Cinder : non, juste Lily non-idéalisée par le souvenir de Severus.
Versada : je ne spoile que la première partie dans le résumé (et les deux autres dans le chapitre précédent) et seulement partiellement. Personnellement je suis dans ma limite du spoil acceptable (considérant que je demande généralement le spoil pour m'éviter de lire des livres, je suis plutôt favorable au spoil) et je préfère savoir ce que je vais lire quand je m'embarque dans une histoire à 150 000 mots.
Lupinette : on vient de me reprocher de spoiler mais j'adore spoiler, donc : plutôt la deuxième partie de ta review.
Il était toujours en partie détraqueur et en avoir la confirmation sous la forme du givre sur les barreaux de son lit était un soulagement immense. Il ne testa pas davantage son héritage créature : Poppy risquait à tout moment de quitter son bureau et seule la peur de n'être soudain plus qu'humain l'avait poussé à prendre ce risque. Il ne tenta pas la même chose avec sa magie. Il ne voulait courir aucun risque et adolescent ou adulte, il aurait toujours celle-ci, même s'il lui faudrait du temps pour s'y adapter, quelque soit celle qu'il possédait désormais. Une période d'adaptation qui pouvait être aisément expliquée par la magie accidentelle tardive qu'il avait effectuée, lui expliqua Poppy, persuadée qu'il était terrifié à l'idée de se retrouver cracmol. Ce qui était le cas, mais pas de la manière qu'elle pensait.
Il avait bien assez à faire même sans lancer de sorts de toute manière. Commençant par les essais qu'il avait partiellement rédigé, Severus continua sa lecture par ses manuels scolaires – et leurs utiles annotations qui l'informait bien davantage sur ce qu'il savait à l'époque – avant de rédiger une première version des essais à rendre, puis de vérifier ceux-ci avec ses manuels avant de les expurger de toute connaissance plus avancée. Une comparaison avec les essais débutés lui permit d'ajuster le vocabulaire utilisé, qui n'avait heureusement que très peu changé. Une troisième évaluation assura un gradient dans le niveau des essais, celui de potion étant un Optimal, celui de Métamorphose devant être un confortable Acceptable. Le processus était fastidieux mais nécessaire et lui permis également de retrouver une écriture suffisamment ressemblante à celle de ses années d'études pour ne pas éveiller les soupçons.
Lily passait tous les jours, une série de livres empruntés à la bibliothèque avec elle, pour venir travailler à côté de lui. Leurs discussions étaient d'autant plus dangereuses qu'elle était l'une des personnes qui avait le plus de chance de comprendre que son ami avait énormément changé, mais Severus croyait l'avoir convaincue que son amertume était due à la réalisation que peu importe ce qu'il ferait, il ne pourrait jamais se confronter aux maraudeurs. Persuader Poppy – que Lily était allée consulter – qu'il n'était pas dépressif mais traumatisé avait été plus dur. Severus fut soulagé de quitter l'infirmerie et son regard scrutateur à la fin de la semaine, même si cela signifiait confronter son jeu à de nombreux autres observateurs.
Ainsi que l'avait dit Lily, les maraudeurs ne semblaient plus à leur zénith dans le cœur des Gryffondors. Severus réussit à démarrer la rumeur de la mise en danger de sa magie dans la première semaine, ce qui leur aliéna également les Poufsouffles et les Serdaigles. Les hilarantes farces des maraudeurs firent une éphémère disparition quand leur potentiel destructif fut découvert et n'amusa strictement personne. Severus ne s'aperçut de l'effet qu'il avait réussi à avoir qu'après les vacances d'hiver. Il avait été trop occupé durant la semaine et demie précédant celles-ci pour leur accorder la moindre attention. Sa chute de six étages n'aurait pas pu mieux tomber si elle avait été organisée pour masquer les effets secondaires de son voyage.
