GOLDORAK : LA GUERRE D'EUPHOR

LA GUERRE D'EUPHOR Episode 23

Le soleil brille au-dessus du palais d'Euphor, la garde personnelle de l'homme masqué se trouve aux quatre coins d'un carré de pelouse dans les jardins. Au centre de cet espace de verdure, Chronaris se tient debout, le bras droit tendu à l'horizontale. Au bout de ce bras, dans le creux de sa main se trouvent des graines, graines que des oiseaux viennent picorer. Le tyran est calme, son regard suit les oiseaux qui se succèdent prendre des graines. Derrière une fenêtre du palais, le commandant Vesta regarde la scène en souriant. La femme reste un instant à contempler cet étrange spectacle avant de quitter la place, son sourire disparaît après avoir fait quelques pas.

Le colonel Niiva est dans son bureau du hangar. Il est assis dans son fauteuil et ploie légèrement sa badine entre ses mains. En face de lui, se tient l'ingénieur albinos

- Votre projet avance bien, annonce l'ingénieur. Nous avons fini plusieurs systèmes.

- Parfait, parfait.

- Dans quelque temps nous pourrons commencer sa structure, hésite l'albinos.

- Un problème, demande Niiva en se redressant.

- Devons-nous faire l'assemblage ici ? Votre projet doit rester secret d'après ce que j'ai compris. Ne craignez-vous pas que quelqu'un le découvre parmi les autres Gats à ce stade ?

Le colonel pose sa badine sur le bureau.

- Cela pourrait être ennuyeux en effet, mais il n'y a aucun autre lieu pour l'assembler.

L'albinos déjà pâle semble blanchir encore plus.

- Si des questions vous sont posées sur mon projet, envoyez-moi les personnes, reprend le colonel. Je me chargerais d'eux.

L'ingénieur ne semble pas tellement plus rassuré. Du coin de l'œil, le colonel voit le commandant entré dans le hangar.

- Retourner à votre labeur, fait Niiva.

L'albinos se lève puis se retourne vers la porte, il marque un temps d'arrêt en voyant Vesta approché. L'ingénieur ouvre la porte au moment où le commandant n'est plus qu'à quelques mètres. Il s'écarte pour la laisser passer avant de quitter la pièce pour rejoindre le groupe d'ingénieur en refermant la porte.

- Que pense le docteur Krema de ce nouvel échec, demande Niiva en s'installant dans son siège.

- Je l'ignore, répond Vesta avec une légère grimace. Je ne suis pas entrée en contact avec lui.

- Devons-nous continuer l'assemblage des machines en cours ou attendre des modifications ?

Le commandant serre les poings alors que le colonel se met à jouer nonchalamment avec sa badine.

- Nous continuons pour l'instant. Je suppose que le docteur analyse le combat. Il nous donnera ses conclusions en temps voulu.

Niiva n'affiche rien, mais intérieurement, il jubile.

Sur l'un des navires en orbite, la sauterelle géante se trouve dans son laboratoire de recherche. Le docteur Krema est en pleine analyse du combat comme le pensait Vesta.

- Je ne comprends pas, fait la voix synthétique de la sauterelle géante. Comment avons-nous pu perdre le combat. La machine, l'interface neurale. Tout était parfait ! Il ne reste plus qu'une possibilité ! Je ne vois que cela ! Cela vient du cerveau du pilote choisi. Ce pilote ne devait pas remplir toutes les conditions.

Le général Zota sort de ses quartiers, il marche dans le couloir. Machinalement, il tourne les yeux vers l'extérieur en passant à côté d'une fenêtre. Il cesse de marcher en apercevant la garde personnelle de Chronaris éparpillée sur un morceau de pelouse du jardin. Cela l'intrigue, il s'approche de la grande fenêtre pour voir ce qui se passe. Il cherche où peut bien se trouver l'homme masqué, après un instant, il finit par le trouver au milieu du carré de pelouse.

- Mais que fait-il, se demande Zota.

De l'endroit où il se trouve, il ne voit pas bien ce qui se passe. Il revient donc sur ses pas pour trouver un meilleur point d'observation. Une fois la bonne fenêtre trouvée, le général ouvre en grand ses yeux, il ne s'attendait pas à un tel spectacle. Chronaris se tenant debout avec en bras tendu avec des oiseaux venant dans sa main.

- Qu'est-ce que cela signifie, s'étonne Zota. Depuis que je suis à son service, c'est bien la première fois que j'assiste à ce genre de chose. Qu'est-ce qui motive cette attention ? Aurait-il perdu l'esprit ou a-t-il réellement un moyen imparable de vaincre Goldorak ?

Le général reste ainsi à s'interroger sur cet étrange spectacle.

Sur la base lunaire, le prince Procius ne se prélasse pas au soleil. Ce dernier est couvert d'un mélange de sueur et de graisse, car il se trouve dans les profondeurs de la soucoupe porteuse. Allongé sur le dos dans un conduit étroit, il repousse un cylindre qui émet un bruit sec de fermeture.

- Voilà, soupire Procius. Encore un circuit de vérifier.

Il pousse sur ses jambes pour glisser dans le conduit.

- Je me demande pourquoi on a pas encore pensé à un robot de maintenance pour passer dans ses conduits.

Procius cesse de se mouvoir, il est en face d'une boite de relais.

- Allez ! On continue !

Dans le bureau du hangar secret, l'ambiance est pesante. Le colonel et le commandant sont installés à leur bureau respectif, mais n'échangent pas un mot. Le silence est rompu, quand la console informatique de Vesta émet un signal la prévenant de l'arrivée d'un message. Niiva fait comme s'il n'avait pas entendu, mais il regarde discrètement en direction du bureau du commandant. La femme à la chevelure rose pianote sur la console.

- Un message du docteur Krema, annonce-t-elle. Sûrement son rapport sur le combat.

- Je suis impatient de connaître ses conclusions, fait Niiva en levant la tête.

Vesta ouvre le message et commence à la lire silencieusement.

- Alors ? Que dit-il, s'impatiente le colonel.

- D'après lui, nous n'avons pas perdu le combat suite à un souci technologique, résume Vesta.

- Que suggère-t-il ? Quelle est la cause de cette défaite dans ce cas ?

- Le pilote.

- Le pilote ! Mais ! Il n'y en a plus, s'exclame Niiva.

- Le cerveau du pilote choisi pour être exact. Il nous suggère de modifier les critères de choix.

- Il me semblait que c'était le professeur Krema qui avait choisi ces cerveaux. Non ?

- En effet, confirme Vesta avec embarras.

Le colonel sourit intérieurement.

- Propose-t-il de nouveaux critères, reprend Niiva.

Vesta poursuit sa lecture du message.

- Il propose quelques voies à explorer, mais rien de définitif.

- Si je comprends bien, nous gardons les machines en état, mais nous devons trouver de nouveaux pilotes plus compétents pour les décérébrer ?

- C'est à peu près cela, admet à contrecœur le commandant.

- Pensez-vous que notre maître Chronaris va permettre une nouvelle sélection ?

- Je l'ignore, répond Vesta sèchement. Il faut que je l'informe de la chose.

Le commandant ferme le message électronique, en levant les yeux du moniteur, la femme remarque que le colonel la fixe du regard.

- Que se passe-t-il, lui demande-t-elle.

- Rien, je me demandais quand vous alliez parler avec Chronaris.

- Vous pensez que c'est urgent ?

- À vous de voir, répond Niiva en haussant les épaules. C'est pour savoir si nous devons continuer les assemblages en cours.

Vesta claque ses mains sur le dessus du bureau en se levant.

- Je vais demander une audience immédiatement, annonce-t-elle en tentant de garder son calme.

Le commandant réajuste sa tenue pour reprendre contenance.

Dans la cavité servant de salle de réunion pour la résistance, le roi Actarus et le cinquantenaire discutent.

- Je dois faire une nouvelle apparition, déclare le roi.

- Vous n'y songez pas, s'exclame numéro un. Vous avez vu ce qui s'est produit il y a quelques jours ! Nous avons eu beaucoup de chance que votre pilote arrive à temps ! Je n'ose pas imaginer ce qui se serait produit.

- Certes, Goldorak est arrivé à point nommé, mais je n'aurais jamais pensé que Chronaris enverrait une machine de combat sur la place. Je pensais qu'il sauterait sur l'occasion pour me capturer à nouveau.

- J'ai plus l'impression qu'il songe plus à vous éliminer maintenant qu'à vous emprisonner.

- Je le crois aussi. Mais il est primordial que je montre au peuple notre détermination, la situation n'a que trop duré.

- C'est un fait que je ne peux réfuter, mais cela est trop risqué !

- Il faut prendre ce risque ! Nous aurons bientôt assez de monde sur toute la planète pour mener l'action commune.

- Vous ne craignez pas qu'en vous montrant régulièrement Chronaris soit plus sur ses gardes et augmente le volume de ses troupes au sol ?

- C'est un risque que nous devons courir, soupire Actarus.

- Vous savez comme j'ai hâte que notre monde soit libre, fait le quinquagénaire en secouant la tête. Mais je vous supplie de renoncer à votre projet du moins pour le moment. Laissons à l'envahisseur l'impression d'avoir le contrôle.

- Il faut savoir ce que vous voulez. Il y a peu, vous critiquiez mon inaction et maintenant vous souhaitez me brider dans mes actions !

- J'en suis conscient ! Mais vous avez réussi à coordonner toutes les cellules pour cette future action commune. Je dois bien l'admettre, j'aurais bien été incapable de le faire. Je crois bien que je n'aurais jamais eu l'idée d'une action d'une telle grandeur.

Actarus esquisse un sourire.

- Ne vous sous-estime pas, fait le roi. Je suis persuadé que vous auriez trouvé quelque chose à faire.

- La flatterie ne vous mènera à rien, Votre Majesté.

- Je n'en doute pas. Mais il est de mon devoir de tout faire pour libérer la planète, insiste Actarus.

- Tout comme moi, de vous garder en sécurité, déclare le cinquantenaire.

Le roi reste silencieux quelques secondes avant de répondre.

- Je vous comprends. Mais rien ne nous empêche de préparer une action ?

- Effectivement, admet le cinquantenaire. Qu'avez-vous donc en tête ?

- Rien de bien précis.

- Je commence à vous connaître. Quand vous dites cela, c'est que vous savez déjà ce que vous souhaitez faire !

