Salutations !
Je suis contente que les chapitres précédents vous aient plu ! On continue avec le Livre du Feu, mais on prend un peu une autre direction maintenant... Je pense que celle-ci, vous l'aurez vu venir. (Non ?)
Itsme : Oui, les personnages se révèlent ! C'est vrai que ça a mis un sacré bout de temps, pour Loki en particulier. Encore une fois c'est un peu voulu, mais je comprends que ce soit frustrant si on aime ce personnage ^^ du coup, je préfère prévenir dès à présent : Loki ne va pas revenir avant le Livre de l'Air... dans 7 chapitres. Tu restes avec moi quand même ? ^^'
Titi Snape : MER-CI xD Tu m'as fait rire, les tentatives d'assassinat c'est mignon ? :D Psychopathe va :3
Chapitre 29 : Fantôme du passé
« Je le savais ! »
Tony se redressa, triomphant, trois photos entre les doigts.
Natsuki Riku.
Nastasia Roland.
Nancy Rosa.
Ces trois jeunes femmes au teint clair, aux cheveux châtains, blond et brun, aperçues en tant que marchande à la Tribu de l'Eau, diseuse de bonne fortune au Royaume de la Terre, voyageuse sans histoire chez le peuple de l'Air, étaient la seule et même personne.
Nathalie Rushman.
« Diplomate, tu parles ! C'est une putain d'espionne, conclut fièrement l'ingénieur.
– Tu l'as déjà vu quelque part ? » questionna Pepper, ravie d'avoir pu éclairer la lanterne de son partenaire.
Tony se gratta le bouc. Cette bonne femme lui semblait définitivement familière, mais impossible de se rappeler d'où lui provenait ce souvenir diffus. Il n'avait rencontré ni Natsuki, ni Nastasia, ni Nancy. Il n'avait rencontré que Nathalie, quelques jours plus tôt à peine. Une seule certitude s'imposait : elle ne venait pas du Conseil.
Il s'avoua vaincu, incapable de se rappeler du contexte de son entrevue avec la suspecte.
La dirigeante de Stark industries quitta l'inconfort de l'unique chaise disposée à recevoir des invités dans le laboratoire de l'excentrique milliardaire. Il commençait à se faire tard, elle n'allait pas s'éterniser.
« Que comptes-tu faire ? s'intéressa-t-elle malgré tout.
– Elle est trop proche de Thor, songea Tony à haute voix, je ne peux pas en parler. Pas tant que j'ai pas plus d'éléments pour prouver son imposture.
– Il faudra bien la révéler au grand jour, tôt ou tard.
– Je dois d'abord creuser l'affaire.
– Il paraît que tu fais confiance à Steve, parles-lui en. »
Tony eut un moment d'absence.
« Hein ?
– Il sera peut-être en mesure de t'aider ? J'ai cru comprendre que tu l'appréciais.
– Quoi ?
– C'est James qui m'a dit ça, ne me regarde pas comme ça.
– Qui ?
– Rogers était dans ton salon quand je suis arrivée, tu devrais aller le voir avant qu'il n'aille se coucher. Bonne nuit Tony. »
Et la femme d'affaire s'éclipsa de sa grâce féline avant que Tony ne parvienne à ravaler son incrédulité.
Il n'eut besoin que de quelques minutes pour se remettre de sa surprise, bougonna pour lui-même qu'il toucherait deux mots à Rhodey et à ses idées déplacées, et sortit de son antre.
Il se stoppa en apercevant Rogers dans le salon commun – oubliant qu'il était justement venu lui parler en premier lieu – car la vision qui s'imposa à lui le dérouta dans son chemin de pensée.
Steve étudiait les objets d'une petite table que Tony ne voyait plus. Un guéridon en bois sur lequel quelques vestiges prenaient la poussière. Des bijoux assortis, un cadre photo, portait de famille Stark. Une liasse de courrier ouvert, lettres de condoléances. Quelques fleurs et des bougies, une montre à gousset. Steve jouait distraitement avec cette dernière lorsqu'il aperçut Tony le dévisager d'un air coi.
« Qu'est-c... » laissa échapper l'ingénieur.
Le maître de l'Eau reposa la montre où il l'avait prise.
« Pardon, murmura-t-il. Je ne voulais pas me montrer intrusif. »
Tony ne répondit pas vraiment. Déjà parce qu'il ne savait pas trop quel bruit formuler pour communiquer sa confusion – à moins que ç'ait été de la contrariété ? Ensuite parce qu'une légère tension dans l'air lui fit comprendre que Steve désirait ajouter quelque chose. Un réflexe de curiosité l'interdit de l'en empêcher.
