Disclaimer : Je considère que si Rowling autorise Cursed Child, elle autorise toutes les autres fanfictions, même celles qui naissent dans mon esprit tordu personnel.

Attention : Rated T pour le langage et les scènes violentes.


RAR :

mh :

Salut ! Merci beaucoup pour ta review !
Je suis contente que mes chapitres continuent à te plaire ! Je te laisse avec la suite ! Bonne lecture !

Lupa :

Hey ! Merci beaucoup pour ta review !

Un peu fatiguée cette semaine, mais ça devrait aller mieux la semaine prochaine ! Et toi ?

Pffff, les copies sont tombées pendant les conseils de classe (parce que cette foutue réforme est vraiment pas facile à calibrer) donc heureusement qu'il y a successivement eu un problème de canalisation (qui a entraîné une fermeture du lycée) et la grève, sinon mon weekend aurait pas été très joyeux… Bref, ça doit être à peut près la même chose de ton côté, non ?

(Je t'envie pas trop les hormones des collégiens. Je suis bien contente que les miens aient – presque tous – dépassés ça).

Ouais, j'aurais dû me douter que les Black ne seraient pas si facile à gérer que ça. Mais je me serais sans doute ennuyée avec les autres familles alors…

Je crois que l'entêtement de Sirius est la raison pour laquelle il est encore vivant après toutes les crasses qu'il a encaissé o.O

Merci pour la métamorphose:keur:keur:keur :

Sur ce, je te laisse avec la suite ! Bonne lecture !

Juliette :

Salut ! Merci beaucoup pour ta review ! Je suis contente que les détails sur la métamorphose te plaisent;) Je te laisse avec la suite ! Bonne lecture !


Merci à tzvine, Sun Dae V,Tiph l'Andouille, mh, Lilatloo, malilite, mimi70, Nymueh, Lupa, Merly Flore et Juliettepour leur review. Tous vos messages m'ont fait super plaisir ! Keep it up !


Bonjour à toutes et à tous !

I'M BACK !

Le mois de novembre a été particulièrement éprouvant, ente le travail et le Nano, mais je crois qu'il a été battu à plate couture par cette première semaine du mois de décembre. Heureusement que je peux caler des siestes dans ma semaine pour tenir jusqu'aux vacances !

Bref. Je tiens quand même à préciser que j'ai réussi le Nano (53,5k, je suis assez fière de moi), ce qui correspond à 44, 45 et 46. J'ai quelques petites choses à revoir sur chacun de ces trois là, mais je suis assez satisfaite de ce que j'ai écrit dans l'ensemble.

A part cette excellente nouvelle, il me semble que je vous ai laissé·e·s sur un petit cliffhanger la dernière fois, alors je ne vais pas trop m'étendre ! Enjoy !


Un grand merci à Sun Dae V pour la relecture et les retours ! Et je ne le dis peut-être pas assez, mais sa fic La Course au Chien Sauvage est un must-read si vous aimez Sirius Black !


Black Sunset

Partie III : Dark Matter.

Chapitre 29

Dark Matter : a term used to describe matter in the universe that cannot be seen, but can be detected by its gravitational effects on other bodies.

Secret : n. a piece of information that is generally known or is not known by someone else and should not be told to others.


Vendredi 10 Juin 1994, Poudlard, Ecosse.

L'hippogriffe était étrangement agité ce soir – lui d'habitude passif au bout de sa chaîne, entouré par les citrouilles – et ses nombreux mouvements d'ailes ne cessaient d'attirer l'attention de Patmol.

Comme si les quelques points communs que l'énorme bête partageait avec un oiseau réveillait l'instinct de chasse de son alter-ego.

A ses côtés, le Chat semblait aussi agacé par le comportement de cette créature qui aurait pu le tuer d''un seul coup de bec. Il remuait sa queue avec humeur, ses immenses yeux jaunes ne le quittant pas une seule seconde et, s'il ronronnait, ce n'était certainement pas de contentement.

Sirius eut un soupir.

Il aurait aimé retrouver forme humaine pour ne plus être dérangé par les incessants coups d'oeil et ne plus avoir à refréner des glapissements frustrés – qui risquaient d'attirer l'attention – mais le soleil n'effleurait pas encore l'horizon et il ne pouvait pas se permettre de prendre le moindre risque.

A défaut de pouvoir ignorer l'Hippogriffe, il voulut s'éloigner et rejoindre une autre partie de la forêt Interdite, juste un peu plus au nord. De là-bas, il avait une vue parfaite sur le saule cogneur et il apercevrait peut-être Remus, si ce dernier se décidait à passer sa dernière pleine lune de l'année scolaire dans son ancien refuge.

Il n'y croyait pas, mais Patmol aimait monter la garde...

Il se détournait quand des coups raisonnèrent depuis la cabane. Il tourna la tête par réflexe, sans pour autant réussir à identifier l'origine du bruit.

Un coup d'oeil vers le Chat lui apprit que lui aussi était à l'affût, et qu'il en savait un peu plus long sur ce qu'il se passait vraiment.

La porte s'ouvrit finalement sur un Hagrid livide.

- C'est nous, chuchota une voix familière. On a mis la cape d'invisibilité. Laissez-nous entrer pour qu'on puisse l'enlever.

Son cœur fit une embardée quand il comprit qui se trouvait à moins de vingt mètres de lui.

Harry.

- Vous n'auriez pas dû venir, murmura Hagrid en s'écartant quand même.

Il entendit distinctement des bruits de pas sur les marches de bois, et aperçut même trois paires différentes de chaussures – sûrement le fils Weasley et la sorcière du Chat –, puis la porte se referma sur son filleul et ses amis.

Il n'était pas surpris qu'Harry vienne rendre visite à Hagrid – il avait pu les observer durant l'examen de Soins aux Créatures Magiques et il y avait une complicité certaine entre les deux – mais il ne devait pas vraiment avoir le droit d'être là s'il avait utilisé la cape de James.

Il déglutit – sûrement un peu trop humainement pour un chien – et pas seulement car de nombreux souvenirs faisaient pression à l'arrière de son crâne pour se dérouler devant ses yeux.

Il devait y avoir des mesures de sécurité – les mêmes que celles qu'il avait connu lors de sa septième année, quand la guerre était arrivée jusqu'à Pré-au-Lard – et il était sans aucun doute la raison pour laquelle elles avaient été remises au goût du jour.

Même si cela constituait un risque – Remus pouvait surgir, de nulle part, et le reconnaître –, il fit un premier pas vers la cabane. S'il se faufilait dans le potager, il pourrait sans doute apercevoir Harry de plus près – aussi près que l'été dernier – et après ces derniers mois de solitude, il en avait viscéralement besoin.

Dans la cabane, quelque chose se brisa et le cri aigu de la sorcière le sortit de sa torpeur.

- Ron ! C'est... C'est incroyable ! Croûtard !

Le Chat feula, mais il n'avait pas besoin de cette confirmation pour comprendre.

La surprise faillit lui faire perdre le fil avec sa transformation.

A vrai dire, ses pattes avaient déjà commencé à retrouver allure humaine quand un sursaut de lucidité lui permit de reprendre le contrôle.

Il lui fallut une poignée de longues secondes pour contenir la pulsion de débarquer dans la cabane d'Hagrid pour réduire Peter en charpie à main nue s'il le fallait.

Pas deux fois ! Pas deux fois... Réfléchis, Black... Respire une bonne fois et utilise ta putain de cervelle pour changer !

Le monde tournait étrangement autour de lui quand il fit un premier pas en arrière, retrouvant la sûreté de la Forêt Interdite.

Son sang chantait des promesses de vengeance quand il recula d'un second pas.

Il sut qu'il avait fait le bon choix quand il entendit les bruits de voix au loin.

Quatre silhouette – deux grandes encadrant deux plus petites – descendaient le parc droit sur la cabane d'Hagrid. Il reconnut facilement Dumbledore à sa barbe et sa tenue colorée, puis le Premier Ministre de la Magie – principalement parce que c'était sûrement le seul sorcier qui portait un chapeau melon et vert – et il ne s'éternisa pas pour identifier les deux autres.

Il ne pouvait définitivement pas attaquer maintenant. Face à cinq hommes, dont Dumbledore, un demi-géant et un homme armé d'une hache, il serait intercepté avant même d'avoir atteint Pettigrow, sans oublier que, dans l'espace réduit de la cabane, le terrain était clairement à l'avantage d'un rat.

Il se faufila donc un peu plus sous le couvert des arbres et remonta la lisière de la forêt pour se rapprocher le plus possible du château.

Harry et ses deux amis ne manqueraient pas de passer à proximité de lui et si Pettigrow se trouvait avec lui – ce qui était probable, car Ron repartirait sans doute avec son rat –, il pourrait attaquer.

Face à trois adolescents, il avait bon espoir d'avoir le dessus et de pouvoir tuer Peter avant même que l'un d'entre eux ait le temps de réagir.

Il n'eut pas longtemps à attendre.

- AÏE ! Il m'a mordu !

L'exclamation de douleur lui apprit qu'Harry et ses amis étaient bien plus proches que ce qu'il avait imaginé, et que Pettigrow se trouvait avec lui.

Il se ramassa sur lui-même, prêt à bondir de l'obscurité à la moindre occasion.

Si seulement ils n'étaient pas sous cette fichue cape !

Il n'avait qu'une vague idée de l'endroit où étaient les trois adolescents et, s'il voulait que son effet de surprise soit total, il ne pouvait pas bondir à l'aveugle.

Il glapit de frustration. S'il avait été sous sa forme humaine, peut-être en aurait-il pleuré.

Il n'avait pas été aussi proche de sa vengeance depuis la fois où il avait failli avoir Pettigrow dans le dortoir de Gryffondor.

Il ne pouvait pas le laisser lui échapper encore.

Peter allait payer pour le mal qu'il avait fait et pour celui qu'il ne manquerait pas de faire si l'occasion se présentait.

Soudainement, la situation tourna à son avantage.

Le Chat avançait d'un pas sûr, son corps aplatit sur le sol, ses oreilles pointées vers l'avant.

S'il avait eu besoin d'une confirmation sur le fait que les chats arrivaient à voir à travers la cape d'invisibilité, il l'aurait eu ce soir.

- Croûtard ! NON !

Pettigrow quitta la protection de la cape d'invisibilité d'un seul bond, le Chat se lança à sa poursuite dans une feulement mauvais, et le fils Weasley rejeta la cape d'invisibilité pour les suivre.

Son cœur accéléra dans sa poitrine et il faillit bondir à son tour, mais il se retint.

Le fils Weasley courut après le Chat et le rat sur une cinquantaine de mètres, puis se jeta au sol.

- Je t'ai eu ! File d'ici, sale chat !

Sirius s'élança.

Le bruit de sa course attira l'attention de son filleul, et il s'interposa, sa main enfouie dans sa cape pour saisir sa baguette.

Il n'avait pas le temps de faire dans la finesse. Il bondit, atterrit sur la poitrine de son filleul et ils roulèrent au sol. Il se redressa aussi vite qu'il le put, rageant contre ses forces qui le quittaient à toute vitesse – l'hiver l'avait affaibli –.

Le fils Weasley était debout à présent, serrant Pettigrow contre lui d'une main, et essayant de s'interposer à son tour de l'autre.

Il bondit à nouveau et, cette fois, ses crocs se refermèrent sur le bras du gamin, l'entraînant au sol sans autre forme de procès.

Il chercha des yeux un refuge – quelque part où il pourrait régler le cas de Pettigrow sans que personne ne puisse les interrompre – et ses yeux se posèrent sur le Saule Cogneur.

Évidemment.

Il s'élança à toute vitesse, traînant le gamin derrière lui, l'imminence de sa victoire lui donnant des ailes.

Il réussit à passer sous la garde du Saule Cogneur sans que celui-ci n'ait le temps de réagir et s'engouffra dans le tunnel.

Le fils Weasley tenta de le retenir en utilisant ses jambes et il dut tirer pour l'entraîner dans le tunnel.

Le crac sonore précéda d'une seconde un cri de douleur déchirant.

Il ignora la culpabilité et reprit son chemin.

Il n'eut pas besoin de se concentrer sur l'endroit où il mettait les pieds. Il avait trop souvent emprunter ce passage, les nuits de pleines lunes, pour hésiter, ou pour avoir oublier où se situaient les endroits glissants et ceux où le boyau se resserrait.

Derrière lui, le fils Weasley avait cessé de se débattre – sûrement à cause de la douleur – et seuls quelques gémissements lui échappaient de temps à autre.

Une autre fois, il se serait senti misérable en réalisant que du sang humain dégoulinait de sa gueule, et qu'il malmenait un gosse qui avait l'âge de son filleul – son meilleur ami qui plus est – mais comme au cœur de la guerre, douze ans plus tôt, il n'avait pas le luxe de s'appesantir sur les dégâts collatéraux.

Il entendait toujours Peter se débattre et il était reconnaissant au fils Weasley de ne pas l'avoir lâcher. Le Chat n'était pas loin – il pouvait sentir son odeur derrière lui – et il ne manquerait pas de prendre le rat en chasse – et de l'attraper – mais il préférait de loin que les choses soient un peu simples pour changer.

Il déboucha enfin dans la Cabane Hurlante et la bouffée de nostalgie le fit hésiter une folle seconde.

La dernière fois qu'il était venu ici, il était sur la trace de Pettigrow, et il avait presque réussi à l'avoir. Il n'avait pas osé mettre les pieds ici depuis son arrivée à Poudlard, de peur que les Aurors aient eu vent de ce que représentait la vieille baraque brinquebalante pour l'adolescent qu'il avait été.

Le fils Weasley profita de son temps d'arrêt pour essayer de récupérer son bras dans un grognement et il resserra sa prise par réflexe, arrachant un cri au gamin.

En baissant les yeux, il lui trouva le teint verdâtre et le regard de quelqu'un qui luttait pour rester conscient.

Pourtant, sa main libre était toujours crispée sur la poche de sa cape, malgré le fait qu'elle était égratignée d'avoir frotté contre le sol inégal du tunnel.

Il devait vraiment tenir à son rat.

Tout en se promettant de se faire pardonner plus tard – quand Peter serait mort –, il prit la direction de l'étage.

Si jamais Harry et la sorcière du Chat allaient chercher de l'aide – ce dont il doutait connaissant les Potter –, les grincements du plancher du rez-de-chaussée joueraient à merveille leur rôle d'alarme.

Hisser un poids mort à la seule force de ses pattes dans un escalier abrupte se révéla être de trop pour Patmol. Plus il tardait à se mettre en sécurité à l'étage, plus il laissait une chance à Pettigrow de trouver un moyen de s'échapper.

Sans oublier que le gamin allait vraiment finir par s'évanouir, ou il allait lui déboîter l'épaule en plus de la morsure et de sa jambe cassée.

Où qu'ils soient, Fabian et Gideon ne devaient pas apprécier le spectacle.

A regret, il retrouva forme humaine.

Les yeux du gamin s'écarquillèrent quand il le reconnut, puis il blêmit encore davantage, et essaya de s'éloigner.

Il l'agrippa par le col de sa cape avec force et récupéra sans mal la baguette.

Une étrange chaleur remonta le long de ses doigts et il sentit sa magie vibrer agréablement pour la première fois depuis douze ans.

En le voyant une baguette à la main, le gamin se mit à trembler.

- Pitié, ne me faites pas de mal, gémit-il.

- Arrange-toi pour que ce rat reste là où il est et je verrais ce que je peux faire.

Il ne reconnut pas sa propre voix – un grognement rauque plus qu'autre chose – mais le gamin sembla comprendre le message.

Vu l'angle que faisait sa jambe, il ne pouvait pas marcher, alors il agita la baguette.

- Levi corpus, grogna-t-il.

Son mouvement était un peu raide – Godric, c'était sûrement un miracle qu'il sache encore jeter un sortilège après tant de temps – mais la baguette obéit et le gamin quitta le sol.

Sirius le fit remonter l'escalier bien plus vite que s'il avait dû le porter, ses yeux fixés sur la poche où se trouvait Pettigrow.