La première semaine après son réveil passée à l'infirmerie lui permit d'avoir les bases de cette époque. La deuxième semaine, il assista aux cours sans participer à la pratique grâce aux strictes consignes de Poppy, lui permettant de mesurer quel niveau pouvait être attendu – pathétique était le seul mot qui le décrivait – d'un élève de quatrième année, et combien d'essais étaient nécessaires en moyenne pour apprendre un nouveau sort. Il passa principalement ce temps à revoir ses souvenirs pour savoir de quelle manière il devait agir vis-à-vis de quelles personnes, puis à évaluer leurs réactions pour adapter sa comédie. Il identifiait et comprenait les motivations des Serpentard de son année sans trop de difficulté, mais avait complétement oublié Duncan Paxter, un Poufsouffle avec qui il faisait équipe en Soin des Créatures Magiques et Botanique et dont il ne conservait absolument aucun souvenir. Les réactions de ses professeurs – qu'il étudiait avec attention pour savoir s'il devait ajuster le niveau de ses essais – étaient aussi ambivalentes. McGonagall – qui n'était pourtant pas son plus grand soutien durant sa scolarité, même si elle deviendrait une amie pendant son professorat – semblait ainsi se sentir légèrement coupable de ce qui était arrivée. Flitwick se montra aussi attentionné que l'on pouvait l'attendre de lui et lui prêta un ouvrage de sa bibliothèque pour l'aider à rattraper son retard. Têtenjoie – qui serait à la fin de l'année la première victime de la malédiction sur le poste de Défense contre les Forces du Mal – ne parut même pas remarquer son départ ni son retour en une attitude digne de Binns. Cela n'étonna que médiocrement Severus : la dernière année d'enseignement de Têtenjoie avait été marquée par ses pertes de mémoires qui avaient culminées en mai par l'oubli d'enfiler un pantalon ou des sous-vêtements avant de se rendre en cours. Dumbledore l'avait gentiment poussé à la retraite anticipée. Son estimé directeur de maison se contenta de lui demander les devoirs à rendre pour les deux semaines passées. Severus avait oublié à quel point il en voulait à Slughorn. Le point le plus dangereux de la semaine fut probablement celui où il dut quasiment geler le Croup qu'il étudiait avec son binôme en Soin des Créatures Magiques pour l'empêcher de détaler. L'animal avait visiblement senti le détraqueur derrière son apparence humaine. Heureusement, le froid s'expliquait aisément en février et Paxter ne sembla rien remarquer.
Les trois derniers jours de la période scolaire ajoutèrent un facteur de complication à une situation déjà délicate. Le délai de deux semaines d'abstinence magique était passé et Severus recommença avec un enthousiasme contrôlé à jeter des sorts. Il ressortit plus fatigué que de raison de sa double période de Sortilège, mais ce n'est qu'après celle de Botanique – et ses sorts d'aération des sols – qu'il admit que quelque chose n'allait pas. Lily le força presque à retourner à l'infirmerie après la Défense contre les Forces du Mal, dernier cours de l'après-midi, avant qu'il ne la convainque que le problème tenait à la nourriture et pas à quoi que ce soit d'autre. Sitôt séparé de Lily – officiellement pour aller se reposer – il bifurqua vers une des ailes abandonnées du château et trouva une salle de classe abandonnée pour étudier le problème.
Severus avait si bien joué son rôle d'adolescent effrayé à l'idée de perdre sa magie que Poppy avait entreprit de lui expliquer ce qu'elle pensait lui être arrivée. Severus n'avait qu'une approche générale de la médicomagie et ignorait à ce titre tout de la croissance magique des enfants. Par analogie aux veines magiques qui courraient dans le sol, les guérisseurs nommaient artères magiques un phénomène équivalent dans le corps des sorciers. Equivalent en ce qu'il existait, mais qu'aucun organe supplémentaire ne différenciait les sorciers des moldus. La terminologie était apparemment inadaptée : il était théorisé que la magie d'un nouveau-né circulait dans tout son corps, puis qu'elle limitait progressivement ses voies de circulation, amenant à une densification de la magie dans ces canaux choisis. Cette étape se manifestait par l'apparition de la magie accidentelle, une fois celle-ci suffisamment focalisée. Le processus était inégal tant en terme de canaux qu'en terme de durée. Il était communément admis qu'une magie accidentelle précoce était