Elle n'arrivait pas à lui parler. Elle ne parvenait pas à trouver le courage de l'approcher. Pour dire quoi ? Qu'elle était désolée ? C'était une évidence. Et puis, il n'était même pas venu à l'enterrement. Ino et Choji avaient été là, mais pas lui. Pas Shikamaru. Et c'était à Shikamaru qu'elle voulait parler.

Pendant plusieurs jours, elle erra comme une âme en peine. Elle ne se présenta pas au terrain d'entraînement où Naruto poursuivait son travail en compagnie de Kakashi. Elle avait envie d'être seule, et les autres respectèrent cela. Mais Kakashi, en constatant son absence chaque matin, avait l'impression de sentir qu'elle lui glissait de nouveau entre les doigts. Une fois de plus.


Un matin, Shikamaru, Ino et Choji se retrouvèrent aux portes de Konoha.

-Allons-y, déclara Ino avec assurance.

-Prêt, Shikamaru ? s'enquit Choji.

Ils regardèrent leur coéquipier comme s'il était soudainement devenu leur chef d'équipe. Rien à voir avec le fait qu'il soit le plus gradé des trois. C'était du respect, une reconnaissance de son statut particulier. Oui, il était prêt. Et quand il se mit en mouvement pour passer les portes du village, ils lui emboîtèrent le pas sans hésiter.

-Attendez une minute ! s'exclama une voix dans leur dos.

Ils s'immobilisèrent. Se retournèrent lentement pour découvrir Tsunade, dressée en face d'eux, les mains sur les hanches et l'air mécontent.

-Où croyez-vous aller comme ça ?

-Vos ordres sont toujours valables, rétorqua calmement Shikamaru. Dix-huit escouades sont encore en mission à l'extérieur. Nous avons simplement mis une nouvelle équipe sur pied, et nous allons compléter notre mission.

-Certainement pas sans mon accord, riposta durement Tsunade.

Ino serra les dents avec embarras et Choji baissa les yeux, l'air troublé. Mais Shikamaru n'avait pas prévu de céder, ni même de lâcher le moindre pouce de terrain.

-Vous rejoindrez une équipe de ma propre composition, et vous ne partirez qu'après l'élaboration d'une stratégie solide.

-Vous n'avez qu'à les envoyer comme renforts, s'obstina Shikamaru. Choji, Ino et moi avons déjà élaboré notre stratégie.

-Ça suffit ! s'écria Tsunade avec autorité, élevant encore un peu la voix.

Puis elle s'adoucit légèrement :

-Asuma est mort. Vous n'êtes plus que trois.

-Asuma est encore avec nous, la contredit Shikamaru, qui avait une cigarette aux lèvres et sentait le briquet de son maître peser dans sa poche.

-C'est la vengeance, votre objectif ? Cela ne vous ressemble pas, pourtant. Vous avez prévu de mourir vainement ?

-On n'est pas stupide. On n'a pas l'intention de mourir. Mais nous n'avons pas non plus l'intention de fuir, de continuer à vivre sans remplir notre devoir. Nous ne voulons pas d'une vie sans sens.

-Grandissez un peu. La mort fait partie de la vie d'un shinobi. Certaines sont plus douloureuses que d'autres, mais on n'a pas d'avenir si on n'est pas capable de les surmonter.

Shikamaru exhala un nuage de fumée de tabac :

-Ces cigarettes qu'il a laissées… Lorsque je les fume, Asuma est encore un peu avec nous. Comme s'il veillait sur nous. Et je continuerai à fumer jusqu'à ce que ce combat soit achevé.

-Vous m'avez entendue. À trois, vous…

Elle s'interrompit soudainement. Dans son dos, un gravier avait crissé sous la semelle d'une chaussure.

-J'irai avec eux.

Tsunade leva un sourcil. Elle n'aimait pas cette idée.

-Itami…

-La formation habituelle est une équipe de quatre, n'est-ce pas ? Alors mettez-moi à la tête de l'équipe. Vous avez des objections ?

Oui, elle en avait un certain nombre. Les trois élèves d'Asuma et son ancienne coéquipière, c'était une recette désastreuse – mais elle pouvait difficilement dire non. C'était elle, après tout, qui avait affirmé qu'ils ne pouvaient pas partir à trois. Et Itami était un Jonin d'exception, une Kunoichi de haut rang. Comment dire non ?

-Oh, et puis après tout ! lâcha Tsunade avec agacement, rendant finalement les armes. Très bien, vous avez ma permission.