Ses cris avaient diminué – il pouvait être résigné, mais l'histoire lui avait appris que Peter n'abandonnait jamais quand il s'agissait de sauver sa peau : il devait chercher un moyen de s'échapper – et il ne bougeait plus.

Il était pourtant là, et il n'avait qu'à tendre la main pour le toucher.

Patience, Patmol. Chaque chose en son temps.

La voix de James l'aida à apaiser l'impatience qui lui tordait le ventre. Il se concentra sur sa tâche et déposa bien vite le fils Weasley à côté du lit à baldaquin dans l'unique chambre de l'étage.

Le tissu rouge était plein de poussière, et largement attaqué par les doxys, mais il n'en restait pas moins majestueux à côté du reste de la pièce.

Le sol était ajouré à certains endroits, il pouvait sentir l'air frais au niveau de la fenêtre barrée de planches, et c'était sans doute un miracle qu'il n'y ait aucune marque de griffes sur les murs.

De mémoire, Lunard n'avait jamais exploré l'étage de la Cabane Hurlante.

Le Chat renifla les chaussures du gamin, puis sauta sur le lit et commença à ronronner, sa queue soulevant de la poussière à chaque fois qu'elle bougeait sur le tissu, ses yeux jaunes fixés sur l'endroit où était Pettigrow.

Il ne s'attarda pas au chevet du gamin – il était toujours livide et braquait un regard méfiant sur lui, mais ne donnait pas l'impression de vouloir tenter quoique ce soit – et rejoignit l'ombre à l'opposé de la pièce.

Ce n'était pas la cachette idéale, mais face à deux adolescents – dont un Potter qui ne penserait qu'à secourir son ami dès qu'il le verrait –, cela suffirait sans doute.

Les escaliers ne tardèrent pas à grincer, annonçant l'arrivée de son filleul et de son amie, et il déglutit pour faire disparaître la boule coincée dans sa gorge.

Pour la première fois depuis douze ans, il allait se trouver dans la même pièce que son filleul et sous forme humaine.

Et Harry n'avait pas la moindre idée de ce qu'il représentait pour lui...

Peter eut le mauvais goût de couiner à ce moment-là et si la porte n'avait pas été ouverte à la volée, il se serait sans doute jeter sur le gamin pour le récupérer, et il l'aurait tué sur le champ.

C'était de sa faute s'il était un étranger pour son filleul !

Puis la tête couronnée d'épis de Harry débarqua dans la pièce et il dut lutter contre la nostalgie en le voyant se précipiter auprès de son ami.

- Ron... Comment tu te sens ? demanda Harry, l'inquiétude faisant trembler sa voix.

- Où est le chien ? s'inquiéta la sorcière du Chat.

- Ce n'est pas un chien, gémit Ron, les mâchoires serrées par la douleur. Harry, c'est un piège...

- Quoi ?

- Le chien, c'est lui... C'est un Animagus...

Harry et la sorcière se tournèrent vers lui, un mélange d'incompréhension et de peur mêlées sur leur visage. Il fit un pas en avant, refermant la porte d'un geste assuré au passage.

Harry écarquilla les yeux – ceux de Lily – puis le dévisagea, un air mauvais sur le visage.

Il ressemblait tellement à James avec une expression pareille qu'il ne put retenir un rictus à défaut de pouvoir hurler de rage.

- Expelliarmus !

Les baguettes magiques des deux adolescents décrivirent une courbe élégante dans les airs et il les attrapa au vol, la guerre ayant gravé certains réflexes au plus profond de lui. Il fit ensuite un pas vers Harry, incapable de rester loin de lui, pas après tant d'années.

- Je pensais bien que tu viendrais aider ton ami, lança-t-il d'une voix malhabile, sa langue comme engourdi dans sa bouche.

Ces dernières années, il avait renoncé à se parler à lui-même à voix haute de peur de se trahir auprès des gardiens quand ses forces diminuaient, et toutes les vraies conversations qu'il avait eu ne devaient pas remplir plus de dix minutes de silence.

- Ton père aurait fait la même chose pour moi. Très courageux de ta part de ne pas être allé chercher un professeur. Je t'en suis reconnaissant... Ça va rendre les choses beaucoup plus faciles...

Les traits de son filleul se crispèrent, son regard s'assombrit et il fit un premier pas vers lui.

Comme si ses deux amis s'attendaient à ce genre de réaction, ils lui attrapèrent chacun un bras, même Ron.

C'était sans doute parce qu'il savait que son ami avait une jambe cassée qu'Harry ne chercha pas à se dégager aussitôt.

- Non, Harry, souffla la sorcière du Chat.

Le fils Weasley se redressa un peu plus, vacillant à cause de son équilibre précaire et son teint devenant encore plus verdâtre à cause de la douleur.

- Si vous voulez tuer Harry, il faudra nous tuer aussi ! dit-il avec défi, son menton redressé et un regard brûlant.

L'espace d'une folle seconde, il revit les jumeaux Prewett, farouches guerriers de l'Ordre.

Il cligna les yeux, et ce fut leurs corps qu'il découvrit juste devant lui.

- Allonge-toi, dit-il à Ron, essayant de rendre sa voix la plus douce possible. Tu vas te faire encore plus mal à ta jambe.

Ron serra les dents et s'agrippa encore plus à Harry, plus pour rester debout que pour empêcher son ami de se jeter sur lui.

- Vous m'avez entendu ? Vous devrez nous tuer tous les trois !

L'idée qu'il puisse s'être échappé d'Azkaban pour tuer trois gamins – dont son filleul – était tellement ridicule, qu'il faillit éclater d'un rire moqueur.

Il se contint toutefois.

Peter ne couinait plus dans la poche de Ron, et semblait même s'être tout à fait calmé. Il était à l'écoute, sans doute essayait-il d'anticiper la suite des événements pour savoir quand il pourrait tenter de s'échapper.

- Il n'y aura qu'un meurtre, ce soir, grogna-t-il, avant qu'un rictus n'étire ses lèvres.

Cette nuit, Peter Pettigrow allait payer pour ses crimes. Il rêvait depuis des mois d'une longue agonie, juste pour lui faire regretter le plus longtemps sa trahison et tout le mal qu'il avait fait, mais son public changeait ses plans.

Ca serait sans doute moins satisfaisant, mais du moment qu'il terminait avec le sang de son ancien frère sur les mains, il saurait s'en contenter.

- Et pourquoi ça ? lança Harry en essayant de se dégager de Ron et de la sorcière du Chat, qui le tenaient toujours. Vous n'avez pas eu ce genre de scrupule, la dernière fois. Vous n'avez pas hésité à tuer tous ces Moldus pour assassiner Pettigrow... Qu'est-ce qui se passe, vous vous êtes ramolli, à Azkaban ?

Il cligna des yeux, décontenancé par la haine dans la voix de Harry.

- Harry ! gémit la sorcière. Tais-toi !

- IL A TUE MON PERE ET MA MERE !

Les mots furent autant de coups qui le touchèrent droit au cœur, comme si Harry venait de vider un chargeur entier d'une arme moldue droit sur sa poitrine. L'image des corps de James et Lily à Godric's Hallow dansa devant ses yeux, et avant qu'il n'ait eu le temps d'éloigner ses fantômes, Harry se précipitait sur lui.

Il saisit son poignet droit et fit dévier la pointe des baguettes loin de ses amis, puis lui asséna un violent coup de poing à la tempe de sa main libre.

Il ne put retenir un cri de douleur et de surprise mêlée, puis vacilla légèrement. Harry en profita pour le pousser avec force.

Ils tombèrent au sol.

Il eut vaguement conscience des cris de la sorcière et de Ron, tout comme il sentit à peine les coups de son filleul sur son corps décharné – il en avait vu d'autres, Cramer y avait veillé – car au moment où son corps avait percuté le plancher, les cris de Peter avaient repris.

Il tenta de reprendre le contrôle sur les trois baguettes – s'il devait viser le fils Weasley pour avoir Peter, il n'hésiterait pas longtemps – mais Harry tenait bon, ses doigts habitués à ne pas lâcher un balai facilement.

Les cris de Peter redoublèrent, et Ron eut même un juron.

Il ne voulait pas faire de mal à Harry – Merlin en soit témoin, il préférerait mourir plutôt que manquer à ses devoirs de parrain – mais il devait aussi le protéger du mal que pouvait lui causer Pettigrow.

Malgré lui, sa main se referma sur la gorge de son filleul et il serra.

- Non... grogna-t-il, le souffle court et une méchante douleur dans son flanc droit. J'ai attendu trop longtemps...

Le visage de Harry était de plus en plus rouge. Il avait arrêté de le ruer de coups, et ils finiraient sans doute par s'évanouir.

Je suis désolé, bonhomme.

Soudainement, un pied passa brièvement dans son champ de vision et une douleur lancinante explosa sur la moitié gauche de son visage. Le monde tourna autour de lui, le goût du sang envahit sa bouche.

Il eut vaguement conscience que quelque chose tombait sur sa main droite puis il y eut un cri – la voix de Harry, mais son cerveau ne réussit pas à mettre du sens derrière le bruit – et quand il retrouva un semblant de cohérence, il était allongé au sol, ses bras en croix, une méchante douleur dans le poignet droit, et la partie gauche de son visage pulsait.

Il leva les yeux et trouva Harry, l'air résolument mauvais de sa mère sur ses traits, sa baguette pointée sur lui.

Une part de lui se sentit impressionné par ce gamin de presque quatorze ans qui le menaçait sans même que sa main tremble.

- Tu vas me tuer, Harry ? murmura-t-il.

Il avait l'impression que l'un de ses pires cauchemars était en train de se jouer sous ses yeux. Il ne manquait plus que Maellyn pour que le tableau soit complet.

- Vous avez tué mes parents, dit Harry.

La douleur qui fit trembler la voix de son filleul fut plus difficile à encaisser que le coup de pied qu'il venait de recevoir. Il déglutit difficilement, la culpabilité serrant son cœur au point de lui donner envie de vomir.

Pettigrow eut la mauvaise idée de reprendre ses couinements dans la poche de Ron, et sa haine lui rappela qu'Harry n'avait pas entièrement raison.

- Je ne le nie pas, dit-il. Mais si tu connaissais toute l'histoire...

Le visage de son filleul vira au rouge et ses yeux devinrent si brillants que, l'espace d'une seconde, il eut l'impression de retrouver celui de Lily.

- Toute l'histoire ? répéta Harry. Vous les avez vendus à Voldemort, c'est tout ce que je sais !

Une autre fois, il se serait senti infiniment fier de son filleul pour oser prononcer le nom de Voldemort, quand des centaines d'adultes n'osaient toujours pas le faire.

Seulement, il reconnut dans le ton de l'adolescent cette inflexibilité qui précédait toujours les tempêtes chez les Potter.

Son temps était compté.

- Il faut que tu m'écoutes, dit-il. Tu le regretteras si tu ne le fais pas... Tu ne comprends pas...

- Je comprends beaucoup mieux que vous ne le croyez, dit Harry d'une voix qui tremblait de plus en plus. Vous, vous ne l'avez jamais entendue, ma mère... ma mère qui essayait d'empêcher Voldemort de me tuer... Et c'est vous qui avez fait ça... C'est vous...

Si c'était possible, il eut l'impression que son cœur se décrochait de sa poitrine.

Et tombait, tombait, tombait...

Harry avait raison. Il ne savait pas. Il ne pouvait qu'imaginer Lily supplier Voldemort pour sauver son fils unique, alors qu'elle venait tout juste de perdre James. Il ferma les yeux une folle seconde, et il revit les sillons que les larmes avaient creusées le long des joues de sa sœur quand il l'avait retrouvée trop tard.

Beaucoup trop tard.

Qui était-il pour priver Harry de sa vengeance ?

Il n'était pas celui qui avait vendu les Potter à Voldemort – pas directement – mais il avait failli à sa promesse, échoué à protéger les Potter, abandonné Harry aux griffes de Pétunia Evans...

Le Chat le coupa dans ses réflexions. Comme s'il avait compris que Harry voulait lui faire du mal, il s'installa sur sa poitrine, plantant ses griffes dans le fin tissu de sa tenue de bagnard.

Il cilla, plus pour éloigner les souvenirs des corps de James et Lily de sa mémoire, que pour reprendre le fil de ce qui se passait autour de lui, et surprit son reflet dans les yeux jaunes du Chat.

Prostré au pied du mur – littéralement –, il n'avait pas fière allure, et il était loin de l'image du dangereux fugitif placardée un peu partout à Pré-au-Lard.

- Va-t-en, murmura-t-il, en essayant de repousser le Chat.

Il enfonça encore plus ses griffes dans le tissu dans une réponse sans équivoque, avant de tourner la tête vers Harry et il ne put que l'imiter.

A sa plus grande surprise, il vit le doute s'installer sur le visage de son filleul. Comme si sacrifier un chat pour l'atteindre était un prix trop lourd à payer, quand bien même il était responsable de la mort de ses parents.

Sa gorge se serra face à une tel constat.

James aurait sans doute fait pareil, lui qui avait toujours refusé de se rabaisser au niveau des Mangemorts durant toute la guerre, croyant aux mêmes idéaux qu'Albus Dumbledore, préférant désarmer plutôt que tuer, faisant toujours son possible pour capturer ses adversaires vivants.

Lily n'avait jamais eu ces états d'âmes-là.

Ils tuent des gens comme moi, James. Par Merlin, ils tuent des enfants ! Je ne vais certainement pas les épargner.

Elle n'avait jamais utilisé d'Impardonnables, mais elle n'avait jamais retenu ses sortilèges.

Le silence s'épaississait de seconde en seconde. Il entendait chacune de ses respirations sifflantes, celle hachée par la douleur du fils Weasley, le silence inquiétant de la sorcière et la déglutition forcée d'Harry.

Aucun d'entre eux ne loupèrent les bruits de pas au rez-de-chaussée.

- ON EST ICI ! hurla la sorcière. ON EST ICI AVEC SIRIUS BLACK ! VITE !

Il sursauta, son cœur se lança dans une course contre la montre, et il chercha Pettigrow des yeux.

Non, non, NON !

Il ne pouvait pas échouer si près du but ! Il avait retrouvé Peter. Il allait le tuer. Venger James et Lily ! Il ne pouvait pas le laisser s'échapper une fois de plus !

Il aurait aimé se redresser et se lancer sur le fils Weasley, lui arracher le rat et lui briser la nuque d'un simple geste, même si c'était sans doute une mort trop rapide compte tenu du mal qu'il avait fait.

Face à lui, Harry raffermit sa prise sur sa baguette, et il vit ses lèvres commencer à bouger, tandis que des bruits de pas dans les escaliers annonçaient l'arrivée des renforts.

La porte s'ouvrit à la volée dans une pluie d'étincelles rouges et il tourna la tête à temps pour voir Remus entrer dans la pièce, le visage livide et sa baguette magique à la main. Son regard fit le tour de la pièce, s'arrêtant sur Ron et sa jambe brisée, sur la sorcière recroquevillée près de la porte, sur Harry qui le menaçait, pour finir sur lui.

Il s'attendait à trouver ce regard froid qu'il lui avait réservé pendant de longs mois après l'épisode de la Cabane Hurlante.

Il crut rêver en croisant des yeux ambres particulièrement brillants.

L'échange ne dura qu'une seule seconde, mais il sentit l'espoir lui revenir.

Remus était-il à nouveau de son côté ?

- Expelliarmus !

La baguette de Harry et les deux autres que tenaient la sorcières s'envolèrent pour terminer dans la main ouverte de Remus.

Lunard s'approcha de lui.

- Où est-il, Sirius ?

Il eut du mal à en croire ses propres oreilles. Comment Remus aurait-il pu savoir ? Le piège de Pettigrow avait été parfait, il était sans aucun doute le seul à savoir qu'il était encore vivant, et pour tout ce qu'il en savait, Remus devait penser qu'il était le parfait coupable.

Après tout, il lui avait comprendre avant la mort des Potter qu'il pensait qu'il était le traître...

