Chapitre 28

On aurait dit qu'il continua de pleuvoir des éclats de glace pendant des heures. Ils entaillèrent plusieurs fois la peau souple et sans défaut du visage d'Izar. De petites gouttes écarlates glissèrent de ses joues avant de tacher la neige. Les coupures avaient déjà guéri lorsqu'une goutte de sang atteignait le sol.

Il était à genoux, le torse à plat dans la neige, non loin du cadavre calcinée de Sirius. Une de ses mains restait agrippée à ses doigts raidis tandis que l'autre reposait inutilement à ses côtés. Il appuya sa joue contre la neige pendant qu'il observait la dépouille. Il ignorait combien de temps il avait passé allongé dans le froid, combien de temps il avait gardé les yeux rivés sur son oncle qui refusait tout simplement de bouger.

Izar soupira doucement, ses lèvres remuant enfin après une totale inactivité. Le soleil s'était levé puis couché, se calquant aux différentes phases émotionnelles par lesquelles il était passé.

Izar n'avait jamais connu le deuil auparavant. La sensation de perdre un être cher l'avait fait gravement souffrir et avait laissé un vide qu'il savait ne jamais pouvoir combler. Sirius avait été quelqu'un dans sa vie qui savait relativiser, qui lui avait appris que l'on pouvait user d'humour dans n'importe quelle circonstance. Il était en prime loyal et l'homme le plus digne de confiance qu'Izar n'avait jamais croisé. Bien qu'il avait toujours convoité les Ténèbres, sa personne était restée pure, non ternie par la cruauté du monde.

Les souvenirs avec son oncle resteraient toujours gravés en lui, peu importe combien de temps l'éternité l'accompagnerait; sa façon de marcher si habilement avec des talons hauts, de toujours l'appeler 'gamin' et de refuser de lui laisser croire que sa famille ne l'aimait pas. De si petites choses, des souvenirs si insignifiants, mais qu'Izar chérirait malgré tout.

Des heures de colère et de réminiscences avaient laissé place à l'acceptation. Il n'y avait aucun doute dans son esprit qu'il aurait pu empêcher la mort de Sirius. Et qu'il était celui qui l'avait tué. Mais… ils s'étaient retrouvés dans deux camps opposés et s'étaient battus pour ce en quoi ils croyaient. Sirius avait été comme revigoré la nuit où Izar l'avait libéré de sa fonction d'espion. L'étincelle dans ses yeux et son attitude insouciante étaient revenues.

Sirius était mort au nom de sa cause, de ses convictions, et c'était la mort la plus honorable à ses yeux.

Izar avait bien promis à son père de trouver un moyen de le protéger tout en se battant pour les Ténèbres. En y repensant maintenant, il n'avait pas réalisé à quel point cette promesse avait été stupide et naïve. N'était-ce pas la veille… ou avant-hier qu'il avait mis en garde Drago contre la même chose ? Izar se demanda pourquoi Regulus l'avait presque encouragé à penser ça. Mais d'autre part, c'était aussi ce dernier qui avait tenté de lui expliquer ce dont il était finalement en train de se rendre compte.

Regulus avait vécu la même chose que lui lorsqu'il était jeune adulte. Il avait tenté d'avoir Lily -une famille- ainsi que de soutenir les Ténèbres. Sa décision d'essayer de concilier les deux s'était soldée par une tragédie.

Izar ferma les paupières et sentit ses cils gelés effleurer la peau fine de ses cernes. Le décès de Sirius lui avait également permis d'en venir à une bien sombre réalité. S'il n'avait pas encore pu se figurer l'expérience d'isolement allant de pair avec l'immortalité, c'était désormais le cas. L'inévitable décès de ses autres proches, comme Regulus, et le fait qu'il ne pourrait créer aucun lien émotionnel durant les différentes périodes de son éternité de jeux l'avaient frappé de plein fouet. Les gens ne seraient que des pions, de simples marionnettes avec lesquelles Voldemort s'amuserait.

Les jeux ne le dérangeaient pas. Il appréciait ceux auxquels il jouait avec lui et se voyait faire ça pour l'éternité, en plus d'inventer et expérimenter. Ce qui le dérangeait était la solitude inexorable.

Lorsqu'il en était arrivé à cette conclusion, il avait haï Voldemort plus qu'il ne l'avait jamais détesté auparavant pour lui avoir infligé ce destin. Mais comme avec la plupart des choses, sa haine s'était atténuée et muée en un immense sentiment de pitié. Il avait pitié de Tom Jedusor et se sentait désolé pour lui. Que quelqu'un puisse craindre la mort au point de choisir une éternité de solitude le laissait profondément attristé. Maintenant plus que jamais, Izar était en mesure de voir la véritable raison pour laquelle Voldemort voulait avoir un partenaire. Il était question de veiller l'un sur l'autre, mais aussi d'avoir de la compagnie.

Leur relation était tordue, parfois malsaine, mais il s'était juré qu'il serait un compagnon fiable pour Voldemort et inversement.

Izar se décolla lentement de la neige et rampa jusque Sirius. En dépit de sa résignation et d'avoir ouvert les yeux sur certaines choses, le deuil brûlait toujours fortement dans sa poitrine. "Je t'envie," murmura-t-il d'une voix rauque tandis qu'il fixait les orbites vides. Il n'y avait pas d'yeux, seulement le néant dans lequel Izar s'enfonçait malgré lui. Détournant le regard des traits défigurés et horrifiés de Sirius, le jeune sorcier examina la lune flottant dans le ciel. Il poussa un profond soupir et grimaça. "Je suppose que tu souhaites reposer en paix."

Il considéra le Manoir Black à quelques mètres, sachant déjà que Sirius ne pourrait pas être enterré dans le cimetière privé des Black. Il avait été renié durant son enfance et n'avait jamais regretté sa décision de partir. Contrairement à la plupart des gens, Sirius savait que ce qu'il sacrifiait serait à jamais perdu. Le moins qu'il puisse faire était d'amener son corps à quelqu'un qui savait cela aussi bien que lui.

Izar se mit difficilement sur ses pieds et saisit la main inerte de son oncle avant de transplaner.

Il réapparut près de la maison des Potter, conscient qu'il devait accomplir ça rapidement car les protections magiques réagissaient déjà. Izar souleva le cadavre de Sirius et longea le trottoir. Heureusement, avant qu'il n'ait besoin de toquer, la porte d'entrée s'ouvrit. James Potter, sans ses lunettes, s'avança, baguette pointée sur lui. Derrière lui se trouvait Lily qui paraissait en un seul morceau malgré son précédent duel contre Bellatrix.

James jeta un coup d'œil au corps dans les bras d'Izar et se mit à trembler, son visage se déformant une fraction de seconde. "Est-ce que c'est lui ?" demanda-t-il, sa voix aussi enrouée que la sienne.

Izar garda les yeux fixés sur sa baguette tandis qu'il se penchait pour déposer son oncle dans la neige. "Sirius ? Qui d'autre pourrait avoir un sourire aussi ridicule que lui ?" Il fourra ses mains dans ses poches et observa les deux Potter sous le choc. "Tout ce que je demande, c'est qu'il reçoive l'enterrement qui lui est dû. Il était un Auror respecté et un membre fidèle de la Lumière. Il ne méritait pas de pourrir tout seul dans une caverne."

