Merci à MERO Julie et Lupinette pour vos reviews !

Sehnsucht7 : merci beaucoup pour ta review. Pour répondre à tes questions j'ai commencé l'histoire sans plan, d'où la différence entre les chapitres d'Azkaban et ceux la deuxième sous-partie de la partie un qui étaient prévus jusqu'au moindre détail. La deuxième sous-partie devait être aussi longue pour permettre le contre-coup de la fin des détraqueurs, et j'ai ajouté la révolution gobeline pour le fun. Je n'avais pas assez de matière pour tenir douze chapitres en un an comme la sous-partie un, donc j'ai fait les points saillants. Comme je tente de respecter le plus possible le canon, j'ai inclus l'Enfant Maudit puisqu'apparemment (malheureusement) l'histoire est officielle. Pour la seconde partie, Rogue n'a pas fini de se réadapter mais il en fait assez pour donner le change. Quant à Lily (spoil)… les romances ne sont pas ma tasse de thé. Donc je vais diverger de toutes les histoires où Severus réussit sa rédemption, se marie avec elle et devient le père d'Harry.

Cinder : Gwyneira a fini Poudlard donc on ne la voit pas pendant un certain temps. La Lily idéalisée de Severus est en partie basée sur Gwyneira (du moins physiquement) donc tu tiens une piste…

Intellectuellement Severus savait que ce qu'il faisait n'avait que très peu de lien avec sa haine pour les maraudeurs, et tout à voir avec le fait que détruire une salle de classe ne lui avait pas suffi. Officiellement il avait des dizaines de raison de le faire. Les « blagues » que les maraudeurs avaient accumulées quand Potter s'était aperçu que l'amitié qu'il avait avec Lily évoluait lui prouvaient que Severus avait beau ne pas répliquer, les maraudeurs ne s'arrêteraient pas. Un manque de réaction qui serait bientôt questionné dans sa maison et n'échappait pour l'instant aux remarques des Serpentard que parce que ceux-ci étaient bien plus occupés à prendre parti ou à rester neutre pour la succession de Lucius. Dans toute autre circonstances, l'apparent laissez-faire de Severus aurait été une invitation à d'autres pour imiter les maraudeurs. Se faire une place dans la maison Serpentard était dur, mais elle préparait à une vie post-Poudlard sans les illusions qu'entretenaient les autres maisons.

-Je pense n'avoir pas besoin de préciser les conséquences si cette expédition est infructueuse, déclara d'une voix trainante Regulus Black.

Surtout pour ceux qui devaient y gagner leur place, amenda Severus. N'importe quel Serpentard valant ce nom savait que ce commentaire était inutile puisque tacitement entendu. Black était aussi pourri gâté que n'importe quel héritier de la plus influente maison de Grande-Bretagne. Si ses souvenirs étaient bons, son ainé n'avait cependant pas encore été relégué, mais il ne devait pas faire de doute dans la famille que le futur Seigneur Black serait plus probablement Regulus que Sirius. Il avait toutefois un sens tactique caché sous cette attitude sans lequel il n'aurait jamais accepté de faire le pari de suivre Severus après le couvre-feu.

-Evidemment, répondit Severus en vérifiant que le couloir devant eux était vide.

Il était quelqu'un qui pouvait intéresser les potentiels patrons, mais pas les forcer à le reconnaître actuellement. A une époque, il avait pu servi Narcissa, mais cette époque était loin d'être arrivée. Il n'avait pas assez d'importance pour approcher directement une membre de la cour du roi de Serpentard et aucune envie de le faire dans un moment aussi hasardeux. Le cousin de celle-ci, en revanche, pouvait l'introduire s'il se montrait utile. Et quoi de plus utile pour la période à venir, que des informations ?

-La cabane hurlante ? interrogea Black d'un ton dédaigneux.

-Saviez-vous qu'elle n'est hantée que depuis quatre ans, Black ? Avant cela, elle était considérée comme une cabane abandonnée tout ce qu'il y a de plus ordinaire. Pourtant, personne n'est mort dans les environs depuis sept ans.

Severus se retourna à demi et aperçut le regard calculateur de Black à la lumière de la baguette de ce dernier.

-Le plus intriguant, poursuivit Severus en ouvrant la porte d'une salle de classe d'un Alohomora informulé qui fit s'écarquiller les yeux du troisième année, est que si l'on visite cette cabane, on n'y trouve aucun fantôme, mais des traces de griffes très intéressantes.

