Disclaimer : Je considère que si Rowling autorise Cursed Child, elle autorise toutes les autres fanfictions, même celles qui naissent dans mon esprit tordu personnel. Btw, Jo, Trans Rights are Human Rights.
Attention : Rated T pour le langage et les scènes violentes.
RAR :
Nyanna :
Salut ! Merci beaucoup pour ta review !
Je dois avouer que je suis très fière de mon cliffhanger ! Alors je suis contente s'il t'as bien pris par surprise !
Merci pour la scène de la Cabane Hurlante keur:keur:keur (j'avais la pression parce que c'est de loin mon passage préféré, tout tome confondu). Je pense que Sirius n'a pas pu s'empêcher de noter les ressemblances entre Harry et ses parents…
Rogue est un con, je crois que c'est la seule explication possible. Il est tellement aveuglé par sa haine envers Sirius (et les Maraudeurs de façon générale) qu'il n'est pas capable de voir plus loin que le bout de son nez…
Je te laisse la surprise pour Maellyn. J'espère que l'explication sera à la hauteur de l'attente. Bonne lecture !
Lupa :
Hey ! Merci beaucoup pour ta review !
J'ai pour ainsi dire passer les deux semaines de vacances à végéter, donc je devrais affronter la rentrée reposée xD J'espère que tu as bien profité de tes vacances aussi et passé de bonnes fêtes;)
Merciiiiiiii:) Je suis contente que le dernier chapitre t'ait plu (je suis une puriste quand il s'agit des Maraudeurs, alors tu peux être sûre que j'avais le tome 3 sous la main wink:)
Remus est (presque) mon chouchou dans cette scène.
Je crois que je suis définitivement acquise à la cause de Minnie (et que ça commence à ce voir). Je l'adore vraiment beaucoup cette dame (évidemment qu'elle a craqué face au désespoir de son petit Sirius chéri).
Ouais, Sirius est un peu malmené dans le dernier chapitre (et c'est pas ma faute cette fois!)
Je vois que mon cliffhanger a fait son petit effet (*rire machiavélique*). Je note tes hypothèses pour Maellyn et je te laisse avec la suite !
Bonne lecture !
Juliette :
Salut ! Merci beaucoup pour ta review !
Je me devais de rendre hommage à cette partie de l'histoire dans les règles de l'art ! (on parle quand même de l'heure de gloire de mes chouchous!).
Qui sait pour Hermione ? (moi, mais chut, c'est un secret). Peut-être qu'elle n'est pas la seule à avoir relevé par contre (il ne faut ni sous-estimer Harry, ni Ron).
Je note pour Minnie (elle est la coupable idéale, j'avoue). Je suis pas trop d'accord pour le « rien de très traumatisant » par contre ! Ça n'a l'air de rien, mais ça remet en question toute son existence à cette petite (et elle a à peine treize ans!).
Je te laisse avec la suite ! Bonne lecture !
Merci àTigresseOtaku, Surion1243, Nyanna, Lupa, lefoudeslivre, Juliette, Almayen,Tiph l'Andouille, tzvine et Sun Dae Vpour leur review. C'était un peu Noël avant l'heure et ça c'était cool !
Bonjour à toutes et à tous !
Bonne année, bonne santé et de belles aventures pour cette nouvelle décennie !
J'espère que vous avez passé de belles fêtes de fin d'années avec vos proches et que vous avez été gâté·e·s à Noël !
De mon côté, j'ai pas été d'une efficacité éblouissante depuis la dernière fois (niveau écriture j'entends). J'ai corrigé le Nano et j'ai difficilement commencé le chapitre 46. Je vais vraiment essayé de m'y mettre ce weekend, histoire d'attaquer la rentrée dans le bon état d'esprit.
Trêve de bavardages, il me semble que j'ai laissé La Révélation sur le feu ! Bonne lecture !
Un grand merci à Sun Dae V pour la relecture et les retours ! Et je ne le dis peut-être pas assez, mais sa fic La Course au Chien Sauvage est un must-read si vous aimez Sirius Black !
Black Sunset
Partie III : Dark Matter.
Chapitre 30
Dark Matter : a term used to describe matter in the universe that cannot be seen, but can be detected by its gravitational effects on other bodies.
Secret : n. a piece of information that is generally known or is not known by someone else and should not be told to others.
Vendredi 10 Juin 1994, Poudlard, Ecosse.
- On ne va rien voir d'ici !
J'ignorai Draco et je vérifiai une dernière fois que la lettre adressée à ma tante était bien fixée à la patte du hibou de l'école – l'un des rares qui acceptait encore de m'approcher, à partir du moment où il comprenait qu'il ne devait pas partir pour Durmstrang –.
Au départ, Draco avait décidé que nous nous rendrions près de la cabane de Hagrid, afin d'être aux premières loges lors de l'exécution de ce maudit hippogriffe, mais je l'avais menacé d'envoyer une lettre à Nani sur le champ pour lui expliquer ce à quoi il voulait me faire assister.
Pansy avait en plus rajouté que nous devrions nous cacher à la lisière de la Forêt Interdite, et cet argument avait été celui qui avait douché l'enthousiasme de Draco – lui qui restait traumatisé par sa retenue en première année –.
Il avait ensuite évoqué l'idée de s'installer au sommet de la tour Ouest et j'avais dû lui rappeler que Rusard y commençait toujours sa ronde à l'approche du couvre-feu, et que nous serions sans doute délogés avant le coucher du soleil.
Nous nous étions donc rabattus sur la volière – car nous aurions au moins une excuse pour être là – et nous avions trouvé une fenêtre qui permettait de voir la cabane d'Hagrid. Comme elle donnait du côté du Saule Cogneur, la margelle était plutôt épargnée par les fientes de hiboux, et Draco nous avait fait une démonstration de ses talents en sortilèges en la nettoyant tout à fait.
Tandis que le soleil se rapprochait de l'horizon, nous avions donc tous les trois les pieds dans le vide, Draco surveillait le parc à l'aide d'une paire de multiplettes qu'il avait emprunté à Nott – au prix fort, semblait-il –, Pansy taillait ses ongles à l'aide d'une lime métallique – ce qui agaçait mon cousin en général – et j'avais emmené mon roman, histoire de passer le temps.
J'avais déjà été obligée de venir, il était hors de question que je regarde un hippogriffe se faire couper la tête.
Comme disait Pansy, ça ne durait certainement pas longtemps. Macnair n'en était pas à son premier hippogriffe – et dans le pire des cas, un sortilège ferait l'affaire –. Draco serait sans doute satisfait dès qu'il verrait la tête de la pauvre bête rouler – s'il réussissait à voir quoi que ce soit –. Nous pourrions alors retrouver notre salle commune avant que le couvre-feu ne soit vraiment dépassé – Crystal m'avait conseillé d'emprunter le passage secret près des serres de botaniques – et je pourrais lire mon livre tranquillement.
- Ça ne serait pas Granger et Potter, là-bas ?
A ma droite, Draco se redressa d'un bond et abandonna les multiplettes pour voir ce dont parlait Pansy.
Deux silhouettes – l'une couronnée d'une tignasse impossible, l'autre définitivement brun – couraient à toute vitesse en direction de la cabane d'Hagrid. Il y avait de bonnes chances pour qu'il s'agisse de Potter et Granger, bien que l'absence de Weasley soit une sorte de première.
