La confusion avait régné durant des heures. Un chaos froid et sordide, un poids qui avait assaillit le château mais aussi ses faubourgs, qui s'étaient eux aussi retrouvés investi d'un tas d'hommes aussi hauts que des montagnes, enroulés de cuir précieux et perchés sur des chevaux haletants. Pour le moment peu d'actes de violence avait vraiment été déclarés contre les civils. Mais le quotidien paisible des habitants du royaume était irrémédiablement devenu celui que seuls les paysans les plus reculés pouvaient encore vivre. Ceux des proies.
— Je n'ai qu'un ordre à dire pour qu'ils décident de s'amuser un peu avec tes gens, Eren.
Après l'altercation dans la salle du trône, on tentait encore de repousser ces étranges hommes ou de penser leurs blessures. Seule Mikasa était parvenue à en tuer un mais elle s'était retrouvée en contrepartie sérieusement meurtrie, pour le moment elle n'avait même pas repris connaissance.
Eren refusait depuis de laisser d'autres s'interposer entre lui et cet homme immense et vil qui disait s'appeler Skull. Ils s'étaient enfermés dans une pièce adjacente, seuls à seuls. A décider de l'avenir de leurs peuples entiers.
Skull s'était dores et déjà trouvé du vin qu'il buvait sans ménagement en arpentant la pièce comme s'il était né dans ces lieux.
— …alors je te conseille de poser cette épée.
Eren se tenait à cinq pas entier de l'homme massif, il serrait une épée plus longue que sa jambe dans sa main droite. Il comptait bien s'en servir avant de parler. Et cela semblait imminent. Skull s'approchait de lui.
— Tu veux profiter de l'absence du roi ? siffla aussitôt le jeune monarque en braquant la lame entre eux. Mauvaise nouvelle, il y en a encore un à abattre.
Skull leva un de ses sourcils comme si cette bravade ostentatoire était la dernière chose à laquelle il s'attendait. Des larmes, des suppliques ou des cris, mais pas ça. L'homme à la mine sévère et aux cheveux cendre eut un rictus qu'il durcit petit à petit alors qu'il parla.
— J'ai grandis dans les plaines desséchées par le vent de l'extrême-Nord, avança-t-il d'une voix lente. Là où il est presque impossible de survivre si on est un faiblard. Il y a de ça quelques mois, ma tribu a tenté de conquérir un lopin de terre fertile afin de s'installer loin des rafales. Nous avons été boutés de là par l'armée du Nord qui ne nous a laissé aucune chance de survivre. Je compte bien prendre ma revanche, et ce n'est pas un gamin comme toi qui compte m'en empêcher.
En un instant, l'immense homme frappa contre la lame que détenait Eren avec une dague qu'il avait dissimulée, désarmant le jeune roi. Le temps qu'Eren retrouve ses appuis, Skull s'était emparé de ses cheveux et le tira jusqu'à lui. Eren écrasa un cri de douleur entre ses dents tandis qu'il sentait l'haleine de l'homme l'effleurer.
— Je suis certain que nous pouvons trouver un arrangement. Ce serait dommage que j'ai à sacrifier le dernier roi du Nord pour faire plier le Royaume.
Eren comprit vite que Skull désirait faire de lui un otage. De ce qu'il avait pu entrapercevoir, l'homme et ses guerriers étaient des monstres dévastateurs, et sans la garde renforcée qui devait encore être en train de chercher la trace du roi en dehors de leurs terres, ils n'avaient pas dû avoir beaucoup de difficulté à entrer dans le château.
Alors qu'il ruminait ses pensées, Eren se laissa traîner hors de la pièce où Skull et lui s'étaient concertés, pour se retrouver dans une des salles de réunion du Conseil tandis que des cris de guerre étaient encore audibles dans les couloirs les plus reculés du château. Là, il fit face à tout une troupe de guerriers dont la trogne n'était pas sans rappeler celle sans pitié de Skull, ainsi qu'un autre individu qui lui semblait vaguement familier.
