On y est !

Le chapitre 27 messieurs dames, pour vous servir. Il est si spécial pour moi parce que, comme j'ai déjà pu le mentionner, il fait partie de ces scènes que l'on a en tête avant même de commencer à écrire l'histoire, de ces moments forts auxquels on souhaite arriver, qui guident notre récit et qui accaparent nos pensées. Je suis en plus incapable d'écrire mon récit autrement qu'en linéaire : même si j'ai une idée en tête, je dois attendre d'y être pour pouvoir la rédiger. Pour vous dire à quel point celle-ci m'a démangée, dès le livre de l'Eau elle m'obsédait...

N'hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé :) vos retours sont très appréciés, merci beaucoup !

Itsme : Merci poulette, l'inspiration est là pour finir l'histoire, je te le garantis ! J'ai hâte de la partager avec vous, mais j'ai surtout hâte d'en écrire la suite, je vois la fin approcher (enfin, l'arc final approche, ce qui est très différent de "la fin" en soi) mais j'ai encore beaucoup beaucoup de choses à dire !

Titi Snape : Oui ! Il arrive ! Il n'est pas personnage principal mais il existe bel et bien dans cet univers x) merci de ta patience, et de ton petit mot :3

Mutekiam : La maîtrise de la foudre dans Korra, c'est une hérésie pure et simple ! Même Zuko n'en est pas capable, alors en faire le quotidien d'ouvriers ? Sacrilège ! Ta question sur l'univers est très pertinente, en réalité je m'étais plutôt imaginée dans une dimension parallèle, déconnectée de l'univers canon (ne serait-ce qu'à cause des maîtres de l'Air, ici Asgardiens). Mais c'est vrai que la présence de Jet remet un peu en cause cette théorie, disons que c'est plus un easter egg, c'est le type de personnage "rebel et activiste" qui m'intéresse. Donc oui c'est un monde à part. Et à vrai dire, je le situais plutôt avant Korra, où les technologies existent mais ne sont pas encore hyper répandues (Tony en est à la pointe, mais il est bien l'un des seuls). Autrement dit, dans cette histoire pas de méca-robot dopé à l'énergie spirituelle rose qui tire des rayons lasers xD (je t'aime Korra, mais ton univers va parfois trop loin).


Chapitre 27 - À bout de souffle

Loki fut tiré de sa méditation par le son de cloches.

Des cloches. Au palais royal.

Ils faisaient sonner des cloches.

S'il n'avait pas passé les dernières quarante-huit heures à tenter de canaliser sa colère, il se serait emporté pour moins que ça.

Il décida qu'il ne perdrait pas une goutte d'énergie supplémentaire à s'agacer contre l'excès de zèle de son idiot de rival. S'il souhaitait convoquer tout son peuple à son humiliation publique, grand bien lui fasse. Cela lui donnerait des raisons de plus de le remettre à sa place.

Il abandonna sa position du lotus, ajusta sa cape immaculée, saisit son sceptre doré, et se dirigea vers la sortie.

À la porte, deux gardes sursautèrent. Ils étaient restés ébahis une seconde de trop du nombre de plateaux repas intacts et accumulés devant la chambre du prince. Loki les ignora et traça sa route. Il ne se ferait certainement pas amener au palais comme un vulgaire prisonnier. Il mènerait la marche, imposerait le rythme. Que ces imbéciles le suivent s'ils le souhaitent.

Les cloches tintaient sans discontinuité. Le bas peuple se pressait à l'entrée du palais. Riches, pauvres, paysans ou bourgeois, femmes, hommes et enfants, maîtres et amateurs, jeunes et vieux, Loki eut l'impression que la nation entière s'était abaissée au rang de son écervelé de Seigneur.

La Nation du Feu avait toujours été une nation de barbares.

Le passage était bondé, tout le monde ne pourrait pas rentrer. Loki lui-même ne pourrait pas pénétrer dans l'enceinte du palais par la porte principale. Un des deux gardes tenta de lui proposer une voix alternative, s'ils contournaient les écuries ils pourraient atteindre la cour royale sans s'encombrer...

