Hello !

Merci pour toutes vos réactions sur le chapitre précédent. Elles m'ont fait tellement plaisir !

Bonne lecture !

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Disclaimer : Encore une fois, tout appartient à Stephenie Meyer.

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RAR Meli-BZH : Merci pour ta review ! Je suis heureuse, et soulagée, que le chapitre t'ait plu et ne t'ait pas paru trop « plat ».

Voici l'épilogue qui, je l'espère, te satisfera.

Merci encore, et à la prochaine, peut-être !

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Epilogue

Je découvris l'aéroport inhabituellement bondé. Des couples s'enlaçaient, des grands-parents cherchaient leur descendance du regard, les parents retrouvaient leurs enfants et ceux-ci leur sautaient au cou en piaillant. Les chiens aboyaient, les haut-parleurs crachaient sans discontinuer leurs annonces, les valises roulaient sur les dalles lisses, presque sans bruit.

Cela ne m'empêcha pas de le trouver en un instant. Je le sentais. Je le sentais toujours.

Lui aussi, apparemment, puisqu'il avait ouvert les bras lorsque je me précipitai vers lui. J'éclatai de rire lorsqu'il me saisit par la taille pour me faire tournoyer. Quelques têtes se tournèrent dans notre direction, mais je m'en fichais.

Il me reposa enfin et je pris le temps de l'observer. Ses cheveux couleurs de jais qui rebiquaient, cette peau soyeuse, ce torse musclé, cette odeur rafraîchissante, ces iris anthracites… Il était toujours le même. Toujours celui que j'aimais.

Il paraissait m'avoir suffisamment détaillée également, car il se baissa pour capturer mes lèvres. Je m'embrasai aussitôt, et me trouvai bien en peine d'écouter la petite voix qui me rappelait que nous nous trouvions en public.

Finalement, nous nous détachâmes l'un de l'autre.

— Tu es magnifique, princesse.

— Je t'aime.

Il posa un baiser sur mon front, aussi tendre que le précédent était enflammé, avant d'attraper ma valise. Enroulant son bras autour de ma taille, il me tira dehors. Il pleuvait.

Il pleuvait toujours, lorsque je rentrais à la maison. Comme un rappel de la première fois où j'avais atterri en appelant cet endroit mon foyer. Même si, à l'époque, je ne parvenais à me convaincre que c'était ce que je voulais.

Je détestais Forks, alors.

— Tu veux passer chez ton père, avant de rentrer ? me demanda Paul en allumant le contact.

Je secouai la tête.

— J'irai le voir demain. Je l'ai déjà prévenu.

— Tant mieux, je t'ai tout à moi, aujourd'hui, répondit-il, taquin.

— Ne rêve pas. Kim m'a suppliée de venir dès que possible.

— Ah, mais cet après-midi, ce n'est pas possible, m'assura-t-il.

Je levai les yeux au ciel, même si je savais que c'était vrai. Je doutais de quitter la maison aujourd'hui. Ou, plutôt, les bras de Paul. Au loin, les premières maisons de la Push apparaissaient. Je plissai les yeux.

— Tu conduis trop vite, mon cœur.

Sans même le regarder, je sus qu'il me tirait la langue. Il appuya sur l'accélérateur. Bientôt, il se garait devant la maison. Tandis qu'il sortait mon bagage du coffre, j'observai les alentours : les habitations de nos voisins, la forêt à deux pas, et notre foyer. Un sourire irrépressible gagna mon visage.

— Alors, qu'est-ce que ça fait d'être enfin chez toi ? chuchota Paul.

Son souffle sur mon oreille me fit frissonner.

— C'est que du bonheur.

Un sourire identique aux lèvres, nous grimpâmes côte à côte les marches de l'escalier qui menaient à la véranda. Paul ouvrit la porte d'un coup de pied. Je le réprimandai.

— Elle ne va pas durer longtemps, si tu l'ouvres tout le temps comme ça.

— J'en ferai une autre.

Il m'abandonna dans le hall, la valise toujours en main. Il l'amenait certainement dans notre chambre. Je me déchaussai, ôtai mon imperméable bleu marine, ainsi que mon jean humide. Je traversai d'un pas lent le salon et secouai la tête en voyant son état. Cela annonçait du ménage en perspective. Heureusement, dans la mesure où il était nourri par Emily durant mon absence, la cuisine était propre. Un peu empoussiérée.

Je mis chauffer la bouilloire et piquai un bonbon dans le bocal que je réservais aux enfants.

— Je t'ai vue.

— Non, c'est pas vrai, niai-je en retournant à ma bouilloire.

Il me suivit, comme toujours, son torse chaud me frôlant à tout instant.

— Tu as envie d'une tasse de thé ?

— Ça ira, princesse, merci.

Un mouvement vif à la périphérie de mon champ de vision m'apprit qu'il avait jeté son dévolu sur les bonbons.

— Si Savannah se plaint, je t'accuserai, le prévins-je.

Il rit, et j'abaissai temporairement les paupières pour apprécier ce son, le plus beau au monde – ceci affirmé en toute objectivité.

— Comment s'est passé ton vol ?

— Très bien.

J'avalai une gorgée de thé avant de poursuivre.

Je ne sais même plus ce que nous nous racontâmes. Ça avait peu d'importance. Seul comptait le fait d'être avec Paul. Sept ans plus tôt, je ne l'espérais pas. J'avais abandonné tout espoir de survie, et puis…

Je m'étais réveillée, tout simplement. Alors que je pensais ne plus jamais respirer, mes poumons s'étaient remplis d'oxygène. Mon cœur s'était remis à battre.

En comparaison de ma mort, rapide et indolore, mon réveil fut un calvaire de plusieurs heures durant lesquelles je hurlai et me débattis, le corps en feu. Pour me réveiller guettée seulement par Emily et Sam. Je les avais dévisagés sans comprendre, déroutée. Que faisais-je là ? Sam et Emily étaient-ils morts, également ? Où était Paul ?

Ils avaient eu bien du mal à m'expliquer la situation. Pas étonnant. La mort n'est pas une épreuve facile, qu'on en revienne ou pas.

« Lorsque l'Etre disparait, chaque âme qu'il a avalée retrouve son corps.

— Tu es la deuxième à t'éveiller. Le premier a été un dragon, mort juste avant la disparition de l'Etre.

— Paul ? Où est Paul ? »

J'avais répété cela pendant une heure, ne prêtant aucune attention à leurs explications. Là, nous avions été interrompus par le réveil de Paul. J'avais assisté à ses convulsions et ses cris, les joues couvertes de larmes. Malgré l'insistance d'Emily, je n'avais pas voulu quitter son chevet. Je m'étais tant et si bien accrochée à sa main que même Sam n'avait pu nous détacher. Je craignais tant qu'il ne se réveille pas…

Levant les yeux de ma tasse de thé, je lui offris un sourire béat.

Il s'était réveillé, bel et bien. Et les sept années suivantes, malgré mes départs fréquents pour l'université, s'étaient écoulées comme un rêve.

Je terminai ma boisson. Paul m'observa avec émerveillement, puis se leva, d'un bond. Je l'imitai et nous nous précipitâmes sur le canapé, enlacés. J'adressai un bref regard à nos doigts entremêlés. A présent, nous commencions notre vie à deux. Jamais plus nous ne nous séparerions.

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« Boum ! Boum ! Boum ! »

Je clignai des paupières. Je me sentais toute molle.

On continuait de tambouriner contre la porte. Je redressai la tête, jusqu'à apercevoir le visage de Paul. Il dormait toujours.

— Bella ? s'écria une voix féminine, de l'autre côté du battant.

Je la reconnus aussitôt. Kim. Je secouai doucement l'homme à mes côtés. Quelle heure était-il ?

— Bella ? Paul ? insistait Kim.

— Mon cœur, réveille-toi.

Il grogna et resserra son étreinte autour de ma taille. Puis il roula sur le côté, dégringola au bas du canapé… et m'entraîna dans sa chute. Je ratterris doucement sur son torse au moment où il ouvrait les yeux. Ses lèvres s'étirèrent en un grand sourire.

— Salut, princesse.

— Bella ! Je sais que tu es là ! s'écria Kim, me faisant sursauter.

La voix d'Emily s'éleva à son tour, aussi douce que d'habitude.

— Calme-toi. Ils dorment certainement encore.

Encore ? Mais quelle heure était-il ?

— M'en fiche. Bella ! Paul ! Ouvrez !

Je tentai de me relever. Paul me retint.

— Ignore-la. Si on ne bouge pas, Emily va la convaincre de repartir.

Il enfouit son visage dans le creux de ma poitrine et je sentis mon cœur s'affoler.

