Bonjour et bienvenue sur le chapitre 23 !
Pour compenser le retard de la semaine dernière, hop, ce chapitre sort à minuit pile. Balèze non ?
Bref. J'espère que vous passerez un bon moment ! Bonne lecture et on se voit en fin de chapitre.
XXIII – Une part du passé
« Le directeur n'acceptera pas. » Balbutia Tina entre deux bouchées de tarte aux myrtilles – qui n'en était plus vraiment une, puisque Newt avait arraché dans un réflexe anxieux à la pâte chaque fruit un par un jusqu'à qu'il ne reste plus qu'un peu de crème pâtissière et la base de pâte feuilletée.
« Pourquoi cela ? » Demanda-t-il, nerveux. Le stress l'avait toujours rendu étrange, mais jamais au point de grignoter un bout de gâteau – qui ne lui appartenait même pas de surcroit – en ne mangeant que les myrtilles qui se trouvaient dessus.
« Il a toujours catégoriquement refusé les opérations de terrains qui impliquaient de se déplacer en Australie. Même s'il s'agissait d'incidents diplomatiques, il trouvait toujours quelqu'un pour le remplacer. » Fit la brune, inspectant sa tarte dénuée de myrtilles sans pour autant relever le comportement étrange de Newt.
Ce voyage en Australie était capital. Techniquement, l'anglais n'avait pas besoin de la compagnie du directeur pour s'y rendre et s'en sortirait très bien tout seul comme il l'avait toujours fait. Mais pour une raison obscure – qui ne l'était pas tant que ça, en fait – il avait décidé que sa présence serait requise.
Mais cette épine-là l'empêcherait peut-être de parvenir à ses fins. S'il y avait bien une chose que Newt savait de Graves, c'était que l'homme était armé de principes tous plus strictes les uns que les autres et qu'il était au moins aussi obstiné que lui. Il ne lui en voulait pas d'être lui-même, bien que sa personnalité lui ait déjà donné du fil à retordre par le passé. A contrario, le magizoologue avait choisi de l'aimer comme il était, et c'était très exactement ce qui rendait la chose aussi difficile qu'attrayante. Percival Graves était peut-être l'un des plus grands défis de sa vie, et s'il voulait relever ce dernier plus que tout au monde, Newt ne pouvait s'empêcher de douter.
Ce fut pour cette raison qu'il avait pris le soin tout particulier de prendre rendez-vous auprès de la secrétaire du directeur. Pour que sa demande soit officielle. Newt pensait que s'il s'accommodait à la manière très pointilleuse que Graves avait de s'organiser plutôt que de débarquer dans son bureau à l'improviste, semant le chaos dans son emploi du temps… Alors l'américain serait plus flexible avec lui.
Il se retrouva donc à attendre sur l'un des bancs qui bordaient les murs du bureau dans les environs de dix-sept heures. Son créneau approchait à grands pas, et l'anglais eut l'irrépressible besoin de répéter les mots dans sa tête une centaine fois.
« Étant donné que vous vouez un certain culte à ma protection, je me demandais si… »
« C'est grâce à vous, si nous avons fini par trouver que la poudre contenait la magie. Pour vous remercier, je vous offre ce voyage… »
« Nous travaillons bien ensemble. Souhaitez-vous vous joindre à mon voyage vers… »
« J'ai besoin de vous pour… »
« Scamander ? » Demanda une voix qu'il reconnut immédiatement sur un ton surpris.
« Aller en Australie ? » Finit-il par dire, comme pour terminer sa phrase mais… À voix haute.
Et dès l'instant où Graves arqua un sourcil d'incompréhension, Newt se maudit sur au moins cent générations. Il avait passé une bonne heure – parce qu'il était venu en avance, pour une fois – à cogiter sur la façon dont il exprimerait sa demande, à se torturer jusqu'à trouver la tournure parfaite, les mots adéquats. Son précieux temps, une nouvelle fois gâché par sa spontanéité et sa maladresse. Mais ce n'était malheureusement pas le moment de se haïr. Il avait un directeur de la justice magique à convaincre et était persuadé que cette tâche serait des plus ardues. Alors pour rattraper sa gaffe, il se racla la gorge et tenta de reprendre contenance.
Mais l'américain le coupa dans son élan.
« Je ne m'attendais pas à vous voir ici. » Répondit-il, qu'à moitié sérieux. Il était habitué à voir Scamander traîner dans le coin. Mais ce qui était inattendu était… Son geste. Généralement, quand le magizoologue avait une idée en tête, il ne s'encombrait pas de rendez-vous. Il entrait, parfois même sans toquer. Le directeur croisa alors les bras et s'appuya sur l'encadrement de sa porte, perdant de sa perpétuelle droiture. Il ne put réprimer un petit sourire. « Que me vaut l'honneur de ces formalités ? »
« Pourrions-nous juste discuter ? » S'enquit l'anglais dans une précipitation qui contrastait avec le calme dans lequel il avait baigné tout l'après-midi.
« Nous le pouvons. » Aussitôt dit, Graves tourna les talons vers l'intérieur de son bureau et se dirigea vers sa chaise sans prêter grande attention à l'endroit où Scamander déciderait de s'installer. La plupart du temps, le magizoologue ne prenait même pas la peine de s'asseoir, puisque ses requêtes étaient toujours très rapides et soudaines. Mais cette fois-ci, Scamander n'était pas pris de court et semblait simplement… Anxieux et gêné. C'était un comportement auquel le directeur avait fini par s'habituer. Quand le silence perdura, il reprit alors la parole. « Mais vous risquez d'avoir besoin de délier cette langue. »
Comme si le gong ne lui suffisait plus, Graves avait subitement décidé de s'ajouter à la charge qui faisait pression sur son dos, l'étouffait presque et l'empêchait de formuler la moindre phrase correcte.
Il fut alors question de quelques secondes supplémentaires avant qu'il ne se lance enfin.
« J'ai besoin de voyager en Australie. Dans la partie Sud-Est du désert, plus exactement. »
L'américain se raidit. Il avait déjà cru entendre Scamander prononcer des mots similaires quelques minutes plus tôt, mais avait préféré mettre cela sur le compte du stress et du fait que l'anglais disait souvent n'importe quoi lorsqu'il perdait ses moyens.
