Harry courut derrière Hamilton. La salle de réunion se trouvait à la base de la flèche administrative, autrement dit deux étages sous sa chambre, mais il fallait suivre une nouvelle fois un véritable labyrinthe pour y accéder. Plus il avançait et plus il se demandait quelle pouvait être la meilleure défense de la prison.
Des conditions de vie qui pouvaient tuer un homme rapidement, sinon le voir dépérir un environnement isolé par les forces de la nature même ou un dédale de couloirs qui faisaient perdre un temps considérable à tout prisonnier susceptible de s'enfuir. Tout cela avait un côté oppressant, qui accentuait cette sensation de désespoir qui émanait des murs du pénitencier.
Ils arrivèrent enfin devant la salle. Hamilton ouvrit la porte et le laissa entrer, refermant ensuite derrière lui. La salle de réunion était relativement vaste par rapport aux autres pièces que Harry avait vues jusqu'à maintenant : elle était circulaire et prenait tout l'espace de l'étage.
Des meurtrières permettaient de voir l'extérieur – où le déluge régnait toujours –, mais la principale source de lumière était les innombrables lanternes le long des murs et au plafond. On y voyait comme en plein jour. En outre, la chaleur dégagée par ces lanternes et la cheminée à l'opposé de l'entrée, rendaient la température bien plus agréable qu'à l'extérieur. Une unique table rectangulaire pouvant accueillir une dizaine de personnes et les chaises autour, constituaient les seuls meubles de la pièce. À côté de la chaise la plus proche, se tenait Kontschak en personne.
Il était debout, se dressant fièrement comme le laissait entendre son statut. Il tenait de sa main droite le sceptre de Mulcahy, qu'il exhibait tel un trophée. C'était la première fois que le sorcier le voyait enfin, du moins d'aussi près. Ce fut également à ce moment qu'il remarqua que la créature le dominait d'une bonne tête. Ses yeux couleur ambre avaient toujours ce même éclat : une infinie violence dissimulée derrière une sagesse tout aussi grande.
Le Roi des Vampires arborait un sourire qu'il voulait accueillant, mais le jeune Auror ne se leurra pas : il se tramait quelque chose. Il l'avait tout de suite senti et la façon dont se tenait l'invité ne faisait que confirmer ses pensées.
« Harry Potter, nous voilà de nouveau face à face. Sauf que cette fois-ci, vous noterez que les conditions sont nettement plus amicales.
— Je ne me fais aucune illusion sur les raisons de votre venue ici, certifia Harry. Que cachez-vous ?
— Toujours aussi incisif, déplora le Vampire. Je pensais que votre petit séjour en Roumanie vous aurait appris les bonnes manières.
— Vous m'excuserez de ne pas retenir mes leçons lorsqu'elles me sont inculquées par la torture plutôt que par l'éducation.
— La torture peut être une forme d'éducation », confia calmement Kontschak, affichant toujours son grand sourire. « Tout dépend de ce que vous entendez par ces deux mots. Le monde n'est ni noir, ni blanc…
— Il a toute une nuance de gris, oui, je sais, s'impatienta le jeune sorcier.
— Vous savez donc qu'un même mot peut vouloir dire plusieurs choses, tout dépend l'intensité qu'on y met. »
Harry et le Vampire restèrent face à face encore quelques secondes, dans le plus grand silence. Par les ouvertures dans les murs, on entendait la tempête qui rugissait encore et encore, toujours avec la même force et sans donner l'impression de vouloir faiblir.
« Asseyons-nous donc, proposa Kontschak. Nous pourrons discuter plus efficacement en étant confortablement installés.
— Je n'ai nullement envie de discuter avec vous, rétorqua Harry en restant debout.
— Et pourtant, vous avez répondu à mon invitation, Harry Potter.
— Je pensais qu'il serait plus respectueux de venir vous dire moi-même de ficher le camp d'ici, et vos sujets avec, railla le jeune sorcier.
— Que voulez-vous dire ? s'enquit le Roi des Vampires.
— Ne me faites pas croire que vous êtes venu ici seul. »
Kontschak le regarda droit dans les yeux avant de rompre le contact et baisser la tête. Un léger rire se fit entendre. Un rire blasé, mais terriblement glacial aux oreilles de Harry.
« Vous êtes intelligent, Harry Potter. Votre comportement peut laisser croire le contraire, mais vos choix l'affirment haut et fort.
— Ce sont nos choix qui font ce que nous sommes, bien plus que nos différences.
— Albus Dumbledore était un grand homme, admit Kontschak dans un murmure. Il doit être fier de constater que vous lui restez toujours fidèle et prenez soin d'appliquer ses leçons avec le plus de sérieux possible.
— Vous n'arriverez jamais à la cheville d'Albus Dumbledore, assura Harry.
— En effet, concéda le Vampire. Je suis déjà à l'épaule et j'aspire à le surpasser un jour.
— Vous essaierez, mais vous échouerez aussi sûrement que vous avez échoué à récupérer le sceptre par vos propres moyens, insista le jeune Auror.
— Nous n'avons jamais cherché à récupérer le sceptre par nos propres moyens », révéla alors posément Kontschak.
Le sang de Harry se glaça dans tout son organisme et il crut même que son cœur rata un battement. Que voulait dire son interlocuteur sanguinaire ?
« Bien sûr que si, objecta-t-il, vous avez déclaré une guerre pour le récupérer.
— Je n'ai rien déclaré du tout, se défendit la créature magique. Le sceptre a été volé à mon prédécesseur, mais cela était prévu depuis longtemps.
— C'est-à-dire ? Pourquoi ne pas avoir empêché les Mangemorts de le voler alors ?
— Car je l'ai voulu, dévoila Kontschak en levant de nouveau le regard vers Harry, le transperçant de part en part.
— Vous… vous l'avez voulu…
— Vous souvenez-vous de ce que je vous ai dit à propos du sang humain, Harry Potter ? questionna le Roi des Vampires. Il n'est rien de plus dangereux pour nous. Et pourtant, rien n'est meilleur. Un cruel dilemme, n'est-ce pas ? Je crois savoir qu'Albus Dumbledore disait souvent que les hommes avaient le chic pour désirer ce qui les fait le plus souffrir. Il avait parfaitement raison. Les Vampires sont des hommes à la base et désirent, eux-aussi, ce qui les fait le plus souffrir.
