Note : Cette histoire est une traduction de Blood Is, de eiahmon, effectuée et publiée avec son accord.
Bonne lecture !
A/N 1 : Enfin ! J'ai fini ce chapitre il y a deux jours, mais je ne pouvais pas me connecter pour le poster. *grommelle*
A/N 2 : Merci à Orionali de me permettre d'emprunter Delilah le Renard Volant d'Inde. Si vous ne savez pas qui est Delilah, assurez-vous d'aller lire la fiction d'Orionali « The Progeny ». Elle vaut vraiment le coup d'œil.
A/N 3 : Vous voyez, j'ai réussi à intégrer l'Épée du Vide, d'une certaine manière. J'étais incapable d'inventer un nouveau design, alors j'ai emprunté l'Épée du Vide et je l'ai légèrement ajustée.
9.
Il ne pouvait pas dormir.
Adelar grondait dans sa barbe en se promenant dans la maison enténébrée. Si son père le voyait, il lui ferait un sermon sur le fait de se balader dans le noir comme son vampire de cousin, mais il ne parvenait pas à s'inquiéter de ce que son père pensait à cet instant. Il avait trop de choses en tête pour dormir, et après s'être tourné et retourné dans son lit inutilement pendant plusieurs heures, il avait abandonné et avait décidé de faire une balade, espérant s'éclaircir les idées.
Et nous pouvons voir à quel point cela a fonctionné, se dit-il en marchant dans le long couloir qui menait au bureau d'Oncle Wolfram. Ce même bureau où l'on lui avait annoncé que le Seigneur Rosier et Oncle Wolfram avaient décidé qu'il marierait Julia Rosier au début de l'automne. Le mariage allait avoir lieu dans moins d'une semaine, et Adelar admettait qu'il ne l'attendait pas avec impatience, au contraire. Sa nouvelle fiancé était enchantée qu'il ait « demandé » sa main (si seulement elle savait qu'il avait demandé celle de sa sœur, un fait qu'Oncle Wolfram trouvait hilarant et n'essayait pas de le cacher) et ne dissimilait pas avoir hâte qu'arrive la nuit du mariage, plus le mariage lui-même. Son père était ravi d'avoir enfin trouvé un mari pour sa fille aînée, et le propre père d'Adelar était satisfait que le mariage prochain de son fils ait apaisé les pires rumeurs qui couraient. Il ne fallait pas que le futur Seigneur Cronqvist soit considéré homosexuel, après tout, peu importe que les rumeurs soient fausses.
Le futur Seigneur Cronqvist. Adelar dut retenir un reniflement railleur. Il n'était aucunement fait pour être le seigneur de quiconque, et certainement pas à une position aussi puissante que celle de son oncle. On l'avait élevé pour être l'héritier universel depuis que Cousin Gabriel avait été arraché à son berceau, aussi savait-il quel genre de charge de travail l'attendrait, et honnêtement, il n'en voulait pas. Si ce n'était le fait que son père voulait cette place pour lui-même depuis si longtemps, il aurait décliné la position d'héritier et l'aurait transmise à Tobias. Son père l'aurait battu à mort s'il essayait cependant, aussi avait-il gardé pour lui-même ses pensées toute son existence.
Père commençait à l'effrayer. Cordrin Cronqvist n'avait jamais été du type paternel, chaleureux et aimant, à l'opposé de la manière dont Oncle Wolfram se comportait avec Gabriel, et Adelar n'avouerait jamais qu'il était plus qu'un peu envieux de son cousin. Il ne parvenait pas à se souvenir d'un seul moment où son père lui aurait offert un semblant d'affection, et il en était venu à la conclusion, enfant, que son père le détestait d'avoir la position d'héritier. Cependant désormais, les simples froideur et rancœur se transformaient en colère, et osait-il le dire, en haine. Adelar savait depuis des années que son père et son oncle ne s'entendaient pas, mais certaines choses qu'il avait entendu le poussait à s'interroger sur la véritable nature de son père. Tout ce qu'il avait était des rumeurs et des murmures à peine entendus, mais c'était suffisant pour faire s'emballer ses pensées. Si tout était vrai, alors toutes ces années plus tôt, Père avait été derrière l'enlèvement de Gabriel, ce qui voulait dire qu'il était également responsable des morts qui avaient eu lieu cette nuit-là. Adelar lui-même n'avait été âgé que de quelques mois, et il était sauf dans la chambre d'enfant principale sous la surveillance de sa nourrice quand l'attaque avait eu lieu, mais il avait souvent pensé que cela aurait pu facilement être lui qui avait été enlevé cette nuit-là. Et si les attaquants s'étaient trompés de chambre et avaient pris le mauvais enfant ? Aurait-il été élevé pour faire ce que nul ne voulait accomplir ?