-Je vois, déclara Regulus.

Severus ne savait pas s'il comprenait ce que Severus sous-entendait, mais il s'installa sans protester sur une croisée de la salle de classe qui donnait directement sur la cabane hurlante. Le seul fait qu'il ne proteste pas lui apprenait qu'il était suffisamment intéressé par ce que Severus avait découvert pour l'apprendre. Il ne fallut pas longtemps avant que deux figures ne se dessinent dans le crépuscule de mai.

-Reconnaissez-vous le garçon ? demanda Severus.

Regulus secoua la tête après qu'ils aient disparus par une entrée dissimulée sous le Saule Cogneur, entrée que Black découvrait à cette occasion vu la surprise sur son visage.

-Il s'agit de Remus Lupin, je suis sûr que le nom vous est familier par votre frère.

L'expression de Black se durcit et Severus ne s'étendit pas davantage sur le sujet. Il fut soulagé de voir arriver trois autres figures dans la nuit – Black commençait à en avoir assez de patienter et voulait retourner se coucher, ce qui aurait certainement défini la soirée comme infructueuse. Elles étaient signalées par les lumos de leurs baguettes mais trop éloignés pour que leurs identités soient distinguables. N'importe qui connaissant les maraudeurs aurait pu dire de qui il s'agissait cependant. Regulus était l'un d'entre eux et il cessa de rechigner. Severus observait son expression du coin de l'œil, et quand il vit le Saule Cogneur s'immobiliser de nouveau, il porta son attention sur le visage de Black plutôt que pour ce qu'il savait sortir du passage. Il vit la surprise, la crainte, le dégoût et la trahison s'y afficher successivement et parfois concomitamment. C'était assez pour Severus qui tourna les yeux à temps pour voir un cerf et un loup-garou disparaître dans la forêt interdite, suivis par une forme sombre qui était probablement Sirius Black.

-Ils vont passer la nuit à courir dans le parc, mentionna Severus. Il ne reste qu'à espérer que personne ne sorte faire une promenade de nuit.

Regulus avait l'air malade et Severus ne pouvait que partager le sentiment : la première fois qu'il avait compris le manège des maraudeurs, il n'avait pu s'empêcher de penser à tous les élèves qui enfreignaient le couvre-feu – et dans les sept ans de scolarité, rares étaient ceux qui ne s'y livraient pas au moins une fois. La fleur de la jeunesse magique anglaise à risque d'être infectée par une maladie qui en ferait des parias. Malheureusement, Albus l'avait déjà juré au secret à ce moment. Mais maintenant, rien n'empêchait de communiquer ce détail à une famille qui excluait de sa succession les loups-garous.

-Qu'est-ce que vous voulez pour cela ? murmura finalement Black.

-J'apprécierais que mon rôle demeure discret.

-Et ? interrogea Regulus, sachant que cette compensation était loin de valoir l'information.

-En temps et en heure, finit par répondre Severus.

Black grimaça. C'était une des formes de dette les plus incommodes qui existaient mais les Serpentard se basaient sur un échange de contre-don et relations de subordination et enfreindre ce principe était un suicide social, même pour lui.

Ils retournèrent silencieusement vers la salle commune de Serpentard, esquivant les patrouilles. Severus comptait sur la jeunesse de Black qui n'avait pas encore quatorze ans pour qu'il aille demander un second avis. L'affaire était suffisamment sensible pour n'être discutée qu'en famille et ce d'autant plus qu'elle impliquait Sirius. Il n'avait aucun doute que Narcissa obtiendrait ou déduirait l'identité de l'indicateur de son jeune cousin. Regulus avait beau lui avoir donné des assurances de sa discrétion, l'affaire était assez importante pour demander des garanties et Narcissa assez douée pour les acquérir. Enfreindre la contrepartie minimale que Severus avait posée ne ferait qu'augmenter la dette des Black à son égard, même si le formuler en ces termes serait une erreur que Severus n'était pas prêt de faire. Il doutait cependant que Regulus au moins soit assez expérimenté pour rejeter tout le système de contrepartie qu'il avait intégré, et Narcissa – qui verrait immédiatement ce qu'il visait – serait sans doute assez impressionnée pour accepter de le patronner. Pourquoi se contenter des Shafiq ou des mangemorts quand il pouvait rechercher la protection des Black ?