— Vous partez en délire, constata Harry.
— Bien au contraire, Harry Potter, je suis parfaitement sain d'esprit, assura la créature magique. Notre peuple est enchaîné à un puissant sortilège qui nous est impossible à briser. En revanche, les sorciers peuvent le briser en détruisant simplement ce sceptre. Mais quel serait le sorcier assez fou pour nous libérer ?
« Il le fallait, cependant, monologua-t-il. Nous devons être libérés de nos chaînes pour pouvoir pleinement profiter du pouvoir du sang humain. Notre peuple ne cesse de s'accroître et, par la même occasion, de se corrompre. Certains Vampires ne chassent même plus, se contentant du sang prélevé sur des carcasses fraiches. Il fallait épurer notre peuple. Et pour cela, rien ne vaut le sang humain : facilement accessible et redoutablement efficace. D'où la nécessité de rompre le sortilège contenu dans ce sceptre.
« C'est là que mon plan débute, exposa Kontschak. J'ai pris contact avec les Mangemorts afin que ceux-ci profanent notre demeure et y dérobent notre plus grand trésor pour le détruire. Une fois cela fait, nous pourrions alors lancer une vague mortelle sur les hommes. Le vol du sceptre affaiblissant le Roi des Vampires, mon prédécesseur était condamné. Il me suffisait donc d'attendre et de prendre sa place, pour ensuite prendre les commandes de notre Clan et le mener au combat. »
Harry le regarda comme s'il s'agissait d'un fou furieux, ce qu'il était par certains abords. La sagesse avait disparu de son regard, remplacée par la folie meurtrière et la soif de pouvoir. Kontschak se dévoilait sans détour. Il préparait sans doute quelque chose.
« Mais pourtant, tenta le jeune Auror pour gagner du temps, vous avez tout fait pour qu'on récupère le Sceptre. Vous nous avez posé un ultimatum…
— Mon prédécesseur a posé un ultimatum, rappela le Roi. Moi, je n'ai fait que le suivre afin de dissimuler mon plan aux yeux des sorciers, mais aussi à ceux de mon peuple. Car, l'ignorez-vous peut-être, mais la planification de la mort de Vampires est condamnée par la peine capitale. Je ne pouvais me permettre d'être démasqué.
— Vous m'avez torturé pour vous dévoiler où se trouvait le sceptre. »
Mais Harry s'arrêta net. Il se remémora ces heures douloureuses et entendit alors la voix de son tortionnaire, comme un écho lointain :
Je vais répéter ma question : où se trouve le Sceptre de Mulcahy ?
Où se cachent les voleurs du Sceptre ?
Où se cachent les Mangemorts ?
Nous savions que les Mangemorts avaient volé le Sceptre et nous savions qu'ils l'avaient avec eux !
Où les Mangemorts ont-ils caché le Sceptre de Mulcahy ?
Où ?
Où ?
Où ?
Et la vérité lui éclata au visage. Jamais Kontschak ne lui avait demandé qui avait volé le sceptre. Sa question avait toujours porté sur la localisation, jamais sur les voleurs.
S'il disait vrai et qu'il avait vraiment commandité le vol de l'artefact, alors sa venue ici ne présageait rien de bon. Comment prévenir les autres sans alerter le Roi des Vampires ?
« Vous commencez à comprendre, constata celui-ci. Je sais ce que vous vous dites : si je viens ici tout vous déballer, c'est que je prépare quelque chose. Et vous avez parfaitement raison : mon plan n'est pas terminé. Cette discussion n'est pas anodine. Tout cela fait partie du plan.
— Que voulez-vous dire ? s'inquiéta Harry.
— J'ai effectivement essayé de récupérer le sceptre, concéda Kontschak. D'une part pour garder la confiance de mes sujets, mais aussi parce que j'ai réalisé que les Mangemorts ne l'avaient tout simplement pas détruit. Au contraire, ils avaient décidé d'utiliser un de ses pouvoirs mythiques pour essayer de rendre vie à leur Maître déchu. C'était inadmissible.
« Tout mon plan fonctionnait à merveille, j'avais réussi à déclarer une guerre contre les sorciers sans me dévoiler et j'étais aussi parvenu à en déclarer une nouvelle au sein de votre Communauté afin de la déstabiliser plus facilement. Mais un grain de sable – la vanité humaine – a tout enrayé et j'ai dû intervenir.
« Les Mangemorts devaient payer pour cet affront, sentença-t-il. Nous devions leur faire comprendre leur erreur et, surtout, récupérer le sceptre et trouver un autre moyen de rompre le sortilège. L'occasion s'est présentée avec vous, mais malheureusement vous m'avez échappé au moment où je m'apprêtais à agir. »
Le Roi des Vampires saisit le sceptre, posé contre une armoire. Il le brandit au-dessus de sa tête avant de l'abattre de toutes ses forces sur la table en bois au centre de la pièce. Malgré l'épaisseur de celle-ci, l'artefact la trancha en deux comme du beurre et frappa violemment le sol, qui se lézarda. La relique, quant à elle, n'avait rien.
« Comme vous pouvez le voir, je ne puis briser le sceptre, et ce malgré toute ma puissance, se lamenta-t-il. En revanche, vous, Harry Potter, vous le pouvez. Aussi simplement qu'on brise un verre en le jetant au sol. Prenez-le et essayez. »
Le Vampire tendit le sceptre au jeune sorcier. Celui-ci regarda l'objet de longues secondes, réfléchissant à ce qu'il devait faire. Sans contrôler son geste, son bras se leva lentement et l'attrapa. Il était extraordinairement léger. Encore plus léger qu'une plume. Harry sentit se déverser une puissance enivrante à travers son bras, avant qu'elle ne se répande dans tout son organisme. Il se sentait invincible, immortel.
« Allez-y, détruisez-le », invita Kontschak.
Harry commença à lever le bras, sans savoir pourquoi. Il réalisa qu'il ne contrôlait pas entièrement ses actes. Le Roi des Vampires le contrôlait via le sceptre. Il était tombé en plein dans le panneau. Il se mit à lutter avec toute la puissance de sa volonté, le bras tremblant. Il ne devait pas détruire le sceptre, il ne le fallait surtout pas.
Mais d'un côté, comment savoir que ce n'était pas ça le plan de la créature : faire en sorte que le sorcier refuse de briser l'artefact. Qu'est-ce qui lui assurait qu'il avait la possibilité de réussir ? Qu'il le détruirait effectivement ?