Le regard de Remus se fit plus insistant, alors il décida de remettre ses questions à plus tard – quand ils auraient tué Peter, ils auraient tout le temps de parler – et leva la main en direction de Ron.

Pettigrow avait beau se tenir parfaitement silencieux et immobile dans la poche du fils Weasley, Remus sembla comprendre.

- Mais, dans ce cas... murmura Remus sans le lâcher des yeux, cette expression concentrée qui avait toujours transformé les idées farfelues de James en plan méticuleux sur le visage. Pourquoi ne s'est-il pas montré avant ? A moins que...

Les yeux de Remus s'écarquillèrent et son regard se fixa au loin.

- A moins que ce soit lui qui... A moins que vous ayez changé de... Sans me le dire ?

Il ravala les regrets – Merlin en soit témoin, s'il avait su ouvrir les yeux et qu'il était parti trouver Remus au lieu de se lancer à la poursuite de Pettigrow seul, tout aurait pu être différent – et hocha la tête lentement.

- Professeur Lupin, intervint Harry d'une voix forte. Qu'est-ce qui...

Remus l'ignora et abaissa sa baguette. Sans vraiment oser y croire, Sirius le vit s'approcher un peu plus de lui, une main tendue dans sa direction.

Il hésita avant d'attraper la main et il ne résista plus quand Remus le remit sur ses pieds, obligeant le Chat à sauter au sol, avant de l'étreindre comme ils s'étaient étreints des centaines de fois.

Avant.

En retrouvant l'odeur familière de son frère, et en sentant le bras solide derrière ses épaules, Sirius eut l'impression de redevenir vivant.

Au moins un peu.

- Maellyn aussi est vivante ! Elle est à Poudlard, Sirius... Ta...

- Je sais, grogna-t-il.

- Tu sais ?

- Narcissa s'est occupée d'elle pour moi.

Remus resserra un peu plus ses bras, et Sirius se convainquit enfin qu'il n'était pas en train d'halluciner.

- Je suis désolé, Patmol, souffla-t-il.

- CE N'EST PAS VRAI ! hurla la sorcière.

Remus le relâcha dans un sursaut et se tourna vers son élève.

- Vous... Vous... balbutiait-elle, les yeux exorbités, en pointant le doigt sur Remus.

- Hermione...

- Vous et lui !

- Hermione, calmez-vous...

- Je n'ai rien dit à personne ! s'écria Hermione d'une voix aiguë. J'ai gardé le secret...

- Hermione, écoutez-moi, je vous en prie ! s'exclama Remus, comme s'il savait pertinemment à quoi elle faisait référence. Je vais vous expliquer...

Je vous ai fait confiance ! hurla Harry à son tour, la voix frémissante d'indignation. Et en fait, vous étiez son ami !

Son filleul semblait aussi en colère maintenant qu'il l'avait été quelques secondes avant de se jeter sur lui.

- Vous vous trompez, dit Remus. Pendant douze ans, je n'ai pas été l'ami de Sirius, mais maintenant, je le suis... Laissez-moi vous expliquer...

NON ! s'exclama Hermione. Harry, ne crois pas ce qu'il te dit, c'est lui qui a aidé Black à s'introduire dans le château, lui aussi veut te tuer... C'est un loup-garou !

Par habitude, il jeta un regard noir à l'adolescente qui venait d'utiliser la condition de Remus comme s'il s'agissait d'une insulte.

Il y eut un silence pesant. Les regards des trois gamins s'étaient tournés vers Remus qui, une fois n'était pas coutume, resta étonnamment calme tandis que sa maladie lui était crachée au visage.

- D'habitude, vous êtes plus brillante que cela, Hermione, dit-il. Là, vous n'avez qu'une seule bonne réponse sur trois. Je n'ai pas aidé Sirius à pénétrer dans le château et je n'ai pas la moindre intention de tuer Harry...

Une ombre passa sur son visage.

- En revanche, reprit-il, je reconnais que je suis un loup-garou.

Le fils Weasley essaya à nouveau de se lever, mais il retomba presque aussitôt dans un gémissement de douleur. Remus fit un pas vers lui, l'air inquiet.

Arrière, loup-garou ! balbutia le gamin.

Il retint difficilement un grognement mauvais.

Remus, lui, s'immobilisa, sembla prendre sur lui, puis se tourna vers Hermione.

- Depuis quand savez-vous ?

- Depuis longtemps, murmura Hermione. Depuis que le professeur Rogue nous a donné ce devoir à faire...

- Il en serait ravi, répondit Lupin, glacial. Il l'a donné en espérant que quelqu'un comprendrait la signification de mes symptômes. Avez-vous consulté le calendrier lunaire et constaté que j'étais toujours malade au moment de la pleine lune ? Ou avez-vous compris que l'épouvantard se changeait en lune chaque fois qu'il me voyait ?

- Les deux, répondit Hermione à voix basse.

Lupin eut un rire forcé.

- Je n'ai jamais rencontré une sorcière de votre âge aussi intelligente que vous, Hermione.

Sirius secoua la tête. Remus avait souvent tendance à oublier que James et lui avaient tout juste douze ans quand ils avaient commencé à avoir des doutes.

- Ce n'est pas vrai, murmura Hermione. Si j'avais été un peu plus intelligente, j'aurais raconté à tout le monde qui vous étiez !

- Mais ils le savent déjà, répondit Remus. Les professeurs en tout cas.

- Dumbledore vous a engagé en sachant que vous étiez un loup-garou ? dit Ron, scandalisé. Il est fou ?

- Certains professeurs l'ont pensé, dit Remus. Il a eu beaucoup de mal à convaincre certains de mes collègues qu'on pouvait me faire confiance...

- ET IL AVAIT TORT ! s'écria Harry. VOUS L'AVEZ AIDÉ DÈS LE DÉBUT, ajouta-t-il en le montrant du doigt.

Sirius sentit l'impatience le gagner, et il préféra s'éloigner de Remus, et surtout de Harry.

Remus avait sans doute raison de vouloir tout expliquer aux gamins – Harry méritait sans doute de savoir la vérité – mais chaque seconde passée à bavarder était une seconde que Pettigrow pouvait mettre à profit pour s'échapper.

Godric en soit témoin, il ne répondrait plus de rien si ce sale petit rat lui filait une fois de plus entre les doigts.

Il se rapprocha donc de Ron et se laissa tomber sur le lit à baldaquin, avant d'enfouir sa tête dans ses mains pour retrouver un semblant de calme. Le Chat le rejoignit aussitôt et se blottit sur ses genoux en ronronnant.

Ron rampa pour s'écarter d'eux, les mains toujours crispées sur sa jambe.

A travers ses doigts écartés, il vit la bosse que formait toujours Pettigrow au fond de sa poche et ne le lâcha plus du regard.

Qu'il tente quelque chose. Juste un geste et il reprendrait la forme de Patmol pour planter ses crocs dans son maigre corps.

- Je n'ai pas aidé Sirius, dit Remus. Si vous voulez bien me laisser une chance de m'expliquer... Tenez...

Du coin de l'oeil, il vit Remus rendre leurs baguettes respectives au trois adolescents, puis ranger la sienne à sa ceinture.

Il dut se faire violence pour ne pas lever les yeux au ciel. Le geste était noble, mais Remus n'avait pas vu la sauvagerie dont étaient capable les trois gamins à mains nues. Il était peut-être en train de tout faire rater !

- Voilà. Vous êtes armés, nous ne le sommes pas. Vous allez m'écouter, maintenant ?

Il y eut un seconde de silence.

- Si ce n'est pas vous qui l'avez aidé, dit Harry avec méfiance, comment saviez-vous qu'il était ici ?

Les yeux toujours fixés sur le fils Weasley, il ne put s'empêcher d'écouter la réponse de Remus.

Comment, en effet ?

- La carte, répondit Lupin. La carte du Maraudeur. J'étais en train de l'étudier dans mon bureau...

La carte !

Bien sûr !

Lily avait veillé à ce que la carte révèle toujours la véritable identité de chaque personne qui apparaissait dessus.

- Vous savez vous en servir ? demanda Harry d'un air soupçonneux.

A la question de son filleul, Sirius réalisa douloureusement à quel point Pettigrow avait privé Harry de la vie qu'il aurait dû avoir.

Dans quelle réalité exactement le fils de Cornedrue ignorait qui étaient les Maraudeurs ?

- Bien sûr que je sais m'en servir, répliqua Remus avec impatience. J'en suis un des auteurs. Lunard, c'est moi, c'est comme ça que mes amis me surnommaient quand j'étais élève à Poudlard.

- Vous êtes un des auteurs de...

- Ce soir, je l'ai observée attentivement car j'étais sûr que vous tenteriez de sortir du château avec Ron et Hermione pour aller voir Hagrid avant l'exécution de l'hippogriffe. Et j'avais raison, n'est-ce pas ?

Le parquet mal ajusté de la pièce se mit à grincer sous les pas de Remus et l'air se chargea de l'odeur âcre de la poussière.

- Je pensais que vous aviez dû vous cacher sous la cape de votre père, Harry...

- Comment se fait-il que vous connaissiez l'existence de cette cape ?

- Si vous saviez combien de fois j'ai vu James disparaître dessous... Mais même dissimulés sous une cape d'invisibilité, vous apparaissiez sur la carte du Maraudeur. Je vous ai vus traverser le parc et entrer dans la cabane de Hagrid. Vingt minutes plus tard, vous avez quitté Hagrid et vous êtes revenus vers le château. Mais quelqu'un d'autre vous accompagnait à ce moment-là.

- Quoi ? dit Harry. Pas du tout !

- Je n'en croyais pas mes yeux, reprit Remus sans relever l'interruption de Harry. J'ai cru que la carte se trompait. Comment pouvait-il se trouver avec vous ?

- Il n'y avait personne avec nous ! s'exclama Harry.

- Et puis j'ai vu un autre point noir qui se précipitait vers vous. La petite étiquette indiquait Sirius Black... Je l'ai vu qui vous heurtait de plein fouet. Je l'ai vu traîner deux d'entre vous sous le Saule cogneur...

- Un seulement ! s'écria Ron avec colère.

- Non, Ron, dit Remus en se rapprochant. Deux. Est-ce que je pourrais voir le rat ?

- Quoi ? Qu'est-ce que Croûtard vient faire là-dedans ?

- Tout, répondit Remus. Est-ce que je pourrais le voir ?

Ron hésita, puis il plongea la main dans sa poche.

Queudver apparut en se débattant de toutes ses forces. Ron dut l'attraper par la queue pour l'empêcher de fuir.

Il ne put retenir un sifflement mauvais, tandis que le Chat se redressait en feulant.

Remus fit un pas de plus vers le fils Weasley et détailla le rat avec attention.

- Quoi ? répéta Ron, l'air effaré, en serrant Croûtard contre lui. Qu'est-ce que mon rat vient faire là-dedans ?

- Ce n'est pas un rat, grogna-t-il en serrant les poings pour s'empêcher de lui arracher Pettigrow des mains.

- Bien sûr que si, c'est un rat.

- Non, dit Remus à voix basse. C'est un sorcier.

- Un Animagus, cracha-t-il. Il s'appelle Peter Pettigrow.

Il y eut un long moment de flottement, durant lequel il refusa de quitter Pettigrow du regard, satisfait de le retrouver aussi décharné qu'il l'était lui-même.

Il se souvenait pourtant de l'avoir vu replet et en bonne santé sur la photographie de La Gazette du Sorcier. De toute évidence, passer une année comme un fugitif ne lui avait pas réussi.

Il n'était pas au bout de ses peines.

- Vous êtes complètement cinglés tous les deux, dit Ron.

- Ridicule ! dit Hermione d'une voix faible.

- Peter Pettigrow est mort, c'est lui qui l'a tué il y a douze ans, dit Harry, la voix encore tremblante de colère.

L'accusation de son filleul fut comme un électrochoc, et il sentit son sang-froid se faire engloutir sous une vague de haine pure.

Il allait montrer à Harry la vérité !

- J'avais l'intention de le faire, grogna-t-il sans pouvoir retenir un rictus. Mais le petit Peter a réussi à m'avoir... Et ce soir, il ne m'aura pas !

Sans plus réfléchir, il se jeta sur Pettigrow, précipitant le Chat au sol. Le fils Weasley poussa un hurlement de douleur quand il tomba sur sa jambe cassée.

- Sirius ! NON ! hurla Remus en se précipitant sur lui.

Deux mains puissantes se refermèrent sur ses épaules et Lunard le tira en arrière sans ménagement.

- ATTENDS ! Tu ne peux pas faire ça comme ça... Il faut qu'ils comprennent... Nous devons leur expliquer...

- On leur expliquera après ! gronda-t-il en ruant avec force.

Il n'hésiterait pas à blesser le loup-garou pour atteindre Pettigrow, que Lunard ne se leurre pas sur ce dernier point.

Il crut presque avoir réussi quand il récupéra sa main droite.

Pettogrow – qui se débattait comme un forcené, griffant Ron dans le cou et au visage, hurlant aussi fort qu'un cochon sur le point de se faire égorger – était à une poignée de centimètres de ses doigts, si proche qu'il eut un cri de rage.

- Ils... ont... le... droit... de tout... savoir, haleta Remus. Pour Ron, c'était un compagnon ! Il y a même certaines choses que je n'ai pas encore comprises ! Et Harry... Tu dois la vérité à Harry, Sirius !

Malgré lui, il se figea.

Peter avait vendu James et Lily à Voldemort. Harry n'avait pas la moindre idée de ce qu'avait été les Maraudeurs.

Il ne savait pas à quel point Pettigrow méritait de mourir.

- Très bien, répondit-il finalement, sans pour autant quitter le rat des yeux. Dis-leur ce que tu voudras. Mais dépêche-toi, Remus. Je veux enfin commettre le meurtre pour lequel on m'a mis en prison...

- Vous êtes fous à lier, tous les deux, dit Ron d'une voix tremblante en regardant Harry et Hermione. Ça suffit comme ça, je m'en vais.

Il essaya de se relever en s'appuyant sur sa jambe valide, mais Remus reprit sa baguette magique et la pointa sur Pettigrow.

- Vous allez m'écouter, Ron, dit-il calmement. Mais tenez bien Peter pendant que je vous parle.

- IL NE S'APPELLE PAS PETER, IL S'APPELLE CROÛTARD ! hurla Ron en essayant de remettre le rat dans sa poche, mais celui-ci se débattait trop fort. Ron chancela, perdit l'équilibre et Harry se précipita pour l'aider à se rasseoir sur le lit.

Sirius vit son filleul l'ignorer royalement, comme s'il n'était même pas digne de croiser son regard – et il avait peut-être raison – puis il se tourna vers Remus.

- Il y a des témoins qui ont vu Pettigrow mourir, dit-il. La rue était pleine de monde...

- Ils n'ont pas vu ce qu'ils ont cru voir ! répliqua-t-il d'un ton féroce, le regard toujours fixé sur Pettigrow, qui se tortillait entre les mains de Ron.

S'il clignait des yeux, il savait qu'il revivrait des flashs de ce moment-là : l'air mauvais de Peter, les corps mutilés autour de lui, ses oreilles sifflantes et l'odeur de chair calcinée.

- Tout le monde a cru que Sirius avait tué Peter, dit Remus. Moi-même, je l'ai cru, jusqu'à ce que je voie la carte, ce soir. Car la carte du Maraudeur ne ment jamais... Peter est vivant. C'est lui que Ron tient entre ses mains, Harry.

Les couinements de Peter redoublèrent, comme s'il essayait de s'indigner d'une pareille affirmation.

- Professeur Lupin, dit finalement la sorcière, Croûtard ne peut pas être Pettigrow... C'est impossible, vous le savez bien...

- Pourquoi serait-ce impossible ? répondit Lupin d'un ton très calme, comme si la gamine venait de lui demander l'heure.

- Parce que... parce qu'on l'aurait su si Peter Pettigrow avait été un Animagus. On a étudié les Animagi avec le professeur McGonagall. Et j'ai vérifié en faisant mes devoirs : le ministère possède la liste des sorcières et des mages qui ont la faculté de se transformer en animaux. Il existe un registre qui indique de quel animal ils peuvent prendre la forme, avec leurs signes particuliers et tout ce qui permet de les reconnaître. J'ai consulté ce registre et j'y ai trouvé le professeur McGonagall, mais il n'y a eu que sept Animagi depuis le début du siècle et Pettigrow ne figure pas dans la liste...