Adelar admettait qu'il n'était pas des plus intelligents, du moins comparé à son brillant oncle, mais il n'était certainement pas idiot. Son père ne l'aimait pas, ne l'avait sûrement jamais aimé, et si la Confrérie l'avait enlevé au lieu de Gabriel, il n'y aurait eu aucune tentative pour le récupérer. Il se serait sûrement assuré qu'ils reviendraient pour Gabriel, mais Cordrin Cronqvist n'aurait jamais demandé à récupérer son fils. Sans l'héritier universel et sans l'héritier présomptif, la place de chef de famille serait retombée sur le jeune frère du Seigneur Cronqvist, et qui pouvait dire qu'il n'aurait alors pas arrangé un accident pour son frère ?
Honnêtement, Adelar était surpris que cela ne soit pas déjà arrivé.
Durant les semaines depuis le retour de Gabriel et de son jeune fils, il avait entendu des choses. Son père lui adressait rarement la parole, et il ne lui disait jamais rien d'important, mais Adelar avait des oreilles et avait entendu son père se parler à lui-même par-ci par-là. Père était désespéré de faire partir Gabriel et Trevor de la maison et de la ligne d'héritage, et certaines de ses paroles, lorsqu'il pensait que personne ne l'écoutait, faisaient frémir Adelar.
Il devrait vraiment aller voir Oncle Wolfram à propos de ce qu'il avait entendu, mais il n'était pas sûr que cela apporterait quoi que ce soit de bon. D'un, il n'avait que les vagues murmures de Père et aucune véritable preuve, aussi doutait-il qu'Oncle Wolfram agirait. De deux, son père nierait tout de toute manière, ce qui le ramenait au problème de l'absence de preuve. De trois, Père serait furieux contre lui et le réduirait en une épave sanglante et tremblante. Tuer, ou presque tuer l'héritier d'une noble famille était un crime grave et conduisait à un lourd châtiment, mais cela n'aiderait absolument pas Adelar s'il était déjà mort ou invalide à cause de la rage de son père. L'homme n'avait jamais fait preuve de violence à son encontre à l'exception des occasionnelles gifles, mais cette rage avait toujours été là, d'aussi loin qu'Adelar s'en souvienne, bouillant juste sous la surface, prête à exploser. Il ne voulait pas être à proximité quand cela arriverait, et il ne voulait vraiment pas en être la cause.
Un reflet de lumière dans le coin de l'œil attira son attention, et il se secoua hors de ses pensées et tourna la tête vers la droite. Il était en face de la porte du bureau d'Oncle Wolfram et cette même porte était ouverte, quand bien même elle soit toujours fermée la nuit. Qui l'avait ouverte ? Oncle Wolfram avait-il oublié de la fermer ? Et d'où venait cette lumière ?
Adelar entra dans la pièce, et son regard se posa sur une sorte de morceau de verre sur le sol, qui réfléchissait la lumière de la lune qui entrait par les fenêtres en face de lui. Qu'est-ce que s'était, et qu'est-ce que cela faisait sur le sol ? Il se rendit compte qu'il avançait dans le bureau, un endroit où il n'avait pas le droit d'entrer sans la permission de son oncle, sans même y penser, et il ramassa le petit éclat qui pendait à une corde de cuir.
Uniquement un morceau de miroir, pensa-t-il en le regardant. S'il ne semblait pas être fait pour être porté, il n'aurait pas estimé que c'était spécial. Pourquoi Oncle Wolfram possédait-il quelque chose comme cela ?
Le miroir se mit à briller, et Adelar laissa échapper un glapissement et manqua de le lâcher.
« Quel genre de magie noire est-ce cela ? » Souffla-t-il alors que la lumière brilla quelques secondes avant de se dissiper. Lorsqu'elle eut disparu, il fut incapable de détourner le regard de ce qui apparaissait sur la surface autrefois réfléchissante. Son cœur battait aussi fort que s'il venait de courir des kilomètres tandis qu'il regardait des moments se jouer, et lorsqu'il le put, il lâcha le miroir au sol et fuit la pièce sans un regard en arrière.