— Attention, j'ouvre !

J'écarquillai les yeux. Lorsque je bondis sur mes pieds, Paul ne m'en empêcha pas. Je vis la poignée de la porte d'entrée s'abaisser.

— Non ! Restez dehors un instant, j'arrive !

Tandis que mes deux amies entamaient une discussion houleuse sur un « Je savais qu'ils faisaient semblant de ne pas m'entendre ! », je récupérai mon soutien-gorge, qui traînait sur le tapis. En l'agrafant, je courus jusqu'à la chambre. Paul me suivit d'un pas trainant. J'enfilai rapidement un t-shirt et un training.

— Jacob ne va pas être content, grommela Paul. Je suis en retard.

— File, alors !

Il prit quand même la peine de m'embrasser avant d'ouvrir la fenêtre et de sauter dans le jardin. J'agitai la main lorsqu'il se retourna vers moi, avant de disparaître dans les bois, puis refermai la fenêtre. Il faisait froid pour un mois de juillet.

Lorsque je regagnai le salon, j'y découvris Emily et Kim. Je jetai un coup d'œil à l'horloge, sur le mur. Il était près de neuf heures et, au vu de la luminosité ambiante, c'était le matin plutôt que le soir. Emily s'était assise dans un fauteuil et Kim observait avec attention la couverture entortillée sur le canapé, les coussins à terre, et nos vêtements éparpillés au sol.

— Salut, Bella ! me salua Emily avec un doux sourire.

Kim redressa la tête pour me sourire. Elle affichait un air moqueur.

— Je comprends pourquoi tu ne voulais pas qu'on entre. Vous avez bien fêté ton retour, je suppose, si vous n'avez même pas atteint votre chambre.

Je rougis. Elle me sauta dessus.

— Alors, comment ça s'est passé ?

— J'ai réussi ! Tu as devant toi une véritable chercheuse en biologue appliquée.

Mais Kim fit la moue.

— Pas ça ! s'exclama-t-elle, me faisant froncer les sourcils. Les fiançailles !

— Oh !

Je rougis un peu plus et tendis la main. Elle piailla en découvrant, sur mon annulaire, une élégante bague d'argent, ornée d'un diamant étincelant.

— Elle est magnifique ! Elle a dû lui couter une fortune !

— Il a refusé de m'en dire le prix, avouai-je, la faisant couiner deux fois plus fort. Mais je ne suis pas la plus importante. Comment tu te sens ? C'est bientôt le grand jour.

Ses yeux s'éclairèrent.

— Ça va.

Emily rigola.

— Tu parles ! J'ai beau lui répéter que nous avons tout organisé, que tout est prêt… Elle angoisse comme pas possible.

— Même pas vrai, d'abord !

— Tout va bien se passer, lui assurai-je.

Je plaquai une bise sur sa joue avant de me tourner vers Emily.

— Et toi ? Tu es resplendissante !

— Je n'en suis pas sûre… Paul m'a assuré que je ressemblais à une baudruche.

— Paul est un crétin, tu sais, lui fis-je remarquer. La prochaine fois qu'il te dit une chose pareille, frappe-le.

Kim gloussa.

— Sam s'en est déjà chargé.

Emily s'empourpra tandis que j'éclatais de rire. Ainsi, les pommettes brunies, elle était plus belle encore qu'à l'ordinaire.

— Peut-être que Paul finira par savoir se taire quand il le faut.

— Assez parlé de vous… Parlons de moi !

— Oh ! Que veux-tu qu'on dise sur toi ?

— Il faut qu'on planifie la semaine. La cérémonie a lieu dans quatre jours, et même si nous avons tout organisé, il reste encore plein de choses à faire. La décoration des lieux, les photos, l'enterrement de vie de jeune fille…

— Ah, ça, nous avons déjà organisé !

— Emily m'a dit la même chose. Vous ne voulez pas me dire ce que vous avez prévu ?

— Quoi d'autre ? éludai-je.

— Cette après-midi, c'est l'anniversaire de Claire. Paul t'a prévenue ?

— Non. A quelle heure ?

— Cinq heures. Dois-je en conclure que tu as déjà prévu quelque chose ?

— Je dois rendre visite à Charlie, mais je doute que cela me prenne toute l'après-midi.

— Parfait. J'en déduis que tu es libre, ce matin ?

— Ai-je le droit de répondre non ?

— Non.

— Qu'est-ce que tu veux faire ?

— Des gâteaux ! Pleins de gâteaux ! Des petits-fours, des tartes, des pièces-montées… Emily a tous les ingrédients nécessaires.

— Je te prête ma cuisine ? Je te préviens, elle est poussiéreuse.

— Avec plaisir, une prochaine fois. Sam a un rendez-vous avec Jacob, ce matin. Je garde les garçons.

Je hochai la tête avec compréhension et nous sortîmes. Les filles étaient venues à pieds. En découvrant la pluie torrentielle qui s'abattait désormais sur le perron, je proposai de prendre ma voiture. Incroyable mais vrai : ma fidèle Chevrolet fonctionnait encore – au ralenti, certes. Le trajet eut beau durer quelques minutes seulement, Kim m'avait raconté chaque rumeur qui courait à la Push lorsque je me garai. Des cris nous parvenaient de l'intérieur de la maison tandis que nous approchions de la porte. Je jetai un coup d'œil à Emily. Elle ne semblait pas inquiète.

L'indienne poussa le battant. Kim et moi étions à peine entrées que les garçons lui sautaient dessus.

— Maman ! piaillèrent Oskar et Gabriel.

Emily se baissa avec précaution afin d'enlacer ses aînés et de déposer un baiser sur leurs cheveux noirs. Les deux enfants cramponnés à ses jambes, elle rejoignit Sam, qui l'embrassa passionnément. Enfin, elle récupéra le bébé, dans les bras de son père, qui tendait ses petites mains dodues. Je me sentis fondre en la voyant le blottir contre son sein rebondi. Il éclata de rire lorsqu'elle frotta leurs deux nez avec tendresse. Elle-même rayonnait, tout comme Sam. Ils étaient vraiment faits pour ça.

— Regardez qui m'accompagne ! annonça-t-elle finalement en se tournant vers nous.

Oskar se jeta à notre cou en braillant.

— Comme tu as grandi, crapule !

Il acquiesça fièrement. J'embrassai Gabriel, qui me remercia d'un magnifique sourire édenté. En le regardant, on avait l'impression que toutes ses dents s'étaient décidées à tomber d'un coup. Enfin, tandis que les petits faisaient leur fête à Kim sous le regard amusé de Sam, je m'approchai du dernier né.

— Tu te souviens de tatie Bella, Ben ?

Pour toute réponse, il enfouit son visage dans le cou de sa mère.

— Il est timide, expliqua Emily comme une excuse.

— J'ai été une tante plutôt absente, jusque-là, répondis-je.

Si j'avais passé pas mal de temps, déjà, à m'occuper des deux aînés durant mes vacances, Benjamin n'avait qu'une année. Je ne l'avais croisé qu'une fois, peu après qu'il soit sorti de la maternité. Ces dernières années, j'avais dû restreindre mes visites pour cause financière.

— Comment va, Sam ? Pas trop épuisé par ces bout'chous ?

— Je suis mort de fatigue, plaisanta-t-il, et toi ? Paul m'a dit que tu avais brillamment réussi tes études.

— Je ne sais pas si on peut dire que j'ai eu des résultats brillants, mais j'ai obtenu mon diplôme.

— Bravo ! … En parlant de Paul, il faut que j'y aille. Ils doivent m'attendre. Bon retour chez toi, Bella !

Je me fis la réflexion que, s'ils allaient au même rendez-vous et que Paul était en retard en partant, Sam était plus qu'à la bourre.

Il embrassa Emily et se tourna vers ses enfants.

Un quart d'heure plus tard, ingrédients et matériel étaient posés sur la table en bois antique, héritage de la famille Uley. Oskar et Gabriel jouaient – se battaient – dans le salon avec des soldats de bois. Benjamin observait sa mère de sa chaise de bébé. Nous étions prêtes à commencer.

— Alors, c'est quoi le plan ?

— Déjà, la pâte. Je crois que nous pourrons faire une même base pour tous.

Kim, radieuse, attrapa l'immense paquet de farine qui trainait près d'elle.

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Je posai mes couverts avec soin dans mon assiette et me laissai aller contre le dossier de ma chaise avec bonheur.

— C'était un véritable délice, Sue, merci beaucoup.

— Merci, Bella. Charlie, tu as fini ?

