Hello :)
J'espère que ce nouveau chapitre vous plaira !
En attendant, je vous souhaite un joyeux Noël et de très belles fêtes :)
Bonne lecture !
Chapitre Vingt-Sept
4 décembre 1979, tard dans la soirée, Poudlard
James avait l'impression que chaque parole, chaque geste de cette soirée-là était un pas de plus vers un cauchemar dont il ne parvenait décidément pas à se réveiller. Si quelqu'un, quelques heures plus tôt, lui avait annoncé ce que cette convocation chez Dumbledore lui apporterait, il aurait ri au nez de son interlocuteur. Pourtant il avait beau se pincer, rien ne parvenait à stopper le cours de ces événements. Tout était bien réel. Et ce n'était plus un jeu. Cela ne l'était plus depuis la fin de leurs études, pourtant il avait toujours cru qu'un jour, le ciel se dégagerait. Mais s'il jetait un oeil sur les dernières semaines, il devait se rendre à l'évidence. Le ciel s'obscurcissait de jour en jour, et il semblait avoir atteint son paroxysme à cet instant précis. Le nombre d'occupants dans la pièce avait sensiblement augmenté au cours des dernières heures.
Sirius avait d'abord été convié. Il était arrivé avec un air confus, ressemblant à un enfant qui aurait été convoqué chez le directeur après une bêtise dont il ne serait pas parvenu à se souvenir. Mais lorsqu'il avait compris de quoi il en retournait ... La voix angoissée de Sirius résonnait encore dans la mémoire de James. Ce dernier avait parfaitement compris le refus de son meilleur ami. Il s'en était d'ailleurs voulu d'avoir essayer de l'embarquer dans cette galère. Il aurait dû savoir que Sirius ne s'était pas encore remis de la mort de son frère. Il aurait dû savoir que lui demander d'assumer ce rôle provoquerait chez son meilleur ami une telle angoisse. Depuis qu'ils avaient quitté Poudlard, ils avaient tous perdu leur assurance, en une certaine mesure. Et devenir le gardien du secret de quelqu'un n'était jamais facile, surtout en ces temps troublés. Mais en même temps, il avait tellement espéré que Sirius accepterait ...
Il avait fallu trouver quelqu'un d'autre. Les heures étaient passées, et Alastor les avait rejoint, bientôt imité par le reste des maraudeurs. Lorsque Lily avait proposé Remus, après le refus de Sirius, l'auror avait grimacé, avant de rappeler qu'il n'était pas encore totalement blanchi dans cette histoire de trahison. Les yeux de la jeune femme s'était enflammé, et s'ils avaient pu lancer des sortilèges, le manteau de Maugrey se serait rapidement réduit à un tas de cendre. Aucun d'eux ne croyait à la culpabilité du jeune homme. Minerva avait d'ailleurs manqué de s'étouffer en apprenant que son cas n'était pas réglé, et que certains le croyaient encore coupable. Remus avait gardé son calme, hoché la tête d'un air résigné, et il n'y avait plus eu à y revenir.
Alors, James s'était tourné vers le dernier des maraudeurs. Il savait que Lily ne serait pas forcément heureuse de ce choix, mais le jeune homme ne voulait pas revenir sur la proposition de Dumbledore, et il voyait ce geste comme un moyen, une façon remercier Peter. Le remercier de quoi ? Il aurait été bien en peine de le dire. Mais toutes ces années, Peter avait été là. C'était peut-être le moment de le montrer ? Peter avait balbutié quelque chose en ouvrant des yeux ronds, en entendant la proposition de son ami. Il n'avait pas été le seul, d'ailleurs. Lily s'était agrippé aux accoudoirs, tentant de masquer son désaccord, sans grand succès. Tous attendaient, à présent, la réponse du jeune homme, qui remuait nerveusement sur sa chaise.
_ Peter ? Demanda Lily, en se tournant vers lui.
_ Je ... enfin ... Oui, je serai ... Je serai ravi de ... mais ...
_ Assez tergiversé, mon garçon, grommela Alastor de sa voix bourrue, en se relevant du siège où il était assis. Il s'agit de savoir si tu veux être leur gardien, il me semble que la question n'est pas compliquée. Oui ou non ?
Peter avait pâli, avant d'hocher la tête de manière affirmative. Il semblait suffoqué par ce qui lui arrivait, mais personne ne parvenait à déterminer si la cause de son trouble provenait d'une forme de joie ou d'anxiété. Lily s'était reprise, et lui adressait déjà un chaleureux sourire, mais un observateur attentif aurait lu l'angoisse qui naissait dans son regard. Son regard était d'ailleurs interrogateur lorsqu'elle se tourna vers James, après que celui-ci ait pris sa main droite entre les siennes.
_ Si Pettigrew est d'accord, alors faîtes-le, et le plus tôt sera le mieux, maugréa soudain Alastor, qui commençait à s'impatienter, sa voix grave faisant tressaillir James.