Procius est toujours dans la révision de Goldorak, il est passé de la soucoupe à l'intérieur du robot géant. Le prince a dans les mains un appareil de mesure qui lui permet de vérifier les circuits électriques de sa machine quand son attention est attirée par un bruit. Procius cesse son activité pour écouter attentivement. Il entend une voix à l'extérieur. La voix semble l'appeler. Procius dépose l'appareil, il attrape une échelle de service qui grimpe le long du conduit.

- Prince Procius ! Votre seigneurie, hurle le capitaine Yamato.

Le prince arrive dans le poste de pilotage du robot, il appuie sur un bouton pour que la vitre se baisse avant de sortir la tête.

- Yamato, s'étonne-t-il. Pourquoi vous époumonez-vous ainsi ? Il se passe quelque chose de grave ?

- Nous avons reçu un bref message de notre vaisseau Kirigan.

- Et alors ?

- Le signal a été interrompu. Nous avons compris qu'il venait d'être intercepté par l'une des patrouilles spatiales de Chronaris.

En entendant cela, Procius saute du poste de pilotage pour rejoindre vivement le capitaine borgne.

- Vous n'avez pas d'autres détails, demande-t-il avec inquiétude.

- Nous n'en savons pas plus.

- Bien. Allons en salle de commandement. Vous avez leur dernière position ?

Le prince remarque le regard que lui lance le borgne.

- Qu'y a-t-il ?

- Vous ne désirez pas passer par vos quartiers avant, fait Yamato.

Procius le regarde sans comprendre.

- Vous ne voulez pas changer de vêtements.

Le prince se regarde alors et constate qu'il est couvert entièrement de salissure.

- Certes, admet le prince. Mais nous n'avons pas le temps pour cela.

- Comme vous le souhaitez votre seigneurie, répond le capitaine en haussant les épaules.

Les deux hommes quittent le hangar de Goldorak.

Le commandant Vesta attend devant les portes de la salle du trône. La femme fait les cent pas alors que les gardes lui barrent la porte. Cela fait plusieurs minutes qu'elle attend de voir Chronaris. Quand elle a demandé un entretien avec l'homme masqué, elle a été surprise que ce dernier ne le reçoive pas sur-le-champ, mais lui donne une audience dans la salle du trône. C'est bien la première fois que Chronaris refuse de la voir immédiatement et dans un lieu privé.

- « Pourquoi un tel changement ? Chronaris n'avait pas de doléances aujourd'hui à ce que je sache. Serais-je tombée en disgrâce pour qu'il me reçoive de façon si solennelle ? »

Enfin, les gardes s'écartent et la porte s'ouvre, Vesta s'attendait à voir sortir au moins une personne, mais il n'en est rien. Soudain, un vieil homme apparaît. Il se dirige vers le commandant.

- Le seign…, il s'interrompt un instant avant de reprendre. Le maître Chronaris est prêt à vous recevoir, annonce le chambellan.

Avec un geste de la main, il l'invite à pénétrer dans la salle du trône. Dès que Vesta a fait deux pas dans la pièce, le chambellan s'incline.

- Le commandant Vesta qui a sollicité une audience, annonce-t-il.

La femme au cheveu rose et surpris par tout ce cérémonial, elle cesse de marcher.

- Approchez commandant, fait Chronaris assis sur le trône.

La panthère mécanique est assise à côté de son maître, ses yeux fixent les mouvements de Vesta. Le commandant s'approche de l'estrade sur laquelle se tient le trône.

- Maître, fait la jeune femme en s'inclinant pour saluer.

- Tu ne t'agenouilles plus devant ton maître, remarque Chronaris.

Vesta pose un genou à terre.

- « Que se passe-t-il ? Cela fait des années que je ne me suis plus agenouillé devant lui ! Cela n'indique rien de bon, pense-t-elle. »

- Très bien, tu peux te relever, déclare le tyran.

Le commandant se redresse.

- Pourquoi voulais-tu me voir ?

- Maître. Je désirais vous entretenir au sujet du dernier combat contre notre ennemi, ce Goldorak.

- Comment expliquez-vous cet échec, demande sèchement Chronaris.

- « Cet entretien est sous de mauvais augure, se dit Vesta ».

La femme avale sa salive.

- Le professeur Krema a analysé le combat, annonce le commandant d'une voix neutre. Ses conclusions indiquent que le problème venait du cerveau sélectionné. Le pilote n'avait pas la compétence nécessaire pour vaincre notre adversaire.

- Cette défaite serait donc le résultat d'un mauvais choix ?

- En effet.

- C'est bien le professeur Krema justement qui a choisi ces cerveaux ?

Vesta se glace, c'est la deuxième fois qu'on lui fait remarqué que le choix des pilotes à décérébrer a été fait par le professeur.

- C'est exact, confirme le commandant. Mais il nous a envoyé une liste avec de nouveaux critères de sélection, s'empresse-t-il d'ajouter.

L'homme au masque reste silencieux, le commandant ne fait aucun mouvement.

- Et que proposez-vous, finit par demander le tyran.

- Le professeur suggère de faire une nouvelle sélection avec un nouveau cheptel de pilote.

- Vous souhaitez prendre de nouveaux pilotes ?

- Effectivement.

L'homme masqué se pousse contre le dossier du trône en se croisant les mains pour réfléchir. Il prend un long moment de réflexion en silence avant de répondre.

- Je n'abonde pas à votre requête. Vous devrez faire avec les cerveaux que vous avez à disposition.

- Bien. Je ferais suivant votre choix.

- Je vous fais confiance, mais je me demande si la cybernétisation des Gats était une bonne chose en fin de compte.

Vesta vacille sensiblement en entendant cette phrase.

- Je suis consciente que ces échecs répétitifs ont pu entacher votre confiance envers ce projet, mais je suis persuadée que grâce à ces modifications nous vaincrons Goldorak et son pilote.

- Je l'espère, répond Chronaris avec une légère menace dans la voix.

Le commandant reste planté devant le trône, l'homme au masque lui fait un geste de la main pour lui signifier de partir. Vesta salue avant de se retourner pour marcher vers la sortie.

- « Que se passe-t-il, se demande la femme au cheveu rose en marchant. Pourquoi est-il si distant avec moi ? Ai-je commis une grande erreur pour mériter un tel traitement ? »

Le commandant franchit la porte qui se referme juste derrière. Chronaris tourne la tête pour s'adresser à quelqu'un derrière lui.

- Vous aviez raison.

Une forme sombre apparaît derrière le trône.

- Je vous l'avais dit que le commandant aura une excuse parfaite pour cet échec, fait le général Zota en apparaissant.

- Vous avez eu raison de me prévenir et de me montrer ce rapport.

Le général reste sobre, mais les coins de ses lèvres s'élargissent par un petit sourire.

- D'après les analyses que j'ai faites effectuées, annonce Zota. Les Gats cybernétisés sont certes plus puissants et rapides dans leurs actions, mais ils sont aussi plus fragiles. Je crains que ni le docteur Krema, ni le commandant Vesta n'aient pas remarqué ce défaut.

- Vous avez bien fait d'ordonner cette analyse.

- Je vous remercie, maître.

- Je sais que vous me serez toujours fidèle.

- Absolument, répond Zota en s'inclinant respectueusement.

Alors qu'il est incliné, le général se dit qu'il vient de remporter une petite victoire sur Vesta.

- « Voilà, pense-t-il. Vesta est sûrement ébranlée par la façon dont elle vient d'être reçue. De plus, Chronaris n'a plus une confiance aveugle envers elle. Ce n'est que le début de ma vengeance ! »

Une image fugace passe devant les yeux du général. Il y voit son fils éclatant de rire en compagnie du capitaine Logs.

Mizar est à cheval, sa monture trottine tranquillement sur un chemin de terre. Au bout du chemin, une maison apparaît lentement. Mizar immobilise sa monture devant la bâtisse avant d'en descendre. Il attache la bête à la clôture avant de jeter un regard à la façade aux volets clos.

- Il semblerait que je sois arrivé le premier, constate-t-il.

L'homme contourne sa monture pour pousser le petit portail. Il commence à faire le tour extérieur de la maison. Un bruit de moteur en approche attire son attention. Mizar regagne alors le portail, un véhicule approche en soulevant un léger nuage de poussière. Une vieille jeep militaire se gare devant la clôture.

- Je suis en retard, demande Alcor en sortant du véhicule.

- Je ne crois pas. Je suis arrivée, il n'y a que peu de temps.

Le professeur jette un regard à la propriété.

- L'équipe que j'ai envoyée a bien nettoyé le terrain, déclare Alcor.

- Et pour la maison ?

- Je ne sais pas, répond le professeur en fouillant ses poches. Je n'avais pas retrouvé les clefs au moment où ils sont intervenus. D'ailleurs dans quelles poches je les ai mises encore !

Il tâte les poches de sa veste, de son pantalon. Finalement, il trouve les clefs dans l'une des poches intérieures de sa veste sous le regard amusé de Mizar.

- Voilà ! On va pouvoir voir dans quel état est l'intérieur.

Alcor passe en premier pour ouvrir la porte de la maison qui appartenait au professeur Procyon. La clef peine un peu dans la serrure, la porte grince en s'ouvrant. Les deux hommes entrent dans la maison vide. Alcor actionne un interrupteur près de la porte, la lumière surgit. Une odeur de renfermer envahit leurs narines. Le mobilier est recouvert de drap ou de bâche. Mizar regarde le sol, il est recouvert d'une fine couche poussiéreuse.

- Faudra un bon coup de nettoyage, commente Alcor.

- En effet, confirme Mizar. Bon, on fait le tour ? Voir s'il y a des travaux à faire.

- En avant, lance le professeur.

Les deux hommes commencent à explorer la maison.

Les portes de la salle de commandement de la base lunaire s'ouvrent. Procius et Yamato surgissent dans la pièce. Le prince est venu directement du hangar, il porte donc ses vêtements recouverts de salissure. Quelques soldats restent interloqués en voyant cela. Le capitaine Knoch se tient au centre de la pièce, il fixe un écran montrant une carte stellaire du secteur.

- Le vaisseau Kirigan nous a-t-il contactés, demande le prince.

- Aucune nouvelle depuis son message, répond Knoch en regardant le prince.

Le capitaine du vaisseau royal est surpris en voyant la tenue négligée du prince.

- J'étais en pleine maintenance de Goldorak, annonce Procius. Vous avez sa dernière position connue ?

- Oui, la voici.

Knoch pointe du doigt un point lumineux sur l'écran. Sur la carte, il y a aussi des tracés rouges en forme de paraboles qui indiquent les routes connues des patrouilles de forces de Chronaris.