Une autre fois, il aurait sûrement lever les yeux au ciel. Les seules personnes qu'il savait capables d'une minutie lors de la rédaction d'un devoir étaient Remus et Lily.

- Vous avez raison, Hermione ! dit-il. Mais le ministère n'a jamais su qu'il existait à Poudlard trois Animagi qui n'ont jamais été répertoriés.

Il retint difficilement une imprécation. Remus semblait bien décidé à tout reprendre depuis le début !

- Si tu veux vraiment leur raconter toute l'histoire, dépêche-toi, Remus, lança-t-il en croisant les bras sur sa poitrine, même si cela relança la méchante douleur le long de ses côtes. J'ai attendu douze ans, je n'ai pas envie d'attendre plus longtemps.

- Très bien, mais il faudra que tu m'aides, Sirius, dit Remus. Je ne connais que le début de l'histoire...

Il y eut un grincement soudain et il risqua un coup d'oeil par dessus son épaule – même si cela signifiait lâcher Pettigrow des yeux pendant une folle seconde –. La porte venait de s'ouvrir et il fronça les sourcils.

C'était étrange.

Remus dut penser la même chose car il s'avança et fouilla le palier du regard.

- Il n'y a personne...

- Cette maison est hantée, rappela Ron.

- Pas du tout, dit Remus qui regardait toujours la porte d'un air intrigué. La Cabane Hurlante n'a jamais été hantée... Les cris que les villageois entendaient, c'était moi qui les poussais. C'est d'ailleurs ici que tout commence. A l'époque où je suis devenu un loup-garou. Si je n'avais pas été mordu... et si je n'avais pas été si téméraire...

Sirius ferma les yeux pendant une seconde pour repousser les souvenirs, tandis que Remus entreprenait de raconter l'histoire des Maraudeurs depuis le tout début. Il ne se souvenait que trop bien de sa première rencontre avec James et Remus dans le train menant à Poudlard, de leur première incartade avec Rogue et Lily à propos de leur Répartition.

Il avait toujours eu l'intention de profiter de Poudlard pour échapper aux traditions des Black – loin de ses parents, et surtout de sa mère, il savait qu'il serait enfin libre – mais s'il n'avait pas rencontré James ce jour-là, peut-être qu'il aurait tout de même terminé à Serpentard, comme tous ceux qui l'avaient précédé.

Il n'expliquait toujours pas l'évidence qu'il avait eu, à onze ans, mais il s'y était raccroché pendant toute son adolescence.

Malgré ses efforts pour rester concentré sur Peter – qui continuait de couiner, comme si ça allait changer quelque chose maintenant que Remus gardait sa baguette pointée dans sa direction –, il ne pouvait pas ignorer complètement le récit de Lunard.

C'était sûrement un miracle qu'Azkaban n'ait pas réussi à détruire tous les souvenirs qu'il gardait de leur temps à Poudlard – les blagues, les nuits blanches dans le dortoir, la longue préparation pour devenir Animagus, les pleines lunes passées avec Lunard, les nombreux rebondissements entre James et Lily... – même s'il ne pouvait s'empêcher de penser que ça aurait sans doute été moins cruel d'oublier.

Lily lui manquait – atrocement –, James lui manquait – comme s'il avait perdu plus de la moitié de son âme cette nuit-là –, Remus lui avait manqué aussi, toutes ces années.

Et il ne parlait même pas de Judy et Maellyn...

Il serra les dents, les souvenirs tourbillonnants de plus en plus vite sous son crâne, menaçant de l'emporter s'il n'y prenait pas garde.

Sauf qu'il ne pouvait pas se le permettre. Il tenait enfin Pettigrow, il allait enfin venger James et Lily, il devait garder la tête froide.

- Dépêche-toi, Remus, grogna-t-il, tandis que Lunard terminait tout juste d'expliquer comment Cornedrue, Patmol et Queudver réussissaient à rendre les pleines lunes tolérables.

A la façon dont Remus raconta la suite – combien de fois leurs aventures avaient failli mal tourner, combien la confiance de Dumbledore était ce à quoi il tenait le plus aujourd'hui, à quel point il l'avait trahi du temps de Poudlard – Sirius ne put s'empêcher de penser que si James avait été là, il lui aurait sans doute fait une leçon de morale impitoyable, lui rappelant au passage qu'il ne les avait forcés à rien, et qu'ils avaient pris le risque de devenir Animagus en connaissance de cause.

Et que, lui le premier, ne regrettait rien.

- … Aussi, dans un sens, Rogue avait raison de se méfier de moi.

Le nom familier lui fit relever la tête. Il n'avait rien dit à la mention des potions Tue-Loup – dont il avait entendu parler à Azkaban – mais il avait du mal à concevoir que Servilus puisse avoir raison.

- Rogue ? Qu'est-ce que Rogue a à voir là-dedans ?

- Il est ici, Sirius, répondit Remus. Lui aussi est professeur dans cette école.

Il eut presque du mal à en croire ses oreilles ! Rogue, professeur ? Lui qui pensait déjà que la majorité de l'école – et surtout les Gryffondors – était particulièrement stupide du temps où il était élève ? De tous ceux avec qui il avait fait ses classes, Rogue était sans doute la dernière personne qu'il imaginait volontiers comme professeur.

A moins que...

Il avait entendu des histoires sur Rogue, du temps où il pouvait encore prétendre à des sorties dans la cour d'Azkaban et que Parker était encore gardien. Rogue était très mal vu par les anciens Mangemorts, parce qu'il avait été espion à la botte de Dumbledore durant la dernière année de la guerre. Les quelques renseignements qu'il avait bien voulu rapporter à l'Ordre lui avaient permis d'échapper à Azkaban...

Ça, et plusieurs noms.

Peut-être que Dumbledore voulait l'avoir à l'oeil, peut-être que Rogue n'était pas en sécurité loin de Poudlard, mais ça sentait l'arrangement à plein nez.

- ... Un jour, Sirius lui a fait une farce qui a failli le tuer, et à laquelle j'ai participé malgré moi...

Il eut une exclamation mauvaise, même s'il regrettait encore cette foutue blague.

S'il n'avait pas fauté, Remus aurait-il un jour cru qu'il ait pu trahir James et Lily ?

- C'était bien fait pour lui, dit-il avec dédain. Il était toujours en train de rôder autour de nous à essayer de savoir ce que nous préparions... en espérant qu'il parviendrait à nous faire renvoyer...

C'était sans doute un euphémisme quand il repensait à toutes les fois où le professeur Slughorn les avait punis pour leur blague, arguant qu'il avait un témoignage attestant de leur implication. Ils n'avaient sans doute jamais réalisé à quel point Rogue les suivait jusqu'à ce que la Carte soit au point et qu'il devienne évident qu'ils avaient une ombre accrochée à leurs chaussures.

- …. Mais votre père, qui avait eu vent de la farce de Sirius, a rejoint Rogue juste à temps et a réussi à le ramener au péril de sa propre vie. Rogue avait déjà atteint le bout du tunnel et il avait eu le temps de m'apercevoir. Dumbledore lui a formellement interdit de révéler le secret à quiconque mais, à partir de ce moment, il a su qui j'étais vraiment...

Un frisson remonta son échine décharné au souvenir de cette nuit-là. Il avait compris bien trop tard à quel point il s'était montré inconscient. Remus aurait pu tuer Rogue – non pas que cela aurait été une grosse perte, mais Remus ne se le serait sans doute jamais pardonné – et James aurait pu mourir en portant secours à Rogue – s'il était arrivé quelques secondes trop tard, s'il n'avait pas réussi à refermer la trappe... – et il n'aurait pas réussi à vivre avec une telle mort sur la conscience.

Quoique...

Il était toujours vivant aujourd'hui.

- C'est pour ça que Rogue ne vous aime pas, dit lentement Harry. Parce qu'il a cru que vous étiez complice de la farce ?

- Exactement, lança une voix glaciale derrière lui.

Il se détourna d'un bond, juste à temps pour voir Rogue se débarrasser de la cape d'invisibilité, avant de pointer sa baguette sur Remus.

- J'ai trouvé ceci au pied du Saule cogneur, dit Rogue en jetant la cape d'invisibilité par terre, sa baguette magique toujours pointée sur Lupin. C'est très pratique, Potter. Je vous remercie...

Au delà de son apparition à l'aube de sa vengeance, le fait qu'il avait osé utiliser la cape d'invisibilité de James lui fit serrer les poings et il dut se retenir de ne pas les lui balancer en plein visage, en souvenir du bon vieux temps.

Parce que Rogue n'avait pas tellement changé comparé au souvenir qu'il gardait de lui. Toujours ces cheveux gras, ce nez crochu, le teint blafard d'une personne qui ne passait pas assez de temps dehors – ce qui expliquait sans doute pourquoi il ne l'avait jamais aperçu dans le parc –.

En croisant son regard sombre, il comprit qu'il lui vouait toujours la même haine.

Il avait beau être légèrement essoufflé, son visage exprimait un sentiment de triomphe qu'il avait peine à dissimuler.

- Vous vous demandez sans doute comment j'ai su que vous étiez ici ? dit-il, les yeux étincelants. Je suis allé faire un tour dans ton bureau, Lupin. Tu avais oublié de prendre ta potion, ce soir. Alors je t'en ai apporté un gobelet. Et c'est une chance... Une chance pour moi, bien sûr. Sur ton bureau, j'ai trouvé une certaine carte. Il m'a suffi d'y jeter un coup d'oeil pour apprendre tout ce que je voulais savoir. Je t'ai vu courir le long de ce tunnel, puis disparaître...

- Severus... commença Remus.

Rogue ne le laissa pas poursuivre. Si c'était encore possible, il donna même l'impression de jubiler encore plus.

- J'ai répété au directeur que c'est toi qui as aidé ton vieil ami Black à s'introduire dans le château, Lupin, et en voici la preuve. Je n'aurais jamais pensé que tu aurais l'audace de revenir te cacher dans cet endroit...

- Severus, tu es en train de commettre une erreur, dit précipitamment Remus, en se décalant légèrement, juste pour se positionner entre Rogue et lui. Tu ne sais pas tout... Je vais t'expliquer... Sirius n'est pas venu ici pour tuer Harry...

Rogue n'écoutait pas et Peter avait cessé ses cris, sans aucun doute pour se faire oublier avant qu'il ne tente de s'échapper. Sirius se mit à chercher frénétiquement une solution des yeux.

Il ne pouvait pas laisser Rogue tout gâcher !

- Il y aura deux pensionnaires de plus à Azkaban, ce soir, dit Rogue. Je serais curieux de savoir comment Dumbledore va réagir en apprenant tout ça... Il était convaincu que tu étais inoffensif, Lupin... Un loup-garou apprivoisé...

- Espèce d'idiot, dit Remus de cette voix douce dont il avait appris à se méfier. Est-ce qu'une vieille rancune de collégien vaut la peine de renvoyer un innocent à Azkaban ?

BANG !

De petites cordes semblables à des serpents jaillirent de la baguette magique de Rogue et s'enroulèrent autour des chevilles, des poignets et de la bouche de Remus.

Sirius vit son ami perdre l'équilibre et lui lancer un regard impuissant, avant qu'il ne s'écrase sur le sol, soulevant un nuage de poussière au passage.

L'espace d'une seconde, il avait dix-sept ans à nouveau, Rogue venait de dépasser les limites en s'en prenant à l'un de ses amis – Remus et Pettigrow avaient toujours été ses cibles privilégiées – et il s'élança vers lui dans un rugissement, prêt à lui faire payer chèrement le sortilège.

Rogue réagit avec bien plus de vitesse que seize ans plus tôt.

Il se retrouva avec la pointe d'une baguette entre les deux yeux.

- Donne-moi une bonne raison, murmura Rogue, une seule bonne raison de le faire, et je te jure que je le ferai.

Il s'immobilisa. Si James et lui avaient toujours été convaincu de quelque chose, c'était bien que Rogue maîtrisait l'Avada Kedavra et qu'il n'était pas du genre à hésiter très longtemps quand il s'agissait de l'utiliser.

Comment pouvait-il en être autrement quand le même gamin avait inventé un sortilège tel que Sectumsempra à tout juste dix-sept ans ?

Il soutint le regard brûlant de haine de Rogue, sachant pertinemment qu'il ne pouvait empêcher le sien de lui répondre en politesse.

- Professeur Rogue, nous... nous pourrions peut-être écouter ce qu'ils ont à nous dire ?

La sorcière du Chat – Hermione, s'il avait bien compris – n'en menait pas large mais elle s'interposa quand même. Il eut presque un sourire en songeant qu'Harry s'était entouré de deux amis presque trop courageux pour leur propre bien.

- Miss Granger, il se peut que vous soyez exclue de cette école, répliqua sèchement Rogue. Vous, Potter et Weasley, vous vous trouvez hors de l'enceinte du château sans autorisation, en compagnie d'un criminel en fuite et d'un loup-garou. Alors, pour une fois dans votre vie, vous feriez bien de vous taire.

Les yeux de Rogue firent un aller-retour vers la gamine pour la fusiller du regard, mais trop rapidement pour qu'il ait une chance de mettre l'erreur à profit.

Il s'était retrouvé plus d'une fois dans une telle situation au cœur des batailles lors de la guerre. Il savait qu'il ne fallait pas grand chose pour que la roue tourne – une explosion, un cri, un sortilège qui passait trop près –.

- Mais si... s'il y avait un malentendu...

- TAISEZ-VOUS, IDIOTE ! s'écria Rogue, son visage soudainement déformé par la rage. NE PARLEZ PAS DE CE QUE VOUS IGNOREZ !

Cette fois, Rogue tourna la tête, mais des étincelles jaillirent de sa baguette magique et il faillit bien se retrouver avec une méchante brûlure en plus de son œil au beurre noire et du goût de sang dans sa bouche.

- Quelle douce vengeance, murmura Rogue en reportant son attention sur lui. J'espérais tellement être celui qui t'attraperait...

Même Harry ne l'avait pas fixé avec autant de haine avant de lui sauter dessus, et il pensait alors qu'il avait causé la mort de ses parents.

Rogue ne ferait pas l'erreur d'en venir aux mains, et il y avait peu de chance qu'il ait perdu ses réflexes durement gagnés au cours de la guerre, même s'il avait été du côté des perdants.

- Tu ne t'es jamais remis de cette blague, grogna-t-il. Si ce garçon emmène son rat jusqu'au château – il désigna Ron d'un signe de tête –, je te suivrai sans faire d'histoires...

Dumbledore écouterait, ou peut-être que Minerva McGonagall exigerait des explications, mais dans tous les cas, il aurait de meilleures chances de faire savoir la vérité que s'il essayait de convaincre Rogue maintenant.

- Jusqu'au château ? dit Rogue d'une voix doucereuse, une flamme mauvaise au fond de ses yeux noirs. Je ne crois pas que nous aurons besoin d'aller aussi loin. Il me suffira d'appeler les Détraqueurs dès que nous serons sortis du Saule cogneur. Ils seront ravis de te voir, Black... tellement ravis, qu'ils te donneront sûrement un baiser...

Il se sentit blêmir.

Il ne pouvait pas recevoir le baiser du Détraqueur, pas alors qu'il était si près du but, pas alors que Pettigrow était en position de force pour faire du mal à son filleul.

Pas avant qu'il n'ait revu sa fille une dernière fois.

- Il... Il faut que tu m'écoutes, dit-il de sa voix rauque, même si supplier lui coûtait. Le rat... Regarde ce rat...

Le regard de Rogue brillait d'une lueur démente qu'il ne lui avait jamais vu de temps de Poudlard et qui ressemblait beaucoup à celle qu'il avait parfois vu dans celui de Cramer.

Il sentit ses entrailles se geler en comprenant qu'il avait échoué.