James se ressaisit rapidement et acquiesça vivement, la rougeur autour de ses yeux indiquant clairement qu'il était endeuillé depuis le départ de son ami. Izar glissa un dernier regard vers Sirius avant de se retourner pour partir. Avant qu'il ne puisse transplaner, il entendit Potter protester derrière lui.

"Non, Lily !"

"Silence, James," gronda-t-elle.

Izar se retourna et vit la petite sorcière rousse descendre le perron et se diriger vers lui. Ses lèvres étaient pincées en une fine ligne alors qu'elle parcourait son visage des yeux. Elle s'arrêta à quelques centimètres de lui, mère et fils se jaugeant sans un mot.

De manière inattendue, elle se pencha et l'enveloppa dans ses bras. Il se retint juste à temps de sursauter face à cette action soudaine. Ils se tenaient tous deux crispés, loin de l'image parfaite et conventionnelle de la mère et de son fils. Izar posa timidement une main sur son dos plus par réflexe que par affection. Elle resserra ses bras autour de son torse alors que ses mains empoignaient le dos de sa robe. Elle plaça ensuite sa tête près de sa gorge, semblant respirer son odeur.

"Il t'aimait," murmura-t-elle doucement. "Il t'aimait tellement." Lily le serra encore une fois avant de le relâcher. Elle fit un pas en arrière et essuya ses larmes, bien qu'une lueur luttait pour rester allumée dans le fond de son regard. Elle tendit la main et caressa sa joue avec le dos de ses doigts. "Merci de l'avoir ramené à la maison, Izar."

Le dénommé ne put qu'hocher la tête, ne sachant pas si sa voix fonctionnerait correctement malgré ses aveux. Il se retourna et s'éloigna lentement de sa mère ainsi que de la dépouille de l'homme qu'il avait fini par aimer.

{Death of Today}

Izar savait qu'il aurait dû partir à la recherche de Voldemort dès qu'il était rentré à la base, mais se retrouva plutôt à arpenter lentement les couloirs sombres, à la recherche de l'infirmerie. Il suivit l'odeur entêtante des potions de guérison et des lotions antibactériennes grâce à ses sens sur-développés de créature avant d'être conduit deux étages plus bas, dangereusement proche des appartements de Voldemort.

"Es-tu désormais un prisonnier ?" murmura-t-il dans le dos d'un fameux sorcier. Izar s'appuya contre le chambranle de la porte et observa Severus Rogue en train de préparer une concoction à l'odeur nauséabonde. "Tu n'étais pas présent lors du raid d'hier soir."

Rogue se tourna et l'inspecta à travers des mèches de cheveux tombées devant ses yeux. "Et tu n'as pas été vu pendant une journée entière."

"Je vais et viens comme bon me semble," rétorqua-t-il vivement, peu enclin à se remémorer sa journée passée dans la neige avec Sirius. Si quelqu'un apprenait sa perte de contact avec la réalité, le petit piédestal qu'il s'était construit s'effondrerait sous ses pieds. Ce n'était pas quelque chose dont il était fier, se lamenter sur un cadavre, mais cela faisait partie d'un processus de guérison nécessaire.

Les lèvres de Rogue se tordirent en un rictus sardonique. "Alors que tu n'es rien d'autre qu'un prisonnier toi-même ? Je doute fort de la véracité de ton affirmation." Son regard onyx prit note de son apparence négligée; sa cape en lambeaux déchirée jusqu'aux genoux, les trous minuscules sur son pantalon, la poussière et la saleté maculant sa peau. "Le Seigneur des Ténèbres est de mauvaise humeur depuis ton absence, si j'ose dire."

Izar croisa les bras sur sa poitrine, peu disposé à mordre à l'hameçon. "J'aurais cru qu'avoir la tête sur le billot t'aurait dissuadé d'essayer de m'avoir avec une telle tactique, Severus. Le Seigneur des Ténèbres est toujours de mauvaise humeur, cela n'a rien à voir avec ma courte absence." Le maître des potions se moquait de lui et tentait de lui faire reconnaître son influence sur l'humeur de Voldemort. Mais pourquoi se rire de lui alors qu'il possédait déjà un semblant de vérité ?

Parmi toutes les personnes impliquées, Severus était celui qui détenait le plus d'informations. Lucius savait le strict minimum : qu'Izar et Voldemort entretenaient des rapports sexuels. Regulus, bien qu'il en savait autant que Severus, aimait fermer les yeux sur ses décisions moralement douteuses. Il aimait souligner à quel point le Seigneur des Ténèbres avait été abject pour avoir tiré avantage de lui. Son père refusait aussi de croire qu'il prenait plaisir à se jeter tête la première dans un défi avec ce même homme et ne pouvait pas non plus digérer le fait qu'il consentait à une intimité physique avec lui.

Severus, cependant, n'était pas attaché à Izar comme Regulus. Il pouvait être témoin de sa folie sans s'inquiéter, sans juger. Et cela le rendait plus dangereux que Regulus bien qu'ils disposaient des mêmes informations. Ils savaient tous deux qu'Izar était immortel et qu'il formait un... couple avec le Seigneur des Ténèbres.

Severus pinça les lèvres. "Quoi qu'il en soit, tu ne peux pas continuer de gambader en ville quand tant d'ennemis sont à tes trousses."

Respirant profondément par le nez, Izar se détacha du cadre de la porte et pénétra dans l'infirmerie. C'était une pièce relativement grande, d'apparence similaire à l'infirmerie de Poudlard avec sa rangée de lits et ses rideaux préservant l'intimité. Le laboratoire de potions était situé dans un coin près de l'entrée. Il était petit mais contenait tous les ingrédients qu'un maître des potions trouverait utiles pour ses préparations.

"Où est Lucius ?" l'interrogea Izar, déviant la conversation en sa faveur. Il n'avait pas besoin que quelqu'un d'autre se préoccupe et désapprouve ses actes. Il avait déjà eu sa dose, notamment avec le Seigneur des Ténèbres.

Les yeux de Severus s'orientèrent vers le lit le plus proche d'eux avec les rideaux tirés. Izar s'y dirigea et tira sur les rideaux. Le tissu fin paraissait beaucoup plus lourd que d'habitude, ce qui ne pouvait que signifier qu'il redoutait ce qui se trouverait de l'autre côté...

"Il a demandé après toi," avoua pensivement Rogue. "Il était fiévreux mais sa fièvre est retombée cet après-midi. Son état s'est stabilisé après une période critique."

Lucius était immobile sur le lit, ses beaux traits anguleux tournés vers le plafond. Il était toujours excessivement pâle et une épaisse cicatrice barrait le bas de son nez jusqu'à son cou puis disparaissait sous le col de sa robe de chambre. Izar se rappela avoir vu la blessure de ses propres yeux. Il savait qu'elle descendait cruellement jusqu'à son aine. Et pourtant malgré cette séquelle, il fut soulagé de voir sa poitrine se soulever et redescendre doucement.

