai un coup de poignée plus sec : la paire de jumelles était encore recouverte de plumes, la poignée se terminait par une patte encore pourvue de serres, et ma transformation ne dura que quelques secondes, mais cela suffit à me confirmer que j'étais sur la bonne voie.

A l'issue de ma leçon, la paire de jumelles aurait sans doute pu passer pour celle de ma tante – du bois de rose, de la nacre éclatante et un manche doré gravé de fleurs –. Le professeur McGonagall m'adressa un sourire et étudia mon travail sous toutes ses coutures, cherchant les défauts qui m'échappaient parfois.

- Vous avez vraiment réalisé de beaux progrès cette année, Miss Lestrange. Je vais vous préparer une liste de lectures pour cet été. Si tout se passe bien, vous vous attaquerez aux sortilèges d'Animation dès la rentrée prochaine.

Les compliments du professeur McGonagall étaient presque aussi rares que ceux de Rogue, aussi pris-je le temps de le savourer avant de ranger ma baguette et de quitter la pièce, rageant tout de même en silence de devoir attendre une semaine de plus, puisque mes leçons particulières s'étaient espacées à l'approche des examens.

Quand j'ouvris la porte du bureau, je faillis percuter de plein fouet quelqu'un, et il me fallut une longue seconde pour la reconnaître.

A vrai dire, sans l'oeil magique d'un bleu électrique qui me dévisageait, j'aurais sans doute été incapable d'identifier Miss Ross, la préceptrice de Christopher.

Elle avait teint ses cheveux en blond et les avait drastiquement coupés depuis la dernière fois que je l'avais vue – le lendemain de l'évasion de Sirius Black –, sans oublier sa robe de sorcière à la toute dernière mode d'un bleu marine très élégant.

- Bonjour, Miss Lestrange.

J'échouai lamentablement à la saluer en retour, encore trop surprise par cette rencontre improbable.

Il y avait de bonnes chances pour que je ressemble à un poisson hors de l'eau, ce qui était loin de me montrer sous mon meilleur avantage – même si, dans l'absolu, Miss Ross m'avait plusieurs fois vue en pyjama cet été, et même en maillot de bain –.

- Madelyn ? Je pensais que tu ne devais venir que demain !

- Les affres de l'âge ne t'épargnent plus, ma très chère tante.

McGonagall eut un soupir agacé – celui qu'elle réservait souvent aux bavards intempestifs lors de nos cours – et ce fut ce détail qui me fit quitter mon étrange transe.

Tandis qu'un demi million de questions dansaient sous mon crâne – de « Nani était-elle au courant ? »à « Comment ai-je pu passer à côté de cela ? » –, je pris aussi conscience que je me trouvais toujours sur le pas de la porte et que Miss Ross attendait que je me pousse pour pouvoir entrer.

Un sourire goguenard salua ma retraite et elle referma la porte derrière elle, non sans me transmettre un bonjour à l'attention de Chris.

Je restai un long moment au milieu du couloir, à peine convaincue de ne pas avoir imaginé ce qui venait de se passer.

Miss Ross n'avait pas menti quand elle m'avait dit que sa tante était une passionnée de Métamorphose !

Le choc s'estompa peu à peu, et, je me sentis même un peu bête de ne pas avoir deviné la vérité depuis longtemps. Maintenant que j'y pensais, Miss Ross avait un véritable air de famille avec le professeur McGonagall, il y avait cette histoire de Métamorphose et tous ces livres à la fois accessibles à une première année et dans le prolongement de ce que j'avais vu l'année dernière...

Sans oublier qu'il y avait de bonnes chances pour que Nani ait parfaitement eu conscience de l'identité de la préceptrice de Chris.

- Qui d'autre est au courant ?

- Minerva McGonagall.

Le souvenir me revint à la façon d'une pensée fulgurante qui n'attendait qu'une occasion pour se refaire connaître.

D'une façon ou d'une autre, le professeur McGonagall était dans les confidences de ma tante – du reste, d'au moins une d'entre elle – et la nature du secret que Madame Tonks avait découvert cet été pouvait très bien être au cœur de toute cette histoire.

L'envie de savoir – Circée en soit témoin, Nani nous cachait de plus en plus de choses depuis l'évasion de Black – et j'avais peut-être la parfaite opportunité de découvrir l'information essentielle qui nous permettrait, à Draco et moi, de mettre de la lumière dans toutes ces zones d'ombres.

Sans oublier que mon cousin serait capable de me tuer si je laissais passer une occasion pareille !

Malgré le fait que ce soit l'opposé du bon sens – je ne donnais pas cher de ma peau si je me faisais prendre –, je déposai mon oreille contre le battant de bois, priant pour que je puisse entendre quelque chose et que personne n'ait l'idée de passer par là.

Je dus d'abord calmer les battements désordonnés de mon cœur avant de pouvoir entendre quelque chose et, sans tous les exercices d'Occlumentie que je connaissais, cela aurait sans doute été impossible.

Douce Viviane, si je me faisais prendre, le professeur McGonagall allait être furieuse, et elle pourrait très bien décider de ne plus me donner de leçons particulières – ce qui serait une catastrophe –.

D'un autre côté, Draco et moi tournions en rond dans nos hypothèses pour expliquer le comportement de Nani – elle ne nous avait jamais rien caché et je craignais parfois le pire –.

Il y avait quelque chose qui gênait ma logique de façon profonde dans toute cette histoire...

J'avais besoin de réponses !

- J'ai vu Androméda Tonks hier, comme convenu. D'après elle, Lady Malefoy aurait effacé la mémoire de la famille moldue de Judy Adler, et les aurait renvoyés aux Etats-Unis sans autre forme de procès.

- Cela ne lui ressemble pas de prendre un tel risque.

- Elle semble déterminée à garder son secret. Elle va devoir se montrer plus prudente que ça, surtout si sa nièce aime écouter aux portes.

Le bois devint brûlant sous mon oreille, sans que je ne puisse être vraiment certaine ce qui, de mon imagination ou d'un sortilège, en était la cause.

De peur que McGonagall ou sa nièce ne sorte pour me faire une leçon de morale, je m'éloignai à grand pas, cherchant à comprendre comment Miss Ross avait bien pu deviner une chose pareille !

