Disclaimer : Je considère que si Rowling autorise Cursed Child, elle autorise toutes les autres fanfictions, même celles qui naissent dans mon esprit tordu personnel.

Attention : Rated T pour le langage et les scènes violentes.


RAR :

mh :

Salut ! Merci beaucoup pour ta review !
C'est vrai que la carte change pas mal de mains pendant le tome 3;) – et que je m'amuse beaucoup à changer mes points de vue pour la dernière scène ^^ –. La question est, effectivement, qu'est-ce que Remus va-t-il faire de cette information ? (je te laisse la surprise!)
Je suis contente que le chapitre t'ait plu en tout cas ! Bonne lecture de celui d'aujourd'hui !

Nyanna :

Hey ! Merci beaucoup pour ta review !
Mes pions se mettent en place sur mon immense échiquier, et c'est un vrai plaisir de mener la partie ! Les prognostiques sont peut-être pessimistes, mais dans tous les cas, je doute que la gamine prenne la nouvelle avec philosophie. Pas avec les gènes que sont les siens !

Andy connaît trop le système Sang-Pur pour ne pas vouloir en protéger Maellyn, même si ça signifie la confronter un peu durement avec la réalité (ce qui n'était même pas le plan à la base, parce que Maellyn aurait dû avoir sa famille moldue en soutien).

Je te laisse avec la suite ! Bonne lecture !

Lupa :

Helloooooo ! Merci beaucoup pour ta review ! Je suis super contente de te revoir par ici !

La reprise n'a pas été trop dure, mais l'ambiance générale dans le milieu de l'EN commence à être lourd entre Jean-Mi, Croncron, et les médias qui nous cassent du sucre sur le dos. J'étais pas mécontente d'être en vacances pour faire une pause mentale concernant tout ça ! Pour le reste, les élèves sont sympas et même si la réforme est lunaire, j'absorbe sans trop de mal. Ça se passe bien au collège de ton côté ?

Pas d'adresse pour les Retourneurs de temps, malheureusement… (ça serait tellement bien ! J'aurais terminé cette fic depuis des années déjà!)

Pffff, Remus a dû déguster pendant son année à Poudlard, entre Black et ses propres démons… Il me fait trop de peine en vrai. Heureusement qu'il avait la carte pour découvrir la vérité concernant Maellyn, parce qu'il aurait continué à passer à côté xD

Moi, en faire baver à mes persos ? Naaaaaan, c'est pas le genre de la maison ! (c'est eux qui se mettent dans la merde tout seul ! Juré!). Je note tes hypothèses et je te laisse découvrir ce que j'ai mijoté pour Maellyn !

Les frangines Black ont eu relation avec beaucoup de bas et quelques hauts. Bien malin qui saura prédire comment pourra évoluer leur relation.

Merci pour tous tes compliments et ton enthousiasme ! Je fais de mon mieux pour écrire l'histoire qui me mange une partie du cerveau et je suis touchée que tu continues à l'apprécier autant ! Je te laisse avec la suite ! Bonne lecture !

Juliette :

Hey ! Merci beaucoup pour ta review !
Le moment approche, vraiment ? Je suis curieuse de savoir ce qui te fais dire ça !
Je te laisse avec la suite ! Bonne lecture !


Merci àmimi70, Sout, TigresseOtaku, mh, Tiph l'Andouille, Nyanna, tzvine, Sun Dae V (x3, keur:keur:keur), Lupa,Merly Flore et Juliette pour leur review. Tous vos messages m'ont fait super plaisir ! Keep it up !


Bonjour à toutes et à tous !

Alors, comment ca va ?

Perso, je suis en vacances, ce qui fait un bien fou après un début d'année compliqué au pays merveilleux de la réforme du lycée (en carton).

Malgré tout, j'ai réussi à avancer sur cette histoire. Le chapitre 43 est officiellement terminé et j'ai pris beaucoup de plaisir à l'écrire ! Il pèse tout de même plus de 21k et j'espère que cela n'est pas le signe que les poids lourds sont de retour ! Je vais maintenant m'atteler à préparer le NanoWrimo, histoire de mettre un coup d'accélérateur en cette fin d'année (pour être tout à fait honnête, je serais déjà très contente de moi si j'arrive à faire un demi-nano vu le programme chargé du mois de Novembre qui m'attend) mais ça sera déjà pas mal !

A part ça, c'est au tour du chapitre 28. Il est assez court dans le genre, et un peu sous le signe de transition, mais ouvrez-bien vos yeux, car il n'est pas si innocent que ça !


Un grand merci à Sun Dae V pour la relecture et les retours ! Et je ne le dis peut-être pas assez, mais sa fic La Course au Chien Sauvage est un must-read si vous aimez Sirius Black !


Black Sunset

Partie III : Dark Matter.

Chapitre 28

Dark Matter : a term used to describe matter in the universe that cannot be seen, but can be detected by its gravitational effects on other bodies.

Secret : n. a piece of information that is generally known or is not known by someone else and should not be told to others.


Mercredi 1er Juin 1994, Poudlard, Ecosse.

Le parc était calme, les températures douces et la silhouette du château se découpait sur le ciel orangé. Il profitait de la pénombre pour abandonner son déguisement et se donner l'impression que, malgré tout, il était libre et bien vivant.

Même si ce n'était qu'une illusion et qu'il avait de plus en plus l'impression qu'il attendait que les Détraqueurs le retrouvent.

Ils y parviendraient sans doute avant qu'il ne mette la main sur Peter.

Il passa une main tremblante sur son front et se laissa tomber sur la souche d'arbre depuis laquelle il aimait surveiller les environs du château, non loin de la cabane d'Hagrid.

Ça allait bientôt faire un an qu'il s'était échappé d'Azkaban et il était aussi proche de pouvoir tuer Pettigrow qu'en arrivant ici huit mois plus tôt.

Peut-être même moins.

Le Chat n'avait toujours pas réussi à retrouver sa trace, il pouvait difficilement s'introduire dans le château pour mener sa propre enquête, et Pettigrow pouvait très bien avoir trouvé refuge dans une maison sorcière à Pré-au-Lard.

Il y avait trop de Détraqueurs au village pour qu'il prenne le risque de se rendre là-bas, Patmol ou non.

Il avait déjà abandonné la protection des montagnes environnantes dans l'espoir de croiser la route de Pettigrow et pour que le Chat lui donne des nouvelles plus facilement.

Ou peut-être voulait-il simplement avoir l'occasion d'apercevoir Harry et Maellyn de temps en temps, même de loin. Juste la silhouette couronnée de la tignasse impossible de son filleul ou le sourire tordu de sa fille.

Il n'était jamais loin quand Harry s'entraînait – l'équipe de Gryffondor se retrouvait encore une fois par semaine malgré leur victoire de la Coupe – et sa fille sortait parfois voler à son tour, poussant son Eclair de Feu à pleine puissance.

Ils l'ignoraient, mais ils étaient les deux seules choses qui lui permettaient de garder le peu de santé mentale qui lui restait. Il avait un objectif – protéger Harry de Pettigrow – et à chaque fois qu'il voyait Maellyn, il se souvenait pourquoi il ne pouvait pas abandonner.

Il devait tenir, pour elle, pour Judy d'une certaine façon, parce qu'il voulait être encore de ce monde quand Narcissa lui apprendrait la vérité et que sa fille aurait besoin de réponses.

Et peut-être de quelqu'un à haïr.

Il n'était pas certain que sa cousine ait vraiment une idée de l'enfer qu'allait lui faire vivre Maellyn quand elle découvrirait sa véritable identité et les mensonges que Narcissa avait tissé autour d'elle.

Une part de lui espérait se tromper – il ne connaissait pas vraiment sa propre fille, ce qui n'était pas le cas de Narcissa – mais ni les Black, ni les Adler n'aimaient être trahis.

Comme le lui avait un jour dit Alphard : « la vérité blesse, mais les mensonges tuent ».

Il ravala la peur qui lui donnait l'impression de broyer ses organes de l'intérieur – Maellyn était jeune, mais elle était forte – et sortit la dernière lettre de Narcissa, arrivée deux semaines plus tôt avec des vivres dont il ne restait plus grand chose.

Sirius,

J'espère à nouveau que tu as recouvré ton bon sens et que tu ne te trouves plus dans les environs de Poudlard, mais je peine à m'en convaincre. Je t'implore donc de te montrer raisonnable et de partir loin du Royaume-Uni, là où je pourrais faire en sorte que tu disparaisses en toute discrétion.