Choji laissa échapper une exclamation réjouie. Ino eut l'air soulagé. Shikamaru, lui, se contenta de fixer Itami.

-Alors, équipe Asuma… En route ?

Ino et Choji glissèrent un regard à Shikamaru. Comme s'ils attendaient son accord avant d'accepter.

-Merci, Itami.

Elle regarda Shikamaru dans les yeux. Et soudain, elle réalisa qu'elle n'avait pas eu besoin de lui mettre la main dessus, qu'elle avait passé ces quelques jours à s'en faire pour rien. Ils n'avaient besoin que d'échanger ce regard. Ils se comprenaient.

Elle inclina la tête vers lui, et il lui rendit son signe en tirant sur sa cigarette.

Et ils se mirent en route.


À bonne distance de Konoha, ils firent une halte pour discuter du plan de Shikamaru. Accroupis au milieu des bois, ils se placèrent en cercle, et Itami fit un signe de tête vers le garçon :

-Vas-y, Shikamaru, explique-moi votre stratégie.

-Vous n'étiez pas obligée de faire ça, répondit-il à la place.

Elle comprit immédiatement de quoi il voulait parler, bien sûr.

-C'est vrai.

-Alors pourquoi ?

-Pour maître Asuma ? demanda Ino d'une petite voix.

-Je pense qu'il aurait plutôt désapprouvé, s'amusa Itami. Non. C'était plutôt de l'égoïsme de ma part.

Si Choji et Ino échangèrent un regard surpris, Shikamaru, lui, sembla s'en satisfaire. Il acquiesça doucement.

-Ok, passons au plan, reprit-il abruptement. Je l'ai un peu modifié maintenant que vous êtes avec nous. Je vais tout vous expliquer, avec toutes les possibilités qui peuvent découler de chacune de nos actions. Retenez bien tout.

Une étincelle d'amusement brilla dans les yeux d'Itami. Asuma avait raison. Le garçon était intelligent, et de façon stupéfiante.

Shikamaru se lança donc dans ses explications. Plus il en dévoilait, plus il l'impressionnait. Elle comprenait mieux, maintenant, pourquoi Asuma en avait été si fier, sous ses dehors un peu bourrus parfois. Puis Shikamaru finit par lui placer un petit objet cylindrique dans le creux de la main :

-Utilisez ça quand vous en aurez l'occasion. D'ici là, je vous le confie.

Elle hocha sérieusement la tête.

-Bien compris.

-Tout est bien clair ? s'enquit Shikamaru.

Les trois autres acquiescèrent vigoureusement. Itami se releva lentement, imitée par les trois jeunes ninjas.

-Alors allons-y.


La fois suivante, ce fut Itami qui donna le signal de l'arrêt. Ils se rassemblèrent au pied d'un arbre, et Itami prit la parole :

-J'ai repéré leurs chakras. Ino, tu peux utiliser ta technique de transposition pour en savoir un peu plus sur la direction qu'ils prennent ?

-S'ils ont deux sous de jugeote, ils prendront un autre chemin pour gagner Konoha, jugea Shikamaru. Ils s'attendront à une embuscade sur la route qu'ils ont empruntée la dernière fois.

-Je suis d'accord, confirma Itami. Ino ?

-Une seconde.

Ayant repéré un oiseau qui convenait à son objectif, Ino lança sa technique de transposition et, s'emparant de son esprit comme seuls savaient le faire les Yamanaka, elle s'empressa d'amener l'oiseau au-dessus de leurs deux cibles.

Peu après, elle récupéra le contrôle de son corps.

-Alors ? la pressa Itami.

-Vous aviez raison, les informa la jeune fille. Ils changent de route. Ils sont à dix minutes au nord-est.

-Dépêchons-nous.

Ils filèrent dans la direction indiquée. Plus ils avançaient, plus les chakras ennemis se rapprochaient. Mais ils parvinrent à les dépasser et se placèrent en embuscade pile sur le passage qu'ils allaient emprunter. Bientôt, les deux silhouettes se dressèrent à l'horizon, marchant d'un pas rapide sur le chemin. Les quatre ninjas de Konoha se firent discrets. Seule une ombre glissant dans l'herbe indiquait leur présence toute proche…

-Hidan, fit soudain une voix rauque.

-Je sais, rétorqua l'autre.