Le prince ignora généreusement la proposition. Sans ralentir le pas, il leva son bâton, l'abaissa subitement, le décala à sa droite. Un faisceau venteux scinda la foule en deux. Les cris des citoyens surpris et entassés sur le côté furent étouffés par la vision du prince de l'Air s'avançant dans la brèche, cape au vent. À grandes foulées royales, il dépassa les petites gens prestement.

Il fallut attendre qu'il disparaisse aux sommets des escaliers pour que la foule, remise de sa surprise, s'entasse de plus belle pour chercher à entrevoir un bout du spectacle. Les gardes à l'entrée peinèrent à contenir les badauds.

Lamentable.

Des phacochères lorgnant sur une malheureuse miche de pain.

Le maître de l'Air parvint enfin à la cour principale. Les derniers touristes sur son chemin s'écartèrent d'eux-mêmes, Loki pénétra sur le terrain sablonneux.

Il observa l'entourage.

La promenade qui contournait la piste était évidemment pleine de monde. De maigres balustrades en bois séparaient les spectateurs des gladiateurs.

Piètre arène.

Loki ne risquait pas de s'émouvoir des dommages collatéraux inévitables.

Des râteliers d'armes d'entraînement étaient soigneusement disposés des deux côtés. Aux épées se joignaient massues, hallebardes, sabres, lances et poignards, des boucliers empilés un peu plus loin, et même des boulets et des marteaux rangés dans un coin.

Le reste de la cour était parfaitement dégagé. L'espace, à ciel ouvert, était grand. L'armée du Feu entière aurait – presque – pu s'y entraîner simultanément.

Parmi les spectateurs, évidemment, ses fameux "coéquipiers". Tony et Peter étaient aux premières loges. Steve se tenait un peu plus loin. Gamora, les bras croisés, retranchée.

Pas un pour calmer l'enthousiasme du souverain, évidemment. Ils devaient être bien trop heureux de voir Loki dans une position si délicate. Ils se délectaient, les fumiers, de ne pas avoir à lever le petit doigt en attendant qu'une leçon lui soit donnée. Et ils ne risquaient pas d'en manquer une miette !

Après Thor, Loki se fit une note mentale de le leur faire payer, à eux aussi.

Thor.

L'insolent discutait innocemment avec la femme rousse de l'autre jour, riait fort dès que la mignonnette esquissait un sourire. Un canard. Un fichu canard.

Le volatile mit un temps infini avant de remarquer l'arrivée de son adversaire, ce qui conforta Loki dans un sentiment répugnant de mépris.

L'enflure le considérait à peine.

Avait-il été sérieux, pensait-il réellement qu'il ne s'agirait que d'un entraînement ? Était-il à ce point ignorant des ressentiments de son concurrent ? Il s'en mordrait les doigts, de cette indolence. Loki lui apprendrait à le provoquer par deux fois, le retour du bâton serait brutal, impardonnable. Il ne s'y attendrait pas.

Le prince s'était positionné au centre de la piste. Droit comme un "i", sceptre au sol et menton légèrement rentré.


Le Seigneur du Feu détourna son attention de sa conseillère lorsqu'il trouva ses convives bien calmes. Il prit alors conscience de la raison de cet apaisement de surface : Loki était arrivé.

Immobile, à bonne distance de lui, il l'observait.

Dans un réflexe affectif, Thor sourit. Il n'en revenait toujours pas d'avoir retrouvé son frère, entier et bien portant, après tant de temps passé éloignés. Il ne censurait pas la joie qu'il avait de le revoir. Il s'avança à son tour, faisant flotter sa grande cape rouge derrière lui. Il avait revêtu son plastron habituel, mais ne s'était pas encombré des mailles aux bras. De simples brassards lui permettaient une plus grande liberté de mouvement.

« Cher frère, » entama-t-il, et cela finit de faire taire les derniers murmures dans les gradins.

Il n'avait pas oublié que Loki n'appréciait pas cette dénomination. Pour Thor, cela ne représentait qu'une raison de plus de le lui rappeler.