Draco se dépêcha d'utiliser ses jumelles pour vérifier l'hypothèse de Pansy.
- C'est bien eux ! Ils doivent sûrement vouloir soutenir ce gros bêta d'Hagrid.
- Connaissant Potter, il va plutôt essayer de sauver l'hippogriffe. Un Gallion qu'il y parviendra, petite.
J'eus un sourire en coin.
- On sait toutes les deux qu'il a un don pour sauver le monde... Tu devrais plutôt parier sur le nombre de points que Dumbledore va donner à Gryffondor.
- Vous pouvez pas vous taire un peu ?! La délégation est en train d'arriver, cet hippogriffe n'a plus que quelques minutes à vivre !
Pansy ricana et mon sourire tordu étira mes lèvres. Draco pouvait se plaindre autant qu'il voulait, il n'avait pas fini de regretter de nous avoir entraînées ici.
Et je n'excluais toujours pas que ce détail m'échappe quand nous serions de retour au manoir.
Le soleil était en passe de disparaître derrière la cime des arbres de la forêt interdite, et le ciel s'était embrasé à l'ouest, enveloppant les environs d'un dégradé d'orange, de rouge et de violet.
On avait certainement pas le meilleur point de vue – et il ne valait pas le coucher de soleil que nous avions vu en Italie – mais c'était quand même très beau.
- Je le crois pas, murmura soudainement Draco, tandis qu'il jouait avec les nombreux boutons des multiplettes.
- Quoi ? Macnair a loupé l'hippogriffe ? railla Pansy.
- Non, Potter est en train de le voler !
Je baissai les yeux vers la cabane sans réussir à voir quoique ce soit – parce que nous étions trop loin, et que le Saule Cogneur me cachait une partie de la vue –.
Pansy fit preuve de moins de patience et arracha les multiplettes des mains de Draco.
- Ce mec est incroyable quand même ! s'exclama-t-elle. Il vient de disparaître avec Granger et l'hippogriffe dans la Forêt Interdite et personne ne fait rien pour les rattraper !
Sachant qu'un hippogriffe pouvait voler, il y avait très peu de chance pour qu'ils rattrapent qui que ce soit, mais je gardai ma réflexion pour moi. La dernière chose que je souhaitais pour la soirée était de m'attirer les foudres de Pansy et Draco.
Et pour être honnête, Draco m'avait tellement agacée avec son histoire d'hippogriffe que c'était presque satisfaisant de le voir échapper à sa sentence – surtout qu'oncle Lucius allait être furieux, ce qui était un véritable bonus –.
- On retourne à la salle commune ? proposai-je.
Ils fixaient toujours la cabane d'Hagrid avec hargne mais ils pouvaient difficilement changer quoique ce soit à la situation. L'hippogriffe était libre : Macnair devrait se contenter de trancher une citrouille en deux s'il souhaitait utiliser sa hache.
- Non, on ne va pas rentrer. On va aller voir le Premier Ministre et lui expliquer ce que Potter vient de faire ! déclara Draco en se levant sur le bord de la fenêtre.
Je le dévisageai tandis qu'il frottait sa cape pour la débarrasser des traces blanches laissées par la pierre sous ses fesses.
- Quoi ? dis-je finalement.
- On a tout vu ! Potter a profité qu'ils avaient le dos tourné pour libérer l'hippogriffe ! En plus, il n'a même pas le droit d'être dans le parc à cette heure-ci ! Avec un peu de chance, je vais réussir à le faire virer, et je vais sûrement pas passer à côté de cette opportunité !
Pansy l'imita alors, usant de la magie pour rendre ses vêtements impeccables, et elle m'adressa un regard impérieux.
- Draco a raison. L'hippogriffe a été condamné à mort par la justice sorcière et Potter se prend une fois de plus pour Merlin en interférant. Si on se dépêche, on pourra sans doute rejoindre le Premier Ministre et le reste de la délégation avant qu'ils ne regagnent le château. Il leur suffira de trouver Potter pour savoir où est l'hippogriffe.
J'eus du mal à croire que Pansy était du côté de Draco pour une histoire pareille ! Bien sûr, j'avais été aussi en colère qu'elle quand Draco avait été blessé lors du premier cours de Soin aux Créatures Magiques, mais contre cet inculte de garde chasse ! Pour tout ce que je pensais, il aurait dû être renvoyé sur le champ puisqu'il était incompétent. Même si l'hippogriffe était responsable de la blessure de Draco, qu'il soit le seul à être condamné m'avait agacé au plus haut point pendant toute l'année.
Et je savais que Pansy pensait la même chose que moi...
- Hagrid est en train de faire la danse de la joie parce que son poulet s'est échappé, petite. Essaye de suivre un peu.
Une telle vengeance ressemblait décidément plus à Pansy.
Je me levai donc à mon tour et les suivis. Nous quittâmes la volière en utilisant l'escalier extérieur qui nous ramena près d'un ancien mur d'enceinte, désormais envahi par les plantes grimpantes et à moitié en ruine.
Il nous suffisait de le longer en direction du château d'un bon pas, et nous arriverions dans le Grand Hall bien avant la délégation – qui comptait tout de même un vieillard au pas très lent –.
- Potter va voir ce qu'il va voir ! marmonnait Draco, qui avait – sans surprise – oublié qu'il voulait avant tout rattraper l'hippogriffe plutôt que Potter.
Nous n'avions pas fait trois pas quand le cri retentit.
- Croûtard ! NON !
Je tournai la tête en même temps que Draco et Pansy, et nous vîmes apparaître Weasley – comme s'il était sortit de nulle part – suivi de Granger et Potter. Ils couraient tous les trois en direction du Saule Cogneur à toute jambe. Weasley se jeta au sol à la façon d'un animal, et ses deux amis s'arrêtèrent à ses côtés.
- D'où sort Weasley ? souleva Draco.
- Qu'ont-ils fait de l'hippogriffe ? ajouta Pansy.
Je n'avais aucune réponse à donner à leurs questions, et je n'aurais de toute façon pas répondu, car un énorme chien noir venait d'apparaître à son tour. Il fit un bond spectaculaire qui projeta Potter au sol, avant d'attraper le bras de Weasley et de l'emporter sous le Saule Cogneur.
Je compris une seconde trop tard qu'il ne s'agissait pas de n'importe quel chien, mais de celui pour lequel je m'étais prise en sympathie depuis le début de l'année, et que je n'aurais jamais cru capable d'une telle attaque.
J'assistai au reste de la scène sans véritablement y croire. Le Saule Cogneur se réveilla de sa paisible torpeur et s'en prit à Granger et Potter avec violence, avant de s'immobiliser tout aussi vite. Les deux Gryffondors se précipitèrent aussitôt à la poursuite du chien et de leur ami, et ils disparurent à leur tour.
J'échangeai un regard incrédule avec Draco et Pansy.
Mon cousin fit un premier pas en direction du Saule Cogneur.
J'aurais dû l'arrêter tout de suite – nous n'étions pas Potter, nous ne terminions pas chaque année scolaire par une aventure dans laquelle nous pourrions perdre la vie – mais j'avais envie de comprendre pourquoi le Chien s'en était pris à Weasley, et j'étais aussi curieuse de découvrir où le passage sous le Saule Cogneur menait.
Avant que je n'ai eu le temps d'y réfléchir à deux fois, Pansy attrapa ma main et me tira en direction de l'arbre.