_ Ne nous énervons pas, Alastor, l'interrompit Dumbledore en levant une main apaisante. Maintenant que le problème du gardien est résolu, il va falloir vous loger ailleurs, et mettre en place votre protection, ajouta-t-il avec douceur, sans quitter le jeune couple des yeux. J'espère que vous aimez les villages qui peuplent notre belle campagne britannique, ajouta-t-il avec un demi-sourire, sans quitter le jeune couple des yeux.
6 décembre 1979, Londres
La nuit était tombée depuis longtemps, et les douze coups de minuit n'étaient plus qu'un lointain souvenir. Des cartons s'entassaient dans le couloir de l'entrée, tous débordant de livres ou de couvertures. Depuis qu'ils avaient commencé à emballer leurs affaires, James avait déjà retrouvé une paire de chaussettes derrière le canapé, et Lily venait de tomber sur une collection de photographies poussiéreuses, rangées sous un meuble. Nyx, privée de sortie et troublée par toute cette agitation, protestait vivement depuis son perchoir, tentant de pincer tous ceux qui s'approchaient d'un peu trop près. Depuis la soirée du quatre décembre, l'appartement n'avait plus connu une seule minute de calme. La voisine n'avait d'ailleurs pas manqué de participer à sa manière, donnant de furieux coups contre les murs, chaque fois que le volume augmentait. Elle serait sûrement sortie en trombe si l'heure n'avait pas été aussi avancée, mais elle tenait à son confort, et frappait depuis son lit, avec une cane adossée au mur.
L'appartement n'avait jamais connu un tel mouvement, ni une telle foule. Les maraudeurs avaient été dépêchés par l'Ordre pour aider le jeune couple à déménager, tout en assurant leur sécurité jusqu'à leur nouvelle demeure. Mary s'était greffée au groupe, et ainsi ils avaient espéré terminer rapidement, mais ils avaient passé la première soirée, ou nuit au regard de leur heure de retour, à débattre des derniers événements. Lily avait attendu une heure convenable avant de téléphoner à ses parents pour annuler leur entrevue, puis James avait été obligé de retirer les décorations du sapin, entreprise qu'il avait alors jugée primordiale. Ensuite, il avait fallu trouver des cartons, emballer, scotcher, et miniaturiser ce qui pouvait l'être. Ils ne pouvaient pas s'encombrer, d'autant plus qu'ils devaient rejoindre leur nouvelle habitation en voiture. Alastor avait insisté sur ce point, en prétendant que cela attirerait moins l'attention. Des leurres devaient leur permettre de partir à l'aube, soit dans quelques heures à peine. Mais en dépit du temps qui s'écoulait rapidement, l'appartement ressemblait plus à une boutique éventrée qu'à un lieu habitable.
_ Lily, tu as vu les assiettes du service ? Demanda James, après avoir ouvert tous les placards de la cuisine, sans succès.
_ Dans le placard, près de Nyx, répondit une voix provenant de la chambre.
Le jeune homme se retourna du côté de la chouette, mais voyant que celle-ci ne le laisserait sûrement pas passer immédiatement, il préféra renoncer aux assiettes pour un temps. Enjambant le carton renfermant les verres, il rejoignit le salon pour s'occuper du canapé, qui semblait poser problème à Peter. Sirius faisait des allers-retours vers les deux voitures qu'ils avaient louées, emportant à chaque fois plus de gâteaux que de cartons, ce que Mary ne s'était d'ailleurs pas privée de lui reprocher.
_ Que veux-tu, les grands événements me creusent l'appétit, avait répondu le jeune homme, avant de mordre dans un muffin sous le nez de la jeune femme.
Au fond, il était bien le seul à ressentir ce besoin de manger. Le jeune couple avait à peine touché à un repas complet depuis l'entrevue avec Dumbledore. Ils avaient le visage cerné, ce que certains auraient pu considérer comme le signe d'un cruel manque de sommeil. Mais il était aisé de deviner que leur trouble ne s'arrêtait pas seulement là. Il n'y avait qu'à regarder la façon dont ils évoluaient dans les pièces, la façon dont leurs regards s'arrêtaient sur quelque détail. Il s'agissait de leur premier appartement. Du premier lieu où ils avait commencé leur vie ensemble. Jamais il n'aurait pensé devoir le quitter aussi rapidement, surtout pas de cette manière. De plus, ils ne savaient pas à quoi ressemblait leur nouveau "chez eux".
Dumbledore et Alastor Maugrey s'étaient chargé de l'organisation sur place, et leur avait trouvé une maison "charmante", mais ils n'en savaient pas plus. À mesure que les cartons disparaissaient dans le coffre de l'une des deux voitures, Lily commençait à pâlir, tandis que James serrait les dents. Finalement, après plusieurs imprévus, tous les paquets trouvèrent une place. Il ne restait plus rien dans l'appartement. Nyx elle-même avait provisoirement élu domicile chez Mary, le temps que le jeune couple sache si elle pourrait trouver une place "là-bas".
Tous avaient quitté les lieux, excepté le jeune couple. Ils regardaient ces lieux qu'ils avaient habité, et qui aujourd'hui ne conservait plus aucune trace de leur passage. Tout étincelait comme au premier jour.