« L'un des derniers échanges que j'ai eu avec Howard, raconta le soldat – et Tony regretta aussitôt ne rien avoir ajouté –, ç'avait concerné un sonar à esprit. Howard était enthousiaste à l'idée de le tenter sur moi, il voulait voir si j'entrais en résonance avec les fréquences auxquelles les esprits communiquent... ou un truc du genre. Il était très fier de sa machine, mais incapable de la mettre en marche, je crois qu'elle avait gelé. Je lui demandai en plaisantant s'il savait comment fonctionnait son invention, il me répondit en grommelant qu'elle ne venait pas de lui. Au bout d'une heure ou deux il abandonna, se déclara vaincu par un génie plus brillant que le sien. Il finit par me concéder qu'elle venait de toi. C'était ta machine, Tony. »
Le cœur de l'ingénieur se serra. Il se souvenait très bien de ce sonar.
L'homme en bleu poursuivit :
« Je demandai à Howard s'il ne pouvait pas faire appel à toi pour la refaire fonctionner. Il refusa en soupirant : "et saper le reste d'admiration qu'il me porte ?" Comme si sa dignité en dépendait. Il ne remit jamais le sonar en marche, il préféra ne pas poursuivre l'expérience que de réclamer ton aide. »
Bien qu'il ait reposé la montre à gousset, Steve continuait d'en étudier les détails du bout du doigt.
« Il était distant, et très peu présent pour toi, j'en ai bien conscience. Il était vaniteux, il avait l'impression que ses limites le rendaient faible. Il essayait tant d'être un exemple irréprochable que ça vous a éloignés, et il est devenu l'opposé de ce qu'il cherchait si fort à être. Mais c'était de la maladresse, jamais de la méchanceté. Je le sais, car sous ses airs irrités, il me confia une chose. Il m'avoua qu'il était fier, qu'il était impressionné par ton talent. Qu'il ne se sentait pas toujours à la hauteur – il se sentait rarement à la hauteur, en fait. Il était déboussolé. Mais il voyait en toi l'avenir, et ça le rendait confiant. »
Tony ajusta sa position, croisant involontairement les bras sur sa poitrine. Il n'avait pas anticipé cette histoire. Il avait été à mille lieux de s'être seulement douté qu'elle existait. Il chercha à masquer son trouble, préféra reporter une attention absente à la montre fermée que Steve n'avait cessé de faire tourner.
« Tu... – l'ingénieur se racla la gorge –, tu ne dois pas avoir beaucoup de souvenirs de lui. »
Steve haussa les épaules.
« Des histoires principalement.
– Tu la veux ? »
Le soldat cessa enfin de jouer avec la petite horloge et dévisagea Tony d'un nouveau regard. Surpris, aurait-on dit.
« J'ai, genre, un million de choses à lui, se justifia le milliardaire, ça m'est égal. »
Steve avisa successivement l'ingénieur et la montre à gousset. Il hésita un instant. Il se saisit du bijou, questionna à nouveau le brun qui hocha la tête une fois.
Il ferma un poing ému dessus.
« Merci. »
Tony eut un mouvement de la main désintéressé, comme si ce geste n'avait pas été le plus intentionné qu'il lui ait jamais témoigné. Un sourire illumina de tristesse le visage de Steve.
« Il n'était pas un père parfait, je le conçois. Mais tu étais son fils. Il a été le plus proche de ce que j'ai eu d'une figure paternelle, et pour lui je n'ai jamais été qu'une expérience réussie. »
Le pompe dans la poitrine de Tony loupa un battement. Il décroisa les bras toujours sans prendre conscience qu'il les avait regroupés, témoigna d'une attitude bien moins renfermée qu'il aurait anticipé. Steve ne cherchait pas à apitoyer, il ne mendiait pas la sympathie de Tony. Il n'était pas dans la médiation, la tentative de dialogue. Il était juste... lui. Disait "tu" à Tony s'en même s'en rendre compte. Partageait l'idée de l'instant sans arrière-pensée.
Il remettait en place les quelques lettres de condoléances qu'il avait dérangées, et Tony ne s'offusqua même pas qu'il ait pu les parcourir. Il considéra à l'inverse et pour la première fois le deuil que Steve aussi avait dû traverser.
Seul.
Il se força à un peu de compassion. Peut-être que cet idiot de Rogers méritait vaguement qu'on l'apprécie.
Tony fit un pas en avant pour proposer de dissoudre ce trop plein de sentiments dans un verre ou deux, lorsque l'attitude de Steve se transforma du tout au tout.
Méconnaissable.
Horrifié.
Brutalement, Steve céda à la panique.