Nous courûmes de peur que le Saule Cogneur se réveille et il ne nous fallut que quelques secondes pour disparaître dans le passage dissimulé par ses racines.
Il s'agissait d'un tunnel étroit, à peine assez large pour laisser passer un homme de face et plutôt bas de plafond. En tendant l'oreille, je discernai facilement le bruit des pas précipités de Granger et Potter – aucun des deux ne ferait un bon espion –.
Draco fit un premier pas prudent, et je l'imitai, m'obligeant à ne pas trop réfléchir à ce que nous étions en train de faire.
Si la moitié des rumeurs sur Potter était vraie, nous étions en train de le suivre dans sa dangereuse aventure annuelle – celle dont il réchappait à chaque fois par pure chance, et ça pouvait donc très mal se terminer pour nous – mais c'était aussi terriblement excitant, surtout si nous ne nous faisions pas prendre.
Après tout, nous étions en train d'enfreindre plus d'articles du règlement intérieur que ce que je ne pouvais imaginer en plus de découvrir un secret du château.
Nous progressâmes lentement au départ – le temps que Granger et Potter nous sèment et ne puissent pas s'apercevoir que nous les suivions – puis aussi vite que nous le pouvions compte tenu du sol irrégulier, des pans de roches contre lesquels il était facile de se cogner et de la faible lumière dispensée par nos baguettes magiques.
Après une dernière courbe, une ouverture apparut. Nous éteignîmes nos baguettes et reprîmes un rythme prudent. Si Potter et les autres étaient juste derrière, il nous fallait être discrets.
- Il n'y a personne, souffla Draco, après avoir jeté un regard de l'autre côté de la trappe. Faites attention.
Il était sans doute un peu tard pour ce genre de considération.
Draco m'aida à enjamber l'ouverture. Je me retrouvai dans une pièce délabrée, au sol recouvert d'une épaisse couche de poussière, et au mobilier complètement détruit. A ma gauche, le mur était creusé par de profondes traces de griffes.
Un frisson remonta ma colonne vertébrale.
Peut-être le Chien avait-il fait ça ?
Une heure plus tôt, une telle considération m'aurait parue impossible – le Chien n'avait jamais montré la moindre agressivité – mais une heure plus tôt, je ne l'aurais jamais cru capable d'attaquer Weasley.
Dans tous les cas, si nous croisions l'animal qui les avait causées, je ne donnais pas cher de notre peau.
- Où sont-ils passés ? murmurai-je, tandis que je ne trouvais pas de porte menant à l'extérieur.
A vrai dire, toutes les fenêtres étaient obstruées par des planches de bois, comme si rien n'était censé sortir de la maison.
- Ils doivent être à l'étage, me répondit Pansy dans un chuchotement, me montrant la traînée sur le sol qui partait de la trappe et continuait vers le couloir sombre à notre droite.
Comme pour lui donner raison, un bruit sourd résonna au-dessus d'eux et le plafond grinça. Nous échangeâmes un regard : nous avions assez espionné les adultes pour savoir qu'il n'y avait pas plus traître qu'un escalier. Vu l'état de la maison – un courant d'air traversait la pièce, l'odeur de la poussière était liée à celle de l'humidité – il était peu probable que nous puissions réussir à rejoindre l'étage sans faire grincer une seule marche.
Nous ne pouvions pas rester ici pour autant : il n'y avait pas de cachettes où disparaître en cas d'urgence, et qui pouvait prédire que personne ne nous avait suivis ?
Comme pour nous forcer à nous décider, il y eut un claquement sec au-dessus de nous.
Draco indiqua alors le couloir.
Nous avançâmes à nouveau, aussi silencieusement que possible, testant les planches sous nos pieds avant de basculer notre poids dessus. Draco avait rallumé sa baguette et ouvrait le chemin avec prudence. La traînée brillante au sol s'arrêtait au pied d'un escalier délabré. Je crus une seconde que nous n'allions pas avoir le choix : qu'il nous faudrait monter et improviser une fois là-haut, en espérant que personne ne nous entende gravir les marches, quand Pansy serra mon poignet pour attirer mon attention.
De sa baguette, elle indiqua la porte – ou plutôt un panneau de bois en partie brisé, qui n'était plus retenu que par un seul gond à la chambranle –.
La nouvelle pièce avait dû être une salle à manger il y avait de cela une éternité – il ne restait plus qu'un tas de bois de la table et le lustre imposant menaçait de tomber à son tour – et je me demandai bien si nous ne ferions pas mieux de partir tant que nous en avions encore la possibilité – j'ignorais qui, ou quoi, avait tout détruit de la sorte, mais je ne souhaitais pas le découvrir – quand le plafond grinça à nouveau.
- Si vous voulez tuer Harry, il faudra nous tuer aussi ! dit une voix au-dessus de nous, presque aussi claire que si nous nous étions trouvés dans la même pièce que son propriétaire.
En relevant les yeux, je découvris que le plafond consistait en de simples planches mal ajustées – à moins que le temps se soit chargé de creuser les joints qui avaient dû les lier – et laissait deviner ce qui se jouait au-dessus de nous.
Potter, Weasley et Granger étaient tous les trois debout, au pied de ce qui semblait être un lit, et ils semblaient désarmés.
Où est le Chien ?
- Allonge-toi, répondit doucement une voix terriblement rauque. Tu vas te faire encore plus mal à la jambe.
Je fronçai les sourcils. La voix m'était vaguement familière.
- Vous m'avez entendu ? insista Weasley. Vous devrez nous tuer tous les trois !
- Il n'y aura qu'un seul meurtre, ce soir.
J'écarquillai les yeux et mon sang quitta mon visage.
- C'est Black, soufflai-je, juste assez fort pour que Draco et Pansy puissent m'entendre.
Dans la pénombre, j'eus l'impression de les voir pâlir.
- Il faut qu'on s'en aille, décida Pansy.
Elle fit un geste en direction de la porte, mais Draco la stoppa, avant de relever les yeux vers le plafond, les sourcils froncés.
- Et pourquoi ça ? lança Potter. Vous n'avez pas eu ce genre de scrupule, la dernière fois. Vous n'avez pas hésité à tuer tous ces Moldus pour assassiner Pettigrow... Qu'est-ce qui se passe, vous vous êtes ramolli à Azkaban ?
Draco grimaça, Pansy secoua la tête et je ne pus m'empêcher d'être impressionnée par Potter. Mon cousin pouvait lui reprocher tous ses malheurs, en attendant, il avait du cran.
- IL A TUÉ MON PÈRE ET MA MÈRE !
A l'étage, la situation bascula. Potter se jeta sur Black, il eut un bruit sourd quand ils tombèrent au sol, et de la poussière se mit à pleuvoir sur nous.
Le lustre tangua dangereusement. Draco me poussa sans ménagement pour me mettre à l'abri, avant de me forcer à m'asseoir, comme si ça allait changer quelque chose.
Au-dessus de nous, Potter se battait toujours avec Black sous les cris de ses deux amis. Il y eut un moment de flottement, sans que je n'arrive à voir ce qui se passait, puis Granger se jeta dans la bagarre à son tour et Black eut un grognement de douleur, tandis que Weasley tomba au sol lourdement.
La poussière se remit à nous pleuvoir dessus, m'obligeant à baisser les yeux à nouveau, puis à protéger mon nez pour éviter d'éternuer. La confusion avait beau régner au-dessus de nous, je ne tenais pas à annoncer ma présence.
