Bonjour et bienvenue sur le chapitre 24 !

J'espère qu'il vous plaira ! Pour une fois, j'ai aimé le relire (habituellement, je déteste ce que j'écris mais là je sais pas, j'ai trouvé que j'avais bien dépeint les choses). Alors j'espère que cela se ressentira lorsque vous le lirez. On se voit à la fin.


XXIV – Perdu d'avance

Le retour vers Londres fut plus épuisant qu'il ne l'aurait imaginé. Ni Graves, ni lui ne furent accueillis chaleureusement en Angleterre. Pourtant, leur passage ici était capital. Newt devait exposer la recette de sa potion et ses effets au ministère pour leur donner une chance de s'opposer à Grindelwald et ses sbires si jamais ces derniers venaient à passer à l'offensive sur le sol anglais.

Fawley n'apprécia pas leur retour. Lorsque Picquery était repartie avec son bras droit et la tornade Scamander, Travers et lui s'étaient réjouis de leur départ. Le mauvais œil semblait les suivre partout où ils allaient et plus loin se trouveraient-ils d'eux, mieux ils se porteraient.

Eux non plus n'avaient pas spécialement envie de rester. Mais ils avaient tous deux mis de côté leurs caprices pour le bien de la société magique et pour peut-être sauver la vie de valeureux aurors qui se retrouveraient au mauvais endroit au mauvais moment. Mais le ministre ne rendit pas la tâche de Newt facile. Fawley était déjà perçu par la presse comme laxiste, ne prenant pas au sérieux la menace de Grindelwald qui n'était à ses yeux qu'un vulgaire mage noir comme des centaines d'autres qu'on arrêterait au bout de quelques mois. Alors il refusa plusieurs fois les propositions de Scamander. Même si elle n'était pas spécialement utilisée pour contrer Grindelwald, il pourrait toujours se contenter de simplement accepter celle-ci et en faire bénéficier ses rangs. C'était une potion de puissance, ce n'était rien d'autre que du bénéfice.

Newt s'était tué à la tâche. Graves l'avait épaulé du mieux qu'il pouvait, mais tout le mérite lui revenait. Il avait pris cette cause à cœur, jusqu'à se mettre en danger à maintes reprises. Et par ce que le directeur américain comprit n'être que pure fierté, dédain et arrogance, le ministre se permettait de refuser son aide ? Évidemment. Graves aurait dû s'en douter. Si Picquery et lui avaient réussi à s'entendre, c'était probablement qu'ils partageaient le même orgueil irrationnel.

Ce fut au bout de deux bonnes heures de négociations où Newt se démenait en négociant avec ce que Graves crut être un mur plus qu'une audience qu'il décida de prendre les choses en mains.

« Le jour où Grindelwald franchira les frontières fragiles, voire même inexistantes de votre pays et qu'il décimera tout ce qui se trouvera sur son chemin, que ferez-vous ? Vous réunirez une audience qui ne daigne même pas d'écouter ses différentes parties ? Une audience partiellement vide, alors que vos consultants ne sont payés que pour faire acte de présence, Sir Fawley ? » Sa voix était calme, mais son ton sec et tranchant.

« Sir Graves, vous ne… »

« J'ai repris mes positions. J'ai, de ce fait, ma place à cette table puisque nous discutons d'un incident diplomatique et la sureté des civils sorciers et non-maj'. N'oubliez pas que mon poste de directeur me donne également la fonction d'ambassadeur. » Newt s'était arrêté de respirer depuis que l'américain avait ouvert la bouche pour qu'ils ferment la leur. Et Merlin, ce qu'il faisait ça bien.

L'anglais ne put s'empêcher de sourire en coin, baissant subitement la tête pour que personne ne rencontre l'amusement sur son visage. Il n'avait jamais été vraiment respecté dans son genre. À Poudlard comme dans la vie active, même après avoir sauvé New York, on n'avait jamais cessé de le regarder de haut, avec cette pointe de mépris et de suffisance qu'il commençait à connaître par cœur. C'était toujours le même regard, dissimulé sous des mots parfois durs, parfois hypocrites. Mais les apparences ne changeaient pas, même quand ils faisaient de leur mieux pour les estomper.

Voir les visages du ministre et de son directeur se décomposer lui procura une sensation d'allégresse qu'il étouffa du mieux qu'il le pouvait. Ni l'un ni l'autre ne se permit la moindre remarque concernant les mots de l'américain. Ce dernier soupira, un sourire apaisé aux lèvres.

« Je suis heureux de voir que nous sommes sur la même longueur d'onde, Sir Fawley. » Il croisa les jambes et se détendit, s'enfonçant un peu plus profondément dans son fauteuil. « Vous allez pouvoir répondre à ma question. »

Le ministre le dévisagea un long moment, et fit mine de chercher quelque-chose dans la paperasse qu'il avait amené avec lui. Travers l'imita, et Newt échangea un regard complice lourd de sens avec le directeur, le remerciant subtilement et silencieusement de son intervention. Au bout de longues secondes passées à chercher une excuse à présenter au directeur américain, Fawley reprit la parole.

« La dernière fois que Grindelwald a été vu, c'était en compagnie de Vinda Rosier et Elliott McVaugh, en pleine capitale Autrichienne. En d'autres termes, loin de nos terres. Chaque fois que ses sbires ou lui ont mis un pied ici, ils ont fini par quitter le territoire au plus vite. Ce qui nous pousse à croire que Grindelwald a peur du professeur Dumbledore. »

Newt releva subitement la tête lorsqu'il entendit le nom d'Albus. Fawley n'avait peut-être pas entièrement raison, mais il marquait un point. Dumbledore et Grindelwald avaient un passé tumultueux, que tout deux aimeraient probablement oublier. L'anglais n'avait pas la moindre idée de ce qu'il restait de ce qu'il pouvait bien rester de cette relation, mais la théorie du ministre n'était pas à jeter.