« Ta présence ici me réjouit, continua-t-il. Votre présence à tous me réjouit ! » adressa-t-il plus largement, et la foule applaudit avec entrain.

« Je te propose un entraînement simple, proposa-t-il, comme avant. Attaque, parade et riposte. J'espère que tu n'as pas oublié ce que je t'ai enseigné. »

Loki ne répondit pas. Serra imperceptiblement plus fort les doigts autour de son sceptre. Le sourire de l'autre effronté le dégoûtait. Il se ferait un plaisir de le lui faire ravaler.

Thor se mit en place, s'échauffa les articulations. Il fit rouler ses épaules, davantage pour l'esbroufe que par confort, dénoncerait Loki.

L'homme en blanc ne bougea pas. Il resta impassible aussi longtemps que son aîné se donna en spectacle.

« Es-tu prêt ? » s'enquit le guerrier, car la posture de Loki ne le laissait pas deviner.

Le prince ne répondit pas.

Thor leva ses mains devant lui, maintint la pose un instant. Il ne voulait pas prendre son opposant par surprise, souhaitant s'assurer que malgré l'absence de réponse, il le vit bien venir.

Quelques secondes s'écoulèrent.

Il le considéra prévenu.

Et deux boules de feu fusèrent.

Loki passa son bâton en avant, le fit tournoyer de deux mains. Absorba la chaleur des projectiles sans que ça ne lui requiert d'effort. Lorsque les flammes furent dissipées il retrouva sa position, une main au sceptre posé au sol.

Imperturbable.

Thor sourit. Il sentait le challenge arriver.

Voilà qui lui plaisait !

Il déferla de nouvelles décharges, un peu plus grosses que les précédentes. Loki reproduisit son mouvement, fut contraint de se décaler sur le côté car la chaleur fut plus longue à s'évaporer. Il accéléra la rotation de son bâton, généra plus de vent pour absorber la chaleur croissante des coups.

Une pause dans l'assaut. Thor, toujours en garde, jaugeait son concurrent. Loki avait paré, mais n'avait pas riposté. Il lui en faudrait donc plus ! Le grand frère ne se ferait pas prier.

Il produisit quelques boules de feu encore, mais au quatrième coup garda la paume tendue en avant pour générer un flot de feu continu.

La rotation du bâton de Loki ne suffisait plus. Le prince recula de quelques pas avant de se contraindre à esquiver. Un demi-tour sur lui-même, et il engendra de sa main libre une salve de vent vers son assaillant.

D'une main devant le visage Thor se protégea de la rafale.

Il commença à rire.

« Tu peux faire mieux que ça ! se voulut-il encourageant. Allez ! »

Le feu afflua à nouveau. Loki alternait parades et esquives, il était forcé à reculer. Il décida qu'il ne pourrait pas tenir ce numéro longtemps. Il finit par sauter hors d'atteinte.

Thor le suivit du regard, les yeux levés au ciel, suspendu dans son offensive. Cette passe-là, il ne la connaissait pas. En atterrissant Loki abattit son sceptre au sol, formidable élan pour sa salve de vent. Le filet de souffle se dirigea droit vers le maître du Feu qui eut l'esprit de se décaler rapidement.

Le coup percuta la balustrade derrière-lui, brisa le bois en deux et en fit voler des éclats. Les spectateurs s'étaient précipitamment décalés. Ils constatèrent le trou dans la barrière.

Et rugirent d'excitation.

Quel public enthousiaste ! pensa l'un.

Quelle bande d'attardés, pensa l'autre.

« C'est mieux ! clama Thor. Encore ! »

Et il repartit à la charge.

Loki fut de nouveau rapidement dépassé. Il ne pouvait pas faire tourner son bâton plus rapidement, Thor avait compris le schéma de ses esquives et parvenait à les anticiper, ne lui laissant aucun répit.

Des tourbillonnements de son bâton, Loki parvint à désamorcer une décharge, une seconde évitée, une troisième parée, mais la quatrième l'obligea à reculer, la cinquième l'empêcha de s'élever, il évapora la sixième mais la septième l'aveugla, la huitième lui brûla les doigts, la neuvième le percuta.