"Je suppose que Narcissa a pu le retrouver ?" demanda-t-il à l'homme derrière lui tout en restant face à Lucius.

"Oui," répondit distraitement son interlocuteur. Le bruit des ingrédients plongeant dans le chaudron rompit le rythme apaisant de la mixture qui bouillait. "Les Malefoy ont établi un périmètre sur leur domaine servant en cas d'urgence. Il y a des barrières magiques autour de cette zone qui donnent l'alerte lorsqu'un membre de la famille semble avoir besoin d'assistance. Il eut la chance d'en obtenir à temps." Rogue marqua une pause. "Il m'a informé que tu lui as sauvé la vie."

Izar se tourna vers lui et l'observa mélanger sa potion. "Oui, je suis parfois capable de faire ça," répliqua-t-il d'un ton tranchant. Ce fut satisfaisant de voir Rogue lever brusquement les yeux avant de les plisser dans sa direction. Il esquissa un sourire sombre et se retourna vers Lucius. "Je respecte ce que tu as fait pour mon père. Bien que je trouve ton stratagème pour le sauver mauvais, j'ai conscience que l'homme que tu as essayé de duper est trop perspicace pour se laisser berner."

"Je trouve peu utile de parler du passé, M. Black."

"Tu ne peux certainement pas accepter le destin qui t'est réservé ?" Izar tendit la main pour toucher celle de Lucius mais la retira aussitôt lorsque ses doigts froids entrèrent en contact avec ceux chauds du convalescent. Celui-ci tressaillit mais sembla rester inconscient. "Tu dois être heureux d'apercevoir la fin de ta vie solitaire et pathétique pour refuser de t'enfuir comme le Serpentard que tu prétends être. Détestes-tu ta vie à ce point pour rester à la botte du Seigneur des Ténèbres jusqu'à ce que ton utilité expire ?"

Voldemort aimait voir Severus se débattre, voir sa durée de vie se réduire peu à peu. Il adorait le sentiment de jouer à dieu, de tenir la vie de quelqu'un entre ses mains comme s'il avait le pouvoir de contrôler la seule chose qu'il craignait le plus, la mort.

Ses yeux insondables scrutèrent Izar. "Qui a dit que mon utilité allait expirer ?"

Ce dernier cligna des yeux et ne put retenir un petit sourire en coin malgré son intention de rester impassible. Rogue était plein d'esprit et c'est ce qui lui plaisait. C'était cet homme devant lui qui avait contribué à façonner la personne qu'il était aujourd'hui. Quand il était encore étudiant, Izar se souvint avoir contemplé Rogue avec une admiration cachée lorsqu'il usait de sa verve pour critiquer les étudiants afin de les aider à atteindre leur plein potentiel.

"En effet," souffla-t-il. Ses yeux se rétrécirent suspicieusement vers lui, essayant de déceler quelque chose avant de réaliser à contrecœur que Severus Rogue était l'une des rares personnes qu'il avait du mal à lire. "Les plaisanteries mises à part, il n'est pas obligatoire que cela se termine comme ça. Tu peux me demander de l'aide, je répondrai présent."

Les articulations du poignet de Severus craquèrent lorsqu'il tapa son agitateur contre le rebord du chaudron avant de le déposer à côté des petites flammes. Le bas de sa robe se plaqua contre ses chevilles tandis qu'il tournait brusquement les talons, s'appuyant contre la table pour mieux étudier Izar. "Peux-tu vraiment promettre cela ? Ou ne t'illusionnes-tu pas en pensant que si tu bats des cils suffisamment longtemps pour notre Seigneur, celui-ci se retrouvera incapable de te résister ?"

Izar retroussa les lèvres en remarquant une silhouette encapuchonnée se glisser dans l'infirmerie derrière Rogue. Il était tenté de prendre en considération ses paroles et de faire exactement ce que ce dernier avait évoqué, mais ne put s'y résoudre et choisit plutôt de tourner le dos au nouvel arrivant.

Izar n'avait aucune raison de se sentir coupable d'être parti après la bataille. Il avait eu besoin de ce temps pour faire le deuil de Sirius ainsi que des souvenirs qui avaient été ravivés par son décès. Ce n'était évidemment par pour le Seigneur des Ténèbres qu'il avait fait ça, mais pour lui-même. Et c'est tout ce qui comptait.

Izar était cependant irrité par son timing. Il y avait encore des sujets qu'il souhaitait aborder avec Rogue, y compris ce qu'il en était de Regulus. Les Mangemorts ne pouvaient pas le localiser et il espérait ne pas apprendre qu'il était sous la protection de Dumbledore. Cette nouvelle serait très mal accueillie.

Severus, pour sa part, ne se jeta pas aux pieds de Voldemort pour se confondre en excuses. Il lui adressa une simple salutation brève, feignant la nonchalance alors qu'il retournait à sa potion.

"Je vois que tu es de retour, sans ton oncle," prononça le mage noir dans un murmure rauque à l'égard d'Izar qui avait toujours le dos tourné. "J'aurais pensé que tu aurais traîné son cadavre partout avec toi—"

"Assez !" siffla-t-il en fourchelangue. Izar était furieux contre lui mais était toujours douloureusement conscient de leur public et des limites à ne pas franchir. Cependant, Voldemort dépassait les bornes. "Permettez au moins à son corps de refroidir dans sa tombe avant de l'insulter, Maître," ajouta-t-il d'un ton neutre avec cependant une pointe d'amertume.

Izar fixa le visage inconscient de Lucius à travers ses cils baissés. Ses yeux sous ses paupières closes commencèrent à remuer alors qu'il semblait sortir de l'inconscience ou être en train de rêver. Il ne serait pas surpris de le voir se réveiller car la tension dans la pièce était à son comble. Izar pouvait sentir les yeux carmins verrouillés sur son dos ainsi que l'aura stressée de Severus, celui-ci prêt à quitter les lieux dès que sa potion serait en train de mijoter.

Les paupières de Lucius se séparèrent lentement. Il cligna rapidement des yeux alors qu'il reprenait ses esprits, avant que son regard couleur mercure ne se pose sur Izar à côté de son lit. Ses lèvres qui ne seraient jamais plus si parfaitement sculptées, s'étirèrent en un petit sourire.

"Izar," murmura-t-il en un salut froid. En dépit de la situation actuelle, Malefoy s'accrochait toujours à sa vanité et son orgueil.

"Lucius," répondit le dénommé avec un plaisir suffisant. "Je constate que tu n'as pas l'air d'aller très bien." Il lissa la couverture et s'assit au bord du lit juste parce que cela énerverait le Seigneur des Ténèbres. "Veux-tu bien m'expliquer comment Alastor Maugrey est parvenu à t'avoir de la sorte ?"

Lucius déglutit et cette simple action parut le faire souffrir. Malgré son état, ses yeux étaient brillants, concentrés sur Izar. "Je suis un bien meilleur sorcier que ça, je te rassure. Ce fut une bête erreur de ma part." Il fit une pause, puis tendit lentement la main afin de saisir son poignet. Lucius n'avait pas encore remarqué qui d'autre était présent et Izar n'était pas enclin à le lui faire savoir. "Rassure-toi, la prochaine fois que je verrai Alastor, son visage aura l'air bien pire que le mien."