Une telle divulgation ne pouvait avoir que des effets positifs : il gagnait l'attention d'une puissante famille, se débarrassait du cerveau des maraudeurs tout en envoyant un message clair à la maison Serpentard. Bien sûr, si son rôle était découvert, il aurait à souffrir le mécontentement des maraudeurs probablement pas assez stratèges pour comprendre qu'ils se dénonceraient ainsi comme animagi, la déception d'Albus – qui à ce point de sa vie était plus une figure menaçante que protectrice – et la colère de Lily qui ne comprendrait pas le rejet de Lupin. Ce dernier aspect était celui qui l'avait le plus fait hésiter, mais les gains surpassaient largement les risques et Severus n'était pas un pro-Dumbledore. Il pouvait apprécier – rarement – certains pro-Dumbledore, mais ses convictions étaient celles d'un mangemort.

Il fut probablement l'un des seuls à ne pas être surpris lorsque Pollux Black arriva dans la grande salle deux semaines plus tard, flanqué de cinq autres gouverneurs et deux sorciers du Ministère, s'entretint quelques minutes avec Albus avant que tous ne se retirent dans le bureau directorial, accompagnés de Minerva et de Lupin. Severus écouta les conjectures autour de lui en continuant son déjeuner, sentant les yeux de Narcissa posés sur lui. Fidèle à sa prédiction, elle avait été furieusement impressionnée : furieuse qu'il ait utilisé son cousin, mais admirative d'une manipulation qu'elle avait dû reconstituer en totalité. Severus savait que d'ici à la fin de la semaine, les menaces qu'elle lui avaient faites ne seraient plus à risque d'être réalisées et qu'Albus perdrait en crédit auprès du Magenmagot pour avoir mis en danger la prochaine génération.

Lupin fit ses bagages le soir même mais on ne découvrit son départ qu'à l'occasion des classes du lendemain. Dans les trois jours, la raison était connue – parmi sept autres théories farfelues. Les maraudeurs tombèrent sur Severus le surlendemain du départ de Lupin. Ses vieux réflexes lui permirent d'éviter le premier sort – l'incantation d'un repulso pratiquement hurlée par Black aida et lui apprit aussi que les maraudeurs ne visaient pas l'humiliation mais la douleur par cette attaque. Deux autres sorts s'écrasèrent sur le Protego qu'il invoqua en se retournant. Potter et Black se tenaient dans un couloir, leurs deux sacs à terre, ayant manifestement décidé d'attaquer aussitôt qu'ils l'avaient vu. Severus chercha Pettigrew du regard, sachant qu'il ne devait pas être loin. Il esquiva le Petrificus totalus venant d'un couloir en apparence vide mais un nouveau sort de Black l'empêcha de répliquer dans cette direction. Severus observa attentivement les sorts qu'ils utilisaient, conscient que la majorité de son propre répertoire se situait au-delà du niveau qu'il prétendait avoir. Décidant d'anticiper sur la création d'un de ses sorts, il suspendit Black – le plus dangereux s'il en jugeait par l'usage des repulso et ses souvenirs – en l'air d'un Levicorpus informulé, lui faisant perdre sa baguette. Un sort du couloir vide l'empêcha de faire de même avec Potter. Du coin de l'œil, il vit Lily et Wilkes et Flint se frayer un chemin dans la foule jusqu'à lui. Une idée planifiée puis rejetée par manque d'opportunité réapparut dans son esprit et Severus décida aussitôt de l'appliquer. Il se tourna vers Pettigrew, lança un Expelliarmus dans sa direction au même moment où Potter tentait sa main avec le repulso. Severus recula d'un pas, orienta son bras vers Potter, esquiva le sort arrivant en laissant sa main sur le chemin. Le sort le frôla et Severus laissa l'Expelliarmus de Pettigrew l'envoyer sur le mur.

Le choc le sonna légèrement, mais pas assez pour qu'il n'intervertisse ses deux baguettes et ne brise à demi celle d'ébène. Les cris de Lily et de Potter résonnèrent dans le couloir où ils se trouvaient, bientôt rejoint pas Black et Wilkes. Flint apparut devant les yeux de Severus, fixés sur sa baguette et il jura en remarquant l'état de celle-ci avant de tenter de tirer Severus de son apparent état de choc.