Et ils bondirent vivement, chacun d'un côté, l'un partant sur la droite, l'autre sur la droite. L'ombre de Shikamaru se divisa pour tenter de les suivre, en vain. Mais leur attention fut brusquement déviée par un léger sifflement au-dessus de leur tête, presqu'imperceptible. Ils levèrent les yeux pour voir des kunai approcher à toute vitesse, attachés à des parchemins explosifs.

L'explosion retentit avant qu'ils n'aient pu l'éviter, et ils disparurent momentanément dans un nuage de fumée. Ils réapparurent la seconde d'après, sautant hors de la fumée.

-Kakuzu ? appela Hidan.

-Je n'ai rien ! répondit l'intéressé. J'ai renforcé mon bras. Mais fais attention aux ombres !

Sur le sol, en effet, les ombres de Shikamaru continuaient d'onduler en direction des leurs, tentant de les immobiliser sur place selon la technique si particulière du clan Nara. Hidan dut se déplacer rapidement pour échapper à l'ombre qui fondait sur la sienne.

-Hors de question de me faire avoir par le même coup à chaque fois ! lâcha-t-il.

-Hidan ! s'exclama Kakuzu, le nez relevé vers le ciel. Au-dessus !

Hidan leva vivement les yeux et son regard tomba sur la silhouette qui fondait sur lui. Sans lui laisser le temps d'enregistrer l'information, Shikamaru lui lança deux nouvelles lames auxquels pendaient des parchemins explosifs.

-Attention, Hidan ! cria Kakuzu.

Ils se préparèrent à l'explosion, mais les deux lames se plantèrent dans le sol à leurs pieds, et rien ne se passa. Shikamaru atterrit lestement un peu plus loin. Hidan tenta de foncer vers lui, mais rien à faire. Ses pieds refusaient de lui obéir.

-Ce sont des lames de chakra, expliqua Shikamaru en désignant les deux lames qu'il tenait d'Asuma et qu'il avait plantées au milieu de l'ombre des deux ninjas d'Akatsuki. Elles absorbent le chakra de leur utilisateur et peuvent l'assister dans l'utilisation de sa technique. C'est votre ombre que je visais tout du long !

Kakuzu fronça les sourcils avec colère lorsqu'il réalisa qu'ils s'étaient fait avoir par un leurre. Le papier qui pendouillait aux lames de chakra était du papier ordinaire, pas des parchemins explosifs. La première attaque n'avait été destinée qu'à leur faire craindre la seconde. Maudit morveux.

-Tu t'es fait avoir aussi, Kakuzu ? réalisa Hidan, interloqué. Ça commence à sentir mauvais, ça !

-Ce n'est rien de le dire, rétorqua Shikamaru. D'après mes calculs… C'est fini pour vous deux.

Lentement, il commença à étirer son ombre en direction d'Hidan. Leurs ombres se mêlèrent, et Shikamaru afficha un sourire satisfait tandis qu'Hidan lâchait un juron. Tout en maintenant Hidan en place, l'ombre de Shikamaru récupéra la lame de chakra d'Asuma.

-Cette fois, je ne me tromperai pas dans l'ordre d'attaque, déclara Shikamaru en faisant référence à leur dernière rencontre, qui avait coûté la vie à Asuma.

-Petit, je n'oublie jamais un visage. Et je vais te faire la peau !

Sur ces mots, manipulé par Shikamaru, Hidan attrapa sa faux à trois lames et détendit subitement le bras en direction de son coéquipier.

-Kakuzu, baisse-toi ! s'écria-t-il.

Kakuzu esquiva l'attaque au dernier moment, et la faux ne trancha qu'une manche vide. Shikamaru arrondit les yeux de surprise. Éberlué, il réalisa que le bras de Kakuzu sortait désormais du sol, devenu autonome à l'exception des longs fils noirs qui le propulsaient hors de terre. Il referma les doigts sur la lame de chakra d'Asuma qui le forçait à rester sur place. Bon sang ! Il a dû planquer son bras sous terre quand il était dissimulé par le nuage de fumée.

Les fils noirs ramenèrent son bras à Kakuzu qui, un sourire mauvais aux lèvres, jubila.

-Comme tu peux le voir, mes capacités sont nombreuses… Il serait sage de battre en retraite et préparer ton prochain coup. Enfin, si tu es plus malin que mon coéquipier…

-Hé ! protesta véhément Hidan.

Mais il n'eut guère le temps de réagir plus que cela, propulsé en avant par Shikamaru et forcé d'attaquer son propre partenaire.

-Je ne peux plus contrôler mon propre corps ! s'égosilla-t-il. Kakuzu, fais quelque chose !