Et il avait cette fâcheuse tendance à régulièrement perdre ses moyens lorsqu'il se retrouvait en face lui.
Rien que le directeur ne puisse lui reprocher cependant.
Mais désormais, ses propos prenaient une autre tournure. Graves ne posa pas son véto immédiatement et attendit, laissant le magizoologue continuer dans sa lancée sans l'interrompre. L'issue n'en serait probablement pas différente, mais il accordait suffisamment de considération à Scamander pour lui laisser une chance de le convaincre.
« Kladamanten est le seul dragonologue connu à avoir réussi à capturer un opaloeil, et nous l'avons tous découvert ensemble. » L'anglais secoua doucement la tête. Parler de ce qu'il connaissait le mieux semblait l'aider à garder contenance. « Grindelwald peut bien avoir soutiré jusqu'à la dernière goutte d'anesthésiant, ce n'est pas avec des potions que l'on attrape un opaloeil des antipodes, mais avec une excellente maîtrise et de l'expérience. »
Le directeur haussa les sourcils, visiblement intéressé par les informations que Scamander lui dévoilait, mais...
« Quel est le rapport avec l'Australie ? » Demanda-t-il, sur un ton calme. Il se détendit davantage, posant un coude sur le bois de son bureau, le menton appuyé sur la paume de sa main.
« J'y viens. » Ce n'était pas un non catégorique. Et cette simple idée avait suffi à lui rendre une certaine confiance en lui. « Je n'ai vu qu'un seul dragon dans ce sous-sol. Pas assez de place pour en contenir d'autre, et une seule chaîne. Ce qui signifie qu'il s'agissait de leur seule et unique ressource, et Grindelwald peut bien essayer autant qu'il le veut : Il n'attrapera jamais d'opaloeil. » Newt marqua une pause, frottant doucement sa nuque. « Pas plus que moi, ceci dit. Mais je n'ai pas pour objectif de capturer un opaloeil, parce que j'ai déjà eu la chance d'avoir des coquilles d'œufs d'opaloeils entre les mains et ces dernières sont dans l'exacte même matière que celle des écailles. »
« Comment pouvez-vous être sûr qu'il n'a pas cette information ? »
« Parce que si Kladamanten l'avait su, il ne lui serait jamais venu à l'idée de capturer un opaloeil. » Il se racla la gorge. Maintenant venait la partie la plus délicate. « Il y a fortes populations d'opaloeil en Australie. C'est pour cette raison que je dois m'y rendre. Pour trouver des nids abandonnés et repartir avec les coquilles d'œufs. Avec vous. » Ses derniers mots furent prononcés sur un ton presque inaudible, mais ne manquèrent pas de capter l'attention du concerné.
Graves aurait aimé réagir avec un sérieux et une maturité implacable. Mais ses sentiments le rattrapèrent.
« Je pensais que vous pourriez vous débrouillez seul, Scamander. » Il se redressa, joignant ses mains sur son bureau. « Il s'agit là de vos mots. Ne pouvez-vous pas comptez sur vous-même ? »
Ses répliques pouvaient être des plus tranchantes si cela lui chantait. Il avait un objectif en tête et certainement pas l'intention d'abandonner en si bon chemin. Alors il serra les poings et reprit.
« En effet, je peux faire ce voyage par moi-même. » Avoua-t-il, sur un ton de voix calme si étrange qu'il en déconcerta le directeur. « Et je n'ai pas besoin de vous pour me rendre là-bas. »
Graves arqua de nouveau un sourcil, désabusé.
« Alors je ne vois pas pourquoi vous requérez mon assistance. » Sa réponse fut brève et la tension dans son dos sembla doucement se relâcher. Il était plutôt satisfait que l'anglais comprenne de lui-même sans qu'il ait à refuser sa demande – et potentiellement le blesser.
« Je- … » Sa voix se brisa plusieurs fois dans un son discontinu et désagréable. « Je n'ai pas besoin de vous, mais j'apprécierais que vous m'accompagniez. » La bombe avait été lâchée, et à en juger par l'air désemparé qui trônait désormais sur le visage du directeur… Elle avait probablement fait de très gros dégâts.
Ce fut à cet instant, au bout de cette phrase très précisément que Percival Graves comprit qu'il était piqué. Qu'il avait été touché jusqu'à un point de non-retour, qu'il aurait beau lutter encore et encore… Scamander reviendrait toujours le hanter. Même lorsqu'il l'aurait perdu pour de bon à force de l'envoyer balader. Son image, son visage, sa voix, ses yeux, ses mots, ses gestes, ses habitudes, tout ceci finirait par lui manquer jusqu'à en devenir singulièrement douloureux.
L'anglais était un sorcier au sens non-maj' du terme. Et le directeur avait succombé. Il s'était jeté dedans la tête la première et avait fini par en redemander, ne s'était pas éloigné à temps et aujourd'hui, il n'était même plus sûr de regretter.
Car s'il l'avait su, il aurait probablement quand même accepté. Le jeu en valait la chandelle, pensa-t-il.
Et il détesta ses pulsions d'adolescent. Il était Percival Graves, il était le directeur de la justice magique et de la sécurité du MACUSA, il avait quarante-et-un ans, et se retrouvait désarmé par la plus pure des innocences et des franchises. Impuissant face à un homme qui le faisait se sentir pourtant si fort.
Il détestait Newt Scamander, mais pas autant qu'il l'aimait.
« Cela veut dire oui ? » S'enquit le magizoologue, qui commençait à s'inquiéter du silence que l'américain avait osé laisser s'installer pour se perdre pendant de longues secondes dans le vert de ses yeux.
« Vous obtenez toujours ce que vous voulez, n'est-ce pas ? » Fut sa seule réponse.
Et pendant un instant, il se ficha du double-sens que portait cette question. Graves n'était même plus sûr de ce qu'il souhaitait, lui qui avait pourtant l'habitude de toujours avoir un contrôle absolu sur sa propre personne se retrouvait au pied du mur aujourd'hui.