Et bien évidemment, Travers intercepta sa réaction. Il ne releva pas immédiatement, mais Newt se fit la réflexion qu'il utiliserait probablement cette information hors de son contexte, au moment où il en aurait l'utilité et où elle lui permettrait de prendre l'avantage. Travers était un enfoiré. C'était un fait avéré. Alors le magizoologue n'était même plus surpris par ses coups de poignard, puisqu'il les voyait tous venir.

« Et vous mettez l'avenir de votre peuple et du secret magique international entre les mains de l'une de vos théories absurdes ? » Aïe, pensa Newt. Il pouvait sentir la nervosité et le stress émaner du ministre à cet instant. « Admettez qu'il s'agit là d'un comportement irresponsable, ne trouvez-vous pas ? » Question rhétorique, mais à laquelle Fawley faillit répondre si Graves n'avait pas immédiatement continué sa phrase. « Personne ne vous somme de prendre des mesures radicales, même si c'est ce que je ferais à votre place. Nous parlons de prévention. Même si la mixture de Scamander ne sert pas ses fonctions premières et ne permet pas d'arrêter Grindelwald, elle rendra vos aurors plus puissants. »

Percival Graves siégeait au conseil de la Confédération internationale des sorciers. Et alors même qu'il n'avait pas utilisé cet argument pour appuyer son discours, il s'agissait pourtant de celui qui fut le plus convaincant. Parce que le directeur américain n'avait pas besoin de le leur rappeler. Si jamais la Confédération apprenait que Fawley avait refusé une mesure de prévention pour assurer la sécurité de son pays, il perdrait probablement sa place de ministre sans chance d'être réélu. Et maintenant que Graves avait décidé de mettre un grain de sable dans leurs rouages parfaitement huilés, il n'avait plus le choix. Il devrait plier le genou. Comme l'avait fait Picquery avant lui.

Percival Graves était puissant et surtout, il cachait bien son jeu. Ses airs durs et son caractère ferme étaient une chose, mais sa langue de serpent et ses compétences en persuasion et en négociations étaient à toutes épreuves.

Mais il y avait une chose dans laquelle Percival Graves excellait : Tous les faire taire.

« Bien. Mais à une seule condition. »

Newt retint sa respiration à cet instant.

« Vous serez les premiers à tester la mixture. Et une fois cela fait, nous reconsidérerons cette proposition. La séance est levée. » Le ministre ne leur laissa pas le choix. Mais Graves ne fit aucun commentaire supplémentaire. Il avait obtenu ce qu'il voulait et c'était amplement suffisant pour le moment.

Tous quittèrent la salle, un par un. Newt sortit en dernier, pour tomber nez à nez avec le directeur américain qui l'attendait à la sortie. Ses épaules s'affaissèrent, son corps mêlait épuisement et soulagement à cet instant. Grâce au charisme de Graves, il avait réussi à obtenir ce dont il avait besoin. Il ne manquait plus qu'un bon moyen de prouver que sa potion pouvait fonctionner et il saurait l'Angleterre un peu plus sereine avant de retourner aux États-Unis.

Son regard s'arrêta sur l'homme devant lui et il chercha ses mots.

« Merci, je… C'était… C'était impressionnant. » Admit-il, un demi-sourire aux lèvres.

Recevoir des compliments n'était pas quelque-chose que Graves appréciait, mais il fit un effort compte tenu de la personne dont venait l'éloge. Il hocha silencieusement la tête dans un sourire réservé et s'avança dans les couloirs pour reprendre sa route. Il était conscient que le chemin était encore long, mais savoir que le ministère anglais ne se mettrait plus en travers de leur chemin était déjà une bonne chose de faite.

Scamander avait implicitement proposé à Graves de séjourner chez lui pendant les quelques jours qu'ils passeraient sur le sol anglais avant de retrouver les murs froids du MACUSA qu'il aimait tant.

Une proposition que Graves avait accepté sous certaines conditions, et l'une d'entre elle fut d'éloigner n'importe quel niffleur qui vivait ici des scorpions de son col. À la fois parce qu'ils tenaient aux boutons en question et parce qu'il n'avait pas envie d'être de nouveau interrompu. Mais la deuxième raison passa probablement sous le nez du magizoologue. Le directeur ne sut pas exactement si cet oubli était volontaire ou non et préféra ne pas y penser. L'heure n'était aux jeux de mots.

La potion ne fut pas bien longue à concocter. Comme Newt l'avait déjà expliqué plusieurs fois à l'américain, la poudre se suffisait à elle-même et n'avait besoin que d'un diluant pour la transporter dans le corps du concerné.

Quand l'anglais revint vers Graves avec une fiole remplie d'une mixture qui portait toutes les couleurs possibles, il arqua un sourcil. Il ne s'était pas imaginé que cette dernière serait aussi rapide à produire.

« Il ne reste plus qu'à l'essayer et j'imagine que nous pourrons délivrer notre preuve au ministère. » Newt décapsula le récipient pour l'amener à sa bouche et Graves se redressa subitement.

« Il en est hors de question. Vous vous êtes déjà assez mutilé avec ces expériences pour jouer les cobayes de nouveau. » Il sortit de son fauteuil et tendit sa main au magizoologue. « Donnez-moi ça. »

« Je vous demande pardon ? » Siffla Scamander, visiblement réticent à l'idée que Graves soit celui qui en pâtisse.

« Vous m'avez très bien entendu. » Il ne se répéta pas, et l'anglais le fusilla du regard.