Rien n'a bien changé concernant ta situation : les Aurors sont toujours après toi – ils ne renonceront pas, sois-en certain –, tout comme Madelyn McGonagall – du reste, c'est ce qu'elle a laissé entendre la dernière fois que je l'ai croisée, et j'ignore toujours l'étendue de ses ressources –. Je doute que quiconque ait de nouvelles pistes ou, du reste, celles-ci ne sont pas encore parvenues à mes oreilles.

J'aimerais tant que tu puisses me confier des détails concernant la mission que tu t'es de toute évidence donnée : j'ai les moyens de t'aider, Sirius, encore faut-il que je sache en quoi...

Maellyn va mieux. Elle a traversé une nouvelle période difficile avant les vacances de Pâques – beaucoup de cauchemars, pour lesquels je blâme les Détraqueurs – mais le retour au Manoir l'a aidée à retrouver la forme. Comme je te l'avais dit, son accident de Légilimencie avait grandement affaibli ses défenses psychiques. Les deux semaines n'ont pas été de trop pour les remettre en état à l'aide de l'Occlumentie.

Son directeur de Maison lui a présenté les différentes options qu'elle pouvait choisir l'année prochaine et, sans surprise, son choix s'est porté sur l'Arithmancie et les Runes. Je peine à imaginer le métier qu'elle fera dans quelques années – même si celui-ci aura sans doute un rapport avec la Métamorphose – mais elle sortira de Poudlard avec un esprit bien formé.

Je crois que je n'ai rien oublié.

Sois prudent, ne joue pas aux héros et, par Circée, quitte Poudlard !

Avec tout mon amour,

C.

Il n'arrivait pas à trouver pourquoi, mais il était convaincu que sa cousine ne lui disait pas tout au travers de cette lettre. Pourtant, le ton était identique à celle qu'il avait reçu au mois de février, et elle serait sûrement du même acabit que la prochaine qu'elle lui ferait parvenir.

Des injonctions pour le convaincre de s'en aller – s'il partait, ça serait pour suivre Harry et s'assurer que Peter ne se soit pas glissé dans sa valise –, quelques lignes sur Maellyn – il n'avait pas été surpris par son choix d'option, typique de l'héritière d'une bonne famille – et encore une tentative pour le convaincre d'abandonner.

Au fond, la seule nouveauté était cette proposition de l'aider s'il lui faisait parvenir des détails...

Il eut un soupir accablé. Quand bien même il réussirait à la contacter sans que les Aurors n'y trouvent une bonne raison de l'arrêter, que lui dirait-il ?

Salut cousine, tu te souviens de Peter Pettigrow ? Il est vivant et il se fait passer pour le rat d'un des fils Weasley depuis toutes ces années. Je me suis échappé d'Azkaban pour le tuer – de préférence d'une mort douloureuse – et je ne serais pas contre un coup de main.

Un éclat de rire désabusé – dérangé – lui arracha la gorge. Le pire dans tout cela, c'était sans doute que Narcissa était l'une des seules personnes dans ce pays à même de le croire. Elle avait au moins le mérite d'avoir essayé de lui obtenir un procès depuis son arrestation, et il doutait sincèrement qu'elle pensait qu'il ait pu vendre les Potter à Voldemort.

Sans oublier cette histoire de Mangemort.

Narcissa avait été bien placée pour savoir dans quel camp il avait été durant la guerre.

Sauf qu'il ne voyait pas ce que pourrait bien faire Narcissa pour lui. Pour tout ce qu'il en savait, Pettigrow avait peut-être quitté la région et trouvé refuge dans une nouvelle maison de sorciers... Et quand bien même il était toujours ici, trouver un rat amaigri à Poudlard revenait sans doute à chercher une aiguille dans une botte de foin...

Narcissa était douée : elle faisait passer sa fille pour l'héritière Lestrange depuis presque treize ans – alors que Maellyn n'avait rien d'une Lestrange pour commencer – et elle lui avait arrangé des conditions de détentions correctes compte tenu de la haine que lui vouaient les gardiens.

Il ne s'agissait pas de mentir à la société Sang-Pur ou de s'appuyer sur la fortune des Black.

La vérité, c'était qu'il était seul dans sa croisade – la seule personne qui aurait pu lui apporter un semblant d'aide le haïssait – et qu'il doutait chaque jour un peu plus de réussir.

Au fond, Pettigrow avait déjà gagné une fois et il avait toutes les cartes en main pour le battre une seconde fois...

Dimanche 5 Juin 1994, Poudlard, Ecosse.

Je sus avant d'ouvrir les yeux qu'il était inhumainement tôt.

Quelque chose entre les ronflements encore réguliers de Crystal, la fatigue qui pesait sur mes paupières et la certitude absolue que je ne voulais pas quitter mon lit.

- Allez petite, réveille-toi ! On a du boulot !

J'ouvris les yeux difficilement pour découvrir – sans l'ombre d'une surprise – le visage de Pansy au-dessus du mien.

La seule source de lumière venait du couloir mais je réussis à deviner qu'elle était déjà coiffée et habillée, et sans doute bien trop alerte pour mon propre bien.

- Quelle heure est-il ?

Elle balaya la question d'un geste de la main – ce qui me fit vraiment craindre le pire – puis arracha mes couvertures brusquement.

- Dépêche-toi ! Je vais réveiller Draco et je veux que tu sois dans la salle commune, habillée chaudement, dans moins d'un quart d'heure. Ne t'avise surtout pas de te rendormir !

Elle quitta la pièce sans bruit et je dus me faire violence pour me redresser.

Le réveil sur ma table de chevet indiquait quatre heures du matin.

Je faillis me lancer à la poursuite de Pansy pour l'assassiner.

Elle était complètement cinglée ! C'était la dernière grasse matinée à laquelle je pouvais prétendre avant les examens et elle m'avait réveillée encore plus tôt qu'un jour de cours !

Si elle n'avait pas été capable des pires vengeances – ou de me traîner hors du lit à coups de sortilèges – j'aurais sans doute repris le cours de ma nuit, mais je ne tenais pas à vivre un enfer pendant la semaine des examens.

Puisque, de toute évidence, Potter ne s'était pas arrangé pour qu'ils soient annulés cette année.

Je rejoignis donc la salle de bain d'un pas hésitant. Il me fallut beaucoup d'eau froide et encore davantage de volonté pour réussir à me réveiller tout à fait.

Malgré tout, je réussis à respecter le délai de Pansy. Elle attendait devant la sortie de la salle commune, sa cape déjà sur le dos, et l'air un peu impatiente.

- Pourquoi, Pansy ? Pourquoi ?!

- Ce sont les quatorze ans de Draco. On va voir le lever du soleil.

Je ne pus que me sentir reconnaissante d'être née au mois d'Août, à un moment de l'année où je n'étais plus à Poudlard, et protégée d'un tel scénario par la vieille magie qui saturait le manoir Malefoy.

- Tu es cinglée.

Elle me répondit par un sourire que je qualifiai de dangereux.

- Je suis extraordinaire, Lestrange. Ton cousin n'est pas près d'oublier le jour où il a eu quatorze ans.

- Fort bien. Et que comptes-tu faire pour ses dix-sept ans ? Le jeter du haut de la tour d'Astronomie ?

- C'est une idée, mais je pensais plutôt à une randonnée nocturne dans la Forêt Interdite.

Ce n'était sans doute pas le pire qu'elle pouvait inventer, et je craignis que les prochaines années soient désormais rythmée par ses idées machiavéliques.

Dans tous les cas, si j'avais eu du mal à me lever et que j'étais légèrement grognon, ce n'était rien comparé à Draco. Quand il nous rejoignit, il avait son air sombre des mauvais jours sur le visage, celui-là même qui rappelait qu'il était à moitié Black, et il semblait réfléchir à la façon dont il allait tuer Pansy.

- Joyeux anniversaire, cousin, soufflai-je quand même, après avoir embrassé sa joue.

Il me remercia par un grognement, duquel je ne me formalisai pas : je n'aurais pas non plus apprécié d'être arrachée à mon lit aussi tôt le jour de mon anniversaire.

Pansy ignora de la même façon le regard noir qu'il lui destina et ouvrit le chemin.

Le château était parfaitement silencieux et les couloirs des cachots étaient sombres à cette heure, sans les lanternes pour chasser l'obscurité.

Je ne connaissais pas le règlement intérieur par cœur, mais une part de moi doutait que nous ayons vraiment le droit d'être hors de nos dortoirs à cette heure. Si nous croisions Rusard, il n'allait certainement pas se montrer indulgent, anniversaire ou non.