Une seconde plus tard Eren se remémorait l'événement qui l'avait conduit à connaitre ce type, il s'agissait de Bast, cet espèce de bovin à forme humaine qui avait tenté de faire du rentre-dedans à Levi alors qu'Eren et lui venaient à peine de se rencontrer. Cela semblait être un moment datant d'une autre vie, mais le gus n'avait pas changé du tout à part qu'il avait une barbe maintenant, dans une probable tentative d'imiter les guerriers pour qui il avait trahi son royaume. Il arborait un sourire fier et si Eren n'avait pas les bras maintenus dans le dos, il lui aurait bien fichu son poing dans le nez.
— Voici ceux sans qui notre rencontre n'aurait pas été possible, dit Skull en désignant les hommes attroupés devant eux. Ce sont mes meilleurs guerriers, tous de fier enfant du Nord même si vous ne voulez pas nous reconnaître comme faisant partie de votre Royaume. Peu importe à présent. Ils ont chacun embrochés près de dix soldats en arrivant ici. Lui, le grand roux, c'est celui qui a mis au sol celle qui disait être ta sœur. Et ce corniaud-là, apparemment tu le connais.
Eren ne répondit pas, préférant darder Bast du regard le plus mauvais qu'il pouvait. Il ne parvenait pas à faire appel à ses quelconques pouvoirs. Pourtant de la haine et de la volonté pour les invoquer, il en avait pour le moment.
— Je n'ai pas encore eu l'occasion de te féliciter pour ton fils, dit alors Bast d'un air suffisant. Je suis sûr qu'il sera ravi de me rencontrer.
Eren avait envie de lui cracher au visage mais plutôt que de lui répondre il préféra ignorer cet incapable et se concentrer sur les pièces de broderies fines que portaient ces barbares en dessous de leurs armures, et qui relevaient d'un travail d'artisanat très fin. Il n'avait jamais vu de tels motifs, ces spirales et ces espèces de runes lui évoquaient des flots et des éclairs, surmontés d'éclairs et de crocs. C'était magnifique, dommage que les hommes les arborant ne le soient pas.
Bast ne sembla pas apprécier d'être mésestimer de la sorte et fit un pas en avant, dans le souhait probable de lui aussi empoigner rudement le jeune captif. Il fut interrompu par le bras qu'autre inconnu tendit devant lui.
— Je ne te conseille pas d'avancer plus, jeune coq, ou cette fois il se pourrait bien qu'il te fasse partir en cendre.
— Ce gringalet ? il s'est probablement déjà pissé dessus rien qu'en vous voyant débarquer, s'exclama Bast en ricanant.
— Ne prends pas les conseils de Nazarem à la légère, avisa Skull derrière Eren. C'est grâce au dessein de cet homme que nous sommes parvenus à nous débarrasser du roi.
Le sang d'Eren ne fit qu'un tour lorsqu'il entendit ces mots. Il ne pouvait bien sûr pas en être autrement. Même si la pire des créatures s'était présentée sur le chemin de Levi, le roi aurait fait en sorte de rentrer à l'heure.
Alors qu'on parlait de lui, le vieillard rachitique drapé dans une tissus sale qu'Eren n'avait même pas remarqué lorsqu'ils étaient rentrés dans la pièce s'avança davantage dans la lumière, dévoilant les nombreuses rides qui couraient sur ses joues et qui faisait ressembler sa peau à du vieux bois. Il avait les yeux vitreux mais parlait comme un jeunot. Ses intonations avaient un accent étranger dont Eren ne parvenait pas à saisir l'origine, le plus marquant était surtout qu'en fonction de la façon dont il se penchait, il avait parfois l'air d'être une veille femme plutôt qu'un vieillard.
— Soyez rassuré, majesté, dit-il en se posant finalement devant Eren. Le roi n'a pas souffert.
— Il n'est pas mort, clama immédiatement Eren. Et lorsqu'il reviendra avec ses hommes, il sera temps pour vous de rejoindre vos ancêtres.
— Je croyais avoir été clair tout à l'heure, gronda Skull en refermant aussitôt sa main sur la nuque d'Eren. Ici, c'est le plus fort qui parle et qui règne. Je ne compte pas te passer tous des caprices sous prétexte que tu as un beau cul.