« Non. Vous en avez déjà suffisamment fait pour moi et je ne veux pas que vous… » Mais il fut interrompu par un sort d'« Accio », qui tira la fiole vers la paume de la main du directeur, entraînant avec elle le magizoologue tout entier qui traîna sur le parquet. « Qu'est-ce que… »

Graves se saisit du contenant en verre de sa main libre et ne rompit pas une seule seconde le contact visuel avec Scamander, qui ne semblait pas non plus vouloir lâcher. Obstiné et têtu, se souvint-il.

« Scamander. Laissez-moi m'en occuper. Vous avez besoin de repos, et si jamais la potion ne marchait pas comme vous le pensiez, je ne veux pas que vous vous retrouviez avec cette charge-là en plus. »

Le concerné roula des yeux, absolument pas convaincu par la tirade de l'américain et soupira.

« Bien entendu. Il est sûrement préférable que le sorcier le plus puissant de tout ce fichu pays soit affaibli, comme ça, si Grindelwald prépare une offensive en sachant que nous sommes isolés ici, je pourrais l'empêcher de détruire Londres à moi tout seul. Un plan vraiment bien ficelé, Sir Graves. »

Visiblement, son arrogance et son insolence étaient contagieuse. Plus il passait de temps avec Scamander, plus il se demandait si l'anglais cachait simplement bien son jeu et avait toujours été ainsi ou bien s'il était celui qui avait influencé son comportement pour en faire un tel impertinent.

« Premièrement, je ne suis pas le sorcier le plus puissant du pays, étant donné qu'Albus Dumbledore est… »

« Oh Merlin par pitié, épargnez-moi cette partie-là. » L'interrompit-il.

Graves fronça les sourcils et soupira d'exaspération avant de reprendre.

« Et deuxièmement… » Il marqua une pause et tenta un sourire désolé. « Actuellement, je ne me soucie pas de Londres mais de votre santé, Scamander. Alors, s'il vous plaît, laissez-moi faire. »

Les doigts de l'anglais se détendirent presque instantanément, et le directeur profita de ce moment de faiblesse pour s'emparer de l'objet et le faire disparaître.

« Et vous disiez que j'obtenais tout ce que je voulais ? » Railla Scamander, souriant à contre-cœur. « Ayez au moins la décence de l'essayer en bas avec moi. J'ai créé une nouvelle pièce spécialement pour cette potion. »

L'américain désigna l'entrée qui menait vers le sous-sol aménagé de sa main libre.

« Après vous. » Évidemment, il ne se risquerait pas à laisser Scamander marcher à ses côtés et lui dérober l'objet de sa convoitise.

Alors ce dernier s'exécuta, visiblement exaspéré par son comportement mais cela, Graves s'en moquait. Il essuierait les remarques désobligeantes de l'anglais si besoin en était mais ne céderait pas cette fois-ci. Il avait envie de lui montrer qu'il pouvait être celui qui lui rendait service de temps en temps – tout comme il avait pu le faire dans le bureau de Fawley plus tôt.

Il avait arrêté de compter le nombre de fois où le magizoologue lui avait sauvé la mise, l'avait tiré de situations délicates et ce, sans même se soucier du fait qu'il mettait sa propre vie en jeu. Finalement, en gardant ses distances avec l'anglais, il ne le protégerait pas seulement de l'extérieur mais aussi de lui-même. Scamander semblait dévoué à sa cause et n'hésitait pas à se mettre en danger pour lui. C'était stupide. Graves ne voulait pas de ça.

Mais il chassa ces pensées-là de son esprit en descendant les marches. Il s'était promis de ne plus se montrer trop protecteur, alors il devait impérativement cesser de cogiter ainsi.

La salle vers laquelle l'anglais l'avait conduit était grande et blanche du sol au plafond. Il arqua un sourcil. Créer une telle pièce était un jeu d'enfant, il ne comprit pas exactement ce que Scamander voulut alors dire par « pièce conçue pour la potion ».

Ce dernier nota l'incompréhension dans son regard et lui fit signe de patienter quelques secondes. Il apposa son pouce et son index sur le bout de sa baguette et la seconde d'après, tira un fil de cette dernière tissé dans une magie dorée. Quand il eut terminé, le fil recouvrit sa main, il frappa cette dernière contre le sol et tout sembla prendre vie.

« Buvez. » Ordonna-t-il, comme soudainement pressé par quelque-chose qui ne s'était visiblement toujours pas révélé.

Mais le directeur s'exécuta sans broncher. Le liquide fut d'abord glacial sur sa langue, mais à l'instant même où il descendit dans sa gorge, Graves sentit comme de la lave en fusion le décimer de l'intérieur. Jamais un alcool ne l'avait autant brûlé en l'ingérant. Il fut pris de multiples frissons qui résultèrent en un spasme incontrôlable. Si bien qu'il dût baisser la tête et fermer les yeux pour ne pas s'évanouir.

Mais quand il rouvrit ces derniers, la salle avait entièrement changé. Il se trouvait désormais dans un décor sombre, enfermé entre des murs de briques noirs.

« Souvenez-vous d'une chose, il est incapable de vous tuer et il n'est pas réel, mais vous poussera à bout. » Lui intima alors Scamander, qui se trouvait encore à ses côtés. « Bonne chance. » Reprit-il, posant une main sur son épaule dans la foulée avant de transplaner là où il ne pouvait plus le voir.

« Scamander ? » Graves chercha l'anglais des yeux, en vain. « Vous allez finir par m'expliquer ce que vous… »

Il fit volte-face, mais la silhouette qu'il rencontra ne fut pas celle du magizoologue. Et la vue de cette personne toute particulière lui fit serrer sa baguette d'autant plus fort.