Il opina. Elle débarrassa la table avec efficacité, et refusa mon aide lorsque je la lui proposai. Je l'observai donc ranger et nettoyer avec naturel, saisie une fois de plus par cette certitude : je n'étais plus chez moi, ici. Bien sûr, cela faisait toujours plaisir à Charlie de me voir, et c'était réciproque. J'aimais beaucoup Sue également, et je serais toujours attachée à cette maison et aux souvenirs qu'elle renfermait. Mais dorénavant, ma place était à la Push, dans la maison que Paul avait bâti avec effort. Cela faisait du bien de s'en rendre compte.

Charlie se leva et je l'imitai. Il se dirigea vers le hall d'entrée et attrapa sa veste.

— Tu vas au travail un dimanche, papa ?

Il grommela. Sue rit, ce qui me soulagea. Ils s'étaient vraiment parfaitement trouvés.

— Tu connais ton père, non ?

— Oui. Je crois que je vais y aller aussi. Tu veux que je t'amène ?

— C'est gentil, mais j'ai encore quelques petites choses à mettre en ordre avant de partir.

— D'accord, à ce soir, dans ce cas. Merci encore pour le repas.

— Tu seras là à l'anniversaire de…

Je dissimulai un sourire. Charlie, qui avait toujours eu de la peine à se souvenir des noms des personnes qu'il ne connaissait bien, était servi avec les indiens de la réserve.

— De Claire ? Evidemment. Quil me tuerait, si je ne le faisais pas. Et j'ai envie de la revoir. Elle doit avoir changé depuis notre dernière rencontre.

Lors de ma dernière visite, elle était en vacances avec Quil, Jen et Genevieve.

— Sûrement… Ça m'a fait plaisir de te revoir, Bella.

— Moi aussi, toujours, papa. A plus tard, donc.

Je l'étreignis brièvement, me rhabillai et sortis. Il pleuvait toujours. J'espérais que cela cesserait. Une grande partie de la cérémonie de mariage se déroulerait dehors. Je me mis en route. Au croisement, cependant, mon regard s'égara vers une route différente de celle que je pensais emprunter. Je jetai un bref regard au plateau de bord. J'avais largement le temps, d'ici à cinq heures. Je bifurquai.

Il me fallut toute ma concentration pour ne pas m'égarer. Cela faisait plus de sept ans que je n'avais plus suivi ce sentier. Mais j'atteignis mon objectif, remplie d'une foule de sentiments et de souvenirs. Pas un pincement de nostalgie, cependant.

Je garai ma camionnette devant l'immense bâtisse blanche. Esmé m'attendait à la porte. Elle me sourit et s'effaça pour me laisser entrer.

— Alice m'a informée que vous partez demain.

Elle approuva. Ils se trouvaient tous dans le salon. Emmett m'accueillit d'une remarque qui me fit rougir. Les larmes me montèrent aux yeux lorsque je le vis, vivant, immense. Depuis sa mort, je ne l'avais plus revu, même si Alice m'avait assuré qu'il avait ressuscité également. Il n'avait pas changé. Alice, d'ailleurs, qui vidait les nombreux vases qu'elle prenait tant de plaisir à remplir de fleurs nouvelles chaque jour. Elle me gratifia d'un grand sourire et d'un signe de la main, mais ce n'était pas à elle que je venais faire mes adieux. Nous avions échangé nos numéros de téléphone ainsi que nos adresses mails. Nous nous reverrions, sans aucun doute. Les autres, en revanche… rien n'était moins sûr.

Je saluai de loin Rosalie, qui me détestait visiblement toujours autant, enlaçai Esmé et serrai la main de Carlisle. Même Jasper vint me dire au revoir. Finalement, comme je dévisageais Edward sans savoir comment me comporter, il me fit signe de sortir. Nous nous arrêtâmes à quelques pas de la Chevrolet. Là, nous échangeâmes un long regard. J'aurais voulu qu'il suffise ; je ne savais que lui dire. Mais je ne pouvais pas. Edward faisait partie de moi. Je l'avais aimé et il m'avait aimée en retour. Il m'avait sauvée, m'avait appris tant de choses… Grâce à lui, à son côté, j'avais découvert que le monde n'était ni aussi simple, ni aussi paisible que je le pensais. J'avais entrevu une possibilité de vie différente, extraordinaire. J'aurais été prête à tout pour devenir un vampire, alors.

Mais tout avait changé, désormais. Car il m'avait également enseigné la souffrance, la crainte, la perte. Sans lui, j'avais repoussé mes limites. Je m'étais découverte plus forte que je ne le pensais. Et nos chemins avaient divergé, ne laissant que regrets, remords et changements.

J'avais choisi une toute autre existence. Une autre race, une autre famille.

— Edward…

Je m'interrompis un instant. Puis…

— Merci.

C'était sorti tout seul. Je me rendis toutefois compte que c'était profondément sincère.

Il me sourit. Autrefois, mon cœur s'affolait à cette simple vue. Aujourd'hui, je me trouvai capable de lui sourire en retour. Nous affichions le même air triste, à présent.

— Bella…

Il n'ajouta rien pendant de longues secondes. Son regard me parcourut de la tête aux pieds. Il s'arrêta, le temps d'un éclair, sur la bague qui luisait doucement à mon doigt.

— C'est officiel, donc ?

Comme il s'y était attardé, je supposai qu'il parlait du bijou, de la promesse faite à Paul, de notre séparation définitive.

J'aurais parié qu'il avait modifié sa question de base. A quel point ? Je l'ignorais.

— Oui.

J'aurais pu, à cet instant, comme certains le faisaient, lui proposer une amitié. J'étais certaine que Paul ne m'en aurait pas voulu. Jamais je ne regretterais d'avoir abandonné l'idée de vivre avec lui plus qu'une amitié. Seulement, je doutais qu'il accepte. Cela lui ferait trop mal. Et si je me montrais sincère envers moi-même, je ne le souhaitais pas non plus.

Qui sait ? Peut-être, dans un autre univers, existait-il une Bella et un Edward heureux, ensemble. Vampires, certainement. Mariés, sans doute. Mais ce n'était pas mon univers.

Mes lèvres s'entrouvrirent d'elles-mêmes.

— Désolée.

À nouveau, je compris qu'elles avaient touché juste. Désormais, ma relation avec Edward pouvait se traduire par ces deux mots, tout simplement. Merci – désolée.

Edward ne bougea pas un cil, mais je vis dans son regard qu'il encaissait difficilement. Le cœur plus léger, je m'apprêtai à prendre congé. Il reprit la parole.

— Je t'aimerai toujours, Isabella Swan. Si un jour tu changes d'avis, pense à m'appeler. Je viendrai.

Je n'acquiesçai pas. Je ne le pouvais pas.

— Adieu, me contentai-je donc de dire.

Il ne me répondit pas. Sans doute ne le pouvait-il pas, lui non plus.

Je grimpai dans ma voiture. Edward avait disparu lorsque je tournai la tête. Tandis que je retrouvais une route familière, je réalisai.

Ce jour marquait la fin de Bella et Edward.

Sans prêter attention à la pluie qui tombait à verse, je baissai la vitre. J'avais besoin d'air, de toute urgence. Mon téléphone portable, posé sur le siège passager, sonna. Je profitai du feu rouge de Forks pour décrocher. Je remontai le carreau et la voix de Paul s'éleva dans l'habitacle.

— Tout va bien, Isa ? J'ai senti…

J'inspirai profondément. Ce jour marquait peut-être une fin, mais tout autant un commencement. Je souris.

— Tout va bien. J'ai fait ce que je devais faire. J'arrive.

S'il ne comprit pas ma phrase, Paul ne me questionna pas davantage. Pour le moment.

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J'arrivai chez Jen peu avant cinq heures, mais la plupart des invités étaient déjà là. Plongée en intense discussion avec Kim, elle me salua de loin. L'instant d'après, on m'étreignait à m'étouffer. Je croisai le regard souriant de Jacob.

— Comment ça va, Bella ? Bravo pour ton diplôme.

— Merci. Je vais bien, et toi ?

— A merveille. Ta moto moisit dans mon garage. Il faut que tu viennes l'utiliser, un de ces jours.

— Après le mariage, volontiers. J'aurai plus de temps libre à ce moment-là.

— Paul s'est plaint, s'esclaffa-t-il. Il m'a dit que Kim t'esclavageait, qu'il ne pouvait pas passer assez de temps avec toi.

— Il exagère.

— A peine.

Je me retournai. Jacob s'éloigna, me laissant savourer mes retrouvailles avec Paul. Bien que d'apparence rieuse, je discernai un éclat inquiet dans son regard.

— Tout va bien, le rassurai-je.

Puis, comme je sentais que je ne parviendrais pas à garder le silence très longtemps, j'ajoutai :

— J'ai fait mes adieux aux Cullen. Ils quittent la ville demain.

