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Avec ma grossesse, je fus presque contrainte d'ouvrir un cabinet médical dans les deux pièces en enfilades qui étaient attenantes à la maison. J'étais trop fatiguée pour continuer de me rendre à l'hôpital. Beaucoup d'habitants me rendirent visite, par nécessité ou curiosité. Après ces mois passés à Saint Bees, j'étais plutôt bien incorporée dans le village. J'en connaissais les commerçants et les habitants et nous vivons tous une vie paisible. Mon enfant devait arriver dans les trois mois à venir.
Parfois, Seamus me rendait visite. Il semblait toujours gêné de me voir et pourtant passait souvent m'aider à installer un berceau, soigner les poules et parfois même il m'aidait simplement à ranger des affaires. Nous commencions à bien nous entendre, il lui arriva même de me confier quelques bribes de sa vie.
Lorsqu'il sonna à ma porte, je fus heureuse de le retrouver. Le brun était venu savoir comment allait les poules, et comment je me sentais. Pour la première fois, je m'entendis lui raconter mon mariage catastrophique, mon aventure et mes remords, mue d'une force inconnue. Il écouta sans rien dire, jusqu'à ce que ma parole se tarisse. Puis il me dit simplement que si je le désirais, je pouvais toujours divorcer.
Le mois suivant, alors que je me rendais chez Narcissa comme tous les week-end, elle m'accueilli avec une nouvelle qui la faisait resplendir. Alors que je m'installais sur le fauteuil du salon, elle posa un journal devant moi en s'exclamant : « Regarde-ça ! ». L'article était intitulé, Drago Malfoy fondateur et membre émérite de l'APRSEMS (association pour la reconstruction des survivants et l'entraide moldue et socière). L'article montrait comment, sources à l'appui, mon mari avait travaillé entre Canada, Angleterre et Amérique pour la politique mondiale dans la reconnaissance des traumatismes liés à la guerre. Il semblait avoir fait des recherches sur la reconstruction suite à cette épreuve et avoir développé des moyens pour lutter contre les préjugés et la haine des moldus. Je trouvais aussi dans le texte une explication selon laquelle mon époux aurait effectué un travail auprès des détenus d'Askaban, anciens partisans du seigneur des ténèbres pour changer leurs mentalités. Ma belle-mère semblait très fière de son fils et me signifia de ne pas m'inquiéter, tout en posant sa main sur la mienne. Je me doutais alors qu'elle avait pu revoir son fils et lui posais des questions auxquelles elle refusa de répondre. Je pris sur moi de ne pas m'énerver pour que le repas se passe dans le calme. Mais après avoir discuté d'autre chose pendant plus d'une heure je n'y tint plus et lui dit :
- « Ecoutez, Drago est mon mari et sa place est près de moi. Surtout dans ma situation. Alors si vous avez l'occasion de le voir, dites-lui donc que s'il continue de jouer les fantômes plus longtemps, je serai contrainte de demander l'annulation de notre mariage ! »
Narcissa fut très surprise de ma tirade et de me voir quitter la table dans un tel éclat. En même temps, comment pouvais-je supporter cette situation plus longtemps ? Cela faisait sept mois que je n'avais pas vu mon mari, soit presque un an. Nous étions à la fin du mois d'Octobre et bientôt je devrais passer les fêtes de Noël seule, et enceinte par-dessus le marché. La colère semblait ne pas vouloir me quitter pendant que je faisais les cents pas dans le salon.
Ma belle-mère me rejoint, me regardant m'agiter. Lorsque je m'arrêtais pour lui faire face, des larmes contenues depuis bien longtemps roulèrent sur mes joues. Elle m'étreignit et m'affirma qu'elle me comprenait. Son mari aussi n'était plus là depuis autant de temps. Mais elle dit comprendre les raisons de son fils et me recommanda de lui faire confiance.
- « Parce que je sais une chose, c'est qu'il nous aime et qu'il reviendra. Tu peux en être certaine ma très chère fille. »
Le contact cessa. J'étais émue qu'elle m'appelle sa fille, mais ses paroles n'effaçaient pas ma révolte.