-Rogue, réagis bon sang !

Severus consentit enfin à paraître remarquer sa présence et braqua son regard le plus intimidant sur Flint qui après un bref mouvement de recul l'aida à se relever.

-…honteux ! Ces sorts ne sont pas pour des bagarres d'écoliers ! lui parvint la voix de Têtenjoie.

La scène avait légèrement changé depuis que Severus avait été catapulté dans une alcôve adjacente. Wilkes affichait une chevelure ébouriffée d'un jaune canari et avait sa baguette à la main. Lily, également armée et se tenant à côté de lui, avait l'air incandescente de furie et il semblait que seule la présence de Têtenjoie l'empêche de lancer un autre sort à Potter comme le prouvait la rougeur sur sa joue qui ne pouvait venir que d'un sort de pincement. Le genre de sort qui ne servait que dans les combats d'écoliers, ainsi que les avait nommés Têtenjoie. Si Potter semblait légèrement honteux, ce n'était pas le cas de Black :

-Il a fait renvoyer Remus ! s'exclama-t-il en pointant un doigt dans la direction de Severus.

Les têtes se tournèrent vers Severus, apparemment surpris de le revoir sur pieds. Têtenjoie semblait en avoir déjà assez de l'argument et se tourna vers Severus pour en finir :

-Monsieur Rogue, avez-vous une quelconque idée de ce que monsieur Black veut dire ?

-Non, professeur, nia Severus.

-Il ment ! Je sais que c'est lui ! riposta Black, une trace de la folie de sa famille dans les yeux.

Severus doutait qu'il sache quoi que ce soit. Il n'avait pas encore commencé à soupçonner la nature de Lupin à cet âge et si Black savait que son frère avait quelque chose à voir avec le renvoi de son ami, il aurait déjà lâché le nom de Regulus.

-Cinquante points en moins pour Gryffondor ! Chacun ! aboya Têtenjoie. Et si je vous revois à attaquer Rogue ce sera le double. Wilkes, Evans, je ne sais pas si je dois vous en enlever pour avoir participé ou vous en donner pour être venu en aide à un camarade. Contentez-vous de ne pas vous retrouver dans une autre situation de ce genre. Quelque chose d'autre à ajouter ?

Flint inspira brusquement quand Severus fit un pas en avant et présenta ce qu'il restait de sa baguette :

-Professeur…

Têtenjoie sembla s'assombrir.

-Ah. Monsieur Flint, accompagnez monsieur Rogue jusqu'à l'infirmerie. Monsieur Rogue, vous êtes dispensés de cours pour l'après-midi. Je viendrais vous chercher après les cours pour en acheter une nouvelle. Que faites-vous tous encore ici ?

La foule se dispersa tandis que Severus s'approchait des deux derniers combattants :

-Merci pour votre intervention, même si je pense pouvoir m'en sortir seul.

-Vraiment ? demanda Lily, n'y croyant clairement pas tandis que Wilkes restait silencieux, se rappelant probablement que Severus pouvait faire de la magie sans baguette vu le regard dans ses yeux.

-Rogue, tu pisses le sang, l'informa Flint.

Interloqué, Severus posa la main sur la douleur qu'il sentait au crâne et la ramena effectivement maculée de sang. Lily émit un bruit choqué. Le repulso n'était pas un sort scolaire même si certaines sixièmes et septièmes années finissaient par l'apprendre. Severus n'avait pas pensé que Potter puisse le maitriser sur son premier essai, mais visiblement il avait sous-estimé ce dernier et c'était ce sort et non celui de désarmement qui l'avait envoyé contre le mur. Une hypothèse plus probable que celle que Pettigrew puisse obtenir ce résultat avec un Expelliarmus.

-Dis-le à Têtenjoie, le pressa Lily en faisant un signe de tête dans la direction où le professeur avait disparu.

-Ca ne servira pas à grand-chose, refusa Severus avant d'ajouter sous son regard insistant : Pompresh le rapportera surement.

Lily sembla abandonner l'affaire à cette annonce, faisant probablement confiance en l'infirmière pour obtenir justice. Poppy avait été son plus grand allié dans l'équipe professorale durant sa scolarité, et probablement celle qui le connaissait le plus grâce aux longues heures passées dans son infirmerie une fois que les maraudeurs avaient augmenté leurs velléités anti-Serpentard. Severus y avait passé tellement de temps qu'il y avait appris ses premiers sorts médicaux, episkey étant le plus fréquemment utilisé.