- Vous êtes bien certain qu'ils ont dit qu'ils avaient à faire avec une patrouille de Chronaris, demande Procius.

- Le lieutenant Sito a repassé plusieurs fois l'enregistrement.

- C'est étrange, fait le prince en se frottant le menton. Nous n'avons jamais recensé un circuit de patrouille dans ce secteur. Le vaisseau se trouvait à plusieurs Parsecs des chemins de patrouille connue.

- C'est tout à fait exact, confirme Yamato.

- Une patrouille égarée, propose Knoch.

- Possible. Ou de nouveau circuits que nous ne connaissons pas encore.

- Quoi qu'il en soit, intervient Procius. Nous devons savoir ce qui se passe pour notre vaisseau de ravitaillement ! Nous ne pouvons pas rester là dans l'incertitude.

- Nos réserves ne sont pas vides, et le jardin hydroponique fonctionne bien, fait Knoch. Nous avons encore des vivres pour plusieurs semaines.

- Je le sais. Ce n'est pas la nourriture ou les pièces détachées qui m'inquiètent. C'est l'équipage et surtout qui a intercepté le vaisseau.

- Vous comptez y aller avec Goldorak, demande Yamato avec une légère inquiétude.

- Non. Du moins pas dans l'immédiat. Si c'est vraiment une patrouille de Chronaris qui a accosté le vaisseau, il est inutile de les alerter. Il ne faut pas qu'ils fassent le rapprochement.

- Qu'allez-vous faire dans ce cas, demande Knoch.

Procius se dirige vers une console, ses doigts volent dessus, une carte s'affiche sur le moniteur. Deux points clignotent, l'un est la dernière position du vaisseau et l'autre la Lune d'Euphor. Le prince réfléchi un instant, puis une fenêtre surgie sur l'écran, il y entre des formules et des chiffres.

- En installant deux réservoirs supplémentaires, je dois pouvoir faire l'aller-retour, marmonne-t-il.

- Qu'avez-vous en tête, demande le capitaine borgne.

- Je vais aller voir ce qui se passe, déclare le prince en levant la tête.

- Mais comment, s'exclame Knoch. Vous ne vouliez pas y aller avec Goldorak. Le Xanta n'est pas encore réparé et le vaisseau royal ne peut plus voler, il a été dépouillé de ses systèmes pour faire fonctionner la base !

- Avec la navette miroir, tout simplement, sourit Procius. Même si le vaisseau royal pouvait voler, je ne l'aurais pas pris, autant me livrer directement à l'envahisseur.

- La navette miroir n'est pas prévue pour une si longue distance, remarque Yamato.

- En effet. Il va falloir lui adjoindre deux réservoirs auxiliaires.

- Vous êtes certains que ce sera suffisant ?

- En théorie. Il ne faut pas que je fasse de gros détours.

Alcor et Mizar ont fait le tour de l'ancienne propriété du professeur Procyon. Ils sont sur le pas-de-porte. Le professeur Alcor referme à clef la porte.

- Je craignais qu'elle soit en plus mauvais état, commente Mizar. Depuis le temps qu'elle n'est plus habitée.

- Comme je te l'ai dit au téléphone. De temps en temps, une équipe du centre vient vérifier son état. Mais j'avoue, cela fait des années que je n'y avais mis les pieds.

- Quelques fissures par-ci par-là. Le papier peint défraîchi et qui se décolle par endroits.

- Je vais envoyer une équipe pour boucher les fissures et refaire la peinture, annonce Alcor. Et surtout faire le ménage !

- Merci. Mais laisse leur quelque chose à faire quand même.

- Le plus gros sera fait, sourit le professeur. Dai et Kohumé changeront la tapisserie quand ils le pourront.

- Alors, faisons comme cela, déclare Mizar en tendant la main à Alcor.

- Conclu, répond le professeur en serrant la main.

Le commandant Vesta marche dans les couloirs du palais, la contrariété se lit sur le visage de la femme. Elle s'engouffre dans le corridor qui conduit au hangar secret du palais. Le commandant traverse le hangar sans jeter un regard aux Gats qui sont en assemblage. Vesta entre violemment dans le bureau du colonel. La femme se jette sur son fauteuil de bureau. Assis derrière son bureau, le colonel Niiva jette un regard dans sa direction.

- Quelque chose ne va pas, demande-t-il. Votre entrevue avec Maitre Chronaris ne s'est pas bien déroulée ?

Vesta ferme les yeux avant de répondre.

- On peut dire cela, fait-elle. Chronaris a écouté les conclusions que m'a transmises le docteur Krema.

- Et alors ?

- Il refuse une nouvelle sélection. Nous devons faire avec les cerveaux que nous avons à notre disposition.

Le colonel est surpris par cette décision. Il affiche un visage déconfit, mais au fond de lui, il est ravi par cette décision.

- « Surprenant de la part de notre maître, pense-t-il. N'aurait-il plus confiance dans la cybernétisation de nos machines ? Si c'est bien le cas, cela arrange grandement mes affaires. »

Vesta tourne le regard vers la chaîne de montage, le colonel le remarque.

- Que devons-nous faire avec les machines en cour, demande Niiva.

La femme au cheveu rose se retourne vers lui.

- Nous ne changeons rien. Nous continuons suivant les plans précédemment établis par le docteur Krema.

Le colonel se lève en affichant un air faussement contrarié.

- Bien. Bien. Bien, lance-t-il en faisant tournoyer sa badine. Si notre maître nous en donne l'ordre. Nous ne changeons rien, je vais donc demander à notre équipe de terminer au plus vite les Gats qui sont en assemblage. Nous devons être prêt en cas d'une nouvelle visite de Godlorak.

Le roi et le cinquantenaire sont dans la cavité servant de salle de réunion. Numéro un est debout et agite les bras.

- Soyez sérieux ! Vous ne pouvez pas faire une nouvelle allocution en public, s'énerve le quinquagénaire. Et d'ailleurs ! Qu'avez-vous donc à dire au peuple ?

- Je veux révéler que Chronaris réduit volontairement l'approvisionnement en énergie, déclare Actarus calmement. Dans le but de contraindre le peuple et de perdre confiance en la royauté.

- Inutile de le révéler, une majorité du peuple le pense déjà, soupire numéro un.

- C'est fort probable, mais en le proclamant ouvertement, je montre ma détermination à combattre l'envahisseur et j'affiche au grand jour la fourberie de l'envahisseur. Ainsi, je confirme ce que pense une partie de la population, mais cette fois tout le monde sera au courant ouvertement.

Le cinquantenaire s'assoit avec résignation.

- Je crois comprendre. C'est une stratégie politique ?

- En quelque sorte, fait le roi en souriant.

- Je vois, enfin je pense. Mais faites une intervention sur les ondes, je vous en conjure, ne prenez pas le risque de vous faire capturer ou tuer par l'ennemi.

- Je prends acte de vos remarques.

- Car si vous êtes capturé à nouveau ou tué, j'ignore comment le peuple réagira.

- Soit, la planète entière sera en révolte ou aura perdu tout espoir et sera résignée, annonce froidement le roi.

- Les extrêmes, remarque le cinquantenaire.

Procius se trouve dans le hangar de la navette miroir. Il tient entre ses mains une grande feuille déroulée sur laquelle se trouve le plan des modifications à effectuer sur le véhicule. Le prince montre le plan à deux techniciens.

- Est-ce réalisable, demande Procius.

Les deux hommes regardent le plan un long moment avant de répondre.

- Cela ressemble plus à du bricolage qu'à une vraie modification, fait l'un des hommes.

- Nous pouvons le faire, mais…

- Mais quoi, fait le prince.

- Je ne pense pas que nous ayons le matériel pour rendre invisibles ces réservoirs auxiliaires.

- En effet, grimace Procius. Cela peut poser un problème, mais je m'en passerais, tranche-t-il. J'ai absolument besoin de ces ajouts afin de pouvoir faire le trajet. L'occultation de la navette sera-t-elle toujours fonctionnelle ?

- Théoriquement, il devrait, déclare l'autre technicien. Nous n'avons pas à intervenir sur le système.

- Mais si vous occultez la navette, cela ne va-t-il pas paraître étranges deux réservoirs flottant dans l'espace, remarque le premier technicien.

- Ils ne sont pas si gros que cela, avec de la chance personne ne les remarquera, répond Procius en souriant.

- Possible.

- En combien de temps pouvez-vous faire les changements ?

- Nous devons avoir tout le matériel. Si nous ne rencontrons aucun problème, je dirais entre cinq et sept heures.

- Bien ! Tâcher de le faire en cinq heures, déclare le prince. Il faut que nous connaissions rapidement la situation de notre équipage sur le vaisseau Kirigan.

- Nous ferons le plus vite possible.

C'est la fin de l'après-midi, le soleil couchant éclaire la pièce dans laquelle se tient le tyran. Chronaris se tient debout devant l'une des fenêtres de son bureau, il regarde dehors avec les mains dans le dos, la panthère mécanique est allongée devant la porte d'entrée. Soudain, l'animal dresse une oreille avant de se lever juste avant qu'on frappe à la porte.

- Entrez, lance l'homme au masque en se retournant.

La porte s'ouvre pour laisser entrer le général Zota.

- Vous m'avez demandé, maître, fait Zota en saluant.

- Prenez place, répond le tyran en désignant un siège de la main.

Le général Zota s'installe dans le siège alors que l'homme masqué actionne un bouton sur sa console de bureau. Les vitres deviennent opaques. Le général s'interroge, mais reste neutre en voyant cette manœuvre inattendue.

- Je me méfie d'éventuel espion, fait Chronaris.

L'homme masqué actionne une autre commande, une carte est alors projetée sur l'un des murs du bureau.

- Qu'est-ce donc, questionne Zota.
Le tyran se retourne vers le général, la partie souriante de son masque semble sourire plus qu'à l'accoutumée.

- Votre prochaine mission, lance le tyran.

- Je ne comprends pas.

- Voici la carte d'un village qui est très éloigné de la capitale. En faite, reprend le tyran. Il s'agit plus d'une ville en milieu rural.

- Bien, mais j'avoue que je ne comprends ce que vous attendez de moi ?

- Je veux que vous envoyiez discrètement des troupes cerner cette ville, s'exclame Chronaris.

- Pour quelles raisons ? Abriterait-elle un ou plusieurs groupuscules résistants ?

- Aucune idée, fait Chronaris en levant les bras.