Kakuzu, cependant, était trop occupé à battre en retraite et à éviter la faux qui le menaçait. Soudain, il se retrouva acculé, le dos contre un arbre. Maintenant, Choji !

-Boulet humain hérissé ! cria la voix de Choji, qui surgit en tourbillonnant sur lui-même.

Kakuzu réagit aussitôt et joignit les deux mains. Une seconde plus tard, le corps décuplé de Choji s'abattit, dévastant le sol sur son passage.


Choji bondit en arrière et atterrit à côté de Shikamaru.

-Que se passe-t-il ? demanda-t-il en glissant sur la terre sèche qui craquelait sous leurs pieds.

-C'est ce dont parlait Raido…, expliqua Shikamaru.

Devant eux, Kakuzu se tenait toujours debout malgré l'attaque dévastatrice de Choji. Son corps, cependant, semblait fumer.

-C'est ce qu'il a fait lorsque Raido l'a attaqué avec son épée. Et aussi pour se protéger du parchemin explosif tout à l'heure. Il a la capacité de solidifier son corps.

-Bien vu, le félicita amèrement Kakuzu. C'est vrai. Les attaques physiques sont inutiles contre moi.

-Ça suffit le blabla, s'agaça Hidan. Lançons notre contre-attaque. Kakuzu, dépêche-toi de mettre fin à ce fichu jutsu qui me…

Hidan ne finit jamais sa phrase. Une ombre avait soudain surgi de sa cachette, fondu sur Kakuzu et, à une vitesse incomparable, lui avait porté une attaque sans lui laisser le temps de réagir.

Il y eut un nouveau nuage de fumée et un cri rauque dont Shikamaru ne parvint pas à distinguer qui l'avait poussé. Puis la fumée se dissipa, révélant Itami debout dans le dos de Kakuzu, le bras droit levé. Les flammes bleues qui léchaient son poignet et son avant-bras s'éteignirent. Des gouttes de sang gouttèrent sur le sol, colorant la terre d'une teinte plus foncée.

-C… Comment ? balbutia Kakuzu.

-Je suis plus rapide que toi. Plus rapide que ta technique de solidification, espèce de salaud. Et comme Shikamaru, j'apprends de mes combats précédents.

Itami recula d'un pas, permettant à Hidan et Kakuzu de voir son visage. Shikamaru l'observa lui aussi et la reconnut à peine. Quelque chose avait changé dans ses traits, ses yeux brillaient d'un éclat qui assombrissait leur bleu. Le bras droit maculé du sang de Kakuzu, elle dégageait quelque chose de presque inquiétant.

-Maître Itami… fit la voix stupéfaite de Choji.

-Toi ! siffla Kakuzu en la reconnaissant.

-Moi, confirma-t-elle d'une voix dure.

Levant le poing, elle le frappa droit dans la mâchoire. Kakuzu s'étala de tout son long sur le sol, face contre terre, et ne se releva pas. Une mare de sang commença à se répandre autour de lui. Itami l'enjamba en lui adressant un regard méprisant. Son Rasengan enflammé l'avait touché juste à l'emplacement du cœur. Il était fichu.

-À ton tour, lança-t-elle à Hidan en activant de nouveau son jutsu.

Maintenu sur place par l'ombre de Shikamaru, Hidan déglutit. Itami fit un pas de plus vers lui. Elle le tenait. Elle allait se venger, venger Asuma, ôter deux hommes à Akatsuki. Elle en aurait jubilé. Elle…

… vola contre un arbre et s'écrasa avec violence contre le tronc avant de rouler par terre, sonnée.

-Maître Itami ! cria une voix qu'elle ne parvint pas à reconnaître.

Elle releva les yeux vers celui qui l'avait ainsi frappée. Kakuzu se tenait devant elle, un air terrifiant sur le visage, la surplombant de toute sa hauteur. Impossible. Elle lui avait touché le cœur. Il aurait dû mourir dans les secondes après son coup. Il s'était effondré, il…

Il se débarrassa de son manteau aux couleurs d'Akatsuki, dévoilant sa poitrine et son dos nus. Les yeux d'Ino, encore dissimulée mais assistant à toute la scène, de Choji et de Shikamaru s'arrondirent d'effroi. Ils n'avaient jamais rien vu de semblable. Son corps était barré de cicatrices, semblable à des morceaux rapiécés à l'aide de ce gros fil noir qui avait relié sa main au reste de son bras. Et dans son dos, il avait comme quatre masques incrustés dans la peau. Quatre masques qui jaillirent soudain de son dos comme s'ils étaient des éléments indépendants. Itami, à bout de souffle et une main sur les côtes, se figea.