Je fis donc de mon mieux pour ne pas faire de bruit, et adressai des prières silencieuses à l'attention de Circée, Morgane et Viviane pour que cette expédition ne se termine pas avec des points en moins pour Serpentards et une heure de retenue en prime.

Oncle Lucius serait capable de penser que c'était de ma faute.

Sans grande surprise, Pansy avait choisi la tour d'Astronomie comme observatoire – puisqu'il s'agissait de la tour la plus haute du château – et nous fûmes accueillis par des rafales de vent glacial.

L'été avait beau être aux portes de l'Ecosse, les nuits restaient froides.

Le spectacle était tout de même saisissant à sa manière.

Pour la première fois, je regrettai que les quartiers de Serpentards soient sous le Lac Noir. J'aimais pouvoir observer les étoiles depuis le confort de ma chambre au manoir, et j'étais privée de ce plaisir au château.

Le ciel était encore sombre mais si je me fiais à la position d'Orion au dessus de l'horizon, il ne faudrait que quelques minutes avant que le soleil ne commence à éclairer l'est et les montagnes environnantes.

Poudlard était plongé dans un calme trompeur – je n'étais pas naïve au point de penser que la Forêt Interdite dormait vraiment –, le Lac Noir formait une tâche sombre à nos pieds, le parc était désert et seul un panache de fumée rappelait qu'Hagrid vivait à la lisière de la forêt.

Avec les lumières du château éteintes et le silence épais des toits, nous aurions pu être seuls au monde et c'était comme une ancienne forme de magie.

Une nouvelle rafale s'engouffra alors dans ma cape et je ne pus que grogner en pensant qu'une demi-heure plus tôt, j'étais au chaud sous ma couette.

- Je te déteste, Pansy.

- Chut, petite. Attends la fin du spectacle pour râler.

Son assurance me fit penser que, peut-être, ce n'était pas la première fois qu'elle montait jusqu'ici pour venir observer le lever du soleil – Pansy était particulièrement matinale, ce qui exaspérait toutes les filles de son dortoir – et je resserrai les pans de ma cape autour de moi.

Le ciel fut le premier à trahir l'arrivée du soleil : une palette de couleurs rouge embrasa l'horizon, révélant un brouillard épais dans les hauteurs et bien plus de nuages que ce que j'avais imaginé au-dessus de nous.

Les sommets torturés des montagnes se détachèrent peu à peu, la vallée se parant d'orange.

Pendant une folle minute, j'eus l'impression que l'horizon était en feu, tandis que le parc de Poudlard et la Forêt Interdite demeuraient perdus dans l'obscurité.

Puis le soleil bascula au-dessus des sommets et les ombres refluèrent.

Le château fut soudainement baigné de lumière, le Lac Noir formait une tâche orangée presque aveuglante à ma gauche et je ne pus retenir un sourire émerveillé.

C'était comme redécouvrir Poudlard à nouveau, presque aussi magique que lors de notre arrivée en barque.

Mon sourire s'élargit à cette pensée.

- Tu penses qu'on pourrait voler une barque l'année prochaine ? soufflai-je à l'oreille de Pansy.

Elle m'adressa un regard appréciateur.

- Je n'y avais jamais pensé, mais c'est une idée, répondit-elle, son regard retournant au loin.

Je la détaillai en silence : pour une fois, ses traits étaient adoucis et elle ne semblait pas sur ses gardes. Elle avait oublié sa posture parfaite et serrait un genoux contre elle, son menton appuyé dessus et un sourire rêveur sur ses lèvres fines.

En me penchant un peu en arrière, je réalisai que Draco n'était pas en reste. Son air renfrogné avait disparu et j'étais prête à parier qu'une part de lui regrettait de ne pas avoir pris de quoi dessiner. En guise de consolation, ses yeux scannaient le paysage avec avidité, bougeant à toute vitesse, comme s'il essayait d'absorber le plus de détails possibles dans l'espoir de pouvoir les recréer plus tard.

C'était sans doute précisément pour cela que Pansy avait imaginé cette escapade matinale.

Je retournai au paysage, laissant ma tête rouler sur l'épaule de Pansy, ce qui valut à ma main de se retrouver emprisonnée dans la sienne.

Je ne savais pas vraiment pourquoi elle avait tenu à ce que ce que je sois de la partie – cela n'aurait pas été la première fois qu'elle entraînait Draco et me laissait à l'écart – mais, dans tous les cas, j'étais finalement touchée par le geste.

Nous restâmes encore longtemps perchés sur les remparts de la tour d'Astronomie, attendant que le soleil passe au-dessus des montagnes et illumine vraiment le parc.

Un mouvement à la lisière de la Forêt Interdite attira mon regard et je me redressai vivement, mon doigt pointé sur la silhouette que je venais de reconnaître.

- C'est le Chien ! Je ne l'ai pas vu depuis des mois ! Je croyais qu'il n'avait pas passé l'hiver !

La bête immense me semblait un peu moins amaigrie – même si c'était sûrement un effet de la distance – et semblait en grande discussion – ce qui était stupide, il s'agissait d'un chien – avec un chat d'un orange douteux.

- Cette monstruosité est un ami à toi, petite ?

- Il est encore plus moche de près, et elle a pourtant convaincu notre mère de le recueillir.

- Ne sois pas mauvais joueur, Draco. Tu dis juste ça parce que tu en as peur.

- Il ressemble à un Sinistros !

Pansy éclata de rire à sa réplique – Lady Parkinson était passionnée d'Astrologie, aussi Pansy en haïssait le concept même – puis abandonna son siège glacé.

- Je commence à avoir faim. Vous pensez que les Elfes ont déjà commencé à préparer le petit-déjeuner ?

J'accueillis la proposition de Pansy avec enthousiasme – il n'y avait rien de tel qu'un lever aux aurors et un grand bol d'air frais pour ouvrir l'appétit – et il nous fallut une dizaine de minutes pour rejoindre les cuisines de Poudlard.

Nous fûmes encore mieux servi qu'au manoir – Draco réclama des gaufres et Pansy insista auprès d'un Elfe pour qu'il cède – et je pus savourer l'une des premières salades de fruits rouges de la saison, tandis que Pansy sirotait un café noir.

Je ne comprenais pas comment elle pouvait avaler une boisson aussi amère.

Quand nous retrouvâmes notre salle commune, encore très peu de nos condisciples étaient levés – seuls les cinquièmes et les septièmes années avaient sacrifié leur sommeil sur l'autel de leurs examens – et nous pûmes réquisitionner les canapés les plus confortables en attendant que les autres troisièmes années se lèvent.

Draco se retrouva entre Pansy et moi, et il tenta à nouveau de deviner ce que Nani allait inventer comme surprise cette année encore. Il savait déjà qu'il aurait un hibou – sans doute oncle Lucius insisterait sur un détour par le Chemin de Traverse quand il viendrait nous chercher à King Cross –, peut-être recevrait-il quelques livres et une nouvelle tenue de Gala – maintenant qu'il allait participer aux fêtes avec les adultes – mais ce n'étaient pas ces cadeaux-là qui nous faisaient rêver.

Nani avait un don pour nous surprendre et rendre nos anniversaires inoubliables. Je ne savais pas non plus ce qu'elle me réservait pour mes treize ans – je ne serais pas contre un nouveau voyage dans le monde moldu – et j'avais hâte de le découvrir.

- Qui te dis que tu ne vas pas avoir un contrat de fiançailles en rentrant chez tes parents ? railla Pansy, interrompant le monologue de Draco et ses idées de plus en plus farfelues – je doutais que Nani le laisse approcher un Dragon tant qu'elle vivrait –.

Mon cousin eut une grimace sincère.

- Je n'espère pas, marmonna-t-il. Ou, si c'est le cas, ça ne sera pas l'oeuvre de ma mère, mais celle de mon père.

Il n'y avait pas l'ombre d'un doute sur la question. Oncle Lucius avait sûrement des dizaines d'idées pour tirer parti de l'union de son unique fils avec une puissante famille Sang-Pur.

Les possibilités n'étaient toutefois pas légion, les favorites étaient sans doute Daphné Greengrass – qu'oncle Lucius citait toujours en exemple –, Deloris Yaxley – la fille chérie de Corban Senior – ou Pansy, à la rigueur – ce qui n'enchantait ni Draco, ni elle –.

- Mère m'a promis que cela n'arriverait pas avant mes dix-sept ans, et que j'aurais mon mot à dire.

Pansy eut un éclat de rire mauvais.

- Tu as le droit de rêver, Draco. Pour tout ce que tu en sais, ledit contrat de mariage est peut-être au moins rédigé, sinon signé.