Quand les bruits cessèrent et que la poussière arrêta de tomber, Black n'était plus du tout en position de force. Pour tout ce que je réussissais à voir, il était avachi contre le mur et Potter le menaçait avec sa baguette.
Un silence pesant avait remplacé l'agitation dans la maison. J'osais à peine respirer, Draco et Pansy étaient parfaitement immobiles à mes côtés, et je ne savais pas vraiment ce que nous faisions encore là. La seule chose raisonnable à faire était de retourner dans le tunnel et d'aller chercher de l'aide, parce que même s'il s'agissait de Potter, Granger et Weasley, ils ne méritaient pas de se faire assassiner par Black.
Pour autant, comme lors de ma précédente rencontre avec Black, mon corps refusait de bouger, mon cœur menaçait de s'échapper de ma poitrine et j'étais reconnaissante à Draco de m'avoir forcée à m'asseoir, parce que mes jambes tremblaient.
- On ne peut pas rester ici, souffla Pansy. S'il nous entend, il va nous tuer.
- On est de sa famille. Il ne va rien nous faire du tout.
- Parle pour toi, Malefoy ! Il faut qu'on s'en aille !
Elle réussissait à donner l'impression de hurler alors que sa voix n'était qu'un faible filet d'air, à peine assez fort pour être entendu. A sa façon de resserrer sa prise sur sa baguette, je crus qu'elle allait lancer un maléfice sur mon cousin pour l'aider à recouvrer son bon sens, puis je remarquai sa mâchoire verrouillée et la façon dont sa main libre tremblait malgré elle.
Elle était au moins aussi terrifiée que moi.
Puisque bouger était hors de question – Circée en soit témoin, je préférais me rouler en boule sans faire de bruit jusqu'à ce que Black soit parti, ce qui avait le mérite d'avoir déjà fonctionné –, je me contentai d'attraper son poignet pour l'attirer à ma gauche.
Face à nous, Draco faisait preuve d'un étrange sang-froid que je n'expliquais pas, et son regard était toujours fixé au plafond, comme s'il s'y déroulait quelque chose de particulièrement fascinant.
Je fis de mon mieux pour ignorer les battements affolés de mon cœur et je tendis l'oreille.
Je réalisai alors que le silence était assourdissant à l'étage. Potter menaçait toujours Black de sa baguette magique, Granger était recroquevillée à côté de la porte, Weasley tenait une de ses jambes, et tous deux semblaient attendre que Potter prenne sa décision.
Les bruits de pas dans la couloir me parurent si irréels que je me convainquis d'avoir rêvé.
Granger ne laissa pas passer sa chance.
- ON EST ICI ! hurla-t-elle. ON EST ICI AVEC SIRIUS BLACK ! VITE !
Le nouveau venu accéléra sa cadence dans les escaliers, une porte s'ouvrit à la volée et j'eus le temps d'apercevoir des étincelles rouges avant de devoir baisser les yeux à nouveau à cause de la poussière.
Il y eut un moment de flottement, puis le nom d'un sort prononcé par une voix que nous connaissions tous les trois.
- Lupin, souffla Pansy. Que fait-il ici ?
- C'est un ancien ami de Black, répondit Draco, comme si c'était évident et qu'elle l'ennuyait avec ses questions stupides.
Son ton condescendant eut au moins le mérite de faire oublier à Pansy qu'elle était terrifiée, du reste, c'était ce que me laissa penser son regard noir.
Si on sortait vivant de cette galère, Draco risquait de le regretter.
- Où est-il, Sirius ? demanda Lupin.
Black bougea, mais je fus incapable de voir ce qu'il fit.
- Mais, dans ce cas... reprit Lupin. Pourquoi ne s'est-il pas montré avant ? A moins que... A moins que ce soit lui qui... A moins que vous ayez changé de... Sans me le dire ?
Je n'avais pas la moindre idée de ce dont parlait notre professeur de Défense, mais Black et lui devaient vraiment être de vieux amis car il accepta la main tendue de Lupin.
Lupin aida Black à se relever puis l'étreignit comme un frère.
- Maellyn aussi est vivante ! Elle est à Poudlard, Sirius... Ta...
L'émotion de Lupin rendait sa voix plus aiguë, mais c'était le seul bruit qui troublait le silence à part les craquements du sol sous leurs pieds.
L'air quitta mes poumons brutalement, comme si je venais de m'écraser à nouveau contre un arbre, après avoir mal négocié une courbe sur mon balai lancé à pleine vitesse.
- Je sais, grogna Black.
Sa réponse résonna étrangement sous mon crâne. Il y avait un phénomène d'écho dans mon propre cerveau. Ce n'était sûrement pas normal.
- Tu sais ?
- Narcissa s'est occupée d'elle pour moi.
Au prénom de Nani, mon sang quitta mon visage et un râle m'échappa quand mes poumons se décidèrent à reprendre leur travail.
Non, non, non, NON !
J'avais envie de hurler, mais j'avais tout le mal du monde à respirer convenablement, à la manière d'une personne qui ne saurait pas nager et qu'on aurait jeté dans une mer déchaînée. Mon cœur battait follement à mes oreilles, la pièce tournait autour de moi et j'avais envie de vomir.
Je devais avoir mal entendu. Je ne pouvais pas avoir entendu ce que je croyais avoir entendu.
Maellyn aussi est vivante ! Elle est à Poudlard, Sirius... Ta...
Je serrai les paupières et enfouis mon visage dans mes genoux.
Lupin n'avait pas terminé sa phrase, mais c'était parfaitement inutile.
Ta fille.
La fille de Black était à Poudlard, elle s'appelait Maellyn et Narcissa Malefoy elle-même s'était occupée d'elle depuis que Black avait été emprisonné.
Ce n'était pas possible !
J'avais mal entendu ou mal compris ou la fille de Black s'appelait Maellyn en hommage à la famille Black et...
Nani avait dû nous mentir quand elle nous avait dit que notre cousine était dans sa famille moldue aux Etats-Unis. Ou peut-être ignorait-elle simplement qu'elle était arrivée jusqu'ici...
Maellyn aussi est vivante ! Elle est à Poudlard, Sirius... Ta...
L'air se bloqua à nouveau dans mes poumons. Mon cœur se mit à battre si vite que je crus qu'il allait sortir de ma poitrine. J'avais la tête qui tournait et mes yeux me brûlaient.
Je réalisai avec un temps de retard que tout mon corps tremblait maintenant, mes dents claquaient avec force les unes contre les autres, et l'air n'arrivait toujours pas à passer ma gorge, sans doute bloquée par la boule qui m'empêchait de déglutir.
J'aurais pu me débattre, mais si je cessais de respirer, je finirais sans doute par m'évanouir, et l'inconscience semblait parfaitement providentiel.
Un bras entoura alors mes épaules et je me sentis basculer contre un corps chaud. Il y eut la pression d'un baiser sur mon crâne, puis des cercles réguliers dans mon dos.
- Respire, petite, souffla Pansy. Ça va aller.
Je réussis enfin à reprendre une goulée d'air, mais mon souffle était irrégulier, et sifflant, et ma tête ne cessait pas de tourner.
Pansy resserra son étreinte autour de mes épaules au point où elle me fit mal, mais je décidai que ce n'était pas une mauvaise chose.
Je préférai sans fois cette douleur-là à celle qui était en train de détruire mon cœur, et qui finirait sans doute par me rendre folle.