- Mais alors ?

- Cette ville sera un appât !

- Un appât ?

- Pour attirer Goldorak ! Une fois que les troupes seront en place, elles cerneront la ville et garderont la population à l'intérieur du périmètre. Alors, je lancerais un ultimatum au roi.

- Un ultimatum !

- Oui ! Il devra se rendre rapidement ou la ville sera rasée de la surface avec tous ces habitants ! Il y a fort à parier que Goldorak fera son apparition ! Je ferais d'une pierre deux coups !

- Les troupes ne seront pas suffisantes pour faire cela, proteste Zota.

Chronaris balaie la remarque d'un geste de la main.

- Un Gat vous sera fourni pour cette mission, annonce le tyran.

- Quelle est l'échéance pour cette action ?

- Je veux pouvoir lancer mon ultimatum demain matin !

- C'est un peu court, mais je vais faire de mon mieux pour que tout soit en place, conformément à votre souhait.

- Je n'en doutais pas, s'exclame joyeusement Chronaris.

Le tyran appuie de nouveau sur une touche de fonction sur son bureau, les vitres redeviennent claires. À l'extérieur, le soleil finit de se coucher.

Le général a compris que l'entretien était fini, il se lève donc de son siège. Il salue son dirigeant avant de quitter le bureau.

- Il faut que tout soit prêt pour demain matin, fait-il dans le couloir. Comment vais-je réussir cela ? Va-t-il réellement réussir à attirer le roi et Goldorak avec cette menace ?

Zota réalise qu'il parle à haute voix dans le couloir. Il se met alors en marche.

La base lunaire est passée en mode nocturne. Procius est dans ses quartiers, il travaille sur sa console pour établir une route pour rejoindre la zone ou le vaisseau Kirigan a lancé son message d'alerte.

- Il va me falloir deux heures à pleine vitesse pour y arriver, soupire le prince.

Il regarde l'heure, il constate qu'il est près de minuit.

- La navette n'est pas encore prête. Je vais m'allonger un peu en attendant. Cela ne devrait plus tarder.

Procius se lève pour rejoindre son lit sur lequel il s'allonge sans retirer ses vêtements. Allongé sur le dos, il fixe le plafond.

- Pourquoi des patrouilles se trouveraient-elles aussi loin d'Euphor ? C'est vraiment très étrange ! Et pourquoi le vaisseau n'a pas été escorté jusqu'à la planète s'il a été arraisonné par une patrouille ?

Le roi et numéro un sont toujours dans la salle réunion alors que le silence remplit le reste des sous-terrains qu'occupe la résistance. Tout le monde dort, ou presque tout le monde.

- Nous diffuserons, comme la dernière fois, votre message sur toute la planète, déclare le cinquantenaire. Nous avons déjà réussi cela. Notre équipe de piratage informatique a même trouvé le moyen d'utiliser les émetteurs ennemis pour envoyer notre signal.

Actarus ouvre les yeux.

- Si vous avez réussi cela, nous pouvons écouter leurs communications !

- Hélas, pas complètement, fait tristement numéro un.

- C'est-à-dire ?

- Nous entendons les communications en clair, mais pas les cryptées. Nous arrivons à avoir quelques informations par les communications non encodées, mais nous n'avons pas encore cassé le système de cryptage.

- Dommage, fait tristement le roi.

- Nous devons trouver un endroit neutre d'où vous pourrez faire votre discourt.

- Neutre ?

- Oui, un lieu qui ne sera pas facilement identifiable, un lieu commun, neutre.

- J'ai compris. Un lieu qu'aucun détail ne peut identifier sans l'ombre d'un doute. Pourquoi pas simplement dans un lieu sombre avec uniquement un éclairage sur moi ?

- En toute simplicité, plaisante le quinquagénaire.

Procius a les yeux clos sur son lit, il sursaute quand un appel arrive dans ses quartiers. Le sommeil est tombé sur le prince sans prévenir alors qu'il était étendu sur le lit. Il actionne un bouton près de lui.

- Procius, j'écoute, articule-t-il d'une voix endormie.

- Prince, nous avons fini les modifications de la navette.

- Elle est prête à décoller, demande-t-il complètement réveillé.

- Nous faisons le plein en ce moment.

- Parfait ! J'arrive !

Procius coupe la communication avant de bondir du lit. Il sort en courant de ses quartiers. Il traverse la base rapidement, à peine quelques minutes plus tard, il débouche dans le hangar où se trouve la navette miroir.

Les techniciens viennent juste de finir de remplir la navette, ils sont en train de retirer les tuyaux. Le prince s'immobilise devant des casiers, il en ouvre plusieurs avant de trouver une combinaison de vol militaire sous le regard surpris des techniciens. Il retire les insignes et les armoiries afin de ne pouvoir être identifié en cas de problème. Une fois cela fait, le prince rejoint la navette avec un casque sous le bras.

- Aucun problème a signalé ?

- Nous avons fait des tests rapides comme vous êtes pressé, fait l'un des techniciens. Nous n'avons détecté aucun souci.

- Comme nous vous l'avions annoncé, fait le second technicien. Nous n'avions pas le matériel nécessaire pour camoufler les réservoirs auxiliaires.

- Ne vous en faites pas pour cela, rassure Procius. Je ferais avec.

Il pose sa main libre sur l'épaule du technicien de façon rassurante puis il sourit aux deux hommes.

- Merci pour tout, je sais que je vous ai demandé beaucoup, déclare Procius.

Il retire sa main de l'épaule du technicien puis il grimpe dans la navette.

- En avant, lance Procius en mettant son casque.

Les deux techniciens s'éloignent de la zone de décollage.

- Ici, navette miroir, fait le prince à la radio. Demande autorisation de quitter de la base.

- Ici le contrôle. Patouille en approche, patientez deux minutes.

Procius grimace dans son casque. Il a l'impression que les minutes durent plus longtemps.

- Contrôle à navette miroir. Vous pouvez y aller, aucun vaisseau dans les parages.

La navette s'élance rapidement vers la surface de la lune. Dans la salle de commandement, le capitaine Yamato suit sur l'un des moniteurs le départ de la navette.

Procius entre les coordonnées de la zone où doit se trouver le vaisseau Kirigan. La navette change de cap et s'éloigne de la lune.

- Si tout se passe bien, fait Procius dans son casque. Je saurais ce qui se passe dans environ deux heures.

La nuit recouvre le palais royal depuis plusieurs heures déjà. Le général Zota est assis sur le siège central de la salle de commandement. Sur un écran il suit le mouvement des troupes qui doivent encercler la ville choisie par Chronaris. Sur un autre moniteur, la trajectoire de vol du Gat est affichée. Le général profite de l'obscurité de la nuit pour faire voyager l'œuf sombre en toute discrétion ainsi que les troupes au sol. L'assaut sur la ville est prévu dans quelques heures. La population aura la surprise au réveil de découvrir l'encerclement de la cité. Zota porte sa main devant sa bouche pour masquer un bâillement, le contour de ses yeux est rougi par la fatigue.

- « Tout se déroule bien pour l'instant, pense-t-il. Tout sera parfaitement en place pour que Chronaris lance son ultimatum dans quelques heures. »

La navette miroir réduit sa vitesse, à l'intérieur, Procius ajuste le radar.

- Je ne devrais plus être très loin de la dernière position connue du vaisseau.

Il quitte l'écran des yeux pour scruter le vide spatial. Son regard ne rencontre rien de particulier qui attire son attention. Il retourne donc son attention sur le radar pendant que la navette poursuit sa trajectoire. Après de longues minutes, le radar affiche un écho puis plusieurs.

- Il y a un groupe de navire dans ce secteur, constate-t-il. Mais je suis encore trop loin pour avoir plus d'information. Je vais devoir m'en approcher.

Procius entre de nouvelles données dans le système de pilotage de sa navette. Celle-ci change sensiblement de cap. La distance entre les contacts et la navette se réduit rapidement.

- Il serait sûrement plus prudent de se rendre invisible.

Le prince actionne le camouflage optique de la navette miroir. Le vaisseau disparaît bien, mais les deux réservoirs auxiliaires sont bien visibles. Procius les voit tout proches de lui.

- Se serait réellement un manque de chance que quelqu'un les remarque !

La navette s'approche de la zone, Procius réduit au maximum les propulseurs et profite de l'inertie du vide intersidéral pour que son vaisseau se rapproche furtivement. Le radar affiche une vingtaine de points. L'un d'eux est le vaisseau Kirigan, il en est certain, car il a reconnu la signature.

- Sur quoi vais-je tomber ?

La navette miroir s'approche en toute discrétion. Le prince peut apercevoir de ses yeux le vaisseau Kirigan. Ce dernier est entouré de navette, mais en y regardant bien, Procius découvre une dizaine de navettes alors que le reste est composé de petits vaisseaux cargo.

- Qu'est ce que cela signifie !?

Il prend les commandes pour s'approcher encore plus de la zone. Le prince découvre que la marchandise est transbordée du vaisseau Kirigan dans les petits cargos.

- Notre vaisseau a été abordé pour être dépouillé de son chargement, s'étonne-t-il. Ces soldats de Chronaris feraient de la contrebande ? Qu'est-ce que tout cela signifie !

Dans l'immensité de l'espace, deux réservoirs supplémentaires changent de cap sans que personne ne les remarque.

- Chronaris aurait-il lui aussi des problèmes de ravitaillement pour que ces soldats fassent de la contrebande ?

Alors qu'il se pose des questions sur ce qu'il vient de voir, Procius remet les propulseurs à faible poussé pour quitter la zone.

- Je verrais cela plus tard, pour le moment, il faut que je regagne la lune pour revenir avec Goldorak en espérant qu'ils soient encore là à mon retour.

Quand plus aucun écho n'apparaît sur le radar, la navette passe en propulsion maximale pour regagner sa base en quittant le mode d'occultation.

Les toits du palais d'Euphor se mettent à miroiter sous les premiers rayons du soleil levant. Le général Zota somnole à moitié sur le siège central dans la salle de commandement, il n'entend pas la porte qui s'ouvre dans son dos, il sursaute quand Chronaris s'adresse à lui alors qu'il est juste à ses côtés.

- Mes troupes et le Gat sont-ils en place, questionne l'homme au masque.

Le général se lève précipitamment, il chancelle un peu avant de rester droit pour saluer.

- Tout est paré. Les troupes n'attendent plus que votre ordre, annonce-t-il.

- Parfait ! Donnez l'ordre de cerner cette ville ! Je lancerais mon ultimatum dans dix minutes depuis la salle du trône !