_ Dire que demain nous aurons quitté Londres pour de bon, soupira James en passant une main sur le comptoir.
_ Il parait que l'est de l'Angleterre est magnifique, murmura Lily, sans grande conviction. Le propriétaire ne va sûrement plus tarder, ajouta-t-elle en jetant un coup d'oeil à sa montre.
Ils patientèrent encore quelques instants, navigant entre les quelques pièces qui formaient les lieux. Leurs pas résonnaient sur le plancher, et déjà ils avaient l'impression d'être de simples étrangers. Ils n'échangèrent pas un mot entre eux. Peut-être avaient-ils besoin de faire leurs adieux chacun de leur côté, comme un deuil. Cela pouvait paraître idiot, mais quitter aussi précipitamment l'appartement ne leur laissait pas le temps de s'habituer à l'idée. C'était un départ brusque, violent. Ce soir ils étaient là. Demain ils seraient à des kilomètres. Il était difficile de rester insensible à ces changements, et de nombreux signes trahissaient leur émotion.
Il faisait encore nuit quand des pas résonnèrent dans la cage d'escalier, venant troubler le silence qui s'était installé. Ce n'était pas le propriétaire, qui avait été retenu ailleurs, mais l'agent immobilier qui leur avait proposé le bien. Ce dernier prit le temps de reprendre son souffle, tout en jetant un coup d'oeil vague aux lieux qui l'entouraient. Après un moment, il se tourna vers le jeune couple :
_ Excusez-moi pour ce retard, je dois dire que je ne m'attendais pas à ça, s'exclama-t-il d'un ton dont on ne savait si c'était celui d'un plaisantin ou d'un homme furieux. Vous êtes matinaux dîtes ! Alors, vous vous en êtes lassé, finalement ? Vous préférez vivre au coeur de Londres ? Comme je vous comprends. Vous savez, la jeunesse ... Mais dîtes, je n'ai jamais vu un appartement aussi resplendissant, ajouta-t-il en inspectant plus sérieusement les installations. Vous avez même réparé ce robinet, alors que tous les plombiers le disaient fichu. On pourrait presque croire à de la magie, hein, acheva-t-il dans un éclat de rire.
S'il espérait déclencher un fou-rire général, sa tentative échoua lamentablement. Il n'obtint qu'un sourire gêné de la part de Lily, et un rire moqueur de la part de James. Reconnaissant son échec, l'agent se reprit rapidement, et toussotant comme pour se donner un air important, il acheva son inspection dans la chambre.
_ Oui, vraiment très bien, répéta-t-il en revenant. Vous avez sûrement dû trouver la perle rare pour partir aussi vite. Un appartement au coeur de Londres ?
_ En réalité, nous partons pour le Wiltshire*, sourit James, profitant de ce dernier moment pour le faire enrager. Il parait qu'ils ont de très beaux villages, là-bas, avec un taux d'habitants très peu élevé. Idéal, non ?
Si les raisons de leur départ n'avaient pas été aussi lourdes à porter, il se serait ouvertement moqué du pauvre agent. Mais il ne parvint même pas à en rire, et s'il y était parvenu, le seul regard désapprobateur de Lily aurait suffit à le décourager. Elle n'avait jamais aimé ces moqueries, et il devait avouer qu'en toute logique elle avait raison. Il se mordit les lèvres, et permit à l'agent immobilier de terminer l'entrevue sans autre accroc.
Ils sortirent bientôt de l'appartement, et tandis qu'ils descendaient les marches, les deux jeunes gens entendirent distinctement le son de la clef, tournant dans la serrure, une dernière fois. Ils s'arrêtèrent quelques secondes, comme s'ils hésitaient encore, puis Lily adressa un sourire qu'elle voulait chaleureux à James, et tandis que ce dernier passait un bras autour de ses épaules, ils sortirent définitivement de l'immeuble. L'aube s'était levée, et un temps magnifique s'annonçait. Ils ne se retournèrent pas pour voir leur ancien appartement. Déjà il ne leur appartenait plus. Il ne serait plus l'abri, le refuge qu'il avait été au cours des derniers mois. Il était temps d'ouvrir une nouvelle page, un nouveau chapitre, et d'écrire l'avenir.
* Godric's Hollow se situe, selon les livres, dans le sud-ouest de l'Angleterre. Cette région est divisée en six comtés : La Cornouailles, le Devon, le Dorset, le Gloucestershire, le Somerset et le Wiltshire. Le Wiltshire est lui-même divisé en deux "districts", le Swindon et le Wiltshire (comme la région des Cornouailles comporte un district du même nom). Je me suis penchée sur ce dernier parce qu'il est l'un des plus proches de Londres, et est la seule région du sud-ouest à être enclavée. Les paysages que j'ai pu observer sur Google semblent plutôt correspondre à l'image qui en était donnée. Notez par contre que dans le cas des films, la maison utilisée pour représenter celle de Lily et James est située dans le sud-est, à Lavenham.
Merci d'avoir lu :)
J'espère que vous avez aimé !
Permettez-moi de vous souhaiter d'excellentes fêtes, une nouvelle fois :D
À bientôt !
