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Le samedi, Mary sonna à ma porte. Il s'agissait de la vieille dame curieuse qui avait été la première à me poser des questions lors de mon arrivée dans cette nouvelle maison. Elle était directement venue à ma rencontre après mon aménagement, me questionnant sans gêne sur ma vie. Ce jour-là, elle venait me demander si j'étais intéressée pour adopter deux poules. L'un des villageois doit partir en voyage et préfère les donner. J'accepte mais j'explique n'ai pas de poulailler. Elle résous le problème en disant qu'elle m'enverrait son neveu le lendemain. En effet le dimanche un homme sonna à ma porte à 10h du matin.
Il est grand, les yeux verts et les cheveux bruns. Il me lança un regard délicat, puis me suivit dans le jardin. Après avoir décidé de l'endroit où il installerait le poulailler, il se rendit de l'autre côté de la maison pour transporter le grillage et les linteaux de bois. De la cuisine, je le regardais travailler tout en préparant le café. Il avait environ une trentaine d'années et j'aimais regarder son corps se tendre lorsqu'il travaillait. Ses muscles étaient ronds et il inspirait la force. A midi, lorsqu'il eut fini son ouvrage, il me le montra avec contentement. Je lui proposais de déjeuner avec moi pour le remercier. Il accepta d'un mouvement de tête. Sur la petite table de la cuisine, nous mangions face à face. Il me semblait engloutir mon plat en à peine deux bouchées. Il ne dit pas un mot, m'apprenant simplement son prénom. Il s'appelait Seamus. Après avoir bu un café, il prit le chemin de la sortie. Mais sur le pas de la porte il se retourna vers moi pour lancer : « Si tu as besoin de quoi que ce soit, fais-moi signe. ». Après un sourire, il s'éclipsa.
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La semaine suivante, j'étais invitée chez Fleur pour l'anniversaire de son garçon. J'eus la surprise d'y trouver Ginny, Hermione, Harry, Ron et sa femme ainsi que leurs enfants. Ils furent surpris de me voir et me posèrent des questions auxquelles je répondis de mon mieux. Au cours du repas, Lavande m'envoya plusieurs remarques qui me firent comprendre qu'elle était jalouse des regards que me lançait son compagnon. Et elle avait de quoi. Alors que les enfants jouaient dans le jardin sous la surveillance de leurs parents, je me retrouvais seule dans la cuisine, en compagnie de Ron. Il s'approcha de moi pour m'embrasser, mais je le tins à distance de mes mains. Il me regardait, surpris car c'était la première fois que je le repoussais.
- « Je ne peux plus Ron…
- C'est parce que tu l'as vue c'est ça ?
- Ta femme ? Non. Je pense juste que nous nous sommes trompés. Tu ne la quitteras jamais et moi je suis amoureuse de mon mari. »
Il semblait déçu, mais je savais qu'il ne laisserait jamais Lavande et ses enfants. Lui aussi devait supposer que j'étais toujours amoureuse de celui qui m'avait abandonnée. Il acceptait docilement la fin de cette relation adultère même si je percevais de la tristesse dans son regard. Pour ma part, je me sentais simplement désolée. Nous avions étés égoïstes et toute la famille de Ron aurait pu être détruite si notre relation avait été découverte. Je fis un geste pour sortir, mais je remarquais quelqu'un dans l'embrasure de la porte. C'était Hermione, bouche ouverte, outrée qui nous regardait les sourcils froncés.
- « Je ne peux pas croire que vous ayez fait une chose pareille ! » S'exclama-t-elle.
Elle était hors d'elle et je n'eus rien à lui répondre. Ron baissa la tête, l'air coupable et j'entendis sortir de ma bouche la phrase suivante : « Ne dis rien Hermione. De toute façon c'est fini. ». Je passais à côté d'elle et sortit de la maison sans rien ajouter.
De retour dans le lieu que j'habitais désormais, je m'effondrais. Les larmes coulaient librement de mes joues. Je me rendis jusqu'au salon péniblement. J'y trouvais un plaid sous lequel je m'installais, la tête chaude. Puis la photo de mon mari m'enlaçant qui était posé sur le guéridon attira mon regard. Je la pris pour la regarder de plus près et la serrai contre moi, au comble du désespoir. Je ne m'étais jamais sentie aussi seule de toute mon existence.
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L'accueil des deux poules sous le regard bienveillant de Mary me mis du baume au cœur. Mon ventre s'était arrondi et il était désormais notable que j'étais enceinte. La nouvelle de cette grossesse me laissait dans un entre-deux mitigé. Parfois j'avais la sensation de ne pas aimer cet enfant, ni de le désirer réellement, tandis que souvent je me prenais à poser affectueusement la main sur ce ventre, je le caressais, lui parlais et le berçais. Alors, je me sentais moins seule.