Newt Scamander obtenait toujours ce qu'il voulait. Mais à cet instant, l'américain ne savait pas exactement s'il parlait d'un vulgaire voyage en Australie ou de lui-même. La réponse était évidente. Mais il ne se voilerait la face jusqu'à la dernière minute. Jusqu'à ce qu'il n'ait plus le choix.
« Je dois dire que même si je ne suis pas des plus à l'aise, je sais que je fais mon petit effet. » Rétorqua l'anglais, sur un ton joueur. Graves espéra qu'il se trouvait suffisamment loin de lui pour que ce dernier ne se rende pas compte que son regard était resté bloqué sur ses lèvres tout le long de l'échange.
« Sortez de mon bureau avant que je ne change d'avis, Scamander. » L'américain soupira. « Faites-moi parvenir un Memorandum Rodentium avec les détails de votre expédition et laissez-moi deux jours. » À ce moment, il manquait cruellement d'espace et surtout : Il avait besoin que Newt Scamander sorte de son champ de vision avant qu'il ne se laisse un peu trop aller à cause de ses émotions.
Préparer ce genre d'excursion était ce qu'il aimait plus que tout au monde. Chaque fois que Newt s'apprêtait à se plonger dans ce qui l'animait et le passionnait, l'adrénaline s'emparait de lui et sa réserve se trouvait bien vite remplacée par de l'excitation et une euphorie qu'il n'était pas capable de contrôler.
Pourtant, quelque-chose l'empêchait d'embrasser entièrement le moment qu'il s'apprêtait à vivre et le problème semblait visiblement venir de l'homme qui se tenait en face de lui.
Percival Graves n'avait jamais abandonné son côté mystérieux. Même s'il ne pouvait nier qu'il avait appris à s'ouvrir davantage – et surtout en compagnie de l'anglais – quelque-chose de sombre qui l'entourait persistait. Et Newt Scamander était un homme curieux. Il ne voulait pas mettre les pieds dans une zone risquée, ni entrer dans la tête du directeur. Surtout si cela signifiait blesser ce dernier. Mais il crevait d'envie de savoir. De connaître le moindre de ses secrets.
Ce fut probablement pour cette raison qu'il ne put s'empêcher de lui lancer de petits regards, à la recherche d'un potentiel indice qui expliquerait ce que Tina lui avait dit quelques jours plus tôt à propos de sa réticence à voyager vers l'Australie. Peut-être était-ce l'endroit où Warren avait été privée de sa vie ? Si ses souvenirs des récits de l'américain étaient bons, cette dernière se trouvait aux États-Unis au moment des faits.
Mais sa carrière d'auror – puis de directeur – avait sûrement été remplie d'évènements plus atroces les uns que les autres. Newt savait pertinemment que ce métier correspondait parfaitement au flegme de Graves, mais il ne pouvait s'empêcher de penser qu'il aurait pu ne jamais s'exposer à tous ces malheurs. Quelque-part, il voulut lui-même se montrer protecteur envers l'américain.
Il avait peur de l'envahir. Il avait peur de l'énerver, de l'ennuyer. La plupart des gens réagissaient comme ça à sa simple présence. Il se fit la réflexion que là se trouvait peut-être la raison de son rejet, avant de se souvenir des nombreux compliments – camouflés ou non – que Graves avait pu lui faire.
Ils avaient clarifié la situation tant de fois et pourtant, il se sentait encore plus perdu qu'au premier jour.
Newt balaya ces pensées lorsqu'il dû se concentrer pour utiliser le portoloin. Il n'agacerait plus le directeur à propos de leur relation, si c'était ce qu'il désirait. Sa décision était prise.
Graves s'était fait comprendre. Il ne voulait pas de ce que Newt voulait cruellement lui offrir, et c'était son choix, sa décision. L'anglais ne pouvait pas s'y opposer. Son cœur s'emballa à l'idée, battant entre ses milles morceaux depuis qu'il avait été brisé, mais il fit de son mieux pour l'ignorer. Il devait prendre exemple sur l'américain et apprendre à ne pas toujours se laisser guider par ses émotions.
Et puis, une autre question lui trottait dans la tête. Maintenant qu'ils venaient d'arriver sur le sol de la petite campagne de Birdsville, dans le centre du désert Australien.
« Si… Si ce n'est pas indiscret, Sir Graves… » Il sembla hésitant. « J'aimerais vous poser une question. »
Le concerné tourna la tête, étonné que Scamander prenne des pincettes pour lui demander quelque-chose, lui qui avait plutôt l'habitude de mettre les pieds dans le plat sans prévenir. Il hocha doucement la tête.
« Avant de venir à vous, j'ai discuté avec Mrs. Goldstein, je n'étais pas sûr que vous voudriez m'accompagner. Et… » Graves lui sourit, nerveusement.
« Elle vous a dit que je contournais les opérations en Australie. » Le regard de l'anglais s'élargit, surpris que le directeur soit aussi direct. Il n'osa pas lui répondre, préférant acquiescer silencieusement. « Je suppose que si je vous dis que j'ai tendance à m'éloigner de ceux que je chéris pour leur propre bien, cela vous dira quelque-chose ? » Scamander ne put retenir un sourire complice. « Mes parents vivent ici. »
Le magizoologue entrouvrit les lèvres, hésitant et pas entièrement sûr de ce qu'il lui répondrait. Il n'aurait jamais deviné une raison aussi… Banale. Mais après coup, cette dernière lui sembla évidente. Et il se sentit rassuré un instant. Il n'était pas le premier avec qui l'américain prenait ses distances pour essayer de le protéger.
« Ils ne vous manquent pas ? » Il avait pensé à voix haute. « Je suis désolé, c'était indiscret, je- »
« Il n'y a pas de mal. » Graves sembla réfléchir à sa réponse.
Ce n'était pas facile. Tout s'était chamboulé dans sa tête depuis quelques jours. Depuis qu'il avait décidé de ne plus considérer Newt Scamander comme une pierre précieuse qu'il avait besoin de protéger, depuis qu'il avait accepté ce qu'il ressentait, depuis qu'il avait arrêté de se mentir à lui-même.