Les semaines passèrent et mes nuits furent de plus en plus courtes. Je dormais d'un sommeil agité, j'entendais au loin des bruits de pas, une porte qui grince. Je me sentais observée. Dans mon rêve, j'étais seule au milieu d'une immense place et complètement nue. Des milliers d'yeux étaient fixées sur moi par toutes les fenêtres qui m'entouraient. Tout d'un coup un coup de vent souffla sur mon corps nu, j'avais froid. Puis la porte claqua. Je me réveillais en sursaut, au milieu de la nuit, la lune éclairait la chambre par la fenêtre grande ouverte à ma droite, les rideaux volaient dans la brise glacée du soir. Ma respiration était rapide, j'eus du mal à me relever pour fermer la fenêtre alors que j'étais déjà à huit mois de grossesse. Je remarquais que la porte de la chambre laissait passer de la lumière. J'avais peur. Quelqu'un était-il entré chez moi ? Avec tout le courage que je pouvais trouver au fond de moi, je me dirigeais le cœur battant vers l'entrée de la chambre. La lumière venait du salon, je m'y rendis en faisant le moins de bruit possible. En bas, tout était calme, il n'y avait pas un bruit. Le petit Orion miaula en m'apercevant, je me dirigeais vers le rebord de la fenêtre devant lequel il était posté. Par l'ouverture, je pouvais voir la rue dehors. Une silhouette se trouvait dans mon champ de vision : grande, fine, masculine avec les cheveux clairs. Je me précipitais jusqu'à la porte d'entrée et l'ouvrit en grand tout en hurlant le nom de mon mari : « Drago ! ». Mais seul le silence de la nuit me répondit, il n'y avait personne dehors. Tout était vide. En rentrant, je pris soin de fermer le verrou et retournais dans mon lit. Je mis très longtemps à trouver le sommeil, tournant et retournant mes pensées dans tous les sens.
Après cette frayeur nocturne, je demandai à Seamus de s'installer dans la chambre qui faisait face à la mienne. Grace à sa présence je pus enfin dormir correctement. Mon ventre était devenu énorme avec mes huit mois et demi de grossesse et il m'était très difficile de trouver la bonne position pour dormir. C'est ainsi que quelques jours plus tard, je fus réveillée à quatre heures du matin par un vacarme dans l'escalier. Je me levais et me dirigeais aussi hâtivement qu'il m'était possible vers l'origine du vacarme. C'est alors que je trouvais Seamus au sol, une grande silhouette le surplombant. J'allumais la lumière et lorsque je vis le visage de l'assaillant, mes yeux s'exorbitèrent. Je venais de découvrir avec un mélange de joie et d'horreur la figure de l'intru.
- « C'est qui celui-là ? » S'exclamèrent les deux hommes au même moment.
Tout en gardant les yeux fixés sur l'homme qui me faisait face, je dis doucement à Seamus : « C'est mon mari. ». Il se releva et râla, il lui avait asséné un coup dans le plexus, puis dans la tête, le faisant choir au sol. Drago avait l'air amer et furieux et demanda des explications sur la présence de l'inconnu.
- « Je suis là pour la protéger des intrusions ! » Expliqua Seamus une fois relevé.
Il eut la délicatesse de nous proposer de nous laisser seuls pour discuter. Tandis que nous nous fixions en chien de faïence, il nous mena dans la cuisine. Là, Seamus se servit un verre de Whisky qu'il but cul sec, il servit un verre à Drago et lui laissa la bouteille puis se dirigea vers la sortie. Avant de sortir de la pièce, il se retourna vers nous pour dire : « Vous allez vous parler maintenant ! Non mais c'est quoi ce b*rdel de débarquer au milieu de la nuit ? Moi, je rentre chez moi. »
On l'entendit marcher dans le couloir qui menait à l'entrée, puis la porte s'ouvrit et se ferma. Après quelques secondes, Drago se servit un verre de whisky tout en soupirant. Il me semblait si étrange de me retrouver face à lui que je ne savais pas par où commencer. Il me questionna sur l'homme qui venait de sortir avec la rage d'un combattant. Il semblait hors-de-lui d'avoir trouvé un homme dans la chambre en face de la mienne. Je lui répondis doucement qu'il s'agissait d'un ami à qui j'avais demandé de dormir chez moi suite à des cauchemars récurrents et des insomnies. Cette explication semblait le calmer, il but une gorgée de sa boisson pour se donner contenance. Puis il regarda avec insistance mon ventre saillant sous mon haut mais aucun son ne s'échappa de sa bouche. Je fixais mes mains entremêlées face au verre de limonade que Seamus avait généreusement déposé devant moi.
- « Oui, Drago, je suis enceinte. »
Cette phrase prononcée, je relevais le visage dans sa direction. Je pus observer ses yeux briller tandis qu'il reportait le regard à son verre. Il porta la main gauche à son front et le massa vigoureusement pendant quelques minutes. Sa voix brisée parvint jusqu'à moi :
- « J'ai vraiment tout raté. »
Je sus qu'il pleurait, le cou brisé, sa main cachant son visage. Je ne savais pas comment interpréter ce qu'il venait de dire. Je le laissais se remettre de ses émotions, ce qu'il fit assez rapidement, en finissant d'un trait son verre. Il s'en resservit un deuxième quand je lui demandais :
- « Qu'est ce que tu fais là, au milieu de la nuit ?
- J'ai vu ma mère. Elle m'a dit que tu étais enceinte. D'abord j'ai voulu vérifier. Et quand je t'ai vue. Alors… J'ai eu envie d'être près de toi. Je voulais juste veiller sur ton sommeil et… Sur … J'avais besoin de veiller sur vous deux. De te voir dormir paisiblement, d'être certain que tu respires. C'était terrible d'être loin alors que tout ce que je voulais c'était te prendre dans mes bras et qu'on vive ensemble ce bonheur d'avoir un… » Répondit-il.