Le matin, je sortais voir les poules et les nourrir et en profitais pour récupérer les œufs qu'elles pondaient tous les deux jours environ. Puis je me rendais à l'hôpital où je prenais soin de mes patients. Je restais souvent manger à midi avec ma collègue Edwige, celle qui m'avait annoncé ma grossesse. Et une fois par semaine, le samedi ou le dimanche, je me rendais chez Narcissa. Nous discutions et surtout, elle fut l'une des seules à prendre part à ma grossesse. Je renouais aussi avec Pansy qui venait d'avoir une petite fille avec Blaise. Elle vint me rendre visite dans ma maison avec son compagnon, ainsi que ma belle-mère pour mon anniversaire. Je fus heureuse du gâteau qu'ils amenèrent et des cadeaux qu'ils m'offrirent. Ils me prirent en photo avec le petit Marcus. Je constate avec joie que je n'ai pas l'air aussi grosse que je le croyais à cinq mois de grossesse. Puis Narcissa pose une boite délicatement sur mes genoux, tout en me souriant doucement. Son sourire s'agrandis quand je l'ouvre et que j'y trouve une petite boule de poils noirs. C'est un petit chat aux yeux persans couleur émeraude, je décidais de l'appeler Orion. Je le sors délicatement de sa couche pour le porter sur ma poitrine et il se laisse faire gentiment. Ensuite, il explore la maison tandis que nous discutons tranquillement à table. A quatre heure, Pansy et Blaise doivent partir pour coucher leur bébé qui doit faire sa sieste. Narcissa reste un moment puis je me retrouve seule.
Installée dans le canapé, le petit chat à côté de moi, j'observe ardemment les flammes tout en me demandant où pouvait bien être mon mari. Les pensées sombres remuaient mon esprit. J'en vins même à lui en vouloir de ne pas se montrer : comment ne pouvait-il pas être au courant de mon état ? C'est alors que quelqu'un sonna à la porte. Lorsque j'ouvris j'eus la surprise de trouver Fleur sur le palier, un bouquet à la main. Je la débarrassais et la vit se pencher sur un paquet avant d'entrer. Je mis les fleurs dans un vase en la remerciant et lui demandais ce que contenais le paquet.
- « Je ne sais pas… Il était là, sur le pas de la porte quand je suis arrivée. »
J'eus chaud tout en me précipitant sur le paquet d'une vingtaine de centimètres carrés. Une lettre accompagnait le tout, je la lus pendant que Fleur allait servir un thé et une part de gâteau dans la cuisine.
Chère Adélaïde, ma femme,
Tu dois penser que je suis un monstre de t'avoir abandonnée seule, dans cette maison. Mais je sais bien qu'elle te plait, alors je suis quand même heureux. Je suis désolé de la froideur et de la distance avec laquelle je t'ai traité quand nous nous sommes vus à Canterburry. Je ne m'attendais pas à te croiser là-bas. Saches que je serai un jour prochain de retour, et j'espère que tu m'accepteras. Pour le moment, je m'emploie à retrouver mon honneur. Après que mon père soit envoyé à Askaban, le nom de Malfoy était devenu une insulte et il est capital pour moi de ne pas avoir honte de mon nom.
J'imagine que je dois te manquer. Peut-être même que maintenant tu me détestes ; mais je fais ce qui doit être fait. Je sais que c'est dur pour toi et ça l'es pour moi aussi.
Ta douceur me manque, ton odeur me manque, ta peau, tes cheveux. Tout chez toi me manques.
Saches que je t'aime et que je t'aimerai toujours.
Ton seul et unique,
Drago
Lorsque Fleur revint de la cuisine, j'essuyais les larmes qui coulaient sur mes joues et posait le carton emballé et le mot sur un meuble dans un coin de la pièce. Nous discutâmes un moment, elle me demanda comment se passait ma grossesse et je la questionnais à mon tour sur son fils. Elle semblait plutôt contente de la vie qu'elle menait et finit par me laisser seule. Il était 20h quand elle partit et que je pris place dans le canapé avec le paquet, prête à enfin découvrir ce qu'il contenait.
D'abord j'y trouvais un livre traitant des grandes familles de sorcier, puis un étui contenant un joli collier en or blanc dont le pendentif représentait un paon albinos déployant son plumage dans un grand arc de cercle. Je découvris enfin un bracelet, c'était un fin lien d'or à nouer autour du poignet. C'était un ouvrage très élégant aux dimensions parfaites.
Cet anniversaire fut l'un des plus tristes de ma vie, la lettre de Drago m'avait touchée mais sa présence me manquait plus que jamais. Les journées défilèrent et j'espérais secrètement qu'il se montre, mais je ne trouvais aucun indice supplémentaire de sa présence.
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Un mois plus tard, je vis apparaître Ron à l'hôpital. Il n'hésita pas en se dirigeant vers moi, me demandant à parler seul-à-seul. Me voyant enceinte de six mois, il fit une longue pause après que nous soyons entrés dans une salle de consultation vide. Son regard me sonda de haut en bas.
- « Il… Il est de moi ? » Baffouya-t-il.