Je n'avais pas fait de bruits, et je doutais qu'un sortilège permette d'alerter le professeur McGonagall, car il se serait déclenché aussitôt mon oreille sur la porte, non ?

Et puis, je me souvins de l'oeil magique de Miss Ross, et de cette désagréable impression d'être mise à nue à chaque fois qu'il me détaillait...

Durant l'été, elle avait fait plusieurs remarques qui nous avait laissés penser, Draco, Christopher et moi, que son œil magique voyait bien plus loin qu'un œil normal, mais il nous avait été très difficile de déterminer si elle plaisantait ou pas.

Je rejoignis les quartiers de Serpentards en un temps record, ne croisant personne en chemin – ce qui n'était pas plus mal, parce que je n'étais pas d'humeur à faire la conversation à quiconque –. Draco était installé avec ses amis, tous penchés au-dessus de leurs notes en vue des examens. Depuis la défaite de notre maison à la coupe de Quidditch, le mot d'ordre implicite était d'obtenir les meilleurs résultats possibles, puisque les Directeurs de Maison attribuaient des points en fonction des notes.

Sven s'était laissé aller à quelques pronostics et certifiait que nous étions encore en course, agitant un parchemin maculé de calculs compliqués à quiconque le traitait de fou. Il oubliait un peu trop facilement que le hold-up de fin d'année était la spécialité des Serdaigles, et qu'ils avaient eu plusieurs siècles pour peaufiner leurs techniques.

Nos chances de succès étaient infimes mais personne ne pourrait nous reprocher d'avoir laissé les Gryffondors gagner sans mener notre dernier combat jusqu'au bout.

- Draco, il faut que je te parle, soufflai-je à l'oreille de mon cousin, soucieuse de ne pas m'attirer les foudres de Daphné ou pire, celle des septièmes années.

Il eut un grognement qui semblait signifier « je t'écoute », sauf qu'il pouvait tout aussi bien penser « je m'en fiche » et me fusiller d'un regard sombre si j'osais continuer.

- C'est important !

Il fallut que je le tape un peu sèchement sur l'épaule pour qu'il daigne relever les yeux vers moi.

- Quoi ?!

- Il faut que je te parle d'un truc !

- Quoi ?

- Pas ici.

Il plissa les yeux, un peu à la manière de son père, ce qui précédait toujours un « non » retentissant.

- Je te promets que tu ne vas pas le regretter.

Il hésita, mais il était loin d'être le seul à savoir faire un regard de chiot battu sur commande.

- T'as plutôt intérêt à ce que ça en vaille la peine.

Puisqu'il ne pouvait pas me suivre dans mon dortoir – les escaliers étaient intraitables sur ce point – nous primes la direction du sien et je me laissai tomber sur son lit sans la moindre grâce. Il resta debout face à moi, ses bras croisés sur sa poitrine, et cet air de gamin capricieux que j'avais plus l'habitude de voir sur le visage de Deloris ces derniers temps.

- Alors ?

Je pris une seconde pour rassembler mes pensées, parce que j'avais presque couru jusqu'ici de peur de me faire attraper par le professeur McGonagall, et que j'étais loin d'avoir complètement analysé ce que je venais d'apprendre.

- J'étais avec le professeur McGonagall ce soir, pour ma leçon.

- Alya, je te promets que si tu m'as traîné ici pour me dire que tu as réussi un sortilège de cinquième année, je vais te montrer un des maléfices que j'ai appris l'année dernière au cours de duel !

Mon regard noir n'eut pas l'ombre d'un effet sur lui.

- J'ai croisé Miss Ross en sortant.

Le visage de Draco perdit en animosité et il se pencha vers moi.

Je retins mon sourire tordu au prix d'un immense effort.

- C'est la nièce du professeur McGonagall.

Il écarquillât les yeux.

- Tu penses que Maman le sait ?

J'haussai un sourcil.

- Tu crois vraiment qu'un tel détail a pu lui échapper ?

Nani n'était pas une commère aussi indiscrète que Lorelyn Parkinson ou Regina Zabini, mais cela ne l'empêchait pas de savoir beaucoup de choses sur beaucoup de personnes.

- Tu as raison, souffla Draco. En plus, Maman et elle sont du même âge, elles ont dû faire leurs études dans les mêmes années... Elle est forcément au courant. Tu penses qu'elle a demandé à McGonagall d'envoyer sa nièce pour aider Christopher ?

Je pris le temps de réfléchir à cette éventualité : Miss Ross avait gardé une large part de mystère, malgré le fait que nous l'ayons côtoyée tous les jours, mais j'étais certaine de plusieurs choses. Elle était brillante en sortilèges – et passionnée par le sujet –, elle était dangereuse une baguette à la main – ce que je comprenais un peu mieux maintenant – et elle n'était pas vraiment préceptrice. Elle avait évoqué de nombreux voyages, dont au moins trois différents en Egypte.

Il n'y avait pas beaucoup de raisons d'aller se perdre dans un pays aussi sauvage, à moins de vouloir percer les secrets des pyramides.

- Miss Ross est au moins une Briseuse de Sortilèges, voire même une Analyste de Maléfices... Chris...

J'eus un soupir en repensant à l'état dans lequel j'avais retrouvé mon meilleur ami un an de cela, amaigri et une lueur sombre au fond de ses yeux si clairs. Il avait perdu trop de fois le contrôle sur sa magie – me blessant une fois au passage – pour que Nani ne prenne pas des mesures drastiques.

Recruter une personne de la trempe de Miss Ross était tout à fait dans son style.

- La magie de Christopher était dangereuse l'été dernier. Je ne sais pas si Nani est passée par le professeur McGonagall, mais ce n'est pas impossible. Surtout qu'elle savait ce que les Rowle avaient fait.

Draco me dévisagea.

- Ah bon ?

- Christopher était là quand le professeur McGonagall est venue prévenir Nani que j'avais été pétrifiée. Elle l'a vu et elle n'est pas stupide...

Non seulement cela, mais elle semblait être dans de nombreuses confidences concernant les secrets de ma tante, alors même que j'étais certaine que Nani et elle n'entretenaient pas une amitié secrète.