Scamander était visiblement monté d'un cran sur l'échelle de la sournoiserie et de la ruse. Il n'avait jamais sous-estimé ses capacités, mais il ne s'était pas imaginé une seule seconde que ce dernier irait jusqu'à matérialiser un double de sa personne face à lui.

Il aurait dû le voir venir.

Le sorcier en face de lui se contenta de lui sourire avant de pointer sa baguette vers lui. Une onde de choc s'échappa de cette dernière et fit perdre l'équilibre à l'américain, qui tomba quelques mètres plus loin. La puissance qui émanait de son clone était similaire à la sienne mais ne le heurta pas le moins du monde – après tout, comme l'avait spécifié Scamander, ce dernier n'était pas réel.

Lorsqu'il se reprit en main, Graves transplana à la droite de son alter-ego et asséna un coup à ce dernier dans le dos avant de braquer sa baguette derrière sa nuque pour y lancer un sort de « Depulso » qui envoya sa réplique valser plusieurs mètres devant lui. Le choc fut tel qu'il entendit les os se briser au moment où le sortilège le toucha. Alors lorsque son double se releva sans le moindre signe de fatigue ou de douleur, le directeur se fit la réflexion que l'anglais ne l'avait pas épargné.

Après tout, cet alter-ego était là pour qu'il teste la puissance que lui allouait la potion. Alors s'il ne craignait pas la moindre douleur, Graves ne se gênerait pas.

La seconde qui suivit, il écarta les doigts de sa main et poussa une forme invisible dans la direction de son assaillant à l'aide de cette dernière, qui se souleva instantanément du sol, jusqu'à flotter dans les airs. Il ne pouvait plus manquer sa cible à présent.

Il ramena sa main libre sur sa baguette et sembla charger quelque-chose, un sortilège qui rendit sa baguette et ses paumes fumantes, qui brilla jusqu'à former une sphère au bout cette dernière. Quand Graves décida de relâcher la puissance qu'il contenait, un jet de flammes jaillit, calcinant entièrement le corps qui se tenait devant lui et laissant une trace noire sur son passage. Le feu était si chaud que seul le bout de ses flammes fut de couleur orangée. Le reste demeura dans un bleu violacé qui surprit l'américain lui-même. Lorsqu'il jeta un œil à ses mains, il sentit les brûlures cloquées sur l'intérieur de ces dernières. Mais l'adrénaline l'empêcha de se rendre immédiatement compte de la douleur, et d'aussi petites brûlures pourraient être soignée a posteriori.

Et aussitôt fut-il parti en fumée, que son double réapparut non loin. Ce combat était loin d'être fini, il avait probablement d'autres sorts à essayer.

Une longue heure passa, où le directeur se vida littéralement de toute son énergie, le front couvert de sueur et pantelant tant l'effort semblait le consumer. Pourtant, il savait pertinemment qu'il n'aurait jamais été capable de fournir autant de magie s'il n'avait pas été sous l'effet de la potion. Les sorts que son homologue répliquait étaient puissants mais ne l'affectèrent jamais plus que ça. Alors il enchaîna, allant jusqu'à tapisser la pièce de son propre « faux » sang – en quelques sortes, déchirant, mutilant, transfigurant, propulsant son double qui revenait sans cesse à la charge.

« Comment est-ce que je l'arrête pour de bon ? » Demanda-t-il à bout de souffle dans le vide, espérant que Scamander l'entendrait et lui répondrait.

Aussitôt, l'anglais apparut à ses côtés, un sourire au coin de ses lèvres.

« Avec un sortilège de « Ridiculus ». »

Graves écarquilla les yeux.

« Vous vous foutez de moi ? » Il se racla la gorge, toujours haletant mais s'efforçant de reprendre contenance pour son image. Avant de reprendre, il appliqua le sort en question et son double s'envola. « Il s'agissait d'un épouvantard depuis le début ? »

L'anglais se frotta la nuque, gêné par son propre geste.

« Je suis désolé. J'étais persuadé qu'il s'agirait de Grindelwald. » Avoua-t-il.

Le directeur ne lui répondit pas, ne trouvant pas le même courage que lui. Il ne l'admettrait pas, mais Graves aurait également cru que s'il lançait un sort d'épouvantard, il tomberait nez à nez avec le mage noir. Mais la présence de son double fut particulièrement déconcertante. Et l'américain ne trouva pas la moindre logique dans une telle vision. Il n'avait pas peur de lui-même. Au contraire, il se savait confiant, il se savait implacable et téméraire. Il n'était pas son pire ennemi.

Ou tout du moins, telle fut son impression. Il devait désormais se faire à l'idée qu'il avait eu tort sur toute la ligne.

« J'ai réussi à capturer suffisamment de preuves pour Fawley. Tout est dans mon salon, si vous voulez y jeter un œil. » Tenta-t-il pour changer de sujet, et dans son bon jour, Graves ne releva pas cette tentative et alla dans son sens.

Scamander n'était pas du genre à jouer avec les faiblesses des autres. Alors quand bien même il avait désormais accès à cette partie très personnelle du directeur, ce dernier ne l'utiliserait jamais contre lui. Il se savait parfaitement incapable de faire une telle chose.


Le ministre ne pouvait pas inlassablement continuer de contester tout ce que Newt Scamander lui proposait. Alors lorsque Graves, sa bonne dose de persuasion et les photographies mouvantes lui avaient été apportées, il avait accepté que Newt transmette la recette et les ingrédients nécessaires à ses alchimistes pour renforcer ses aurors. La potion se présenter sous forme de petites ampoules qu'il suffisait de briser avec ses dents. Le processus n'était pas agréable mais le verre de l'ampoule était étudié pour disparaître à l'instant même où il n'était plus unifié. Et ainsi, transporter de petites doses était plus facile et l'absorption plus rapide.