due à une forte densité magique dans des canaux encore largement ouverts. Une magie accidentelle tardivement apparue était attribuée soit à un processus de fermeture lent, soit à une faible densité magique, selon le cas que le guérisseur voulait défendre, ou du moins était-ce ce qu'il avait perçu des propos de Poppy. La limitation de ces voies d'accès s'apparentait à une rigidification de celles-ci : inutilisées, elles se refermaient sur elles-mêmes, empêchant tout usage de magie par ces voies. Excepté en cas de réouvertures, uniquement permises par des rituels interdits, supposa Severus. Cela ressemblait beaucoup, en tout cas, à certains de ceux que le Seigneur des Ténèbres prétendait avoir réalisés. Et, d'après Poppy, en cas de magie accidentelle tardive comme elle pensait que c'était le cas pour Severus : il ne devait pas s'étonner si sa magie ne répondait plus comme il en avait l'habitude mais s'adapter à son nouveau rythme et laisser le processus se poursuivre naturellement. Ce processus de rigidification s'étendait sur tout le réseau artériel magique et seul un usage magique régulier permettait que les voies se rigidifient ouvertes. Une fois la période de rigidification passée, ce réseau accompagnerait le sorcier toute sa vie. Le cursus de Poudlard était calculé précisément pour que le sorcier ajuste son réseau à son futur usage magique : plus le potentiel magique – que Severus assimila rapidement à la densité de particules chargée de magie des âmes – était faible, plus le nombre de canaux ouverts serait restreint, permettant une densité magique optimale pour jeter des sorts. En revanche, un sorcier au fort potentiel magique atteindrait la même densité en gardant plus de canaux ouverts. Parmi eux, ceux permettant la magie accidentelle puis sans baguette. Le processus de rigidification débutait lorsque le sorcier atteignait la puberté et coïncidait avec la diminution de la magie accidentelle : celle-ci devenait alors un signe de fort potentiel magique. Severus ne savait pas s'il avait été capable de magie accidentelle à quinze ans, mais il était probable qu'il ait été proche de ce niveau. La magie latente de Poudlard puis d'Azkaban n'avait fait que renforcer son potentiel de base par un phénomène d'émulation magique : elle avait encouragé une conversion de particules inertes en particules chargée, augmentant la densité magique dans ses artères. Pour conserver l'influx optimal qui caractérisait la maîtrise d'un sort par un sorcier, la quantité d'énergie – car la magie n'était pas autre chose – consommée par chaque sort jeté diminuait. Puis, quand le seuil de densité commençait à menacer d'affecter a capacité du sorcier à jeter des sorts, la pression poussait à la réouverture de canaux qui s'étaient précédemment refermés.
Outre la possibilité que sa magie soit perturbée par la réouverture de canaux, Poppy avait également formulé une deuxième cause possible de déstabilisation. Celle-ci tenait en la dilatation brutale que son épisode de magie accidentelle aurait imposé à ses artères magiques, perturbant la vitesse du flux qui y circulait. De fait, la fréquence à laquelle Severus tentait de lancer des sorts ne correspondait plus à celle de ses artères – cette dernière étant théoriquement déterminée par la densité optimale que le corps avait généralement atteint à quinze ans. En pratique, la magie deviendrait plus pénible à utiliser jusqu'à ce que ses artères magiques reprennent leur diamètre original. Severus ne connaissait pas assez le sujet – et doutait que quiconque le sache, par ailleurs – pour savoir si son voyage avait pu déclencher l'un des deux phénomènes. Il était également incapable de déterminer lequel était responsable d'un épuisement magique si rapide. Il savait toutefois que s'il allait voir Poppy, les rituels de diagnostiques qu'elle devrait utiliser pour le déterminer révéleraient à coup sûr son hybridation. Un scénario catastrophique s'il en était, mais moins que celui de la perte de sa magie – il ne serait pas le premier hybride dans une société xénophobe, bien qu'à coup sûr le premier croisement recensé entre humain et détraqueur – qui pouvait dériver de la première théorie… Severus jura doucement alors qu'il formulait cette pensée. Rien, dans les explications de Poppy, ne disait qu'un de ces deux cas pouvait amener à la disparition de sa magie. C'était sa peur qui parlait dans ces réflexions.