- À vos ordres.

Chronaris se retourne pour quitter la pièce, la panthère mécanique l'attend devant la porte. Zota se retourne vers les moniteurs.

- Vous avez entendu, lance d'une voix puissante le général. Que toutes les troupes entrent en action !

La capitale se réveille doucement, le soleil commence à éclairer les rues qui sont quasiment désertes. Quelques patrouilles circulent ainsi que quelques rares badauds. Sur les écrans de la capitale, le visage de Chronaris apparaît. C'est la même chose sur toute la planète, dans tous les moyens de transmission. Les radios deviennent silencieuses jusqu'à ce que le tyran prenne la parole.

- Peuple d'Euphor ! Je suis Chronaris, votre suprême dirigeant ! Je m'adresse à vous tous afin de lancer un ultimatum à votre ancien dirigeant.

Chronaris lève sa main droite, son visage est remplacé par une vue aérienne d'une petite ville.

- Voici la ville de Clovic, reprend-il. Des troupes encerclent cette cité. Elle sera rasée de la surface de la planète ainsi que tous ses habitants si votre ancien dirigeant ne se livre pas dans les heures à suivre.

Le visage de Chronaris revient à l'image.

- Si a midi, heure de la capitale, l'ancien roi Actarus ne c'est pas livré, la ville et ses occupants ne seront plus que des cendres ! L'avenir de cette infime partie de la population est dans les mains de votre ancien dirigeant.

L'image du tyran disparaît, la neige envahit les écrans, les radios ne reprennent pas le cours de leur programme. Puis un décompte surgit sur les télévisions avec en arrière-plan des images montrant la ville sous la menace.

Dans la ville de Clovic, des cris de panique et des pleurs s'élèvent. Des personnes tentent de quitter la ville dès la fin de l'annonce. Les soldats ouvrent le feu sur les fuyards, beaucoup retournent vers la ville, mais d'autres, sous l'effet de la panique et du désespoir continu de courir en direction des militaires, ils sont alors abattus.

Chronaris se lève du trône, il s'étire.

- Il ne reste plus qu'à attendre tranquillement, s'exclame-t-il joyeusement. Je vais aller prendre mon petit déjeuner dans mes quartiers !

L'homme au masque est rejoint par sa panthère artificielle et sa garde personnelle. Ils sortent tous de la salle pour prendre la direction de l'aile dans laquelle réside Chronaris.

Actarus et le quinquagénaire n'ont pas dormi de la nuit, ils ont mis au point la prochaine intervention du roi. Les deux hommes se lèvent de la table quand la porte de la cavité s'ouvre violemment. Un homme arrive affolé avec une tablette informatique dans les mains.

- C'est grave, lance le nouveau venu.

- Que se passe-t-il, demande numéro un.

- C'est actuellement sur toutes les chaînes, répond l'homme en tendant la tablette.

Le cinquantenaire prend la tablette pour regarder ce qui affole tant ce résistant. Actarus regarde par-dessus l'épaule pour découvrir ce qui est sur l'écran. Les deux hommes voient le décompte et des plans aériens d'une ville.

- Je ne comprends pas, fait numéro un.

Le nouveau venu lui arrache des mains avant de pianoter sur la tablette avant de la tendre à nouveau.

- C'est passé il y a quelques minutes, annonce-t-il.

Le quinquagénaire et le roi découvrent alors l'ultimatum lancé par Chronaris. Leurs visages déjà blancs par la nuit à veiller deviennent encore plus clairs. Numéro un rend la tablette à son propriétaire.

- Qu'allons nous faire, lance numéro un.

- Je vais me rendre, je ne vois que cela, déclare calmement Actarus. Je ne peux pas délibérément laisser Chronaris anéantir cette ville !

Le cinquantenaire se retourne.

- Vous ne pouvez pas faire cela ! Que fera le peuple !

- Nous en revenons à ce dont nous avons parlé hier, rétorque le roi.

- Les extrêmes, murmure numéro un. Dans ce cas, tentons de gagner du temps ! Oui ! C'est cela ! Gagnons du temps pour que Goldorak puisse venir sauver la ville, lance-t-il avec espoir.

Actarus détourne la tête.

- C'est une solution, répond-il avec peu d'entrain. Mais pour cela, il faudrait que l'ultimatum soit arrivé jusqu'à lui et j'ignore si c'est le cas. J'ignore où il se trouve, je n'ai aucun moyen de le contacter.

- C'est exact, réalise numéro un en perdant espoir. Qu'allons-nous donc pouvoir faire ?

- Je vais prendre la parole, plus tôt que nous l'avions prévu, déclare le roi calmement.

La navette miroir commence ses manœuvres d'approchent sur la face cachée de la lune. Une ouverture discrète apparaît dans un cratère, l'ouverte se volatilise une fois que la navette l'a franchi. Procius pilote dans la galerie qui conduit au hangar. Quand il débouche dans le hangar, il voit qu'il est attendu par le capitaine Yamato. La navette pivote avant de se poser. Quand la verrière s'ouvre le prince en sort, le capitaine borgne est déjà à côté de la navette.

- Le vaisseau Kirigan a été abordé par une patrouille de Chronaris, annonce Procius en commençant à retirer sa combinaison de vol. Il y a des petits vaisseaux cargos dans lesquels ils transbordent notre marchandise. Je repars immédiatement avec Goldorak pour libérer le vaisseau et sauver ce qui pourra être sauvé de la cargaison.

- Ce n'est pas pour cela que je suis ici, fait gravement Yamato.

Procius finit de retirer la combinaison de vol militaire et dévisage le vieux militaire.

- Si vous n'êtes pas ici pour le vaisseau Kirigan, alors qu'est-ce qui vous amène ici ?

Yamato tend une tablette informatique.

- Cela s'est passé il y a environ une heure et demie, annonce le borgne.

Le prince prend la tablette entre ses mains, il découvre une vidéo en mode pause. Il appuie sur l'écran pour lancer la lecture.

- « Peuple d'Euphor ! Je suis Chronaris, votre suprême dirigeant ! Je m'adresse à vous tous afin de lancer un ultimatum à votre ancien dirigeant. Voici la ville de Clovic. Des troupes encerclent cette cité. Elle sera rasée de la surface de la planète ainsi que tous ses habitants si votre ancien dirigeant ne se livre pas dans les heures à suivre. Si a midi, heure de la capitale, l'ancien roi Actarus ne c'est pas livré, la ville et ses occupants ne seront plus que des cendres ! L'avenir de cette infime partie de la population est dans les mains de votre ancien dirigeant. »

Procius a regardé la vidéo sans afficher la moindre émotion, il regarde l'heure sur la tablette.

- Elle est à l'heure de la capitale ?

- La tablette, demande Yamato. Oui.

- Il ne manquait plus que cela ! Où dois-je aller en priorité ?! Sauver notre vaisseau ou sauver Clovic ?!

Le prince rend la tablette au capitaine avant de s'asseoir en tailleur à même le sol pour se prendre la tête entre les mains.

- Quel choix cruel ! Et le temps presse, s'exclame Procius.

En effet, il reste moins d'une heure avant l'échéance de l'ultimatum de Chronaris. Le cerveau du prince est à plein régime afin de déterminer la meilleure chose à faire.

Chronaris est à demi allongé sur le canapé se trouvant dans ses quartiers. Il tient dans sa main droite un verre rempli d'un liquide vert, son autre main est pendante. Au pied du canapé, est allongée la panthère artificielle, la main pendante lui effleure par instant le dessus du crâne. Dans un coin de la pièce, Alièna attend debout les instructions du tyran.

- Ma chère, fait subitement l'homme au masque. Dans peu de temps, tout ceci ne sera qu'un mauvais souvenir.

La jeune femme regarde le tyran, celui-ci fixe le plafond.

- Je vais peut-être réussir à faire d'une pierre deux coups. Ainsi, je serais débarrassé pour de bon de mes adversaires. Je pourrais alors diriger ce monde comme il se doit !

La fille du chambellan écoute les dires de l'homme masqué sans y prêter attention, sachant que ce dernier divague de temps à autre.

- Si tout se passe comme je le souhaite, continue-t-il. Goldorak et l'ancien roi ne seront plus qu'un souvenir !

Alièna ne peut s'empêcher de frissonner en entendant cela. Une inquiétude pointe au fond d'elle.

Chronaris se lève en s'étirant.

- C'est bientôt l'heure, déclare-t-il.

Le tyran se retourne pour avaler le contenu du verre avant de le poser sur une table. La panthère mécanique se lève pour suivre son maître quand il quitte ses quartiers.

Un petit groupe de résistant s'est installé dans une clairière avec du matériel de diffusion. Le roi se tient au centre avec le quinquagénaire.

- Je ne suis pas rassuré, déclare le cinquantenaire.

- Allons, c'est vous qui avez choisi ce lieu, remarque Actarus.

- Je sais, je sais, mais je me demande s'il est vraiment impossible à localiser.

- Nous n'avons plus le temps pour trouver un autre lieu. Le temps est presque écoulé.

Il ne reste que quelque petite minute avant qu'il ne soit midi à l'heure de la capitale.

- J'en suis conscient, répond le résistant. Je vais voir si tout est prêt.

Numéro un s'éloigne, Actarus le suit du regard un moment avant de vérifier sa tenue.

- Nous allons pouvoir commencer, lance le cinquantenaire de loin.

Le roi pousse un soupir discret avant de se redresser pour paraître bien droit.

Pendant ce temps, Goldorak surgit du cratère qui dissimule l'entrée de la base sur la face cachée de la Lune.

La garde personnelle de Chronaris entre dans la salle de commandement du palais, le tyran se trouve au centre. Le général Zota se lève du siège central, il a les traits marqués par la fatigue. L'homme au masque s'installe sur le siège central.

- Le roi s'est-il rendu, demande le tyran.

- Pas encore, répond le général. Il lui reste encore un peu de temps.

Chronaris regarde l'heure sur un moniteur.

- À peine quelques secondes, commente-t-il.

L'homme au masque tape des doigts sur les accoudoirs du siège comme pour égrainer les secondes restantes.

Le moniteur central a juste le temps d'afficher midi que l'image d'Actarus surgit sur l'écran.

- Peuple d'Euphor. Je suis votre roi et je réponds à l'ultimatum lancer par l'envahisseur. Je m'adresse à lui afin qu'il laisse en paix la ville de Clovic en échange de ma reddition.

Chronaris sourit sous son masque.