« Vous tombez bien. » Finit-il par dire, après avoir signé la montagne d'autorisations qui concernait la nouvelle mixture. « Vous allez pouvoir faire votre premier essai sur le terrain. »

Graves échangea un regard perplexe avec Scamander, qui ne sembla lui-même pas franchement comprendre ce que le ministre lui voulait à cet instant. Alors le directeur prit de nouveau la parole.

« Vous vous méprenez. Nous rentrons sur le sol américain. » Il croisa les bras, la posture et le regard droits.

Fawley lui sourit. Il inspecta sa baguette pour se donner un air désintéressé avant de reprendre.

« Elliott McVaugh est venu faire payer leurs dettes à ceux qui l'ont trahi et que les sœurs Goldstein ont laissé ici, sans aucun moyen de se défendre, sans même prendre la peine de bien mettre en lieu sûr ceux qu'elles avaient secouru à bord du 1899. » Newt entrouvrit les lèvres et ses pupilles s'élargirent. « Je ne sais rien à propos des deux moldus, mais il en a après la femme serpent en ce moment-même. Votre frère et sa fiancée sont déjà partis en repérage, mais je m'étais dit que vous souhaiteriez probablement leur prêter main forte. Vous semblez être constamment pendus aux plans de cet homme. Mais peut-être me suis-je trompé ? »

Graves verrouilla son regard, plus sombre que jamais, à celui du ministre qui ne sembla pas se défiler cette fois-ci. Fawley avait attendu tout ce temps pour les informer de la menace. Et Newt le détesta un peu plus qu'avant. Il devina que la personne dont ce dernier parlait était Nagini, une femme Maledictus que Tina et Queenie avaient rencontrée à bord du navire et qui leur avait permis de s'infiltrer plus facilement.

Et aujourd'hui, Fawley était prêt à sacrifier cette dernière au profit d'une joute verbale, dans le seul et unique but d'avoir raison face au directeur américain qui l'avait déjà humilié plus d'une fois.

« Où sont-ils ? » Reprit Graves, qui essuya l'arrogance du ministre sans sourciller.

« J'ai beaucoup de travail, Sir Graves. Trop pour m'occuper du statut de mes aurors. Si vous voulez plus d'informations, cherchez auprès de Travers. » Il délia ses mains posées sur son bureau pour poser un doigt sur son menton, la mine pensive. « Mais il me semble me souvenir que le directeur est déplacement. Je crains que vous ne devriez malheureusement vous débrouiller par vous-même. »

Newt sentit la tension de l'homme qui se tenait à ses côtés raidir ses épaules, descendre dans son bras et lui faire serrer le point. Il posa une main innocente dans le creux de son dos pour lui demander implicitement de garder son calme. Comme il l'avait déjà mentionné avant, le flegme de Graves avait ses limites et Fawley prenait un malin plaisir à s'amuser avec.

« Jouer avec la vie de vos hommes est une faute grave. Mais je n'ai que faire de dénonciations, vous finirez par courir à votre perte seul, Sir Fawley. » Il tourna les talons et fit signe à l'anglais de le suivre.

Newt s'exécuta sans broncher. Il croisa le regard reconnaissant du directeur, qui savait qu'il lui avait fait éviter une catastrophe diplomatique.


Theseus ne fut pas bien difficile à retrouver. Leur bref détour au bureau des preuves avait fini par les mener vers l'auror en chef. Et le lot d'informations qu'ils reçurent de sa part fut… Chaotique. Pour une fois, Newt aurait largement préféré avoir été confronté à Travers plutôt qu'au ministre lui-même, car Fawley s'était bêtement contenté de lire ce que les rapports lui disaient. Clairement, il ne s'occupait absolument pas de près ou de loin des directives qu'on imposait à ses hommes.

Nagini avait en fait été placée sous surveillance depuis son arrivée en Angleterre, sous la demande de Queenie – qui avait été acceptée. Les deux moldus avaient également réussi à être rapatriés. Newt fut soulagé par la chose, et ne fut pas plus étonné que ça. La blonde était une femme de parole et si elle avait promis à ces derniers qu'ils trouveraient la paix, elle serait allée jusqu'au bout de ses possibilités pour leur rendre une vie correcte.

Le problème avec McVaugh était donc bien différent que ce qu'ils avaient pu s'imaginer. L'appartement surveillé où séjournait Nagini avait été ouvert par effraction et depuis ce jour, personne n'avait retrouvé cette dernière. Theseus leur confia qu'il avait réussi à tracer sa signature magique jusqu'à un certain point mais arrivé sur les lieux, il ne vit pas la moindre trace de l'objet de ses recherches.

Sans aucune forme d'hésitation, Graves et Newt se portèrent volontaires pour les aider dans leurs recherches. Et le lieu dont l'auror avait parlé plus tôt s'avéra… Particulièrement vide. Ni le directeur, ni le magizoologue ne furent capable de capter quelque-chose.

« Et si… » Osa Leta, hésitante. « Et s'il l'avait tuée ici ? »

Un frisson désagréable parcourut la colonne vertébrale de l'anglais.

« Il y aurait du sang. Quelque-chose. Je ne sais pas vraiment quoi, mais je suis sûr qu'il aurait laissé une trace. » L'auror haussa les épaules. « Il aurait brûlé son corps, l'aurait enterrée quelque-part. Nous aurions pu tracer sa propre signature, mais hélas cette dernière s'arrête également ici. »

Graves entrouvrit les lèvres et prit une grande inspiration, comme si quelque-chose venait tout juste de germer dans son esprit. Sans prévenir, il sonda de nouveau les environs les surprenant avec l'onde qui s'étendit autour d'eux.