— Oui, Carlisle a informé Jacob récemment. Comment tu te sens ?

Je n'eus pas le temps de répondre. On cria mon prénom.

— Comment va, princesse ?

— Tu es enfin rentrée ! Ça fait des mois que tu n'es plus rentrée !

— Je ne partirai plus, maintenant.

— Promis ?

— Juré. Qu'est-ce que tu as grandi, ma belle ! Tu es bientôt une vraie femme.

Genevieve rit. Derrière moi, la porte s'ouvrit à nouveau. Sue entra, son imperméable déjà retiré. Charlie la suivait, moins à l'aise. Il avait de la peine à comprendre le lien qui unissait les membres de la meute, je le savais. Cela s'avérait normal, dans la mesure où il ignorait le pouvoir de mon petit-copain et de ses frères.

— Papa ! Comment ça va, depuis cette après-midi ?

Il jeta un coup d'œil à Genevieve, qui le salua d'un sourire effronté, puis revint à moi. Il m'assura qu'il se portait très bien.

— Je vais me servir une tasse de thé. Tu veux quelque chose ?

Il déclina ma proposition. Je slalomai entre les invités, Genevieve à mon côté. Cela me faisait bizarre ; j'avais l'impression que, hier encore, elle s'accrochait à ma jambe pour me réclamer une lecture de ses contes de fée, et voilà qu'elle approchait à grands pas de l'adolescence.

— Comment ça se passe, à l'école ?

— J'ai les meilleures notes de ma classe. Et…

Elle rougit.

— Qu'est-ce qu'il y a ?

— Cette année, il y a un garçon qui… il est vraiment mignon, tu sais…

— Vraiment ?

Tout en écoutant la description de son mignon prétendant, je parcourus la salle du regard. Claire courait de groupe en groupe afin de recevoir ses vœux de bon anniversaire. Quil la suivait avec entrain. Leah, grimaçante, tentait d'entraîner Jacob à l'extérieur. Seth jouait avec son fils, ainsi que Benjamin.

Au fond du salon, les membres de la meute s'étaient agglutinés autour de…

— Embry est de retour ?

Genevieve approuva. J'accélérai le pas jusqu'à atteindre Paul. Je pressai son avant-bras en me faufilant entre Jared et lui. La première chose que je vis fut le sourire étincelant d'Embry.

— Tu n'as pas changé d'un poil ! lâchai-je étourdiment.

— Et je ne compte pas changer de sitôt !

Paul m'avait expliqué que les dragons vivaient plus d'un millénaire.

— Tu es arrivé quand ?

— Aux alentours de midi. Je voulais quitter la Maison un minimum, mais Quil souhaitait me voir à l'anniversaire de Claire, et Kim à son mariage, alors…

Parler de Claire me rappela la bonne nouvelle qu'il avait annoncé quelques années plus tôt à ses frères, via leur contact mental.

— Comment va la petite ?

— Elle se porte comme un charme. Tu l'as déjà vue ?

Je secouai la tête. Bien sûr, Paul me l'avait décrite. Il la connaissait bien, pour avoir assisté à presque tout, de sa naissance à son quatrième anniversaire. Mais Embry n'était plus revenu depuis son départ, le soir même du mariage d'Emily et Sam, et il n'avait pas envoyé de faire-part.

Comme j'y pensais, il tira de sa poche une photo qu'il me tendit. Elle était magnifique, un parfait mélange de ses deux parents. Sa peau écailleuse avait la teinte rouille indienne et deux petites ailes dépassaient dans son dos. Elle dormait.

— Elle est superbe. Mais… c'est une photo récente ?

Elle paraissait n'avoir pas plus de quelques mois, alors même qu'elle avait aujourd'hui quatre ans bien sonnés.

— C'est un trait de caractère des dragons. Ils évoluent lentement. Je crois qu'elle a hérité de la longévité de sa mère.

— Tant mieux.

— Tu ne dirais pas ça si tu t'occupais pendant plus d'une année d'un nourrisson qui ne fait pas ses nuits.

Je grimaçai.

— C'est l'heure du gâteau ! s'écria Quil dans mon dos.

Cela mit fin à notre discussion. Nous nous trouvâmes bientôt entassés dans les fauteuils, les canapés et autres sièges à disposition. Je réussis à me caler dans un fauteuil avec Paul. Genevieve se glissa sur l'accoudoir. Je lui proposai de la prendre sur mes genoux, mais elle refusa. Elle suivit toutefois avec envie les gestes d'Oskar, qui escaladait avec adresse mes mollets. Je l'attrapai par les aisselles pour l'installer sur mes cuisses. Sûrement Genevieve ne voulait-elle pas passer pour une enfant.

Comme chaque année, Claire fut gâtée comme une véritable princesse. Elle ne quitta pas les bras de Quil. Emily lui avait fait un immense gâteau au chocolat et nous avions tous apporté un cadeau. Elle disparaissait presque sous les emballages !

Les conversations reprirent. Leah convainquit Jacob de sortir admirer le coucher de soleil. Bientôt, les plus jeunes enfants piquèrent du nez sur le sofa ou le tapis, et leurs parents décidèrent de partir. Charlie et Sue les suivirent. J'échangeai un regard avec Paul, et je compris qu'il était temps pour nous de rentrer également. Je vidai ma tasse en une gorgée et me penchai sur Genevieve pour l'embrasser. Elle avait cédé et, à l'instant où Oskar s'était réfugié dans les bras de son papa, elle avait grimpé sur mes genoux.

— On se revoit demain, princesse.

Elle hocha la tête. Je voyais bien qu'elle luttait contre le sommeil. Je la fis glisser doucement sur le fauteuil. Nous saluâmes les derniers restants et quittâmes la maison tandis que Claire tentait d'obtenir de sa mère la permission pour aller dormir chez Quil cette nuit-là. La discussion semblait houleuse, et Quil se gardait bien d'intervenir. Un choix judicieux. Jen avait beau avoir lâché du lest, elle n'était pas encore prête à abandonner complètement sa fille aux mains de l'indien, ce que je comprenais parfaitement. J'espérais moi-même qu'aucun loup-garou ne s'imprégnerait de mes enfants avant qu'ils aient atteint l'âge adulte.

Paul prit le volant. Je somnolai jusqu'à notre arrivée à la maison, et me laissai tomber sur le lit toute habillée. Je me réveillai totalement lorsque, étalé sur le flanc à côté de moi, Paul souffla :

— Alors, ces adieux ?

.

— Savannah et Laly arrivent pour trois heures.

— Tu as besoin que j'aille les chercher ?

— Non, c'est bon, merci. J'ai le temps. Warren est malade, nous avons déplacé la réunion.

— Cela ne risque pas de vous mettre en retard pour le chantier ?

— De toute façon, je doute qu'on puisse faire grand-chose avant l'arrivée de l'hiver. On verra bien.

Il fit une pause et j'attendis patiemment.

— J'ai annoncé à Jacob. Que je quittais la meute.

Je me figeai. Mes yeux s'arrondirent.

— Tu… Déjà ? Tu es sûre que tu ne vas pas le regretter ? Je ne voudrais pas que…

— Aucune menace réelle n'est en vue, et tu as fini tes études. C'est ce qu'on avait convenu. Ça te… dérange ? Que je ne mute plus ?

— Non, ça ne change rien, pour moi. Mais toi… n'est-ce pas quelque chose qui te manquera ? Tu sais que tu n'es pas obligé de sacrifier cette partie de toi pour nous. Cela ne me dérange en rien que tu fasses partie de la meute.

— Je sais, et je t'aime aussi pour ça. Mais je veux passer tout mon temps libre avec toi, à présent. Je veux planifier notre mariage, élever nos enfants avec toi. Je veux vieillir à ton côté. Et puis…

Il m'adressa une moue espiègle.

— Me connaissant, il va me falloir un petit moment avant de parvenir à cesser de muter.

Je ris. C'était véridique. Il leva sa tasse de café pour un toast.

— A notre vie de mortel !

Saisissant ma tasse, je l'imitai.

— A notre vie de mortel !

Nous trinquâmes.

— Il va falloir que j'y aille. Kim m'attend pour les décorations.

— A ce soir.

— Il y a l'enterrement de vie de jeune fille de Kim, ce soir.

— Ah, oui.

— Vous ne faites rien, pour Jared ?

— Un truc de loup.

J'embrassai doucement sa pommette brûlante.

— Je ne t'obligerai jamais à quoi que ce soit.

— Je sais. Tu es parfaite, princesse.

— Moins que toi.

Sur ce, j'attrapai mon imperméable et filai.