Cette réalisation effectuée, il tenta d'analyser avec plus de détachement les informations dont il disposait. La deuxième théorie se résorbait d'elle-même au bout de quelques temps. La première supposait quant à elle un temps d'adaptation. Les deux semaines – plus longtemps que strictement nécessaire d'après ce que Severus savait de la prudence de Poppy – devaient suffire à écarter le seul danger qu'encoure sa magie : l'éclatement des artères. Celles-ci, ayant subies la pression subite et démesurée de son arrivée, pouvaient être fragilisées, et un usage magique immédiat pouvait amener à leur déchirement. Attendre que les artères se refroidissent après le choc suffisait à écarter ce danger. Considérant que Severus s'était abstenu de jeter le moindre sort pendant deux semaines alors que même Poppy semblait penser qu'un sort ou deux la deuxième semaine était possible, il doutait d'être encore à risque. Si ses artères devaient éclater sous la pression de son arrivée, elles l'auraient déjà fait et Severus n'aurait plus eu assez de magie pour jeter les sorts qu'il avait effectué dans la journée. Il écarta aussi rapidement l'hypothèse d'une interaction avec son héritage détraqueur : la transformation était bien plus traumatisante que n'importe quel effet secondaire dû à la conjonction de celle-ci et du voyage. L'idée que la réalité se maintenait en éliminant l'être déplacé qu'il était fut immédiatement rejeté : le voyage lui-même aurait échoué, Severus étant loin d'être assez puissant pour se confronter à une force de l'Existence. Ou, plus exactement, deux forces de l'Existence, considérant qu'il avait réussi à quitter le point temporel auquel il se trouvait. Considérant que l'Apparition était l'infraction d'une troisième force de l'Existence… Severus écarta cette pensée. Il avait eu derrière lui la puissance du plus sacré des artefacts gobelins, ce qui restait de la puissance des détraqueurs et assez de catalyseurs pour faire un rituel qui aurait rasé Londres de la carte, si un tel rituel existait. Ce qui était probablement le cas. La théorie d'un reste du Severus adolescent luttant pour reprendre son corps et créant de tels effets secondaires fut repoussée. Gamma, s'il avait du mal à exprimer ce qui lui paraissait évident, avait un savoir inégalable par les sorciers du fait de sa longue existence, auquel s'ajoutait une connaissance instinctive qu'il tenait de son rôle dans l'écosystème magique. S'il disait que la réalité s'amplifiait à chaque point de divergence, Severus était tout prêt à croire aux univers parallèles. Cela signifiait que son passé était sauf et que son arrivée avait juste créé un nouveau pan de réalité.
Après avoir éliminé la majorité des théories qu'il pouvait avoir sur le danger auquel sa magie était soumise, seuls les cas de la dilatation ou de la réouverture parurent plausible à Severus. D'autant plus si sa magie future, enrichie de Poudlard et d'Azkaban, avait fait le voyage avec lui. Tous deux supposaient que sa magie se stabiliserait incessamment. Cette conclusion atteinte, Severus alla s'étendre dans son lit pour tenir la promesse qu'il avait faite à Lily.
Le jeudi apporta le même lot de difficulté dans la seule classe du jour qui nécessitait l'usage d'une baguette. Plutôt que de se laisser aller à la panique comme il l'avait fait la veille, Severus préféra étudier ce qui gênait son apport magique. Après quelques tentatives coûteuses en énergie pour transformer son iguane en théière, il pensait avoir cerné le problème. Un coup d'œil aux alentours lui apprit que le reste de la classe était occupée à ses propres tentatives, tandis que le fond de la salle et McGonagall étudiait la réussite de Potter. Il posa sa baguette juste à côté de l'iguane et posa la paume de sa main sur celui-ci, se concentrant sur le sort qu'il savait jeter, quoique ses résultats actuels soient. Il ôta sa paume après quelques secondes, satisfait de voir sa théorie validée par la porcelaine qui avait remplacé une partie de la peau de l'iguane. Qui procéda aussitôt à commencer à mourir, mais ce n'était pas très important.
Il avait placé exactement la même quantité – démentielle par rapport à ce qui était requis pour cette métamorphose – dans cette tentative et la précédente. Il semblait qu'un début de magie sans baguette ne soit pas hors de sa portée, ce qui n'était pas un mal, puisqu'employer sa baguette nécessitait apparemment plus d'énergie que s'en passer. Il aurait peut-être même pu terminer la transformation s'il avait utilisé toute sa réserve, mais il avait un cours de Sortilège le lendemain. Cette estimation et l'explication qu'il avait désormais à la difficulté qu'il avait à lancer des sorts, le remplit de joie. Peut-être même était-il au même niveau de puissance que Lily, qui à quinze ans avait dépassé une bonne partie des sorciers adultes et tous ses pairs en capacité. Une exclamation courroucée de McGonagall le ramena à son iguane décédé. Rater une métamorphose n'avait rien de nouveau pour lui et un coup d'œil lui apprit que la classe partageait son avis, excepté Wilkes, assis à sa droite, qui le regardait un air ébahi sur le visage. Severus lui adressa un discret sourire avant d'endurer stoïquement la réprimande de Lily pour le énième animal qu'il tuait dans ce cours.