La nouvelle de l'affrontement fit le tour de l'école puis – comme le renvoi de Lupin – fut rapidement oubliée avec l'arrivée des examens. Severus révisa davantage pour savoir ce qu'il ne devait pas inclure dans ses copies – il était devenu un peu trop doué en Métamorphose – que ce qu'il devait savoir comme le faisait le reste du corps étudiant. L'autre partie de son temps qui n'était prise ni par les révisions ni par une socialisation accrue, était occupée par des entrainements au duel. L'échange de sorts impromptu avec les maraudeurs lui avait appris qu'il avait beau connaître les réflexes, ce corps ne les avait pas encore intégrés, lui faisant perdre quelques précieux instants qui dans une autre situation aurait pu être fatals. La Salle sur Demande fournit gracieusement une douzaine de mannequins, ce qui au niveau où était Severus ne servait qu'à entretenir ses réflexes. Rien ne remplaçait l'imprévisibilité d'un sorcier : les mannequins tiraient les sorts prévus à l'intervalle programmé, rendant leurs attaques prévisibles malgré des agencements toujours plus complexes.

L'exercice permit également à Severus de s'accorder avec sa nouvelle baguette qui répondait si bien qu'elle laissait son propriétaire étourdi. La couleur pâle du tremble offrait un contraste frappant avec sa précédente baguette mais son cœur en ventricule de dragon donnait à ses sorts plus de puissance qu'il n'en avait eu à sa disposition depuis son arrivée à cette époque. « Pour le combattant d'une révolution à venir » avait murmuré Ollivander en lui tendant la baguette, une lueur de crainte dans les yeux de cet homme perspicace. Cette phrase avait aussitôt évoqué les mangemorts à Severus : était-il fatalement voué à les rejoindre comme il avait été destiné à être séparé de Lily ? La seule chose qui l'empêchait une fois encore de rejoindre le mouvement était Lily – ce qui ne l'avait pas arrêté la dernière fois – et le fait qu'il le sache disparaître brusquement dans une demi-douzaine d'années, laissant ses partisans tenter d'échapper à Azkaban. Severus n'avait pas envie de reproduire les deux décennies amères passées à aider Albus pour pardonner les deux années où il s'était opposé à lui. Cette rédemption avait un prix trop lourd et avait prouvé son inefficacité si on jugeait ses actions après la mort de Dumbledore.

Alors que Severus se résignait à revoir Tobias – il aurait volontiers attendu jusqu'à sa mort avant de retourner à l'Impasse du Tisseur, malheureusement il avait encore un peu d'affection pour sa mère qui était morte dans la même fuite de gaz, ce qui signifiait qu'il devait trouver moyen d'empêcher leur décès – un hibou se posa devant lui début juin. A tous sens – une échoppe de potion dont la syntaxe variait énormément selon la personne qui écrivait son nom – l'engageait pour les trois mois à venir. Severus laissa échapper un soupir de soulagement. Les cours de potions qu'il donnait à Héra Shafiq lui avaient rapportés un peu d'argent et Têtenjoie lui avait fourni une nouvelle baguette. Toutefois, pauvre était la seule description de la situation financière de Severus à cet âge, ce qui compromettait nombre de ses projets. Severus ne s'était pas lancé dans l'aventure proposée par Gamma à l'inconnu. Il avait repéré un certain nombre d'entreprises qui deviendraient florissantes, permettant une source de revenus sur le long terme, et des jeux de Quidditch et de football remportés par des équipes inattendues pour le court terme. Bien sûr, toutes ces informations ne valaient quelque chose que s'il avait assez pour investir ou parier.