- Venez tous, dit Rogue, son regard toujours vissé dans le sien..

Il claqua des doigts. L'extrémité d'une des cordes qui liaient Remus se dressa alors dans les airs et vint atterrir entre ses mains.

- J'emmène le loup-garou. Peut-être que les Détraqueurs auront envie de l'embrasser, lui aussi...

Dans sa bouche, la condition de Remus sonnait comme la pire des insultes, et il méritait sans doute plus le baiser des Détraqueurs que Lunard.

Il lui fit signe d'avancer et, en entendant les cris désespérés de Pettigrow, il faillit bien se jeter sur Ron et tenter le tout pour le tout.

S'il mourrait après l'avoir tué, il n'aurait presque pas de regrets.

Harry traversa la pièce à toute vitesse et se plaça devant la porte, son regard vert décidé et sa baguette pointée sur Rogue.

- Dégagez, Potter, vous avez suffisamment d'ennuis comme ça, lança Rogue. Si je n'étais pas arrivé à temps pour vous sauver la peau...

Harry secoua la tête.

- Le professeur Lupin aurait eu le temps de me tuer cent fois, cette année, dit Harry. Je me suis trouvé seul avec lui très souvent quand il m'apprenait à me défendre contre les Détraqueurs. S'il était vraiment un complice de Black, pourquoi n'en a-t-il pas profité pour me tuer ?

- L'esprit d'un loup-garou est insondable, répliqua Rogue dans un sifflement. Allons, dégagez le passage, Potter !

Une ombre passa sur le visage de son filleul, et Sirius sentit son cœur s'accélérer tandis qu'il réalisait quelque chose d'essentiel.

Peut-être Harry détestait-il Rogue autant que Rogue semblait le mépriser, ou peut-être prenait-il plus la défense de Remus que la sienne, mais il était dans son camp.

Au moins pour le moment.

- VOUS ÊTES LAMENTABLE ! explosa-t-il. SIMPLEMENT PARCE QU'ILS SE SONT MOQUÉS DE VOUS QUAND VOUS ÉTIEZ DANS LA MÊME CLASSE, VOUS REFUSEZ D'ÉCOUTER...

- SILENCE ! JE VOUS INTERDIS DE ME PARLER SUR CE TON ! hurla Rogue qui paraissait de plus en plus dément. Tel père, tel fils, Potter ! Je viens de vous sauver la mise, vous devriez me remercier à genoux ! Vous auriez été bien avancé s'il vous avait tué ! Vous seriez mort comme votre père, trop arrogant pour croire que vous auriez pu vous tromper sur Black... Et maintenant, écartez-vous, ou bien c'est moi qui vous règle votre compte ! DÉGAGEZ, POTTER !

L'entendre insulter James fut la goutte de trop et il se détourna, décidé à risquer le tout pour le tout et à se jeter sur Rogue, et tant pis s'il terminait avec un sortilège en pleine poitrine.

James avait été dix fois l'homme que Rogue pouvait seulement rêver d'être ! Il ne le laisserait pas en parler de cette façon, et encore moins devant Harry !

Son filleul fut plus rapide.

- Expelliarmus ! s'exclama-t-il.

Il ne fut pas le seul à prononcer la formule. Il y eut une détonation qui fit trembler la porte sur ses gonds. Rogue fut projeté en l'air, s'écrasa contre le mur et glissa sur le plancher, un filet de sang coulant sur son visage.

Assommé.

La baguette magique de Rogue décrivit un arc de cercle et alla atterrir sur le lit, à côté du Chat.

Il resta ébahi une folle seconde et se tourna vers Harry avec un temps de retard.

- Tu n'aurais pas dû faire ça, dit-il en dévisageant son filleul, lui trouvant cet air déterminé si familier. Tu aurais dû me le laisser.

Harry évita son regard, une expression sur le visage qu'il ne sut pas lire.

- On a attaqué un professeur... On a attaqué un professeur... gémit Hermione qui fixait Rogue, toujours inconscient, avec des yeux terrifiés. On va avoir des ennuis épouvantables...

C'était presque amusant que cette gamine ait plus peur de se faire punir que d'être dans la même pièce qu'un loup-garou et un meurtrier en cavale.

Harry aida Remus à se libérer des liens de Rogue.

- Merci, Harry, dit Lunard en se frottant les poignets, là où les cordes l'avaient serré.

- Je ne sais toujours pas si je dois vous croire, répliqua Harry.

- Alors, il est temps qu'on te donne des preuves, dit-il. Toi, donne-moi Peter.

Ron serra Pettigrow contre sa poitrine, même si cela lui valut de nouvelles griffures sanguinolantes.

- Ça suffit, dit-il d'une voix faible. Vous n'allez quand même pas me faire croire que vous vous êtes évadé d'Azkaban simplement pour venir chercher Croûtard ?

Il regarda Hermione et Harry, comme s'il attendait que ses deux amis le soutiennent. Sauf qu'Hermione semblait curieuse d'entendre la suite, et qu'Harry avait la tête de quelqu'un de résigné.

Il avait fait le choix de s'attaquer à Rogue, sans doute estimait-il qu'au point où il en était, il n'avait plus grand chose à perdre à écouter ce qu'ils avaient dire.

Ron soupira.

- Admettons que Pettigrow ait la faculté de se changer en rat, reprit-il. Il y a des millions de rats... Comment pouvez-vous être sûr qu'il s'agisse de ce rat-là, après avoir passé tout ce temps enfermé à Azkaban ?

- C'est une bonne question, Sirius, admit Remus en se tournant vers lui, les sourcils légèrement froncés. Comment as-tu fait pour savoir où il se trouvait ?

Sirius aurait aimé arracher le rat aux mains du rouquin et leur montrer à tous qu'il avait raison depuis le départ, juste pour en finir ! Toutes ces discussions allaient finir avec Pettigrow à nouveau dans la nature et il n'aurait plus l'ombre d'une chance de le retrouver.

Il serait sans doute loin de Harry, mais qui pouvait dire ce dont il était capable ?

Au lieu de ça, il prit sur lui – une fois de plus, parce que comme lui avait dit Remus, il devait la vérité à Harry – et plongea une main dans la poche de sa tenue de bagnard. Ses doigts se refermèrent sur le morceau de La Gazette qu'il avait déchiré l'été dernier.

Il défroissa la boule de papier et découvrit la photo de la famille Weasley. C'était sans doute un miracle qu'elle ait résisté à la traversée de la Mer du Nord et à presque un an de vie dans la nature.

- Comment as-tu eu cette photo ? demanda Remus, stupéfait.

- Grâce à Fudge, répondit-il. Quand il est venu inspecter Azkaban, l'été dernier, il m'a donné son journal. Et là, j'ai reconnu Peter, à la première page... Sur l'épaule de ce garçon... J'ai tout de suite su que c'était lui... Combien de fois ne s'est-il pas métamorphosé devant mes yeux ? Et la légende indiquait que ce jeune homme s'apprêtait à retourner à Poudlard où il suivait ses études... Et où Harry se trouvait aussi...

- Mon dieu, murmura Remus en regardant alternativement le rat et la photo du journal. Sa patte avant...

- Qu'est-ce qu'elle a, sa patte avant ? lança Ron sur un ton de défi.

- Il lui manque un doigt, répondit-il.

- Bien sûr, dit Remus dans un souffle. C'était simple... Et remarquablement intelligent... Il se l'est tranché lui-même ?

Il revit Pettigrow, les vêtements fumants, sa main gauche ensanglantée, un sourire mauvais aux lèvres...

- Juste avant de se transformer, poursuivit-il. Quand je l'ai immobilisé dans un coin, il s'est mis à hurler que j'avais trahi James et Lily pour que tout le monde l'entende autour de nous. Et avant que j'aie eu le temps de lui jeter un sort, il a dévasté la rue en tenant sa baguette magique derrière son dos. Il a tué tous les passants dans un rayon de cinq ou six mètres. Et puis, il s'est transformé et il a pris la fuite par les égouts, avec les autres rats...

Remus se tourna vers le fils Weasley.

- On ne vous a jamais raconté ça, Ron ? Tout ce qu'on a retrouvé de Peter, c'est un doigt de sa main.

Ron secoua la tête.

- Croûtard s'est sans doute battu avec un autre rat et il a perdu un doigt dans la bagarre ! répliqua Ron. Ça fait une éternité qu'il est dans la famille...

- Douze ans, dit Remus. Vous ne vous êtes jamais demandé comment il se fait qu'il ait vécu aussi longtemps ?

- On... On s'est bien occupés de lui... répondit Ron.

- Il n'a pas très bonne mine pour le moment, vous ne trouvez pas ? fit remarquer Remus. Je pense qu'il a dû perdre du poids depuis le jour où il a appris que Sirius s'était évadé...

- C'est ce chat cinglé qui lui a fait peur ! s'exclama Ron en désignant d'un signe de tête le Chat qui continuait de ronronner sur le lit.

- Ce chat n'est pas cinglé du tout, dit-il.

Il se souvenait encore de la première fois où il avait croisé le Chat, à l'orée de la Forêt Interdite, la façon dont il s'était méfié au départ, jusqu'à ce qu'il accepte de reprendre forme humaine. Il avait essayé de l'amadouer, malgré le fait qu'il n'avait jamais aimé les chats pour commencer – Menace, le chat de Lily, pouvait en témoigner –. Il l'avait écouté parler – il ne savait plus vraiment ce qu'il avait pu lui dire – puis il avait fini par frotter sa tête sur ses genoux et avait commencé à ronronner.

Il tendit sa main décharnée et caressa la tête touffue de Pattenrond.

- C'est même le chat le plus intelligent que j'aie jamais rencontré, dit-il en caressant le Chat. Il a tout de suite compris que Peter n'était pas un rat. Il a aussi compris que je n'étais pas un chien dès la première fois qu'il m'a vu. Il a fallu du temps avant qu'il me fasse confiance. Finalement, j'ai réussi à lui faire comprendre ce que je cherchais et il m'a aidé...

- Que voulez-vous dire ? demanda Hermione dans un souffle.

- Il a essayé de m'amener Peter, mais il n'a pas réussi. Alors, il a volé la liste des mots de passe qui permettaient d'accéder à Gryffondor et me l'a apportée... D'après ce que j'ai compris, il a trouvé le papier sur la table de chevet d'un des élèves... Mais Peter a compris ce qui se passait et il s'est enfui... Ce chat – Pattenrond, c'est ça ? – m'a dit qu'il avait laissé des traces de sang sur les draps. J'imagine qu'il a dû se mordre lui-même... Il avait déjà réussi à faire croire à sa mort une première fois...

- Et pourquoi a-t-il fait semblant d'être mort ? s'écria finalement Harry avec fureur. Parce qu'il savait que vous vouliez le tuer comme vous avez tué mes parents !

Remus lui lança un regard compatissant avant de se tourner vers Harry.

- Non, dit-il. Harry...

Harry n'était pas décidé à écouter.

- Et maintenant, vous avez décidé de l'achever !

- En effet, répondit-il en jetant au rat un regard assassin.

Cela ne servait à rien de mentir. Depuis le moment où il avait découvert que Peter était le traître, il s'était promis de l'achever, possiblement lentement.

Il avait causé la mort de James et Lily, il entendait lui faire payer le prix fort.

- Dans ce cas, j'aurais dû laisser Rogue vous capturer ! s'exclama Harry.

- Harry, dit précipitamment Remus. Vous ne comprenez donc pas ? Pendant tout ce temps, nous avons cru que Sirius avait trahi vos parents et que Peter l'avait poursuivi pour les venger, mais c'était le contraire. Essayez de comprendre : c'est Peter qui a trahi votre mère et votre père ! Et c'est Sirius qui a voulu les venger en poursuivant Peter...

- CE N'EST PAS VRAI ! hurla Harry. IL ÉTAIT LEUR GARDIEN DU SECRET ! ET IL L'A DIT AVANT QUE VOUS ARRIVIEZ, IL A DIT QU'IL LES AVAIT TUÉS !

Harry n'était plus en colère. Il y avait une véritable douleur sur son visage, ses yeux verts brillaient beaucoup trop, et il avait beau essayé sauver les apparences, ça ne prenait pas.

Il avait beau avoir été absent ces douze dernières années et être devenu un étranger pour son filleul, le lien qui les liait n'était pas tout à fait mort.

Il ne pourrait sans doute pas expliquer ni comment, ni pourquoi, mais il savait.

- Harry... C'est comme si je les avais tués, dit-il, sa voix rauque, et plus seulement parce qu'il n'avait pas parlé depuis des mois. Au dernier moment, j'ai convaincu James et Lily de prendre Peter à ma place, de faire de lui leur Gardien du Secret, au lieu de moi... C'est ma faute, je le sais... Le soir où ils ont été tués, j'ai voulu vérifier que Peter était toujours en sécurité, mais quand je suis arrivé dans sa cachette, il était parti. Il n'y avait aucune trace de lutte, cependant. C'était bizarre. J'ai eu peur et je me suis précipité dans la maison de tes parents. Lorsque j'ai vu la maison détruite et leurs cadavres, j'ai compris ce que Peter avait fait. Ce que moi, j'avais fait, d'une certaine manière...

Sa voix s'était brisée et il ravala les larmes du mieux qu'il put.

- Ça suffit, dit Remus.

Sa voix dure, aux échos presque métallique, eut l'effet d'un électrochoc. Il avait toujours associé ce ton-là avec le loup qui vivait sous le crâne de Lunard, et ça n'annonçait rien de bon pour Pettigrow.

- Il n'y a qu'une seule façon de prouver ce qui s'est véritablement passé, poursuivit-il. Ron, donnez-moi ce rat.

- Qu'est-ce que vous allez lui faire si je vous le donne ? demanda Ron, tendu.

- L'obliger à se montrer, dit Remus. Si c'est vraiment un rat, il ne sentira rien du tout.

Ron hésita puis il finit par donner son rat à Remus. Pettigrow se mit à couiner encore plus fort, en se tortillant désespérément, ses petits yeux noirs exorbités.

- Prêt, Sirius ? dit Remus.

Il attrapa la baguette de Rogue sur le lit, rejoignit Remus, et raffermit sa prise sur son arme.

Enfin !

- Ensemble ? dit-il à voix basse.

- Oui, répondit Remus. A trois... Attention, un... deux... TROIS !

Homorphus.

Douze ans sans magie, une baguette qui n'était pas la sienne – Godric en soit témoin, il avait l'impression de la tenir de la mauvaise main – et pourtant, sa magie réagit à la première sollicitation, comme pour l'Expelliarmus un peu plus tôt.

Un éclair bleu jaillit des deux baguettes magiques. Pendant un instant, Pettigrow sembla figé dans les airs, son petit corps noir agité de convulsions. Ron poussa un cri. Le rat tomba sur le plancher. Il y eut alors un autre éclair aveuglant, puis...

La transformation inverse s'activa, obligeant Pettigrow à retrouver sa forme humaine. Sirius sentit un puissant sentiment de victoire faire accélérer son cœur.

Il avait tellement attendu ce moment qu'il craignait de cligner des yeux et de se réveiller au fond de sa grotte, dans les montagnes environnantes.

L'homme, recroquevillé sur lui-même, se tordait les mains.

Sur le lit, le Chat se mit à cracher, les poils dressés sur son échine.

Pettigrow n'avait pas fière allure. Le sommet de son crâne était chauve, entouré de cheveux fins en bataille, à la couleur indéfinissable. Sa peau était sale et terne, son teint livide. Il avait de toute évidence perdu beaucoup de poids en très peu de temps, et, s'il ne portait pas les mêmes vêtements que douze ans plus tôt, ceux qu'il avait volé étaient trop grands pour lui.

Il avait toutefois garder les mêmes yeux humides, et un nez trop pointu. Il chercha une issue du regard, et Sirius prit soin de se décaler entre lui et la porte pour être certain de lui couper la route s'il essayait de s'enfuir par là.

- Bonjour, Peter, dit Remis d'un ton joyeux. Ça fait longtemps qu'on ne s'est pas vus.

- S... Sirius... R... Remus...

Il grogna en entendant sa voix couinante, volontairement trop aiguë, et son ton pathétique.