Le problème, désormais, était de trouver une nouvelle baguette. Et, accessoirement, le faire sans donner à Poppy une raison d'utiliser ses rituels de diagnostiques. Avec Slughorn encore persuadé qu'il était un mage noir en devenir qui ne valait pas la peine qu'on lui prête attention, une preuve médicale était nécessaire pour qu'il consente à autoriser un retrait sur le fond scolaire. Obtenir une nouvelle baguette par les canaux officiels se révélant impossible – et n'ayant lui-même ni l'argent ni la permission de quitter le château – Severus se rabattit sur les autres moyens qui lui étaient accessibles. Après avoir souhaité de bonnes vacances à Lily qui avait repris – avec la majorité des élèves – le train pour King Cross, Severus se rendit à la Salle sur Demande. Si Londubat avait pensé que sa petite résistance était passée inaperçue sous son nez, il sous-estimait ses talents de déduction et de légilimentie. Les heures passées à coucher Albus et Lily – qui pour une étrange raison tenaient à ce qu'il raconte l'histoire quand il dînait chez les Potter – et surtout les récriminations de la dernière qui finissait souvent par raconter elle-même l'histoire car Severus n'en connaissait qu'une partie des ficelles – lui avaient appris une des caractéristiques de la pièce. Un Feudeymon n'avait pas encore englouti les myriades d'objets perdus au cours des siècles et Severus était prêt à parier sa baguette actuelle qu'il trouverait un remplacement ici.
Quelques jours d'inspection plus tard – et de nombreux livres pertinents bien qu'un peu dépassés ajoutés à sa bibliothèque personnelle – une douzaine de baguettes étaient étalées devant lui sur un bureau branlant. La baguette d'ébène qu'il utilisait pouvait aussi bien ne pas contenir son crin de licorne, pour l'efficacité qu'elle avait désormais. Cela faisait trop longtemps qu'il ne l'avait plus côtoyé et il avait trop changé pour qu'elle le reconnaisse encore comme son propriétaire. Le crin de licorne était probablement à blâmer pour cela, réfléchit-il : sa première baguette n'avait accepté de lancer des sorts néfastes qu'après une longue cohabitation et une évolution de ses vues qui l'avait de fait lentement influencée. Mais en quatrième année il était loin d'être un mangemort et si cette baguette avait sans mal acceptée de combattre, tuer était hors de sa portée. Or, Severus était assurément un tueur, non par plaisir mais sans aucune hésitation. Severus n'était plus le sorcier qu'elle connaissait mais celui qu'elle refusait. Une baguette plus capricieuse aurait probablement fait savoir son désaccord de manière plus violente, aussi s'estimait-il chanceux. Celle de charme lui explosa presque dans la main quand il la testa et la cendre lui paraissait morte.
Seules trois baguettes parmi la douzaine répondirent vaguement à sa magie. Aucune n'était un accord parfait, mais Severus n'espérait pas en trouver une par coup de chance. Il lui faudrait attendre l'été pour une visite chez Ollivander. Savoir cela ne l'empêchait pas de déplorer une perte en efficacité combative, même si la situation encore pacifique ne nécessitait pas celle-ci. Son remplacement aurait au moins le bénéfice de lui rappeler de ne pas maîtriser immédiatement les sorts, même si elle demanderait plus d'énergie pour les effectuer. Il leva devant ses yeux une baguette d'aubépine – ou du moins le pensait-il : elle ressemblait à celle de Draco – pour la comparer à celle qu'il avait présentement : elles faisaient presque la même longueur, les échanger serait aisé avec un sort de dissimulation. Le reste des vacances serait utile pour s'y habituer. La rentrée ramènerait de nombreux observateurs qui devaient croire que cette baguette avait toujours été la sienne et qu'il était le même Severus qu'il y avait cinquante-cinq ans.
Les Serpentard étaient au premier rang de ceux-là, suivant avec attention ses moindres gestes. Il était impossible que les plus brillants ne remarquent rien, aussi Severus ne tenta-t-il pas de leur dissimuler autant qu'au reste de l'école. Il se demandaient ce qu'ils voyaient dans la comédie à deux niveaux qu'il leur offrait en et hors de la salle commune. Quelle déclaration d'intention ils y percevaient. Severus savait laquelle il voulait transmettre : il voulait leur faire croire que pendant quatre ans, ils avaient été aveugles à un acte qu'il leur dévoilait maintenant. Qu'il aurait pu continuer cet acte comme il le faisait à l'extérieur de la salle commune mais qu'il avait choisi de le leur montrer pour leur prouver son désintéressement dans les affaires de la maison Serpentard. Sa comédie était portée vers l'école et c'était elle qu'il voulait convaincre. Il ignorait si certains avaient perçu les failles de cette dernière et ce qu'ils en avaient déduits. Le regard de Narcissa Black lui apprenait en tout cas qu'elle avait vu qu'il jouait encore, même dans leur salle commune.