Les larmes finirent par gagner la partie, coulant le long de mes joues sans que je n'arrive à les contenir. Pansy me cala un peu plus contre elle, m'obligeant à lâcher mes genoux pour enfouir mon visage contre son épaule.
- - Ils ne doivent pas nous entendre, petite... souffla-t-elle. Tiens le coup.
J'hochai la tête et elle embrassa une deuxième fois mes cheveux.
A défaut de pouvoir – ou très certainement d'avoir le courage – de me concentrer sur ce qu'avait dit Lupin –, je préférais écouter ce qu'il se passait au-dessus de nous.
- Il y a des témoins qui ont vu Pettigrow mourir, dit Potter. La rue était pleine de monde...
- Ils n'ont pas vu ce qu'ils ont cru voir ! répliqua Black avec hargne.
- Tout le monde a cru que Sirius avait tué Peter, dit Lupin. Moi-même, je l'ai cru, jusqu'à ce que je voie la carte, ce soir. Car la carte du Maraudeur ne ment jamais... Peter est vivant. C'est lui que Ron tient entre ses mains, Harry.
L'information mit un peu plus de temps que d'habitude à faire sens dans mon cerveau, et je clignai des yeux, incrédule.
Peter Pettigrow était vivant ?
Lupin ne s'arrêta pas là, et ce malgré l'intervention de Granger pour lui rappeler que Pettigrow ne figurait pas sur la liste officielle des Animagus – comme si l'avantage d'une telle aptitude ne valait pas la peine d'enfreindre la loi –. Aucune loi n'empêcherait jamais l'existence d'Animagi non déclarés.
Pendant les minutes qui suivirent, j'écoutai une histoire presque aussi irréelle que ce que Lupin avait laissé entendre en arrivant. Mon professeur était un loup-garou depuis tout ce temps – ce qui expliquait en effet ses absences mensuelles – et quand tout directeur censé aurait refusé qu'il vienne à Poudlard, Dumbledore en avait décidé autrement. Quand il raconta comment ses trois amis d'alors – Pettigrow, James Potter et Sirius Black – avaient entrepris de devenir Animagi pour passer les pleines lunes avec lui, l'incrédulité me fit oublier mes larmes.
Même si nous n'avions pas encore abordé le sujet avec le professeur McGonagall, je n'avais pas pu m'empêcher de me renseigner à la bibliothèque. Le processus en lui-même était long et complexe, mais que des garçons de mon âge s'y soient risqués, seuls, était particulièrement inconscient.
Pour tout ce que j'avais pu lire, ils auraient pu mourir, ou rester coincés sous une forme mi-homme, mi animale irréversible.
Tout ça pour passer les nuits de pleine lune avec un loup-garou déchaîné...
C'était sans doute un miracle qu'ils soient tous les deux encore vivants pour le raconter.
- Severus aurait bien voulu savoir pourquoi je disparaissais chaque mois, reprit Lupin. Nous étions dans la même classe et... heu... nous ne nous aimions pas beaucoup. Il détestait particulièrement James. Je crois qu'il était jaloux de son talent comme joueur de Quidditch... En tout cas, un soir, Rogue m'a vu traverser le parc avec Madame Pomfresh qui m'accompagnait jusqu'au Saule Cogneur avant ma transformation. Sirius a pensé qu'il serait... heu... amusant de dire à Rogue qu'il suffisait d'appuyer sur la racine de l'arbre avec un grand bâton pour pouvoir me suivre. Bien entendu, Rogue a essayé et, s'il était parvenu jusqu'à cette maison, il se serait trouvé nez à nez avec un loup-garou déchaîné. Mais votre père, qui avait eu vent de la farce de Sirius, a rejoint Rogue juste à temps et a réussi à le ramener au péril de sa propre vie. Rogue avait déjà atteint le bout du tunnel et il avait eu le temps de m'apercevoir. Dumbledore lui a formellement interdit de révéler le secret à quiconque mais, à partir de ce moment, il a su qui j'étais vraiment...
Pansy eut un soupir excédé.
- Je paris que Black n'a pas été renvoyé après un truc pareil et que Potter a même fait gagner des points à sa maison, souffla Pansy avec hargne. C'est tellement injuste !
Elle avait sans doute raison, puisque Dumbledore était réputé pour favoriser les Gryffondors quand il en avait l'occasion, justifiant toujours ses choix les plus contestables par l'importance de toujours donner une deuxième chance.
- Exactement, lança une nouvelle voix glaciale à l'étage.
Je reconnus celle du professeur Rogue et je relevai la tête pour vérifier que je n'avais pas rêvé.
A travers deux lattes de parquet, je le vis pointer sa baguette magique sur le professeur Lupin.
- J'ai trouvé ceci au pied du Saule cogneur, dit Rogue en jetant un morceau de tissu au sol. C'est très pratique, Potter. Je vous remercie...
Rogue paraissait étrangement essoufflé pour quelqu'un qui avait sans doute attendu en silence le bon moment pour se révéler.
- Vous vous demandez sans doute comment j'ai su que vous étiez ici ? dit-il. Je suis allé faire un tour dans ton bureau, Lupin. Tu avais oublié de prendre ta potion, ce soir. Alors je t'en ai apporté un gobelet. Et c'est une chance... Une chance pour moi, bien sûr. Sur ton bureau, j'ai trouvé une certaine carte. Il m'a suffi d'y jeter un coup d'oeil pour apprendre tout ce que je voulais savoir. Je t'ai vu courir le long de ce tunnel, puis disparaître...
Contre moi, Pansy se tendit. Je baissai les yeux vers elle et lui trouvait un visage blafard, tandis que la peur la défigurait. Elle se redressa, m'obligea à faire de même, et serra l'épaule de Draco avec force pour attirer son attention.
Sans surprise, mon cousin était complètement captivé par ce qui se disait à l'étage, et le regard qu'il lança à Pansy signifiait clairement qu'elle avait intérêt à avoir une excellente raison de l'avoir dérangé.
- Il faut qu'on s'en aille, murmura-t-elle avec force.
Il la dévisagea avec incrédulité.
- Quoi ?! Hors de question !
Il semblait tellement outré qu'il avait presque parlé à voix haute.
- As-tu seulement écouté, Malefoy ?! Lupin est un loup-garou, il n'a pas pris sa potion ce soir et la lune est pleine ! On doit partir d'ici !
Mon cœur reprit soudainement sa course contre la montre et Draco eut le bon goût de pâlir.
- Tu es sûre que la pleine lune est cette nuit ?
- Certaine, siffla-t-elle. Et quand bien même je me trompe, je ne vais pas prendre le risque de me retrouver avec un loup-garou déchaîné. Ta cousine et moi, on retourne au château !
Draco baissa alors les yeux vers moi. Je ne devais pas avoir fière allure car il fronça les sourcils, comme s'il me posait une question silencieuse.
Contre toute attente, le voir aussi perdu me redonna espoir.
Peut-être avais-je mal entendu après tout ?
Pansy n'avait plus de patience pour les tergiversations de Draco, aussi se leva-t-elle et m'aida à faire de même.
Le monde tourna follement pendant une seconde, et je fus reconnaissante à Pansy de ne pas avoir lâché ma main.
Au-dessus de nous, il y eut un bruit sourd et de la poussière tomba à nouveau. J'avais cessé de suivre l'échange, mais sûrement Rogue avait-il immobilisé Black.