Ce fut à mon tour de ricaner.

- Lord Malefoy peut essayer, mais il risque de ne pas survivre aux foudres de sa femme.

Pansy n'eut pas l'air convaincue mais, après tout, elle ne connaissait que le visage charmant que ma tante servait à la société Sang-Pur. Elle n'avait jamais assisté à une dispute entre mon oncle et elle, et je n'étais même pas sûre que Draco lui ait confié les détails de notre voyage de l'été dernier.

Théodore fut le premier levé – sans surprise – et souhaita un « joyeux anniversaire » à Draco avec un peu trop de formalisme – il était évident qu'il trouvait la tradition stupide, et que l'exercice social le consternait – sauf que Draco restait quelque chose comme un ami, aussi avait-il fait un effort.

Vincent et Gregory furent nettement plus enthousiastes – ils avaient tous les deux déjà fêté leur quatorze ans –, surtout parce que Draco allait enfin pouvoir être avec eux lors des fêtes et autres Galas. Daphné fit une parfaite démonstration de ce que la société Sang-Pur attendait d'une jeune fille souhaitant un bon anniversaire à un jeune homme de son âge. Millicent et Tracey firent preuve de bien plus de naturel – Millie promit même une surprise pour la soirée – et Blaise fut bon dernier – il soutenait régulièrement que ses ancêtres italiens n'apprécieraient pas de le voir se lever tôt –.

Même si Pansy, Draco et moi avions déjà déjeuné, nous les accompagnâmes tout de même dans la Grande Salle.

Draco allait sûrement se jeter sur les viennoiseries, Pansy avait soit disant besoin d'un autre café et nous ne pouvions absolument pas louper la distribution du courrier.

Le hibou d'oncle Lucius – Helios – fut le premier à arriver, chargé d'une lettre et de deux paquets rectangulaires, qui révélèrent une collection écœurante de friandises et un livre d'art.

Draco se dépêcha de le parcourir et ne tarda pas à trouver le tableau que son père avait ajouté à la collection portant son nom – une collection de tâches de peintures sur une toile un peu bleuté –. Le sourire appréciateur de mon cousin voulait tout de même dire qu'oncle Lucius avait fait un bon choix.

Echo – la chouette de Nani – arriva ensuite, apportant deux lettres – dont une devait être pour moi – et quelques paquets – un nouveau set de crayons aquarelles, un livre sur les potions et des places pour le prochain match des Pies de Montrose contre les Harpies cet été –.

Sans surprise, il avait l'air particulièrement ravi par ses présents, même si je connaissais assez Nani pour deviner que tout n'était pas là – parce qu'elle aimait voir notre réaction au moment où nous ouvrions nos cadeaux –, sans oublier la surprise annuelle.

Pour une fois, Draco eut la générosité de me donner ma lettre avant d'ouvrir la sienne.

- Merci, cousin, dis-je en déposant ma tasse de thé pour ouvrir l'enveloppe.

Ma douce,

J'ai été ravie d'apprendre dans ta dernière lettre que tes révisions se passent bien. Je ne suis pas inquiète pour toi, tu as eu de très bonne notes tout au long de l'année, et tu es travailleuse. Les examens devraient être une simple formalité.

Toutefois, je ne m'excuserai pas d'avoir demandé au professeur McGonagall de te ménager lors de vos séances particulières. Je te connais assez pour savoir que tu serais capable de lire tous les livres à ta portée pour comprendre une nouvelle notion, et cela au détriment de ton sommeil plutôt qu'à celui de tes révisions. Tu as encore de nombreuses années devant toi pour te préparer à ce concours, un mois ne changera pas grand chose.

Embrasse ton cousin pour son anniversaire de ma part, et je compte sur toi pour t'assurer qu'il se montre un peu raisonnable, même si je sais que tu ne trouveras pas d'alliée en la personne de Pansy aujourd'hui...

J'ai hâte de vous retrouver dans quelques semaines. Le manoir est bien morne sans vos inventions...

Bon courage pour les examens,

Je t'embrasse,

Nani.

Pour avoir vu nombre d'anniversaires être souhaités par mes condisciples, j'avais imaginé qu'à part les nombreux colis le matin et les vœux de certains, la journée ressemblerait quand même beaucoup à un dimanche normal.

J'avais sous-estimé trois facteurs : mon cousin était l'unique héritier de la dynastie Malefoy, il fêtait ses quatorze ans, et Pansy était en charge du programme des festivités.

Tout au long de la journée, mon cousin fut donc extraordinairement sollicité. Des élèves de tout âge vinrent lui souhaiter son anniversaire et restèrent discuter un peu avec lui, parmi ceux-là, une large majorité de jeunes filles. Le phénomène ne s'arrêta pas aux Vingt-Huit Consacrées et à Serpentard : une poignée de Serdaigles, autant de Poufsouffles, et même une Gryffondor de cinquième année, se prêtèrent au jeu, comme si aujourd'hui était l'occasion à ne pas manquer pour marquer l'esprit de mon cousin.

Je pris soin de rester avec Deloris – qui était encore plus excitée par l'anniversaire de Draco que mon cousin – et Crystal à surveiller le défilé, notant même certains noms sur un morceau de parchemin avec incrédulité.

Nani allait être positivement furieuse que certaines familles oublient leur passé avec les Black et se permettent d'avoir des vues sur son fils unique.

Si Pansy n'avait pas été aussi agacée par les interruptions incessantes, j'aurais presque été tentée de penser qu'elle avait manigancé ce triste spectacle.

Morgane en soit témoin, je n'avais pas hâte d'avoir quatorze ans.

Pour l'heure du thé, Pansy me rejoignit à ma table de travail – Deloris, Crystal et moi étions décidées à mettre à profit les dernières heures avant notre examen d'Histoire de la Magie – et me demanda – m'ordonna, pour être exacte – d'aller chercher le cadeau de mon cousin.

Deloris essaya de s'inviter, faisant preuve d'un manque cruel de subtilité.

- Uniquement la famille et les amis, Yaxley. Aux dernières nouvelles, tu ne fais partie d'aucune de ces deux catégories.

Je dus me faire violence pour lui adresser une grimace d'excuse – et ravaler l'éclat de rire moqueur qui me démangeait – et je m'abstins de commenter le fard qui s'étalait sur ses joues pâles.

Pansy mena toute la bande des troisième années à travers le labyrinthe que formaient les cachots, et s'arrêta devant une porte attaquée par la rouille.

Dans le cachot, ce n'était plus la même histoire, et je devinais sans mal que Millicent avait aidé Pansy à rendre le cachot habitable, faisant disparaître les murs humides et les toiles d'araignées derrière d'immenses pans de tissu d'un vert profond – sûrement des draps –. La lumière provenait de dizaines de pots renfermant des flammes aux couleurs chatoyantes. Le reste de la décoration était sommaire, mais compte tenu du peu de moyens auxquels Millicent avait accès, c'était beaucoup mieux que ce que j'aurais cru possible.

Il y avait des boissons – du jus de citrouille et de la Bièraubeurre – et un magnifique gâteau au chocolat.

Draco souffla ses bougies aux notes – plutôt fausses – d'un « Joyeux Anniversaire », ou du reste, se battit avec les bougies magiques que Pansy n'avait pas manqué de choisir.

Sans surprise, il devint incontrôlable à la seconde où il commença à déballer ses cadeaux. Daphné lui offrit un élégant set de correspondance personnalisé – noir, gris et vert forêt, des motifs géométriques et ses initiales dans une élégante calligraphie –, Vincent et Gregory s'étaient cotisés pour lui acheter des sucreries chez Honeydukes – le plus inquiétant était sans doute que mon cousin allait réussir à tout avaler –, Blaise avait choisi un livre de conseils pour charmer une sorcière – j'espérais qu'un chapitre entier sur le tact s'y trouvait, parce que Draco en avait définitivement besoin sur ce point-là –, Théo lui offrit une faveur – ce qui sembla ravir mon cousin, sans doute pour une mauvaise raison –, Millie avait fait le gâteau d'anniversaire, Tracey avait trouvé une très belle plume et Pansy avait déniché une collection de potions.

- Essence correctrice ? Elixir anti point noir ? Tu plaisantes Pansy, pas vrai ?

Elle haussa un sourcil dangereux.

- Tu veux vraiment que j'énonce à voix haute et le jour de ton anniversaire pourquoi tu as besoin de ces potions et à quel point je suis une amie formidable ? Tu me diras merci plus tard.

Draco ne semblait pas du tout convaincu qu'un tel jour arrive, même si je savais que Nani nous avait acheté ce genre de produit pour notre première rentrée.