« Enterrée, peut-être bien. » Déclara-t-il à l'attention de Scamander aîné. « Mais pourquoi l'aurait-il fait ici, en plein milieu de la ville, et surtout, pourquoi se serait-il enterré avec elle ? »

Theseus arqua un sourcil, visiblement déconcerté par la question du directeur.

« Que voulez-vous dire ? »

« Vous aviez raison. McVaugh et Nagini ont été ici. Mais ils ne sont pas partis bien loin, leur signature descend plus bas. » L'auror hoqueta de surprise tandis que Graves essaya de visualiser ce qui pourrait bien se trouver plus bas que terre. « Ils sont probablement dans les égouts qui se trouvent sous nos pieds. »

Newt comprit que le temps manquait et essuya la question que Theseus s'apprêta à poser en tendant son propre bras. Tous comprirent le geste et attrapèrent ce dernier pour transplaner et la seconde suivante, ils se trouvaient six pieds sous terre face à ceux qu'ils cherchaient depuis quelques heures déjà.

« Il t'a sauvé la vie, il t'a recueillie quand ils voulaient tous faire de toi une bête de foire. Est-ce une façon de le remercier ? Petite ingrate, tu… »

Nagini était au sol, une main devant son visage pour se protéger de la baguette de McVaugh qui était pointée vers elle. Les paroles de ce dernier furent interrompues par les bruits de pas qui résonnaient dans le couloir sombre. Et si la surprise fut la première chose à teindre son visage, il ne tarda pas à remplacer cette dernière par un sourire carnassier.

« Tu as appelé à l'aide ? » Demanda-t-il à la Maledictus d'une voix douce avant de saisir son menton. « Mais ils arrivent un peu tard. La fête est finie. »

Sans avoir besoin de faire le moindre effort, il souleva Nagini par le cou, qui essaya de se débattre, mais la magie la maintenait en place. Newt n'attendit pas le feu vert et couru vers eux en pensant que McVaugh essaierait de l'étrangler. Mais la seconde d'après, il jeta cette dernière contre les parois froides et l'anglais entendit un craquement répugnant significatif. Il s'arrêta net, sidéré par le spectacle qui s'offrait à lui.

Nagini était tombée avec une fluidité déconcertante sur le sol, et sa position laissa croire que tous les os de son corps s'étaient brisés sous le choc. Pendant quelques secondes, il fut incapable de bouger, persuadé qu'il était trop tard. Mais Leta ne fut pas de cet avis et prit les devants, courant près de la Maledictus pour lui porter secours. Quand elle fut enfin à son niveau, elle transplana hors des égouts immédiatement pour protéger cette dernière.

Ce fut la voix de Theseus qui le tira de sa pétrification.

« Rendez les armes. Vous ne pouvez plus transplaner et nous sommes en supériorité numérique. Vous n'avez aucune chance. » Fit l'auror, armé de son ton le plus ferme. Il avait profité des quelques secondes d'inattention de McVaugh pour lui apposer un charme qui l'empêcherait de s'enfuir.

Graves, lui, ne s'encombra pas de formalités et de parlote. Puisque le sortilège ne le concernait pas, il transplana derrière le braconnier et lui asséna un premier sort d'« Incarcerem »… Qui fonctionna. L'homme n'avait pas lâché sa baguette pour autant, mais ses mains étaient liées et sa puissance serait amoindrie puisqu'il était privé de mouvements amples et donc de précision lorsqu'il lancerait ses sortilèges.

Ce fut également à ce moment que Leta décida de réapparaître. Theseus s'avança doucement, baguette en main et prêt à répliquer si McVaugh décidait de se montrer plus turbulent.

« Protego ! » Hurla Newt, sans prévenir et un petit dôme protecteur s'esquissa autour de tous ses partenaires. Suffisant pour contrer l'attaque que venait de lancer McVaugh pourtant toujours sous le joug de l'« Incarcerem » que Graves lui avait lancé.

Une vague de flammes qui émana du corps du braconnier s'était répandue dans toute la largeur du couloir. Si Newt avait réussi à voir venir cette dernière, ce fut uniquement grâce à la fumée qui commença à s'échapper des mains de McVaugh. Et tandis que ses boucliers magiques se brisèrent sous le choc de feu, il vit les liens créés par Graves fondre doucement sous la chaleur de ses bras.

« Protégez-vous de nouveau, il va recommencer ! » Alerta-t-il, et la seconde qui suivit, une nouvelle vague parcouru l'immense couloir.

Cette fois-ci, tous eurent le temps de jeter un sortilège de protection autour d'eux, et McVaugh se libéra définitivement de ses liens.

« À mon tour. » Adressa-t-il au directeur, qui avait été le premier à mener une offensive à son encontre. Mais Graves ne chancela pas.

Ce que Newt croisa dans ses yeux fut terrifiant à cet instant. Un regard qu'il n'avait encore jamais vu, quelque-chose qui semblait bouillir à l'intérieur de l'américain et qui ne tarderait plus à exploser. Mais McVaugh était puissant, et Graves ne ressentait plus les effets de la potion. Newt avait quelques doses de secours dans son manteau, mais n'avait aucun moyen d'atteindre le directeur sans se prendre la prochaine vague de flammes. Et celle d'après. Et ainsi de suite.

Alors il devait trouver une solution. Mais le temps lui manquait.