Notre professeur était doué en duel, il possédait sa baguette et la rumeur disait qu'il s'y connaissait en Magie Noire. Il était plus que qualifié pour gérer un fugitif, aussi dangereux soit-il.
Sans chercher à lever les yeux pour en apprendre plus, je suivis Pansy aussi silencieusement que possible, m'obligeant à me concentrer sur chacun de mes pas et sur rien d'autre, même si mes jambes me paraissaient bien faibles et que le simple fait de m'être levée avait ravivé ma nausée.
Pansy avait raison. Nous devions quitter cet endroit au plus vite.
Ça avait été assez stupide de notre part d'y suivre Potter et Granger pour commencer.
Nous venions d'atteindre la trappe dans la pièce principale quand des cris – tout juste étouffés par les murs et la distance – précédèrent une détonation qui fit trembler les murs et tomber de la poussière à nouveau.
- Vous pensez que Lupin vient de se transformer ? souffla Draco.
- On aurait plutôt entendu un hurlement... Allez...
Elle me fit passer devant elle dans le tunnel, éclairant le sol pour moi avec sa baguette. Draco fermait la voie cette fois, et à la façon dont la lumière variait dans le tunnel, je savais qu'il se retournait de temps à autre, comme pour vérifier que nous n'étions pas suivis – ce qui était très peu probable – soit – peut-être – parce qu'il regrettait d'être parti.
Le retour me parut beaucoup moins long que l'aller, sans doute parce que nous marchions plus vite – si Rogue décidait de ramener Black au château, il ne pouvait déjà être sur nos traces et je ne tenais pas à être rattrapée par mon directeur de maison – et aussi parce que nous faisions un peu moins attention aux bruits que nous faisions – pour tout ce que nous savions, Potter, Black, Lupin, et tous les autres étaient encore à l'étage de la Cabane Hurlante –.
Une fois arrivée au pied du Saule Cogneur, je réalisai que nous avions un problème.
- Il va nous attaquer dès qu'on va sortir, dis-je, en me tournant vers Pansy et Draco.
- Laisse-moi faire.
Draco passa devant en longeant les parois du tunnel et je le vis serrer les racines du Saule à portée de main.
- Qu'est-ce que tu fais ?
- Lupin a dit quelque chose à propos d'une racine qui bloquerait l'arbre. J'ignore laquelle, et je ne tiens pas à terminer à l'infirmerie.
Il ne lui fallut pas une minute pour suivre la consigne de notre professeur, puis il sortit tout à fait, et s'éloigna avec prudence.
L'arbre resta parfaitement immobile.
Je me dépêchai de le rejoindre de peur que le charme ne se brise et Pansy me suivit de près. Une fois à l'abri le long des remparts envahis par les plantes grimpantes, nous eûmes juste besoin d'échanger un regard pour nous mettre d'accord sur ce que nous allions faire.
Passer par le Hall d'entrée principal reviendrait à nous jeter dans les bras ouverts de Rusard, et puisque notre directeur de maison était occupé ailleurs, les cachots seraient sans doute moins surveillés que d'habitude. Le plus rapide pour rejoindre la salle commune sans risquer une retenue était encore le passage secret qui débouchait près des serres de botanique.
Nous marchâmes d'un bon pas, contournant l'ancien mur d'enceinte et les serres. Il ne restait plus grand chose du coucher de soleil à l'ouest, et si la lune n'était pas encore levée, c'était sans doute par pure chance. J'avais eu l'impression d'être restée une éternité dans la pièce poussiéreuse de la Cabane Hurlante, à écouter une histoire qui n'avait pas de sens, mais qui avait le mérite de m'offrir une excellente diversion.
Maellyn aussi est vivante ! Elle est à Poudlard, Sirius... Ta...
Mes oreilles vibrèrent douloureusement, comme si je venais de me cogner le coude dans quelque chose de très dur, et je secouai la tête pour ne plus y prêter attention.
Essayant de me convaincre que j'avais mal entendu ou qu'il s'agissait des divagations d'un loup-garou et d'un homme qui avait passé douze ans à Azkaban.
Une fois à l'intérieur du château, là où nous étions en sécurité, et où très peu de personnes viendraient nous chercher, je me raccrochai aux murs de l'étroit couloir avec un soupir soulagé, puis je fermai les yeux quelques secondes.
Mon cœur battait sans doute trop rapidement, mes jambes n'avaient cessé de me donner l'impression qu'elles étaient faites de caoutchouc, et une sueur froide coulait le long de mon dos depuis la base de ma nuque, mais au moins étions-nous en sécurité.
Avec un peu d'effort, je réussirais sans doute à oublier toute cette histoire.
- Et bien, allons-nous parler de ce qu'on vient d'apprendre ?!
Je pouvais sentir le regard de Pansy peser sur moi, mais je refusai d'ouvrir les yeux pour le croiser.
- Black et Lupin semblaient croire dur comme fer que Pettigrow soit vivant... Ça aurait au moins le mérite de...
Pansy eut une sorte de feulement et Draco se tut.
Sans doute était-elle en train de l'écorcher vif par la seule force de son regard. Mon cousin n'était pas la personne la plus raisonnable que je connaissais, mais il avait appris à ne jamais sous-estimer Pansy et ses menaces silencieuses.
- Je me fiche bien de Pettigrow ! Je faisais référence à ce qu'a dit Lupin, à propos de la fille de Black !
Je déglutis et je portai mes mains sur mes oreilles, avant de glisser le long du mur pour me recroqueviller sur moi-même.
Je ne voulais pas entendre la suite.
- Lupin n'a rien dit à propos de la fille de Black, répliqua finalement Draco sur la défensive, trop fort et trop près de moi pour que je ne puisse pas l'entendre.
- As-tu seulement écouté, Malefoy, ou étais-tu trop préoccupé à imaginer un plan de sauvetage pour tirer Potter de son pétrin annuel ?!
- Lupin n'a rien dit à propos de la fille de Black !
Pansy eut un soupir excédé.
- « Maellyn aussi est vivante ! Elle est à Poudlard, Sirius... Ta... » !
Je rouvris les yeux malgré moi, juste pour voir la réaction de Draco.
Les yeux vissés sur la pointe de ses chaussures, les lèvres pincées et les poings serrés, il ne feignait même pas la surprise.
Il avait entendu, lui aussi. Comme moi, il voulait juste oublier.
- Pitié, Pansy, soufflai-je. Est-ce qu'on peut retourner dans la salle commune ? Je ne me sens pas très bien...
Ma voix n'était qu'un murmure éraillé, et chaque mot m'arracha la gorge. Mes yeux me brûlaient, mais je ne voulais pas pleurer à nouveau.
Pleurer, c'était admettre que je savais où Pansy voulait en venir, et je ne pouvais pas m'y résoudre.
Elle se tourna vers moi, un sourcil levé, impérieux.
- Je ne pensais pas que tu préférais les mensonges à la vérité, petite, dit-elle d'une voix glaciale.
- Ce qu'a dit Lupin, ce n'est pas forcément la vérité ! contrai-je faiblement, tandis que ma vision devenait floue à nouveau.
Les larmes revenaient à l'assaut, tenaces.
Pansy croisa les bras sur sa poitrine.
- Vraiment ? De combien d'autres Maellyn Narcissa Malefoy s'est-elle occupée selon toi ? Et ne me sort pas cette histoire de cousine Illégitime exilée aux Etats-Unis. On sait tous les trois que ça sentait l'arnaque depuis le début !