Le moment était bien choisi pour faire une telle déclaration. Lucius terminait Poudlard en juin et il était roi de Serpentard. Trois personnes pouvaient lui succéder parmi son cercle proche et le passage promettait de ne pas se faire en douceur. L'antipathie entre Aurelius Parkinson et Dolores Rowle était visible et seule Narcissa Black semblait détachée du conflit. Les deux premiers partageaient leur attention entre leurs tentatives de se gêner mutuellement et celles pour obtenir la faveur de Lucius. Narcissa avait depuis longtemps déclarée qu'elle soutiendrait le choix de celui-ci, ce qui lui garantirait presque inévitablement le trône. Severus savait que Lucius ne désignerait pas d'héritier, malgré les insistances rétroactives de Parkinson qu'il avait été nommé. Une décennie après, Lucius lui avait dit la raison de ce choix. Le faire lui aurait accordé les faveurs des Parkinson ou des Rowle puis de la maison dans laquelle Dolores se marierait, mais aurait aliéné l'autre maison. Les Malefoy pouvaient y gagner et surmonter sans mal une animosité potentielle. Mais ne pas le faire montrait clairement qu'il n'avait pas besoin de cette alliance pour peser dans la société sorcière. Il aurait pu nommer Narcissa qui était une Black, maison la plus importante du monde sorcier à ce moment mais celle-ci n'avait pas semblé intéressé, ce que Severus savait, rétroactivement également, être faux. Un des regrets de Narcissa avait été de n'être même pas considérée pour le poste, jugée trop délicate pour ce nœud d'intrigues. Pour quelqu'un qui savait qu'elle avait fini par être une des grandes influences mondaines, l'idée était risible. Sa discrétion actuelle n'avait d'égal que son potentiel, qu'elle n'avait pas osée lancer dans la course au trône durant sa sixième année.
Severus ne voulait aucune part dans le combat à venir et l'affichait par la distanciation qu'il affectait vis-à-vis de la cour en place. Son brusque sursaut de popularité aurait pu faire douter sur ses intentions. La révélation de sa puissance magique poussait les Serpentards à revoir le rang qu'ils devaient lui accorder, et les approches de Wilkes mais aussi, plus surprenantes, d'Héra Shafiq, lui apprenaient que l'on se battait également pour le sponsoriser. Severus accepta leur présence sans favoriser l'une des parties. Wilkes, il le savait déjà, était en recrutement pour le Seigneur des Ténèbres et cherchait à l'inclure dans son groupe de futurs mangemorts. Peu avant les vacances de printemps il lui présenta formellement Cassius Mulciber, et après celles-ci ce dernier mentionna son père Maître des potions. Tous savaient évidemment que Severus rechercherait un apprentissage et que connaître un Maître des potions était une aubaine. Héra Shafiq était en sixième année et Severus ne lui avait jamais parlé. Elle se contentait simplement de discuter avec lui et Severus ne pouvait que deviner son but. La soudaine animosité entre elle et Brandon Avery – en sixième année également – prouvait qu'ils ne partageaient pas la même cause. La théorie la moins farfelue qu'il avait était les nombreux précédents de sorciers et sorcières désargentés mais puissants que les familles sang-purs les plus ouvertes ne répugnait pas à admettre en leur sein dans l'espoir qu'ils transmettent leur talent magique à leur descendance. Considérant son apparence et sa réputation, Severus pouvait comprendre qu'Héra désire observer avant de décider de suivre ce cours d'action, si sa supposition était juste. Si elle l'était, elle impliquait que la nouvelle s'était également propagée en dehors du château. La surprise indignée de Lily lui demandant des explications avait validé cette partie de la théorie. Severus leva les yeux de la lettre qu'elle lui avait tendu :
-Et ? demanda-t-il.
-Je ne connais pas Frank Londubat ! Il était juste préfet en chef durant notre première année et j'ai dû lui parler une douzaine de fois au maximum, pourquoi voudrait-il correspondre avec moi ? Dis-moi qu'il ne veut pas dire ce qu'il veut dire par « cour ».