S'il croyait qu'il allait s'en sortir avec des larmoiements, il se trompait !

- Mes amis... Mes chers vieux amis...

Malgré lui, il resserra sa prise sur la baguette de Rogue et faillit bien l'achever sur le champ.

Comment osait-il ?!

Remus lui attrapa le poignet avec force et lui lança un regard noir qu'il décoda comme si les douze dernières années n'avaient jamais existé.

Lunard prenait la main, et il entendait qu'il suive docilement pour le moment, même s'il avait comme un goût métallique dans la bouche à la seule pensée qu'il allait enfin pourvoir se venger

- Nous avons eu une petite conversation, Peter, au sujet de ce qui s'est passé la nuit où James et Lily sont morts. Il est possible que quelques détails t'aient échappé pendant que tu poussais tes petits cris en essayant de t'enfuir...

- Remus, dit Pettigrow d'une voix haletante tandis que des gouttes de sueur perlaient à son front. Tu ne vas pas le croire, quand même... Il a essayé de me tuer, Remus...

- C'est ce qu'on a entendu dire, répondit Remus d'un ton plus froid. J'aimerais que tu m'aides à éclaircir quelques points obscurs, Peter, si tu veux bien...

- Il veut encore essayer de me tuer ! glapit Pettigrow en le montrant du doigt. Il a tué Lily et James, et maintenant, c'est moi qu'il veut tuer... Il faut que tu m'aides, Remus...

L'imminence de sa mort semblait toujours pousser Pettigrow à tenter l'impossible pour sauver sa peau.

- Personne n'essaiera de te tuer tant que nous n'aurons pas tiré quelques petites choses au clair, dit Remus, sa voix toujours aussi calme.

- Des choses au clair ?

Pettigrow recommença à jeter des regards autour de lui. Ses yeux se posèrent sur les fenêtres obstruées, puis à nouveau sur la porte.

- Je savais qu'il me poursuivrait ! Qu'il essaierait à tout prix de me retrouver ! Ça fait douze ans que je m'y attends !

- Tu savais que Sirius arriverait à s'évader d'Azkaban ? s'étonna Remus. Alors que personne d'autre n'y était arrivé avant lui ?

Il ne savait pas vraiment pourquoi Remus éternisait la discussion. Il n'y avait pas grand chose de plus à savoir : Pettigrow les avait tous trahis, sûrement avait-il commencé bien avant la mort de James et Lily.

Il se fichait bien de savoir pourquoi, du moment qu'il pouvait se venger.

- Il connaît des procédés de magie noire dont nous n'avons aucune idée ! s'écria Pettigrow de sa petite voix suraiguë. Sinon, comment aurait-il pu sortir de là ? J'imagine que Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom lui a enseigné quelques secrets !

Il éclata d'un rire sans joie qui retentit longuement dans la pièce.

Voldemort, m'apprendre des secrets ? dit-il.

Pettigrow se recroquevilla, comme s'il l'avait menacé d'un fouet.

- Tu as peur d'entendre le nom de ton maître ? reprit-il, sans même en être surpris. Je te comprends, Peter. Ses amis ne doivent pas être très contents de toi, j'imagine ?

- Je ne vois pas... ce que tu veux dire, Sirius... marmonna Pettigrow, la respiration de plus en plus saccadée, le visage luisant de sueur.

- Ce n'est pas de moi que tu t'es caché pendant douze ans, Peter. Tu t'es caché des anciens partisans de Voldemort. J'ai entendu beaucoup de choses à Azkaban... Ils pensent tous que tu es mort, sinon, ils te demanderaient des comptes... J'en ai entendu qui criaient toutes sortes de choses dans leur sommeil. A les en croire, le traître les a trahis, eux aussi. Voldemort a retrouvé les Potter grâce aux renseignements que tu lui as donnés... Mais le pouvoir de Voldemort a été détruit ce jour-là. Ses partisans n'ont pas tous fini à Azkaban. Il y en a encore beaucoup qui sont en liberté, ils attendent leur heure en faisant semblant de regretter leurs erreurs passées... Et si jamais ils apprenaient que tu es toujours vivant, Peter...

- Je ne comprends pas de quoi tu parles, répéta Pettigrow d'une voix plus aiguë que jamais.

Il s'essuya le visage d'un revers de manche et se tourna vers Remus.

- Tu ne crois pas toutes... toutes ces folies, n'est-ce pas, Remus ?

- Je dois t'avouer, Peter, que j'ai du mal à comprendre pourquoi un innocent passerait volontairement douze années dans la peau d'un rat, dit Remus d'un ton égal.

- Innocent mais terrifié ! couina Pettigrow. Si les partisans de Voldemort me cherchaient, c'est parce que j'ai envoyé un de leurs meilleurs amis à Azkaban. L'espion Sirius Black !

Il ne put retenir un rictus, et il faillit bien se jeter sur lui pour lui faire ravaler ses insinuations.

- Comment oses-tu ? lança-t-il dans un grognement digne de Patmol. Moi, un espion de Voldemort ? Quand m'a-t-on jamais vu me mettre dans les bonnes grâces de gens plus forts et plus puissants que moi ? Mais toi, Peter... Je ne comprendrai jamais pourquoi je ne me suis pas tout de suite rendu compte que c'était toi, l'espion. Tu as toujours aimé avoir des amis plus forts que toi qui te protégeaient, n'est-ce pas ? A un moment, c'était nous... Remus et moi... et James...

Pettigrow s'essuya à nouveau le visage. Il avait du mal à respirer.

- Moi, un espion... Tu es fou ou quoi ? Jamais... Je me demande comment tu peux dire une chose pareille...

- Lily et James ont fait de toi leur Gardien du Secret parce que je le leur ai conseillé, siffla-t-il avec tant de hargne que Pettigrow recula d'un pas. J'ai pensé que c'était le meilleur plan... Un coup de bluff... J'étais sûr que Voldemort croirait que c'était moi. Il n'aurait jamais pensé qu'ils puissent confier leur secret à un être faible et sans talent comme toi... Pour toi, c'était sans doute le plus beau moment de ta misérable vie, n'est-ce pas, de pouvoir dire à Voldemort que tu savais où se trouvaient les Potter ?

Pettigrow se mit à marmonner des paroles incompréhensibles. Malgré le sang qui battait à ses oreilles, il réussit à saisir quelques mots : « exagéré », « démence », « manipulateur ». Il fut particulièrement satisfait de voir le teint de Pettigrow devenir grisâtre. Il devenait de plus en plus fébrile, jetant des coups d'oeil vers la porte et vers les interstices entres les planches par lesquels il pourrait se glisser sous sa forme Animagus.

Peut-être était-ce pour cela que Remus voulait le faire parler. Pour le mettre face à ce qu'il avait fait et le faire avouer, avant de le mettre à mort.

Ce n'était qu'un simagrée de procès, mais c'était déjà beaucoup plus que ce à quoi il avait eu le droit.

Pettigrow ne le méritait pas.

- Professeur Lupin, murmura timidement Hermione. Est-ce que... est-ce que je peux dire quelque chose ?

- Certainement, Hermione, répondit Remus, comme s'ils étaient tous dans sa salle de classe.

- Eh bien, Croûtard... je veux dire... ce... cet homme... Il a dormi dans le même dortoir que Harry pendant trois ans. S'il est vraiment au service de Vous-Savez-Qui, comment se fait-il qu'il ne s'en soit jamais pris à Harry jusqu'à maintenant ?

Le Chat avait eu raison de vanter l'intelligence de sa sorcière depuis tout ce temps. Elle était vraiment brillante.

- Et voilà ! s'exclama Pettigrow en montrant Hermione de sa main mutilée. Merci ! Tu vois bien, Remus ? Je n'ai jamais touché à un cheveu de Harry ! Pourquoi l'aurais-je fait, d'ailleurs ?

- Je vais te dire pourquoi, répliqua-t-il. Parce que tu n'as jamais rien fait pour personne tant que tu n'étais pas sûr que ça te rapporterait quelque chose. Voldemort s'est caché pendant douze ans, on dit qu'il est à demi mort. Tu n'allais tout de même pas commettre un meurtre sous le nez d'Albus Dumbledore pour le compte d'un sorcier moribond qui avait perdu tous ses pouvoirs. Avant de te remettre à son service, tu voulais être sûr qu'il soit à nouveau le plus fort. Et c'est pour cette raison que tu t'es fait adopter par une famille de sorciers, comme ça, tu étais au courant des dernières nouvelles, n'est-ce pas, Peter ? Au cas où ton ancien protecteur aurait retrouvé sa puissance et qu'il redevienne avantageux de le rejoindre...

Pettigrow ouvrit et referma la bouche à plusieurs reprises. Il semblait avoir perdu la faculté de parler.

- Heu... Mr Black... Sirius ? dit Hermione timidement.

Il avait tellement l'habitude de n'être que Black – et c'était la façon la plus polie dont on s'était adressé à lui – que d'entendre la marque de respect lui parut irréel.

Il dévisagea la sorcière avec incrédulité.

- Si je peux vous poser la question... Comment... comment avez-vous fait pour vous évader d'Azkaban si vous n'avez pas eu recours à la magie noire ?

Merci ! balbutia Pettigrow en hochant frénétiquement la tête. C'est exactement ce que je voulais...

Remus le fit taire d'un regard et il lui fallut plusieurs secondes pour rassembler ses pensées.

Après avoir manqué de se noyer des dizaines de fois, les détails de son évasion restaient flous. Il avait eu de la chance, ça c'était certain.

- Je ne sais pas comment j'ai fait, dit-il finalement. Je crois que la seule raison pour laquelle je ne suis pas devenu fou, c'est que je me savais innocent. Et comme ce n'était pas une pensée heureuse, les Détraqueurs n'ont pas pu la détruire en moi... Mais c'est grâce à cela que j'ai gardé la raison... Cette pensée m'a permis de conserver mes pouvoirs... Et quand les choses devenaient trop... insupportables... je me transformais dans ma cellule... je devenais un chien. Les Détraqueurs sont aveugles, comprenez-vous ? Ils se rendent compte de la présence des gens en percevant leurs émotions... Et ils sentaient que mes émotions étaient moins... moins humaines... moins complexes lorsque j'étais un chien... Alors, ils pensaient que j'étais en train de devenir fou comme les autres et n'avaient donc aucun soupçon. Mais j'étais faible, très faible... et sans baguette magique, je ne pouvais pas espérer les repousser. Et puis un jour, j'ai vu Peter sur cette photo... Je me suis rendu compte qu'il était à Poudlard avec Harry... Dans une excellente situation pour agir, si jamais il apprenait que le Seigneur des Ténèbres avait retrouvé sa puissance, prêt à frapper au moment où il se sentirait soutenu... prêt à livrer aux forces du Mal le dernier des Potter. S'il donnait Harry, qui pourrait affirmer qu'il avait trahi Lord Voldemort ? Il serait accueilli avec les honneurs... Il fallait donc que je fasse quelque chose. J'étais le seul à savoir que Peter était toujours vivant...

Ce n'avait pas été que ça, bien sûr. Patmol l'avait protégé des effets des Détraqueurs – d'une partie du reste – mais sans Narcissa – ses lettres et le traitement de faveur qu'elle avait dû acheter à prix d'or –, son entêtement n'aurait pas suffi à lui faire passer le premier hiver.

- C'était comme si quelqu'un avait allumé un feu dans ma tête, reprit-il. Un feu que les Détraqueurs n'avaient pas le pouvoir d'éteindre... Ce n'était pas un sentiment heureux... C'était une obsession... Mais elle me donnait de la force, elle rendait mon esprit plus clair. Alors, un soir, quand ils ont ouvert la porte de ma cellule pour m'apporter à manger, je me suis faufilé dans le couloir sous ma forme de chien... Il est tellement plus difficile pour eux de sentir les émotions d'un animal qu'ils ne se sont rendus compte de rien... J'étais mince, très mince... Suffisamment mince pour me glisser à travers les grilles... Toujours sous mon apparence de chien, j'ai quitté l'île et j'ai nagé jusqu'à la rive opposée... Ensuite, je suis remonté vers le nord et je me suis introduit à Poudlard sous la forme d'un chien... Depuis, je suis resté caché dans la forêt interdite... Sauf quand je suis venu assister au match de Quidditch, bien sûr... Tu voles aussi bien que ton père, Harry...

Cette fois, Harry ne détourna pas les yeux et il sentit l'espoir accélérer son cœur. S'il avait réussi à convaincre Harry, peut-être qu'il réussirait à en convaincre d'autres...

- Crois-moi, souffla-t-il. Crois-moi, je n'ai jamais trahi James et Lily. J'aurais préféré mourir plutôt que de les trahir.

Il vit son filleul hocher la tête et il faillit bien traverser la pièce pour le prendre dans ses bras.

- Non !

Pettigrow tomba à genoux, comme si le signe de tête de Harry avait signifié sa propre condamnation à mort. Il s'avança en traînant les genoux sur le plancher et se prosterna, les mains jointes devant lui comme en prière.

- Sirius... C'est moi... C'est Peter... Ton ami... tu ne vas quand même pas...

Il fit mine de lui donner un coup de pied, juste pour le voir se recroqueviller sur lui-même.

Peter méritait de voir son petit monde s'écrouler autour de lui.

- Ma robe est suffisamment sale, ne la touche pas en plus !

- Remus ! couina Pettigrow en se tournant vers Lunard. Tu ne vas pas croire tout ça... Sirius te l'aurait dit s'ils avaient changé de Gardien du Secret...

- Il ne me l'aurait pas dit s'il avait pensé que c'était moi, l'espion, répondit Remus. C'est bien pour cette raison que tu ne m'as rien dit, Sirius ? demanda-t-il.

Il ravala les regrets, pour la centième fois depuis le début de la soirée.

- Pardonne-moi, souffla-t-il.

Le regard de Remus s'adoucit.

- Bien sûr, Patmol, mon vieil ami, dit Remus en relevant ses manches. Et toi, tu me pardonnes d'avoir cru que c'était toi, l'espion ?

Ils avaient été bien stupides à l'époque.

- Évidemment.

L'ombre d'un sourire tenta d'étirer ses lèvres.

Ce soir, il avait retrouvé son frère et son filleul.

Et il allait anéantir Pettigrow.

Il releva ses manches à son tour.

- On le tue ensemble ?

- Oui, répondit sombrement Remus.

- Non... Vous n'allez pas faire ça... haleta Pettigrow.

Il se traîna alors vers Ron.

- Ron, est-ce que je ne t'ai pas été fidèle ? N'ai-je pas été un bon compagnon ? Tu ne vas pas les laisser me tuer, Ron... Tu es de mon côté, n'est-ce pas ?

Mais Ron contemplait Pettigrow avec répulsion.

- Quand je pense que je t'ai laissé dormir dans mon lit !

- Gentil garçon... gentil maître... gémit Pettigrow en rampant vers Ron. Tu ne vas pas les laisser faire... J'étais ton rat... Un animal fidèle...

- Si tu étais meilleur sous l'aspect d'un rat que sous celui d'un homme, il n'y a pas de quoi être fier, Peter, dit-il d'une voix dure.

Ron, que la douleur rendait de plus en plus pâle, ramena sa jambe cassée contre lui pour la tenir hors d'atteinte de Pettigrow. Celui-ci, toujours à genoux, se traîna alors vers Hermione et saisit le bas de sa robe.

- Douce jeune fille... brillante élève... tu ne vas pas les laisser me... Aide-moi...

Hermione arracha sa robe des mains de Pettigrow et recula contre le mur, l'air horrifié.

Alors, Pettigrow se tourna vers Harry.

- Harry... Harry... Tu ressembles tellement à ton père... Tu es son portrait...

La colère revint, oblitérant le sang-froid qu'il avait réussi à rassembler depuis l'arrivée de Remus.

- COMMENT OSES-TU T'ADRESSER À HARRY ? rugit-il. COMMENT OSES-TU LE REGARDER EN FACE ? COMMENT OSES-TU PARLER DE JAMES DEVANT LUI ?