Quoique, jusqu'à l'été dernier, je pensais que mes deux tantes ne s'étaient pas adressées la parole depuis des années et il s'était avéré que ce n'était pas tout à fait la stricte vérité.

- Et qu'est-ce qu'elle venait faire ici ? Saluer sa tante ?

- Non... Apparemment, elle a rencontré Madame Tonks hier. Nani aurait effacé la mémoire de la famille d'une certaine Judy Adler et l'aurait renvoyée aux Etats-Unis.

Les yeux de Draco s'arrondirent tellement que je crus une folle seconde qu'ils allaient sortir de leur orbite, avant qu'il ne se reprenne en fronçant les sourcils.

- Adler ? Pas White ?

Il me fallut une seconde pour comprendre où il voulait en venir.

La lettre !

Celle qu'Androméda Tonks avait donné à ma tante, et qui avait été signée par un mystérieux Burt White, sans doute moldu, possiblement de la famille de notre cousine Illégitime...

Celle qui, selon Nani, vivait aux Etats-Unis.

Mon cousin hocha la tête, sûrement parce que mon expression témoignait de ma compréhension.

Pourtant, j'avais l'impression d'avoir seulement réussi à assembler une ridicule poignée des pièces du puzzle. Il y avait tant de choses que je comprenais toujours pas – l'implication de Madame Tonks dans toute cette affaire, celle du professeur McGonagall, le secret autour de cette cousine, les liens entre tout cela et l'évasion de Sirius Black, et sans doute même l'expéditeur de mon Eclair de Feu – et j'étais toutefois intimement convaincue que nous avions peut-être la réponse juste sous nos yeux.

C'était encore plus rageant que d'être sur le point de réaliser la parfaite Métamorphose et de rester coincé sur un point d'adhérence.

- Tu penses que la petite-amie de Sirius Black était cette Judy Adler ?

Je haussai les épaules.

- C'est ma meilleure conjecture. On a aucun moyen de vérifier cette information... Même la mère de Pansy n'avait pas réussi à apprendre son nom à l'époque.

J'avais pourtant eu une vague impression de familiarité en entendant Miss Ross prononcer ce nom, alors que j'étais certaine de ne l'avoir lu nulle part avant.

Draco fit la moue.

- Ça serait tellement plus simple si Maman voulait bien nous dire la vérité...

C'était sans doute l'euphémisme de l'année.

- Je suis sûre qu'elle pense avoir de bonnes raisons pour ne rien vouloir nous dire.

- Oh, je les connais ses raisons : elle essaye de nous protéger de quelque chose, ce qui signifie que nous n'allons pas apprécier la vérité quand nous réussirons à déchiffrer le mystère.

Mon cœur se serra : si j'en croyais Miss Ross, Nani venait d'effacer la mémoire de deux moldus et, possiblement, utiliser l'Imperium pour les obliger à quitter le sol anglais, tout cela pour éviter un scandale à la famille Black et préserver le secret à propos de notre cousine...

Nous avions toutes les raisons d'être inquiets.

Jeudi 12 Mai 1994, Poudlard, Ecosse.

Jin Wan s'était de toute évidence donnée beaucoup de mal pour notre soirée de révisions.

Depuis le retour des vacances, elle essayait de nous convaincre – enfin, surtout Deloris – de bien vouloir travailler de temps en temps avec elle, parce que sa cousine moldue – qui suivait des études pour devenir médicomage – lui avait expliqué comment elle faisait pour apprendre ses leçons, et que c'était juste génial.

Nous étions toutes les quatre installées sur nos oreillers au sol. Un imposant paquet de chez Honeydukesétait au milieu de notre cercle, entouré par sept piles de parchemins aux écritures colorées, disposées à côté du manuel de la matière concernée.

Deloris me jeta un regard qui semblait vouloir dire « c'est ridicule et on va perdre notre temps » et je décidai de l'ignorer.

Elle avait beau s'être convaincue que Jin était une demeurée sous prétexte que sa mère était Née-Moldue, je trouvais au contraire que Jin avait beaucoup changé depuis l'année dernière. Elle passait toujours des heures à gesticuler sur une musique de sauvage, mais elle travaillait plus régulièrement, et elle avait aidé Serpentard à amasser beaucoup de points, surtout en Défence contre les Forces du Mal – ce à quoi le professeur Lupin n'était peut-être pas étranger –.

Nous ne serions sans doute jamais les meilleures amies du monde, mais je commençais à apprécier sa compagnie.

- Chaque morceau de parchemin comporte une question sur le programme de l'année. On lance un dé, on compte à partir du paquet qui est devant nous la première fois et dans le sens des aiguilles d'une montre, puis on continue la fois d'après. Chacune d'entre nous est responsable de deux matières pour contrôler les réponses et expliquer son erreur si une personne se trompe. Si jamais on ne sait plus, on a toujours les livres et nos cours pour vérifier. Je pensais qu'Alya pourrait être chargée de la Métamorphose et de l'Astronomie Crystal, l'histoire de la magie et les potions Deloris, les sortilèges et aussi les potions et je me charge de la botanique et de la Défense.

- Et à quoi servent les chocolats ? demanda Crystal.

- A chaque fois qu'on donne une bonne réponse, on a le droit à une récompense.

- Si nous réussissons nos examens, nous seront donc obèses. Charmant.

Jin sembla prendre sur elle pour ne pas jeter un chocolat au visage de Deloris, sûrement dans l'espoir de lui faire perdre un œil.

- Tu n'es pas obligée d'en manger un à chaque fois. Ma cousine fait de la danse, donc elle ne s'autorise une récompense que quand elle répond à une question difficile.

Deloris ne trouva rien à dire à ça, et eut un air pincé qui me rappela son père.

- Je vais vous faire un exemple, comme ça, vous allez comprendre.

Jin lança le dé, tomba sur 4, ce qui l'amena à piocher une question d'Astrologie.

- Quelles sont les lunes de Jupiter ?

Jin les récita sans une ombre d'hésitation. Elle se limita bien sûr aux quatre principales – Io, Europe, Ganymède et Callisto – oubliant les sept mineurs – Himalia, Élara, Pasiphaé, Sinopé, Lysithéa, Carmé et Ananké – et les deux dernières découvertes – Léda et Themisto –.