— Il parait qu'ici, c'est la mode de se raser, dit alors l'un des guerriers en bavant presque sous son casque. Il faudrait pas vérifier ça tant que vous lui apprenez la leçon non, Sir ?
— Je serais bien tenté, insuffla Skull en reniflant les cheveux d'Eren, mais je tiens à me tenir en souverain même si je suis un barbare. Nous festoierons dignement lorsque tout le royaume aura correctement plié face à nous. Je pense d'ailleurs que vous avez encore quelques têtes dures à fendre dans les environs.
Les hommes acclamèrent cette dernière phrase en sifflant de joie, puis prirent le chemin de la porte sans un regard en arrière. Bast fut emporté avec eux même s'il ne semblait pas avoir vraiment envie de se battre à leurs côtés, il ne resta bientôt plus que Skull, Eren et Nazarem qui se regardaient en chien de faïence sans rien dire.
Durant un instant, Eren pensa que le chef barbare allait laisser libre cours à ses pulsions maintenant qu'il était libéré du regard de ses hommes, en tentant notamment de passer un peu de bon temps avec Eren. Il le surprit en relâchant plutôt sa prise sur le jeune homme pour l'envoyer presque rouler dans les bras de l'étrange sorcier.
— Je veux que tu me sondes son esprit pour savoir quels petits secrets il serait intéressant de connaître concernant nos chers régents du Nord. Profites-en pour le calmer un peu, je ne veux plus qu'il me manque de respect de telle façon devant mes hommes.
Skull quitta à son tour la salle en faisant claquer la porte dans son gong, laissant une étrange obscurité se répandre là où il se tenait jusqu'alors, de même qu'une forte odeur de soufre.
Lorsqu'il s'aperçut que Nazarem avait disparu lui aussi de son champ de vision, Eren tenta de rejoindre la porte mais referma ses mains sur du vide. Alors qu'il sentait la panique monter en lui de manière instinctive, l'odeur de souffre de fut de plus en plus présente dans l'air, et Eren se retrouva vite à suffoquer en ayant l'impression d'être consumé dans un brasier.
Il tenta de longer le mur contre lequel il avait trouvé l'appuis, mais chaque effort lui demandait de plus en plus de force, à tel point qu'il ne fut bientôt plus en mesure de tenir sur ses jambes seuls.
Il sentit une présence près de lui qu'il identifia comme Nazarem ou plutôt ce que l'étrange vieillard était véritablement.
Une main vint s'écraser contre sa gorge afin de l'empêcher pour de bon de bouger, Eren tenta de crier mais il n'avait plus de force en rien. Son esprit commençait à perdre prise sur la réalité.
— Je vais prendre soin de toi, murmura près de lui un filet de voix étranglé.
WwwwW
Le plus compliqué quand on fait pousser des radis, c'est de trouver une terre suffisamment ferme pour que les pousses ne se déplacent pas lorsqu'elles germent, ce qui favorisent ainsi leur taille finale puisqu'elles ont alors plus d'espace pour croître.
Roman avait justement trouver la terre parfaite pour cela et c'eut été lors d'une de ses premières tentatives. Il se considérait par conséquent comme très chanceux. Tous les matins, il partait cultiver ses pousses d'un pas léger après avoir saluer son épouse qui s'affairait elle dans leurs champs de blés, et il se félicitait chaque matin de cette routine si bien ordonnée qui durait depuis… il ne savait même plus depuis quand mais ce qui était certain c'était que cela faisait un sacré paquet de temps.
Ce fut après un de ces matins parfaitement calmes qu'il trouva un étrange invité sur le pas de sa porte. L'homme ne devait pas être plus âgé que lui, et arborait un air ténébreux qui était bien inquiétant. Il avait un gros capuchon qui lui couvrait le haut du visage et son allure générale était plutôt sale. Ce devait être un voyageur perdu qui n'avait pas tourné au bon embranchement en sortant de la capitale. Cela arrivait souvent apparemment, d'après son épouse.
En voyant Roman le saluer d'un air circonspect, l'inconnu marqua une courte pause avant de retirer sa capuche et de s'avancer d'un pas.
— Pardon de déranger votre après-midi, avança-t-il d'une voix mal assurée de jouvenceau, j'aurai besoin de votre aide. Mon cheval s'est blessé et je dois à tout prix trouver quelqu'un pour le soigner.