"Je ne peux qu'imaginer," lui assura-t-il. Maugrey était un Auror réputé et n'avait après tout pas encore subi de blessure ni défiguration graves témoignant de ses prouesses. Izar était certain qu'un Lucius en quête de vengeance y remédierait la prochaine fois qu'ils se verraient.

Le sourire de Malefoy s'affaiblit et ses doigts chauds caressèrent le pouls inexistant de son poignet. L'aura de Voldemort s'assombrit considérablement derrière eux et Izar sourit faiblement en réponse.

"Je veux te remercier," déclara-t-il sincèrement.

Avant qu'il ne puisse poursuivre, le jeune Black le coupa. "Il n'est pas nécessaire de me remercier, Lucius." Il savait que ce dernier était une personne fière bien qu'il serait prêt à tout pour le remercier. Izar ne voulait tout simplement pas le pousser à une humilité inutile. Il était déjà conscient de sa gratitude et c'était tout ce qui importait. "Si jamais j'ai besoin d'aide à l'avenir, je saurai à qui m'adresser." Malefoy insisterait pour lui rendre la pareille, d'où la raison pour laquelle il avait lui-même fait mention d'une dette.

Appréciant sa prévoyance, Lucius laissa ses yeux se clore à moitié mais les écarquilla momentanément après avoir aperçu qui se trouvait désormais derrière Izar. Sa main se détacha lentement du poignet de ce dernier alors que les doigts araignées du Seigneur des Ténèbres s'enroulaient autour de son cou, un doigt à la fois.

"Mon Seigneur," salua-t-il imperturbablement, respectueusement, sinon avec appréhension.

Les lèvres d'Izar s'amincirent pendant que ses doigts l'enserraient presque douloureusement, de manière possessive. Il essaya d'échapper à sa prise mais les doigts ne se firent que plus durs contre sa peau. L'autre main de Voldemort plongea dans ses cheveux noirs.

"Lucius, ravi de voir que ton état s'améliore," susurra malicieusement celui-ci. "Je m'excuse d'avoir interrompu ton moment avec M. Black mais j'ai besoin de sa personne. Maintenant."

Et Izar eut à peine le temps de poser les pieds au sol qu'il fut sorti d'autorité de l'infirmerie. Il refusa de croiser le regard de Rogue, trop honteux de se faire sortir de la pièce comme un fichu animal de compagnie. Dès que les deux sorciers débouchèrent dans le couloir sombre, Voldemort siffla de dégoût et le repoussa.

Izar, pour sa part, ne se laissa pas démonter par cette action soudaine. "Connard," cracha-t-il en se redressant.

"Je suis loin d'être impressionné par le jeu auquel tu as choisi de t'adonner," murmura doucereusement Voldemort dans la pénombre. Il remonta le couloir et Izar le suivit avec réticence. "Il y a une chose que je regrette quant au fait de t'avoir transformé à l'âge de seize ans. Une éternité à devoir endurer tes hormones adolescentes ne me conviendra pas, surtout si tu penses que tu peux être satisfait avec quelqu'un d'autre que moi. Cela n'arrivera jamais; es-tu obligé de gaspiller ton énergie ?"

Un sourire indolent se dessina sur le visage d'Izar tandis qu'il agrippait la robe du mage noir. Il réduisit la distance entre eux et appuya le dos de Voldemort contre le mur de pierre avant de presser son corps contre le sien, ses jambes de chaque côté de sa cuisse. Le jeune sorcier lui sourit narquoisement et abaissa la capuche qui camouflait ses traits austères. Il n'admettrait jamais à personne qu'il aimait que le Seigneur des Ténèbres se sente menacé. C'était rare qu'il puisse voir une émotion humaine aussi laide chez lui. Laissons-le croire que c'étaient les hormones qui influaient sur ses agissements.

Izar se tint sur la pointe des pieds et respira son odeur. "Si ce sont les hormones qui t'inquiètent, alors tu n'aurais pas de problème à me mettre dans ton lit, n'est-ce pas ? Au lieu de ça, tu as du mal à me faire me soumettre."

Juste au moment où Izar était sur le point de s'éloigner, des mains fuselées empoignèrent ses fesses et glissèrent jusqu'à l'arrière de ses cuisses. Voldemort le souleva ensuite énergiquement et prit soin de bien envelopper ses jambes autour de sa taille avant d'échanger leur position. L'arrière de sa tête heurta le mur alors qu'il collait son corps contre le sien.

"Tu semblais plutôt complaisant il y a plusieurs nuits de ça. Me laisserais-tu démontrer à quel point tu deviens facilement malléable entre mes mains ?"

Izar tourna la joue quand Voldemort se pencha pour l'embrasser. "Complaisant ? J'appelle difficilement ça être complaisant, plutôt vouloir échapper à la contrainte de devoir créer tes Horcruxes," riposta-t-il avec insolence. Il lui fit de nouveau face et fit courir ses doigts sur sa joue. "À ce moment, le sexe était plus important que la punition."

Voldemort plissa la bouche, bien que les bords se recourbèrent vers le haut. Le fond de ses yeux rouges s'embrasa tandis qu'il caressait le visage d'Izar avec son nez et ses lèvres. Ce dernier ferma les yeux face à ce geste inhabituel mais bienvenu. Ce n'était pas un acte qui lui était généralement associé. C'était doux, presque… aimant et Izar savoura cet instant unique. Il rendit la caresse et prit conscience qu'ils étaient tels des chatons frottant leur museau l'un contre l'autre.

C'était étrange que la mort de Sirius soit relégué au second plan dès qu'il se retrouvait avec Voldemort. D'une manière ou d'une autre, le monde cessait de tourner lorsqu'ils étaient ensemble, comme si rien ne comptait en dehors d'eux et de la compétition à laquelle ils participaient avec plaisir. Izar pouvait maintenant voir que l'éternité était possible aux côtés de cet homme.

"Pourquoi l'as-tu sauvé ?" s'enquit doucement Voldemort. "Tu aurais pu faire d'une pierre deux coups."

Les paupières d'Izar s'ouvrirent brusquement tandis qu'il plongeait dans les yeux aux pupilles fendues rivés sur lui. Et puis il avait fallu qu'il l'ouvre…

Izar sépara leurs corps en poussant sur ses épaules. "J'espère que tu ne considères pas Sirius et Lucius comme les deux cibles à abattre." Il était difficile d'avaler que Voldemort ne se souciait pas de ses disciples, qu'il s'en serait fiché d'apprendre que Lucius ou tout autre Mangemort de son Premier Cercle aurait été tué. Mais c'était aussi compréhensible.

"Si," répondit le concerné sans hésitation ni remords. "Il était une faiblesse, quelqu'un qui te retenait, tout comme ton père, ta mère et Lucius Malefoy. Oserais-je dire que Greengrass, Severus et le jeune Malefoy figurent aussi sur ta liste ? N'oublions pas non plus ma chère Bella. Tous représentent des distractions inutiles pour toi."