Plus loin, Shikamaru relâcha son ombre à contrecœur. Sa technique avait atteint sa limite. Un rictus apparut sur les lèvres d'Hidan :

-Je peux enfin bouger de nouveau, se félicita-t-il.

-Qu'est-ce que c'est que ça ? s'enquit Choji d'une voix tremblante. Comment est-il toujours en vie ?

Itami se força à se relever. Le choc avait été puissant, et elle était plus ou moins certaine de s'être fracturé au moins deux côtes. Péniblement, elle se redressa à quatre pattes, puis, prenant vaillamment appui sur ses mains et ses genoux, elle se remit sur pied. Elle tituba un instant puis retrouva son équilibre et ses appuis, les pieds fermement plantés dans le sol. Pliant légèrement les genoux, elle prit sa position de garde et tenta d'analyser la situation.

Hidan et Kakuzu avaient récupéré leur liberté de mouvement, mais ce n'était pas ce qui l'inquiétait le plus. C'était les masses gigantesques et sombres des quatre masques qui se dressaient désormais derrière les deux hommes d'Akatsuki. Leur chakra était impressionnant, puant, mauvais, dangereux. Mais l'une des silhouettes noires glissa sur le sol en gémissant. Les rouages tournaient à toute vitesse dans le cerveau d'Itami. Ce masque-là, c'était celui qui avait semblé brisé lorsque Kakuzu s'était débarrassé de son manteau. Celui qui se trouvait à l'emplacement où avait frappé Itami. Je l'ai bien touché.

Elle n'eut pas le temps d'y penser plus longtemps, car Hidan fondit subitement sur elle en brandissant sa faux, suivi par l'un des masques.

-Futon, pression ravageuse !

La force de la bourrasque de vent qui l'enveloppa la prit par surprise et la fit disparaître hors de vue. Shikamaru et Choji eux-mêmes durent lutter pour rester sur place. Et, quand le vent se dissipa, ils réalisèrent que Kakuzu et ses deux autres masques se tenaient face à eux.

-À notre tour, Choji, déglutit Shikamaru.

-Fuyez ! cria la voix d'Ino.

Mais Kakuzu lançait déjà son jutsu à l'aide de son masque :

-Raiton, obscurité factice !

-Katon, embrasement suprême ! riposta une autre voix de toute la puissance de ses poumons.

Le mur de flammes se dressa entre l'éclair de foudre qui filait sur Choji et Shikamaru et les deux garçons, qui restèrent bouche bée. La chaleur monta de plusieurs crans et la terre trembla sous les pieds d'Itami tandis que les deux attaques se rencontraient avec force.

-Itami…, fit la voix de Shikamaru.

Elle était apparue de nulle part, sans prévenir. Shikamaru nota cependant qu'un kunai à trois branches était planté entre son pied droit et le pied gauche de Choji. Un kunai qui n'avait pas été là auparavant.

L'attaque raiton prit fin et les flammes s'éteignirent. Itami resta plantée sur place, les genoux légèrement pliés, les épaules un peu avachies et le souffle court. Haletante, elle leva cependant un regard dur vers Kakuzu. Qui sourit.

-J'aurais été déçu de te voir disparaître si vite, Cinquante millions, se moqua-t-il.

Itami essaya d'un revers de main le sang qui coulait de sa lèvre, sans prêter attention à sa manche déchirée ni au trou dans son pantalon, juste au niveau du genou. L'attaque futon avait fait des dégâts. Elle compta une côte brisée de plus, et son bras gauche pendouillait inutilement à son côté, l'épaule démise. Mais elle était toujours debout, et les deux garçons également.

-Vous allez bien ? leur glissa-t-elle par-dessus son épaule.

Shikamaru hocha la tête. Au même moment, Ino atterrit à côté de son coéquipier, et Itami lui jeta un coup d'œil.

-Maître Itami, vous…

-Ça va, la coupa-t-elle. Mais ça ne va pas être du gâteau.

Devant eux, Hidan était retourné auprès de Kakuzu, et les masques se tenaient à leurs côtés. Hidan gloussa :

-Kakuzu, je crois qu'elle est la première à survivre à cette suite d'attaques.

-C'est juste, reconnut l'autre. Voyons ce qu'elle fait de la suivante…

Cette fois, ce fut le troisième masque qui attaqua.