Il tituba et chuta.

Instantanément le feu cessa.

« Allez Loki ! »

Le prince réagit instantanément. Cette distance entre eux ne l'avantageait pas. Il saisit son bâton et d'un battement de cils se précipita sur sa cible immobile, sceptre en avant.

La vitesse du maître de l'Air était folle, Thor eut tout juste le temps de le voir arriver. Il para l'arme brandie en l'écartant de son avant-bras, mais ne soupçonna pas la rafale qui suivit de la main libre du prince de l'Air. Le vent le souffla jusqu'au coin du terrain. Il parvint à rester debout.

Saisit machinalement l'arme qui se trouvait à portée de main.

Il brandit un marteau.

Chargea.

Loki s'abrita du coup de massue sous la parade de son sceptre dont les vibrations lui firent frémir l'échine. Il se décala et para un nouveau coup, fut contraint d'en éviter un nouveau.

La rapidité était son seul avantage, mais les attaques du forgeron étaient trop violentes pour lui permettre de riposter. D'un demi-tour il parvint à porter un coup de bâton que le marteau réceptionna.

Le prince pivota à genoux, évitant une frappe de justesse, positionna ses deux mains en avant et repoussa Thor d'une grande salve de vent.

Malgré son poids ce dernier recula vivement, mais toujours sur ses deux pieds, répondit en frappant du marteau au sol. Une vague de feu fusa jusqu'à Loki qui dut prendre la voie des airs pour l'éviter.

Dans son envol il n'avait pas anticipé la boule de feu qui le rejoignit à son apogée et le frappa sans détour.

Il tomba, s'écrasa au sol.

La chute ne fut pas haute, mais la réception douloureuse.

Son épaule fut furieuse.

« Debout Loki ! » clama le blond.

La ferme, cracha le brun.

Il usa du temps mort pour reprendre son souffle, et ne pas laisser percer sa hargne.

Thor était plus fort que lui. Jusque-là, rien de nouveau.

Plus fort, plus grand, plus beau, il l'avait toujours surpassé, dans tous les domaines, toutes les catégories. Loki ne le battrait pas, c'était bien la raison pour laquelle Thor l'avait provoqué en premier lieu. Il savait qu'il gagnerait. En force brute, Thor gagnait toujours.

« Lève-toi ! »

En malice, cependant...

Loki l'avait prévu. Pour vaincre, il devrait ruser.

Il se leva lentement. Ignora les cris d'encouragements que ces tocards beuglaient depuis leur frêle refuge, par pur imitation de leur souverain.

Bande d'agneaux congénitaux.

« Allez ! » rit le roi des moutons, et le plaisir qu'il prenait dans cette hérésie était d'une indécence digne de sa stupidité.

Le prince épousseta sa tenue. Le blanc avait été terni.

Sa fierté aussi.

Il se dressa face à son ennemi. Le demeuré jouait avec son troupeau, le regard rieur.

L'entraînement avait assez duré.

Loki saisit son sceptre à deux mains, il le leva devant lui et brusquement l'abattit.

Tout le sable de la cour s'éleva soudain. Noyant les combattants et leur public dans un nuage de poussière, épais comme du pois. Impossible de discerner son voisin.

L'enthousiasme se tarit.

Thor s'essuya maladroitement les yeux, il ne voyait plus rien ! Il envoya deux boules de feu en avant, elles disparurent sitôt générées. Seuls de légers tourbillons de poussière à peine perturbée par le passage ardent pouvaient témoigner qu'elles aient seulement existé.

Le maître du Feu grogna sur la perfidie de son frère. Les règles de duel n'autorisaient pas cela ! Il avançait à tâtons, n'aurait pas pu voir Loki s'il avait été juste à côté de lui. Il décida de se fier à son ouïe, où qu'il soit, il l'entendrait.

Un froissement attira son attention, il se mit en garde.

Un murmure, plus loin, le fit se retourner.

« Thor... » crut-il percevoir.