Il comprenait peut-être trop bien ce que le Seigneur des Ténèbres essayait de souligner. Izar avait des attaches, certaines dont il n'était pas fier et d'autres qu'il avait consciemment développées. "Je ne m'attends pas à ce que tu comprennes mon deuil," souffla-t-il d'un ton glacial. "Tu ne te soucies de rien ni personne."

Voldemort balaya les mèches de cheveux sur son front tout en le scrutant avec dédain. "Bien au contraire, mon enfant. Je me préoccupe de beaucoup de choses, comme gagner et exceller dans tout ce que j'entreprends. Et malheureusement, je me retrouve aussi à me soucier de toi."

Le silence accueillit sa déclaration, Izar ayant du mal à trouver la réponse ou réaction appropriées pour de tels aveux. Voldemort baissa le regard avant de tourner les talons et de continuer son chemin jusqu'à leur chambre. Le jeune sorcier s'était figé, repassant ses mots dans son esprit. Il subsisterait toujours un petit doute sur le fait que Voldemort n'était pas sincère avec lui. Cependant, après tout ce qu'ils avaient vécu, ce doute n'était plus aussi tenace qu'autrefois.

"Tu as raison," concéda-t-il après lui avoir emboîté le pas. "Sirius était... quelqu'un à qui je me suis attaché. Mais j'ai compris que je n'aurais jamais pu concilier mon oncle ainsi que le côté obscur." Il ralentit. "Lucius est un partisan digne de confiance. Tu pourrais sûrement—"

"Non," le coupa Voldemort. "Combien de temps cela prendra-t-il pour que tu te rendes compte que ceux qui m'entourent ne sont que de simples marionnettes ? Nos marionnettes ? Il mourra avant toi, tout comme ton père et tes camarades de classe. Tu es l'être supérieur. Nous les utilisons pour notre amusement, ils ne sont que des pions permettant à ce jeu de perdurer. Et ils sont également remplaçables… jetables." Le mage noir ouvrit la porte de sa chambre et alluma la cheminée d'un simple tour de poignet.

Izar saisit son coude et le força à se retourner. "Je sais ça, je sais. Mais c'est notre première phase, notre premier cycle d'immortalité si tu préfères. Comprends que je tiens aux personnes avec lesquelles j'ai grandi."

"Je n'ai jamais dit que je ne comprenais pas, Izar." Voldemort retira sa main au creux de son coude mais le retint tout de même par le poignet. "Tu m'as demandé si je me souciais de l'éventuelle mort de Lucius. Je sais que tu as des attaches émotionnelles. Tu ne t'es pas encore endurci ou n'as pas encore mûri complètement." Il fit une pause pensive. "Et tu ne t'endurciras peut-être jamais. Bien que tu me ressembles beaucoup, il existe d'innombrables différences entre toi et moi. Tu es beaucoup plus empathique."

Izar n'aimait pas qu'il le considère comme empathique. C'était une capacité dont pourraient facilement tirer profit ses ennemis.

Comme s'il lisait dans ses pensées, Voldemort ne put retenir un rictus et relâcha son poignet. "Tu deviendras meilleur à ça une fois que nous irons nous amuser dans d'autres pays car ces distractions ne t'entoureront plus. Faire place nette."

Izar le vit se retourner, se servir un verre au bar avant de se diriger vers le canapé. L'observa de ses yeux perçants caresser sa bague avec amour, presque inconsciemment. Il désapprouva immédiatement que Voldemort porte la bague qui deviendrait son faux Horcruxe. Le simple fait qu'elle ait été dupliquée ne signifiait pas que c'était une bonne idée de la montrer aux yeux de tous. La copie serait l'Horcruxe qu'ils allaient cacher, Voldemort devrait donc cesser de porter l'originale.

"Est-ce qu'elle a une valeur sentimentale ?" lui demanda sombrement Izar de sa position près du bar. Il lui avait déjà demandé pourquoi il avait choisi ces objets comme Horcruxes. Voldemort avait insisté sur le fait qu'il lui parlerait plus tard de la bague mais peut-être que grâce à sa bonne humeur, il laisserait passer quelques informations ce soir. "La bague," développa-t-il quand son interlocuteur haussa un sourcil.

Le Seigneur des Ténèbres baissa les yeux sur son bijou, le caressant à nouveau. "Oui, entre autres." Puis, il ajouta après une pause : "As-tu déjà entendu parler des Reliques de la Mort, mon enfant ?"

Izar fronça les sourcils alors que son esprit s'emballait. Il se souvint vaguement avoir lu l'histoire des Reliques et des trois frères durant sa première année à Poudlard. Ses yeux s'écarquillèrent, découvrant la bague sous un jour nouveau. Pourtant… un sentiment sombre s'éveilla dans sa poitrine face à cette révélation. "Est-ce la pierre de résurrection ?" il humidifia ses lèvres qui formèrent un rictus narquois. "Qui vois-tu donc ? Pour la tenir de manière si possessive, tu dois forcément voir apparaître quelqu'un."

Voldemort cligna des yeux dans sa direction avant de sourire avec malice. "Jaloux ?"

Toute émotion quitta les traits d'Izar, celui-ci n'arborant plus qu'un masque imperturbable. "Bien sûr que non. Tu m'as dit que tu étais allé en Amérique du Sud il y a de ça des années et que tu avais alors décidé de ne pas créer d'Horcruxes. Tu devais avoir aimé quelqu'un à l'époque pour trouver qu'il était inopportun de ne plus ressentir d'émotions."

Voldemort l'étudia longuement avant de se mettre à rire bruyamment, ce qui était loin de lui ressembler. Un amusement sincère se lisait sur son visage. "Aimé ? Aimé !" ricana-t-il avant de baisser d'un ton. Il se détourna d'Izar et son regard se perdit dans le feu pendant un long moment. "Non, aucun amant mort, seulement mon compagnon qui se tient devant moi. Et j'ai l'intention que ça reste ainsi."

Les poils sur la nuque d'Izar se dressèrent brusquement. C'était plus une sombre promesse qu'une affirmation et il s'en retrouva déconcerté. Il s'éloigna du bar et s'approcha calmement du Seigneur des Ténèbres.

"Tu veux dire..." entama-t-il doucement, comme s'il approchait un animal sauvage. "Tu gardes la bague par mesure de sécurité ?" Le jeune Black ne voulait pas que ses soupçons soient confirmés. Il ne voulait pas que Voldemort envisage ce qu'il ne pourrait jamais cautionner. Ils étaient en désaccord sur beaucoup de choses mais ceci... Izar s'y opposerait avec ardeur.

Le Seigneur des Ténèbres caressa sa bague une dernière fois avant de poser sa main sur l'accoudoir. Il sirota une gorgée de son verre rempli d'un liquide ambré tout en souriant d'un air lugubre. "Oui."