Il n'aurait pas le courage de montrer à l'anglais qu'il avait changé d'avis. Qu'il s'ouvrirait désormais. Il avait semé le chaos dans le cœur de l'une des seules personnes qui le connaissait vraiment et l'acceptait comme tel. Sans filtre, sans masque pour dissimuler sa vraie personnalité. Alors il ne pouvait pas se permettre de revenir comme une fleur dans sa vie. C'était à Scamander de choisir s'il voulait encore de lui ou non.
Graves avait encore du mal à encaisser toutes ces nouvelles informations sur lui-même. Il n'était pas sûr de réussir à tenir toutes les promesses qu'il se faisait, mais il ferait de son mieux.
Dans un premier temps, il continuerait de s'ouvrir à l'une des seules personnes en qui il vouait une véritable confiance. Alors il reprit.
« Ce serait vous mentir que de dire le contraire. » Avoir accepté l'amour qu'il portait pour l'anglais lui ouvrait les yeux sur ce sujet désormais. Avoir sacrifié sa relation avec ses parents au prix de leur protection n'était pas la plus sage des décisions. Il l'avait toujours su. Mais aujourd'hui, il s'en rendait réellement compte, sans se voiler la face. « Ils sont ma seule famille. Et je ne leur ai pas rendu visite depuis au moins sept ans. Je sais qu'ils ne m'en voudront jamais, mais… Je me suis toujours rassuré avec le fait que c'était un mal pour un bien. »
« Si jamais… Si jamais vous changiez d'avis, nous ne sommes pas très loin, j'imagine. » Tenta alors Scamander.
Graves se raidit en entendant ses paroles. Accepter ses erreurs était une chose, mais agir en était une autre. Et il n'était pas sûr d'avoir assez de courage pour retourner les voir. Il savait qu'il s'agissait là d'un cercle vicieux. Plus le temps passait, plus il se sentirait mal et plus il refuserait de s'y rendre. Il avait correspondu par lettres avec ces derniers, mais il savait pertinemment que ce n'était pas suffisant.
Scamander avait raison. Scamander avait souvent raison. Scamander avait toujours raison, et parfois, il aurait aimé que ce ne soit pas le cas. Surtout lorsqu'il s'agissait de ses vérités personnelles.
« Je… J'y penserai. » Fit-il, faussement confiant. Mais l'anglais ne releva pas, et il lui en fut silencieusement reconnaissant.
Le chemin jusqu'aux tanières dura un long moment. Newt préféra ne pas utiliser la transplanation à cause des braconniers qui rodaient dans la zone et qui traçaient la signature de tous les passants pour augmenter leurs chances de trouver de nouveaux trophées. La plupart d'entre eux se trouvaient sur place pour capturer de grands essaims de billywigs, mais d'autres se risquaient à la recherche d'une simple entrevue avec l'un des dragons les plus magnifiques le monde sorcier ait jamais connu.
Le désert Australien ne fut pas particulièrement clément. Quelques zones d'ombres rafraîchies par de petits forêts leur permirent de ne pas étouffer au soleil. La magie les tenait hydratés et au frais, mais la chaleur ne fut pas plus clémente pour autant. Graves n'avait cependant pas encore renoncé à son costume habituel, s'étant contenté de remonter le bas de son pantalon jusqu'aux genoux et de se débarrasser de sa veste noire.
Newt quant à lui, portait la même tenue qu'à son habitude à la simple différence qu'il s'était séparé de son manteau bleu paon qui le caractérisait tant et avait troqué son pantalon épais pour quelque-chose en toile moins chaud.
Leur marche dura deux jours. L'anglais était bien trop occupé par ses recherches pour porter la moindre attention au directeur et les moments qu'ils passaient à discuter étaient essentiellement centrés sur les innombrables divagations que Newt faisait sur ses animaux, et toute la faune que l'on pouvait trouver en Australie. Contrairement à ce qu'il s'était imaginé, l'Australie n'était pas un milieu qui regorgeait d'animaux fantastiques tous différents les uns des autres. Là où bon nombre d'animaux non-magiques peuplaient la surface de l'île, ce n'était pas le cas de leurs homologues magiques, qui avaient déserté l'endroit à cause des chasseurs.
Graves ne le trouvait pas ennuyeux. Il avait appris à apprécier les discours interminables sur les anecdotes que Scamander lui racontait, chaque fois qu'un petit détail du paysage lui rappelait un souvenir agréable. Il semblait essayer de rendre le voyage plus agréable, toujours angoissé que le directeur décide de s'arrêter là au dernier moment pour repartir. Lui-même savait parfaitement qu'il ne ferait jamais une telle chose, mais il n'était tout simplement pas capable se tenir à sa raison. Son cœur était beaucoup trop bavard.
Quand Newt déclara que leur objectif n'était plus très loin, l'information fut particulièrement bien accueillie par Graves. Marcher sous un tel soleil ardent, même avec la meilleure compagnie qui soit était quelques peu impraticable. Le directeur n'eut pas besoin d'examiner minutieusement le lieu pour comprendre qu'ils s'approchaient d'une oasis. Le sable était remplacé par de la terre fertile couverte d'herbe par endroits et quelques arbres et buissons refirent enfin surface. La sécheresse était remplacée par une chaleur plus humide, que l'américain préféra.
Il leur avait suffi d'une heure supplémentaire pour se retrouver presque perdus dans cette forêt humide dans laquelle ils avançaient depuis un moment déjà. Graves fit de son mieux pour se contenir et ne pas se plaindre ou douter du magizoologue – qui semblait gérer la situation avec brio depuis le début – mais il ne put s'abstenir de questionner l'anglais dans l'avancement de ses recherches à plusieurs reprises.