Severus eut du mal à garder un visage impassible. Il semblait qu'en l'absence d'un représentant légal, les Londubat aient décidés d'aller directement à l'intéressée, négligeant qu'en tant que née-moldue, Lily avait des mœurs très différentes de celles des sorciers. Expliquer celles-ci avait toujours été le rôle de Severus.
-Il veut dire exactement ce qu'il veut dire, répliqua-t-il avec une expression impassible.
-J'ai quinze ans ! s'exclama Lily.
-Un âge parfaitement raisonnable pour des fiançailles.
Elle aperçut son air neutre, pointa un doigt dans sa direction et parue soulagé :
-Ne fais pas de blague comme ça, Sev, j'ai failli y croire !
Severus leva un sourcil et le rire s'étrangla dans la gorge de Lily :
-C'est une blague, non ?
Il leva un deuxième sourcil puis entreprit d'expliquer qu'elle était devenue un beau parti, que Frank Londubat était un beau parti également et qu'une cour n'engageait en rien. Sans surprise, Lily jugea l'idée de fiancer quelqu'un si jeune absolument révoltante et aurait répondu à Frank Londubat qu'il n'en était pas question, si Potter n'avait pas eu vent de l'affaire et annoncé haut, fort et maladroitement que Lily était à lui. Par pur esprit de contradiction, Lily accepta de correspondre avec Londubat et si Severus n'avait pas su qu'il épouserait Alice Abbott et que l'initiative de cette correspondance venait plus probablement de sa mère que de Frank, il aurait regretté d'avoir parlé.
Héra Shafiq continua de discuter potions avec lui et Mulciber s'invita dans leurs conversations. Il en savait assez sur le sujet pour la faire paraître ignorante et, observant leurs échanges avec détachement, Severus pensait que c'était le but. Shafiq répliqua en demandant des cours particuliers de potions et Severus qui cherchait comment se payer sa future baguette accepta. Wilkes devint en l'espace de quelques semaines un ami, tandis que Flint observait à distance sans s'impliquer. Le conflit pour sa possession rendait Severus étrangement populaire, chose qui s'arrêterait, il le savait, dès qu'un camp l'aurait emporté sur l'autre. Severus était l'arbitre de leur compétition et acceptait leur compagnie en veillant à ne paraître ni trop ouvert ni hostile, attendant qu'ils augmentent leurs investissements. Il doutait qu'un des camps soit assez naïf pour lui donner gratuitement quelque chose, mais il y avait quelques avantages à accumuler tant que durait l'incertitude. Ils finiraient cependant par réaliser que Severus n'avait aucune intention de devenir mangemort et que la seule personne qu'il comptait épouser était Lily.
Celle-ci désapprouvait formellement la compagnie de Wilkes et ne semblait savoir que faire de Shafiq, impression partagée par Severus. Tous deux savaient cependant qu'une née-moldue Gryffondor était placée avant eux dans la hiérarchie des connaissances de Severus. Si Shafiq lui paraissait dédaigneuse de ce choix, Wilkes avait assez de sens pour se montrer poli face à la potentielle future Dame Londubat. Malheureusement pour lui, il avait un passif assez lourd et Lily avait la mémoire longue.
Lily était une autre inconnue pour Severus. Chaque fois qu'il pensait avoir établi une récurrence dans son comportement, il découvrait une nouvelle facette de sa personnalité qui ne manquait pas de le laisser perplexe. Il n'avait toujours pas réussi à établir, près de trois mois après son réveil, si elle avait des sentiments pour lui ou était gênée qu'il ait des sentiments pour elle. Il y avait eu suffisamment de conversations maladroites au cours des dernières semaines pour qu'elle soit au moins au courant de ce fait. Potter, du moins, l'était, s'il en croyait le sourire satisfait qu'il pensait dissimuler devant le regard meurtrier de Severus, ses robes noires soudain rouge Gryffondor. Black se tordait de rire à côté de lui, Pettigrew n'était nulle part en vue et Lupin affichait le même air apologétique qui était toujours sur son visage quand il renonçait à arrêter ses amis. Le sourire s'effaça du visage de Potter quand Lily lui adressa son propre regard noir avant de l'attirer loin des maraudeurs et de la foule. Severus n'était pas furieux au point de manquer qu'elle n'était pas aussi hilare que d'habitude, même si la blague était une simple blague cette fois.