Quand je lui en fis la remarque, elle s'empressa de compléter la réponse au dos de sa fiche.

- Tu penses que le professeur Sinistra peut les demander ?

Je fis la moue.

- Elle nous fait grâce des quarante-trois autres et celles-ci sont faciles à retenir, ce sont toutes des maîtresses de Jupiter dans la mythologie Romaine.

Au regard perdu de Jin, je me rappelai soudainement qu'elle n'avait pas tout à fait reçu la même éducation que moi : son père avait beau être Sang-Mêlé, il ne venait pas d'une famille des Vingt-Huit Consacrées, et la tradition du latin s'était sans doute perdue au fil des générations.

- J'ai un livre sur les mythes Romains. Je pourrais te le prêter si tu le souhaites.

Elle eut un sourire un peu crispé et passa le dé à Crystal.

Les question s'enchaînèrent, parfois très simples, parfois issues de rédactions plus complexes que nous avions réalisé au cours de l'année. Dans l'ensemble, Jin avait fait un très bon travail dans la rédaction de son jeu et je devais reconnaître que c'était un peu plus amusant de réviser toutes les quatre que de relire nos notes en silence.

Jin avait renommé les plantes que nous avions étudié en Botanique en fonction de leurs propriétés magiques, Crystal avait trouvé des anecdotes sur chaque chef de l'Assemblée Médiévale des Sorciers Européens, Deloris se montra étonnamment patiente quand elle dût corriger ma prononciation pour les Sortilèges, et je réalisai que j'avais une bien plus fine compréhension de la Métamorphose que mes trois camarades.

A mesure que le jeu s'étirait, nous frôlâmes plusieurs fous rires – à propos des potions, de la botanique et de la Défense contre les Forces du Mal – et nous nous laissions de plus en plus tenter par un chocolat à chaque bonne réponse.

Il régnait donc une ambiance animée dans le dortoir – une première – quand Pansy en poussa la porte.

Je vis son regard passer de Deloris, à Jin, aux piles de parchemins entre nous, avant qu'il ne revienne se fixer sur moi et qu'elle hausse un sourcil interrogateur.

- Vous n'espérez pas invoquer un démon pour assurer que les examens soient annulés à nouveau à l'aide de chocolats, n'est-ce pas ?

- Je pensais proposer ton âme en échange de son aide, répliquai-je.

Pansy eut un sourire mauvais.

- Trop tard, je l'ai déjà promise au Diable en personne. Je peux te parler, petite ?

Sa demande était presque polie – il y avait tout de même l'injonction d'un ordre dans le ton de sa voix – et cela, plus qu'autre chose, me poussa à faire un effort pour lui accorder deux minutes.

- Continuez sans moi, je reviens, soufflai-je à l'attention de mes trois camarades.

Pansy attendit tout juste que nous soyons dans le couloir pour m'attraper le bras et me traîner dans le dortoir des troisièmes années – où Millicent me fit un timide signe de la main – puis dans la salle de bain qu'elle verrouilla d'un sortilège.

Soudainement, je regrettai de ne pas avoir emporté ma baguette. Viviane seule savait ce dont Pansy voulait me parler – après tout, elle était excessive et sans gène – et je n'étais même pas en possession d'un moyen de la réduire au silence !

- Alors comme ça, tu espionnes Minerva McGonagall maintenant ?

Je retins in extremis le soupir soulagé qui faillit passer mes lèvres : connaissant la perspicacité énervante de Pansy, cela reviendrait à lui donner les pires idées.

- Draco est un incorrigible bavard, marmonnai-je.

N'y avait-il rien qu'il puisse cacher à Pansy ?

- Ton cousin aime avoir mon opinion sur ses théories fantaisistes. Je reconnais toutefois qu'il a l'air plutôt proche de la vérité. Je n'aurais jamais pensé Narcissa Malefoy capable d'utiliser la magie sur des moldus pour régler un différent.

- Vraiment ? Ma tante est une Black et les Black sont impitoyables.

- Cela n'empêche que Nymphadora Tonks est Auror et qu'une histoire pareille pourrait très bien la conduire à Azkaban.

- Je doute que ma tante ait laissé la moindre preuve derrière elle et, entre nous, elle trouverait le moyen de s'échapper. Je peux te garantir qu'il lui faudrait moins de douze ans pour y parvenir.

Pansy éclata de rire, légèrement moqueuse.

- Je sais que tu admires ta tante, Lestrange, et moi aussi, pour être tout à fait honnête, mais elle n'est pas invincible. Tout le monde commet des erreurs et je trouve qu'elle a pris un risque énorme. Elle est la cousine de l'homme le plus recherché du pays, les Aurors doivent la surveiller...

Vu de cette façon, la situation était encore plus inquiétante que ce que je pensais. Nani n'avait certainement pas agi sur un coup de tête – elle passait trop de temps à nous mettre en garde contre l'impulsivité des Black pour y succomber à son tour – et elle devait donc avoir une parfaite connaissance des conséquences de ses actes.

S'attaquer à des moldus était sévèrement puni et les Aurors devaient guetter le moindre faux pas pour avoir une excuse d'enfermer l'une des dernières Black en liberté.

Pourtant, elle avait quand même effacé la mémoire de la famille de notre mystérieuse cousine Illégitime pour éviter un énième scandale...

Quand bien même une coquette somme d'argent aurait sans doute suffi pour régler le problème et éviter que le monde sorcier britannique ne découvre la fille cachée de Sirius Black.

Je me frottai le front dans un réflexe compulsif.

- Tu as raison, rien de tout cela ne ressemble à ma tante...

Pansy fit la moue, son inquiétude évidente dans sa façon de froncer les sourcils et à la lueur qui faisait briller ses yeux noirs.

- Draco pense qu'elle cache quelque chose de très grave. La nièce de McGo n'a rien laissé entendre de plus ?

- C'est McGonagall et, non. Elle m'a repérée dès le début de leur conversation et je ne suis pas attardée.