- Harry, murmura Pettigrow en se traînant vers lui les mains tendues. Harry, James n'aurait pas voulu qu'on me tue. James aurait compris, Harry. Il aurait eu pitié de moi.

Sans même avoir besoin d'échanger un regard avec Remus, ils saisirent chacun une épaule de Pettigrow et le repoussèrent loin de Harry.

Il retomba lourdement au sol, les yeux levés vers eux, le visage convulsé de terreur.

- Tu as livré Lily et James à Voldemort, dit-il, tremblant de colère. Tu oserais le nier ?

Pettigrow fondit en larmes, comme il essayait de redéfinir la notion même de pathétisme.

- Sirius, Sirius, pleurnicha-t-il, que pouvais-je faire ? Le Seigneur des Ténèbres... Tu ne te rends pas compte... Il possède des armes dont tu n'as pas idée... J'avais peur, Sirius, je n'ai jamais été courageux comme toi, ou comme Remus et James. Je ne voulais pas ça... Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom m'a forcé à...

- NE MENS PAS ! hurla-il. TU L'AS RENSEIGNÉ PENDANT TOUTE UNE ANNÉE AVANT QUE LILY ET JAMES NE MEURENT ! TU ETAIS SON ESPION !

- Il... il ralliait tout le monde ! bredouilla Pettigrow. Qu'avait-on à gagner en s'opposant à lui ?

- Qu'avait-on à gagner en combattant le sorcier le plus maléfique qui ait jamais existé ? demanda-t-il, désormais proprement furieux. On avait à gagner des vies innocentes, Peter !

- Tu ne comprends pas ! gémit Pettigrow. Il m'aurait tué !

- ALORS, TU AURAIS DÛ MOURIR PLUTÔT QUE TRAHIR TES AMIS, MOURIR COMME NOUS SERIONS MORTS POUR TOI S'IL L'AVAIT FALLU !

Il leva sa baguette et Remus en fit autant.

- Tu aurais dû comprendre, dit Remus d'une voix paisible, que si Voldemort ne te tuait pas, c'est nous qui le ferions. Adieu, Peter.

Il s'apprêtait à prononcer le sortilège impardonnable pour la première fois. Ce n'était pas la première fois qu'il ôterait la vie, et peut-être qu'il aurait aimé avoir une arme moldue, juste pour l'ironie mordante de l'histoire, mais il se contenterait d'un Avada ce soir, puisque c'était ce qui avait emporté James et Lily.

- NON ! cria Harry.

Harry se précipita entre eux et Peter, les bras écartés.

- Vous ne pouvez pas le tuer, dit-il, la respiration précipitée. Vous ne pouvez pas !

Il n'en crut pas ses oreilles.

- Harry, c'est à cause de cette vermine que tu n'as plus de parents, gronda-t-il. Ce lamentable détritus t'aurait même tué, toi aussi, sans le moindre scrupule. Tu l'as entendu. Sa répugnante petite personne avait beaucoup plus de valeur à ses yeux que toute ta famille.

- Je sais, dit Harry, sans le lâcher du regard. Mais il faut l'amener au château. Nous le livrerons aux Détraqueurs. Il ira à Azkaban... ne le tuez pas...

- Harry ! balbutia Pettigrow en serrant les genoux de Harry. Merci... C'est plus que je ne mérite... Merci...

- Lâchez-moi, lança Harry qui se dégagea de l'étreinte de Pettigrow avec une grimace de dégoût. Je ne fais pas ça pour vous. Je le fais parce que je pense que mon père n'aurait pas voulu que ses meilleurs amis se transforment en tueurs... simplement à cause de vous.

Sirius ferma les yeux malgré lui.

Les ressemblances entre Harry et James allaient au delà de leur physique. De toute évidence, il avait hérité de la même droiture agaçante.

Quand il rouvrit les yeux, Remus le dévisageait, comme s'il lui laissait le dernier mot.

Sauf que ce n'était pas vrai. Il avait beau avoir passé douze ans à Azkaban à cause de Peter, Harry avait perdu ses deux parents.

Il battit des paupières, et ils abaissèrent leur baguette en même temps.

- Tu es la seule personne qui ait le droit de décider, Harry, dit-il. Mais pense... pense à ce qu'il a fait...

- Il ira à Azkaban, répéta Harry. Si quelqu'un mérite d'être enfermé là-bas, c'est bien lui...

Pettigrow méritait pire, mais il n'aurait pas de soutiens à l'extérieur et il retrouverait beaucoup d'ennemis là-bas. Il ne tiendrait pas longtemps, et avec un peu de chance, il obtiendrait peut-être le baiser du Détraqueur.

- Très bien, dit Remus. Écartez-vous, Harry.

Harry hésita.

- Je vais simplement le ligoter. Je vous promets que je ne lui ferai rien d'autre.

Harry s'écarta finalement. De fines cordes jaillirent de la baguette de Remus et, un instant plus tard, Pettigrow se trémoussait sur le sol, ficelé et bâillonné.

- Mais si jamais tu te transformes en rat, Peter, grogna-t-il, sa propre baguette pointée sur Pettigrow, cette fois, nous te tuerons. Tu es d'accord, Harry ?

Harry regarda la pitoyable silhouette qui gigotait sur le plancher et approuva d'un signe de tête en s'assurant que Pettigrow l'avait vu.

- Très bien, dit Remus avant de se tourner vers le fils Weasley. Ron, je ne peux pas soigner les fractures aussi bien que Madame Pomfresh, alors, le mieux, c'est que nous vous mettions une attelle en attendant de pouvoir vous emmener à l'infirmerie.

Il se pencha sur Ron, tapota sa jambe d'un coup de baguette magique et murmura: « Ferula ». Aussitôt, des bandages s'enroulèrent autour de la jambe de Ron en la fixant étroitement à une attelle. Ron posa prudemment sa jambe par terre et ne sembla ressentir aucune douleur.

- C'est beaucoup mieux comme ça, dit-il. Merci.

- Et le professeur Rogue ? dit Hermione d'une petite voix en regardant Rogue qui était toujours évanoui par terre.

- Il n'a rien de grave, indiqua Remus après avoir vérifié le pouls de leur ancien camarade de classe. Vous avez simplement fait preuve d'un peu trop d'enthousiasme. Toujours inconscient. Il vaut peut-être mieux ne pas le ranimer avant d'être revenu au château. On va l'emmener comme ça...

Si cela ne tenait qu'à lui, il l'aurait laissé là, au milieu de la Cabane Hurlante, mais Remus lui lança un regard équivoque, aussi se résigna-t-il à pointer sa baguette sur son propriétaire.

- Mobilicorpus.

Rogue se retrouva debout, la tête ballante, flottant à quelques centimètres au-dessus du sol à la façon d'une marionnette désarticulée. Remus prit la cape d'invisibilité et la glissa dans sa poche.

Sirius jeta un nouveau un regard à Pettigrow. Il essayait de ramper en direction de la sortie, comme s'il avait la moindre chance de leur échapper maintenant qu'ils l'avaient démasqué.

- Il faudrait que deux d'entre nous s'enchaînent à cette chose, dit-il en touchant Pettigrow du bout du pied. Par mesure de précaution.

- Moi, se proposa aussitôt Remus.

- Et moi aussi, ajouta Ron d'un ton féroce.

Sirius aurait préféré quelqu'un de plus valide, mais le gamin semblait pouvoir tenir debout sans trop de mal grâce à l'attelle de Remus. Comme il refusait qu'Harry approche Pettigrow de trop près et que la sorcière du Chat semblait proprement dégoûtée par lui, il n'avait pas de contre proposition à appuyer.

D'un coup de baguette magique, il fit apparaître deux grosses paires de menottes. Bien vite, Pettigrow fut à nouveau debout, enchaîné d'un côté à Remus et de l'autre à Ron qui avait le visage fermé. D'un bond léger, le Chat sauta du lit et sortit le premier de la pièce, ouvrant la voie aux autres, le panache de sa queue touffue fièrement dressé, comme un signe de ralliement.

S'engager dans le tunnel ne fut pas une mince affaire. Remus, Pettigrow et Ron durent s'y glisser de côté. Remus continuait de pointer sa baguette magique sur Pettigrow et leur progression semblait compliquée, d'autant plus que Ron n'avait pas une très grande mobilité à cause de sa jambe. Une bonne partie de son attention était focalisée sur Pettigrow, au cas où il tenterait quoique ce soit. Il faisait confiance au Chat pour attraper le rat s'il se transformait, mais il préférait ne prendre aucun risque... Par conséquence, Rogue heurtait souvent le plafond bas et il se réveillerait sans doute avec une méchante migraine.

Mais au fond, le plus important était que son filleul était juste derrière lui et qu'il savait désormais toute la vérité. Sirius avait l'impression d'être libéré d'un poids qu'il n'avait pas eu conscience de traîner jusque-là.

Merlin en soit témoin, Harry avait été tellement important pendant la guerre – surtout après qu'il eut perdu Judy et Maellyn – que le retrouver – ou du reste, entrevoir la possibilité d'être à nouveau dans sa vie – lui donnait plus d'espoir que la possibilité d'être innocenté.

- Tu sais ce que ça signifie, de livrer Pettigrow ? dit-il à Harry quand son filleul se retrouva à sa hauteur.

- Vous êtes libre, répondit Harry, sans même une hésitation.

Il déglutit. Un an plus tôt, il était au fond d'une cellule et il s'était résigné à attendre que la mort abrège ses souffrances. Maintenant, il contemplait la possibilité de vivre à nouveau.

- Oui... mais je suis aussi... je ne sais pas si quelqu'un te l'a jamais dit... je suis ton parrain.

- Je le savais, dit Harry.

Pour une fois, il décida de pousser sa chance.

Après tout, la soirée était une plus grande réussite que ce qu'il avait jamais imaginé.

- Tes parents m'ont désigné pour m'occuper de toi si jamais il leur arrivait quelque chose... déclara-t-il, sa voix plus rauque que ce qu'il aurait préféré.

Les yeux verts – Merlin, d'aussi près, il avait presque l'impression que Lily le fixait – s'illuminèrent derrière ses lunettes rondes.

C'était sûrement prématuré, et il était un étranger pour Harry, sans oublier tout ce qu'il aurait à régler quant il serait innocenté – Godric en soit témoin, il comptait bien retrouver sa fille – mais il n'avait jamais été patient.

- Bien entendu, je comprendrais très bien que tu préfères rester avec ton oncle et ta tante, poursuivit-il. Mais... penses-y... Lorsque j'aurai été réhabilité... Si jamais... tu veux changer de maison...

Le visage de son filleul s'illumina – comme celui de James les matins de Noël – et il se demanda un instant à quoi pouvait bien ressembler sa vie avec Pétunia Evans pour qu'il soit aussi ravi – presque soulagé – à l'idée de vivre avec lui.

- Vous voulez dire... Habiter chez vous ? Et quitter les Dursley ?

L'hésitation dans la voix de Harry doucha ses espoirs.

- Je pensais bien que tu n'accepterais pas, dit-il précipitamment. Je comprends très bien. Je voulais simplement...

- Vous plaisantez ? coupa Harry, la voix soudain beaucoup plus rauque. Bien sûr que je veux quitter les Dursley ! Vous avez une maison ? Quand est-ce que je peux m'y installer ?

Il se tourna vers lui, juste pour le dévisager et être certain qu'il ne se forçait pas pour lui faire plaisir, mais son filleul souriait largement.

- Tu veux vraiment ? demanda-t-il.

C'était trop beau pour être vrai.

- Oui, je veux vraiment ! lui assura Harry.

Ce fut à son tour de sourire, même si cela lui laissa une drôle d'impression. Pour la première fois depuis des années, son cœur s'accéléra, et il n'eut pas l'impression d'être en train de mourir.

Au contraire.

Ils reprirent leur chemin, et Sirius avait l'impression de marcher sur un nuage – même si le sol irrégulier du tunnel faillit lui jouer des tours –. Il fit bientôt passer Rogue dehors, puis aida Harry et Hermione à escalader la pente raide au niveau des racines du Saule Cogneur.

Le parc était presque entièrement plongé dans l'obscurité. Seules quelques rares couleurs substituaient loin à l'ouest et les étoiles commençaient à se lever au-dessus d'eux.

Le château, lui, était illuminé comme tous les soirs, sauf qu'au lieu du rêve inaccessible qu'il avait contemplé presque chaque soir, il avait une chance de pouvoir y entrer sans plus se cacher.

Ce soir, il retrouverait un endroit qui avait longtemps été chez lui.

- Un geste suspect, Peter, et... menaça Remus, sa baguette magique pointée sur la poitrine de Pettigrow.

Il n'avait pas besoin d'être à côté du traître pour savoir que Pettigrow ne pouvait s'empêcher de chercher une issue des yeux. Il avait vécu sous la forme d'un rat pendant douze ans pour survivre, il était clairement prêt à tout pour ne pas être livré aux Détraqueurs.

Ils avaient parcouru la moitié du chemin qui les séparait du château quand Rogue heurta Remus.

Sirius avait réalisé avec un cruel temps de retard que Remus, Pettigrow et Ron s'étaient soudainement arrêtés, et il tendit tout de suite un bras en arrière pour stopper Harry et Hermione.

Il voulut demander à Lunard ce qu'il se passait, quand il remarqua que tout le parc baignait dans une lueur argentée.

Il leva les yeux et trouva la lune pleine.

Putain de bordel de merde !

- Oh, là, là... bredouilla Hermione derrière lui. Il n'a pas pris sa potion, ce soir ! Il va devenir dangereux !

Merde, merde, MERDE !

Il faillit paniquer, là, tout de suite, avant qu'il ne se souvienne qu'Harry était là, à quelques mètres d'un loup-garou, et que s'il devait faire quelque chose, c'était bien de le protéger.

Les Maraudeurs n'avaient pas toujours été de taille à se dresser face à Lunard, et il ne ferait pas d'exploit seul, mais il pouvait toujours tenter quelque chose.

- Fuyez ! murmura-t-il. Fuyez ! Immédiatement !

Un coup d'oeil par dessus son épaule lui apprit qu'Harry ne semblait pas du tout décidé à l'écouter.

Au contraire, il fit un pas vers Remus.

Non, vers son ami.

Foutu Potter !

Il le saisit par les épaules et le repoussa en arrière sans ménagement.

- Laisse-moi faire... COURS !

Un terrible grognement retentit derrière lui et Harry ne bougeait toujours pas. Il n'avait pas besoin de se retourner pour savoir que Remus était en train de se transformer – ni à quoi cela ressemblait, il avait assisté au spectacle trop de fois pour pouvoir les compter –.

Quand il entendit des mâchoires puissantes claquer, il se fondit dans le corps de Patmol et se retourna pour attaquer.

Il attendit que Lunard se soit dégagé de la menotte pour lui sauter dessus. Les crocs de Patmol se refermèrent sur le cou du loup et il le tira en arrière de toutes ses forces.

Il fallait qu'il l'éloigne le plus possible de Harry.

Lunard ne se laissa pas faire, potion Tue-Loup ou non. Il ne tarda pas à le faire rouler au sol, usant de son poids bien supérieur au sien pour l'empêcher de prendre le dessus. Patmol avait toutefois l'habitude de se battre – il n'avait pas oublié ses nombreux combats avec Lunard, et il avait fait plus d'une mauvaise rencontre dans la Forêt Interdite depuis son arrivée – aussi réussit-il à se dégager, pour attaquer aussitôt.

Ils ne tardèrent pas à se retrouver accrochés l'un à l'autre, mâchoire contre mâchoire, leurs griffes se déchirant férocement...

A ce rythme-là, il ne tiendrait pas longtemps, il en avait bien conscience.

Une chance que ce n'était pas la première fois qu'il devait mettre Lunard en déroute.

Il profita d'une ouverture pour refermer ses crocs à l'endroit exact où Greyback avait mordu Remus, des années de cela.

Lunard eut un hurlement de douleur et il s'accrocha encore plus pour affirmer sa domination.

Le loup-garou rua avec force, il fut projeté au sol... et Lunard s'éloigna en direction de la Forêt Interdite dès qu'il se fut débarrassé de lui.