La dernière chose que je vis avant de fermer les yeux fut Draco, tandis qu'il s'interposait entre Pansy et moi.
J'avais beau essayé d'ignorer ce que je venais d'entendre, vouloir me convaincre de toutes mes forces qu'il ne s'agissait que des paroles insensées d'un homme rendu fou à lier par Azkaban et d'un loup-garou, que Pansy déformait leurs paroles, mon cerveau me renvoyait mes propres arguments comme s'ils étaient des Cognards dévastateurs.
Black était beaucoup de choses, mais il n'était pas cinglé. Le Premier Ministre lui-même l'avait reconnu. Après douze ans à Azkaban, il était parfaitement cohérent.
Et il ne m'avait pas donné cette impression quand je l'avais croisé, la nuit d'Halloween.
Cette même nuit où il m'avait appelée Maellyn et qu'il m'avait dévisagée comme s'il me connaissait, quand bien même il n'avait aucune raison pour cela. La haine que lui vouait ma mère était connue de tous, et j'étais certaine que jamais elle ne m'avait présentée à lui avant qu'il ne soit arrêté.
Que Black soit cinglé n'expliquait pas les mensonges de Nani.
Ce que Lupin avait sous-entendu, par contre...
Mais ça ne pouvait pas.. Je ne pouvais pas...
Sais-tu ce que cela signifie, Alya, que ton nom magique soit Maellyn Black ?
La voix de ma tante revint me hanter, aussi claire que si elle avait été dans le couloir avec moi, ravivant mes souvenirs. Ollivander avait eu du mal à trouver ma baguette, malgré le fait que sa maison avait toujours fourni les Black et qu'il ne lui avait pas fallu un quart d'heure pour équiper mon cousin.
Je secouai la tête pour reprendre le contrôle sur mes pensées, mais il était déjà trop tard. Comme si j'avais ouverte une boîte de Pandore, mes souvenirs se mirent à défiler sur l'écran noir de mes paupières.
La conversation entre Nani et sa sœur l'été dernier, durant laquelle elles avaient évoqué Sirius Black, et sans aucun doute sa fille. Bien que ça n'avait pas été leur échange le plus énigmatique.
- Cela faisait longtemps, Narcissa. Alya a bien changé.
- Elle a grandi.
- Je parie qu'elle a le caractère de son père.
- Je ne te savais pas si proche de Rodolphus.
Un nouveau frisson remonta ma colonne et une crampe de mon estomac manqua de me faire vomir, mais mes souvenirs n'en avaient pas encore terminé avec moi. Dès l'annonce de l'évasion de Black, Nani avait été étrange – inquiète – et je l'avais surprise son regard pensif sur moi à plusieurs reprises, celui dont elle me couvait quand j'étais malade, petite.
- Père m'a dit que Sirius Black s'était échappé pour retrouver sa fille.
- Je commence à croire que tu as décidément hérité du manque de discernement de ton père, Draco. Crois-tu vraiment que Sirius Black aurait attendu douze ans pour retrouver sa fille, alors que pour tout ce que j'en sais, il sait déjà où elle est ?
- Sirius Black a bien une fille ?
- Sirius Black a eu une fille quelques mois avant la fin de la guerre. Elle vit avec sa famille moldue, quelque part aux Etats-Unis, et n'est en aucun cas notre problème aujourd'hui. Vous êtes tous les deux assez âgés pour comprendre que cette enfant n'a pas sa place dans notre monde. Très peu de personnes se souviennent de cette histoire, j'exige que cela demeure ainsi.
Pansy n'avait pas tort quand elle soutenait que l'histoire de notre cousine Illégitime était étrange, et que la raison pour laquelle j'avais du mal à y croire était sans doute la certitude que Nani nous avait menti à Draco et moi. Pourtant Black avait bien eu une fille, et si elle avait disparu la nuit où sa petite-amie – Judy Adler – avait été tuée, Lupin semblait certain qu'elle était bel et bien vivante.
Et elle était à Poudlard.
Pour la première fois depuis une éternité –, j'avais finalement réussi à enfouir ce souvenir là dans un coin de mon crâne – je revis le visage de Black, cette nuit d'Halloween, après qu'il me soit rentré dedans.
- Judy ?
La façon dont il m'avait dévisagée, l'expression douloureuse sur son visage émacié, ses yeux étrangement brillants.
- Maellyn... Je... Tu es blessée ?
L'ombre qui était passée sur son visage quand je l'avais supplié de ne pas me faire de mal...
Je serrai mes paupières à me faire mal, essayant d'arrêter la course effrénée de ma mémoire. Je ne voulais pas me souvenir de toutes ces choses. Je n'arrivais pas à croire qu'à un moment, j'avais voulu découvrir les secrets de ma tante, et répondre aux questions que l'histoire de Sirius Black avaient soulevé depuis le début.
- Judy ?
Le sanglot qui passa mes lèvres m'arracha la gorge, mais même la douleur ne réussit pas à me faire ignorer la question qui tournait dans ma tête, née de la logique que le professeur McGonagall n'avait cessé d'aiguiser au cours de l'année.
Pourquoi Black avait-il cru que j'étais Judy Adler en me croisant, la nuit d'Halloween ?
Je n'eus pas le temps de faire face à la réponse. Une vague de froid intense balaya soudainement le couloir. J'eus l'impression d'être projetée au cœur de l'hiver, et le changement fut si soudain que mes poumons déjà malmenés se bloquèrent.
L'air semblait presque liquide.
Je compris trop tard ce qui était en train de se passer hors des murs du château.
- Il est l'heure de dormir maintenant, Maellyn...
Il faisait de plus en plus froid – même si j'ignorais comment cela pouvait être possible –, et je n'avais même plus la force de grelotter.
- Somewhere over the rainbow, way up high...
Je me concentrai sur la voix pour ne pas sombrer.
- And the dreams that you dreamed of...
Malgré le froid – et certainement le manque d'air – mon cerveau essaya quand même de former une pensée.
- Once in a lullaby...
La voix se brisa, un éclair vert passa sous mes paupières, et je me sentis basculer sur le côté.
- Elle est glacée ! Il faut l'emmener à l'infirmerie !
- Pomfresh ne lui fera rien de plus !
Les voix étaient comme étouffées par le champ de coton en lequel mon cerveau semblait s'être transformé, mais je reconnus la voix indignée de Draco malgré tout.
Deux bras se resserrèrent autour de mes épaules, une joue se plaqua contre la mienne, et je reconnus l'odeur de mon cousin. Faute de mieux, je décidai de m'y raccrocher.
Il faisait tellement froid que j'avais l'impression que mes os étaient fait de glace. Je claquai des dents si fort que j'en avais mal à la mâchoire et j'étais certaine que ma langue avait le goût du sang.
- Ouvre les yeux, Aly, s'il te plaît.
Un poids se rajouta sur moi, étonnamment chaud, et le froid reflua.
Juste un peu.
Juste assez pour que je puisse battre des paupières une brève seconde.
- Elle revient à elle !
La voix de Pansy – trop forte et trop proche de mes oreilles – me fit grimacer. Draco desserra un peu son étreinte et un tube de verre toucha mes lèvres.
- Essaye de boire, Aly. Ça va te faire du bien.