Gabriel frissonna alors que le vent, qui sentait la pluie, battait la forêt tandis qu'il pénétrait sa clairière, et l'horizon brillait sous les éclairs. Peut-être aurait-il du rester à la maison à nouveau ? Eh bien, au moins n'avait-il pas à se soucier d'attraper un rhume. Avec de la chance, ses parents n'enverraient pas de gardes pour le chercher s'il se mettait à pleuvoir. Le glapissement des chauve-souris qui chassaient leur repas nocturne atteignit ses tympans, et il leva les yeux pour les voir voler à travers la lune, juste avant que des nuages ne la dissimule. Des éclairs traversaient le ciel, sa peau fourmillait en réponse.
Il traversa la clairière vers son abri tandis que le tonnerre grondait, et il sentit le sol vibrer sous ses pieds. La tempête approchait rapidement, peut-être aurait-il vraiment du rester à la maison au lieu de sortir. Il ne savait pas s'il pouvait survivre après avoir été touché par un éclair, et il n'avait pas envie de le tenter. Il s'arrêta et regarda la tempête qui arrivait, sentant quelque chose qui l'y attirait. Qu'est-ce que s'était ? La poussée se faisait plus forte à mesure que la tempête approchait, et il se redressa et observa les nuages noirs, éclairés en-dessous et à l'intérieur par les fourches brillantes bleues des éclairs. En lui, le même pouvoir sombre qu'il avait appelé pour créer son fouet lançait un appel, et la tempête semblait y répondre alors qu'un éclair s'abattait sur un arbre à l'orée de sa clairière, en face de lui. Le tonnerre grondait autour de lui, noyant le son du bois qui se brisait, et le tronc de l'arbre explosa, laissant des morceaux calcinés de bois tout autour de lui.
Il entendit à nouveau vaguement les chauve-souris quand le tonnerre diminua, et il se demanda pourquoi elles ne cherchaient pas un abri contre le mauvais temps, mais cette pensée disparut rapidement quand sa peau commença à le picoter, et ses cheveux à se redresser. Son rythme cardiaque accéléra quand il leva les yeux, quand il crut voir la lumière bleue s'abattre sur lui. Il leva la main, geste futile pour le protéger et épargner son regard. Le tonnerre explosa autour de lui, mais rien n'arrivait. Aucune chaleur, aucune douleur, aucune perte de conscience. Gabriel entrouvrit un œil et vit sa main parcourue d'éclairs bleutés si brillants qu'ils semblaient presque blancs. Il baissa les bras, se redressa et l'observa, sentant l'électricité qui crépitait sur sa peau, mais sans le blesser d'une quelconque manière. Sa main ressemblant à celle de Laura lorsqu'elle usait de son électricité. Cela voulait-il dire… ?
Il leva les yeux vers la souche fumante, unique reste de l'arbre en face de lui, et il tendit brusquement la main, comme il le faisait pour appeler son Fouet des Ombres. Il glapit et fit quelques pas en arrière quand une lumière bleutée presque blanche traversa la clairière et frappa les restes de l'arbre. La souche brilla une demi-seconde, puis explosa comme le tronc l'avait fait quelques minutes auparavant. Il ramena sa main à sa poitrine et l'électricité disparut entièrement. Ce n'était plus en train de crépiter autour de sa main, mais il pouvait la sentir, patientant sous la surface, attendant son appel.
Il fixa sa main pâle, ses doigts aux bouts noirs et ses longues griffes sombres, tandis que le vent soufflait de plus en plus fort autour de lui et faisaient voler ses cheveux et ses vêtements. Il jeta un regard vers les lambeaux de nuages, striés de lumière, au-dessus de sa tête et leva les deux bras vers le ciel. De l'électricité crépita vers lui, et il rit quand elle ne lui fit rien au contact de ses mains. Il rit à nouveau quand il baissa les yeux et tendit les bras, de l'électricité traçant de ses mains un chemin vers un autre arbre de sa clairière. Il y eut un bourdonnement bruyant, un flash éclatant, un crack ! assourdissant, et le tronc craqua et se brisa en deux. La moitié supérieure retomba sur son voisin, et Gabriel sourit d'un sourire de prédateur, dévoilant ses crocs. Comme il l'avait fait après avoir conjuré son fouet, il commença à danser et frapper tout autour de lui, appelant l'électricité pour l'envoyer partout. Il l'utilisait comme une lame, une très longue lame, et cette pensée luit fit marquer une pause.