-Katon, face intrépide.

Le feu jaillit de la bouche rouge de l'affreux masque, et les quatre ninjas de Konoha réalisèrent avec horreur qu'après avoir prouvé qu'il pouvait manipuler deux éléments, trois si l'on comptait la technique doton qui lui permettait de durcir son corps, Kakuzu pouvait également recourir au feu.

Mais le feu était l'élément d'Itami, celui qui lui convenait parfaitement. Celui qu'elle connaissait par cœur et savait comment neutraliser aisément. Elle composa les mudra à une vitesse ahurissante, ignorant la douleur qui martyrisait son épaule gauche :

-Suiton, barrière d'eau !

L'eau jaillit directement de sa bouche pour former une barrière devant eux, dans laquelle les flammes de l'attaque katon vinrent s'éteindre, non sans dévaster le terrain qui se trouvait de l'autre côté. Kakuzu et Hidan eurent l'air surpris.

-Je croyais qu'elle utilisait du katon ? marmonna Kakuzu, tentant de se remémorer leur précédent combat.

Il n'avait pas oublié cette Kunoichi. Comment l'aurait-il pu ? Elle lui avait donné du fil à retordre. S'il n'avait pas été immortel, à vrai dire, elle l'aurait probablement tué. Et puis, une proie de cinquante millions qui vous échappe… Il n'était pas du genre à oublier un événement pareil, alors il se souvenait très bien d'elle. Mais il avait beau passer et repasser le film de leur première rencontre dans sa tête, il ne la revoyait pas recourir au suiton. Du taijutsu, du katon, et une défense au doton, mais c'était tout. S'il avait su, il aurait agi autrement. Il ravala un juron.

-Maître Itami, fit timidement Choji, vous l'avez touché tout à l'heure, j'en suis sûr. Pourquoi n'est-il pas mort ?

-Il devrait l'être, grogna-t-elle.

Cela l'agaçait. Ils avaient pourtant eu un plan solide. Shikamaru était un excellent stratège, et il avait su nourrir son plan des observations tirées de son affrontement précédent avec les deux hommes d'Akatsuki, ainsi que des informations apportées par Itami. Et pourtant, ils étaient en train d'échouer lamentablement. Parce qu'elle avait été incapable de tuer Kakuzu. Ils allaient s'obstiner, bien sûr, mais elle n'était pas certaine de pouvoir continuer ainsi bien longtemps. Chaque inspiration martyrisait ses côtes, et elle continuait de forcer sur une épaule qui ne voulait plus lui répondre. Elle tenait encore debout, mais pour combien de temps ?

Son premier combat avec Kakuzu l'obsédait aussi. Elle se revoyait étalée sur le sol, le sang s'écoulant trop vite de la blessure qui lui barrait le dos, l'air ne parvenant plus à ses poumons tandis qu'elle suffoquait par terre. La seule chose qui l'avait sauvée, c'était la technique de déplacement instantané qu'elle tenait de son frère. Et elle avait fait la seule chose qu'elle pouvait faire pour sauver sa peau : elle avait pris la fuite. Aujourd'hui, elle s'en voulait. Elle était une Kunoichi. Ça impliquait, possiblement, de sacrifier sa vie. Sauf que sur le moment, elle n'avait pas vu en quoi son sacrifice était utile. En quoi elle aurait servi sa cause en donnant sa vie – d'ailleurs, elle n'avait eu aucune cause à servir à ce moment-là.

Ironiquement, c'était maintenant, alors qu'elle avait enfin retrouvé une raison de se battre et, peut-être, de mourir, qu'elle n'en avait aucune envie. Autrefois, elle avait refusé de mourir pour rien. Aujourd'hui, elle refusait de mourir tout court.

-Je pense que c'est l'espèce de monstre masqué qui est mort à la place de Kakuzu, supposa-t-elle.

-Un peu comme son bras qui bouge de façon autonome, renchérit Shikamaru.

-Qu'est-ce que ça veut dire ? s'enquit Choji, perdu.

-Je pense que chacun des monstres, plus le type lui-même, ont chacun leur cœur. Mais que d'une certaine façon, chaque cœur lui appartient aussi. En bref, quand on a commencé le combat, il avait cinq cœurs.

-C'est impossible !

-Non, je pense que Shikamaru a raison, admit Itami.

-Mais alors, pour gagner, il faudrait encore détruire quatre cœurs ? déglutit Ino.

Un peu plus loin, Kakuzu fronça les sourcils.