Un éclair blanc se matérialisa deux pas devant lui, il l'attaqua.

Boule de feu flamboyante, férocité décuplée.

Le brouillard de poussière fut illuminé sur le moment, avant que l'obscurité sablonneuse ne reprenne le dessus.

Au bout de la course enflammée, une détonation, des cris.

Des cris de femme.

Le guerrier se précipita, heurta sans la voir une rambarde, l'enfonça malgré lui. Le bois était à moitié calciné. Il avait atteint des civils. Une femme au sol se tenait un visage meurtri. Brûlé.

Vision d'horreur. Thor voulut l'approcher mais les gens autour l'en empêchèrent. Dans la panique de la visibilité réduite, la femme disparut et ses cris avec elle. Thor s'en éloigna, furieux.

« Loki ! hurla-t-il. Montre-toi ! »

Un coup de vent dans le dos le fit tomber en avant.

Il se releva immédiatement, se tourna vers l'origine du vent, s'empêcha d'attaquer.

« Thor... » résonna encore, mais dans toutes les directions à la fois.

Une fois n'est pas coutume, le guerrier tenta de se calmer. Il ne pouvait ni se fier à sa vue, ni à son ouïe. Il tenterait donc de percevoir la chaleur de son cadet.

Il ferma les yeux, se concentra. Ignora le tohu-bohu de la foule qui fuyait, pic de température insondable. Il en sentit une autre. Signature thermique faible, mobile. Elle s'approchait, sans un bruit. Il attendit le moment opportun. Leva le bras pour contrer le coup de sceptre qui était destiné à le transpercer. Propulsa de l'autre main un coup de feu mordant.

Loki le reçut dans le ventre, il fut éjecté à l'autre bout du terrain.

Son sortilège s'interrompit aussitôt, la poussière soulevée retrouva le chemin de la gravité et tomba au sol comme un tapis qu'on aurait lâché.

Le prince roula sur lui-même avant d'enfin s'arrêter, le souffle coupé. Sceptre désarmé. Estomac brûlé. Un faible bouclier de vent généré au dernier moment avait amorti les dégâts, mais sa tenue était noire à cet endroit. Il toussa.

« Ça suffit, » commanda le Seigneur, déçu de devoir s'en tenir à ça.

Loki se relevait.

Lui n'en avait pas fini.

Sans avertissement il brandit les deux mains en avant et généra une violente bourrasque.

Les réflexes de Thor lui firent y répondre par une salve de feu.

Les deux jets se percutèrent frontalement.

Le Feu et l'Air explosèrent dans un contact aveuglant.

Les deux hommes maintinrent leur maîtrise en action. Les paumes de l'un crachaient des flammes fiévreuses tressées dans un tourbillon déchaîné. Les mains de l'autre une trombe de cyclone dont l'œil était furieux. Le froissement de l'air et le grondement du brasier inondèrent l'espace, saturèrent le son. Les cris n'étaient plus, la panique était loin, seul vrombissait l'échange mortel que s'imposaient les deux maîtres sous l'excitation de leurs capes folles.

Thor maintenant sa position, immuable.

Loki se sentait légèrement glisser en arrière. Ses pieds, lentement, reculaient.

Il savait qu'il ne gagnerait pas. Il le savait !

Le déferlement de feu de son frère l'avalerait. Déjà grignotait du terrain, petit à petit. Il se sentait perdre de son avance, la chaleur se rapprocher.

Il conserva sa position offensive, se convainquit qu'il en était capable.

Le brasier grandissait mais l'air toujours vibrait.

Il se laissa reculer, décidant que la distance serait un désavantage pour Thor qui devrait redoubler d'effort pour l'atteindre. Il devrait puiser plus vite, plus fort dans son énergie, dans sa force physique. Pour l'avaler il faudrait davantage de feu, davantage de force. Un moment d'accalmie, un instant de faiblesse, et Loki bondirait.

Il fallait qu'il tienne jusqu'à ce moment d'avarie.

Il tiendrait et il triompherait !

Mais soudain la résistance s'annula.