- Tiens, cousin.

Draco débarrassa la petite boîte noire du ruban argenté qui l'entourait et me remercia d'un large sourire en découvrant mon cadeau.

Nani m'avait un peu aidé – mon argent de poche ne suffisait pas pour acheter de tels bijoux – mais j'étais celle qui avait passé la commande, m'assurant que les boutons de manchette seraient à la bonne taille et que la constellation du Draco et celle du Serpent étaient parfaitement représenté.

L'étoile après laquelle nous étions nommé était marquée par un diamant – qu'importe qu'elles ne soient pas les plus brillantes au sein de leurs constellations – et le résultat était très élégant.

Draco embrassa ma joue.

- Merci, petite sœur.

Mardi 7 Juin 1994, Poudlard, Ecosse.

Le petit chronomètre que j'avais lancé à la fin de la première partie de ma potion sonna deux fois, et je m'empressai de poursuivre ma préparation, ajoutant la rate de chauve-souris en retenant une grimace dégoûtée.

Ma potion passa de verte à orangée en quelques secondes, ce qui était la couleur que j'étais censée obtenir à cette étape de la préparation.

Je pris une profonde inspiration et fis quatre tours dans le sens inverse des aiguilles d'une montre, avant de baisser le feu et d'attendre trente secondes.

Il s'agissait des dernières secondes les plus délicates, car si le liquide entrait en ébullition, je pourrais me retrouver à l'infirmerie et avec un T, ce qui était inacceptable.

Une fois que je fus certaine que ma potion était terminée – et parfaite –, je levais la main pour que le professeur Rogue vienne la vérifier.

Je décidai que sa grimace était appréciatrice – je ne voyais pas ce qu'il pourrait me reprocher – et je remplis la fiole qu'il me tendit.

- Nettoyez votre place, Miss Lestrange, et vous pourrez partir. En silence.

En règle générale, Deloris réglait la question du nettoyage d'un coup de baguette – ou deux, quand les ingrédients étaient vraiment horribles – mais je refusaisde me fier à mon recurvite – surtout que j'avais bien failli mettre le feu à la salle de sortilège la veille avec un simple Aresto Momentum, une réaction qui avait surpris le professeur Flitwick au plus haut point –.

Il me fallut un peu plus de temps pour être prête à partir, mais cela me permit de quitter le cachot de potion en même temps que Crystal.

- Alors ? demanda-t-elle.

- Si je n'ai pas un O, c'est que le professeur aura échangé ma fiole avec celle de Weasley. Et toi ?

- Ma potion était un peu trop rouge, mais je pense que je m'en suis bien sortie. La bonne nouvelle, c'est qu'il ne nous reste plus que trois épreuves.

Nous avions commencé par l'Histoire de la Magie – il y avait eu assez de questions sur la révolte des Géants pour que j'espère avoir mieux que E – puis le lundi après-midi avait été occupé par l'épreuve de Sortilèges – ce n'était sûrement pas une catastrophe au sens stricte du terme, mais heureusement que mes notes sur l'année étaient plutôt bonnes –. Ce matin, nous avions affronté la serre numéro 2 – après avoir été mordue par une plante au suc nauséabond, j'avais plus hâte que jamais d'en finir avec cette matière –.

- Tu veux bien m'aider à revoir l'Astronomie pour demain soir ? J'ai encore du mal à trouver certaines constellations.

- Bien sûr. Si tu m'aides à réviser la Défense demain matin.

- Marché conclu, Lestrange.

J'eus un sourire, même si je savais que Deloris allait sûrement exiger que nous passions une partie de l'après-midi du lendemain à travailler la Métamorphose.

L'examen du professeur McGonagall était celui qui terrifiait le plus Poudlard, et j'essayais de ne pas trop montrer que c'était celui que j'attendais le plus.

Après deux jours d'examens, l'ambiance dans la salle commune était à mi-chemin entre la tension qui accompagnait les dernières révisions – certains de mes camarades étaient loin d'être des experts quand il s'agissait d'organiser leurs révisions – et les éclats de rire de ceux qui avaient décidé de s'offrir quelques heures de répit avant le dîner.

Draco faisait partie de ces derniers. Il me sembla bien joyeux pour quelqu'un qui avait affronté la sévérité de McGonagall le matin puis l'incompétence d'Hagrid dans la même journée.

En le voyant me faire signe d'approcher, je compris que je ne tarderais pas à apprendre la raison de sa bonne humeur.

- J'ai reçu une lettre de père ce matin ! L'exécution de ce maudit Hippogriffe aura lieu vendredi ! Tu aurais dû voir cet idiot de garde-chasse cet après-midi ! On aurait dit qu'il allait se mettre à pleurer dans les bras de Potter !

Je me retins très difficilement de lever les yeux au ciel.

Evidemment, il s'agissait de Potter.

J'aurais dû m'en douter et, si j'en croyais l'air affable de Pansy et la façon dont Blaise se pinça l'arête du nez, je n'étais pas la seule à être légèrement exaspérée par la situation.

A un moment ou à un autre, j'allais devoir lui expliquer qu'il fallait qu'il arrête avec Potter ou l'un de ses amis allaient finir par le tuer.

Je pris place sur le bras du fauteuil dans lequel il trônait fièrement.

- Je croyais qu'il s'agissait de l'audience d'appel ?

Draco eut ce rictus suffisant qui le faisait un peu trop ressembler à son père.

- Cet hippogriffe est condamné depuis qu'il a posé ses griffes sur moi. Père m'a assuré qu'il aurait sa tête. Peut-être même qu'il la fera empailler pour décorer son bureau. MacNair le laissera sûrement la récupérer.

Un frisson remonta mon échine. Je n'aimais guère MacNair et ce, depuis que j'étais toute petite. Il était immense, affichait des bras musclés et marqués de plusieurs cicatrices... Mais c'était surtout son regard qui mettait mal à l'aise.

A la seule image de ses yeux bleus froids, je ne pus retenir une grimace.

- Nani ne le laissera jamais afficher une horreur pareille sur un mur du manoir.

Draco ignora ma remarque.

De toute évidence, rien ne pouvait ternir sa bonne humeur.

- Tu sais que Weasley a fait des recherches pour essayer de sauver l'hippogriffe ? Je ne vois pas pourquoi il a perdu son temps, je ne suis même pas sûr que ce gros lard sache lire. Tu aurais dû voir l'examen qu'il nous a donné ! Une vraie perte de temps ! Autant donner un O à tout le monde !

Draco critiqua pendant encore une dizaine de minutes Hagrid, se moqua de Granger – pour l'avoir croisée le matin même, je devais lui concéder qu'elle ressemblait effectivement à l'image que je me faisais des Inféris, l'odeur en moins –, insista sur le fait que Weasley était un crétin et qu'il y avait de bonnes chances pour que Potter fasse fondre son chaudron le lendemain, et peut-être même avant Londubat.

Ce ne fut qu'à la fin de son monologue – que je n'écoutais que d'une oreille, suivant de loin la conversation un peu plus intéressante entre Millie et Pansy sur le teint malade du professeur Lupin – que j'appris enfin qu'Hagrid avait demandé à sa classe de troisième année de s'occuper de Verracrasses pendant une heure.

Si j'avais un jour hésité sur mon choix d'options pour l'année prochaine – même si je n'étais pas convaincue d'avoir eu le choix –, j'aurais certainement décidé à ce moment-là de ne pas prendre Soins aux Créatures Magiques.

- Tu m'écoutes, Alya ?

J'eus un soupir.

- Bien sûr, Draco. Mais dépêche-toi de terminer, j'ai un examen d'Astronomie à réviser...

Draco fit claquer sa langue contre son palais et reprit là où il l'avait laissé, c'est-à-dire un pronostic très subjectif quant aux chances de survie de ce fichu hippogriffe...

Jeudi 9 Juin 1994, Poudlard, Ecosse.

- Que pouvez-vous me dire du rapport de Viscosité pour cette transformation, Miss Lestrange ?

La paire de chaussons en laquelle je venais de transformer les deux lapins que m'avaient présentée le professeur McGonagall étaient sans doute mes plus réussis.

Il s'agissait de chaussons légers – ce qui était un effet plus difficile à obtenir, étant donnée la masse des lapins pour commencer –, entièrement réalisés au crochet et décorés d'un élégant ruban en dentelle.

A vrai dire, ils étaient si beaux que j'avais envie de les garder pour les mettre cet été au manoir.

- Le rapport de Viscosité est de 0,63, professeur. Il s'agit de l'inverse du produit du poids des lapins par la constante de Mirzakhani (1).