Maintenant qu'Izar y réfléchissait, Voldemort avait toujours porté cette bague mais c'était depuis tout récemment qu'il avait commencé à la toucher, la caresser. "Tu ne peux pas faire revenir quelqu'un d'entre les morts," murmura-t-il fermement. Il savait qu'elle n'avait pas la capacité de ramener un esprit, ni même de faire renaître une personne en chair et en os. La pierre ne faisait que conjurer une apparition, quelque chose qui enjôlait et poussait celui qui la possédait jusqu'à la folie. Et Izar était bien conscient que Voldemort était au courant de ça. En vérité, ce dernier pourrait faire preuve d'une intelligence redoutable s'il se penchait sur le sujet. Le Seigneur des Ténèbres irait outre le rôle initial de la pierre en trouvant un moyen de ressusciter un mort avec le concours de celle-ci.

"Tu ne peux pas me ressusciter," contesta Izar. "Ceux qui reviennent d'entre les morts ne sont plus jamais les mêmes. Ils n'oublieront jamais la sensation d'être arrachés de l'au-delà pour être replongés dans cet enfer cruel que nous appelons la vie. Si tu meurs, Tom, et que tu souhaites que j'utilise la bague ou tout autre moyen pour te ressusciter, alors je le ferais. Mais tu dois respecter ma propre décision et me laisser reposer en paix."

Voldemort retroussa sa lèvre supérieure, le sourire implacable qu'il lui lança révélant ses dents d'une blancheur surprenante. "Tu n'as pas ton mot à dire."

Le jeune sorcier le vrilla du regard et quitta la pièce principale afin de se rendre dans sa propre chambre. Ses pieds frottant contre la moquette, Izar se déshabilla tout en continuant de marcher jusqu'à la salle de bain. Il fit couler l'eau chaude puis nettoya son corps et ses cheveux. Il sentait Sirius, la mort, le sang… et ça le rendait malade. En plus de la conversation et de la prise de conscience qu'il venait d'avoir avec Voldemort, la charge mentale qui reposait sur lui l'éreintait.

Il valait mieux ne pas se disputer avec lui quand il se montrait arrogant et obstiné. Plus Izar se disputait avec lui, plus le Seigneur des Ténèbres devenait insupportable et prouvait son étroitesse d'esprit. Il ne voulait rien entendre et ne remettrait jamais en question ses jugements…

Izar s'appuya contre la porte de la douche et y abattit son poing. Il regarda son anneau celtique à travers ses cheveux mouillés et ruisselants. Le Seigneur des Ténèbres s'était donné tant de mal pour le garder dans les parages. La peur guidait-elle ses actions ? Ne pouvait-il pas fonctionner sans lui ? Était-ce un effet secondaire d'être compagnons de vie ? Ou était-ce l'isolement qui réduisait son champ de vision ?

Cela l'attristait qu'il croit devoir le contrôler pour le garder auprès de lui. Plus jeune, Tom Jedusor avait toujours été seul. Il n'avait jamais noué de relations, ne s'était jamais senti à l'aise avec les autres. Maintenant qu'Izar représentait sa première exception, Voldemort était devenu possessif et avait développé des insécurités. Il n'était pas étonnant qu'il ressente la nécessité de le maintenir dans une étreinte suffocante.

Izar leva la tête et laissa le jet d'eau fouetter son visage. Une partie de lui croyait qu'il avait été conçu juste pour Voldemort. Sinon, avec qui d'autre aurait-il pu ressentir du plaisir et de l'excitation ? Il sourit avant de fermer l'arrivée d'eau. Ils étaient trop semblables pour s'offusquer de ce qu'il avait fait. Et il avait définitivement assez de maîtrise de soi pour ne pas réagir et ne plus lui adresser la parole. Il était juste fatigué.

Izar sortit de la douche et se sécha avec une serviette avant de saisir la robe noire soigneusement pliée sur la coiffeuse. Il observa son reflet et eut un sourire amer, amusé d'avoir l'air impeccable malgré l'enfer qu'il avait traversé. L'immortalité apportait de nombreux avantages mais aussi son lot de peines, tout comme sa relation avec Voldemort.

Il quitta la salle de bain et s'arrêta net quand il vit le concerné sur son lit. Le mage noir était assis au bord du matelas et caressait un pion noir sur un échiquier. "Viens jouer," l'enjoint-il en lui accordant à peine un regard. "Je vais même te permettre de jouer en premier. Et nous savons tous deux que celui qui commence gagne." Ses doigts araignées firent tourner le plateau de sorte à ce que les pions blancs soient de son côté.

Le premier instinct d'Izar fut de l'informer qu'il voulait juste dormir. Mais il ravala sa réponse, sachant que c'était sa manière d'aplanir les choses entre eux. "Tu dis juste ça par précaution," rétorqua-t-il. "Si tu perds, tu auras une excuse."

Voldemort sourit faiblement en retour.

Izar s'installa sur le lit et plia ses jambes alors qu'il prenait connaissance de l'échiquier. "C'est la première fois que je vais jouer aux échecs avec toi," murmura-t-il en considérant ses pions. "Pourquoi ai-je le sentiment que tu vas m'anéantir ?"

Les yeux rouges se détachèrent du plateau pour l'observer attentivement. "As-tu déjà joué aux échecs, mon enfant ?"

Izar pinça les lèvres. "J'ai lu à ce sujet. Mais je n'y ai jamais joué," admit-il. À vrai dire, il n'avait jamais eu quelqu'un avec qui jouer.

"Alors je dois applaudir ton courage puisque tu décides de te lancer," plaisanta Voldemort d'une voix basse. "Je te guiderai." Il changea de position afin de lui faire complètement face. Même si sa posture était relaxée, il réussissait toujours à dégager du pouvoir et de l'autorité. "Il faut toujours avoir un but en jouant. Beaucoup de gens étudient les échecs pendant des heures afin d'améliorer leur jeu. Cependant, la vraie maîtrise ne vient que lorsque l'on doit faire face à diverses problématiques durant une partie."

Ils savaient tous deux que Voldemort ne parlait pas seulement d'échecs. Les échecs étaient un jeu très analytique qui imitait la vie et ses stratégies de combat. Pour cette raison, Izar se pencha et lui accorda une attention toute particulière. Ce n'était pas tous les jours qu'il se sentait suffisamment patient pour l'instruire. Il s'y prenait généralement à travers des tests, des jeux. Mais jamais en face à face.

"Une analyse rétrospective saura te révéler l'efficacité d'un coup." Voldemort agita sa main et déplaça les pions à sa guise. Sa reine se tenait près du roi d'Izar. "De mauvaises tactiques te mettront dans des situations incroyablement amusantes, bien que compromettantes. Comme ici."

Izar regarda la reine. La seule chose qui l'empêchait de prendre son roi était un seul pion noir. Le propre pion de Voldemort.

"C'est idiot," lui dit-il. "Ton manque de stratégie te place dans une situation où tes propres pions t'empêchent de faire un échec et mat. Il vaut mieux sacrifier le pion qui te gêne." Voldemort fixa Izar, sa bouche formant une ligne dure. "Mais tu es bien trop intelligent pour faire cette erreur."

Le jeune Black sourit avec mépris, sachant trop bien qu'il comparait ce scénario avec ses attaches sentimentales. Comment elles l'empêcheraient d'atteindre son objectif, le détourneraient de 'l'échec et mat'. "Amusant," marmonna-t-il. "Très créatif."