- Malheureusement, je ne me trouve pas proche de la capitale et je ne peux donc pas me rendre aux forces d'invasions pour l'instant. Je sollicite donc un délai de quelques heures afin…

- Il tente de négocier, s'exclame Chronaris. Quelle audace !

- … de pouvoir me rendre au palais pour me constituer prisonnier pour le bien…

La transmission est brutalement interrompue.

- Que se passe-t-il, demande le général. Rétablissez le signal, ordonne-t-il oubliant que c'est un signal pirate.

Les soldats présents dans la salle s'activent sur leurs consoles. L'un d'eux déclenche l'alerte. Le général ballait la pièce du regard pour savoir qui a déclenché le signal quand une voix s'exclame.

- Goldorak attaque les troupes à Clovic !

- Comment, s'exclame Zota.

Chronaris frappe des poings sur les accoudoirs.

- C'est ce que j'avais escompté, mais rien ne se passe comme prévu, grogne l'homme au masque.

- Pulvonium !

Les rayons violets partent du dessus des mains du robot, une section de soldat est touchée par les tirs. Goldorak reprend de l'altitude pour replonger de l'autre côté de la ville.

Acatrus remarque que les résistants regardent le matériel de transmission avec embarra. Numéro un s'approche.

- Inutile de continuer, fait le cinquantenaire. La transmission est interrompue.

- Comment ?

- Nous n'en sommes pas certains, mais il y aurait un brouillage.

- Un brouillage ! Mais qui…

Actarus se fige puis sourit.

- Je crois avoir ma petite idée, déclare-t-il.

Goldorak survole la ville de Clovic alors que le ciel s'obscurcit, de gros nuages sombres sont en approche.

- Étrange, remarque le prince. Il n'y a aucune navette qui m'attaque. Il n'y aurait que des troupes au sol ?

La soucoupe porteuse pique en direction d'un groupe de soldat de Chronaris.

- Pulvonium.

Les militaires s'enfuient en voyant Goldorak plonger vers eux. Procius passe juste au-dessus des fuyards, le souffle provoqué par la soucoupe soulève du sol quelques militaires ennemis. Subitement, le radar lui signale un contact. En levant les yeux de l'instrument, le prince découvre un œuf sombre qui surgit devant lui, il tire de toutes ses forces sur les commandes pour cabrer sa machine afin de passer par-dessus l'obstacle. Un éclair traverse le ciel, un orage éclate au-dessus de la ville.

- Quelle est la situation à Clovic, questionne Zota.

- Nous n'avons aucun contact avec nos troupes, annonce un soldat.

- Ce n'est pas possible !

- Non, lance Chronaris en serrant les accoudoirs. Ils ne vont pas tout gâcher une nouvelle fois !

- Cela aurait été trop simple, grince le prince en manoeuvrant. Surtout, que j'ai très peu de temps !

Le vent souffle fort, les éclairs zèbrent le ciel de toute part alors que l'œuf sombre se met à luire indiquant sa transformation en machine de combat.

- Sur quoi vais-je tomber cette fois !?

Les résistants ont rangé le matériel de transmission.

- Regagnons rapidement notre cachette, lance numéro un. Il ne faudrait pas qu'une escadrille nous repère !

Actarus s'approche du cinquantenaire.

- Vous avez des détails sur la situation à Clovic, demande-t-il avec angoisse.

- Tous les signaux sont brouillés. Impossible de savoir ce qui se passe !

- Il n'y a plus qu'à prier que tout se déroule bien dans ce cas.

Depuis le poste de pilotage de la soucoupe, le prince observe la transformation de l'œuf sombre. Une forme humanoïde avec une grosse tête ronde et une boule à la place de la main gauche la faisant ressembler à un fléau. La forme a un aspect végétal, comme s'il s'agissait d'une plante ayant une forme humaine avec des yeux félins orange.

- Comment vais-je vaincre cette chose !? J'ai beaucoup d'armes, mais je ne pense pas avoir de désherbant ! Auraient-ils trouvé l'arme ultime pour me battre ?

Procius plaisante pour masquer son impatience tout comme son inquiétude pour le vaisseau Kirigan.

Le prince manœuvre rapidement pour éviter la boule du fléau que son adversaire vient de lancer.

- Ce n'est pas passer loin ! Je vais l'attirer loin de la ville !

La soucoupe porteuse s'éloigne en direction de champs agricoles.

- Transfère !

Le siège de pilotage recule puis disparaît dans le conduit qui même au poste de pilotage situé dans la tête du robot géant. La soucoupe porteuse survole une grande étendue agricole.

- Parfait, le terrain est en jachère, je n'abîmerais pas de culture.

Procius vérifie que son adversaire est bien derrière lui.

- Autolargue !

Le robot géant quitte la soucoupe, un instant plus tard, ses pieds touchent le sol. Les éclairs et le vent redoublent accompagnés d'une pluie violente. La plante humaine touche à son tour le sol. Les deux adversaires se trouvent à une centaine de mètres d'écart, mais vu leurs tailles, cela ne représente quasiment rien. Les deux machines ruissellent sous la pluie qui tombe. Une chose étrange attire le regard du prince, l'énorme tête de son adversaire semble battre à la façon d'un cœur, il la voit grossir sensiblement puis reprendre sa taille précédente.

- À quoi peut bien servir cette fonction, se demande-t-il.

Pendant que son attention est sur la tête, il ne remarque pas que le bras droit de son ennemi s'étire à la façon d'une liane, la main touche le sol. La liane serpente sur le sol pour atteindre les pieds de Goldorak. La main se saisit d'un pied avant de tirer violemment. Le robot géant tombe sur le dos pendant que la plante bondit sur lui en lançant la boule se trouvant dans le prolongement de son autre bras.

- Mon attention était trop focalisée sur sa tête, lâche le prince acerbe.

Le robot géant roule sur le côté juste à temps pour éviter la boule qui s'écrase à l'endroit où se trouvait sa tête. Quand son adversaire bouge la boule, cela révèle un trou important causé par l'impact.

- Ça aurait pu faire très mal, s'exclame le prince en actionnant ses commandes.

Le bras liane est remonté le long de la jambe de Goldorak ce qui l'empêche de bouger librement, Procius le ressent dans les commandes.

- Il faut que je me dégage !

Le capitaine Knoch se trouve dans la salle de commandement de la lune. Il est penché par-dessus l'épaule de Rola pour regarder la console de communication.

- Alors, demande le capitaine en transpirant.

- Toujours rien ! Toutes les fréquences sont brouillées, cela perturbe même nos radars !

- Quelle en est l'origine ?

- Pas la moindre idée, ceci est apparu peu de temps après le décollage de Goldorak.

Le capitaine Yamato entre dans la pièce. Son homologue se tourne vers lui.

- Vous savez où est parti le prince ?

- Pas la moindre idée, répond le borgne avec tristesse. Il ne savait pas qui il allait sauver quand il est grimpé dans le cockpit.

- Le brouillage pourrait-il venir de lui, demande Knock à Rola.

- Possible. Nous ignorons tout ce que cette machine est capable de faire.

Knoch tourne la tête vers Yamato avec un regard interrogateur.

- Aucune idée, fait le borgne. Je ne suis pas dans le secret des dieux.

- Le seul point positif dans cette histoire, c'est que notre ennemi subit la même chose. Des rapports visuels indiquent qu'il n'y a plus aucun mouvement de vaisseau.

La liane qui remonte le long de la jambe de Goldorak s'est divisée en plusieurs fibres afin de recouvrir une plus grande partie du corps.

- Il faut que nous nous dégagions mon vieux, lance le prince. Si cette liane recouvre complètement la surface de Goldorak, nous manquerons de puissance ! Il n'y aura que les réserves pour alimenter la machinerie !

Si la liane recouvre entièrement le robot géant, ce dernier ne pourra plus absorber les photons environnants pour fonctionner à pleine puissance.

- Déjà que l'orage a réduit la quantité de photons disponible.

Goldorak tente de se dégager à l'aide de ses bras pour se redresser, mais l'orage a rendu le sol glissant. Les mains n'ont pas d'adhérence et s'écartent, le visage du robot s'écrase lourdement sur la terre en projetant des embruns de boue.

Le commandant Vesta entre en trombe dans la salle de commandement du palais. Chronaris se retourne et semble foudroyer du regard la jeune femme.

- Je viens d'apprendre que nous combattions Goldorak, déclare la femme aux cheveux rose.

L'homme au masque redirige son attention vers l'écran central pour suivre le déroulement de l'affrontement. Le commandant s'approche du centre de la pièce avec précaution.

Le colonel Niiva, lui aussi, a appris le combat, mais il le suit depuis son bureau dans le hangar secret. Le colonel regarde les déboires de Goldorak en grimaçant.

- Se pourrait-il en dépit de tout, que ce Gat vienne à bout de Goldorak.

Dans la salle de commandement, l'ambiance est tout autre. Chronaris se réjouit de voir son ennemi en difficulté. Le général Zota lui observe le combat tout en jetant un regard en coin à Vesta.

- « Pense-t-elle réellement que cette machine va vaincre Goldorak, ou est-elle venue assister au désastre, se demande-t-il. »

Le commandant a les yeux rivés sur le moniteur central et ne remarque pas l'étrange regard du général. Sur l'écran, le robot géant tente une nouvelle fois de se lever, mais le Gat végétal bondit sur lui pour atterrir sur ses hanches violemment avec son postérieur. À l'intérieur, Procius ressent un violent choc. La plante humaine est assise sur le dos de Goldorak, elle se penche en avant pour saisir l'un des pieds de son adversaire pour le tirer vers elle. Goldorak subit une prise d'entrave comme un catcheur sur un ring, il ne peut plus bouger au risque d'avoir la jambe broyée.

- Décidément, vocifère le prince. Ce n'est pas notre jour !

Le robot géant tente de soulever ses hanches pour faire basculer son adversaire, mais en vain, alors que le bras liane s'enroule autour de sa jambe captive.

- J'aurais dû regarder plus de combats de catch quand j'étais sur Terre !

Procius passe rapidement toutes les armes et fonctions du robot géant en revue afin de trouver une façon de se libérer, mais il ne trouve pas de solution. En réalité, il en a trouvé plusieurs, mais elles risquent toutes d'aboutir à la perte d'une jambe, mais il ne peut pas se le permettre, n'ayant pas le matériel ni l'endroit pour la remplacer. Le prince est toujours en pleine réflexion quand l'alerte résonne dans le poste de pilotage.