Il y avait une chose qu'il pouvait faire cependant. Échanger ces précieuses secondes avec Graves. Lui se servirait bien mieux de ce temps gagné. Il rompit le sort de protection autour de lui et fit apparaître un champ invisible impénétrable devant McVaugh, qui s'écrasa contre ce dernier. Et à l'instant même où il se retourna pour faire éclater une nouvelle vague de feu autour de lui, Newt annula son précédent charme et lança à nouveau un « Protego » autour de lui, juste à temps.

Graves n'eut pas le temps de s'inquiéter. Lorsqu'il comprit le danger qu'avait pris Scamander pour l'avantager au combat, une forte dose d'adrénaline se déversa dans ses veines, et il frappa d'un éclair puissant le braconnier dans le dos, qui tomba au sol.

C'était son moment, pensa-t-il. Mais quand il lança de nouveau un « Incarcerem » en pensant profiter de ce moment de faiblesse… Les liens moururent, en poussière lorsque le feu s'attaqua à eux. Et McVaugh se redressa, un rire aigu et discontinu s'échappa de sa gorge tandis que les environs brûlaient.

Ce fut à cet instant que Graves comprit. Elliott McVaugh était un pyrokinétiste. Son corps avait la particularité extrêmement rare de résister au feu, et toute la magie liée à ce dernier était plus puissant, ses flammes plus dévastatrices que jamais, brûlant n'importe quelle matière organique ou peu résistante en l'espace de quelques secondes.

C'étaient ces flammes-là qui avaient brûlé les travaux de Kladamanten, rendant ces derniers impossibles à reconstituer. Cet homme était puissant, suffisamment puissant pour faire trembler les mains du directeur lorsqu'il se rendit compte avec amertume que ce combat ne pourrait pas bien se terminer. La soif de sang et la détermination du sorcier qui se tenait devant lui dépassaient l'entendement.

Et il n'était plus sa cible. McVaugh avait jeté son dévolu sur quelqu'un d'autre.

« J'ai toujours rêvé de te tuer de mes propres mains. » Sa voix était rauque, essoufflée, déjà meurtrière alors qu'elle n'était pourtant rien d'autre qu'un son.

Scamander. Scamander était en danger.

Graves et Theseus pointèrent en chœur leurs baguettes vers McVaugh, rompant volontairement leurs sortilèges de protection pour venir en aide au magizoologue qui serait bien vite dévoré par les flammes si aucun d'entre eux ne réagissait à temps. Mais McVaugh les devança.

Un « Incarcerem » s'échappa de sa baguette et vint entraver les deux sorciers, empêchant ces derniers d'utiliser le moindre sort puissant. Theseus avait lâché sa baguette, et Graves ne réussirait pas à se délier avant un moment. Jamais à temps pour sauver l'anglais. Son cœur battait si fort qu'il semblait couvrir chaque son. Les cris de Theseus à l'encontre de son frère, le rire désarticulé du braconnier, les respirations hachées de ses partenaires, les craquements significatifs du feu qui faisait fondre tout ce qui se trouvait sur son passage.

Et une nouvelle vague de flammes se déclencha. Scamander était toujours protégé par ses propres sorts tandis que McVaugh avançait vers lui, mais Graves se rendit compte juste à temps que ce n'était pas le cas de son frère. Le « Protego » qu'il lança couvrit les deux hommes, et le seul regard que l'auror eut le temps de lui lancer fut rempli de détresse et de surprise, mais le directeur ne lui en voulut pas le moins du monde. La reconnaissance, ce serait pour plus tard.

Il fallait empêcher McVaugh de s'approcher davantage de Scamander.

Mais ils étaient dépourvus de leur puissance.

Et Newt sentit son cœur sortir de sa poitrine tandis que le braconnier s'avançait doucement vers lui. Il sortit enfin sa baguette et l'anglais pensa avec effroi que depuis tout ce temps, il ne s'agissait que d'informulés sans baguette. Alors il hurla, lançant chaque sort de protection qu'il avait appris, ses bras fatigués par l'amplitude des sorts qu'il enchaînait depuis trop longtemps maintenant.

Quand les fulgurations ardentes s'abattirent sur les couches de protection, chacune se brisa et l'anglais vit chaque craquèlement comme un compte à rebours vers sa propre mort. Alors il lui restait une dernière chance. Une dernière chance de leur permettre de gagner. Même si lui n'était plus de la partie. Même s'il devait y passer. Il n'aurait pas vécu pour rien, McVaugh n'aurait pas eu raison de lui en vain.

Alors avec les dernières ressources et précieuses secondes qu'il lui restait, il utilisa un sortilège de lévitation pour amener une ampoule de potion vers Graves. Le petit flacon vola assez haut pour ne pas être atteint par les flammes et McVaugh ne sembla pas remarquer ce dernier, trop concentré sur la férocité, la frénésie qui le prenait tandis qu'il s'attaquait à l'anglais, et vint se poser doucement dans l'une des poches de la veste du directeur.

Ce geste ne passa pas inaperçu auprès de l'américain, qui lança exactement le même sort pour mener l'ampoule à sa bouche et faire éclater cette dernière entre ses dents tandis que le liquide incandescent coulait dans sa gorge.

Et le temps s'arrêta.

La dernière protection de Scamander se brisa. Une nouvelle vague de flammes, dont la couleur tirant entre l'orange et le bleu violacé tant elles étaient chaudes naquit du corps du braconnier. Newt eut beau essayer, sans cesse, de reconstituer le bouclier autour de lui, rien n'y faisait. Il n'y arrivait pas. Il n'y arrivait pas. Et d'immenses mains embrasées surgirent du dos de son assaillant, foncèrent dans la direction de l'anglais.

Le tuer de ses propres mains, avait-il dit. Ironique, pensa Newt.