Tout à sa réflexion, il l'appela à nouveau et lui ordonna de prendre l'apparence de son choix. Une balle se forma dans sa main, et dans un crépitement et un faible grésillement, une lame en sortit, comme si elle était dessinée, la pointe en premier, sortant d'un fourreau. La boule électrique disparut quand il saisit le pommeau, et il leva sa nouvelle épée pour l'observer tandis que les premières gouttes de pluie éclaboussait le sol autour de lui.
C'était une épée large, à deux mains, bien qu'il la porte aisément à une main et remarquait à peine son poids. La garde était noire, le pommeau un long cône légèrement argenté, et des lignes bleutés couraient dessus, lui rappelant de l'électricité crépitante. La poignée s'étirait fluidement en une protection pour sa main, et cette protection se transformait au bout en formes de diamants. Une courbe vers la lame, une autre courbe au-dessus des protections – comment le pommeau pouvait être aussi élaboré ? – et enfin la lame même.
La lame ressemblait à du métal, et était solide quand il la touchait de l'autre main, bien que le contact faisait fourmiller ses doigts. Le centre de la lame était sombre, presque noir, et ne réfléchissait aucune lumière, pas même l'éclatante constance des éclairs au-dessus de sa tête, qui faisait briller l'épée. L'arc bleu qui commençait sur la garde continuait sur la moitié de la lame. Le double tranchant était plus fin, mais toujours très sombres et sans aucunes marques. L'épée entière, du pommeau à la pointe si impossiblement fine, était aussi longue qu'il était grand. Il la leva plusieurs fois pour pratiquer des mouvements et s'y habituer.
Chaque mouvement appelait le bruit de l'électricité crépitante, et des éclairs bleus brillants traversaient l'air à la suite de l'épée, tandis que de l'électricité fourmillait autour et dessus. Elle bougeait avec grâce, et aussi aisément que son fouet. C'était une extension de lui-même, et sienne à manier et ordonner. Il n'avait pas manié d'épée depuis ses onze ans, mais cela ne comptait plus tandis qu'il dansait une chorégraphie mortelle contre des ennemis invisibles. Des éclairs frappaient autour de ses mouvements, le vent hurlait, et les deux combinés formaient un vortex tourbillonnant de lumière bleue autour de lui. Il leva l'épée au ciel et la tempête même répondit à son ordre. Le vortex devint spirale, le tonnerre rugissait autour de lui, et les chauve-souris qu'il avait entendu à proximité étaient emprisonnées par la spirale. Au lieu d'être blessées ou tuées, elles s'élevèrent dans les vents en spirale, laissées en paix par l'électricité, et leur présence sembla l'appeler.
Il laissa échapper un hurlement tandis que son corps changeait, se transformait, et il se retrouva en train de s'envoler dans les airs avec elles. Il sentit des nombreuses ailes qui battaient, vit la tempête à travers de multiples regards, et entendit les autres chauve-souris à travers une multitude d'oreilles. Elles volèrent à travers les nuages de tempête, intouchées par la pluie, la grêle et les éclairs, prenant les courants d'air ascendant, et fonçant en sol avec les courants descendants. Elles frôlèrent le sommet des arbres, chevauchant la tempête qui frappait la terre sous elles, et Gabriel sentit son âme rugir, plus libre qu'il ne l'avait jamais ressenti.
Elles rasèrent le sol, volant dans une forme arrondie, de plus en plus bas, et Gabriel se sentit redevenir normal et toucher le sol, relâchant sa prise sur la tempête. Les chauve-souris s'éparpillèrent pour retourner à leurs perchoirs, et il les observa disparaître à l'horizon tandis que la tempête s'éloignait. Il se tint là un long moment, ignorant l'eau qui dégoulinait de ses cheveux et de ses vêtements, descendant progressivement de son excitation. Avec un sourire, il se détourna des nuages de tempêtes qui disparaissaient et commença à marcher vers la maison, fatigué mais satisfait de ce qu'il venait d'accomplir. Il pourrait rentrer, quitter ses vêtements trempés, grimper dans son lit chaud et dormir –
Il marqua une pause : qu'était ce bruit ?
Il pencha la tête, son ouïe trouvant rapidement les faibles pépiements à proximité. Il s'approcha avant d'y avoir réfléchi, et trouva la source.
« Oh, » souffla-t-il doucement dans la nuit silencieuse en voyant la créature abattue étendue dans l'herbe haute.