- Bon sang ! Mais qu'est-ce qui se passe, s'exclame-t-il.

Chronaris est silencieux, il fixe le moniteur. Tout le monde voit Goldorak incapable de se dégager.

- Il faut vite en finir, fait Zota. Avant que le pilote de Goldorak trouve un moyen de se dégager.

- Il est trop tard, commente Vesta.

Le général se retourne vers le commandant.

- Notre Gat ne devrait pas tarder à libérer une substance qui va corroder le blindage externe de Goldorak. Il sera alors à notre merci !

Zota reporte son attention sur l'écran.

Procius interroge ses instruments, il finit par découvrir que l'ordinateur de bord lui indique un danger sur la jambe captive, une acidité élevée a été détectée.

- Il faut que je me dégage à tout prix ! Ils tentent de fragiliser ma protection !

Le roi est à l'arrière d'un véhicule de transport de marchandises qu'utilise la résistance. À côté de lui, le quinquagénaire parle dans une radio portable.

- Quelqu'un a des détails sur le combat à Clovic, questionne-t-il.

Un silence puis une voix répond.

- La ville semble avoir été libérée, mais le combat c'est déplacé en dehors. Nous n'en savons pas plus.

Le cinquantenaire se retourne vers Actarus.

- Vous avez entendu ?

- Oui, confirme le roi avec un hochement de tête. La ville est libre, c'est le principal, maintenant, nous allons devoir attendre la fin du combat pour connaître le vainqueur. Goldorak a déplacé le combat dans une zone déserte pour épargner la population.

Goldorak subit toujours l'emprise de son adversaire qui l'immobilise. La substance qui suinte du bras liane de son adversaire dégage un léger filet de fumée en entrant en contact avec le blindage extérieur. La pluie cesse, les nuages se dissipent, un rayon de soleil passe par la vitre du poste de pilotage du robot géant. Le prince lève les yeux vers le ciel, il remarque que c'est une trouée, car autour les nuages sont toujours sombres, à cet instant, la soucoupe porteuse passe dans son champ de vision.

- J'ai une idée s'exclame-t-il. Mais elle est risquée. Je dois compter sur le système de visée de la soucoupe.

Le prince bouge ses doigts sur des commandes. Pendant ce temps, le Gat végétal lève son bras gauche, la boule se trouvant à l'extrémité vient frapper la jambe qui retient prisonnier Goldorak.

- Il vérifie si l'agent corrosif a fait son effet, grimace Procius.

En voyant la boule se lever dans le ciel, le commandant Vesta retient sa respiration, elle prie pour que le blindage de Goldorak soit fragilisé et que l'impact le réduira. Dans son bureau, le colonel Niiva retient lui aussi sa respiration, mais il prie pour que le coup échoue. Le général Zota lui aussi est attentif à l'action qui se déroule. Chronaris reste de marbre sur le siège central, mais ses mains se resserrent sur les accoudoirs du fauteuil.

Alors que la boule s'apprête à frapper fortement la jambe de Goldorak, le ciel s'obscurcit de nouveau, la pluie se remet à tomber fortement. La soucoupe porteuse plonge vers les deux machines au sol.

- Mégavolt !

Les quatre rayons quittent la soucoupe porteuse pour se rejoindre en ne formant qu'un seul rayon concentré avant de venir frapper le bras liane du Gat enroulé autour de la jambe. Le bras droit se déforme à l'emplacement de l'impact. Le Gat reste immobile, la boule toujours levée prête à s'abattre sur son adversaire. Soudain, à l'endroit de l'impact, le bras se met à enfler grandement, les lianes s'écartent et gonfle jusqu'à se rompre en faisant jaillir un liquide visqueux et blanchâtre. Le Gat végétal regarde son bras coupé en deux, les lianes sur la jambe de Goldorak se recroquevillent rapidement avant de pourrir, il semble déconcerté par ce qui se produit. La jambe du robot géant retombe sur le sol, maintenant qu'elle est libre.

- C'est le moment pour faire quelque chose, constate le prince.

Le robot géant pousse sur ses bras pour se lever, il décolle ses hanches du sol, mais son adversaire est toujours assis sur lui.

- Rétrolaser !

Le rayon multicolore sort du torse de Goldorak ce qui lui donne une impulsion supplémentaire pour se redresser, cela fait perdre l'équilibre à son ennemi sur son dos. Le Gat se retrouve sur le sol alors que son bras se reforme, de nouvelles lianes sont sorties pour le reconstituer ainsi que la main qui va avec. Le crâne du Gat bat de plus en plus vite comme pris de colère. Procius a remis debout le robot géant, il voit son adversaire qui se lève à son tour. Ils se dressent l'un devant l'autre sous une pluie battante, un éclair claque entre eux.

Chronaris a tressailli quand Goldorak a réussi à se libérer. Le général Zota a grogné alors que le commandant Vesta est devenu blême. Seul le colonel Niiva a jubilé dans son bureau en voyant que le Gat avait perdu son avantage.

- C'était à craindre, lâche Zota.

- Le combat n'est pas encore fini, fait Vesta avec un ton mal assuré.

Un autre éclair zèbre l'espace entre les deux combattants, soudain le Gat plante se met à courir vers Goldorak, il projette son bras gauche muni de la boule à son extrémité, en un battement de cil, il se retrouve derrière son adversaire. Il se retourne lentement, certain d'avoir touché sa cible. Un bruit d'impact résonne au loin, une chose énorme vient de frapper le sol. Le robot géant n'a pas bougé d'un pouce, mais son bras droit brille, une lame d'énergie en est sortie. La plante humaine regarde alors l'extrémité de son bras gauche, il est tranché net, la boule a disparu, le bruit entendu quelques instants plus tôt provenait de sa chute dans la forêt proche.

Dans la salle de commandement du palais, le silence règne jusqu'à ce que le général Zota s'exprime.

- Vous disiez commandant ?

Vesta ne répond pas, son visage est décomposé.

La tête de la plante humanoïde gonfle avec un battement très rapide, elle semble sur le point d'éclater. Ses yeux se mettent à luire, un rayon en sort au moment où Goldorak pivote, Procius a juste le temps de faire plonger sa machine pour éviter les rayons. Le robot géant roule sur le côté, la plante essaie de l'écraser avec ses pieds. Procius continue à faire rouler sa machine sur le côté pour échapper aux pieds de son adversaire, il voit qu'il approche de l'orée de la forêt. Grâce à un mouvement des hanches, le robot géant pivote, une de ses jambes vient faucher l'un des pieds de son ennemi. Le Gat perd l'équilibre puis tombe sur le dos pendant que Goldorak se redresse, des éclairs frappent ses cornes, l'arc électrique parcourt son corps pour rejoindre la terre. La plante humaine ouvre la bouche, une langue verte végétale en bondit comme un fouet, elle se dirige vers le cou de son adversaire. Un arc de cercle lumineux brille pendant une fraction de seconde, Excalium, la lame d'énergie a sectionné l'appendice. Le Gat se relève comme fou de rage.

- Je crois que le temps est venu de couper cette mauvaise herbe, lance Procuis en actionnant une commande.

Goldorak lève son bras droit avant de l'abattre rapidement, un trait de lumière verticale fend l'air provoqué par la lame. Le trait est visible sur le corps de la plante humanoïde, il la parcourt en son centre de haut en bas. Le Gat s'agite, ses mouvements sont désordonnés jusqu'à ce que son corps se sépare en son centre. Les deux parties s'écartent, de gros câbles sont visibles ainsi que des pièces mécaniques.

- Oui, hurle Niiva dans son bureau.

Puis réalisant ce qu'il vient de faire, il regarde rapidement si quelqu'un a pu le voir, il constate que les hommes présents dans le hangar sont tous occupés à leur tâche.

Le général Zota jette un regard en coin au commandant Vesta. La femme aux cheveux rose est pâle, elle vacille comme-ci ses jambes se dérobaient sous elle.

- Encore un échec, lance Chronaris en serrant les poings sur les accoudoirs du siège.

- Nous le vaincrons, fait le commandant d'une voix tremblotante.

- Nous le souhaitons tous, commente Zota avec une lueur dans le regard.

Cette lueur menaçante passe inaperçue à l'assemblée présente dans la salle de commandement du palais. La majeure partie a les yeux fixés vers l'écran central sur lequel le Gat se sépare complètement en deux avant d'exploser.

Un nuage de fumée s'élève haut dans le ciel se mêlant aux nuages sombres et à la pluie, la lame d'énergie disparaît du bras de Goldorak. Le robot tourne la tête à la recherche de sa soucoupe porteuse.

- Récupération !

La soucoupe s'approche alors que le robot géant bondit dans le ciel.

- Arrimage !

Le robot rentre par l'arrière de la soucoupe.

- Ovostable !

Les bras se replient de chaque côté de la soucoupe, pendant que le siège de pilotage quitte le poste de pilotage du robot pour rejoindre l'autre cockpit.

- Voilà une chose de faite, commente Procius. Mais nous n'avons pas encore terminé, mon vieux Goldorak.

Le prince entre des coordonnées dans l'ordinateur de bord.

- Parasitaire ! Missiles fantômes ! Mégamach !

Un nuage sort de l'arrière de la soucoupe pour brouiller les radars pendant que des projectiles imitant la signature de Goldorak sont émis avant qu'il prenne de la vitesse au point de ne laisser qu'un sillon de feu.

Chronaris se lève du siège central, le moniteur principal montre la zone du combat avec les restes éparpillé de la machine de guerre.

- Encore une défaite pour nous, commente le tyran d'une voix monocorde. Mais cela ne fait rien, je suis convaincu que d'ici peu je vaincrais Goldorak et son pilote. Oui, reprend-il après une courte pause. Cela ne fait aucun doute !

L'homme au masque contourne le fauteuil avant de se diriger vers la sortie, la panthère mécanique lui emboîte le pas ainsi que sa garde personnelle. Le commandant Vesta s'effondre genoux à terre, une fois hors de vue de Chronaris.

Le général Zota voit la chose, un sourire discret illumine son visage un instant. Il reprend un visage neutre avant de se diriger vers le commandant.

- Puis-je vous aider à vous relever, demande-t-il avec courtoisie.

La femme à la chevelure rose repousse d'un geste la main qu'il lui tend.

- Merci. Cela ira !

Vesta se redresse, mais ses jambes sont flageolantes.

Le capitaine Knock mordille sa lèvre supérieure, à côté de lui, Yamato reste stoïque.