C'est alors que lui revint en mémoire sa discussion avec Hermione, quelques jours auparavant, pour l'anniversaire de Ginny.
C'est une Relique de l'Ancien Temps, perdue depuis longtemps. On la dit indestructible et conférant de grands pouvoirs.
Harry se tourna vers Kontschak, le visage couvert de sueur dû à l'effort qu'il devait produire pour ne pas briser le sceptre. Plus il résistait, plus le sourire de son adversaire découvrait ses dents pointues. C'était un sourire carnassier, un sourire de victoire. Il réalisa alors quel était l'objectif du Vampire et se laissa guider par son corps. Mais une image éclair apparut devant lui, occultant tout le reste : le corps de Ginny, baignant dans son propre sang, une trace de morsure sur la gorge, le regard vide, une expression de peur profonde sur le visage. À côté, un bébé dans des linges imbibés de sang. Et Kontschak qui observait la scène, éclatant de rire.
Cette image lui insinua le doute. Et si tout ça n'était qu'une illusion ? Kontschak jouait-il le jeu pour que Harry détruise le sceptre et libère ainsi les Vampires, condamnant la Communauté sorcière à la nuit ? Non, il ne pouvait pas prendre le risque. Il était trop grand.
Dans un terrible effort, le jeune Auror réussit à poser le sceptre sur la table avant de s'écrouler au sol. Kontschak se leva, reprit son instrument de pouvoir et vint se poster au-dessus du jeune Auror qui ne pouvait pas bouger. Le Roi des Vampires posa un genou à terre et caressa délicatement le front de Harry pour essuyer la sueur.
« Comme vous me l'avez si bien dit, Harry Potter, ce sont les choix qui font ce que nous sommes. Bien plus que nos actes. Vous avez fait votre choix, constata-t-il. Triste dilemme, n'est-ce pas ? Vous ai-je menti en disant que vous pouviez briser le sceptre ? Que se passerait-il si vous ne faisiez pas ce que je vous demandais ? Fallait-il prendre le risque de briser le sceptre ? Est-ce le bon choix ou le mauvais choix ? Seul l'avenir nous le dira.
— Vous… vous êtes… un… connard…
— Je sais. C'est dans ma nature, concéda le Roi des Vampires. Comprenez bien qu'il n'y avait aucun choix gagnant, mais deux choix perdants. Lequel était le moins pire ? Nous verrons cela plus tard. Maintenant, veuillez m'excusez, mais j'ai à faire. »
Kontschak se redressa. Il dominait Harry de toute sa hauteur. Il souleva le sceptre et le posa sur la poitrine de Harry, qui crut qu'un éléphant venait de marcher sur lui. Il étouffait littéralement, n'arrivant plus à respirer. Il essaya d'attraper sa baguette et de la pointer vers la créature magique, mais une violente douleur lui traversa la main, puis le bras et enfin le corps tout entier.
Un supplice tel qu'il n'en avait pas ressenti depuis des années, depuis le cimetière où Cédric avait connu la mort. Il essaya de ne pas en tenir compte, mais c'était impossible. Il réalisa alors qu'elle venait de sa propre baguette, comme si elle lui brûlait la main de l'intérieur et que cette brûlure se répandait dans tout le corps. Luttant de toutes ses forces pour l'ignorer, il pointa sa baguette vers la poitrine de son ennemi. La torture se fit encore plus vive.
Harry comprit alors qu'elle ne venait pas de la baguette, mais de lui-même.
« Je renoncerais si j'étais vous, conseilla Kontschak. Voyez-vous, l'une des facultés du sceptre est qu'il permet l'inhibition de toutes les envies. C'est d'ailleurs sur ça que fonctionne l'inhibition du sang humain. Le Roi des Vampires peut utiliser comme bon lui semble ce pouvoir sur les autres êtres vivants. Mais inhiber simplement ne suffit pas, il faut refouler totalement cette envie. Et pour cela, rien de mieux que la douleur.
— Sa… laud…, articula difficilement le jeune sorcier.
— J'ai inhibé votre envie d'utiliser la magie, détailla la créature magique. Plus vous voudrez en faire usage et plus vous souffrirez. Bien sûr, comme vous êtes un sorcier, votre corps baigne dans la magie et vous souffrirez donc toujours. Mais croyez-moi quand je vous dis que renoncer amoindrira considérablement votre douleur.
— Qu'est-ce… que vous… faites ?
— Je mets la dernière touche à mon plan. Vous avez refusé de libérer mon peuple, je décide donc de libérer le vôtre de cette prison, annonça Kontschak.
— Non… pas ça…
— C'est déjà trop tard. Mon armée a déjà pris possession des lieux et entreprend de libérer tous les prisonniers enfermés à Azkaban. Ça doit d'ailleurs être fini à l'heure actuelle. »
Il leva le sceptre de la poitrine de Harry qui put à nouveau respirer normalement. La douleur était toujours présente, mais bien plus faible. Des tâches noires dansaient devant ses yeux alors qu'il prenait de grandes bouffées d'air, reprenant peu à peu ses esprits. Son adversaire le regardait toujours d'un air hautain.
« Et maintenant, la dernière touche de mon plan. Adieu, Harry Potter. »
Le Roi des Vampire se baissa et posa la paume de sa main sur le front de Harry. Celui-ci sentit une vive douleur, différente de la précédente, au niveau du crâne. Comme si son cerveau se fendait de part en part. Les larmes lui brouillèrent la vue, rendant la silhouette de Kontschak de plus en plus floue. La douleur s'intensifia, au point qu'il ne put plus se retenir de hurler. Il ferma les yeux. Il sentit la paume de la créature se retirer, mais la douleur était toujours bien présente. Elle persista de longues minutes, durant lesquelles il hurla, roulant sur le sol. Il attrapa sa tête avec ses mains, essayant de calmer la souffrance, sans succès.
« Harry ? » demanda une voix toute proche.
Il ouvrit les yeux et se releva en sursaut. Il était assis à l'une des chaises et semblait s'être endormi sur la table. La fatigue avait eu raison de lui. Dean se tenait sur le pas de la porte, une balafre sur son bras.