C'était une chauve-souris, plus grande que celles avec lesquelles il avait volé, plus grande que n'importe quelle chauve-souris qu'il ait jamais vu d'ailleurs. Elle avait de larges oreilles, un long museau, et des yeux marron expressifs qui lui rappelait un renard. Le corps était recouvert d'une fourrure marron tirant sur le rouge, avec une partie rouge à la base du coup et sur le haut de la poitrine. Elle battait des deux ailes, de toute évidence brisées, en une vaine tentative de s'envoler, et il se baissa rapidement pour la prendre avec douceur. Il émit des petits sons d'apaisement en la ramassant, et vit rapidement à quel point les blessures de la pauvre bête étaient sévères.
Il se mordit le doigt sans même y penser, et le tendit à la petite bouche . Une langue longue et rose en sortit et lapa les gouttes de sang avant que la morsure ne se referme. Il entendit une série de petits pop, et les os brisés se réparèrent seuls, les trous dans les ailes se refermèrent, et les pépiements faibles devinrent de puissants couinements. Gabriel sourit tandis que la chauve-souris se retourna dans sa main et usa de ses griffes longues sur chaque aile pour grimper sa manche et se percher contre sa chemise.
« N'as-tu nulle part où aller ? » Demanda-t-il, sans vraiment attendre de réponse, mais la chauve-souris couina et s'accrocha à sa manche plus fort encore. « Je suppose que non alors. »
Un autre couinement. Il rit doucement, et caressa la douce fourrure sur sa tête. « D'où viens-tu ? Je n'ai jamais vu une chauve-souris telle que toi auparavant. » La bête couina encore, et Gabriel soupira quand les premiers chants d'oiseaux atteignit ses oreilles. « Tu ne vas pas partir à tire d'ailes, pas vrai ? »
Couinement.
« Je ne le pensais pas. Eh bien, je suppose que tu peux rentrer avec moi. J'espère juste que personne ne réagira mal en te voyant. »
Gabriel se glissa à l'intérieur juste alors que l'aube perçait à l'horizon, et il prit le chemin le plus rapide vers ses appartements, de crainte que quelqu'un ne remarqua le petit animal qui agrippait toujours à sa manche. Il pénétra dans son salon et la chauve-souris couina et s'élança de son épaule.
« Que fais-tu ? »
Le chiroptère l'ignora, couina d'excitation, et Gabriel qu'il avait atterri sur un bol de bruit qu'un serviteur avait, pour quelques raisons, laissé à son attention. Ce n'était pas grand-chose, mais imaginal commenta à mordre dedans à pleine dent avec abandon et à en dévorer avidement la pulpe.
« Donc voilà ce que tu manges ? Des fruits ? »
La chauve-souris tourna la tête vers lui, mâchant avec plaisir un petit morceau de pomme, puis retourna à son repas. Gabriel haussa les épaules.
« Bon appétit. Je vais prendre un bain. »
Il laissa le chiroptère à son petit-déjeuner et se rendit dans la pièce suivante où il trouva un bain et des vêtements propres. Les serviteurs n'étaient pas restés, ce dont il était reconnaissant. Il se déshabilla, laissant ses habits mouillés, et entra dans l'eau brûlante. Comme il l'avait déjà fait auparavant, il barbota jusqu'à ce que l'eau ait tiédi avant de se nettoyer, de sortir, de se sécher, de se préparer pour dormir et de se mettre à la recherche de son nouveau familier.
La chauve-souris n'était plus à son bol de fruits, et un examen rapide lui permit de la trouver perchée à une poutre du plafond dans un coin sombre de la pièce à coucher, enveloppée dans ses ailes et les yeux clos. Il leva la main pour lui passer délicatement un doigt sur la tête, et elle émit un pépiement. Il eut un petit sourire : elle était, en fait, un peu… adorable.
« J'espère que personne n'entrera et ne t'apercevra perchée là-haut. » Dit-il, ce à quoi l'animal répondit en dissimulant son museau dans le pli de ses ailes.
Gabriel soupira, secoua la tête puis se détourna pour grimper dans son lit. Le soleil levant et les événements de la nuit l'entraînèrent rapidement dans le sommeil, le petit battement de cœur de l'animal résonnant dans ses oreilles.