Je retrouvai Kim chez elle. Elle avait décidé que la cérémonie se déroulerait en deux parties : une cérémonie américaine sur la place, avec la robe blanche, le pasteur et tout le toutim, puis une fête traditionnelle Quileute. Afin d'éviter la vieille Maggie, elle avait obtenu d'Emily ses notes. Tout se déroulerait à l'extérieur, sur la place. Heureusement, la météo n'annonçait pas de pluie. Espérons que ça ne changerait pas.

Emily était déjà là, ainsi que Jen. Elles m'annoncèrent que Maelle ne tarderait plus.

— Où sont vos enfants ?

— Quil a accepté de garder tout le monde.

— Il est courageux ! commentai-je.

— Tant qu'il les ramène tous en vie…

— Et vos hommes, que font-ils ?

— Tu crois vraiment que Jared pourrait arrêter de travailler la veille de son mariage ? me demanda Kim, sarcastique. Il est au poste. Sam aussi, je présume ?

Emily approuva.

— Ils travaillent toujours autant ? Je croyais que ça s'était calmé avec l'arrivée des garçons.

— C'est le cas.

— Eh bien moi, ça ne risque pas d'arriver.

Kim hésita un instant.

— Il devrait recevoir une promotion, bientôt.

— Wouah ! Félicitations !

— Ce n'est pas encore officiel.

Mais à son ton, je devinai que c'était déjà convenu.

— Salut les filles !

Je me tournai pour voir débouler Maelle, les cheveux ébouriffés. Je lui tendis la main, elle l'attrapa aussitôt.

— Enchantée, Maelle. Je ne sais pas si tu te souviens de moi…

Nous nous étions peu croisées, depuis l'imprégnation de Seth.

— Bella, n'est-ce pas ? La petite-amie de Paul.

— Fiancée, la corrigeai-je machinalement.

Elle jeta un œil sur l'alliance qui ornait mon annulaire et se fendit d'un grand sourire.

— Félicitations ! C'est récent ?

— Merci. Oui, quelques jours, à peine.

— Il s'est annoncé après sa remise de diplôme, pas vrai, Bella ? s'exclama Kim.

J'acquiesçai. Y repenser enflammait mes joues. Maelle esquissa une moue découragée.

— Je suis la seule à ne pas être fiancée, si je comprends bien ?

— Quil ne s'est pas encore lancé.

— Encore heureux ! se récria Jen. Claire vient de fêter ses dix ans !

— Jacob n'est pas plus avancé, ajoutai-je pour désamorcer la conversation.

Si Jen venait à discuter fiançailles cette après-midi, Quil n'en réchapperait pas.

— Il n'a encore trouvé personne.

J'ouvris la bouche pour rectifier, puis réalisai qu'aucune ne semblait prête à le faire. Etais-je la seule au courant, ou savaient-elles qu'il ne fallait pas en parler ? Je décidai de me taire. S'il avait tanné suffisamment ses frères pour qu'ils n'informent pas leur moitié, c'est qu'il voulait garder cette relation secrète pour l'instant.

— C'est vrai, reconnus-je donc. Mais un bébé est un grand engagement. J'ai vu Corentin, hier. Il est magnifique.

— Je trouve aussi, m'approuva Maelle, nous faisant pouffer en chœur.

Elle désigna d'un vaste geste les saladiers de bonbons qui s'étalaient au pied d'une étrange structure métallique.

— Qu'est-ce que c'est ?

— Une fontaine à bonbons. Pour les enfants. Nous avons la matinée pour couvrir ceci de bonbons. (Elle montra l'armature en fer.) Puis l'après-midi pour la place. J'ai regardé la météo, il ne devrait pas pleuvoir avant quarante-huit heures. D'ici-là, le mariage sera passé.

— Parfait. Et ce soir, c'est ton enterrement de vie de jeune fille.

— Voilà une journée bien chargée.

— Oui. Mettons-nous au travail sur-le-champ, dans ce cas.

Kim attrapa un serpent en gélatine qu'elle entortilla autour d'une barre.

— Rassurez-vous, la structure est propre, et je me suis lavée les mains.

— On te fait confiance, la rassurai-je en attrapant une sucette que je glissai entre le serpent et la barre.

Le travail s'annonçait fastidieux. Pourtant, il nous fallut moins d'une demi-journée pour couvrir l'armature métallique qui, de grise, portait maintenant toutes les couleurs de l'arc-en-ciel, avec une petite prédominance de rose et de blanc. Nous n'avions presque pas mis de réglisse et, sous la lumière de l'ampoule électrique, le sucre scintillait.

— On dirait plus une tour Eiffel qu'une fontaine, lâcha Maelle.

Contrairement à nous, elle avait beaucoup voyagé outre-Atlantique. Il nous fallut de longues minutes de description pour que je comprenne l'allusion.

— Dans tous les cas, elle est magnifique. Je suis sûre que les enfants vont se régaler.

— Pas que les enfants, gloussai-je en pensant à la gourmandise de Paul.

Kim ne nous laissa pas rire longtemps.

— Je propose qu'on profite de notre avance pour commencer à décorer la place ce matin.

Bon gré mal gré, nous nous rendîmes sur la place du village, où les cartons de décoration avaient déjà été apportés. Je gardais clairement en tête le souvenir des réunions quileutes, une foule de gens assis sur le sol pavé, autour d'un immense feu de joie, à l'ombre des arbres. Pour l'occasion, elle avait été transformée. Des chaises en plastique blanches s'alignaient, séparées en deux par une allée qu'emprunterait la mariée. Nous nous chargeâmes d'accrocher aux dossiers des foulards de tulle pâle. Nous en garnîmes également les arbres alentours, auxquels nous ajoutâmes des lampions électriques.

— Les fleurs arrivent demain, à la première heure. Nous en fixerons sur les chaises et sur la voute.

Cette voute était le haut arceau où les mariés échangeraient leurs consentements.

— Pour décorer l'allée, il y a ce grand tapis blanc, mais je crains qu'il ne se tache si nous le déplions aujourd'hui.

Nous organisâmes ensuite les tables qui accueilleraient, plus tard, le buffet, préparé en grande partie par Emily. Le Fred, qui s'occuperait le lendemain de l'acoustique, vint nous aider à vérifier que les enceintes fonctionnaient correctement. Alors que j'avais eu l'impression, en débutant, que nous finirions plus tôt que prévu, le soleil était presque couché lorsque nous rentrâmes.

Avant de quitter l'allée, Kim contempla longuement le décor et soupira d'allégresse. J'attrapai sa main pour la presser.

— Le grand jour n'a jamais été si proche, n'est-ce pas ?

Elle opina.

— Dire que je voulais me fiancer au sortir du lycée… Voilà que Paul s'est lancé avant que Jared se soit fait passer la corde au cou.

Les études de Kim avaient été longues, ardues et prenantes, comme celles de Jared. Comprenant qu'ils ne pourraient pleinement profiter d'une lune de miel ou de leurs premiers jours en tant que jeunes mariés, ils s'étaient mis d'accord pour conclure leur formation avant de se marier. Cela faisait désormais près de six ans qu'ils étaient fiancés.

— Mais demain, à la même heure, tu seras l'épouse de Jared.

Elle laissa échapper un rire nerveux.

— C'est étrange, non ?

— Je pense qu'il te faudra un petit moment pour réaliser. Même lorsque nous nous aimons et que nous sommes sûrs de nous, le mariage est un pas en avant important. Enfin, c'est ce que je pense.

Elle serra plus fort mes doigts.

— Je suis d'accord avec toi.

Elle gloussa encore.

— Je crois que le stress commence à monter.

— C'est le moment idéal pour lancer ton enterrement de vie de jeune fille ! Viens, Emily a tout apporté chez toi.

— Qu'est-ce que c'est, tout ? Et où ont disparu les autres ?

— Elles sont allées dire bonne nuit aux enfants, je crois. Allez, on y va.

— Mais qu'est-ce que c'est, tout ?

Elle le découvrit en entrant dans son salon. Les autres s'y trouvaient déjà, en compagnie de photos, de gâteau, de bonbons, d'alcool, et de tout ce qui nous serait nécessaire pour faire de cette soirée un moment inoubliable.

.

Je grognai en observant le comprimé se dissoudre dans l'eau. Je me frottai les tempes, tout en sachant que ça ne changerait pas grand-chose, et avalai cul sec ma boisson.

— Tu as de l'aspirine ? Où ça ? me demanda Jen, qui entrait à son tour dans la cuisine.

Je lui montrai la plaquette abandonnée près du lavabo. Maelle, fraiche et dispose, pouffa dans son bol de céréales. Je l'ignorai et observai le médicament se réduire en une poudre fine dans le liquide, avant d'être avalé par Jen. Elle grimaça devant le goût immonde. J'hésitai à prendre un second cachet.