- Les communications reprennent, annonce le lieutenant Rola.

- Pouvez-vous localiser Goldorak, demande Knoch.

- Que disent les communications ennemies, ajoute le capitaine borgne.

- Pas de trace de Goldorak, annonce un soldat.

- D'après ce que je crois entendre, il aurait remporté un combat, annonce Rola.

- Donc, il s'est rendu sur Euphor, constate Knoch. Que va-t-il advenir du vaisseau Kirigan dans ce cas ?

- Je l'ignore, fait Yamato. Nous verrons avec le prince à son retour. Que fait la flotte en orbite ?

- Aucun mouvement, annonce Sito.

- Comme c'est étrange, fait le borgne en se frottant le menton.

Goldorak a dépassé depuis plusieurs minutes la lune d'Euphor, il fend l'espace en laissant un sillage de feu telle une météorite dans une atmosphère. La traînée se réduit indiquant que la soucoupe décélère jusqu'à ce que les flammes qui l'entourent disparaissent complètement.

- Arrivons discrètement sur la zone, je ne tiens pas à nous faire repéré.

Procius consulte ses instruments, des points scintillent sur le radar.

- J'arrive à temps, ils sont encore là. La marchandise n'est pas finie d'être transbordé.

Un nouveau regard sur les instruments, mais cette fois sur l'armement.

- Je dois en avoir assez, fait le prince. Allez, encore un combat et nous rentrons à la base lunaire, mon vieux Goldorak.

La soucoupe ajuste sensiblement sa trajectoire pour rejoindre l'emplacement du vaisseau Kirigan.

À bord du vaisseau, l'équipage est retenu dans une pièce, le bureau du capitaine. Quatre soldats armés les surveillent à l'intérieur du cachot improvisé alors que les membres du vaisseau sont pieds et poings liés. Les soldats portent bien la tenue des forces de Chronaris. Soudain, les prisonniers perçoivent une agitation de l'autre de la porte.

- Il doit se passer quelque chose, murmure l'un des prisonniers.

Des bruits de pas précipité se font entendre, l'un des surveillants porte une main à son oreille, c'est du moins ce que supposent les prisonniers, car la tenue masque les visages.

Pendant ce temps, à l'extérieur du vaisseau Kirigan, une navette de combat explose, Goldorak surgit de l'explosion.

- Planitrons !

Les deux disques dentés découpent deux navettes qui se dirigeaient vers la soucoupe porteuse. Pendant ce temps, les navettes cargo se mettent en mouvement pour s'enfuir, Procius le remarque.

- Pas si vite !

Goldorak change de cap.

- Il ne faut pas que je les détruise !

Les deux bras se décollent de la soucoupe pendant que Procius ajuste sa visée.

- Pulvonium !

Les rayons partent du dessus des mains du robot pour frapper les propulseurs du petit cargo.

- En voilà un. Il faut que nous puissions récupérer le plus possible de marchandise.

Une nouvelle vague de navette se dirige vers Procius.

Les gardes sortent rapidement de la pièce sous le regard surpris des prisonniers.

- J'aimerais bien savoir ce qu'il se passe, s'exclame une femme de l'équipage.

- Ils ont fini de vider nos soutes, suggère un homme.

- Ils ne partiraient pas aussi rapidement, remarque le capitaine du vaisseau. Il doit se passer quelque chose dehors.

- Des secours ?

- C'est une probabilité.

Ils perçoivent un choc sur la coque du vaisseau.

- Missiles Gamma ! Clavicogyres !

Les missiles coniques quittent les Planitrons alors que les lames courbes sont propulsées des épaules du robot. Quatre navettes sur les cinq se trouvant en face de la soucoupe sont détruites, la rescapée tente de s'enfuir en montant en flèche, mais le prince réagit rapidement.

- Cornofulgure !

Le rayon en forme d'éclair frappe la fuyarde en plein centre, la navette vacille avant d'exploser.

- Voilà, c'était la dernière ! Maintenant, occupons-nous des cargos.

Durant le combat contre les navettes, les petits vaisseaux cargos en ont profité pour prendre le large. La soucoupe porteuse vire pour poursuivre les voleurs de cargaison. Les navettes cargos volent en formation aussi vite que leur moteur le permet. En quelques secondes, Goldorak les rejoint. Certaines de ces navettes sont équipées d'un petit canon défensif, Procius essuie quelques tirs qui n'affectent pas sa machine.

- Je ne peux pas les attaquer une à une, l'un de ces cargos pourrait m'échapper et il ne faut à aucun prix qu'ils regagnent la flotte !

Le prince se met à réfléchir pendant que le bouclier absorbe les tirs ennemis. Un tir arrive juste devant sa verrière, l'impact est absorbé par le champ protecteur.

- J'ai une idée, mais elle est risquée. Je vais avoir besoin de ton aide, mon bon Goldorak.

La soucoupe porteuse réduit sa vitesse, les navettes cargos gagnent du terrain.

- Je dois faire vite, fait nerveusement Procius alors qu'il programme quelque chose sur l'interface virtuelle.

Il vérifie ce qu'il vient de programmer.

- Pourvu que cela fonctionne, soupire-t-il. En avant !

Le bouclier de la soucoupe s'éteint alors que Goldorak prend de la vitesse pour rejoindre le groupe de cargos. En le voyant revenir, les navettes armées ouvrent de nouveau le feu, mais cette fois le prince manœuvre de façon à éviter les tirs, il se rapproche rapidement du groupe de cargo. Tout en évitant les tirs, Goldorak arrive à la verticale du groupe.

- Maintenant !

La soucoupe ralentit brusquement alors que son bouclier se remet en fonction. Les moteurs des navettes cargos s'éteignent.

- Ouf, soupire Procius. Cela a fonctionné. Modifié le bouclier afin qu'il génère une impulsion électromagnétique, je n'étais pas certain du résultat.

Le prince remarque que des capsules de sauvetage quittent les cargos.

- Navré pour vous, mais je ne peux laisser aucun témoin. Il ne faut pas qu'on puisse associer Goldorak au vaisseau Kirigan.

Procius restaure les paramètres du bouclier en actionnant une touche sur l'interface virtuelle avant que Goldorak plonge en direction des capsules.

- Mégavolt !

Les puissants rayons sont projetés par la soucoupe porteuse. Quand les capsules sont atteintes, elles sont complètement dissoutes. Une fois qu'il ne reste plus aucun témoin, Procius regarde le vide de l'espace.

- Je n'avais pas le choix, murmure-t-il.

Le prince regarde les navettes cargos immobiles.

- Je dois pouvoir en prendre une ou deux dans mon rayon tracteur.

Dans la pièce de détention, les membres de l'équipage du vaisseau Kirigan tentent de se libérer de leurs liens, mais subitement, ils entendent des bruits de pas se rapprochant. Ils se tétanisent, une angoisse monte dans la pièce, elle est à son comble quand la porte du bureau du capitaine s'ouvre.

- Vous étiez donc là, lance calmement Procius.

Des visages s'illuminent quand ils reconnaissent le prince dans sa combinaison de vol avec une arme à la main. Procius rengaine son arme avant de s'approcher du capitaine.

- Je vais vous libérer.

En un tour de main, il retire les liens de l'homme.

- Merci beaucoup, d'être venu a notre secours.

- C'est naturel, répond le prince en libérant un autre membre de l'équipage.

- Nous avons perdu notre cargaison, annonce le capitaine.

- Tout n'est pas perdu.

- Comment ?

- J'ai mis hors d'état les cargos, nous pourrons récupérer votre cargaison. J'ai déjà rapproché deux de ces cargos.

Goldorak est arrimé sur le côté du vaisseau Kirigan, non loin derrière se trouve deux navettes cargos.

- Pendant que vous viderez celle-là, j'irais chercher les autres, reprend Procius.

Tous les membres de l'équipage sont enfin libres.

- Nous ne saurons jamais vous remercier, fait le capitaine.

Le prince lève la main.

- Je vous arrête tout de suite, je n'ai rien fait d'extraordinaire, fait Procius. J'agis pour protéger mon peuple comme il se doit. Ce n'est pas tout, nous avons du travail à accomplir avant de pouvoir regagner la base lunaire.

Le capitaine du vaisseau regarde son équipage.

- Vous deux, vous allez inspecter la salle des machines. Vous à la passerelle ! Tous les autres au transbordement, ordonne-t-il.

Une fourgonnette du centre roule sur un chemin de terre, c'est Mizar qui conduit, à l'intérieur se trouvent Kohumé, Daisuké et leur bébé.

- Mais où nous conduis-tu papa, demande Dai assis à côté du chauffeur.

- C'est une surprise.

- Tu es bien mystérieux.

- Il y en a encore pour longtemps, questionne Kohumé. Cela va être l'heure du biberon du bébé.

La toiture d'une maison surgit sur le bord de la route.

- Nous y arrivons, répond Mizar.

Quelques instants plus tard, la fourgonnette s'immobilise devant la bâtisse. Mizar est le premier à descendre.

- Nous y voilà, annonce-t-il fièrement.

- Où sommes-nous, fait Dai en descendant.

- Voici votre maison !

- Notre maison, s'étonne Koumé en sortant à son tour du véhicule avec le bébé dans les bras.

- D'abord à qui est cette maison, insiste Dai.

- C'est l'ancienne demeure du professeur Procyon. Vous allez pouvoir l'habiter, j'ai vu avec Alcor, il n'y a aucun problème.

- La maison appartient au centre, demande Kohumé.

- Oui et non, elle devrait revenir à Actarus ou à Procius, mais je crois qu'aucun des deux ne va venir y vivre de si tôt, répond Mizar en souriant. Alors qu'est-ce que vous en dites ?

Pendant ce temps à quelques kilomètres de là, le professeur Alcor est sur les marches de l'entrée du centre, il regarde manœuvrer un semi-remorque provenant du centre de recherche photonique. Le plateau de la remorque est bâché, le tissu imperméable dissimule un dispositif. Le camion s'immobilise dans la cour du centre, la porte passagère de la cabine s'ouvre, Sayaka en descend. Alcor descend les marches pour rejoindre sa compagne alors que des chariots de manutention approchent de la remorque.

- Voici ton lanceur, lance Sayaka.

- Il ne nous reste plus qu'à installer la sonde dessus, fait le professeur. Dans quelque temps, nous saurons enfin ce qui se passe sur Euphor.

Goldorak se sépare du vaisseau Kirigan, il se dirige vers les navettes cargos inertes se trouvant à bonne distance.

FIN

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