Des couinements de chauve-souris le réveillèrent juste après le crépuscule, le faisant s'asseoir dans son lit et se frotter les yeux alors qu'elle voletait vers lui pour agripper à son bras et son épaule, comme la nuit précédente. Il lui gratta gentiment la tête derrière les oreilles, et on aurait dit qu'elle ronronnait de plaisir.
« Il faut que je te trouve un nom. » Dit-il en se levant. « Je ne peux pas continuer à t'appeler 'ça'. »
La bestiole se contenta de couiner en réponse et vola par la porte ouverte de la chambre. Un coup d'œil rapide l'informa que c'était une femelle, un point de départ au moins. Elle atterri sur le bol de fruit à moitié mangé et entama son repas, et Gabriel ne put retenir un sourire à cette vision en commençant à s'habiller. Une fois vêtu, il se peigna avec ses griffes et sortit pour aller se nourrir, mais avant qu'il ait pu fermer la porte, la chauve-souris couina bruyamment et s'élança à nouveau sur lui. Elle grimpa le long de son bras et posa la tête sur son épaule, tandis qu'il arpentait des couloirs heureusement vides sur le chemin du boucher.
Sa soif étanchée, il fit une pause et chercha deux battements de cœur précis pour se diriger dans leur direction. Il trouva ses parents dans le petit salon, installés devant la cheminée. Son père lisait et sa mère faisait un travail de couture, bien que ses points soient quelque peut lâches et imprécis alors qu'elle le tenait près de son visage pour voir ce qu'elle faisait. Ils levèrent les yeux quand il entra, Mère sourit et posa sa couture pour l'embrasser.
« Gabriel. » Le salua-t-elle avec chaleur, ses bras autour de lui, et il retourna le câlin tandis qu'elle se mettait sur la pointe des pieds pour lui embrasser la joue. Elle ne sembla pas remarquer la forme marron sombra accrochée à son bras et son épaule. Ce ne fut pas le cas de Père qui fronça les sourcils.
« Gabriel, » demanda-t-il, « pourquoi as-tu une chauve-souris sur l'épaule ? »
Mère sursauta. « Une chauve-souris ! Pourquoi ramener une chauve-souris à la maison ? »
Gabriel s'assit tandis que l'animal grimpait plus haut pour câliner son cou. « Elle était blessée, je l'ai soignée et elle a décidé de rester avec moi. » Il haussa les épaules avec douceur, conscient du petit corps sur lui. « Qu'aurais-je du faire, l'enlever et la rejeter ? »
« C'est une chauve-souris, Gabriel. »
Il eut un rictus d'agacement. « Et je suis un vampire. Cela ne vous dérange pas d'avoir un vampire dans la maison, mais une chauve-souris qui ne mange que des fruits, si ? »
Mère n'avait toujours pas l'air convaincue. « Mais – »
Père soupira. « Laisse, Edeline. Il marque un point, la chauve-souris n'est pas plus dangereuse que lui. S'il veut la garder, alors il peut. »
L'animal couina, et Gabriel ne put s'empêcher de sourire quand il sentit un petit nez lui toucher le cou. Il la caressa et songea à nouveau qu'il devait trouver un nom pour sa nouvelle camarade. Mère lança à l'animal un dernier regard inquiet et retourna s'asseoir, sans toutefois reprendre sa broderie. Gabriel s'installa à côté d'elle.
Père observa la chauve-souris un moment. « Je n'en ai jamais vu d'aussi large. »
Gabriel regarda son animal et lui offrit un simple sourire. « Moi non plus. Je n'avais jamais entendu parler de chauve-souris mangeuses de fruits non plus, donc j'ignore d'où elle vient ni comment elle est arrivée ici. »
« Comment l'as-tu trouvée ? » Demanda Mère.
« Je l'ai trouvée après la tempête, les deux ailes brisées. Je l'ai soignée, puis elle a refusé de me lâcher, donc la voilà. »
Père se détourna et plongea le regard dans les flammes. « Nous étions inquiets au sujet de cette tempête. Nous ne savions pas si tu étais rentré sain et sauf jusqu'à ce que nous venions vérifier, après que tu te sois couché. »
Gabriel baissa la tête : il avait oublié de leur dire qu'il était rentré. « Je suis navré. J'étais fatigué et j'avais froid quand je suis arrivé à la maison, et je ne voulais pas que quelqu'un voit la chauve-souris, donc je suis allé droit dans mes appartement. »
« As-tu obtenu la moindre réussite, au moins ? »
« Oui. » Il leva le bras et l'animal s'envola et s'accrocha à la tringle d'un rideau, tandis qu'il invoquait sa nouvelle épée. Ses parents écarquillèrent les yeux quand la lame apparut et il la leur tendit pour qu'ils l'inspectent un moment, avant de la révoquer.