Le soldat affolé se précipita vers Tony. Il manqua de le bousculer en le dépassant, se jeta corps et âme dans l'imposante baie vitrée qu'il brisa dans un brusque fracas de verre.
L'industriel eut tout juste le temps de retrouver son équilibre qu'un second éclat le fit sursauter, il se pressa à la suite du soldat qu'il aurait juré possédé. Il mit les pieds dans une patinoire d'eau et de débris, slaloma entre bouts de verre et de marbre brisé qui jonchaient un sol trempé.
Steve inspectait toutes les directions, gerbe d'eau parée, il semblait prêt à assassiner quiconque s'approcherait trop près. Tony eut du mal à aligner les mots dans sa tête pour formuler une phrase à la hauteur de sa confusion.
« Rogers ? »
La tension dans l'attitude du soldat ne s'atténua pas.
« Rogers ? Steve ! » insista Tony, et ce ne fut qu'une fois parvenu à son niveau que Steve sursauta. Il considéra l'ingénieur d'un regard sidéré.
Tony lut alors dans ses yeux un mélange de surprise, de détermination et de peur.
« C'était quoi, ça ? » articula le milliardaire, déconcerté.
Le soldat reporta son attention aux alentours, indécis du chemin qu'il devrait emprunter. S'il tentait maintenant de s'enfoncer dans la ville, il aurait peut-être une chance de le rattraper...
« Steve ! » s'acharna Tony.
Il sursauta à nouveau, avisa Tony avec stupéfaction. Mince, il l'avait vu, il n'avait pas rêvé !
Il rangea l'eau dans sa gourde mais la conserva parée. Prêt à l'invoquer dans la seconde où le doute ressurgirait. Il fit quelques pas et inspecta les alentours.
Le jardin était vide. Il avait pulvérisée une statue de marbre avec la fontaine qu'elle gardait. Les flambeaux, unique source de lumière dans l'ombre de la nuit, n'éclairaient aucun intrus. Aucune agitation douteuse. Les flammes des lanternes qu'il avait renversées vivotaient encore, illuminant faiblement les nombreux bosquets alentours qui demeuraient immobiles.
Ses quelques pas le firent tourner en rond. Il revint sur les lieux du carnage et en étudia les dégâts. Il avait indéniablement atteint sa cible. La statue de marbre avait été fendue très nettement en trois, ses jets d'eau avaient été affûtés.
Il l'aurait juré. Cette statue, à l'instant, avait pris vie. Elle s'était animée, sous les traits très précis de ce fantôme qui revenait le hanter...
« Steve bordel tu m'expliques ?! »
Le milliardaire commençait à s'impatienter.
Le soldat se passa une main contrariée dans les cheveux, il reprit son souffle un instant en fermant les yeux.
« Je suis désolé pour la statue, » lâcha-t-il finalement.
L'ingénieur ravala sa stupeur. Sérieusement ? Il aurait besoin d'un peu plus que ça.
« Je... j'étais persuadé d'avoir vu quelqu'un, souffla enfin le soldat.
– Quelqu'un ? Que t'as instinctivement cherché à réduire en lambeaux, quitte à passer par la fenêtre pour ça ? »
Le blond s'éloigna à nouveau de quelques pas pour prendre une grande inspiration, s'accroupit distraitement. Il parcourut une dernière fois les environs du regard, juste pour être sûr. Il se contraint à revenir faire face aux sourcils inquisiteurs de Tony.
« Je l'ai vu. Il était juste là.
– Qui ? »
Steve regrettait déjà cette situation. Il ne pouvait plus faire marche arrière.
« Bucky. »
Tony expira brusquement.
« Barnes ? »
Steve acquiesça.
« Il... Il est mort ? » tenta l'industriel, soudain peu sûr de lui.
Évidemment. Sa disparition lors d'une mission menée par Steve lui-même avait fait grand bruit. Échos d'échec et de désolation, en plus d'avoir perdu l'un des meilleurs soldat de la Tribu du Nord, le Captain Rogers avait aussi et surtout perdu son ami.
« Tu as vu son fantôme ? tenta Tony, qui soudain songea qu'il serait presque rassurant que sa propre mésaventure se reproduise chez quelqu'un d'autre.
– Non, contredit néanmoins Steve. Non, il n'est pas mort. »
L'expression interrogatrice de Tony ne s'en fit que plus prononcée.
« Tu l'as déjà revu ? C'est pas la première apparition que t'as de lui ?
– Ça n'était pas une apparition, non. Je l'ai vraiment croisé. Je l'ai plus ou moins... combattu.
– Hein ?
– Je crois qu'il m'a lancé un iceberg dessus.
– Attends, Barnes maîtrise l'Eau maintenant ? »
Steve se frotta le visage, il espérait encore vaguement se réveiller.