-Encore une fois, bien vu. Chacun de ces cœurs appartient à un shinobi que j'ai combattu – et tué. Si vous en détruisez un, il me suffit de le remplacer. Le tien serait idéal pour ma collection, Cinquante millions.

Choji leva un sourcil, incapable de comprendre l'origine du surnom dont Kakuzu semblait avoir affublé Itami. Cette dernière, elle, trouva l'énergie, quelque part dans son corps las, de se résoudre à poursuivre le combat.

-Shikamaru, il faut les séparer.

-Je suis d'accord, approuva-t-il vigoureusement. C'est le seul moyen.

-Une fois qu'on les aura séparés, on pourra se concentrer sur la façon dont on tuera ce salopard quatre fois de plus… Le problème, naturellement, c'est que quelqu'un va devoir retenir Hidan.

-Je m'en charge, décréta Ino. Je peux utiliser ma technique de transposition.

-Non, refusa tout net Shikamaru. Ta technique est normalement liée à la mienne, une fois que la cible a été immobilisée. Si tu rates ton coup, tu ne pourras pas tout de suite regagner ton corps. C'est trop risqué, Ino.

La jeune fille baissa la tête, dépitée. Mais elle savait que Shikamaru avait raison.

-Je m'en charge, reprit ce dernier. Je vais l'attraper avec ma technique, puis le forcer à quitter les lieux.

-Il ne se laissera pas piéger facilement, lui rappela Itami. Il faut faire diversion.

-Ça, je m'en occupe, intervint Choji.

-Non ! protesta de nouveau Shikamaru. La moindre égratignure, la moindre goutte de sang, et il pourra utiliser sa technique. Choji, il vaut mieux préserver ton chakra pour aider Itami à battre le type aux masques. Je vais piéger l'autre moi-même… Et faire diversion également.

Itami soupira, résignée.

-Ok, accepta-t-elle à contrecœur. Shikamaru, on te le laisse.

Elle fouilla dans sa sacoche, puis tendit la main vers lui pour lui remettre l'objet qu'il lui avait confié en chemin.

-Je pense que tu en auras besoin.

Shikamaru la remercia d'un simple signe de tête, puis il s'avança, laissant ses compagnons dans son dos. Et, composant le signe de sa technique, il lança son ombre vers celles d'Hidan et Kakuzu.

-Quoi, encore ça ?!

Les deux hommes bondirent de côté pour échapper à ses ombres qui filaient vers les leurs. Itami fonça pour rattraper Kakuzu et se planta devant lui, laissant Shikamaru poursuivre sa traque d'Hidan.

-Encore toi ! s'agaça Kakuzu.

Dans son dos, Shikamaru parvint à surprendre Hidan :

-Je l'ai ! s'exclama-t-il.

-File, Shikamaru ! s'écria Itami.

Sans s'attarder sur place, Shikamaru détala en direction des profondeurs des bois, laissant Itami, Choji et Ino à l'orée de la forêt, face à Kakuzu et ses monstres.

-L'envoyer seul s'occuper d'Hidan, c'est sacrément le surestimer, jugea platement Kakuzu. Mais vous avez raison de rester à trois contre moi. Il y a un fossé gigantesque entre nous. Ah, je me souviens encore de mon premier combat contre un shinobi de Konoha… Le premier Hokage.

Stupéfaits, les trois ninjas de l'équipe Asuma écarquillèrent les yeux. Ino lâcha une exclamation de surprise.

-Tu es vraiment immortel, alors, lâcha Itami en serrant les dents.

-Nan, l'immortalité n'existe pas. J'ai simplement prolongé ma vie en volant des cœurs avant que les miens ne meurent de vieillesse… en les arrachant à des ninjas alors qu'ils étaient encore en vie.

Itami fit une grimace de dégoût.

-Et maintenant, Itami Namikaze, la Kunoichi qui valait cinquante millions de ryo, ton cœur va venir remplacer celui que tu as détruit.

Sous ses yeux ébahis, deux masques s'assemblèrent pour former une monstrueuse silhouette noire à deux têtes. Itami les reconnut comme ceux du vent et du feu. Or le chakra du vent pouvait attiser les attaques katon – d'où son regret, d'ailleurs, de n'avoir jamais pu maîtriser ce type de chakra.