L'une des premières choses qu'il avait mis en mouvement au retour des vacances d'hiver était d'accumuler les échantillons des potions qu'il réalisait en cours, avant de les envoyer à diverses boutiques vendant des potions, accompagnés d'une recommandation de Slughorn. Le contenu de celle-ci – qui décrivait Severus comme un brasseur compétent, d'un niveau Buses, dont les potions étaient infailliblement commercialisables – aurait presque réconcilié Severus avec son professeur, s'il n'avait pas su que la recommandation la plus efficace que Slughorn pouvait faire était d'en toucher un mot personnellement à la communauté des potionnistes. Leur nombre était assez limité en Grande-Bretagne pour que tout le monde se connaisse et Slughorn y était une autorité grâce à ses nombreuses relations et son efficacité à dénicher les jeunes talents. Severus avait été un membre respecté de cette communauté depuis qu'il était devenu le plus jeune Maître des Potions en plus d'un siècle et savait à ce titre que la recommandation de Slughorn le plaçait dans la catégorie des brasseurs d'arrière-boutique. Plus que ce qui pouvait être dit pour la majorité de la société sorcière, mais infiniment en dessous de son niveau réel. Une telle recommandation lui interdisait l'accès à des boutiques comme Sorts et potions du quotidien, du moins tant qu'il n'ajoutait pas une expérience vérifiable à ses demandes d'embauches. Quatre lettres avaient finalement été envoyées mais la guerre n'ayant pas encore éclatée – avec ses morts mais surtout ses départs – les postes à pourvoir étaient rares : trois échoppes avaient décliné ou négligé de répondre. A tous sens était la dernière et la moins fameuse d'entre elles. Cette réputation était principalement due à sa localisation au cœur des Embrumes, mais ses ventes de potions récréatives, régulièrement épinglées par les Aurors, ne faisaient rien pour l'améliorer. Severus savait que d'ici à ce qu'il devienne Maître des Potions, l'échoppe aurait disparue, victime de la guerre, ce qui en faisait un commencement de carrière idéal. Dans un monde qui se basait sur la cooptation, la majorité des sorciers se trouvaient une niche où ils passaient ensuite le reste de leur carrière. Changer d'employeur était perçu comme atypique, dénotant un manque de loyauté dans l'entreprise qui avait investie dans votre personne, à moins qu'une bonne excuse ne le justifie, telle la fermeture de votre précédent lieu de travail.

Une lettre assura à A tous sens sa présence, motivation et reconnaissance, une autre informa Eileen Rogue née Prince qu'il ne reviendrait pas à l'Impasse du Tisseur de l'été. Elle était avec Lily une des personnes ayant le plus de chance de percevoir un faux pas et Severus devait admettre qu'il n'avait aucune envie de s'intéresser à cet aspect de son passé en ce moment. Que ce soit l'unique lettre du semestre ne l'étonnerait probablement pas : la haine de Tobias pour la magie les avait depuis longtemps convaincu d'en limiter au maximum les manifestations autour de lui, incluant les hiboux postaux. Une placide réponse que c'était pour le mieux et qu'elle l'aimait malgré tout lui fut renvoyée par sa mère. Lily fut beaucoup moins compréhensive en apprenant que Severus allait passer tout l'été dans ce qu'il évita de dévoiler être l'Allée des Embrumes. Son amie, comme la majorité des nés-moldus et de la bonne société sorcière lumineuse, avait de nombreuses idées reçues sur l'endroit. Pas qu'elles soient toutes fausses d'ailleurs : il était vrai que le taux de criminalité y était plus fort que dans le Chemin de Traverse, admit Severus en observant le défilé de clients, certains encore sur la fin de leur potion euphorisante, dans l'échoppe. Quoi de plus naturel dans un quartier qui s'était reconstruit des dernières révolutions gobelines sur le marché noir et le légalement douteux ?

-Garçon ! Refais le stock de Salves anti-brûlure, vint la voix de son employeur.

-Dès que j'ai fini avec les Sommeils sans rêves, monsieur Barjow, répondit Severus en direction de la porte qui menait au comptoir.

Il pensait que Barjow – cousin éloigné de celui qui tenait Barjow et Beurk mais avec qui il avait de très bonnes relations – avait fait une bonne affaire en l'embauchant, et celui-ci semblait d'accord depuis qu'il avait découvert que Severus pouvait superviser plusieurs potions en même temps. Ce genre de compétence ne s'acquérait généralement qu'à partir des années Aspics et n'était totalement maîtrisé que durant le cursus pour devenir Maître des Potions. Autant dire qu'elle échappait à la majorité de la population et qu'on ne pouvait l'attendre d'un quatrième année. Bien sûr, le fait qu'il fasse cela avec trois chaudrons, même s'ils contenaient la même potion, ne lui attirait pas que des sympathies.

-Si tu me fais virer, je te crève, poudlardeur, siffla Amy Fortârome, penchée au-dessus de ses deux chaudrons.