« Harry, qu'est-ce que tu fous ? Il y a une évasion massive ! Toutes les cellules se sont ouvertes d'un coup et les prisonniers se sont échappés. Dépêche-toi ! harangua-t-il. Il ne faut surtout pas qu'ils rejoignent le continent. »
Dean disparut dans le couloir tandis que le jeune Auror se levait complètement de sa chaise. Il fouilla sa cape à la recherche de sa baguette qu'il trouva posée par terre. Comment avait-elle roulé jusqu'à là ? Il s'apprêtait à sortir, lorsqu'un rayon lumineux attira son regard. Il tourna la tête vers l'une des meurtrières et constata, avec stupeur, que le temps était parfaitement clair. Le soleil rasait les fortifications, des sortilèges volaient dans tous les sens.
Sans plus attendre, Harry se précipita à l'extérieur de la salle de réunion. La porte menant à la cour était seulement à l'autre bout du couloir, il l'atteignit en trois bonds. Il défonça la porte et découvrit l'apocalypse : des sorciers couraient dans tous les sens, certains essayaient d'escalader les murs d'enceintes, tandis que d'autres sautaient des toits sur les Aurors qui essayaient de retenir l'évasion. Mais ils croulaient littéralement sous le nombre.
Une violente explosion balaya alors le sommet de la plus haute flèche, provoquant une pluie de débris dont certains devaient faire plusieurs tonnes. Un véritable grondement accompagna l'impact des rochers sur le parvis de la cour. Le jeune sorcier leva les yeux et vit plusieurs silhouettes s'échapper en volant. Parmi elles, il reconnut le visage de Dolohov.
Un détenu choisit ce moment pour sauter à sa gorge, le faisant basculer en arrière. Le prisonnier lui décrocha une droite et il sentit sa mâchoire se fissurer. Il essaya de se relever, mais le prisonnier lui attrapa le col et lui donna un coup de poing en plein sur le nez. Harry entendit un bruit sourd suivi d'une sensation chaude qui l'anesthésiait. Puis la douleur explosa. Son nez était cassé.
Le détenu amorça une nouvelle frappe, mais il réussit à la contrer. Il donna un coup de genou dans l'entre-jambe de l'homme et le fit basculer sur le côté. Puis, d'un coup de baguette, il le stupéfixa. Le sang jaillit alors de son nez, aspergeant sa cape de sa couleur si particulière. Le jeune Auror se releva péniblement, se tenant contre le mur. Dean, Llywarch, Keogh, Wiborg et Quinn arrivèrent à ce moment précis.
« Des Mangemorts se sont enfuis, informa-t-il.
— Oui, nous les avons vus. Harry, qu'est-ce qui se passe ? s'intrigua Mansilla. Tu as rendez-vous avec Kontschak dans la salle de réunion et les Vampires nous tombent dessus. C'est alors que nos baguettes deviennent inutilisables et les prisonniers s'évadent. Qu'est-ce que vous vous êtes dits là-dedans ?
— Il… il voulait juste… nous remercier, répondit l'intéressé qui avait, en réalité, énormément du mal à se rappeler le sujet de sa conversation.
— On verra ça plus tard, trancha Wiborg. Il faut qu'on rattrape ces enfoirés avant qu'ils ne s'échappent pour de bon. Tant qu'ils n'ont pas atteint l'Angleterre, rien n'est perdu.
— Je ne sais pas si tu as réalisé, rétorqua Keogh, mais ils sont partis en volant sur des balais. Comment veux-tu les rattraper ?
— Nous avons un stock de balais, révéla Quinn. Accio balais ! »
Quelques instants plus tard, une dizaine de balais – des Brossdur 12 – arrivèrent dans un vol silencieux. Chacun prit le premier qui se présenta, ressortit dans la cour et s'envola en direction du couchant. Harry plissa les yeux pour ne pas être ébloui et repéra plusieurs silhouettes dans la lumière de l'astre roi. Pour une raison qui lui échappa – mais cela le soulagea –, les Mangemorts n'étaient pas encore arrivés à proximité de la côte, qui était à peine visible à l'horizon. Il se pencha au maximum sur le manche pour libérer toute sa puissance et rattraper les évadés. Il estima leur distance à deux kilomètres.
Il jeta un coup d'œil derrière lui et constata que les autres Aurors étaient à quelques mètres en retrait à peine. Quinn gagnait même du terrain. Son visage avait perdu ce côté blagueur et était à présent extrêmement concentré. Le jeune sorcier se retourna vers son objectif, qui se rapprochait lentement, très lentement. Il entendit quelqu'un crier quelque chose, mais ne comprit pas. La côte se rapprochait de plus en plus rapidement, et avec elle, toutes les terribles conséquences de l'évasion. Ils n'étaient plus qu'à un demi-kilomètre.
Ce fut alors qu'un rayon rouge surgit sur sa droite. Il se tourna pour en découvrir l'origine et vit que le responsable était le chef de l'unité, sa baguette toujours pointée devant lui. Harry reporta son attention sur le sortilège et le vit frapper de plein fouet une des silhouettes. C'était purement incroyable. La silhouette se cambra en arrière avant de s'effondrer mollement sur le manche de son balai, glisser sur le côté et tomber vers le sol. Harry suivit sa chute en direction de la mer. Le corps percuta la surface de l'eau avec une telle puissance qu'il produisit une gerbe d'écumes bien trop importante pour être inoffensive.
Quinn venait de tuer froidement un des Mangemorts.
Le jeune Auror jeta un coup d'œil dans sa direction et vit que le regard de son supérieur était dirigé droit vers les Mages Noirs. Il n'accordait même pas une pensée à l'homme qu'il venait de tuer. Et il ne comptait pas s'en arrêter là. Alors que les Mangemorts s'apprêtaient à survoler les falaises, il lança un nouveau sortilège, mais, cette fois-ci, il rata sa cible. La réaction des Mangemorts fut néanmoins immédiate : ils rompirent leur formation et se dispersèrent dans toutes les directions.
Instinctivement, Harry suivit les trois silhouettes qui avaient pris la direction Nord-Est. Un rayon de lumière verte jaillit alors dans sa direction. Il l'esquiva sans problème, mais cela lui fit réaliser quelque chose de terrible : les Mangemorts étaient armés de baguettes. Dans ce cas, pourquoi ne transplanaient-ils pas ? Ils avaient quitté la zone d'antitransplanage depuis longtemps. Il n'apprécia pas du tout sa découverte. Peut-être les Mangemorts essayaient-ils de l'attirer dans un piège ? Dans ce cas, il s'y jetait corps et âme. Mais comment auraient-ils pu établir un plan dans les conditions où ils étaient détenus ? Et où avaient-ils trouvé ces balais et ces baguettes ? Ce n'était pas cohérent.