« J'imagine qu'elle sera utile. » Dit Père avec appréciation.
« Il me faudrait juste quelqu'un pour la tester. Je voudrais savoir si la foudre qui crépite autour de la lame a un effet sur ceux qui la touchent. »
« Je pouvais sentir les cheveux sur ma nuque se hérisser quand tu l'avais en main, alors je suppose que c'est le cas. » Commenta Mère.
« Espérons qu'elle sera utile contre des adversaires plus… surnaturels. » Répondit Gabriel alors que son animal descendait sur son bras. Il caressa sa tête entre les oreilles, et Père sourit légèrement à cette image.
« Garde-la hors de vue, Gabriel. » L'avertit-il. « Nous marchons sur une glace suffisamment fine comme cela. »
« Je comprends. »
« Je dirai aux serviteurs de laisser des bols de fruits et d'eau dans ta chambre chaque jour pour elle. »
Gabriel sourit à son père. « Merci. » Et la chauve-souris sembla couiner de concert.
Père eut un petit rire en se levant. « Il est tard, Gabriel. Vas-tu ressortir ce soir ? »
« Je ne sais pas. Je vais peut-être faire une pause pour quelques jours. »
« Eh bien, situ sors, n'oublie pas de venir nous voir en rentrant, d'accord ? Je n'ai pas réussi à me détendre avant d'aller voir si tu étais bien endormi dans ton lit ce matin. »
« Je le ferai. Je suis navré de vous avoir inquiété. »
« Tu n'avais aucune mauvaise intention fils, donc aucun mal n'a été fait.' Père mit une main légère sur son épaule. « Bonne nuit, Gabriel. Sois prudent. »
« Bonne nuit, Père. »
Mère se pencha et l'embrassa sur la joue, lui arrachant un sourire. « Bonne nuit, Gabriel. Comme l'a dit ton père, sois prudent si tu sors. »
« Promis, Mère. Bonne nuit. »
Ils sortirent de la pièce, Gabriel tourna la tête vers la cheminée tandis que leurs cœurs s'éloignaient. Les crépitements du feu étaient bruyants pour son ouïe, mais la pièce semblait toujours clame alors qu'il restait dans le bureau vide. Il fixait les flammes sans les voir depuis un moment quand il cligna des yeux et se tourna vers l'animal sur son épaule.
« Apprécierais-tu Bridget comme nom, peut-être ? »
Il y eut une pause, puis la chauve-souris laissa échapper un couinement grave, qui était définitivement un non.
« Alma ? »
Un autre non.
« Lydia ? »
Non.
« Charlotte ? »
Non.
« Delilah ? »
Une nouvelle pause, et la chauve-souris gazouilla joyeusement.
« Évidemment, tu as choisi le nom biblique. » Soupira Gabriel en frottant doucement les oreilles douces et délicates de son animal. « C'est donc Delilah. »
Delilah gazouilla à nouveau et Gabriel se redressa. « Allons-y donc, Delilah. Allons trouver de quoi nous occuper cette nuit. » Delilah couina en réponse, et s'accrochait toujours à son bras et son épaule quand Gabriel sortit de la pièce.
Liam balayait le hall du regard, ou hommes et garçons mangeaient leur petit-déjeuner avant d'entamer le travail et l'entraînement de la journée. Des conversations calmes emplissaient l'endroit tandis que les membres de la Confrérie entraient au compte goutte pour s'asseoir, et Lima remarqua qu'un certain nombre avaient des lettres entre les mains. Les correspondances étaient souvent lues pendant les repas, puisque beaucoup avaient une famille et gardaient un contact régulier avec elle. Peu étaient complètement coupés de tous leurs liens, comme lui l'avait été.
Son attention fut tirées loin de pensées sur des lettres et une famille depuis longtemps oubliée quand les plus âgés des enfants entrèrent. Beaucoup d'entre eux le saluaient en s'installant et il sourit quand ils se jetèrent sur la nourriture. Il ne s'était jamais imaginé à une telle place lorsqu'il était enfant, tout juste arrivé à la Confrérie après que sa famille l'ait rejeté pour mieux s'occuper de son frère aîné. Malgré toutes les années qui avaient passées, le souvenir de ses parents l'informant qu'il allait devoir s'en aller car ils étaient trop pauvres pour prendre soin de lui et de son frère, et la vision de son père l'abandonnant et s'éloignant sans un regard en arrière, étaient gravés dans sa mémoire. La sensation de ne pas être voulu était quelque chose qu'il ne pourrait jamais oublier, et qu'il soit maudit s'il permettait que cela arrive au fils d'une autre famille.