Loki ne ressentit plus aucun jet adverse pour contrer le sien, plus aucune chaleur, son déferlement venteux s'écoulait librement.

Une fraction de seconde durant laquelle il paniqua.

Comprit.

Il cessa son vent, sauta maladroitement, chuta à moitié.

Il était dans les airs, à l'horizontal, tombait au ralenti.

Et deux éclairs le frôlèrent.

Un dessus, un dessous, les rayons d'électricité le contournèrent.

Ils finirent leur course plus loin, y creusèrent des cratères.

Loki s'échoua au sol.

Abasourdi.

La mort l'avait frôlé.

Le tonnerre éclata.

« J'ai dit : ça suffit ! »

Les poignets électrifiés de Thor crépitaient encore.

Le prince se redressait, toujours sous le choc de ce à quoi il venait d'échapper. Le Seigneur l'observait avec colère, son visage était plus grave que jamais. Ses poings restaient chargés. Éclairs bleutés à la danse irrégulière qui remontaient le long de ses avant-bras.

S'il l'y poussait, le maître du Feu et des éclairs n'hésiterait pas.

Loki le dévisagea d'un regard noir d'incrédulité.

Il n'en revenait pas. Thor avait voulu l'exécuter. Il avait voulu le tuer !

« Loki. »

Le prince n'écoutait pas. Il ne risquait plus d'écouter rien. La mise à mort avait été prononcée. Il avait tardé, mais à présent elle allait s'abattre. La sentence était irrévocable, l'exécution publique aurait donc lieu.

Le vent progressivement se mit à souffler sur le terrain endommagé. Les gradins s'étaient vidés. Seuls les plus curieux, téméraires, ou fous, étaient restés. Dont, évidemment, les trois autres crétins.

La tempête naissante soulevait des volutes de poussière. Courant circulaire qui allait en s'amplifiant. La cape rouge se mit à virevolter. La cape blanche ternie aussi.

« Loki… » gronda Thor, peu confiant sur la suite du caprice qu'il percevait.

Le vent soufflait trop fort, seul Loki, s'il avait voulu l'entendre, l'aurait pu. La cour royale accueillit progressivement un cyclone qui faisait vibrer son mobilier. Les rambardes en bois cassées furent vite emportées. Les boucliers les plus légers commencèrent à s'entrechoquer. Les armes frémissaient dans leurs râteliers, eux-mêmes soumis à l'épreuve du vent.

Le prince leva les mains, et lentement s'éleva dans les airs. Lévitation parfaitement contrôlée.

La tempête ne s'en fit que plus violente. Les boucliers furent aspirés par la tornade grandissante. Les poignards, lances et hallebardes mal attachées suivirent.

Loki avait atteint le sommet de son ascension. Il conservait un regard implacable sur sa proie démunie. Un regard acéré, malfaisant, concentrant dans un iris noir toute la rancœur de ces trente dernières années. Un regard forgé d'effroi, de frustration. De haine et de tourment. D'envie, de rivalité, d'accablement. C'était un regard de désespoir.

Le reste des râteliers avaient été happés par le cyclone à présent. Le matériel continuait de s'entrechoquer dans cette ronde infernale qui enveloppait les deux hommes immobiles. La danse s'accélérait à mesure que le temps passait, et Thor n'avait pas voulu en arriver là.

Ça n'était pas ce qu'il avait souhaité. Il pria encore silencieusement pour que son frère revienne à la raison. L'appela de tout son soûl à se poser, venir le retrouver. Baisser les armes et s'enlacer. Il pria par Odin, mais savait trop bien que son cadet ne cesserait pas. Cette fureur avait besoin de s'exprimer.

Il se tenait paré à la recevoir.

« Loki, mon frère. Je suis navré qu'on en soit rendus ainsi. Ça n'est jamais ce que j'ai voulu, tu le sais. J'ai toujours souhaité le meilleur pour toi. »

La ferme ! Loki aurait préféré ne pas avoir eu la curiosité de l'écouter.

« Je suis désolé de la souffrance que je t'ai causée, continuait-il. Je me rachèterai. Je te le promets. »

Parole de trop.