- Je pensais que Draco t'avait appris à écouter aux portes, petite ! Tu ne devrais plus te faire prendre à ton âge !

- Je suis sûre que l'oeil magique de Miss Ross lui permet de voir à travers les murs. Je ne sais pas encore me rendre invisible !

- Tu aurais pu te métamorphoser en papillon ! Tu es passée à côté d'une opportunité unique d'en apprendre plus, j'espère que tu en as conscience !

Je n'avais pas besoin d'elle pour me faire remarquer l'évidence. Je savais déjà que le professeur McGonagall avait découvert certains secrets de ma tante, sans doute Miss Ross en avait découvert d'autre et, à elles deux, elles étaient sans doute très proches de la vérité.

Il était fort probable qu'elles aient évoqué nombre de réponses aux innombrables questions que nous nous posions, Draco et moi, depuis l'évasion de Sirius Black.

Au vu des derniers développements, je n'étais plus certaine de vouloir connaître la vérité...

Pansy eut une dernière moue pensive avant que son pire masque de conspiratrice ne déforme son visage.

- Bien. Qu'est-ce que l'on fait pour l'anniversaire de ton cousin ?

Mercredi 18 Mai 1994, Poudlard, Ecosse.

- Tu maîtrisais ce sortilège la semaine dernière, Lestrange ! On ne va jamais s'en sortir si tu oublies ce qui t'a permis de réussir entre deux séances !

Je fermai les yeux une seconde. Si les Sortilèges n'étaient pas un bric-à-brac bancal et sans continuité à l'intérieur même de la théorie pour commencer, je n'aurais pas de problèmes à ralentir la chute des balles que lançait Byrnes.

Sous oublier qu'il n'était pas exclu que j'ai eu de la chance la semaine dernière...

J'avais eu du mal à ignorer toutes les nouvelles questions que les discussions avec Pansy et Draco avaient soulevé à propos de ma tante... Naturellement, je n'avais pas vraiment été concentrée lors de mon cours de soutien, et j'avais mieux réussi que d'habitude.

Quel bonheur de savoir que je réussissais mieux quand mes pensées étaient préoccupées par d'autres sujets que les examens.

Circée en soit témoin, j'avais hâte d'être en sixième année pour abandonner cette matière et pouvoir enfin me consacrer à ce que j'aimais vraiment. Et qu'importe que les Sortilèges soient nécessaires à la poursuite de nombreuses carrières.

Je ferais sans.

Face à mon silence buté, Byrne posa la balle entre nous.

- Voyons où tu en es pour le sortilège d'Engorgement. C'est un classique de deuxième année, tu es sûre que Flitwick va te le demander lors de l'examen pratique.

Je raffermis ma prise sur ma baguette. C'était l'épreuve pour laquelle j'étais le plus inquiète. La théorie – si toutefois on pouvait vraiment parler de théorie en Sortilèges – devrait être une simple formalité. J'avais étudié mes notes et je connaissais formules et mouvements de baguettes sur le bout des doigts.

J'obtiendrais un O sans difficulté.

Pour ce qui était de l'épreuve pratique, je devais absolument arracher un A au professeur Flitwick si je souhaitais maintenir une moyenne de E et ne pas ruiner mon bulletin, ce qu'oncle Lucius ne se gênerait pas de me reprocher.

Mes séances avec Byrnes m'avaient permis de maîtriser la majorité des sortilèges de première année – sur lesquels je pouvais être interrogée – mais j'étais loin d'avoir le niveau d'un élève à la fin de sa seconde année...

Je fis de mon mieux pour faire grossir la balle pendant les quinze minutes qui suivirent et Byrnes guida les variations de mes mouvements pour trouver celui qui me convenait.

- Essaie de réfléchir un peu moins, Lestrange. Ça n'arrange pas ton cas...

Et c'était sans doute la raison pour laquelle je détestais autant cette maudite matière. C'était quand même un comble de devoir faire semblant d'être stupide pour parvenir à quelque chose !

Naturellement, ce fut le sentiment de frustration qui me permit de réussir à faire grossir la balle au bout de ce que je considérai être comme mon millième essai.

Byrne haussa eut un léger sourire.

- Bien, Lestrange ! Je te conseille de t'échauffer quelques heures avant ton épreuve car Flitwick ne tolère que trois essais maximum par sortilège.

Mon regard noir la fit rire et j'eus soudainement envie de la transformer en blatte, juste pour lui faire regretter ses moqueries.

Ce n'était pas de ma faute si je ne progressais pas aussi vite que les autres ! Je travaillais, j'appliquais les conseils – même ceux stupides de Byrne – et j'y mettais de la bonne volonté.

Il y avait juste un truc pas très clair chez moi et je n'avais pas vraiment envie de creuser la question.

J'avais déjà assez à faire avec mon nom, la réputation de mes parents, celle des Malefoy et les nombreuses rumeurs qui couraient encore sur moi à travers le château.

Si je me découvrais une tare quelconque, cela risquait de faire un peu trop pour la même personne.

- Bien, on va revoir une dernière fois tous les sortilèges que tu maîtrises, annonça Byrne en se levant.

Comme la fois dernière, elle déposa un accessoire et un morceau de parchemin sur chaque table de la salle, puis s'assit sur celle du fond, puisqu'un bon nombre de sortilèges se lançait sur un être humain.

C'étaient ceux qui me posaient le moins de problèmes, surtout si ma cible était Byrne.

Non pas que je la haïssais personnellement, mais j'avais l'impression de pouvoir me venger des difficultés que me causaient les sortilèges quand je l'attaquais.

Ce n'était pas grand chose, mais ça me soulageait, et c'était déjà beaucoup.

Comme j'étais un peu énervée – et pressée d'en finir pour aller lire le nouveau livre que m'avait conseillée le professeur McGonagall – je ne m'en sortis pas trop mal.

Wingardium Leviosa resterait à jamais ma bête noire, mon Aguamenti était sincèrement pathétique –, et je faillis mettre le feu à la table avec mon Incendio, ce qui devait en dire très long sur mon caractère –. Toutefois, mon ananas dansa de façon convaincante, mon livre aurait pu faire un oreiller convenable et je réparai sans mal le morceau de craie.