Le professeur McGonagall nota quelque chose sur le parchemin devant elle, sans que je n'arrive à lire quoi précisément.

Je soupçonnai mes enseignants d'utiliser un sortilège de réfraction pour que nous ne puissions rien deviner de nos notes.

Il était de toute façon impossible que je me sois trompée. J'avais dû comprendre des notions bien plus complexes que cela auprès du professeur McGonagall cette année, et une telle question était presque agaçante.

Je dus ensuite transformer une chouette de l'école en verre à pied et je mis toute ma concentration en jeu pour reproduire un modèle magnifique que j'avais vu à Paris. La forme en elle-même était classique et bien entendu en cristal, mais les gravures évoquaient des flocons de neige – ce qui demandait une précision supplémentaire pour respecter la symétrie – et auxquelles les dorures argentées donnaient l'impression que le verre était plus froid qu'en réalité.

A la lumière dans le regard du professeur McGonagall quand je relevais la tête, je sus que mon O était déjà acquis.

Elle prit le verre et le fit tourner dans la lumière estivale qui inondait la salle de Métamorphose – le soleil était cruel et avait choisi la semaine des examens pour revenir en Ecosse –.

- Vous avez fait d'immenses progrès, Miss Lestrange. Je me souviens encore du verre que vous avez produit en début d'année, et celui-ci est encore plus remarquable.

Je ne pus que sourire face au compliment. J'avais conscience d'avoir progressé au cours de l'année – je réussissais de plus en plus souvent de nouveaux sortilège au premier essai, et j'atteignais un niveau de détails de plus en plus satisfaisant – mais le professeur McGonagall était avare de compliments en règle générale, et particulièrement lors de nos séances particulières.

Elle se redressa sur sa chaise et se pencha vers moi.

- Je pense que vous connaissez le sortilège Draconifors, n'est-ce pas ?

Après tous les sortilèges de transfert que j'avais dû réaliser cette année, et le nombre de lectures complémentaires qu'elle m'avait assignée, j'avais croisé ce sortilège suffisamment de fois pour le connaître aussi bien que ceux qui nous avions étudié en classe.

Sauf que je ne l'avais jamais lancé.

- Montrez-moi ce que vous pouvez faire avec cette table.

Mon examen était sans nul doute terminé, parce que même si le professeur McGonagall était réputée exigeante lors de ses examens, jamais encore je n'avais entendu qu'elle avait demandé à un élève de lancer un sortilège jamais travaillé en classe.

Le défi accéléra mon rythme cardiaque et je me levai au cas où mon sortilège ne se passait pas comme prévu – ce qui était possible, vu ce que j'avais pu lire, et cela ne se finissait pas toujours très bien –.

Le mouvement de baguette était simple : une ligne droite – de cinquante centimètres – inclinée – de trente degré – de haut en bas.

La viciosité, elle, devait être proportionnelle au contrôle que le lanceur voulait exercer sur le dragon.

Une autre fois, je me serais peut-être laissée surprendre – certains disaient que le caractère du dragon ressemblait à celui de son propriétaire si la viciosité était faible – mais ma tante me répétait assez que je n'avais pas le plus doux des tempéraments.

Le professeur McGonagall n'apprécierait sans doute pas que sa salle de classe soit enflammée par un animal sauvage et incontrôlable.

- Draconifors !

La table me donna l'impression de tourbillonner sur elle même, entourée d'une épaisse fumée d'un bleu très sombre – ce qui était normal pour tout ce que j'en savais, l'effet de la magie sur la transformation –, puis le dragon apparut.

A peine plus gros qu'un chat, ses écailles du même bleu foncé que la fumée qui l'avait entouré, et des ailes qui devaient mesurer plus d'un mètre chacune.

Je dus me rappeler de rester sur mes gardes, même si j'étais captivée par le spectacle.

J'avais toujours aimé les dragons, depuis toute petite, ce qui m'avait valu nombre de remontrances de la part de mon oncle car ce n'était pas une passion digne d'une jeune fille de bonne famille. En détaillant celui que j'avais produit instinctivement – j'aimais laisser libre court à ma magie la première fois que je tentais une métamorphose, juste pour avoir un produit brut les détails venaient après –, je reconnus les caractéristiques de deux de mes dragons préférés : les yeux multicolores des Opaleyes et les doubles cornes dorées du Roumain à Longue Corne.

En toute honnêteté, il était magnifique.

Tout en réaffirmant ma prise sur ma baguette, je l'imaginais agiter ses ailes et je le vis suivre mon ordre silencieux.

Si je n'avais pas eu besoin de toute ma concentration, j'aurais sans doute eu un éclat de rire ravi.

Décidément, être une sorcière était la meilleure chose au monde.

Il fallut que le professeur McGonagall se racle la gorge pour que je me souvienne que j'étais censée être au milieu d'un examen.

- Excellent travail, Miss. Vingt points pour Serpentard et j'irais jusqu'à trente si vous réussissais à faire la Métamorphose réciproque.

J'eus un petit pincement au cœur – j'aurais bien gardé mon dragon et paradé à ses côtés jusqu'à la salle commune – mais je me consolais en me disant que j'étais capable de le faire apparaître plus tard.

J'étais presque sûre qu'une chaise ferait l'affaire.

Sans oublier que je pourrais aussi essayer ce sortilège sur un des canapés de la salle commune. Le dragon serait au moins plus gros, mais serait-il différent ? Le matériel de départ avait-il une influence fondamentale dans l'apparence du dragon ? Aurais-je des difficultés à modifier certains détails ?

Il me tardait de confronter mes questions à la pratique, surtout qu'il s'agissait de ma dernière épreuve.

Dès que j'aurais passé cette porte, je serais pour ainsi dire en vacances !

Il me fallut deux essais pour réussir la Métamorphose réciproque – j'allais vraiment devoir travailler

ce point-là l'année prochaine – et le professeur m'attribua mes dix points supplémentaires avec un sourire.

- Filez maintenant, Miss Lestrange. J'essaierais de vous prendre deux ou trois heures d'ici votre départ pour Londres.

- Merci, professeur. Bonne journée.

- Dites à Miss Wan que je l'attends.

Deloris et Hadrian n'étaient pas encore passés et mon amie sembla se retenir de lever les yeux en me voyant sortir.

- Tu es la première personne à sortir de cette pièce avec le sourire, Lestrange !

- Je n'y peux rien si je suis douée. C'est à ton tour, Jin.

Ma réplique sembla encore plus agacer Deloris. Elle oubliait un peu facilement qu'elle avait été insupportable après l'examen de Sortilèges, se vantant toute la soirée d'avoir su répondre à chaque question du professeur Flitwick et de n'avoir rien loupé. J'avais fini par rejoindre mon dortoir de bonne heure pour réviser les potions.

- On se retrouve pour le dîner ?

Deloris grimaça.

- Tu ne veux pas rester avec moi et me faire réviser une dernière fois ?

- On sait toutes les deux que ce n'est pas une bonne idée. Et puis, j'ai envie d'aller voler un peu. Ma tante serait bien capable de me confisquer mon Eclair de Feu durant l'été.

Elle fit la moue et m'écorcha du regard – si elle pensait être intimidante ainsi, ou réussir à me faire changer d'avis en me faisant peur, elle se trompait lourdement –.

- Bon courage. Je suis sûre que ça va très bien se passer. Le professeur McGonagall est de bonne humeur.

Je ne m'attardai pas plus et je pris la direction de la salle commune.

J'étais en vacances – nous rentrions dans une semaine –, il faisait un temps magnifique, et j'avais une paire d'heures devant moi avant le repas.

J'allais m'en donner à cœur joie !

Vendredi 10 Juin 1994, Poudlard, Ecosse.

Il faisait un temps magnifique : le soleil brillait – encore haut dans le ciel –, il n'y avait quasiment pas de vent et le fait que nous n'avions pas cours jusqu'en septembre prochain ajoutait une note de légèreté supplémentaire.

Nous étions les seuls à avoir terminé nos examens avec les premières années. Draco et les autres troisièmes années étaient en train d'affronter le fameux parcours d'obstacles du professeur Lupin de l'autre coté du château – je m'en étais plutôt bien sortie mercredi, même si je n'avais pas été assez rapide face à mon Strangulot –, les cinquièmes années avaient encore la partie pratique des BUSES la semaine prochaine, tandis que les septièmes années devaient, eux, passer la partie théorique.

Il y avait de fortes chances pour que je profite de la bibliothèque pour prendre de l'avance dans mes devoirs avant le départ samedi prochain, mais j'avais bien le droit de m'offrir trois jours de répit.