Il se tourna pour regarder derrière lui et vit qu'O'Shaughnessy et Keogh se trouvaient à une dizaine de mètres en retrait. Il y avait bien plus de Mangemorts que d'Aurors à leur poursuite, mais Harry ne se posa pas de questions. Il fallait les rattraper à tout prix.
Ginny Potter avait été accueillie sans tarder à l'Hôpital Ste-Mangouste. Rénatus avait vu les Médicomages sortir de l'immeuble, portant la rouquine sur une civière, accompagnés par son frère et sa belle-sœur. La future mère fut placée dans un véhicule camouflé en ambulance Moldue et le couple Weasley monta à l'arrière avec elle. Le véhicule se mit en marche et déboula dans la rue au croisement suivant, disparaissant presque aussi vite qu'il n'était apparu. Parfait.
Le plan pouvait commencer.
Le jeune homme se dirigea vers l'entrée du bâtiment, franchit les portes de verre et grimpa les escaliers jusqu'à arriver devant l'appartement qui l'intéressait. Toujours le même. Cette fois-ci, il ne s'attarda à couvrir ses traces. Il n'y en avait nullement besoin. Non pas qu'il voulait qu'on le retrouve par la suite, mais si son plan se déroulait comme prévu, les traces seraient couvertes. Il arracha la porte de ses gonds à l'aide d'un sortilège, la faisant voler à travers le salon avec fracas. Il pénétra dans la pièce, s'assura que personne n'avait rien remarqué – ce qui fut le cas – et remit la porte en place. Il ne fallait tout de même pas éveiller la curiosité des voisins.
Rénatus fit le tour de l'appartement et constata avec soulagement qu'il était vide. On ne savait jamais, une quatrième personne aurait pu être présente et attendre l'arrivée de sa cible pour la prévenir de l'heureux évènement. Après un coup d'œil rapide, il constata également qu'il y avait peu de chances que quelqu'un revienne chercher quelque chose ici : tout le nécessaire avait été pris, sans doute préparé depuis des semaines. Bien.
Il jeta son sac à dos sur le canapé et se dirigea vers la cuisine où il se servit un jus de citrouille bien frais. Il ouvrit ensuite les valves de la gazinière au maximum et entendit le chuintement familier et rassurant. Il retourna dans le salon et s'assura que toutes les fenêtres étaient fermées. Il réitéra sa vérification dans toutes les pièces de l'appartement. Il isola ensuite chacune d'elles avec un sortilège, afin de bien s'assurer de leur étanchéité. Il prit soin de bien laisser ouvertes toutes les portes. Il retourna dans la chambre et attrapa tous les habits qu'il put trouver et les éparpilla dans toutes les pièces. Il en fit de même avec les livres qu'il trouva. Enfin, il renversa tous les meubles en prenant soin de ne pas faire de bruit. Il fouilla méticuleusement chacune des pièces, chacune des notes qu'il trouva. Rien.
Absolument rien. Potter ne les gardait donc pas chez lui. C'était logique, le contraire aurait été trop facile. Mais Rénatus n'était pas contre un peu de facilité dans sa tâche.
Il retourna dans le salon et ouvrit son sac à dos. Il en sortit plusieurs flacons remplis d'un liquide transparent huileux, dont le couvercle était fermement scellé. Lorsqu'il les ouvrit, l'odeur qui s'en dégagea confirma qu'il ne s'était pas fait avoir : dix litres de salive de dragon, le liquide le plus inflammable disponible sur le marché, pour dix milles Gallions. Ils avaient généreusement puisé dans le coffre de l'organisation – lui-même rempli par les bons soins de Lucius Malefoy, mais mystérieusement jamais fermé –, puisque de toute façon, les Mangemorts n'en auraient plus l'usage maintenant qu'ils étaient tous à Azkaban. Il répandit le contenu de six bocaux dans le salon, trois dans la cuisine et le dernier dans la chambre.
Il revint à son sac et sortit alors cinq petits paquets de couleur brune. De l'explosif magique. Mille Gallions le gramme, ce qui était généralement suffisant pour réduire en cendre une petite cabane en bois. Chacun des paquets mesurait environ dix centimètres de long, cinq de large et trois de haut. Soit environ cinquante grammes. Cet explosif était incroyablement puissant, tout en étant étonnamment léger, ce qui facilite sa dissimulation. Le jeune homme posa trois des paquets juste devant l'antre de la cheminée, puis les deux autres des deux côtés de la porte d'entrée.
Voilà, tout était prêt.
Rénatus sortit de son sac de longs fils de fer qu'il ficha dans chacun des explosifs. Il les relia tous ensemble en un nœud solide. Puis, il y attacha un autre fil de fer qu'il déroula le long de la cheminée, puis devant la porte d'entrée. Il passa également devant la porte du couloir menant à la chambre. Ces fils étaient composés d'un alliage de fer et d'os de Botruc, ce qui les rendait particulièrement cassants aux chocs. Son plan était prêt, il suffisait juste que quelqu'un entre dans cette pièce et le feu d'artifice aurait lieu. Il récupéra son sac, ne contenant plus que les bocaux vides. Il ouvrit très délicatement la porte, pour ne pas briser le fil de fer et regagna le couloir. Personne en vue.
Par l'entrebâillement, il passa sa baguette et visa le nœud où se rejoignaient tous les fils de fer. Il murmura une incantation et un long filet bleu jaillit de sa baguette. Lorsqu'il entra en contact avec les fils de fer, ceux-ci émirent une douce lueur turquoise, qui se répandit du nœud à travers toutes les ramifications. Il ferma la porte délicatement, redescendit les escaliers et sortit de l'immeuble. Il entra dans la bouche de métro toute proche, attrapa la première rame qui passa, sans se soucier de la direction, et attendit d'avoir dépassé cinq stations. Il sortit le plus naturellement du monde et, une fois arrivé dans une ruelle, il transplana.
Il ne restait plus qu'à placer les pantins.