- « Je ne sais pas. »
Il s'effondra dans une chaise, pris sa tête dans les mains et resta prostré un moment tandis que je le regardais sans réagir. Après l'avoir vu pleurer, je le vis se relever et son expression passer de la tristesse aux reproches :
- « Comment une chose pareille a pu arriver ! » S'exclama Ron après un silence lourd de reproches.
- « Nous avons essayé d'avoir un enfant pendant un long moment avec mon mari, avant…
- Notre escapade. » Compléta Ron.
Je baissais le regard sur mes mains qui étaient posés devant mon ventre surdimensionné. Il se précipita sur moi pour prendre mes mains.
- « J'aurais aimé avoir un enfant de toi, Adélaïde. Mais maintenant je suis marié, j'ai trois enfants. Je ne peux pas les abandonner, ils ont besoin de leur père ! Comme ce bébé aura besoin du sien… Si c'est le mien je… Je serai là. Mais cela bouleversera ma vie et… »
Encore une fois il s'éloigna de moi et contraignis la tête. Puis il lâcha : « Il faut vérifier. » Et repris d'un ton plus fort : « Il faut vérifier maintenant. »
Il insista encore pour faire un test de paternité immédiatement. Il semblait outré par mon manque de réaction tandis que je demeurais debout, complètement sonnée. Après l'un de ses nouveaux cris, je sortis de la pièce et allais solliciter ma collègue Edwige pour qu'elle fasse le test rapidement et en toute discrétion. Après avoir pris un échantillon de son sang et un échantillon de mon bébé, nous n'avions plus qu'à attendre une quinzaine de minutes à huis-clos. Ron passa son temps à bouger, se levant, s'asseyant, allant jusqu'à la fenêtre puis dans un coin de la pièce.
Je me mis à le questionner sur son nouvel enfant, sa femme, etc. C'était la première fois que je lui demandais de me parler de sa famille. Ses yeux exorbités se posèrent sur moi une seconde avant qu'il ne décide de bavarder sur la fatigue de sa femme et les progrès de ses enfants. Sa voix formait un fond sonore sur lequel je me reposais pour calmer mon inquiétude. Notre infidélité avait été la plus grosse erreur que nous avions commise, mais resterait-elle une erreur si elle m'avait permis enfin de tomber enceinte alors que cela ne fonctionnait pas avec mon mari ?
Au bout d'un moment, il se tût et fixa mes yeux avec douleur. Je sentais le conflit en lui entre sa famille, le besoin de s'occuper des siens et cette escapade comme il l'appelait. Il était inconcevable pour lui de quitter les siens, de la même manière qu'il lui était impossible d'abandonner un enfant.
- « Je pensais ce que j'ai dit tout à l'heure. J'aurais aimé avoir un enfant avec toi. Je pense aussi que tu seras une mère formidable. Malfoy n'aurait jamais dû laisser ce trésor. Ou alors il aurait pu me laisser te retrouver bien avant tout ça. Alors on aurait eu des enfants, on aurait pu être ensemble. Mais maintenant... Maintenant non, c'est trop compliqué. »
Edwige revint dans la salle à cet instant même, elle avait le visage grave et s'assit au bureau. Elle nous demanda de nous asseoir face à elle, nous préparant à une rude nouvelle. Je savais à son attitude que le résultat du test était un problème. Elle avait l'attitude du médecin qui annonce une mauvaise nouvelle. Je la voyais chercher ses mots, hésiter.
- « Je… Comment vous apprendre cela… Monsieur. Ce… Comment exprimer cela… Il n'y a pas de correspondance génétique ambrillonaire. »
Ron semblait totalement perdu, il fronça les sourcils et dit à Edwige de s'exprimer dans un langage qu'il puisse comprendre.
- « Cet enfant n'est pas le vôtre. »
Un long soupir sortit de mes lèvres, je posais les mains sur mon ventre avec contentement. Alors finalement ça avait bien fonctionné. J'étais capable d'avoir un enfant, et avec mon mari. Cet enfant était bien le fruit d'un amour sincère et pur et non d'une escapade lors d'un moment d'égarement. Je sentis le bébé envoyer un coup de pied pour répondre au plaisir que j'avais ressenti d'avoir enfin cette certitude.
- « Pardon ? Vous êtes absolument certaine ? » Demanda le roux.
- « Oui, il n'y a aucun doute à ce stade de la grossesse. Il est impossible que vous soyez le père. »
Mes lèvres formèrent un sourire malgré moi et Edwige semblait ne plus rien comprendre. Néanmoins elle n'insista pas et partit d'elle-même pour nous laisser entre nous. Une fois qu'elle eut fermé la porte derrière elle, Ron soupira longuement et s'installa confortablement dans le fauteuil tout en lâchant « Merlin soit loué. ». Je faisais confiance à ma collègue pour qu'elle garde cette visite absolument confidentielle. Nous sortîmes de l'hôpital en couple. Sur le trottoir, nous restâmes l'un face à l'autre sans rien dire. Je savais tout comme lui, qu'à cet instant même s'arrêtait notre relation. Déjà, nous nous tournâmes chacun d'un côté, et nous éloignâmes dos à dos. Ainsi finissait cette période trouble de ma vie.
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