C'était également l'avis de Deloris et Crystal. Nous nous étions naturellement décidées pour les berges du Lac Noir – il faisait très chaud en plein soleil et un peu de fraîcheur était la bienvenue –, tandis que les garçons – et Jin – avaient prévu une partie de Quidditch avec d'autres élèves de Serdaigle.

Tandis que Deloris s'occupait de sa manucure, que Crystal faisait une sieste, j'avais bien l'intention de répondre à Christopher – j'avais plusieurs jours de retard sur la question –, rassurer ma tante sur mes réussites, puis commencer Anna Kerenina, un roman qui se déroulait en Russie.

Jin Wan avait demandé à sa tante moldue quel livre ressemblait un peu à Orgueil et Préjugés et elle était revenu des vacances de Noël avec deux livres.

Je n'avais guère eu le temps de lire beaucoup entre mes déboires avec les Détraqueurs, mes séances supplémentaires de Métamorphose, puis les examens, mais j'étais bien décidée à rattraper mon retard avant notre départ.

Les regards plein de dédain de Deloris n'allaient rien changer à cela.

Je commençai par écrire un petit mot à ma tante, faisant le bilan de chacune des épreuves avec autant de détails que ce dont je me souvenais, et lui assurais que Draco avait hâte d'avoir sa surprise – il était fort probable qu'il ne parle que de ça une fois qu'il serait passé à un autre sujet que l'exécution de l'Hippogriffe –.

Je sortis ensuite la lettre de Christopher de mon sac.

Aly,

Tout d'abord, bonne chance pour tes examens ! Je suis sûr que tout se passera très bien – tu as des bonnes notes le reste du temps, je ne vois pas pourquoi ça changerait – et que cela sera fini bien plus tôt que tu ne le penses.

Ici, il ne nous reste qu'une grande épreuve : nous allons affronter les autres pelotons de notre année en stratégie et combat. Pour le moment, nous sommes cinquième du classement. Je doute que nous arrivions à prendre la tête de la compétition car le peloton 4 de la première compagnie est vraiment très fort – l'une de tes cousines en est la Caporal – mais Bjiorn a bon espoir que nous finissions au moins troisième cette année.

Je ne pense pas que cette lettre arrivera à temps pour l'anniversaire de ton cousin, mais transmet lui mes meilleurs vœux. Dois-je m'attendre à ce qu'il se montre insupportable car il est désormais d'âge à participer aux fêtes des adultes ? Ou cette année supplémentaire a-t-elle réussi à lui faire gagner de la sagesse ?

Concernant Miss Ross, je t'avoue que je suis aussi surpris que Draco et toi. Il était évident qu'elle avait un secret – plusieurs même – mais je n'aurais jamais pensé qu'elle puisse être la nièce de Minerva McGonagall. Cela m'étonnerait beaucoup que ta tante ne soit pas au courant de ce détail. Outre le fait qu'elles ont sans doute fait leurs études à Poudlard dans les mêmes années, je crois me souvenir les avoir surpris en train de parler du professeur McGonagall le jour de l'évasion de Sirius Black. Je n'avais pas eu l'impression que c'était important jusqu'à ce que tu me parles de tout cela.

Dans tous les cas, je pense que tu as raison. Cette Judy Adler devait être la petite-amie de Sirius Black à l'époque. Burt White peut être son oncle, ou un ami, ou qui sais-je encore ? Les chances pour que ta tante s'en prenne à une famille moldue peu de temps après avoir reçu cette fameuse lettre et qu'il n'y ait aucun rapport me semblent très faibles. Ils l'ont menacée et elle a réagi avec son implacabilité habituelle. Avec l'évasion de son cousin, j'imagine mal ta tante vouloir qu'un nouveau scandale éclabousse le nom des Black... Sans oublier qu'une héritière illégitime à la fortune des Black créerait un sacré bazar dans le monde des Vingt-Huit Consacrées.

Je ne sais pas pour toi, mais j'ai l'impression que plus on apprend des choses concernant Black, sa petite-amie née-moldue et leur fille, moins on arrive à prendre du recul pour mettre du sens dans toute cette histoire. Draco et toi allaient devoir fouiller les journaux de Lady Parkinson à nouveau, ou avoir une discussion avec Lady Malefoy.

Je rentre dans un peu plus de dix jours – une semaine avant toi, je crois – nous pourrons reparler de tout cela de vive voix.

J'ai hâte de te revoir, Aly'. Tu me manques beaucoup.

Chris.

A l'heure qu'il était, il devait être en train de rassembler ses affaires et je l'enviais d'être presque sur le chemin du retour.

Surtout qu'il allait se retrouver seul avec Nani pendant une semaine, et que, connaissant ma tante, elle allait être aux petits soins avec lui.

Malgré le fait que je relisais sa réponse pour la troisième fois au moins, je n'étais pas certaine d'être contente qu'il soit d'accord avec moi concernant cette Judy Adler. Après tout ce que nous avions appris sur Black, il me manquait toujours l'information qui ferait que tout prendrait sens, comme la une pièce d'un mécanisme délicat qui refusait de tourner si tous ses éléments ne s'imbriquaient pas parfaitement les uns dans les autres.

Nani devait avoir la réponse...

Mais je doutais qu'elle accepte de parler.

Et c'était sans doute ce qui me terrifiait le plus car la seule raison qui pouvait pousser ma tante à se taire était pour nous protéger, Draco et moi...

J'eus un soupir et je fis de mon mieux pour rassembler mes idées. Draco, Chris et moi – et peut-être Pansy – allions rediscuter de tout cela cet été. Nous finirions par mettre du sens derrière toute cette histoire.

Je venais de tremper la pointe de ma plume dans l'encrier, et je m'apprêtai à commencer ma lettre, quand quelqu'un se laissa tomber à côté de moi, projetant une ombre soudaine sur mon morceau de parchemin.

- Je te jure, Lestrange, je vais finir par tuer moi-même ce foutu Hippogriffe ! Ou peut-être tuer ton cousin à la place ! Mais je vais bientôt perdre patience, ça c'est sûr !

Je reposai ma plume et refermai ma bouteille d'encre.

Un des grands scoops de la journée était la présence du Premier Ministre de la Magie, Cornelius Fudge, à Poudlard. Officiellement, il était là pour l'audience d'Hagrid à propos de cet hippogriffe de malheur mais, selon Nott, il était surtout venu pour faire le point sur la situation Sirius Black – et le fait qu'il soit toujours dans la nature –.

Draco avait reçu une lettre de son père ce matin lui annonçant que le garde-chasse avait déjà perdu l'appel et qu'il avait tout arrangé.

- L'exécution a lieu ce soir. Il passera à autre chose.

- Je sais très bien que l'exécution a lieu ce soir, Lestrange. Au coucher du soleil pour être exacte. Et ton cousin veut qu'on aille voir.

Je tournai si vite la tête vers Pansy que les os de ma nuque craquèrent douloureusement.

- Je te demande pardon ?

Pansy me glissa un regard en coin.

- J'ai essayé de le raisonner, mais il semble particulièrement décidé. Vincent et Gregory ont refusé de l'accompagner, donc il s'est rabattu sur toi et moi.

A l'idée d'assister à un tel acte barbare – j'avais aussi aperçu MacNair ce matin, et surtout sa hache, et il était évident que l'exécution serait réalisée à la moldue –, je sentis mon déjeuner remonter dans ma gorge.

Je n'avais pas peur du sang, mais il y avait des limites à ce que mon estomac pouvait supporter.

- Si Nani apprend ça, c'est lui qui va se faire exécuter ! En plus, on a pas le droit de quitter le château après le coucher du soleil !

Je n'étais pas sûre que le fait qu'il fasse jour ou non ne change grand chose si Black décidait d'attaquer le château, mais il s'agissait d'une mesure de sécurité comme une autre.

Et j'entendais bien la faire respecter à mon cousin.

- C'est exactement ce que je lui ai dit, mais tu le connais... Quand il a une idée derrière la tête...

Elle semblait un peu trop résignée et je ne pus que plisser les yeux.

- Ne me dit pas que tu as accepté ?!

Elle releva le menton mais prit bien garde de garder son regard fixé sur le Lac Noir, comme si elle espérait soudainement apercevoir le Calamar Géant, quand bien même elle avait horreur de tout ce qui pouvait avoir des tentacules.

- Pansy !

- Il n'arrêtait pas de parler de ça ce matin et je voulais réviser les Runes pour l'examen !

- Je ne veux pas assister à l'exécution de ce maudit hippogriffe !