Il regretta amèrement lorsque Scamander trancha deux ou trois branches qui donnèrent sur un immense lac, que le soleil rendait incroyablement brillant. C'était un peu comme si des milliers de diamants aux milles faces flottaient à sa surface. L'eau semblait incroyablement claire et fut la bienvenue. Le directeur ne perdit pas une seule seconde avant d'imiter l'anglais qui s'était littéralement jeté dans l'eau – sans même prendre le soin d'enlever ses vêtements. Graves garda tout de même un minimum de manières et se débarrassa de sa chemise et de ses chaussures d'un claquement de doigt avant de plonger dans l'eau.
Newt tourna innocemment la tête vers lui. Et la température venait de monter de quelques degrés.
« Je me permets de proposer une petite pause. Nous ne sommes plus très loin de toutes manières. » Tenta-t-il, pour masquer sa gêne et faire oublier le fait qu'il avait reluqué le directeur du MACUSA pendant quelques secondes.
Graves pouffa de rire à sa remarque et se redressa. Il aimait tout particulièrement la sensation que procurait le soleil qui séchait lentement sa peau mouillée. Quand il fit volte-face, le regard fuyant de Scamander ne passa pas inaperçu. Il n'avait pas fait le rapprochement au moment où il s'était dévêtit mais la réaction trop peu discrète de l'anglais avait réussi à combler ce qu'une seconde d'inattention lui avait fait manquer.
Ça, et le fait qu'il venait de piquer un fard, aussi. Graves croisa les bras, mi-sérieux, mi-joueur.
« Il y a quelque-chose qui ne va pas Scamander ? » Sa question, posée avec toute la candeur dont il pouvait faire preuve, ne dupa pas le magizoologue qui lui rendit un regard noir.
Il n'en rajouta pas. Faire tourner le couteau dans la plaie n'était peut-être pas une bonne idée, mais Graves essayait désespérément de faire un pas vers lui. Ses avances n'étaient probablement pas aussi évidentes que celles que l'anglais avait eu le courage de lui faire mais… Il avait au moins le mérite de faire de son mieux.
Un silence reposant s'installa. Newt était sorti de l'eau pour s'asseoir sur la berge, un regard rêveur tandis qu'il observait l'horizon. Ces paysages-là lui avaient manqué, et il ferait tout ce qui était en son pouvoir pour retrouver cette sérénité qu'il aimait tant. Cela passerait par de nombreux sacrifices, dont celui d'avoir à se battre contre Grindelwald. Mais si tout le monde s'en sortait sain et sauf et qu'il pouvait retrouver ce qu'il aimait plus que tout au monde après la bataille… Le jeu en valait la chandelle. Il ne voulait pas vivre dans l'oppression.
« Qu'est-ce qui vous a fait faire ce choix-là ? » S'écria-t-il, comme si Graves pouvait lire dans ses pensées. L'américain arqua un sourcil. « Je veux dire… Vous semblez aimer le calme, la paix, toutes ces choses-là. La vie d'auror n'a rien de tout ça. »
« Vos animaux, Scamander. » L'anglais tourna la tête vers lui, attentif à sa réponse. « Vous êtes passionnés par ce qu'ils sont. Par leur pureté, leur simplicité, tout ce qui les différencie des vices de notre espèce. Mais vous n'êtes pas celui qui profite le plus de tout cela. Vous êtes celui qui se bat pour que le monde soit un meilleur endroit pour eux. Vous vous occupez de ce que personne ne veut faire, et vous prenez même du plaisir à le faire. À mettre votre vie en danger, à effectuer jusqu'à la tâche la plus insignifiante, même si elle ne vous plait pas. Vous les aimez tellement que vous êtes prêts à sacrifier tout ce que vous avez pour eux. »
Newt comprit aisément la comparaison que l'américain était en train de faire et esquissa un large sourire incontrôlable.
« Vu comme ça… » Fit-il, comme seule réponse. Il n'avait aucun doute quant au fait que Graves était passionné par ce qu'il faisait. Il savait que son travail était tout ce à quoi sa vie se résumait. Et il avait déjà presque tout sacrifié pour faire de ce monde un endroit sûr pour les innocents qui ne faisaient rien de plus que vivre leur vie, aussi paisiblement que possible.
« Mais je n'ai pas toujours aimé cela. » Reprit-il. « Vous êtes probablement déjà au courant, mais je suis le descendant de l'un des douze. Je ne marchais pas encore et pourtant mon dos était déjà criblé de responsabilités. »
L'anglais se frotta la nuque. Leur situation n'était clairement pas comparable, mais il comprenait ce sentiment. Son frère était un héros de guerre de renommé mondiale, et il avait sans cesse l'impression de tâcher ce nom de famille qu'il avait réussi à rendre réputé.
« J'aurais pu choisir de ne pas endosser ces dernières. Voyez-vous, mon père se nomme William Langerton. »
Newt ramena ses genoux contre sa poitrine et posa sa tête dessus, la mine pensive.
« Vous portez le nom de votre mère ? » S'enquit-il. Graves hocha doucement la tête.
« J'avais la chance de ne pas avoir à porter le poids d'un tel nom de famille auprès de la société. Et puis j'ai grandi, et le monde des adultes m'a très vite rattrapé avec son lot de problèmes. » Il rompit le contact visuel avec l'anglais et ses yeux se perdirent quelque-part au loin. « Ma lignée est de sang-pur. Mais ma mère ne s'est jamais souciée de cela, et elle a épousé un homme qu'elle aimait au détriment de sa réputation. Je suis le seul Graves de sang-mêlé qui apparaisse officiellement dans l'arbre généalogique de ma famille. »
Le père de Graves était un moldu. Tout devint clair à cet instant. C'était pour cette raison que le directeur avait fermé les yeux sur la relation entre Queenie et Jacob. Sous ses airs durs et implacables, l'américain était beaucoup plus ouvert et progressiste qu'il ne le laissait croire, parce qu'il avait lui-même été élevé dans un tel cadre.