"Bien sûr, il te faut sacrifier un pion que si tu es sûr de ce que tu gagneras en retour." Voldemort fit un geste pour remettre les pièces du jeu à leur place d'origine. "Selon toi, qu'est-ce qui justifie ce sacrifice ?"

Izar réfléchit à la question. "La principale raison serait de piéger un pion de grande valeur appartenant à ton adversaire afin de l'éliminer de la partie," répondit-il en fronçant les sourcils. "Bien que... je pense aussi qu'il serait bénéfique d'acculer ton opposant afin de restreindre ses mouvements. Dans ce cas, tu n'aurais pas besoin de sacrifier tes pions et cela limiterait quand même la marge de manœuvre de l'adversaire."

"Très bien," félicita Voldemort. "Cependant, je préfère la première tactique. L'adversaire pourrait toujours défaire ton piège et riposter tout aussi durement. Il vaut mieux les supprimer définitivement du plateau. Ils ne peuvent pas influer sur ton jeu s'ils ne s'y trouvent pas."

C'était plutôt ironique qu'il voit la chose sous cet angle. Dans la vraie vie, Voldemort n'avait jamais accordé autant de crédit à ses ennemis. Il était arrogant et par conséquent les sous-estimait. S'il acculait quelqu'un, il penserait que sa victime ne pourrait pas en réchapper et encore moins riposter tout aussi vicieusement. Izar fut tenté de le souligner mais ils étaient en terrain neutre. Il ne voulait pas perturber cette paix inaccoutumée.

"Tu dois te méfier d'une stratégie par laquelle je sais que tu pourrais te faire avoir," poursuivit Voldemort. "Certains joueurs organisent leur jeu à partir des erreurs de leur adversaire. Néanmoins, c'est loin d'être ingénieux. Tu peux bien entendu exploiter les failles de ton opposant, mais te reposer uniquement sur ça est un mauvais choix. Dumbledore en était un excellent exemple durant le raid."

Izar leva aussitôt les yeux vers lui. "C'est-à-dire ?"

Voldemort eut un rictus. "Il s'appuyait sur tes faiblesses lors de votre duel. En apprenant que tu étais un vampire, Dumbledore t'a sous-estimé. Les vampires sont connus pour être incontrôlables, presque sauvages. Il attendait que tu perdes le contrôle pour te tuer. Ce n'est pas arrivé et il en a payé le prix fort."

Izar baissa la tête, tapotant du doigt un des pions. Ses paroles sonnaient surprenamment vrai. Il n'avait pas remporté ce duel parce qu'il était à égalité avec un Seigneur de la Lumière, mais parce que Dumbledore l'avait méjugé.

"Tu t'es bien débrouillé," concéda Voldemort alors qu'il se doutait des pensées qui le traversaient. "Cependant, j'ai du mal à comprendre pourquoi tu veux m'égaler en pouvoir."

Ses yeux verts se fixèrent de nouveau sur lui. "Je souhaiterais pouvoir me défendre sans ta protection constante. Bien sûr que je crois devoir être aussi puissant que toi." C'était un sujet sensible car il savait que ce ne serait jamais le cas. Ça l'agaçait et le faisait se sentir faible, inutile.

Le Seigneur des Ténèbres se pencha en avant, conscient de l'échiquier entre eux. Ses doigts s'enroulèrent autour du col d'Izar et jouèrent avec paresseusement. Il approcha son visage de lui et sourit narquoisement. "C'est un sentiment extrêmement enfantin. Ne peux-tu pas accepter que nous incarnons deux forces différentes, mon enfant ? Nous sommes imbattables ensemble," souffla-t-il avec convoitise à son oreille. "Ton esprit prodigieux est quelque chose que je ne pourrai jamais obtenir. Tout comme tu n'auras jamais autant de pouvoir que moi."

Izar s'écarta de Voldemort, poussa davantage le plateau vers lui, puis fit avancer son pion.

Il détestait quand le Seigneur des Ténèbres avait raison. Bien que sa puissance était en effet supérieure à la moyenne, elle n'atteindrait jamais son niveau. Peut-être qu'avec le temps et la pratique, Izar serait suffisamment habile en duel et en théorie de la magie pour le battre grâce à ses compétences plutôt que par le pouvoir. C'était possible, mais il devait d'abord accepter qu'il ne pourrait jamais acquérir autant de force que lui. Il avait d'autres talents que le mage noir ne possédait pas et il devait les accueillir à bras ouverts s'il voulait le surpasser.

Izar leva le regard de l'échiquier et lui fit un sourire lourd de sous-entendus. Voldemort sourit en retour et déplaça son pion pour qu'il aille à la rencontre du sien.

Attirant ses genoux contre sa poitrine, Izar réfléchit à ses paroles concernant Dumbledore. Ses yeux s'écarquillant une fraction de seconde, le jeune sorcier plaça son menton sur ses genoux et considéra pensivement le jeu d'échecs. "Tu sais… la stratégie de Dumbledore a tourné à son avantage après tout, peu importe ce qu'on en dira."

"Oh ?" s'enquit son interlocuteur en inclinant la tête de manière à lui montrer qu'il écoutait. "Et comment ça ?"

Izar esquissa un rictus amer. Il saisit un pion entre son pouce et son majeur et le claqua contre celui de Voldemort qu'il posa à côté de l'échiquier. "Il sait que je ne suis pas un vampire."

{Death of Today}

Les Mangemorts se disputaient derrière lui.

Izar se mordit la lèvre inférieure et tenta de les ignorer pendant qu'il contemplait presque avec amour les barrières magiques entourant Poudlard. Le château, même de loin, inspirait un sentiment de confort et d'accueil. Sauf que de son côté, il savait que c'était un énorme obstacle se dressant sur son chemin. Et c'était aussi le lieu où Voldemort voulait que son dernier combat prenne place.

Cela faisait plus d'une heure et ils n'avaient pas encore fait le tour entier de l'école ni trouver le point faible des protections. Habituellement, lorsque chaque directeur commençait à exercer ses fonctions, il les renforçait avec son propre pouvoir. Mais cela rajoutait également une couche de magie se superposant aux précédentes barrières. Au fil des décennies, des siècles, les protections se sont mises à former des nœuds là où les multiples barrières avaient fusionné entre elles.

Étant donné que Poudlard était une bâtisse puissante avec des protections très anciennes, le nœud qu'Izar cherchait à démêler serait petit et difficile à trouver. Ce serait beaucoup plus facile s'il pouvait distinguer les barrières anti-transplanage du reste. S'il accomplissait cela, il pourrait simplement les éliminer afin que les Mangemorts transplanent à l'intérieur. Mais ce n'était pas aussi simple. Non seulement Poudlard était entouré de différentes couches de protections, mais il y avait également plusieurs barrières anti-transplanage qui s'entrelaçaient pour ne former qu'un au sein de l'épaisse barrière protectrice.