Elle tourna enfin la tête vers moi et je me retrouvai sous le feu de son regard sombre.

- Moi non plus ! Mais tu sais ce qui est pire que de devoir assister à cette exécution ? C'est d'y assister seule avec ton cousin qui, je te le rappelle, a tendance à tourner de l'oeil quand il se coupe ! Donc tu viens !

Sans me laisser le temps de lui expliquer à quel point elle pouvait rêver, elle se leva et s'éloigna d'une démarche vive.

- Je te déteste, Parkinson !

Je fus presque sûre qu'elle m'adressa un geste grossier en retour, mais elle était déjà trop loin pour que j'en sois tout à fait certaine.

Il me fallut une longue minute pour digérer le traquenard dans lequel j'avais été précipitée sans avoir rien demandé, et sans qu'on ait pensé à me demander mon avis non plus.

Avec notre chance, nous allions nous faire coller, et les préfets de septième années allaient nous écorcher vifs.

Je pris une profonde inspiration pour reprendre le dessus sur la colère qui faisait battre mon cœur trop vite, puis je m'obligeais à desserrer ma mâchoire au risque d'avoir une crampe.

Draco allait me le payer.

Vendredi 10 Juin 1994, Poudlard, Ecosse.

- Je jure solennellement que mes intentions sont mauvaises.

Les lignes de la carte du Maraudeurs apparurent sous ses yeux. La majorité des élèves étaient encore dans la Grande Salle, à profiter du repas, soulagés que les examens soient terminés pour la plupart.

Ce soir, il n'avait pas trouvé la force de descendre.

Malgré la potion Tue-Loup, les effets de la Pleine Lune agitaient le loup en lui, lui donnant l'impression que sa peau était trop tendue sur son corps et que ses organes n'avaient cessé de gonfler à mesure que la Lune s'arrondissait.

Sans oublier qu'il avait encore fait passer des examens aujourd'hui et qu'il avait dû être plus attentif que jamais à ce qu'aucun de ses élèves ne se blesse.

Il était fatigué et il se sentait barbouillé.

Tout ce dont il avait besoin, c'était d'une bonne tasse de thé et de calme. Cela ne suffirait pas à calmer le loup, mais d'ici à ce que Rogue lui apporte sa dernière dose de potion, peut-être pouvait-il espérer retrouver un semblant de contrôle.

Il arrangea les pans de parchemin avec habitude, ignorant le plan des étages pour celui du parc proche, plus précisément la portion de terrain qui menait à la cabane d'Hagrid.

Il n'eut pas longtemps à attendre.

Trois étiquettes, tassées les unes contre les autres, traversaient lentement le parc. Leur destination ne laissait pas l'ombre d'un doute, non plus qu'il avait du mal à expliquer pourquoi ils avançaient aussi lentement.

Une vague de souvenirs s'abattit sur lui sans prévenir. Son cœur accéléra violemment et il ne fut pas loin de vomir le frugal déjeuner qu'il s'était forcé à avaler ce midi.

Il revit James, plus excité que jamais au retour des vacances de Noël. Il avait profité d'avoir un complice – Sirius, bien sûr – pour voler la cape d'Invisibilité de son père dans son bureau.

On va pouvoir percer tous les secrets du château avec ça ! Je vous parie qu'il y a des tonnes de passages secrets !

Les nuits passées à parcourir Poudlard en long, en large et en travers à suivre Rusard pour découvrir les passages que le concierge connaissait mettre en place leur première blague du 1er Avril, puis leur seconde...

Le visage de James, barré de son éternel sourire et ses yeux brillants l'excitation dans la voix de Sirius, les jérémiades de Peter à l'idée de se faire prendre.

Allez, Lunard, n'essaye pas de nous faire croire que tu n'es pas en train de passer la meilleure nuit de ta vie ! On va marquer l'histoire avec un truc pareil !

Le sanglot lui déchira la poitrine, avant de lui donner l'impression de lui arracher les cordes vocales. Il prit son visage dans ses mains et tenta de rester à flot.

Echoua.

Merlin comme ils lui manquaient, tous. Même Sirius... Ou du reste, le Sirius qu'il avait cru connaître, celui qui se glissait parfois dans la peau de Patmol pour le consoler parce que Sirius était la pire épaule sur laquelle pleurer. Sirius qui avait un don pour lui rappeler que sa vie n'était pas si terrible puisqu'il les avait eux, les Maraudeurs. Sirius qui le laissait copier son devoir d'Astronomie les lendemains de pleine lune et qui ne manquait jamais de lui apporter des chocolats à l'infirmerie.

Une part de lui avait beau savoir que tout cela n'avait été qu'un personnage, presque un fragment de son imagination, une autre part de lui aurait sans doute donné tout ce qu'il avait et bien plus encore pour retrouver ces jours bénis où il avait encore trois frères.

Quand il se croyait indestructible.

Il lui fallut de longues minutes pour reprendre le contrôle sur son souffle, encore plus de temps pour que les larmes se tarissent, et quand il retrouva enfin ses esprits, son thé était glacial et bien trop infusé.

Il le reposa avec un soupir et reporta son attention sur la carte.

Les trois étiquettes remontaient vers le château tandis que Fudge, Macnair et Dumbledore rejoignaient la cabane d'Hagrid.

Non, pas trois étiquettes.

Quatre.

Il sentit le sang quitter son visage et eut l'impression que la pièce se mettait à tourner sur elle-même.

Peter Pettigrow.

Comme quelques semaines plus tôt, quand il avait découvert que l'une de ses élèves était en fait la fille unique de Sirius Black, il se frotta les yeux sans ménagement, puis se pinça le bras.

Juste pour être sûr que les larmes n'avaient pas engourdi son cerveau.

Sauf que l'étiquette était toujours là.

Peter Pettigrow.

- Putain de bordel de merde !

Il aurait bien aimé prendre trente secondes – ou peut-être une paire de minutes – pour essayer de comprendre pourquoi, comment et surtout pourquoi ?

Peter était vivant depuis tout ce temps, cela n'avait pas de sens...

Sauf que la carte ne se trompait pas.

Jamais.

Il était tellement focalisé sur l'étiquette qu'il ne remarqua qu'avec un temps de retard celle qui se précipitait vers Ron, Hermione et Harry.

Cette fois, son cœur s'arrêta.

Il oublia que Peter venait de revenir d'entre les morts et que, pour la première fois depuis douze ans, il n'était plus seul.

Il s'attendait à ce que l'étiquette d'Harry Potter disparaisse, retenant son souffle, écrasé par l'impuissance.

Parce que la carte n'indiquait pas les morts.

Black ignora le Survivant.

Il s'empara de Ron et l'entraîna sous le Saule Cogneur.

Non, pas Ron.

Peter.

- Putain de bordel de merde, souffla-t-il au moment où il comprit.

Sans réfléchir une seconde de plus, il empoigna sa baguette magique et quitta son bureau comme si le diable était à ses trousses.

...

(1) Maryam Mirzakhani (1977 – 2017) mathématicienne iranienne de génie, première femme à avoir reçu la Médaille Fields (l'équivalent du prix Nobel en Mathématiques) en 2014 pour ses travaux. Et ses travaux ressemblent beaucoup à de la Métamorphose

Remus en découvre des choses avec cette fameuse carte ! Heureusement qu'il l'a confisqué à Harry !

A part ça, j'avoue que j'ai hâte d'avoir votre avis sur :

- Sirius, qui déprime un peu (franchement, heureusement que les Black sont têtus, parce que je ne vois pas comment expliqué autrement sa ténacité).

- L'anniversaire de Draco by Pansy (à la place de Draco, je l'aurais tuée, amie ou pas).

- Les examens qui se passent plutôt bien pour Maellyn (c'est Minnie qui est fière de sa protégée!)

- Draco et son obsession sur Buck (pauvre bête!)

Et sinon, on en reparle de ce moment que vous attendiez tous et toutes ? Aucun spoiler, mais on attaque ma partie préférée du tome 3 la prochaine fois !

Je vais toutefois être honnête, j'aurais sans doute une semaine de retard, because Nano (et déménagement, et conseils de classe et sans doute autre chose) mais promis, ça en vaudra la peine !

Les reviews marchent très bien pour me remonter le morale et me motiver. Alors à vos claviers! (soyez sympa, il fait nuit tôt, c'est le Nano et la fin de l'année va être rude!)

En attendant la suite, je vous invite à aller faire un tour du côté du UA complet de cette histoire : There will be time.

See you !

Excelsior !

Orlane.

Mis à jour le samedi 26 octobre 2019