C'était sa fin. Mais il ne serait pas mort pour rien. Il aurait aidé. Il aurait choyé. Il aurait aimé. Graves avait revu ses parents. Il avait découvert une mixture qui permettait de décupler la puissance magique. Sans Graves, peut-être le monde magique n'aurait pas eu sa chance, voulut-il se convaincre. Mais sans lui… Sans lui, c'était différent. Newt avait déjà fait sa part. Il n'était plus nécessaire.

Mais les flammes ne l'atteignirent jamais. À la place, un courant d'air froid le brusqua, le sortit de son état de stase dans lequel il s'était plongé pendant cette seconde symbolique où il avait accepté sa propre mort, pour la deuxième fois de sa vie.

Le repos éternel lui fut arraché par un nouveau sortilège de « Protego » soudain. Et ses yeux eurent tout juste le temps de croiser ceux de Leta lorsqu'il se rendit compte avec horreur qu'elle avait échangé sa vie avec la sienne, lorsqu'il comprit qu'elle avait préféré le protéger lui, plutôt qu'elle-même, lorsqu'il vit les flammes couvrir son corps, consumer jusqu'à la dernière parcelle de sa peau et que sa silhouette fut remplacée par un néant que Newt eut l'impression de sentir en plein milieu de son cœur à cet instant.

« LETA ! » C'était lui, l'assassin. Ce n'était pas McVaugh, pas Vinda Rosier, pas Grindelwald. « Leta… Leta… » C'était lui qui causait le mal sur son chemin. « Leta, s'il te plaît… » Il avait détruit la vie de son frère. Il avait tué son premier amour. « Leta… » Il n'était bon qu'à ça. Semer le chaos, faire hurler Theseus jusqu'à ce que le sang ne se mélange à ses larmes alors qu'il pleurait ce qu'il restait du corps calciné de sa fiancée sur le sol. Implorer à gorge déployée que ces cendres lui rendent ce qu'elle lui avait pris. Ce qui comptait plus que tout pour lui. « Leta… Non… »

Aucun son ne sortit de sa bouche à lui. Seuls les hurlements de Theseus firent écho. Des cris qu'il n'avait encore jamais entendus. Qu'il n'aurait jamais voulu entendre.

Sacrifice sur sacrifice, Newt tuait sur son chemin. Il avait probablement condamné des milliers d'innocents en donnant la Pierre Parlante à McVaugh, et avait causé la fin de Leta Lestrange. Erreur sur erreur, il était plus convaincu que jamais qu'il n'aurait jamais dû s'aventurer dans cette histoire.

La tristesse se bloqua dans sa poitrine, l'empêcha d'éclater en sanglots. Des larmes passives, vides d'émotions et de sentiments roulèrent le long de ses joues mais il demeura muet, incapable d'articuler un moindre mot tant sa respiration erratique lui montrait chaque seconde qu'il manquait bien trop d'air pour se faire le luxe de crier.

À cet instant, tout ce qui l'entourait devint un bruit assourdissant. La voix de son frère, brisée, meurtrie, mortifié, les feulements désespérés qui mourraient dans le vide du couloir, résonnaient jusqu'à atteindre son cœur pour le pétrifier, le rendre insensible. Il n'arrivait pas à bouger, il n'arrivait pas à réagir. Et il se détesta encore plus, il haït ses propres faiblesses et son impuissance à cet instant. Car McVaugh recommencerait et le tuerait. Leta serait morte en vain, par sa faute.

C'était sous-estimer Percival Graves, qui n'avait pas laissé le temps filer entre ses doigts. À peine la potion avait-elle fait effet, qu'il se délivra de son entrave et la bourrasque qu'il fit sortir de sa baguette éteignit toutes les flammes autour de lui dans un seul et unique souffle, si puissant qu'il balaya Scamander, l'éloignant de McVaugh et fit basculer son frère en arrière.

« Je n'ai pas dit mon dernier mot. » Le directeur s'avança. Sa démarche était droite, inébranlable et il parut si résolu à cet instant que même McVaugh s'en montra décontenancé.

Et alors que le braconnier s'apprêta à dire quelque-chose, Graves leva sa baguette vers le ciel. Un éclair blanchâtre jaillit, toucha les parois du conduit et recouvrit du sol au plafond ce dernier. Chaque pas qu'il fit après cela provoqua une onde de choc qui fit trembler l'entièreté du réseau d'égouts dans lequel ils se trouvaient tous.

« Je préfère mes proies vivantes et tumultueuses. » Murmura-t-il alors que de nouvelles flammes s'échappèrent de sa baguette et de son corps.

Mais de nouveau, Graves lança un sort qui balaya la moindre incandescence que l'homme oserait lancer à son encontre. Jusqu'à ce qu'il soit suffisamment proche.

« Expelliarmus ! » Hurla-t-il.

Et sa baguette s'envola jusqu'à retomber dans la main du directeur après un « Accio » informulé parfaitement anticipé. L'« Incarcerem » qui suivit fut plus puissant que tout ceux qu'il avait lancé dans sa vie, lorsque des mètres entiers s'extirpèrent de sa baguette et vinrent contraindre McVaugh de se rendre, serrant jusqu'à en devenir douloureux pour le sorcier.

Mais Graves n'avait que faire de la morale à cet instant. Et il le prouva tout particulièrement quand il entrouvrit de nouveau ses lèvres pour en finir avec McVaugh dans un murmure.

« Imperium. »


Je vais pas dire que je suis désolée... Parce que je le suis pas vraiment ahah. (j'aimais beaucoup Leta, ceci dit, mais il fallait que ça arrive)
Mais j'espère que vous ne m'en voudrez pas trop ! N'hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé. À Samedi prochain !