C'était pour cette raison qu'il était à deux doigts de s'arracher les cheveux de frustration face à l'absence du moindre indice sur la localisation de Cecil et de William. Il connaissait suffisamment bien ses anciens amis pour savoir qu'ils n'hésiteraient pas à arracher Trevor des bras de son père si cela contribuait à leurs intérêts, peu importe que Trevor soit d'accord ou non. Qu'ils aient des plans abominables pour Gabriel ne faisait que renforcer sa détermination. Ils avaient assez tourmentés le garçon comme cela : il était temps de le laisser en paix.
Gabriel ne l'avait jamais su, mais Liam avait demandé à William la permission de l'adopter comme son fils, des années auparavant, quand Gabriel était encore enfant, mais William avait refusé de simplement y réfléchir. C'était rare, mais il était déjà arrivé que des membres de la Confrérie prennent les enfants rejetés sur le pas de leur porte pour les élever comme les leurs. Liam avait été étonné du refus pur et simple de William, mais il comprenait mieux désormais. Gabriel avec un père aimant aurait réduit le plan de William et Cecil en poussière, et ils ne pouvaient pas le permettre. Seule l'obstination tenace du Seigneur et de Dame Cronqvist avait permis l'échec de leurs complots, quels qu'ils soient, et Liam leur était reconnaissant d'être intervenu quand lui ne l'avait pas pu.
Son repas achevé, Liam repoussa ces pensées pour éclaircir son esprit avant de se lever de table. Des groupes de deux ou trois sortaient du hall pour retourner à leurs corvées et Liam saluait d'un hochement de tête ceux qui croisaient son regard, en se retirant dans le bureau de William – son bureau – pour entamer son propre ouvrage. Il avait abandonné depuis longtemps l'idée de trouver quoi que ce soit d'utile dans les appartements de William, et il les avait rangés dans un lent processus pour se les approprier. Cela prendrait du temps, toutefois, pour qu'il se sente vraiment chez lui. Tout comme cela prendrait du temps pour qu'il estime en avoir fait assez en réparations des souffrances de Gabriel.
« Maître Liam ? »
Liam sursauta et se tourna pour faire face à Anzhel, debout dans l'embrasure. « Qu'y a-t-il, Anzhel ? »
Le garçon l'observait de ses grands yeux bleus préoccupés. « Vous avez l'air inquiet. Est-ce que tout va bien ? »
Liam réussit un petit sourire devant l'inquiétude de l'enfant. « Je vais bien, mon garçon. Je suis juste un vieil homme qui a la tête dans les nuages. »
« Vous êtes sûr ? »
« Certain. Retourne vite à tes devoirs maintenant. »
Anzhel lui offrit un sourire. « Oui monsieur. » Le garçon se tourna, puis fit une pause et se retourna vers lui.
« Maître Liam ? »
« Oui ? »
« Tout ira bien, Maître Liam. Je le sais. » L'enfant lui sourit à nouveau et se carapata, laissant Maître Liam fixer entrebâillement désormais vide avec surprise.
Juste pour le fun, une scène que j'ai supprimé mais qui était trop drôle pour simplement la jeter :
De l'eau ruisselait de ses vêtements et de ses cheveux sur le sol tandis qu'il entrait dans la maison.
« Gabriel ! » Le cri perçant de sa mère put s'entendre par-dessus le rugissement de la tempête quand elle se jeta sur lui pour le serrer dans ses bras. « Gabriel, où étais-tu ? Regarde-toi, tu es trempé ! Tu vas attraper la mort ! »
Derrière elle, Père se mit à rire et Mère parut se rendre compte de ce qu'elle venait de dire. Elle le lâcha et recula. « Je ne vais jamais réussir à te réchauffer à ce rythme. » Le houspilla-t-elle. « Va te sécher. Vraiment, à quoi pensais-tu en restant dehors par un tel temps ? »
Gabriel ne put retenir son sourire, se retirant dans ses appartements pour faire ce qu'on venait de lui dire.