Le soleil commençait à disparaître lentement derrière l'horizon, donnant au ciel une couleur orangé magnifique. Cependant, Harry n'avait pas le temps de s'attarder sur le paysage. Cela faisait une demi-heure qu'il pourchassait les Mangemorts sans vraiment les atteindre. Il avait réussi à grappiller plusieurs dizaines de mètres afin de s'approcher suffisamment pour leur lancer des sortilèges, mais les changements de trajectoires brusques rendaient la tâche difficile.
Keogh avait réussi à en blesser un sans l'arrêter ou le faire tomber de son balai. Quant à eux, ils avaient réussi à mettre le feu au balai d'O'Shaughnessy qui avait été sauvée de justesse en sautant sur le balai du jeune Auror. Celui-ci, à présent, essayait de suivre au mieux la trajectoire des Mages Noirs pour permettre à son équipière du moment de pouvoir les atteindre. Il eut une brève pensée pour les Moldus vivant dans la campagne en-dessous et s'imagina la panique qui devait agiter le Ministère à l'heure actuelle. Leur poursuite les avait menés au-dessus de plusieurs agglomérations, sans que les Mangemorts ne transplanent. Il se passait quelque chose de pas net du tout.
Mais ce qui l'inquiétait particulièrement pour le moment, outre le fait que ses mains commençaient à s'engourdir à force de tenir le manche du balai – sans parler du vent glacial qui fouettait son visage malgré les sortilèges d'aérodynamisme censés le protéger –, c'était que les lueurs d'une grande agglomération se profilaient à quelques kilomètres devant eux. Et les Mangemorts semblaient bien décidés à continuer dans cette direction.
La lumière devenait de plus en plus rare, rendant la poursuite de plus en plus hasardeuse. Il était tout simplement absurde de penser à utiliser la magie pour s'éclairer, les Moldus les repéreraient immédiatement. D'un autre côté, il était tout bonnement impossible de poursuivre les Mangemorts dans l'obscurité. Utiliser un Sortilège d'amplification lumineuse était envisageable, mais il ne maîtrisait pas du tout ce charme permettant de voir dans la nuit.
Il survolait les premières maisons de la ville – il devait s'agir d'Exeter –, lorsque les Mangemorts changèrent brusquement de direction. Mais cette fois-ci, les trois balais plongèrent en direction du centre de la ville.
« Par les glandes de Merlin ! s'exclama O'Shaughnessy. Ils vont être repérés par les Moldus. Et s'ils pètent les plombs, ils vont provoquer un carnage.
— Il faut les suivre ! hurla Keogh, qu'on entendait à peine à cause du vent.
— Jasmyn, tu vas prévenir le Ministère, déclara Harry après un moment de réflexion.
— Comment ? s'abasourdit la jeune Aurore.
— Je te pose sur un toit, tu transplanes directement à Londres et tu rameutes tous les Aurors disponibles, développa-t-il.
— Et comment je sais où vous êtes ? À cette vitesse, vous serez sans doute ailleurs le temps que je revienne.
— On procède à une interception à large rayon. Vous transplanez ici et vous repartez dans toutes les directions Vous finirez forcément par nous tomber dessus. J'essaierai de vous aiguiller avec un Patronus. »
O'Shaughnessy hocha la tête. Harry fit signe à Keogh de continuer, avant de ralentir et de s'approcher du toit de ce qui devait être un hangar. La jeune sorcière sauta du balai, son coéquipier n'attendit pas de la voir disparaître pour repartir. Il distingua la silhouette de Keogh à une centaine de mètres devant lui et s'efforça de la rejoindre. Il sentit le vent glacial lui gifler le visage, comme des milliers de poignards. Les maisons sous son balai dessinaient un patchwork flou et indistinct. Les Mangemorts continuaient dans la même direction.
Ce n'était pas normal.
Lors d'une poursuite, la fuite consiste à distancer son poursuiveur. Et cet art réside en une chose simple : être imprévisible. Suivre une ligne droite et continue était l'exact opposé, une prévisibilité flagrante. Et surtout, c'était la meilleure configuration pour atteindre une vitesse maximum. Quand l'un des deux acteurs avait un avantage, une telle poursuite prenait fin rapidement. Mais dans le cas où les deux protagonistes avaient la même vitesse, cela rendait la poursuite interminable. Et lors d'une évasion, les prisonniers cherchaient avant tout à écourter une éventuelle poursuite.
Dans le cas actuel, les balais des Mangemorts allaient légèrement moins vite, ce qui permettait de les rattraper. Mais excessivement lentement : en un peu plus d'une demi-heure de poursuite, ils n'avaient gagné qu'une trentaine de mètres sur les Mages Noirs.
Alors que Harry commençait à voir se dessiner les contours d'une autoroute, il repéra la silhouette des Mangemorts se distinguer sur le fond clair. Ils amorcèrent alors un virage à angle droit, en direction du Sud. Son sang ne fit qu'un tour. Il amorça lui aussi un virage, espérant ainsi gagner quelques précieux mètres. Mais à peine eut-il effectué sa manœuvre que les Mangemorts reprirent leur direction originale, avant de changer à nouveau en effectuant un demi-tour complet. Keogh avait du mal à les suivre, les changements étant enfin imprévisible.
Le jeune sorcier continua en ligne droite, préparant sa baguette. Il lança un sortilège en direction d'un des Mangemorts, le rata. On lui répondit par un Sortilège de la Mort, qu'il évita en effectuant une roulade du paresseux – il sentit ses poils se hérisser sur sa nuque en constatant que sa tête n'était qu'à dix mètres du sol. Il se rétablit quelques secondes plus tard et découvrit que les Mangemorts avaient une nouvelle fois changé de direction.
Cette fois-ci, ils s'étaient engagés sur l'autoroute, en direction du Nord. Harry modifia sa trajectoire en conséquence et put ainsi rattraper sa coéquipière. À présent, ils étaient à une quinzaine de mètres derrière les Mangemorts. Il crut reconnaître Dolohov, Jugson et Yaxley. En y faisant attention, il remarqua que Jugson – le plus en arrière des trois – se débattait avec son balai, comme s'il ne le maîtrisait pas.
L'explication était là : les Mangemorts ne maîtrisaient rien mais subissaient. On les soumettait à une trajectoire définie par une autre entité. Mais laquelle ? Les utilisait-elle comme appâts pour attirer Harry dans un piège ? Improbable : ils avaient parcouru une bonne centaine de kilomètres depuis le début de la poursuite et ils avaient traversé de nombreuses régions favorables pour y tendre un piège. Ça ne se tenait pas.