Il crut qu'il pourrait reprendre forme humaine – Merlin, il avait mal à peu près partout et il sentait ses poils coller à sa peau à cause du sang – mais c'était sans compter sur Pettigrow.

- Sirius, il s'est échappé ! Pettigrow s'est transformé ! cria Harry.

L'espèce de sale enculé !

Il se releva – même si son corps protesta – et s'élança en direction du bruit de course que son oreille canine entendait s'éloigner.

Les premiers pas furent les plus durs, puis il aperçut une forme qui ressemblait énormément à un rat dans l'herbe, et sa soif de vengeance prit le pas sur la douleur qui accompagnait chacun de ses gestes.

Il n'allait certainement pas le laisser s'échapper maintenant !

Pas encore !

Pettigrow l'entraînait vers le Lac Noir – sans doute espérait-il disparaître dans les herbes plus hautes de la rive avant qu'il ne puisse se faufiler dans la Forêt Interdite – mais il le rattraperait avant qu'il ne soit à couvert.

Il était en vue, à moins de deux mètres. Encore un effort, et il lui suffirait d'un bond pour pouvoir refermer ses dents sur son maigre corps.

Sorcier ou pas, les crocs de Patmol ne feraient pas la différence.

Il bondit à l'exact moment où la vague de froid le frappa de plein fouet.

Déboussolé, il rata sa réception, roula sur lui-même –et surtout sur les blessures qui tailladaient son dos – et il ne put retenir un glapissement douloureux.

Il voulut se relever, reprendre sa chasse. Le froid ne fit que s'intensifier, et ses démons revinrent le hanter, avec d'autant plus de force qu'il avait cru laisser les plus cruels dans sa cellule d'Azkaban.

Il vit le corps de Judy en premier, à seulement un mètre de lui, et il perdit le fil sur sa transformation, malgré le fait qu'il mobilisait toutes ses forces pour ne pas reprendre forme humaine.

Il comprit pourquoi quand il releva la tête au prix d'un immense effort.

Au loin, une masse noire se détachait sur le ciel éclairé par la pleine lune.

Le froid dégageait par les trop nombreux Détraqueurs n'était rien comparé à l'assaut des souvenirs sous son crâne.

Il ne put que se rouler en boule et serrer les paupières.

- Non, gémit-il. Noooon... S'il vous plaît...

Sa voix se brisa et son « pitié » fut englouti par un sanglot.

Il allait mourir.

Dévoré par ses pires souvenirs.

Une nouvelle vague de froid le percuta de plein fouet et, pour la première fois depuis qu'il avait été arrêté, il sentit sa volonté se briser.

Ça, ou il avait perdu trop de sang pour continuer à rester conscient.

Il fut happé par les douces limbes de l'inconscience.

Même si les siennes étaient peuplées de cauchemars.

...

Une odeur désagréable saturait l'air autour de lui, lui donnant une profonde envie d'éternuer.

Il rouvrit les yeux.

Il se trouvait à l'intérieur du château, dans ce qui ressemblait beaucoup à un bureau de professeur – familier, très certainement, mais il les avait tous visités à de nombreuses reprises plus jeune et son cerveau était trop embrouillé pour deviner où il se trouvait précisément –.

Sa tête pulsait désagréablement, sa vision était floue et il avait du mal à garder les yeux ouverts. Il lui fallut fournir un effort surhumain pour ne pas sombrer à nouveau et, sans sa foutue volonté, il aurait sans doute échoué à retrouver le fil de sa mémoire.

Les événements de la soirée lui revinrent en un flash fulgurant, puis il réalisa l'essentiel.

Pettigrow s'est échappé.

Il voulut hurler de rage, mais il ne put qu'étouffer un sanglot.

Pettigrow avait réussi à lui filer entre les doigts, et il s'était fait reprendre. Il savait très bien quel sort l'attendait.

Il n'était pas tous les jours certain que sa vie méritait d'être vécue, mais il ne voulait pas devenir une coquille vide, surtout pas maintenant qu'il venait de retrouver Remus et Harry.

- Il revient à lui, Albus.

Il battit des paupières, incapable de se souvenir du moment où il les avait fermées.

Il se retrouva face au visage sévère de Minerva McGonagall, puis reconnut la haute silhouette d'Albus Dumbledore derrière elle.

- Buvez ceci, Black. Nous avons à parler.

Il n'avait pas oublié qu'il valait mieux obéir au professeur McGonagall, et il n'avait pas grand chose à perdre à avaler ce qui ressemblait beaucoup à une potion.

Le goût âpre lui tira une grimace, mais il se sentit rapidement mieux. Minerva recula pour laisser sa place à Dumbledore, et le vieux sorcier fit apparaître un fauteuil devant celui où il était assis.

- Nous n'avons pas beaucoup de temps, Sirius. Severus Rogue m'a déjà raconté sa version des faits, mais j'ai besoin d'entendre la vôtre avant de prendre ma décision.

Il devait être encore à moitié inconscient, car il crut une seconde que Dumbledore pourrait lui éviter le pire.

Impossible.

- A quoi bon, Dumbledore ? Personne ne réussira à convaincre Fudge de m'épargner, même pas vous.

Dumbledore haussa un sourcil et plongea son regard bleu dans le sien.

- Ne faites pas le difficile, Black.

Ce fut le ton sec de McGonagall qui le décida.

Avec un soupir, il commença à parler, suivant l'exemple de Remus et reprenant tout depuis le début. Si Dumbledore écouta en silence, son menton appuyé sur ses doigts croisés, Minerva ne put retenir une imprécation quand il avoua que James, Pettigrow et lui avaient réussi à devenir Animagi sous son nez.

- Minerva, voyons...

- Enfin, Albus ! Est-ce que vous vous rendez compte ? Entreprendre de devenir Animagus à treize ans ? Ces garçons auraient pu se tuer ! Et je ne parle même pas de leur idée de passer les nuits de pleine lune avec un loup-garou ! Je savais qu'ils avaient tous une bien piètre notion du risque, mais à ce point, c'est de la bêtise pure !

Elle lui dédia un regard noir qui aurait annoncé les pires punitions à l'époque de Poudlard, et il ne put retenir un sourire en coin à l'étrange familiarité de leur échange.

Il n'aurait jamais cru qu'il se sentirait nostalgique à l'idée de se faire sermonner par son ancienne professeure de Métamorphose.

Il reprit son récit, expliquant pourquoi il avait poussé James et Lily à changer de Gardien en secret, comment Peter l'avait piégé dans le Londres moldu, puis comment il avait réalisé que Pettigrow se trouvait à Poudlard, dans le dortoir de Harry, prêt à frapper si l'occasion se présentait.

Quand il se tut finalement, il avait le souffle court et ses yeux le brûlaient, sans qu'il ne puisse expliquer pourquoi. Il n'était pas stupide, il savait bien que, sans preuve, il n'avait aucune chance d'être cru, sans parler d'être innocenté.

S'il avait ramené Pettigrow au château – ou au moins son cadavre – les choses auraient sans doute étaient différentes, mais il ne pouvait pas remonter le temps pour ignorer la requête de Harry dans la Cabane Hurlante.

Dumbledore resta un long moment silencieux, puis il tourna la tête vers Minerva, une question silencieuse dans son sourcil haussé.

Son ancien professeur croisa les bras sur sa poitrine, ses yeux bougeant à toute vitesse derrière ses lunettes, et Sirius réalisa bien plus tard qu'il retenait son souffle.

- Ma nièce soutient depuis sa dernière attaque que quelque chose nous échappe et, contrairement à elle, je n'ai jamais compris comment il aurait pu trahir James et Lily.

- Nous sommes donc d'accord que cette version-ci de l'histoire est bien plus convaincante, n'est-ce pas, Minerva ?

- A moins qu'il mente, bien sûr...

Il serra les dents.

Bien sûr.

Le visage de Minerva McGonagall s'adoucit alors, et il fut certain de voir ses yeux briller.

- Mais il a toujours été un bien mauvais menteur.

L'air quitta ses poumons subitement, et ses nerfs le lâchèrent. Il enfouit son visage dans ses mains, des sanglots silencieux torturant ses côtes malmenées par Harry et son combat avec Lunard.

C'était tellement stupide qu'il se sente soulagé à ce point, alors qu'il allait sans doute mourir – si le baiser du Détraqueur lui permettait au moins l'oubli absolu – dans quelques minutes, une heure tout au plus.

Deux bras l'entourèrent alors – un peu raides, mais c'était plus que ce qu'on lui avait offert en presque treize ans – et il s'abandonna dans l'étreinte pendant ce qui lui sembla être une éternité.

Malgré l'imminence de sa sentence, il finit par se calmer et Minerva serra son épaule avec force.

- Allons maintenant... Dumbledore a réussi à obtenir du Premier Ministre que vous puissiez user de votre Dernier Voeu.

Son cœur se serra, mais il ne laisserait pas cette ultime chance lui échapper.

- Je souhaite voir Alya Lestrange, souffla-t-il.

Il pourrait au moins voler quelques minutes auprès de sa fille, la voir au moins une fois avec ses yeux d'humain, et non pas se contenter des quelques moments où elle s'était prise de sympathie pour Patmol.

Minerva se redressa et lui adressa un de ses rares sourires, même s'il lui sembla forcé.

- Je vais la chercher. Ne vous inquiétez pas, Hagrid monte la garde et il ne laissera passer personne en mon absence.

Il y eut un bruit sec – celui d'un sortilège qu'on levait – et il se retrouva seul.

Il fixa le vide pendant un long moment, ses yeux encore bouffis par les pleurs – ça faisait des années qu'il n'avait pas pleuré de cette façon. Pleurer à Azkaban déchaînait les Détraqueurs –. Il réalisa à quel point il se sentait fatigué – pas seulement parce qu'il s'était battu avec un loup-garou enragé et qu'il avait sans doute réchappé de peu au baiser du Détraqueur sur les rives du lac –.

Après douze ans de prison, huit mois de cavale et une vie jalonnée de pertes et de défaites, c'était peut-être la fois de trop.

Peut-être que la mort ne serait pas si mal. Il cesserait de ressentir.

Si, tout du moins, une âme avalée par un Détraqueur trouvait le repos. Il avait entendu tellement de choses à ce sujet dans les couloirs d'Azkaban qu'il ne savait pas quoi en penser. Certains disaient que les Détraqueurs détruisaient l'âme et utilisait l'énergie qu'ils absorbaient pour se reproduire d'autres pensaient qu'ils jouaient le rôle d'une passerelle vers un univers de damnation éternelle, dont Azkaban n'était qu'un pâle avant-goût.

Il préférait sans doute la première idée, même si cela signifiait qu'il ne reverrait jamais James, Lily ou Judy, d'aucune façon que ce soit.

Un frisson remonta le long de son échine et être assis fut soudainement intolérable. Il marcha jusqu'à la fenêtre du bureau et la trouva fermée, sans surprise. S'il avait été un peu plus en forme, il aurait peut-être réussi à la déverrouiller.

Même pas pour s'enfuir – il se trouvait trop haut, et pas assez pour que la chute lui soit fatale – mais juste pour sentir l'air frais une dernière fois et contempler le ciel étoilé – quand bien même sa bonne étoile était une garce –.

Il se contenta d'un dernier regard sur le parc du château – il pouvait voir le terrain de Quidditch d'ici et, Merlin en soit témoin, il était présent dans une belle collection de souvenirs –. C'était quelque part réconfortant de mourir ici plutôt qu'à Azkaban.

Ce n'était pas grand chose, mais c'était déjà ça.

Il enfonça les mains dans les poches déformées de sa robe de sorcier, sachant pertinemment que ses doigts se refermeraient sur la dernière lettre de Narcissa et les quelques photos de Maellyn qui avait survécu aux derniers mois et à la traversée de la mer du Nord.

Il ne toucha que sa propre peau et il crut une seconde que quelqu'un avait fouillé ses poches avant qu'il ne se réveille et avait trouvé la lettre – Narcissa allait être furieuse – avant de comprendre que le tissu usé s'était finalement déchiré – soit sous les coups de Harry, soit sous ceux de Lunard –.

Il ravala la déception – il aurait aimé voir grandir sa fille à travers les photos animées de Narcissa – et se détourna du parc pour détailler sa cellule.

Les nombreuses étagères croulaient sous les livres, plusieurs coupes et quelques médailles étaient exposée dans une vitrine derrière la porte, et la chaise derrière le bureau était étrangement surélevée.

Flitwick, donc.

Il aurait pu fouiller les grimoires à sa portée, peut-être trouverait-il quelque chose pour disparaître – ou pour mourir, il ne ferait pas le difficile ce soir – mais il n'en avait même pas l'envie.

Le jeu était terminé pour lui.

Il verrait sa fille une dernière fois – il ne savait même pas ce qu'il pourrait lui dire, puisqu'il n'aurait pas la force de lui avouer une vérité qui ne manquerait pas de la détruire – puis il subirait sa sentence.

Il ne lui restait donc que son Dernier Vœu.

Jamais il n'aurait pensé qu'il vivrait sa dernière heure en respectant cette vieille tradition Sang Pur.

L'ironie, de toute évidence, puisqu'elle n'avait pas encore assez ruiné sa vie.

Un bruit sec annonça que le sortilège qui maintenait la porte fermée était à nouveau levé, puis Minerva McGonagall entra, son regard plus brillant que jamais.

Il déglutit difficilement en découvrant la plus petite silhouette cachée derrière elle.

Maellyn.

Elle tremblait – il put le deviner malgré la pénombre – et la peur défigurait ses traits – la seule fois où il avait vu cette expression sur le visage de Judy, elle était sur le point de lui donner la vie –. La boule dans sa gorge l'empêcha presque de respirer, et il serra les poings pour garder le contrôle. Il ne pouvait pas s'effondrer maintenant. Il avait besoin de ce qui restait de son courage et de son sang-froid pour décider si, oui ou non, il avouait tout à sa fille maintenant.

Détruire ses certitudes, anéantir la réalité dans laquelle elle avait grandi, quelques minutes avant de mourir.

Il s'était toujours dit qu'il laisserait à Narcissa la possibilité de tout raconter à Maellyn le moment venu, et il savait qu'elle avait raison quand elle affirmait que, plus que jamais, Alya Lestrange était la meilleure protection de sa fille.

Mais elle n'était pas Alya Lestrange, elle était Maellyn Black. Elle était la fille de Judy Adler. Elle avait le droit de savoir la vérité.

- Vous avez dix minutes, dit Minerva. Je ne serais pas loin, Miss Lestrange.

La porte s'ouvrit puis se referma, le sortilège verrouilla la pièce, et il se retrouva face à face avec sa fille unique pour la première fois depuis sa naissance, presque treize ans plus tôt.

Lorsque leur regard se croisèrent, elle redressa le menton et carra les épaules. Malgré la peur, il y avait du défi au fond de ses yeux bleus.

Et de la colère.

- Bonjour, père.

Sa voix n'était qu'un croassement à peine audible, mais ce ne fut pas la raison pour laquelle il ne comprit pas tout de suite ce qu'elle venait de dire.

Comment ?

MISCHIEF MANAGED ! *rire démoniaque*

Si vous saviez depuis combien de temps cette scène est sur le feu et à quel point j'ai adoré l'écrire ! Je crois que tout est à peu près dit dans ce chapitre. Perso, Sirius me brise le coeur à chaque fois que je relis toute cette partie dans le bouquin, et j'adore particulièrement Remus dedans. La façon dont il annonce calmement à Peter qu'il va le tuer est exquis !

J'attends vos hypothèses quant à la façon dont Maellyn a découvert la vérité de pied ferme et je vous dis à dans un mois (peut-être à Noël si vous êtes sages et si je trouve la motivation de poster pendant les vacances).

Les reviews marchent très bien pour me remonter le morale et me motiver. Alors à vos claviers! (soyez sympa, c'est bientôt Noël !)

En attendant la suite, je vous invite à aller faire un tour du côté du UA complet de cette histoire : There will be time.

See you !

Excelsior !

Orlane.

Mis à jour le dimanche 08/12/2019