« J'ai longtemps été la honte de ma famille. Je n'avais rien fait pour mériter une telle réputation, mais c'était ma simple existence qui les avait poussés à me renier. Mes parents ne semblaient pas affectés par tout ceci, mais je ne voulais pas ternir l'image de ma mère. Alors j'ai décidé de redorer sa réputation et son nom de famille par la même occasion. J'étais le premier à intégrer le département des aurors depuis trois ou quatre générations et ce n'est que quand ma famille éloignée s'est rendu compte de mon ascension qu'elle m'a réintégré à l'arbre généalogique. Ironique. Ils essayent même de prendre de mes nouvelles, parfois. »
Scamander ne le quitta pas du regard tout du long. Il se rendit compte à quel point, alors même qu'il pensait avoir percé à jour la plupart des secrets du directeur, ce dernier réussissait éternellement à faire surgir de sa part de mystères quelque-chose de surprenant.
Et tandis que le directeur laissait les mots couler, la pointe de fierté dans sa voix n'était pas passée inaperçue. Graves n'était pas passé par trente-six chemins : Il n'avait jamais ployé le genou, il s'était entraîné jusqu'à devenir le meilleur, avait surpassé ses détracteurs et leur avait montré qu'il valait bien mieux qu'eux, peu importait son patrimoine génétique.
Il avait porté le nom de sa mère, ne s'était pas défilé une seule seconde. Son geste était incroyable et pourtant, Newt sentit une pointe de tristesse dans son cœur lorsqu'il se rendit compte que l'américain avait fait tout ceci pour finalement abandonner les siens.
« Ils vous manquent vraiment, n'est-ce pas ? »
Graves lui adressa un sourire et resta silencieux. L'absence de réponse en disait long.
« C'était la dernière. » Fit Newt, à bout de souffle. « Partons d'ici avant que les problèmes ne nous tombent dessus. »
Graves acquiesça silencieusement, lui-même épuisé par leurs recherches. Les œufs étaient bien plus gros que ce qu'il avait pu s'imaginer et par conséquent les coquilles étaient particulièrement lourdes. L'anglais lui avait confié qu'à cause de la matière dans laquelle ils étaient, cela en faisait les œufs les plus lourds existants – même ceux des pansedefers ukrainiens étaient plus petits.
L'anglais frappa dans ses mains pour dépoussiérer ces dernières et attrapa le bras tendu de Graves pour transplaner. Maintenant qu'ils s'en allaient, laisser une signature magique n'avait pas vraiment d'importance.
Mais rien ne se passa. Il fronça les sourcils.
« Sir Graves ? » S'enquit le magizoologue, mais il n'obtint aucune réponse.
À la place, le directeur lâcha immédiatement Scamander et attrapa sa baguette, prêt à agir. Il entrouvrit subitement les lèvres pour essayer de comprendre mais Graves lui fit signe de se taire, et désigna sa baguette d'un regard. Il ne lui en fallut pas plus pour imiter l'américain et se tenir prêt à toute éventualité.
« Ça, ça va nous faire un paquet de thunes. » Déclara une voix grasse que ni Scamander, ni Graves ne furent capable de reconnaître. « Le directeur du MACUSA et le frère de l'auror en chef du ministère anglais. »
Ce n'était pas la première fois que son identité lui posait problème. Mais ils n'étaient rien d'autre que des braconniers.
Et à en croire le regard de l'américain à cet instant, Graves n'avait pas plus peur que lui. Un charme qui empêchait la transplanation pouvait être contourné, puisqu'on ne pouvait l'appliquer qu'à une zone et non pas à des sorciers. Alors il leur suffisait de fuir, pour de les ralentir suffisamment longtemps, jusqu'à pouvoir sortir de l'endroit qui était ciblé par le sortilège.
Ils n'étaient rien d'autre que de vulgaires braconniers. N'arrivaient pas à la cheville des ennemis que Graves avait pu défaire tout au long de sa carrière et n'étaient pas comparables avec les dangers auxquels Scamander avait pu se confronter lors de ses voyages.
Un regard complice échangé plus tard, une première fulguration s'échappa de la baguette de Graves et envoya valser un premier homme quelques mètres plus loin. Sa chemise était partiellement brûlée par le choc et l'anglais préféra ne pas prêter attention à l'état de sa peau, haussant les sourcils surpris par la puissance que le directeur avait délivré pour son premier tir.
Percival Graves n'était pas du genre à sous-estimer son ennemi.
Lorsqu'ils virent une vingtaine de nouveaux assaillants sortir de l'épaisseur de la forêt, ils se firent tous deux la réflexion que pour une fois, ses ennemis ne l'avaient pas non plus sous-estimé. Faire face à plusieurs sorciers, était une chose que le directeur avait déjà fait par le passé, trop souvent pour se souvenir de chacune des fois où il était sorti triomphant d'un tel affrontement.
Celui qui avait pris la parole en premier n'avait rien des hommes qu'il semblait diriger. Quand Newt s'en rendit compte, un doute naquit dans sa tête. Mais il ne releva pas immédiatement, Graves était tout autant occupé que lui.
Un éclair sortit de la baguette du magizoologue et vint s'écraser sur l'homme en question, qui sembla à peine bouger. Newt fronça les sourcils. Ce dernier semblait particulièrement résistant à leur magie mais ne s'avançait pas devant ses hommes pour faire la différence.
Et ce fut à cet instant qu'il comprit ce qui tenait ce dernier en retrait.
« Sir Graves… » Commença Newt, les paupières élargies par la surprise. Le directeur tourna la tête dans sa direction et fut touché dans l'épaule par un premier sortilège de feu. Il adressa un regard noir à l'agresseur et lui rendit la monnaie de sa pièce, avec un petit supplément pour qu'il ne se relève pas tout de suite de sa blessure.
« Quoi ? Je suis un peu occupé, comme vous pouvez le voir ! » Il ne détourna pas son attention cette fois-ci, et se concentra sur ses ennemis.
« C'est un vampire. » Lui répondit-il.
Le directeur jeta un charme de protection devant lui et fit volte-face.
« Vous êtes sûr de vous, Scamander ? » Demande l'américain, visiblement bien plus inquiet qu'il ne l'aurait prédit.