Kim entra en trainant les pieds. Elle sourit en voyant la tête de déterrée que Jen et moi arborions.

— C'est à cet instant précis que je suis heureuse de vous avoir laissé vider notre réserve de bouteilles à deux, sans toucher à une goutte d'alcool.

— Vous êtes des lâcheuses, grommelai-je.

— Je suis enceinte, signala Emily en faisant glisser des tranches de bacon dans une assiette, qu'elle posa ensuite sur la table.

— Pas toi. Je n'ai pas envie que mon-neveu-ou-ma-nièce ait des problèmes. Mais vous deux… vous êtes des lâcheuses.

Jen m'approuva tandis que des œufs au plat rejoignaient le bacon.

— J'ai un gosse de trois ans, dont je vais devoir m'occuper aujourd'hui.

Kim s'esclaffa.

— Imaginez que je sois dans votre état, le jour de mon mariage ! Cela se conclurait par un désastre.

— Jared t'aimerait même complétement bourrée, supposai-je.

— Ta détermination à prouver que nous aurions dû boire est désespérante.

— Et dépourvue de toute logique, ajouta Maelle. D'ailleurs, comment vas-tu faire ? Tu as deux filles !

— Je n'ai peut-être pas de père, mais j'ai une chance incroyable.

Son ton transpirait le sarcasme lorsqu'elle poursuivit.

— Déjà, un loup-garou s'est imprégné de ma benjamine. Depuis ses deux ans, il s'occupe plus d'elle que moi-même. Et Claire est très heureuse qu'il en soit ainsi.

— Je suis sûre qu'elle serait malheureuse si elle ne te voyait plus, commençai-je, mais Jen m'interrompit en dressant son index.

— Quant à mon aînée, elle baigne dans cette ambiance familiale depuis l'enfance, si bien que chaque personne que je connais la considère comme sa nièce.

Elle me pointa alors du doigt.

— A ta place, je craindrais, Bella. Elle t'adore, tu sais ? Elle risque de te coller toute la journée. Sans oublier Oskar, Gabriel, Savannah et Laly. Je ne sais pas ce que tu leur fais, mais alors même que tu n'as pas d'enfants, tous ceux que je connais t'idolâtrent.

Emily l'approuva en souriant.

— J'ai hâte de te voir maman, Bella. Tu seras certainement excellente.

— J'en doute.

— Moi, j'ai surtout envie de voir comment réagiront les autres gosses lorsqu'ils réaliseront que tu en aimes un plus qu'eux, que tu lui réserves tes bonbons et que tu le laisses grimper sur tes genoux quand il le veut. Ils seront jaloux.

Emily, Kim et Maelle éclatèrent de rire. Je m'empourprai. Je ne parvenais pas à déterminer si c'était un reproche ou un compliment.

— Emily, tu pourrais me passer l'aspirine, s'il te plait ? grognai-je en laissant tomber mon front sur la table.

.

Maelle rangeait ses multiples pinceaux lorsqu'Emily remonta la dernière mèche. Elle glissa l'épingle et admira son œuvre.

— Tu es très belle, mais…

— Mais ? s'alarma aussitôt Kim en se tournant vers moi.

J'échangeai un regard entendu avec Emily et sortit de mon dos mes mains. Elles enserraient un écrin de velours que je lui tendis.

— C'est de notre part, à Emily et moi.

Elle l'ouvrit et se figea. Je me crus forcée de me justifier :

— Ta mère t'a donné ses boucles d'oreille en diamant, qui sont vieilles. La robe que t'a confectionnée Emily est neuve. Julia t'a prêté ses chaussures. Le moins qu'on pouvait faire, c'est t'offrir quelque chose de bleu.

Kim ne prononça pas un mot. Elle se contenta de saisir délicatement la chaine argentée du bijou et la tendit à Emily, qui l'accrocha volontiers. Elle caressa le pendentif du bout des doigts et sourit.

Je soufflai, soulagée. Elle l'aimait.

— Merci, il est splendide.

— Et toi, tu es la perfection incarnée.

— Vous me laissez voir ? Je suis prête ?

Emily opina et Kim se leva avec précaution. Elle se dirigea vers le haut miroir de notre amie.

— Oh.

Je la dévisageai de haut en bas. Sous son élégante couronne de jais, entremêlée de roses blanches, ses boucles noires coulaient jusqu'à ses manches gitanes brodées. Sous le corsage ornés de roses en tissus, des volants successifs de taffetas s'empilaient jusqu'à transformer Kim en une magnifique Cendrillon indienne. On n'apercevait pas ses escarpins de satin blancs. J'attrapai la main qu'elle serrait nerveusement et la pressai jusqu'à ce qu'elle se détende. Son maquillage discret mettait son regard en valeur. Niché dans le creux de sa gorge, la lune de saphir luisait.

— Emily, une fois de plus, ta robe est magnifique.

Elle la remercia d'un hochement de tête. Kim se détourna de son reflet pour nous adresser un regard reconnaissant.

— Merci d'être là, toutes, à chaque instant. Je ne sais ce que je ferais sans vous.

— C'est nous qui sommes chanceuses de t'avoir.

— Câlin de groupe ?

Je me penchai vers elle avec douceur, craignant de gâcher cette beauté. Jen se recula en premier.

— C'est bientôt l'heure. Tu viens, Maelle ? Nous allons rejoindre les autres invités. A toute à l'heure. Et Kim ? Tout va bien se passer.

Elles disparurent dans un froissement de tissus. J'attrapai le bouquet et le tendis à la vedette du jour. Emily arrangea une boucle noire avant de rabattre le voile sur le visage crispé de notre amie.

— Détends-toi. Ça doit être le plus beau jour de ta vie, et ça le sera.

— Tout va bien se passer, alors profite à fonds, l'appuyai-je.

— Après tout, tu ne vivras ton mariage qu'une fois dans ta vie !

J'entendis la musique. C'était l'heure. Emily courut ouvrir la porte au père de Kim. Je le saluai puis, attrapant le panier de pétales roses qui trainait sur la commode, je rejoignis Emily.

— Profite ! répétai-je encore.

Puis nous nous engageâmes d'un même pas dans l'allée.

Incroyable, mais vrai : le soleil brillait de mille feux. A Forks. Sous la voute fleurie, Jared attendait, radieux. Sam se dressait à côté de lui. Les invités, en majorité des indiens de la réserve, nous suivirent du regard tandis que nous remontions l'allée immaculée, passant sous les arbres décorés, lançant nos pétales qui retombaient doucement. Je sus que Kim entrait à son tour car tout le monde se leva instantanément.

Mon sourire s'élargit. Je lançai une dernière poignée de pétales puis je rejoignis Paul au premier rang. Je croisai le regard de Charlie, quelques rangées plus loin. Il semblait particulièrement ému, peut-être parce qu'il se doutait que mon mariage se rapprochait dangereusement.

Kim atteignit finalement son fiancé ; Emily se coula à sa droite. Son père glissa sa main dans celle de Jared et, dès lors, le couple ne se quitta plus des yeux. J'écoutai l'échange de leurs vœux avec une grande émotion, bien que je connaisse déjà ceux de Kim, qui me les avait lus. Le bras de Paul, passé autour de mes épaules, comme toujours, ne me lâchait pas. Je ne sais quand je me mis à pleurer. Cependant, lorsque nous arrivâmes aux consentements, j'étais certaine que mon maquillage était fichu.

— Jared, voulez-vous prendre Kim pour épouse, la protéger et l'aimer, dans la joie comme le malheur, la santé comme la maladie, jusqu'à ce que la mort vous sépare ?

— Oui.

Il n'y avait pas trace d'hésitation dans son ton. Jared ne voulait rien d'autre qu'elle, et c'était réciproque. Une fois de plus, je réalisai la chance que j'avais d'avoir trouvé mon âme sœur.

Déjà, le prêtre reprenait.

— Kim, voulez-vous prendre Jared pour époux, le soutenir et l'aimer, dans la joie comme le malheur, la santé comme la maladie, jusqu'à ce que la mort vous sépare ?

— Oui, balbutia-t-elle.

Des larmes roulaient sur ses joues.

Jared fit un petit signe de la main, et bientôt, Claire s'avança, ravissante dans sa robe rose, un coussin supportant les alliances entre les mains. Jared récupéra sa bague et lui ébouriffa les cheveux. Il la glissa ensuite au doigt de Kim où elle scintilla, à sa juste place, en lui répétant son amour éternel. Elle fit de même, les mains tremblant sous le coup de l'émotion.