— Ma foi, si vous chercher quelqu'un pour ça, le village le plus proche a quelqu'un de très compétent avec les bêtes. Mais je ne suis pas certain que vous y serez avant la nuit. La route est sinueuse et on rapporte beaucoup d'attaques de brigands ces derniers temps.
L'homme eut l'air déçu, et sur son front échevelé par la sueur se traça une ride soucieuse qui fit de la peine à Roman.
— Si ce n'est pas une trop grosse affaire, je peux toujours jeter un coup d'œil à votre cheval pour voir si je peux y faire quelque chose. J'ai fait partie d'un corps de cavalerie il y a quelques année de ça. Je m'y connais un peu.
— Ce serait très honorable de votre part, Sire. Je peux vous payer pour vos efforts.
— Pas de ça avec moi, emmenez plutôt votre monture dans l'écurie en face. Je vais poser mes outils et je vous y retrouve.
Sous l'ombre agréable de l'étable, Roman s'approcha du mollet ensanglanté du cheval après s'être agenouillé dans la paille. Le voyageur le suivait scrupuleusement du regard mais cela n'éveilla pas vraiment de soupçon chez Roman, cet animal devait valoir cher quand on voyait la finition de sa morphologie.
— Vous disiez avoir fait partie de la cavalerie, puis-je vous demander dans quel corps ? j'ai moi-même été soldat il y a de ça quelques années. On s'est peut-être croisé.
— Je suis désolé, je ne saurais pas vous dire exactement. C'est pas faute de vouloir. J'ai eu un truc à la caboche en combat et depuis ma mémoire défaille. Ma femme m'a remis sur pied mais c'est encore compliqué de retrouver des informations aussi précises.
Tout en parlant, Roman caressa de ses doigts la partie du jarret du cheval qui saignait, tentant de trouver l'origine de la plaie.
— Pardonnez-moi, je ne voulais pas vous mettre dans l'embarras.
— Y'a pas de mal. Et puis, ça arrive souvent aux soldats ce genre de blocage, d'après ma femme.
— Vraiment ? je n'ai jamais entendu parler de cas similaire pourtant, dit l'inconnu d'un ton sérieux.
Roman ne sut pas trop quoi répondre. Les trucs à la tête de toute façon quand on n'en n'avait pas, il était difficile de les comprendre. Il se concentra plutôt sur le tampon humide qu'il était en train d'appliquer sur la patte du cheval qui ne sursautait même pas à ce contact. En essuyant le sang séché, il commença à y voir plus clair mais toujours pas de plaie. Elle devait être déjà en train de coagulée mais il valait mieux la trouver et la nettoyer quand même.
— Et sur un sujet plus léger, depuis quand vous êtes mariés ? demanda le voyageur dans le dos de Roman.
— Depuis six ans, répondit une voix féminine à l'entrée de la grange.
Solène, la femme de Roman, était de retour de champ et semblait légèrement contrariée de trouver son époux en train de s'occuper du cheval d'un inconnu. Elle avait toujours été un peu misanthrope, mais le regard qu'elle jeta au voyageur était vraiment mauvais, à tel point que Roman se sentit l'obligation de le défendre.
— Ce brave type ne veut qu'un peu d'aide pour son cheval. J'ai presque fini.
— Tu es trop bon, mon chéri, grimaça Solène en posant sans ménagement les sacs qu'elle tenait au sol.
— Je vous réglerai, ne vous inquiétez pas, dit le voyageur qui s'était légèrement tendu à l'arrivée de la femme. Je ne veux pas vous déranger davantage.
Solène s'avança jusqu'à eux, visiblement décidé à leur tenir compagnie jusqu'à ce que Roman ait finit. Lui ne savait plus où il en était dans ses soins avec toutes ces interruptions.
— Donc, vous êtes mariés depuis six ans tous les deux ? lança le voyageur en croisant les bras. C'est beaucoup. Et vous n'avez pas d'enfant ?
— Non, répondit froidement Solène qui ne le lâchait pas des yeux.