« À quatre-vingt-dix-neuf pourcents. » Newt lança à son tour un sort de bouclier devant lui pour se protéger de la pluie d'éclairs qui arrivait jusqu'à lui. « Il reste à l'ombre. Je n'arrête pas de l'attaquer et c'est comme si ma magie ne l'atteignait pas. Il est puissant mais reste en arrière ? On n'a aucun mal à repousser ses sbires et il a l'air frustré de ne pas pouvoir s'avancer. »
« Où voulez-vous en venir ? » Lui répondit-il, presque à bout de souffle à force de cribler ses adversaires.
« Tant que nous restons à la lumière nous ne risquons rien, nous n'avons qu'à avancer vers ce chemin et essayer de transplaner jusqu'à l'extérieur de l'oasis chaque fois que nous le pourrons ! »
Le directeur hocha la tête et sans perdre le contact visuel avec les hommes autour de lui, il se mit dos à l'anglais pour couvrir ses arrières tandis que ce dernier avançait. Les quelques hommes qui s'approchèrent se retrouvaient bien vite assommés.
Jusqu'au moment où il vit le directeur être propulsé devant lui, rompant le sortilège qui protégeait ses arrières. Sa baguette lui avait également échappé dans le processus.
« Cet enfoiré se déplace beaucoup trop vite. » Feula Graves, qui tenta de se redresser mais à cet instant, un ombre passa entre eux et Newt fit un bond en arrière à son tour lorsqu'une force qu'il n'avait pas vu venir s'écrasa contre son corps.
Sa baguette lui échappa également et se perdit quelque-part dans les hautes herbes. Il éloigna les deux ou trois hommes qui étaient toujours debout avec un sortilège d'onde de choc au sol et sans baguette. Et tandis qu'il poursuivait ses recherches à l'aveugle, il tomba nez à nez avec le noir et l'argent significatifs de la baguette du directeur.
Il voulut l'attraper pour la rendre à son propriétaire, mais lorsqu'il vit le vampire face à l'américain, baguette en main et visant le cœur de ce dernier… Son sang ne fit qu'un tour. Il empoigna cette baguette qui n'était pas la sienne, et la pointa dans sa direction.
« Expecto Patronum ! »
Et tandis que les mots filaient, de la baguette noir de jais qu'il tenait entre les mains s'échappa un voile bleuté brillant qui prit doucement forme. Graves et l'étranger se tournèrent tous deux en direction de la voix de Newt, et ni l'un ni l'autre ne réussit à réagir face au spectacle qui s'offrit à eux. Un courant d'air puissant émana de la silhouette que la magie dessinait, balayant les boucles rousses et les vêtements de l'anglais, coupant le souffle à quiconque se trouvait près de lui à cet instant.
Un dragon. Tel fut le patronus qui mesurait plusieurs mètres de haut qui vint couvrir le corps du directeur, qui ferma les yeux et protégea son visage du revers de sa main dans un réflexe naturel. La scène fut suffisamment puissante pour écarter le vampire et le faire reculer. Pourtant, le patronus ne faisait que protéger l'américain.
Et dès qu'il vit une ouverture, Newt fit venir sa propre baguette à lui et lança celle qui ne lui appartenait pas à son réel possesseur, qui ne put s'empêcher de sourire en attrapant cette dernière.
L'inconnu fut rapidement maîtrisé et Graves ne s'encombra d'aucune formalité. À la place, il laissa les chasseurs sur place, attachés et continua sa route avec l'anglais.
« Vraiment, un dragon ? » Fit-il enfin. « Pourquoi est-ce que ça ne me surprend même pas ? »
Newt se frotta la nuque gêné.
« J'étais moi-même impressionné. Habituellement, il n'est pas aussi imposant. Cela doit être votre baguette. »
À cet instant, Graves détesta encore plus le magizoologue, dont la baguette ne le laissait même pas approcher mais qui lui, devenait encore plus puissant avec la sienne.
Ce fut probablement pour cette raison qu'il se sentit coupable lorsqu'il céda aux supplications du magizoologue.
« Pas longtemps. Un jour. Une après-midi. Une soirée. Même une heure. Je vous attendrais dans une auberge. »
« Nous n'avons pas le temps. » Lui avait-il rétorqué. « Ce sont vos mots, Scamander. »
« Au diable le temps, Sir Graves ! » Sa gorge se serra. « Je… Je n'aime pas dire ce genre de choses mais… Et s'il s'agissait de la dernière fois ? Ne le faites pas pour vous si vous le voulez. Mais faites-le pour eux. Vous êtes leur unique fils. »
« Une heure. » Il croisa les bras. « Et vous pouvez venir. »
Graves s'était fait la promesse de s'ouvrir davantage vis-à-vis de l'anglais. Mais sur ce coup-là, il n'assumerait pas. Il n'assumerait pas qu'il n'avait pas la moindre idée de ce qu'il pourrait bien leur dire, que l'anxiété l'avait gagné jusqu'à tremper la paume de ses mains, qu'il ne serait peut-être pas capable de faire une telle chose seul, lui qui n'avait jamais manqué de courage devant n'importe quelle situation auparavant.
Scamander sentit la chaleur monter dans son cou et venir colorer ses joues.
« Non, non. J'insiste. Je resterais devant mais je… »
Et c'est ainsi qu'ils se retrouvèrent sur le palier d'une maison perdue dans la campagne Sud-Australienne. Les couleurs vertes et oranges du bois des murs et du toit contrastaient avec le paysage. Le coucher de soleil, quant à lui, se mariait parfaitement avec ses couleurs vives. Quand il n'eut plus rien à observer pour oublier la situation dans laquelle il se trouvait, Newt soupira.
« C'est une très, très mauvaise idée Sir Graves. C'est votre famille, je n'ai rien à faire ici, je ne devrais pas… » Reprit-il. À en croire le regard exaspéré de l'américain, ce n'était pas la première fois qu'il lui sortait un tel discours.
« Allez-vous finir par vous taire ? » Graves toqua contre la porte en bois. « De toutes façons, vous n'avez plus vraiment le choix maintenant. Que comptez-vous faire ? Fuir ? »
L'anglais secoua vivement la tête et marmonna quelque-chose d'incompréhensible, triturant le bout de ses manches. Il n'était déjà pas à l'aise avec les gens en général, mais là c'était vraiment le pompon. La symbolique de cette rencontre était loin de le laisser indifférent et il n'arrivait pas à comprendre ce qui poussait le directeur à désirer sa présence ici. Mais après tout, ce dernier avait fait la concession de l'accompagner jusqu'en Australie.