Dean avait sous-entendu que les Vampires étaient sans doute impliqués dans l'évasion. Contrôlaient-ils également les balais ? Dans ce cas, dans quel but ? Il commençait à y avoir trop de variables et Harry n'avait pas vraiment la possibilité d'y réfléchir : voler au ras du bitume n'avait rien de bien enthousiasmant, surtout lorsqu'il fallait se faufiler entre des voitures et des camions arrivant à contre-sens.
Il sentit plusieurs fois son balai dévier de sa route à cause de l'aspiration due au déplacement d'air des véhicules. Il vit que Keogh avait opté pour les voies à gauche, dans le sens de la circulation. Le bruit des klaxons se mêla à celui du mugissement du vent, les véhicules freinant ou déviant de leur route dans un concert de crissements de pneus. Un des camions dérapa et Jugson ne put éviter sa remorque, se fracassant dessus à pleine vitesse. Il entendit le craquement malgré les autres bruits.
Il était évident qu'à présent, le Ministère saurait la direction qu'ils prenaient.
Le jeune Auror voulait réduire sa vitesse, mais Dolohov et Yaxley ne semblaient pas prêts à suivre cette directive. Ou du moins, ceux qui contrôlaient leurs balais n'avaient pas l'intention de s'y plier. Un rayon de lumière rouge jaillit sur sa gauche, mais le sortilège de Keogh alla se perdre contre le flanc d'une voiture rouge, qui partit en tonneaux en travers de l'autoroute. Elle en percuta une autre qui alla heurter la glissière de sécurité, qu'elle pulvérisa. La voiture rouge termina sa course dans le fossé.
Harry se tourna vers sa collègue et vit qu'elle était terrifiée par ce qu'elle venait de faire. Il essaya de la réconforter du regard, mais un klaxon l'avertit de l'approche imminente d'un camion. Il se retourna, découvrit qu'il s'agissait en réalité d'un car et l'évita en passant par-dessus. Une dizaine de mètres plus loin, un pont se profilait dangereusement et le sorcier continua sa route, frôlant les rambardes de sécurité du bout de ses pieds. Il continua ainsi, légèrement au-dessus de la circulation, pendant trois minutes – et survola deux autres ponts –, mais décida malgré tout de se replonger dans la cohue de véhicules. Les Mangemorts avaient repéré sa manœuvre et comme il n'y avait plus aucun obstacle entre lui et eux, il faisait une cible de choix.
Le jeune sorcier décida de survoler le terre-plein central, par définition libre de toute voiture. Cependant, celui-ci ne mesurait que quelques mètres de large et il frôlait les flancs des remorques et autres caravanes à une vitesse phénoménale. Les mouvements d'air rendaient sa trajectoire hasardeuse, l'obligeant à contrôler en permanence son balai. Les évadés, quant à eux, continuaient dans la même direction à la même vitesse. La poursuite semait derrière elle chaos et froissement de tôle.
La nuit était tombée à présent, l'autoroute n'étant éclairée que par les phares des voitures, ce qui ajoutait un désavantage supplémentaire. Il ne voyait clairement qu'à une vingtaine de mètres devant lui et il savait pertinemment que si les Mangemorts décidaient de quitter cette autoroute, il les perdrait pour de bon. Il regarda sa montre et vit que cela faisait moins de dix minutes qu'ils s'étaient engagés sur cette autoroute. Et les renforts n'étaient toujours pas là.
Keogh s'était insérée derrière lui, pensant sans doute qu'elle pourrait ainsi le suivre plus facilement et sans risque. C'était sans compter les obstacles sur leur route : un nouveau pont surgit de l'obscurité, obligeant les deux Aurors à effectuer une manœuvre d'évitement. Il opta pour monter en chandelle, tandis qu'elle faisait une embardée sur sa gauche. Il entendit un bruit sourd et vit qu'elle avait percuté le flanc d'une remorque. Il crut l'espace d'un instant qu'elle allait tomber et se faire écraser, mais la jeune femme tint bon.
Lorsque le jeune Auror revint à sa hauteur, il nota qu'elle n'était pas sortie indemne : à la lueur des phares, il crut voir que son épaule gauche s'était déboitée. Elle réussissait à rester sur son balai avec une main, mais elle ne serait d'aucune utilité si un combat venait à éclater en plein ciel. Il s'apprêta à lui conseiller de rebrousser chemin, mais elle l'en empêcha : un cri strident s'échappa de sa gorge et, les yeux exorbités, elle pointa de sa main quelque chose devant eux. Harry se retourna pour voir de quoi il s'agissait. Dans le même temps, il lui parvint un affreux bruit métallique, comme une sorte de raclement. Le spectacle défia son imagination.
Un immense camion venant d'en face flottait en l'air, à la verticale, à quelques centimètres du sol. Il se précipitait vers le pont qui se situait entre eux et les Mangemorts, à une trentaine de mètres devant. Le véhicule percuta le tablier de la passerelle qui vola en éclats. Une immense boule de feu emplit le ciel nocturne, achevant ainsi son œuvre destructrice. Le pont commença à s'écrouler, écrasant les voitures qui passaient en-dessous.
L'onde de choc écrasa littéralement Harry qui sentit son balai projeté dangereusement vers le sol. Ses genoux frôlèrent le bitume et il n'arrivait pas à redresser le manche. Il réussit à se faufiler entre les débris juste à temps, mais sentit une violente douleur au niveau de ses reins. Lorsqu'il se retourna, le pont avait disparu, les voitures tentaient de freiner pour éviter de s'y encastrer et Keogh s'était évaporée.
Ron était dans un état de panique indescriptible. Ginny venait d'être admise à Ste-Mangouste et avait commencé illico le travail. Et Harry était introuvable. Hermione avait accepté de rester, lui permettant d'aller chercher le futur père, mais il avait strictement refusé de quitter sa sœur. Un membre de la famille Weasley devait être présent. Son épouse lui avait suggéré qu'elle en était membre et pouvait donc rester, mais il lui avait rappelé la très vieille tradition familiale qui voulait que ce soit un membre relié par le sang qui devait être présent.