Lily commença tranquillement à murmurer des sorts pour tenter de rendre leur couleur noire à ses robes. Severus garda le silence et s'installa contre un bureau pour la laisser faire. Elle savait qu'il exécrait l'humiliation que lui imposaient l'amusement des maraudeurs et l'avait attirée dans une classe abandonnée plutôt que de le trainer à travers la moitié de Poudlard jusqu'à Flitwick. Parfois, elle arrivait à inverser les sorts des maraudeurs, mais souvent elle ramenait le professeur de Sortilège jusqu'à l'emplacement où elle l'avait caché. Une fois encore, Severus se fit la réflexion qu'elle était une merveilleuse personne. Un tapotement final de baguette signala sa réussite.
-Voilà, déclara-t-elle, satisfaite, ses manches retroussées jusqu'aux coudes, ses cheveux lâchement rassemblés en un chignon retenu par deux plumes, quelques tâches d'encre sous ses yeux verts mystérieux comme une potion d'Apaisement.
Severus l'embrassa. Il avait prévu des dizaines de plans pour ce moment, tous incluant des circonstances plus romantiques. Il savait qu'à défaut d'être doué dans ce domaine, il pouvait au moins la faire rire et apprécier sa compagnie. Cela devait compter pour quelque chose, puisque la seule chose qu'il pouvait modifier de son apparence disgracieuse était l'absence de la graisse qu'amenait les vapeurs de potion. Tous ces plans s'écroulèrent dans la première seconde. Aucun n'incluait les maraudeurs, une salle de classe abandonnée et un baiser spontané. Severus rompit le baiser, recula d'un pas et ne trouva pas ses mots. Le discours qu'il avait prévu avant de l'embrasser avait disparu, laissant Severus dans la situation exacte qu'il avait voulu éviter : rougissant et bégayant comme un réel adolescent, évitant le regard de Lily. Sa seule consolation était que d'après ses propres phrases inachevées elle ne savait pas non plus comment réagir. Quand il releva finalement la tête à l'énoncé de son diminutif, il remarqua qu'elle était tout aussi rougissante que lui :
-Sev… Je… Tu es mon ami. Mon meilleur ami, insista-t-elle. Mais je ne sais pas… Je ne t'ai jamais vu comme…
-Je sais, déclara Severus, tout aussi gêné qu'elle, mais est-ce que l'on pourrait au moins tenter ?
Elle hocha timidement la tête en se mordant la lèvre, une expression d'hésitation sur son visage que Severus savait n'augurer rien de bon. Il ne fut pas très surpris – furieux de n'avoir jamais eu une chance, désespéré de voir ce si long rêve partir en cendres mais pas surpris, Lily avait toujours été inaccessible pour lui – quand après deux rendez-vous maladroits et trois semaines inconfortables elle lui expliqua avec le plus de soin possible qu'elle ne le voyait pas comme ça. Severus hocha la tête mécaniquement – bien sûr qu'il voulait rester ami avec elle – avant de se retrouver seul dans une autre de ces salles de classe abandonnées qui avaient servies de refuges à des générations de couples amoureux. Intellectuellement, Severus savait qu'elle avait su qu'il l'aimait avant ce premier baiser – et le maladroit second qu'ils avaient tenté lors de leur deuxième rendez-vous, qu'elle avait juste décrit comme « bon mais bizarre » – et qu'elle avait choisi de ne pas agir, qu'il était le seul à avoir des sentiments pour elle. Il avait essayé d'être tout ce qu'il n'avait pas été la première fois : il avait ignoré les maraudeurs, il avait probablement été un meilleur ami, il lui avait confié que le purisme était un nonsense… Etait-ce parce qu'ils étaient toujours trop différents ? Etait-ce parce que du fait de leur différence d'âge il n'avait pas pu se conformer à ce qu'elle attendait ?
En définitive, cela comptait assez peu, ce ne serait jamais assez, jamais ce qu'il faudrait. A quoi bon, alors ? Il leva sa baguette et abattit son bras, le sort informulé faisant exploser un bureau en une myriade de morceaux. A quoi bon se retenir d'entrer dans le jeu de dupe, apparaître comme ce qu'il pourrait être mais n'était pas ? Un autre mouvement réserva un sort similaire aux bureaux adjacents. A quoi bon essayer, Albus, de ne pas être le mangemort qu'il était si l'amour ne pouvait le sauver ?