Il pouvait bien lui rendre la pareille, non ? Il se consola avec cette idée et attendit que le sort s'acharne. Graves n'aurait pas intérêt à se plaindre s'il faisait tout virer au cauchemar à cause de sa maladresse légendaire.
Une femme ouvrit la porte. Elle devait être dans la soixantaine, des cheveux noirs encore apparents sous quelques mèches blanches, le visage et le cou ridés sans être tombants. Et surtout, elle était grande. Au moins autant que son fils. Newt baissa instantanément la tête pour ne pas croiser son regard et se perdit quelque-part sur les lattes de plancher de leur palier.
« Qu'est-ce que… » Elle sortit sa baguette et son visage se teinta d'un air horrifié. « Vous croyez que je suis stupide ? Reculez ! Vous pensiez vraiment m'avoir comme ça ? Une transfiguration de Mercy Lewis elle-même aurait été plus plausible… Reculez j'ai dit ! »
Le directeur ne put réprimer un sourire nerveux. C'était de sa faute, alors il ne pouvait pas vraiment lui en vouloir.
« Je… Non. C'est bien moi, je te le jure, j'ai juste… Pris quelques années. » Lui avait-il répondu sur le ton de l'humour. « Mais je comprends que tu t'inquiètes puisque toi, tu n'as pas changé. »
Newt se sentit soulagé – et coupable par la même occasion – lorsqu'il vit les larmes perler au bord de ses yeux, ouvrant grand ses bras pour prendre l'américain dans ces derniers. Visiblement, son cynisme était unique en son genre.
« Percy. Tu es… Tu es un idiot. » Elle marqua une pause et prit une grande inspiration tandis qu'elle le serrait contre elle. « Tu ne pouvais pas prévenir ? Tu ne pouvais pas nous envoyer une lettre pour ça ? Je n'ai rien préparé, et ton père s'est assoupi sur le canapé en lisant son journal. Comment veux-tu que je le réveille avec une telle nouvelle sans qu'il me fasse une crise cardiaque ? »
Graves pouffa de rire et s'écarta lorsqu'elle accepta enfin de relâcher. Elle se tourna, sans jamais que son sourire ne la quitte, vers Newt qui ne se sentait déjà plus à sa place.
« À qui ai-je l'honneur ? »
Il y eut un instant. Une seule seconde, qui parut infinie, où leurs regards se croisèrent. Et tous deux pensèrent en cœur à ce que Newt était. Il était Newt Scamander, mais Mrs. Graves n'en aurait pas grand-chose à faire. L'américain serait obligé de le ranger dans une case. Collègue, partenaire, collaborateur, un magizoologue connu. Et puis d'autres noms, dans une partie plus sombre de son esprit, lui apparurent, parfois frôlèrent l'indécence et moururent quelque-part, avec d'autres pensées qu'il avait décidé d'abandonner, comme celle de se lancer à la poursuite du cœur du directeur.
« Newton Scamander, c'est un brillant magizoologue anglais et… Un très bon ami à moi. » Graves aussi pensa à tout ce que l'anglais aurait pu être pour lui. Mais il ne voulait pas rendre la situation encore plus inconfortable pour lui à ce moment-là et préféra rester sobre. Les surnoms affectueux n'avaient pas leur place en public. Pour l'instant, ne put-il s'empêcher de penser.
« Mon nom est Elisabeth Graves, Newton. Mais vous pouvez m'appeler Beth. » Elle tendit sa main dans sa direction et l'anglais n'hésita pas à la saisir pour la saluer.
« Newt. » Corrigea-t-il avec un sourire en coin, qu'elle lui rendit.
Aussitôt, elle tourna les talons pour s'enfoncer dans le couloir et Graves la suivit naturellement, faisant signe à l'anglais d'entrer avec lui.
« William, réveille-toi ! On a de la visite. »
Une heure se transforma en une soirée, une soirée se transforma en une nuit. Faire la discussion avec des inconnus fut particulièrement difficile pour Newt, mais il avait fini par s'accommoder à la famille du directeur – et le vin avait aidé. Graves passa le plus clair de son temps à raconter les péripéties et tout ce qui les avaient menés jusqu'ici, mentionnant les moindres détails de l'affaire liée à Grindelwald. Sa mère se montra d'autant plus inquiète mais, tout comme il l'avait mentionné, elle avait fini par s'habituer aux dangers et semblait vouer une confiance inouïe en son fils.
Quand la discussion sembla toucher à sa fin, Graves jeta un œil à l'horloge murale qui indiquait trois heures du matin et proposa de dormir. Ses parents plussoyèrent sans grande conviction, sachant que cela signifiait qu'il repartirait pour ne plus revenir avant longtemps.
Beth attribua la seule chambre d'amis qu'ils avaient à Newt et somma son fils de l'y conduire. Plusieurs fois, l'anglais proposa de plutôt dormir dans sa valise, mais sa demande fut catégoriquement refusée, invité d'honneur qu'il était.
Alors il accepta son sort, remerciant au moins cent fois son hôte dans la foulée pour n'arrêter lorsque Graves le força à monter les escaliers pour s'éclipser – la fatigue commençait doucement à les gagner. Le directeur lui montra alors la porte de sa chambre, mais lorsqu'il voulut s'avancer pour y entrer, il sentit une main retenir son bras.
« Merci. » Son ton était si calme et son sourire si paisible que l'anglais eut réellement l'impression de fondre sur place.
Ce que Graves ignorait à cet instant, c'était que Newt pourrait à peu près faire n'importe quoi pour lui faire retrouver cette aura si sereine.
Et voilà.
Ouais, je sais ce que vous allez dire "GUIMAUVE", mais j'imagine qu'après tout ce que je vous fais endurer, vous avez le droit à votre moment de répit et à un peu de douceur. Profitez-en, ça ne va pas durer.
Des bisous et à Samedi prochain !