Sans oublier que je réussis du premier coup chacun des sortilèges sur Byrne.

Elle eut l'air satisfaite tandis que je rangeais ma baguette.

- Si tu es de mauvaise humeur le jour de l'examen, tu es sans doute capable d'obtenir un E, Lestrange...

C'était sans doute un peu trop optimiste de sa part, mais je me forçai à la remercier de son aide, ce que Nani m'avait rappelée de faire dans sa dernière lettre.

- De rien, Lestrange... Si Flitwick t'impose de nouveaux cours particuliers l'année prochaine, dis à l'heureux élu de m'envoyer un hibou, que je puisse lui donner deux ou trois conseils.

Je ne pus retenir une grimace dégoûtée à la seule idée de subir à nouveau une heure de sortilèges supplémentaire l'année prochaine.

- Ne fais pas cette tête. Avec un peu de chance, tu auras un déclic pendant l'été.

Il faudrait sans doute que je fasse quelques sacrifices de poulets pour que cela se produise et ma tante ne me laisserait jamais faire une chose pareille.

Surtout que les seules bestioles qui se rapprochaient le plus d'un poulet étaient les paons blancs adorés d'oncle Lucius...

- Bien, il ne me reste qu'à te souhaiter bonne chance pour tes examens, Lestrange. Evite de transformer le professeur Flitwick en torche humaine et tout se passera bien.

J'avais sans doute mérité ce rappel piquant – après tout, j'avais bien failli la faire brûler vive avant les vacances de printemps – et je lui adressai un sourire poli en réponse.

- Bonne chance à toi aussi pour tes ASPICS, Byrne. Je suis sûre que les examinateurs ne sont pas aussi sévères que ce qui se dit.

Elle leva les yeux au ciel et je saisis mon Eclair de Feu.

Il s'agissait de mon dernier cours particulier de l'année et, même s'il me restait des révisions, j'avais bien mérité d'aller voler un peu.

La Gazette avait annoncé un ciel sans nuage pour toute la soirée, le coucher de soleil allait être magnifique, et avec un peu de chance, je verrais le Chien.

Samedi 28 Mai 1994, Poudlard, Ecosse.

La carte s'étalait sous ses yeux, terriblement familière.

Il ne se souvenait que trop bien des heures passées à la bibliothèque à la recherche des bons sortilèges et des bonnes runes à utiliser, et des nuits perdues à parcourir le château, Sirius sous sa forme Animagus pour guetter Rusard et Miss Teigne, à prendre des notes sur la longueur des couloirs ou la dimension des salles de classe.

Parce que James avait décidé qu'ils réussiraient l'impossible : faire le parfait plan de Poudlard, malgré le fait que le château se modifiait tout le temps et ne respectait pas toutes les lois de l'architecture.

Il s'était finalement résigné à prononcer la bonne promesse pour faire apparaître les tracés précis – ceux de Peter – et révéler la position de chaque personne à travers tout le domaine de Poudlard.

La première fois avait été la plus difficile – parce qu'il était le dernier Maraudeur, qu'il était dans le camp ennemi d'un fauteur de troubles, et qu'il allait l'utiliser dans l'espoir de capturer Black – mais il s'y était étrangement habitué depuis.

C'était presque réconfortant.

Il passait une partie de ses soirées à surveiller Harry, parce qu'une petite voix lui soufflait que Sirius Black allait attaquer avant la fin de l'année.

Dans moins d'un mois, Harry serait à Londres, dans la famille de Lily, et il doutait que Black ait la patience de le suivre pour en finir.

Même si, tout bien réfléchit, cela aurait sans doute été plus malin de sa part.

Il passa une main lasse sur son visage et porta sa tasse de thé à ses lèvres. Harry, Ron et Hermione étaient pour le moment à la bibliothèque, certainement occupés à réviser à l'approche des examens – à moins qu'ils n'essayaient encore d'aider Hagrid à sauver son hippogriffe de l'exécution qui l'attendait –.

S'il se fiait à sa mémoire, ils se trouvaient au niveau de la section dédiée à l'Histoire de la Magie, le parfait endroit pour être tranquille : éloigné du bureau de Madame Pince et là où très peu d'élèves venaient chercher des livres.

C'était le repère préféré des Maraudeurs quand ils préparaient un mauvais coup, même si les deux dernières années, ils avaient changé leurs habitudes.

Il glissa un regard un peu plus à droite, vers la table à mi-chemin entre les sections dédiées aux sortilèges, aux runes et à la Métamorphose.

La carte des Maraudeurs était en partie née là.

En découvrant l'identité d'une des élèves occupés à travailler, il manqua de s'étouffer avec sa gorgée de thé.

Maellyn Black.

Il resta une longue seconde à fixer l'étiquette, abasourdi par sa découverte, puis releva la tête, se frotta les yeux avec la paume de ses mains...

Reporta à nouveau son attention sur le morceau de parchemin.

L'étiquette était toujours là.

Maellyn Black.

Il déglutit difficilement, certain d'être en train d'halluciner – et il ne pouvait pas vraiment blâmer la pleine lune en plein milieu de cycle – puis une petite voix – celle qui avait comme les intonations de sa mère – lui ordonna de reprendre ses esprits et de réfléchir.

Il y avait forcément une explication !

Il n'avait pas d'élève portant ce nom, il en était certain. Le plus approchant aurait été Meghan Black, mais il était certain qu'elle n'avait rien à voir avec la grande famille Black malgré ses cheveux noirs bouclés et son regard clair.

L'autre possibilité était qu'il s'agissait d'une élève de sixième ou de septième année. Très peu d'élèves avaient choisi de présenter l'ASPIC de Défense, et il pouvait compter ses élèves sur les doigts de deux mains.

Sauf que l'étiquette de Maellyn Black était entourée par celles de Crystal Malhorne, Deloris Yaxley, Sven Avery et Hadrian Flint.

- Putain de bordel de merde !

Il ne connaissait qu'une seule seconde année qui était amie avec ces quatre Serpentards en particulier.

Ça ne pouvait pas ! Elle ne pouvait pas...

Il devait y avoir une erreur quelque part !

C'est la touche finale, Remus. Avec ça, votre carte ne se trompera jamais, parole de Lily Evans.