« Je n'ai pas rêvé. Je l'ai confronté, en chair et en os.
– Quand ?
– Il y a des années de ça. »
Tony aurait besoin de plus de précisions. Steve ferma les yeux lorsqu'il spécifia :
« Il y a... quatre ans.
– Quatre ans ? »
Tony s'autorisa un moment de battement, avant d'ajouter :
« C'était...
– Oui. »
L'ingénieur plissa des yeux. Ses mots se détachèrent avec lenteur lorsqu'il demanda :
« Rogers, où tu l'as combattu ?
– ... au navire Stark. »
Le cœur de Tony loupa une contraction.
« Tu m'as toujours dit que c'était un accident. »
Steve déglutit, soutenant le regard assombri du fils d'Howard.
« Oui.
– Tu as toujours réfuté quand j'affirmais qu'un accident n'aurait jamais emporté les recherches de mon père.
– Oui.
– Et là, tu me dis quoi ? »
L'air se faisait épais, les poumons de Tony ne s'oxygénaient pas correctement, sa voix se faisait branlante. Steve tentait de rester impassible.
« Je ne pense pas que ça ait été un accident, annonça enfin le soldat. Je pense que Bucky a provoqué le naufrage, il a saisi les recherches. Il a fait croire à la noyade d'Howard et Maria.
Tony refoula péniblement un spasme nauséeux.
« Pourquoi ?
– Je voulais me donner une chance de le retrouver. Vivant.
– Quand je t'ai posé la question, tu m'as menti.
– Je n'en étais pas sûr.
– Tu m'as ouvertement menti...
– Je voulais me donner du temps, se justifia Steve. J'aurais fini par te le dire, mais il fallait que je le retrouve avant toi. Je craignais trop que tu-
– Que je quoi ?
– ... que tu t'en prennes à lui.
– À l'assassin de mes parents ?
– À Bucky.
– Qui a assassiné mes parents.
– Quoi qu'il lui soit arrivé, je veux essayer de le ramener.
– Quatre ans ! » s'époumonna soudain Tony.
La force du reproche percuta frontalement le soldat.
« Ça fait quatre ans que tu me mens ! » répéta Tony.
L'incrédulité lui nouait les entrailles.
« Je n'en suis pas sûr, Tony, insista Steve, je n'ai aucune preuve formelle. Il fallait que j'enquête, il fallait que je le retrouve...
– Tu n'avais pas besoin de me mentir.
– Qu'aurais-tu fais, si je t'avais dit tout ce que je savais ?
– Je l'aurais retrouvé. J'aurais vengé mes parents. »
Steve s'empêcha un mouvement de recul.
« C'est à cause de ça que je n'ai pas pu t'en parler, affirma le soldat. Tu ne pouvais pas comprendre. Je n'attendais pas de toi que tu comprennes.
– Je ne t'ai jamais demandé qu'une seule chose : venger la mort de l'homme que tu considérais comme ton père. Et même ça, tu n'en as pas été capable !
– J'ai donné tout ce que j'ai pu.
– C'est faux ! Tu ne m'as pas donné ta confiance.
– Tu ne l'avais pas méritée. »
Steve regretta aussitôt ses mots avant même d'avoir fini de les prononcer.
« Pars, s'étrangla Tony.
– Quoi ?
– Quitte cette maison, t'as rien à faire ici.
– Tony, si Bucky est dans les parages-
– Pars, maintenant ! »
Steve ne bougea pas. Il soutint l'écrasante tension qui poussait les deux maîtres au bord du précipice, refusa de céder à l'appel de détresse en son bas fond. Il soupesa le regard lourd de reproches et de révolte qui lui était destiné.
À tout instant la haine exploserait en violence, le dégoût en agressivité. Imperceptiblement, il se tenait prêt à répondre à la moindre ébauche d'attaque du milliardaire. Paré à recevoir l'ampleur de sa colère.
L'air frémissait autour des poings tremblant du maître du Feu. S'il avait été possible, Steve aurait juré que la pression se fût encore accentuée. Le blond n'esquissait plus un geste. Il refusait de répondre à l'injonction de son opposant.
Alors ce dernier hurla, plus fort encore :
« Pars ! »
Et les torches au sol et alentours s'embrasèrent, flambée incendiaire qui illumina avec violence les jardins et les jouteurs en son cœur. La fournaise s'apaisa dans la seconde qui suivit, combustible avalé par l'excès soudain de rage et de chaleur.
Steve avait sursauté. Il avisa Tony une dernière fois, maintenant dans l'ombre de sa colère.
À contre-cœur, il accepta de devoir céder.
Sans un mot de plus, il se détourna.
Et partit.