Enfin, le prêtre leva les bras, comme je l'avais vu faire dans les films, et déclara :

— Et au nom de la loi, je vous déclare mari et femme.

Jared souleva le voile avec délicatesse et, posant ses mains sur la taille de sa femme, il l'embrassa. Je pleurais tant que je ne vis pas le baiser. Je laissai tomber ma tête sur l'épaule de Paul, qui me déposa un bisou sur le crâne.

Tout s'enchaîna ensuite sans me laisser le temps de me remettre de mes émotions. Les mariés saluèrent la foule, Kim lança son bouquet – qui me tomba sur la tête – puis le prêtre s'éloigna. Les invités se levèrent pour féliciter les époux et leur offrir les présents. Lorsque j'arrivai à leur hauteur, Paul tenant mon bouquet dans une main, un immense panier dans l'autre, ils étaient entourés d'un monceau de cadeaux de toutes les formes et de toutes les tailles. J'enlaçai Kim avec ferveur, embrassai la joue de Jared, puis récupérai le panier.

— Tiens. J'ai remarqué que le tien était usé. Attention… commençai-je en lui tendant le panier.

Elle l'attrapa… et manqua le lâcher. Ses traits montrèrent l'ampleur de sa stupéfaction. Paul éclata de rire.

— … Il est lourd, terminai-je. Nous l'avons rempli d'autres petites choses. Vous regarderez quand vous aurez le temps.

Elle me remercia chaleureusement et m'étreignit, encore, puis nous laissâmes la place aux suivants. Il ne restait plus grand monde. Les autres loups-garous avaient déjà commencé, avec l'aide de quelques indiens, à ranger les chaises. La foule d'invités était passée de l'autre côté de la place, dissimulée par un immense tas de bûches, où l'attendait déjà le buffet. La musique nous parvenait avec clarté. J'y retrouvai mes amies avec joie, ainsi que les sœurs de Paul, que je n'avais pas eu l'occasion de voir depuis leur arrivée, la veille. Savannah s'occupait de sa cadette, comme le lui avait demandé Paul, qu'elle idolâtrait. Au grand damne de sa mère, qui aurait voulu obtenir une place dans la vie de mon fiancé, celui-ci avait parfaitement accepté les deux fillettes. Il lui avait fallu des mois avant de qualifier Savannah de « sœur », mais il s'était toujours comporté en grand frère attentionné, et il n'était pas rare que nous les accueillions chez nous. Je m'y adaptais bien mieux que je ne le craignais.

Une fois Kim et Jared abandonnés par la foule, Emily les attira à l'orée de la forêt, où nous prîmes tous la pose avec enthousiasme devant un photographe professionnel qui n'était autre que mon ancien camarade de classe, Eric Yorkie. Avec ou sans bouquet, voile relevé ou rabattu, enlacés ou face à face, seuls ou entourés, Kim et Jared se retrouvèrent mitraillés sous tous les angles.

Kim passa chez elle pour changer de tenue. A son retour, la fête battait son plein. La musique jaillissant des haut-parleurs poussait les invités à se trémousser sur la place, le buffet était dévalisé. La fontaine de bonbons fit fureur !

Lentement, le soleil descendit, et Eric insista pour prendre de nouvelles photos. Il promit d'en faire un prix réduit. Le feu de joie fut allumé, et tout ce qui restait de la culture américaine partit en fumée. Le DJ de la soirée, Seth, changea de répertoire et les danses se firent traditionnelles, presque sauvages. Moi-même, j'abandonnai vite et m'installai à côté d'Emily, ensevelie sous ses garçons. L'oreille collée au ventre arrondi de leur mère, ils semblaient fascinés par ce qu'ils entendaient, ou sentaient. Au bout de quelques minutes, appelés par Liza et Nils, les deux aînés partirent en courant. Benjamin s'était endormi. Tout en le ramenant contre elle, elle soupira et me confia :

— C'est un garçon.

Il me fallut une seconde pour comprendre qu'elle ne parlait pas de Benjamin, mais bien de celui qui ne tarderait plus à voir le jour. J'en fus étonnée. Ils voulaient garder la surprise, et y étaient parvenus avec les trois premiers.

— Vraiment ?

— Nous n'avons pas demandé à connaître le sexe de l'enfant. Mais je peux te dire qu'après trois bébés, je reconnais l'énergie masculine.

— Une fille pourrait être tout aussi énergique.

Elle secoua la tête.

— C'est mon instinct qui me le dit. Ce sera un garçon. (Elle poussa un nouveau soupir.) Je suis sûre qu'ils muteront. Je vais avoir quatre loups à la maison !

— Les vampires sont partis, fis-je remarquer.

— Je sais, mais… je le sens.

— Si tu le dis.

Je tournai mon regard vers la foule en liesse. Jared et Kim dansaient collés-serrés, rayonnants. Paul faisait valser Savannah, et Quil tournoyait avec Claire. Les petites s'en sortaient mieux que moi. Sam s'entretenait avec Embry, et Jacob ne cessait de jeter des coups d'œil en direction de Leah. Si elle semblait observer avec impassibilité les ombres des danseurs, étirées par les flammes sans cesse en mouvement, je la connaissais suffisamment pour déceler son malaise intérieur. Je m'étonnai qu'elle ne soit pas encore partie. Elle détestait ce genre de rassemblement, qui amenaient forcément les gens à poser des questions. Comment se faisait-il qu'elle ne vieillissait pas ? Que faisait-elle de sa vie ? Voyait-elle quelqu'un ?

Elle s'était forgée malgré elle une réputation de bonne à rien étrange et asociale. Dur à supporter, dans un village où on vit les uns sur les autres.

Je l'aurais bien hélée, mais elle ne me supportait pas, même après toutes ces années. Au final, Jen, qui venait d'abandonner Genevieve aux bras d'un adolescent de son âge – son nouvel amour, peut-être ? –, l'aborda. Ses épaules se détendirent imperceptiblement, elle se redressa et ses lèvres ébauchèrent un sourire discret. Emily souffla profondément, et je compris qu'elle surveillait également sa cousine.

Contre toute attente, Leah et Jen avaient lié une amitié indéfectible. Si elle n'avait craint de blesser Emily, Jen en aurait sûrement parlé comme de sa deuxième sœur. Malheureusement, malgré tous ses efforts, Emily n'avait jamais pu retrouver la complicité qu'elle éprouvait avec Leah, celle-ci gardant sans cesse ses distances.

Je me rapprochai d'elle, en tentant d'éviter le réveil du bébé, et posai ma tête sur son épaule.

— Je t'aime, Bella. Je suis heureuse que tu fasses partie de la famille.

— Moi aussi. Je ne sais ce que serait ma vie si je ne t'avais pas rencontrée. Si je ne vous avais pas tous rencontrés.

Où en serais-je aujourd'hui, si je n'avais pas croisé le regard de Paul ?

Emily tressaillit, à l'instant où on m'effleurait la tempe. Je souris et me redressai pour voir Paul, qui me dévorait du regard. Ce regard… J'en rougissais encore aujourd'hui.

— Les légendes vont bientôt commencer. Sam nous attend près des anciens.

Je me levai d'un bond. Emily me tendit Benjamin, que j'attrapai avec précaution. Non pas que je craigne de le laisser tomber – à mon grand étonnement, j'avais porté plus de bébés que ma mère à mon âge – mais je ne souhaitais pas qu'il se réveille, éloigné de sa mère. Elle le récupéra aussitôt levée, pas avant, cependant, que je ne remarque la lueur dans les yeux de Paul. Je secouai fermement la tête. Comme son sourire s'élargissait, j'ajoutai :

— Tu peux toujours rêver.

Emily m'adressa un regard interrogateur, mais je lui fis signe de laisser tomber. L'instant suivant, Paul rétorquait.

— J'en rêve, crois-moi.

Je levai les yeux au ciel et me mis en marche, ne lui laissant pas le temps d'argumenter. Je ne souhaitais pas devenir mère tout de suite. Je voulais d'abord me fondre dans le quotidien de la réserve, épouser Paul et trouver un poste. Ensuite, j'y songerais.

J'avisai l'expression de mon petit-ami, qui promettait une rude bataille. Et une défaite lourde en contractions, en pleurs et en biberons. Paul obtenait toujours ce qu'il voulait de moi. Je finissais par me demander, parfois, si ce n'était pas moi qui m'étais imprégnée de lui, plutôt que l'inverse.

En contournant le feu de joie, dont les flammes avaient considérablement faibli, j'aperçus mon meilleur ami, entouré d'Embry et de Quil, Claire entre les jambes. Je repensai au jour où je lui avais confié mon sentiment. Il s'était esclaffé.