Roman poussa un soupir et commença à frotter les derniers endroits où subsistaient des traces de sang séché sur le jarret du cheval, certain de trouver une plaie en dessous. Au-dessus de lui, le voyageur faisait un pas en direction de Solène.
— C'est vraiment étrange ça, parce que j'avais eu vent que votre mari était mort au combat.
L'instant suivant Solène écarquillait des yeux comme si on venait de l'insulter et Roman ne découvrait aucune plaie sous les traces de sang. Lorsqu'il réalisa que le sang n'était pas celui du cheval et que ce dernier n'était pas blessé, il se leva d'un bond pour se retrouver face à la pointe d'une lame acéré qui visait son cœur.
— Pitié, balbutia-t-il en tremblant. Ne nous faites pas de mal. Vous pouvez prendre ce que vous voulez.
— Tais-toi, chéri ! siffla Solène qui était devenue bien pâle.
J'aimerai que vous répondiez à ma question, chère madame, depuis quand êtes-vous mariée avec Roman ? je veux dire, réellement ? enfin, et que vous lui faites croire qu'il est marié avec vous ?
— Vous racontez n'importe quoi, s'offusqua Roman, s'il vous plait ne lui faites pas de mal !
— Vous voulez que je lui dise moi-même la vérité ou bien je vous laisse le faire ? Eh bien, Solène ?
L'homme raffermit sa prise sur son épée et Solène serra les dents comme pour s'empêcher de crier. Ses yeux étaient dorénavant pleins de larmes et une expression furieuse était en train de croître sur son visage.
— Chéri, ne l'écoute pas, scanda-t-elle. Cet homme veut visiblement nous tuer. Il a perdu l'esprit.
— Vraiment ? c'est amusant ça, venant de votre part. Vous n'avez pas été condamné à verser une pension à vie à une famille dont vous avec estropié l'un des fils ? seulement parce qu'il vous a fait l'affront de ressembler au véritable Roman en grandissant ? ce n'est pas pour ça que vous vivez désormais aussi isolée du village ?
— La ferme ! La ferme ! Hurla Solène en perdant pour de bon toute contenance. Roman est là, avec moi ! il ne m'a pas quitté ! Je ne vous laisserai pas me le rendre de nouveau !
Elle se jeta sur l'inconnu mais celui-ci avait de très bon réflexe et l'envoya au sol d'un coup d'épée sur l'épaule. Criant de douleur, Solène serra sa blessure en se roulant au sol, tandis que Roman, qui ne comprenait plus rien, s'était armé d'un râteau qui traînait là et attaquait l'homme sans trop réfléchir. Le gars contra son attaque avec la même facilité qu'il l'avait fait pour Solène, mais durant un court instant Roman fut secoué d'un éclat d'énergie qui le fit enchaîner plusieurs coups efficaces qui firent perdre l'équilibre brièvement au voyageur, ce qui sembla le surprendre.
— Comme quoi, même quand l'esprit est trompé, le corps ne l'est pas, murmura-t-il dans un demi-sourire.
— Je ne comprends pas ce qui m'arrive… je… j'étais incapable de tenir une épée jusqu'alors.
— C'est parce que ma présence ici affecte le maléfice.
Disant cela, l'homme eut un sourire franc et radieux, qui pinça le cœur de Roman pour une raison inconnue. Roman fronça les sourcils et fixa avec intensité le râteau qu'il tenait entre ses mains. Il rata la sortie de Solène de la grange qui disparue en claudiquant dans les bois alentours, hurlant comme une démente. Le fermier n'était plus sûr de vouloir partir à la suite de cette femme, car même si elle avait toujours pris soin de lui, cet homme lui disait quelque chose et éveillait une impression étrange en lui.
Comme s'il comprenait les inquiétudes de Roman, l'homme sortit de sa poche une fiole au contenu sombre qui avait un aspect d'huile ancienne. Il la lui tendit en ajoutant ces quelques mots ;
— Bois ceci et ça devrait t'aider. C'est une potion qui devrait t'aider à retrouver tes esprits.
— Mais je sais qui je suis !
— Crois-moi, ce n'est pas le cas, sourit de nouveau l'homme. Tu es quelqu'un d'un peu plus important qu'un simple paysan.
A suivre...