Loki hurla. Sa rage, sa frustration, il hurla son cœur et déferla son flot de haine sur son ennemi de toujours.

Les épées et poignards, lance et hallebardes, marteaux et boulets, bout de bois effilés et râteliers entiers, tout l'arsenal de l'ouragan fut propulsé vers le même point central, lames en avant, tranchants inéluctables, dégâts imparables.

Alors Thor croisa les bras sur son cœur et se recroquevilla sensiblement. Il attendit, inébranlable, l'empalement fatal. Ne chercha pas à fuir, ne chercha pas à l'éviter.

Il patienta.

Une seconde.

Et dans un pulsar fou d'électricité décroisa ses bras.

Les éclairs jaillirent de son corps, de ses doigts, de ses bras, ils jaillirent du ciel et du sol, ils jaillirent de l'air et dans toutes les directions, brisèrent en mille morceaux l'armada en plein vol, projectiles fauchés dans les cieux.

Pluie de cendre et de débris.

Le tonnerre gronda.

D'autres éclairs déchirèrent le ciel, au cyclone se mêla l'orage, microcosme apocalyptique de détresse et de violence.

Thor prit de l'élan, et décolla.

Il fit naître des flammes pour le propulser dans les airs, et fonça droit vers l'homme en lévitation. Ce dernier envisagea de fuir, mais déjà le guerrier était sur lui. Aucune possibilité d'échappatoire, ils se percutèrent.

Dans le chaos de la tempête, impossible à discerner, les silhouettes entremêlées continuaient à se chahuter. Elles furent emportées par l'élan, chutèrent fatidiquement. Finirent par s'écraser au sol, glisser jusqu'à s'arrêter.

La poussière retombait lentement, bien trop lentement. Il n'était possible de distinguer qu'un individu au sol, l'autre se relevant, triomphant. Le temps de comprendre ce qui se jouait, les autres n'eurent pas de marge d'intervention.

Thor se maintenait la gorge. Agenouillé, il suffoquait. L'air autour de lui, disparu. Loki, debout, maintenait son sortilège d'une main tendue, menton levé. Thor rampait vers son bourreau, peinait à respirer. Suppliant silencieusement pour de l'oxygène. Il se mit sur un genou, effort surhumain. Se redressa sur l'autre, avant l'asphyxie. Il se releva, s'approcha de son frère et brusquement le saisit à la gorge. Il le tint à bout de bras, le suréleva jusqu'à lui faire quitter le sol.

Loki conservait une main tendue pour ne pas rompre son enchantement, l'autre griffait celle qui lui entourait le cou.

Les deux hommes s'entre-tuaient.

La pression de la main du blond allait briser les cervicales du brun. La peur fit céder le prince le premier, le Seigneur dans la foulée.

Ils se lâchèrent, tombèrent à terre, hébétés. Quêtant la moindre parcelle d'oxygène. Ils toussèrent, souffle rauque, massèrent un cou endolori. Incapables de parler, à peine retrouvaient-ils comment respirer.

Thor encore haletant n'attendit pas et saisit son frère par les épaules. Le maître de l'Air voulut se débattre, mais le mouvement de recul ne le sauva pas. Il se retrouva encerclé par les bras son geôlier, incapable d'échapper à l'étau qui finirait sa morbide entreprise. Les bras se refermaient et déjà Loki se voyait terminer calciné.

Il n'en fut rien.

Thor l'étreignait.

Loki fut pantois de stupeur. Hoqueta son désarroi, le nez niché sur l'épaule du guerrier. La tête lui tournait. La larme qui roula sur sa joue entachée n'était due qu'à la douleur qui l'avait déboussolé. La chaleur l'enveloppa, protectrice, amicale.

Fraternelle.

Il se laissa faire une seconde de trop.

Il se dégagea violemment, le Seigneur ne le retint pas.

Sans un mot ni un regard, d'une impulsion il s'envola. Disparut derrière les toits du palais royal.

Et Thor se laissa tomber sur le dos, à bout de souffle.