Mordillant toujours sa lèvre inférieure, Izar se déplaça lentement vers la droite. S'il ne trouvait pas le nœud, il y avait l'éventualité que quelqu'un présent dans l'enceinte de l'école parvienne à démanteler les protections plus facilement. Cependant, il ne pouvait penser à personne de confiance ou suffisamment puissant pour accomplir cela. Severus Rogue n'était pas autorisé à quitter la base et Drago ainsi que Daphné n'étaient tout simplement pas assez qualifiés pour réussir cet exploit.

"Encore combien de temps ?" se plaignit quelqu'un derrière lui. "On va y passer la nuit."

"Une heure. Cela fait une heure que nous sommes ici," répondit Bellatrix d'un ton glacial. "Tu n'as de toute façon rien de mieux à faire, Carrow."

Izar les ignora et observa les protections dorées. Elles étaient vraiment magnifiques et formaient un dôme autour du château ainsi que des jardins environnants. Il prenait garde à ne pas les toucher et avait justement demandé aux autres d'attendre à quelques mètres de distance. Les barrières étaient sans aucun doute dorées et pourtant, il y avait des particules couleur rubis et émeraude qui se mouvaient dans la rivière d'or, clignotant vivement avant de s'affadir.

Il pinça les lèvres, continuant toujours son inspection. Sa baguette toucha presque les protections alors qu'elle flottait gracieusement au-dessus de lui, passant au peigne fin la magie qui frémissait délicieusement. Izar leva les yeux puis les plissa en direction du sommet du dôme. Il était possible que le nœud se stabilise tout en haut mais il n'y avait rien.

Le nœud devait bien être quelque part. S'il ne pouvait pas le trouver, il allait devoir éplucher les protections une par une. Et cela lui prendrait des heures, voire des jours.

Durant l'heure qui suivit, Izar fit le tour du périmètre et ignora les grognements provenant des Mangemorts dans son dos. Ils n'étaient que quelques uns à l'avoir accompagné, le groupe incluant plus de sorciers du Deuxième Cercle que du Premier. Ils étaient bien sûr impatients. Les Mangemorts ne pouvaient pas voir ce qu'il faisait et espéraient se montrer plus productifs. Alors qu'il passait devant une courbe de la barrière, Izar aperçut soudainement un entremêlement en bas du dôme.

Il s'accroupit aussitôt, bien qu'avec une certaine nonchalance car il ne voulait pas attirer l'attention des Mangemorts. Il savait que la majorité d'entre eux soutenaient le Seigneur des Ténèbres et sa cause, mais personne ne pouvait être entièrement digne de confiance. Il valait mieux qu'Izar garde secret l'emplacement du nœud. Il était étonnamment situé près des portes de Poudlard, non près de la forêt interdite comme il avait initialement espéré. Le nœud à l'aura dorée faisait la taille d'un poing et était parcouru de vaisseaux lumineux. Des éclairs et pulsations de magie se fondaient l'un dans l'autre, ce qui était spectaculaire visuellement parlant.

Izar marqua mentalement l'emplacement du nœud avant de se lever et de continuer à examiner les protections comme s'il ne l'avait pas encore trouvé. Pourtant, ses doigts le démangeaient à l'idée d'essayer de le démêler. Il savait qu'il ne pouvait pas le toucher maintenant car Dumbledore serait alerté de leur plan.

Il fallut encore trente minutes pour que quelqu'un l'interrompe.

"À quoi cela ressemble-t-il ?" demanda Barty Croupton Jr. par-dessus son épaule. "À quoi ressemblent les protections ?"

Izar les lâcha des yeux et observa le concerné à travers ses paupières baissées. Cette même question lui avait été posée par Drago il y a un an chez Appleton. Celui-ci avait été déçu d'apprendre que les auras n'étaient pas aussi explosives que des feux d'artifice. Il ne pouvait s'imaginer que la magie soit calme, apaisante, ou jolie. Il voulait qu'elle soit pleine de formes vives aux couleurs éclatantes. Barty penserait-il la même chose ?

Izar souffla du nez et tendit lentement sa baguette vers sa tête. Barty ne fit rien pour l'arrêter et le sourire espiègle qu'il arborait s'élargit même. Il se tenait calmement en place, un contraste frappant par rapport à ses camarades se chamaillant dans son dos.

Izar appuya sa baguette sur sa tempe et murmura l'incantation qui allait permettre à Barty de voir à travers ses yeux. Il regarda les protections tout en gardant sa baguette pressée contre sa tempe. À côté de lui, Barty inspira profondément et émit un bruit de gorge intéressé. "C'est exactement ce à quoi je m'attendais," s'exclama-t-il avec un soupçon d'émerveillement. "Éblouissant."

Izar sourit. Il était logique que Croupton Jr. sache montrer son appréciation contrairement à Drago. Étant donné qu'il était plus vieux, Barty avait une maturité et une sagesse dont manquait Malefoy. Malgré leur aversion mutuelle, le respect qu'il lui portait s'intensifiait à mesure qu'il apprenait à le connaître. Izar n'aimait pas l'admettre mais ils avaient beaucoup de choses en commun. Y compris leur vie de famille et le fait qu'ils s'étaient attachés à Voldemort. Barty le considérait comme un père alors qu'Izar… eh bien…

Juste au moment où il allait retirer sa baguette, les doigts de Barty agrippèrent son poignet. "À quoi ressemble mon aura ?"

Izar retint un soupir d'irritation et tourna à contrecœur son regard vers lui. "Elle est inconstante," fournit-il. "Chaque fois que ton humeur change, ton aura s'adapte à tes émotions et change à son tour d'aspect, parfois de couleur. En ce moment, tu es calme, peut-être légèrement intrigué, du coup ton aura est paisible."

L'aura de Croupton n'était pas vraiment colorée. Des particules d'un gris mercure ressemblant à de la poussière gravitaient paresseusement autour de ce dernier. Néanmoins, elles se mirent subitement à virevolter quand Barty éprouva de la surprise et de l'admiration.

"Incroyable," murmura-t-il. "Quand tu regardes le Seigneur des Ténèbres—"

Izar perdit sa baguette quand une attaque dans son dos le frappa de plein fouet. Il grogna en atterrissant sur le sol, sa baguette projetée à quelques mètres de là. Le sort qui l'avait touché devait être un maléfice car il ne pouvait plus soutenir son corps. Quand il essayait de bouger, ses membres ballottaient, comme s'il était devenu aussi flasque et inconsistant qu'un veracrasse.

"Attrapez Black ! Les autres sont sans importance !" aboya une voix familière. Qui d'autre pouvait être aussi dévoué à la tâche ?

Izar sourit bêtement en regardant les Mangemorts, baguettes brandies et yeux écarquillés se précipiter pour l'atteindre. Ils étaient amusants. La seule chose qu'ils avaient à l'esprit était la colère du Seigneur des Ténèbres s'ils ne parvenaient pas à le sauver à temps.

Bellatrix poussa un cri de bataille et lança l'Avada Kedavra vers Izar. Le sortilège vert effleura ses cheveux avant de continuer sa course avec une précision mortelle jusqu'à l'homme qui avançait derrière lui. Avant qu'il ne frappe sa cible, son assaillant l'agrippa et transplana.

Izar, forcé de les accompagner, rit tout du long. Qu'est-ce que Rufus lui réservait ?