« J'ai plutôt l'impression qu'il te connait si bien qu'il te parle toujours de ce dont tu as envie inconsciemment. »

En voyant ma moue outrée, il avait commenté :

« Il ne vit que pour satisfaire tes besoins, tu sais ? »

J'avais aussitôt changé de sujet.

Je sursautai en croisant le regard de la vieille Maggie. Jamais il n'avait été aussi bienveillant, perdu au milieu de cette montagne de rides. Je n'avais jamais osé lui demander son âge. Cela ne m'aurait pas étonné qu'elle ait dépassé le centenaire.

Emily rejoignit Sam. Ainsi enlacés, trois garçons sur les genoux et un quatrième en route, ils semblaient heureux. Il suffisait de leur parler pour en être convaincu. Je m'installai à côté de Kim, qui discourrait sous le regard attentif de son mari. Je fis passer mon regard de la jeune mariée à Maelle, qui retenait Corentin sous les rires de son âme sœur. Le petit bout semblait fasciné par les braises rougeoyantes. Puis de Maelle à Leah, qui fixait le feu également, comme à chaque réunion de la meute, au sommet des falaises. De Leah, mon regard dériva vers Jacob, qui contemplait la louve, puis Embry, qui lui parlait. Il rayonnait de bonheur, et je m'en trouvai rassurée. J'avais craint que la Push, sa famille, la meute lui manquent. Mais la simple présence de Coralie semblait lui faire oublier tout ce qu'il avait perdu. Enfin, j'aperçus Quil, à côté de ses meilleurs amis, qui embrassait doucement le front de Claire. La petite fille rit aux éclats.

Paul se faufila dans mon dos, m'entoura de ses bras et appuya son menton sur mon épaule. Son souffle sur mon oreille faisait voler une de mes mèches brunes.

Je ne me demandai même pas si je paraissais aussi heureuse que les autres imprégnées. Car je l'étais, sans conteste.

Je me blottis contre lui, me laissant emporter dans les légendes ancestrales des anciens. Je peinais à réaliser que, dans quelques années, je serais citée lors d'assemblées de ce genre.

« C'est grâce à toi que nous nous en sommes tirés » avait assuré Edward.

Je ne gardais aucun souvenir de la chute de l'Etre. Juste cette impression de vide qu'avait laissée en moi la mort de Paul, ma tentative de le toucher avant que sa vie ne le quitte, la morsure glacée du corps de l'abominable créature lorsqu'elle s'était interposée. Cela l'avait perdue, selon Edward : j'avais eu le réflexe de tendre la main serrant le mélange des quatre sangs. Brûlée au niveau de l'estomac, elle s'était considérablement affaiblie. Il avait fallu aux autres combattants moins d'une minute pour la toucher avec leurs propres munitions. Elle s'était effondrée, puis dissoute en libérant une dose phénoménale de magie. Carlisle avait même craint une visite des Volturi. Nous attendions toujours.

Dans tous les cas, les poissons avaient disparu en quelques heures, de même que les magnifiques oiseaux arc-en-ciel que j'avais aperçu à plusieurs reprises. Les loups soupçonnaient également d'autres espèces, aujourd'hui disparues, d'avoir appartenu à l'Etre.

Je m'en fichais. Je me fichais de ces animaux immortels. Je me fichais de l'Etre comme de la manière dont il avait été détruit. Je me fichais des Volturi.

Je ne voulais qu'écouter la voix onctueuse de Billy Black, danser jusqu'à l'aube avec ma famille.

Un effleurement, un murmure. Une promesse.

— Je t'aime.

Je souris, entrelaçai nos doigts.

— A jamais.

Pourquoi désirerais-je une autre existence ? Ma vie avec Paul s'annonçait bien remplie. Cela me suffisait.

« Jusqu'à ce que la mort vous sépare. »

— A jamais.

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cCc

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Et voilà. Autant vous dire que ça me fait bizarre de mettre un point final à cette fic, d'écrire cette note finale… Après tout, en comptant l'écriture de l'histoire, « Âmes sœurs » aura fait partie de ma vie une année durant.

Autant avouer que, lorsque, comme j'en ai le secret, j'ai eu cette idée quelques minutes avant de m'endormir, étendue dans l'obscurité, enfouie sous ma couette, je ne pensais pas que cette fic prendrait tant de place dans ma vie. Et pourtant. Durant des semaines, je n'ai pensé, écrit, rêvé, respiré qu'elle.

Moi qui me fichais de Paul, j'ai appris à le connaître et à le vénérer (sans exagération, bien sûr !). Moi qui appréciais peu Bella, j'ai appris à la comprendre et… à l'apprécier. Moi qui étais une presque inconditionnelle du Edward-Bella (mais, surtout, de Renesmée !), j'ai oublié tout ce qui n'était pas du Paul-Bella et, aujourd'hui, chaque fois que je lis une fic Twilight, j'ai une petite pensée pour mon couple idolâtré.

Je suis également soulagée d'avoir réussi (globalement, malgré quelques ratés) à mener cette histoire à terme, postant un chapitre par semaine. J'ai tant de peine à tenir les délais, d'ordinaire !

C'est en grosse partie grâce à toi, lecteur que je n'ai jamais rencontré et qui, pourtant, a pris le temps de me lire, de me partager ton ressenti, de m'ajouter dans ta liste d'alerte ou d'auteurs favori, d'ajouter « Âmes sœurs » à ta liste d'alerte ou de favori. Merci ! Merci infiniment !

Avant de vous quitter, j'aurais une dernière faveur à vous demander : une petite review afin de me parler de… ce que vous voulez, au fond. Votre personnage préféré ? Votre chapitre préféré ? Ce moment qui vous a touché, qu'il ait provoqué un rire, des larmes, ou une terrible colère – un sourire léger ou de la stupéfaction – du plaisir, de l'horreur, une envie terrible de s'arrêter et de détester l'histoire, ou juste ce frisson intérieur qui nous laisse entendre que cette phrase est particulière pour nous ? Que vous ayez apprécié ou pas, cela m'intéresse et me fait extrêmement plaisir. Merci ! Toutes les questions sont également les bienvenues. Je pense que, lorsque j'atteindrai un certain nombre de reviews anonymes, je posterai une RAR. En attendant, je me ferai une joie de répondre aux reviews de toutes les personnes possédant un compte. Elles me font tellement plaisir !

Sinon, en ce qui concerne l'histoire en elle-même, quelques précisions de dernière minute…

— Bien sûr, Bella est vivante, et Paul aussi ! Je fais partie de ces auteurs qui s'approprient les personnages au point qu'ils fassent partie d'eux, et tuer Bella aurait signifié tuer une partie de moi. Or, j'en suis incapable. Je fais partie de ces lecteurs qui haïssent – et haïront toujours, je crois – Veronica Roth, et tous les écrivains qui n'assurent pas une fin heureuse à leurs personnages. Paul, Bella, et tous les autres morts ont donc ressuscité. Même Jacques Brown, oui, oui. Malheureusement, étant enterré, il est mort étouffé dans sa tombe, et aucun humain ne se doutera jamais que quelque chose d'étrange s'est déroulé cette année-là à Forks. (Et quand j'écris ça, je me rends compte que c'est infiniment plus affreux que ce que j'imaginais dans ma tête. Malheureusement, c'est comme ça.)

— Mes personnages vivront heureux trèèèès longtemps. Bella et Paul, en particulier, ne se sépareront pas jusqu'à leur mort (et même alors, sûrement se rejoindront-ils au Paradis) et en seront tout à fait satisfaits. Aucun regret, ni d'une part, ni de l'autre. D'ailleurs, Bella, après la bataille finale contre l'Etre, ressent le besoin d'être moins faible et inutile. Elle s'initie à un art martial, qu'elle pratique jusqu'à ce que l'âge la rende impotente. Elle améliore ainsi son équilibre, sa force, sa confiance en soi, et tous les petits trucs que les arts martiaux et le sport en général améliorent en nous. Bien que consciente de ne jamais pouvoir rivaliser avec un loup, un dragon ou un vampire, elle est plus sereine en sachant pouvoir se défendre contre les méchants de sa race.

Si vous avez d'autres questions sur son futur, ou celui d'un/des autres personnages de la fic, n'hésitez pas à demander ! Je dois admettre que je me suis amusée à tout planifier dans les moindres détails…

Merci encore pour tout, de m'avoir lue, suivie jusqu'ici. Je vous serai reconnaissante pendant très, très, très longtemps.

J'espère pouvoir un jour vous retrouver sur une nouvelle fic (J'en ai une autre en préparation, bien différente – un Renesmée/Jake). Merci, et bonne semaine, bonne année, bonne continuation !

Clara370