Dans le coin opposé de l'atelier, Thimothé « Timmy » Lester, le dernier employé de Barjow, garda le silence, continuant studieusement de couper en carré ses racines d'asphodèles.

-Je serais parti avant que ton contrat ne touche à sa fin, murmura Severus en réponse.

De ce qu'il avait compris, Amy était une élève du Collège Magique de Londres qui venait de manquer ses Buses, nouvelle qui avait fortement déplu à leur employeur quand elle était arrivée quelques jours plus tôt. De collègue de travail avec qui elle devait partager le laboratoire mais qui pouvait aider à remplir les commandes à temps, Severus était brusquement devenu en menace. En son for intérieur, Severus trouvait ses tentatives d'intimidation assez touchantes. Amy était l'une des rares personnes de sa classe d'âge – il savait pour l'avoir vu utiliser sa baguette qu'elle avait au moins dix-sept ans – qui comprenait réellement les potions, ce qui suffisait à lui attirer sa sympathie.

-Pas les stocks de potion que tu accumules, répliqua-t-elle amèrement.

-Amy ! Finis ces Onguents de relaxations puis tu peux rentrer chez toi.

-Oui, monsieur Barjow ! lança-t-elle.

-Ca te fais plus de temps pour réviser, remarqua Severus.

-C'est pas les révisions le problème. La théorie ça plane comme un camé sous Euphoria Quinquina, mais je n'ai pas assez de réserve pour enchainer neuf heures de démonstration magique en une semaine et assurer la dernière pratique. Et ces connards du Ministère placent toujours ça la même semaine, donc tu dois payer pour participer à la session d'aout, parce que si tu ne passes pas tout la même année, tu te contentes de ce que tu as, c'est-à-dire pas de Sortilège, ou tu recommences à zéro l'an d'après et tu as le même problème, ou tu renonces à certaines matières. Connards, conclut-elle.

Severus avait peu de chose à répliquer à cela. Il n'était pas familier avec les difficultés des adolescents scolarisés en dehors de Poudlard, qui constituait cependant la majorité de la population de Grande-Bretagne. La différence de potentiel magique expliquait que celle-ci préfère toujours prendre une position attentiste, que ce soit face à la violence du Seigneur des Ténèbres ou au contrôle du Ministère. Celui-ci finissait généralement par employer la moitié des promotions de Poudlard, l'autre se dispersant entre entreprise familiale, rente et Maîtrises poursuivies indépendamment de l'Académie Magique. De fait, la situation s'auto-entretenait avec pour seule conséquence l'hégémonie sans cesse grandissante du Ministère, face auquel les vieilles familles cédaient lentement le terrain. Une réaction était fatale et les mangemorts n'étaient que la dernière en date. Severus n'avait pas assisté à la précédente – il était né alors qu'elle était en cours – mais la guerre civile avait apparemment eu les mêmes fondements si l'on en croyait des mangemorts de la première heure. Cette courte saignée n'avait toutefois pas eu d'autre effet que de suspendre pendant quelques années puis de ralentir la progression du Ministère. Quinze ans après, ses effets avaient disparu et le Ministère avait repris son écrasante avancée. Il ne faudrait plus que quelques semaines, au plus, avant que le Magenmagot ne vote la suspension des droits de propriété et de location foncière des loups-garous.

La rumeur du Loup terrible ce soir-là confirma que le vote n'était pas encore réalisé et qu'on espérait encore qu'il ne le serait pas, même si les plus pessimistes commençaient à préparer leurs plans de secours, qui se résumaient souvent à prendre les armes. Il faudrait qu'il suggère à Barjow de commencer à préparer des potions de combat, elles devraient se vendre sans mal avant même le début des affrontements. Severus sélectionna une table dans le fond pour prendre son dîner et écouter la rumeur, espérant qu'elle lui apprendrait la date exacte du début du conflit. Le Loup terrible était possédé par un couple de loups-garous qui se tenait à ce titre très informé de la progression de la législation les concernant. Une foule d'habitués en partie lupine s'y pressait également et il y avait peu de doute que l'endroit deviendrait le cœur de la contre-attaque lupine qui marquait également le début des mangemorts. Severus savait peu de chose sur le début de la guerre. Le Seigneur des Ténèbres avait commencé à amasser ses soutiens au Magenmagot avant que celui-ci sous la pression des conservateurs et d'une partie des progressistes qui voulait nettoyer l'Allée des Embrumes ne vote la loi. Quelques jours après, des Brauhz se rendaient dans les Embrumes pour expulser les loups-garous de leurs biens. Sans que l'on sache qui était le responsable – les deux camps avaient chacun leur version – l'opération tournait à l'affrontement. Et Severus serait précisément au centre de celui-ci, contrairement à ce que toute logique lui prescrivait. Conformément à ce que toute sa conviction lui dictait. Severus ne croyait pas au destin, au-delà de reconnaitre qu'il valait au moins dans le cas des prophéties. Il ne savait pas encore ce qu'il ferait quand les Brauhz seraient là. Il était encore soumis à la Trace et ne pouvait à ce titre prendre part aux combats ; quitter les Embrumes quand la situation dégénérerait était la seule option possible et raisonnable…