L'attaque combinée fut dévastatrice. Dès le premier coup d'œil, elle comprit que le suiton ne suffirait pas pour éteindre ces flammes gigantesques, et Itami préféra battre en retraite. Mais Kakuzu avait prévu son esquive et ses épais fils noirs foncèrent à travers l'air. Itami était rapide, bien sûr, très rapide. Mais cela, Kakuzu le savait aussi, et, au dernier moment, il parvint à nouer ses fils autour de sa cheville. Il tira violemment en arrière et la projeta au sol, qu'elle heurta avec un bruit mat et un grognement de douleur. Kakuzu se rapprocha d'elle en savourant le moment. Il se plaça au-dessus d'elle, la dominant de toute la hauteur de son mètre quatre-vingt-cinq, et Itami passa rapidement en revue toutes les échappatoires possibles. Sans en trouver de valable.

Puis Kakuzu porta une main à sa poitrine et la situation se retourna. Un sourire narquois se forma sur les lèvres d'Itami.

-N… Ne me dis pas que…

-Oh si. Hidan a dû commencer son rituel. Tu sais, celui qui consiste à prélever un peu du sang de son adversaire pour lui faire subir les mêmes blessures qu'à lui-même ? Shikamaru était au courant de cette technique. C'est ton sang qu'il a utilisé. Il avait préparé des capsules à cet effet.

-Quand avez-vous… ?

-Enfin, c'est évident, non ? La première fois que je t'ai attaqué. Nous n'avons pas surestimé Shikamaru, c'est vous qui l'avez sous-estimé. Asuma Sarutobi n'était pas seulement mon ami d'enfance, espèce d'ordure, il était aussi le maître de Shikamaru, lequel n'aurait jamais gâché les informations pour lesquelles Asuma a donné sa vie.

Alors Kakuzu s'effondra face contre terre. Choji et Ino en profitèrent pour foncer vers Itami, qui se débarrassa des fils noirs autour de sa cheville en les tranchant d'un coup sec de kunai. Elle se redressa en position assise avec un gémissement sourd de douleur.

-Je devrais vous traiter avec mon ninjutsu médical, observa Ino.

-Pas le temps, rétorqua-t-elle un peu sèchement. Il nous reste encore ces deux-là.

Itami désigna les deux monstres masqués qui fonçaient désormais vers eux. Choji décida aussitôt d'agir :

-Décuplement !

La taille de son corps s'accrut brutalement, bloquant le passage aux monstres, mais il n'en avait pas fini :

-Grande claque ! cria-t-il en abattant ses mains gigantesques sur le sol.

Ino le félicita joyeusement, mais Itami tourna vivement la tête vers le corps de Kakuzu.

-Attention ! les alerta-t-elle.

Quelque chose de nouveau se passait. De nouveaux fils noirs jaillissaient du sol de Kakuzu, qui commença à se redresser. Du coin de l'œil, Itami vit l'un des masques se fendre.

-Hm… Deux cœurs détruits, grinça Kakuzu. Cela faisait longtemps que ce n'était pas arrivé.

Les deux autres masques étaient revenus sur ses épaules, attachés par les fils noirs qui dégoûtaient tant Itami. Et, déjà, Kakuzu faisait filer vers eux de nouveaux fils pour les saisir. Cette fois, cependant, Itami fut plus rapide. Elle se déplaça à toute vitesse pour aller se planter devant Choji et Ino, et plaqua une main sur le sol pour dresser un mur de terre entre Kakuzu et leur trio.

-Qu'est-ce qu'on fait, maintenant ? glapit Ino.

-On bat stratégiquement en retraite, décréta Itami. Il nous reste deux cœurs à détruire, mais on a besoin d'un plan. Bougez-vous !

Les deux Chunin s'exécutèrent et filèrent. Mais Kakuzu n'en avait pas fini avec eux.

-Vous pouvez courir, mes petits shinobi, mais vous ne m'échapperez pas !

Les bouches des masques s'ouvrirent pour lancer une formidable attaque combinée. Itami resta sur place, les pieds fermes sur le sol, les jambes un peu écartées et les genoux fléchis. En position de combat. Par réflexe, elle resserra les doigts de sa main droite autour de son kunai. Elle aurait pu filer, fuir, éviter l'attaque, mais Choji et Ino se tenaient derrière elle, et elle les aurait exposés. Son apprentissage aux côtés d'Asuma et de Raido lui avait laissé un sens de l'équipe féroce. Et puis, elle avait fui ce combat une fois déjà, et le remettre à plus tard avait permis à Asuma d'être tué. Alors non, plus jamais. Elle plia un peu plus les genoux et se prépara à encaisser l'attaque de plein fouet.