Lorsque sa voix se brisa encore, il figea à nouveau son attention sur mon ventre. Il se leva et sans une parole, avança vers moi. A quelques centimètres de moi, sa main pris le chemin du ventre rond que je portais sur moi comme une seconde peau. Alors je sentis sa chaleur et surtout sa douceur. Il sourit, un grand sourire comme il ne m'en avait pas offert depuis tellement longtemps. Puis il se mit à genoux pour poser son oreille sur le même ventre qui était l'objet de toutes ses précautions. Sans un mot, mes mains se dirigèrent vers ses cheveux que je me mis à caresser. Je sentis de l'humidité sur mon ventre et je compris qu'encore une fois les larmes dévalaient ses joues.
- « Pardon. » Dit-il « J'aurais dû être là. Vous êtes tout pour moi. »
Il posa un baiser sur mon nombril avant de se relever. Ensuite, il exprima la rage qui l'avait saisi quand il avait vu un homme sortir de cette chambre, il n'avait pas pu s'empêcher de le violenter. Il s'était senti dépossédé de son statut de mari, et de père.
- « Alors tu venais la nuit pour m'observer ?
- Oui.
- Tu te rends comptes que j'ai eu la peur de ma vie ? Tu te rends comptes que tu passes pour un pervers ! »
Il se mit à rire puis se justifia en invoquant que c'était pour lui la seule manière d'être près de moi. Je lui fis part de ma solitude dans cette grossesse, de ma colère envers lui et du constant soutient de Narcissa. Il m'écouta avec un calme qui me surprit. Nous passâmes la journée ensemble. Je lui présentais Orion, les deux poules et les environs du village. Lorsque nous arrivons au bord de mer, Drago me prend la main, l'air de ne pas y penser. Sa grande paume est contre la mienne et me réchauffe. Lorsque nous sommes en vue de la maison, je lui propose de préparer son repas préféré pour le dîner, mais il refuse. En montant les marches du perron, je sentais mes joues rougir comme une jeune fille tandis que je le sens se rapprocher de moi jusqu'à sentir son souffle dans mon cou. Une fois la porte fermée derrière nous, il se penche sur moi pour m'embrasser. Dès que nos lèvres entrèrent en contact, nous nous jetâmes l'un sur l'autre sans retenue. Je n'avais jamais ressenti un tel désir, un tel plaisir. Je me sentais complètement passionnée. Puis, alors que nous nous étions déplacés sur le canapé, je le vis se diriger vers la porte d'entrée de laquelle il revint avec un plateau sur lequel se trouvaient plusieurs cloches. Il le posa sur la table basse et découvrit les assiettes en disant « Tadam ! ». Je battis des mains, le repas avait l'air délicieux. Nous mangeâmes tranquillement, puis il me proposa de mettre de la musique. Nous nous mirent à danser comme lors de nos premiers rendez-vous. Alors qu'il me tenait dans ses bras, il se pencha pour m'embrasser. Une nouvelle fois, j'eus les joues rouges et mon cœur battit plus fort. Nous passâmes la nuit à nous câliner dans mon lit du premier étage. L'une de ses jambes entre les miennes, sa main s'aventurait sur mes seins gonflés. Ses lèvres jouèrent avec les miennes tendrement, puis sa large paume s'aventurait sur mon ventre et le caressait avec douceur. J'eus la surprise de sentir un coup porté par le bébé à l'endroit où se trouvait la chaleur de ses doigts. Drago fut surprit mais sembla très heureux d'établir une communication avec cet être qui n'était pas encore venu au monde. Il se mit à lui parler doucement. En entendant le timbre chaud de la voix de mon mari s'adresser avec tant de bonté à mon ventre proéminent, je ne pus retenir les larmes couler abondement de mes yeux. Lorsqu'il s'en aperçu, le blond se renseigna sur ce qui se passait. Je lui expliquais doucement que je prenais seulement maintenant la mesure de tout ce que nous avions manqués avec ces huit mois de grossesse qu'il avait manqué.
- « Ce n'est rien, je suis là maintenant et je ne partirais plus. » Me rassura-t-il d'un ton affectueux.
Le lendemain, nous étions entrecroisés dans le lit et je souris en me tournant vers mon mari. Je ne me souvenais plus de sa beauté avec autant de précision que ce qui m'apparaissait sous la douce lumière du matin. Je me souvins de ce que m'avaient dit Pansy et ma mère à la veille de mon mariage. Elles avaient raison. J'avais fait le bon choix malgré tout. Je n'aurais voulu partager ces moments intimes avec personne d'autre que cet homme-là. Je me sentais gonflée de fierté de porter son enfant et non celui d'un autre. Cette bonté dont il faisait preuve avec moi à chaque instant depuis son retour, je ne la connaissais qu'avec lui. Sa nature était profondément bienveillante, et il semblait que le fait de devenir bientôt père avait amplifié cette qualité chez lui.
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