Il s'étrangla presque sur son repas en voyant un groupe de sorciers entrer dans l'établissement. Thaddeus Nott, reconnut-il des réunions mangemorts, Théodore Rosier, déduisit-il de sa ressemblance avec Evan Rosier. Et le Seigneur des Ténèbres. Ses yeux demeurèrent fixés sur celui-ci, réservant d'un geste une table pour trois et s'y attablant sans cesser de parler à ses deux compagnons, esquivant les passants qui ne s'écartaient pas de son chemin. Son arrivée prit Severus de court. Il savait que le Seigneur des Ténèbres avait été présent durant le siège des Embrumes : celui-ci avait mené à la fondation des mangemorts. Mais Severus ne s'attendait pas à la banalité de son entrée, comme n'importe quel autre client qui osait se rendre de nuit dans les Embrumes. Ce n'était pas la silhouette pâle, émaciée, démesurément grande et inhumaine qui l'avait accueillie dans le cimetière de Little Hangleton. Ce n'était pas le ton aigu et autoritaire, le regard flamboyant et inflexible qui avait poussé les mangemorts à taire leurs doutes. L'aura de dangerosité communiquée par chacun des gestes et le risque à chaque respiration exhalée en sa présence étaient absents, comme les cicatrices sur sa gorge immaculée qu'assaillait une douleur fantôme. Ce n'était rien de tout cela. Les cheveux étaient bruns, le visage avenant, l'expression ouverte et il semblait en plein débat avec ses deux comparses qui ne semblaient pas le moins du monde se sentir menacés – depuis quand le Seigneur des Ténèbres admettait-il une opinion contraire à la sienne ? Les vêtements étaient normaux et seule la nonchalance dans ses gestes trahissait sa certitude que rien, dans cette pièce, ne pourrait lui nuire. Ce n'était pas la pâle copie qui avait pris sa place et son nom lors de la seconde guerre.

Ce n'était même pas encore le Seigneur des Ténèbres tel qu'il le connaissait, réalisa Severus en l'observant rire – rire ! – à ce que disait Rosier. La guerre n'avait pas encore débuté et il était libre d'aller et venir, aussi anodin que n'importe quel autre sorcier. Il n'avait pas encore pris cette expression sombre qui marquait son visage chaque fois qu'un des membres de son cercle proche tombait sous la baguette des Brauhz. L'atmosphère de détermination endeuillée qui avait marquée les mangemorts était absente du Loup terrible, au profit de cette joyeuse folie qui venait du fait que l'on savait pouvoir mourir à tout instant, et que l'on n'allait pas le faire sans profiter de la vie, attitude qui avait aussi pris les mangemorts de temps à autre, avant qu'une mauvaise nouvelle ne les ramène à des considérations plus pratiques. Severus connaissait ce pied de nez à la mort et sut instantanément que l'arrivée d'un quatrième homme – Severus crut reconnaître Greyback – en signalait la fin. Les rires s'éteignirent, des papiers furent sortis et les expressions étaient sérieuses tandis qu'ils discutaient autour de ceux-ci.

C'était aussi l'homme capable d'établir un plan de bataille en un battement de cœur, reconnut Severus. L'expression autoritaire et le ton qu'il imaginait sans appel avec lequel il expliquait quelque chose était celle d'un homme habitué à se faire obéir, et la façon dont il se mouvait trahissait une habitude des combats si ancienne qu'elle faisait partie de sa façon d'être. Severus ne le quitta pas des yeux de la soirée.