Il blêmit malgré lui au souvenir. Leur sixième année, Lily et lui dans le dortoir des garçons, son amie et son sourire espiègle, alors qu'elle venait de lui annoncer qu'elle avait trouvé le sortilège parfait pour leur carte. Qu'il ne fallait pas se contenter d'une version acceptable, qu'ils pouvaient aller bien plus loin et s'assurer que seule la véritable identité d'une personne s'afficherait pour éviter toute mauvaise surprise.

A cette époque, si James n'avait pas déjà été follement amoureux de Lily, il serait sans doute tombé à ses pieds à cette exacte seconde...

La carte ne pouvait pas se tromper.

Jamais.

Ses yeux se posèrent à nouveau sur l'étiquette mais cela ne fut toujours pas suffisant. Il avait besoin d'être sûr !

Il n'avait pas pu passer à côté de ça pendant près d'un an !

Il la pensait morte – Merlin était témoin que Sirius avait fait bien pire pendant la guerre et, s'il avait tué Judy et vendu James, il ne se serait sans doute pas arrêté à un nourrisson – alors qu'elle avait été sous ses yeux pendant tout ce temps ?!

Impossible !

Il effaça la carte d'un geste de baguette et quitta son bureau d'un pas vif. Sur le chemin, il ne croisa personne, ou si ce fut le cas, il ne le remarqua même pas.

Maellyn Black était peut-être vivante.

Près de treize ans après, il allait peut-être la voir de ses propre yeux pour la première fois. Qu'importe qu'elle soit la fille de Sirius Black, elle était surtout celle de Judy Adler...

L'ambiance était studieuse dans la bibliothèque. Chaque élève était penché au-dessus de ses notes ou d'un manuel poussiéreux, essayant de retenir une ou deux informations supplémentaires avant les examens.

Il repéra les cheveux blonds vénitien de Deloris en premier. En face d'elle – là où s'était tenue l'étiquette de Maellyn –, il trouva sans grande surprise Alya Lestrange.

Ses longs cheveux noirs formaient un rideau sombre autour de son visage. Il n'avait pas besoin de s'approcher pour voir la tâche de naissance en forme d'étoile rouge sur sa paume gauche.

Deux détails qui faisaient d'elle une Black.

Elle dut sentir son regard sur elle car elle releva la tête. Elle le détailla, les sourcils froncés et les lèvres pincés.

Il déglutit à nouveau, plus difficilement encore que face à la carte.

Après avoir découvert qu'il était un loup-garou, Judy ne l'avait plus vraiment apprécié. Sans doute malgré elle, elle lui avait réservé cette exacte même expression méfiante tout au long de l'anniversaire de James à Édimbourg.

Il lui sembla que son cœur se décrochait et chutait quelque part au niveau de son estomac. Il fit demi-tour, ses jambes presque trop molles pour le porter, et quitta la bibliothèque.

Merlin tout puissant, aie pitié de moi...

Maellyn était vivante.

Maellyn était Alya Lestrange.

C'était impossible.

Aussi impossible que de découvrir que Sirius était le traître et qu'il avait vendu James et Lily au Seigneur des Ténèbres, puis tué Peter et une douzaine de moldus avec lui.

Ça n'avait pas de sens !

Sirius et Bellatrix se haïssaient. Jamais elle n'aurait accepté de s'occuper de sa fille – Maellyn n'était même pas Sang-Pur ! – et jamais Sirius n'aurait jamais accepté que Bellatrix élève sa fille – quand bien même sa relation avec Judy avait peut-être été une farce –.

Alya savait-elle la vérité ?

A part lui, qui d'autre pouvait être en mesure de voir à travers la supercherie ?

Avec Black, il était l'un des rares anglais à avoir vu Judy vivante... Les Aurors avaient des photos de son cadavre, c'était sans doute trop peu pour faire le rapprochement.

Par Godric ! Il la côtoyait plusieurs fois par semaine et il n'avait absolument rien vu ! Il avait mis l'impression de familiarité sur le nom de jeune fille de sa mère : ceux qui avaient connu Sirius et Bellatrix ne pouvaient nier leur fort air de famille.

Jamais il n'aurait été imaginer une chose pareille !

- Remus ?

Il eut très vaguement conscience qu'on appelait son nom, mais il continua à avancer malgré tout. Il avait besoin d'air frais – et peut-être d'un verre de Whisky Pur-Feu – s'il voulait se remettre de ses émotions.

- Remus !

Une main se referma sur son épaule et la serra avec force.

Il tourna la tête lentement et se retrouva presque nez-à-nez avec Minerva McGonagall.

- Par Morgane, Remus. Etes-vous malade ? Vous êtes livide !

Il ouvrit la bouche à plusieurs reprises, avant de la refermer aussitôt.

Son ancien professeur fit claquer sa langue avec une sorte d'impatience et lui fit faire demi-tour, avant de le conduire dans son bureau.

En quelques minutes, il se retrouva sur une chaise, une tasse de thé brûlant à la main et une boîte de gâteau écossais devant lui.

Il but sa tasse de thé en silence, se brûlant irrémédiablement l'intérieur de la bouche et de la gorge à cause de l'eau trop chaude.

Minerva finit par perdre patience.

- Que s'est-il passé, Remus ? Vous avez la tête de quelqu'un qui aurait vu un fantôme, et Merlin en soit témoin, vous devriez y être habitué après toutes ces années !

C'était incroyable à quel point elle venait de tomber juste.

- Il faut croire que je peux encore être surpris.

Minerva haussa un sourcil impérieux et il dut rassembler les miettes de son courage pour reprendre.

- Vous vous souvenez de la disparition de la fille de Sirius Black ?

Les mots étaient sortis de sa bouche avant qu'il n'ait eu le temps de peser le pour et le contre.

Tous ses amis étaient morts – ou presque –, il avait besoin de parler de sa découverte à quelqu'un – ou il allait finir fou! – et, malgré les années, Minerva lui avait toujours prêté une oreille attentive.

Surtout qu'elle était une femme très intelligente. Elle saurait l'aider à trouver le sens dans toute cette histoire.