George avait été le premier à répondre – son magasin étant fermé à cette heure-ci –, suivi de près par leurs parents. Ron n'avait plus de raison de rester et était donc retourné au Ministère. C'est là qu'il avait appris l'évasion d'Azkaban et la poursuite qui s'en était suivi. Le Bureau des Aurors était sur le branlebas de combat, notamment depuis que Jasmyn O'Shaughnessy était venue leur donner la position de Harry et la menace potentielle pesant sur les Moldus. Menace qui s'était concrétisée quelques minutes plus tard lorsqu'Ospicus leur annonça que les télévisions Moldues parlaient d'accidents monstrueux sur une autoroute du Devon.
Le jeune chef d'équipe se présenta immédiatement pour mener l'opération visant à soutenir Harry, mais on la lui refusa, au profit de Moore. Ron se proposa d'en faire partie, mais là encore, le Directeur du Bureau des Aurors l'éconduit catégoriquement. Il devait aller porter soutien à Quinn pour capturer les autres Mangemorts évadés. Il accepta malgré tout et envoya un Patronus à Hermione pour la prévenir de la situation. En attendant la réponse, il prépara ses affaires avant de rejoindre son ancien mentor.
« Weasley, je suis désolé », commença l'Auror, sans lui laisser ouvrir la bouche. « Je sais que c'est votre ami. Je sais que vous voulez lui venir en aide, mais les ordres sont les ordres. En tant que chef d'équipe, vous devez intégrer cette information. Et même si parfois, les ordres ne valent pas qu'on les suive, nous devons nous y plier.
— Je sais, je sais. Je ne viens pas pour ça. Moore, vous devez ramener Harry vivant.
— C'est notre objectif, lui assura-t-il.
— Vous ne comprenez pas. Vous devez le ramener vivant et en bon état, quoi qu'il en coûte. Même s'il faut pour ça laisser les Mangemorts s'échapper. Dès que j'aurai fini de mon côté, je viendrai vous rejoindre.
— J'ai peur que vous n'en ayez pas l'occasion.
— Je me fous du temps que vous mettrez. Harry doit revenir à Londres en un seul morceau et au top de sa forme, insista Ron. Pas la moindre égratignure.
— J'ai bien peur de ne pas pouvoir vous le promettre. Vous savez la tendance de votre ami à vouloir obtenir sa chambre permanente à Ste-Mangouste.
— Pas cette fois-ci. Surtout pas cette fois-ci.
— Je pourrai savoir pour quelles raisons vous considérez Potter comme un vase en porcelaine ?
— Ginny est en salle d'accouchement, révéla-t-il après une courte hésitation. Gardez ça pour vous. »
Moore le jaugea du regard avant de jeter un coup d'œil autour de lui. Ron crut au début qu'il cherchait quelqu'un, mais il réalisa qu'en réalité, le chef d'équipe s'assurait que personne ne se trouvait à proximité d'eux actuellement. Il se pencha vers son ancienne recrue et lui murmura à l'oreille :
« Les ordres sont comme les règles, Mr Weasley. Ne l'oubliez pas. »
Et avant qu'il ne réponde, Moore s'éloigna et rejoignit le groupe de son équipe. Ron alla retrouver la sienne, composée de Summers, Towler et Summerby. Stimpson était toujours à l'hôpital magique, mais Ron comptait bien lui rendre sa place à son retour. Il s'apprêtait à leur donner l'ordre de partir, lorsque le Patronus d'Hermione arriva devant lui.
Apparemment, Ginny essayait de lutter contre la nature, faisant tout pour retarder l'arrivée du bébé tant que Harry ne serait pas présent. Il trouva cette réaction totalement stupide, mais en même temps logique, venant de sa petite sœur.
« Ginny pense avoir oublié son miroir communiquant dans sa chambre. Je sais que tu es très occupé, mais peux-tu aller lui chercher s'il-te-plait ? Profites-en pour contacter Harry et lui dire de rappliquer ici illico ! Ginny ne pourra pas tenir longtemps et le médicomage dit que ce n'est pas bon de retarder la nature. Dépêche-toi. »
Ron ne put s'empêcher d'admirer le culot de Ginny. Il aurait très bien voulu lui répondre par la négative, lui dire qu'elle n'avait qu'à envoyer George, qui lui n'avait rien à faire. Mais il ne put s'y contraindre. Il savait que si elle le lui avait demandé, c'était parce qu'elle savait qu'il était le seul à pouvoir contacter Harry.
Le jeune chef d'équipe se résolut à faire un léger détour. Ils passeraient par chez Harry avant de rejoindre Quinn – qui prenait la direction de Londres, à en croire les informations à leur disposition. L'équipe se dirigea vers l'Atrium et sortit par la porte de service. Ils enfourchèrent leurs balais et Ron les guida jusqu'à chez son ami.
Après avoir pris soin de s'assurer que personne ne pouvait les voir, ils atterrirent devant l'entrée de l'immeuble. Ils avancèrent en groupe lorsque soudain, le jeune sorcier aperçut une silhouette cachée dans l'ombre, dans le parc derrière eux. Il s'arrêta net et essaya de distinguer de qui il s'agissait. Un rayon de lumière verte fusa vers le groupe, mais les rata de peu. La silhouette ne s'arrêta pas en si bon chemin et continua à les bombarder de sortilèges. Elle fut bientôt rejointe par deux autres silhouettes et Ron comprit que c'était une embuscade. Mais pourquoi ici et maintenant ? Et qui en était à l'origine ?
« Towler, Summers ! Montez dans l'appartement et récupérez le miroir communicant. C'est un bout de miroir de quelques centimètres. Il doit être posé au-dessus de la cheminée. »
Tandis que les deux Aurors disparaissaient dans les étages, le reste de l'équipe, réfugiée dans le hall d'entrée, essaya de repousser le siège. Cependant, un bruit effroyable déchira leurs tympans, suivi d'un horrible grondement. Tout l'immeuble se mit à trembler violemment, puis une déflagration balaya le hall, soufflant les vitres, projetant les trois Aurors à l'extérieur.
Ron atterrit brutalement sur le goudron et il sentit une brûlure incisive sur sa cuisse. Il se retourna péniblement et vit que le bâtiment venait d'être pulvérisé, une immense boule de feu s'élevant dans le ciel. Toutes les vitres du quartier avaient été brisées. Alors que les alarmes des voitures stationnant dans la rue hurlaient à tout rompre, les ruines de la structure s'effondrèrent, recouvrant toute l'avenue de débris et de poussière.