- Bien sûr. Terrible histoire. C'est même étonnant que certains journalistes ne l'aient pas ressortie à l'occasion de son évasion. Pourquoi ?

- Je crois que je sais ce qui lui est arrivé.

Il pensait que Minerva serait intéressée par sa réponse – elle était loin d'être une commère, mais il s'agissait tout de même de Sirius Black – sauf qu'elle se figea, son regard brun devint plus froid, et elle déplaça sa main droite vers sa baguette.

- Vraiment ?

Il sut que sa réponse n'allait pas la surprendre, mais il avait besoin de le dire à voix haute s'il espérait s'y faire un jour.

- Alya Lestrange est Maellyn Black.

Elle resta impassible, ce qui était peut-être pire.

- Et comment en êtes-vous arrivé à cette surprenante conclusion ?

Il serra les dents pour ravaler la bouffée de colère qui venait de faire accélérer son cœur, réveillant le loup au fond de son crâne.

- J'ai retrouvé une vieille photo de Judy Adler, répliqua-t-il avec aplomb.

Il n'allait certainement pas dévoiler l'un des secrets des Maraudeurs à Minerva McGonagall, surtout si elle le prenait pour un idiot.

- Alya lui ressemble beaucoup trop pour être la fille de Bellatrix Lestrange. Mais je ne vous apprends rien, n'est-ce pas ?

Minerva eut un soupir résigné, puis un sourire triste.

- Non, avoua-t-elle en basculant contre le dossier de son fauteuil.

- Comment ?

- Je suis celle qui s'occupe des inscriptions des premières années, Remus. Il n'y avait pas d'Alya Lestrange sur ma liste et Narcissa Malefoy n'a pas eu d'autre choix que de venir plaider la cause de sa filleule pour qu'elle puisse entrer à Poudlard... J'avais des doutes avant cela, mais aucune certitude.

Il lui fallut une poignée de seconde pour digérer les nouvelles informations.

- Alya est-elle au courant de sa véritable identité ?

- Non... Lady Malefoy la pense trop jeune. Vu la fragilité dont a fait preuve Alya au cours de l'année, je ne peux pas vraiment l'en blâmer.

Il éclata d'un rire grinçant malgré lui.

- Ce n'est pas bon de mentir à une Black, et encore plus dangereux de s'y risquer avec la fille de Judy Adler.

Malgré la trahison de Sirius et les années, il n'avait pas oublié que Patmol avait eu plus de mal à accepter qu'il leur avait caché sa condition de lycanthrope durant deux années, qu'à se faire à l'idée qu'il était un loup-garou.

Judy, elle, en avait voulu à Sirius à propos des pleines lunes et de sa forme Animagus.

Il pouvait se tromper – elle avait beau être leur fille, elle était peut-être très différente de ce qu'il imaginait – mais il doutait qu'Alya salue la vérité avec une révérence.

- Ce n'est pas à nous de décider de cela. Narcissa Malefoy a le mérite d'avoir élevé cette enfant avec amour et de la considérer comme sa propre fille.

La voix de Minerva avait pris cette intonation autoritaire qui laissait entendre que la discussion s'arrêterait là.

Il ne pouvait pas vraiment lui cracher au visage qu'elle avait tort. Depuis la trahison de Sirius, il s'était bien gardé de penser au destin de sa fille, se convainquant sans trop d'efforts qu'elle était morte la même nuit que sa mère.

C'était terriblement plus facile et il avait eu assez à gérer après la fin de la guerre pour se torturer à propos de cette énigme...

- Finalement, que s'est-il passé cette nuit-là ?

Minerva serra les lèvres.

- Selon toute vraisemblance, Bellatrix s'est rendue chez son cousin pour le tuer. Elle a croisé la route de Judy Adler en premier et a kidnappé leur fille.

- Bellatrix n'aurait jamais accepté que sa fille ne soit pas Sang-Pur.

- Bellatrix n'a jamais été la plus équilibrée des sœurs Black.

- Alya pense donc être la fille de la meurtrière de sa mère ?

Son ton était glacial et Minerva eut le bon goût de paraître embarrassée, comme si elle n'avait pas réfléchi à ça, ce à quoi il ne croyait pas une seconde.

Cacher à Alya sa véritable identité était une chose – il ne comprenait pas pourquoi, mais elle serait loin d'être la première – mais la faire passer pour la fille de Bellatrix Lestrange ?

C'était cruel.

- Tôt ou tard, Maellyn va découvrir la vérité et tous les bonnes raisons de Lady Malefoy ne la sauveront pas. Sa filleule va la haïr.

Il quitta le bureau de Minerva d'un pas saccadé et prit la direction de Pré-au-Lard.

Il évitait de boire de l'alcool en règle générale – il était convaincu depuis longtemps que le loup s'en

rassasiait – mais il avait besoin de quelque chose de fort pour se remettre de ses émotions.

De ça, et peut-être d'une discussion avec Madelyn, parce qu'il doutait qu'elle accepte la situation aussi bien que sa tante.


Surprise surprise !

Vous ne pensiez quand même pas que j'allais passer à côté d'une telle opportunité, si ?

A part ça, j'avoue que j'ai hâte d'avoir votre avis sur :

- La confrontation entre les sœurs Black (la première d'une longue série sans doute)

- Draco qui fait tout un fromage de pas grand-chose (j'avoue que ça me donne une excuse d'écrire un petit passage chouette entre cousins).

- Pansy, qui prend de plus en plus les intérêts de Maellyn et Draco à coeur (je l'aime beaucoup cette petite!)

- Le cours particulier de Maellyn en Sortilèges (trop de chance)

Et bien entendu, je suis plus que curieuse d'avoir votre avis sur cette dernière scène, qui est long time coming comme on dit là-bas !

Si tout va bien, je devrais être en mesure de poster à l'heure le mois prochain, et peut-être aurai-je même terminé le chapitre 43 pour faire bonne figure !

Les reviews marchent très bien pour me remonter le morale et me motiver. Alors à vos claviers!

En attendant la suite, je vous invite à aller faire un tour du côté du UA complet de cette histoire : There will be time.

See you !

Excelsior !

Orlane.

Mis à jour le samedi 28/09/2019