Une partie du liquide coula le long de mon menton, mais je réussis à en avaler une gorgée. Ce fut comme si j'avais avalé du feu liquide. Comme les deux fois précédentes, la potion chassa le froid, mon cœur se mit à battre plus fort, et je pus ouvrir les yeux sans avoir l'impression que mes paupières pesaient une tonne chacune.
La première chose que je vis fut le visage déformé par l'inquiétude de Pansy.
Je me trouvai dans la salle commune des Serpentards, installée devant la plus large des cheminées à même le sol, et enveloppée dans une quantité inquiétante de couvertures. Mon dos était plaqué contre le torse de Draco et j'eus l'impression de me casser la nuque en tournant la tête vers lui.
- Termine ta potion, souffla-t-il, ses lèvres échouant à former un sourire rassurant.
Pansy me lança un regard dangereux quand je fis mine de vouloir sortir une main pour attraper la fiole qu'elle tenait, et je la laissai m'aider, sachant pertinemment que je n'avais pas la force de me disputer avec elle.
Les trois gorgées supplémentaires que je pus avaler éloignèrent définitivement le froid, et la chaleur conjuguée des couvertures et du feu fut bientôt insupportable.
Draco voulut m'empêcher de bouger, Pansy repositionna la couverture bleue que j'avais réussi à faire glisser, et je ne dus mon salut qu'à la préfète de septième année, Antoinette Puffet.
- La potion fait clairement effet. Laissez-la bouger, ou elle va cuire à l'étouffée !
Draco et Pansy eurent l'exact même grognement mauvais, ce qui ne sembla pas impressionner la préfète. D'un simple mouvement de baguettes, elle fit disparaître les couvertures et j'accueillis la soudaine fraîcheur avec un soupir de soulagement.
Je réalisai alors que j'étais la cible de trop nombreux regards et la chaleur qui monta à mon visage n'était plus les conséquence de la potion. Il me semblait que toute ma maison était là – ce qui était fort possible – et j'étais ouvertement dévisagée.
Sans plus oser regarder autour de moi, je me redressai, repoussant avec autant de douceur que possible le bras protecteur de Draco, et ignorant l'expression mauvaise de Pansy.
Ces deux-là allaient finir par faire passer Nani pour une garde malade laxiste !
Je déglutis en pensant à ma tante.
L'était-elle seulement ?
A mesure que je reprenais le fil des dernières heures, je sentis les larmes me monter aux yeux à nouveau. S'il n'y avait eu que Pansy et Draco, je n'aurais sans doute pas résisté – malgré la potion, je me sentais fatiguée, même si je redoutais le moment où je devrais aller me coucher – mais je venais déjà de donner une piètre image de moi-même à ma maison, je devais au moins sauver les apparences.
Puisque, selon toute vraisemblance, c'était tout ce qu'il me restait.
- Et bien, l'un d'entre vous va-t-il daigner me donner quelques explications ? intervint finalement Puffet d'un ton sec.
Il y eut un silence entre nous, mais je n'osai pas répondre. Ma voix tremblerait sans doute, et je n'avais pas la tête à inventer un mensonge crédible.
Bien que la vérité était plus incroyable que ce à quoi Draco pourrait penser.
- Nous revenions des serres quand elle ne s'est pas sentie bien, répondit finalement Pansy, son ton aussi cassant que celui de la préfète. Sans doute les Détraqueurs ont-ils encore passé les défenses de Dumbledore.
- Et que faisiez-vous aux serres ? On a interdiction de quitter le château après le coucher du soleil.
- Le tout c'est de ne pas se faire prendre, non ? Tu peux nous enlever des points si tu veux, Puffet. En toute honnêteté, j'en ai rien à faire.
Je doutais beaucoup que Puffet avait apprécié sa réplique, mais j'étais trop occupée à contenir mes larmes pour relever les yeux vers elle. Machinalement, je portai les ongles de ma main droite à ma bouche, espérant trouver là une diversion suffisante le temps que Puffet nous laisse tranquille.
Pansy avait raison, elle pouvait bien nous coller, c'était le cadet de mes soucis ce soir.
J'eus vaguement conscience d'entendre le bruit caractéristique – pierre contre pierre – de l'entrée de la salle commune, suivi par de nombreux chuchotements.
- Professeur McGonagall ? Que se passe-t-il ?
Je serrai les dents.
- Qui d'autre est au courant ?
- Minerva McGonagall.
Qui pouvait me dire le rôle qu'elle avait joué dans tout ça ?
- Rien qui ne vous concerne, Miss Puffet. Miss Lestrange, pouvez-vous venir avec moi, s'il vous plaît ?
Je fermai les poings à la mention de mon nom – sauf que ce n'était pas mon nom, ça ne l'avait jamais été – et je me levai à la façon d'un automate dont les articulations seraient rouillées. Je n'avais pas vraiment envie de suivre le professeur McGonagall, mais je n'avais pas non plus envie de rester dans la salle commune, sous le feu du regard de toute ma maison ; et je craignais que Pansy souhaite reprendre la discussion que j'avais tenté de fuir avant de m'évanouir.
Mes jambes me donnaient encore l'impression d'être faites de caoutchouc, et ma tête tourna de m'être levée trop vite, sauf que la diversion était la bienvenue.
Je fis comme si je n'avais pas senti la main que McGonagall déposa entre mes omoplates, comme si j'avais besoin de compassion de la part de quelqu'un qui me mentait depuis le début.
Elle attendit que nous soyons dans le couloir pour reprendre la parole.
- Sirius Black a été arrêté il y a environ une heure. Avant que le Baiser du Détrauqueur lui soit infligé, il a émis le Dernier Voeu de vous voir. Vous avez le droit de refuser.
Je ne pus que serrer mes bras contre moi, essayant de trouver un peu de réconfort là où je le pouvais.
Ce soir, l'univers semblait décidé à me fournir des réponses à la façon de coups de poings en plein ventre.
- Pourquoi moi ? soufflai-je finalement, sans trouver le courage de lever les yeux vers McGonagall.
Les pleurs avaient rendu ma voix rauque et l'écho de ma question résonna étrangement à travers les cachots.
- Je l'ignore, Miss Lestrange, mais sans doute a-t-il ses raisons.
Mon cœur s'accéléra soudainement et je ne sus pas ce qui m'empêcha de lancer un regard sombre à mon professeur face à un tel mensonge.
Parce qu'elle savait !
- J'accepte, grognai-je à travers mes dents serrées.
- Vous vous sentez bien, Miss Lestrange ?
J'avais comme un goût de bile dans la bouche à chaque fois qu'elle prononçait mon nom, et j'allais finir par vomir.
- Je vais très bien.
Si elle pouvait mentir, alors je n'allais pas me gêner pour en faire autant.
Elle n'insista pas et je la suivis dans les couloirs du château, me forçant à me concentrer sur chaque pas que je faisais et sur les spasmes désagréables de mes muscles, encore tremblants de mes grelottements un peu plus tôt.
J'eus beau me raccrocher à ma volonté, serrer les poings et les dents, et secouer la tête avec impatience, mon cerveau était hors de contrôle.
Des pensées tournaient à toute vitesse sous mon crâne, me donnant presque le tournis, et tout ce que je pouvais imaginer comme explication – Viviane, Morgane et Circée, il devait bien en exister une – se brisait sur le mur de la vérité.
Maellyn aussi est vivante ! Elle est à Poudlard, Sirius... Ta...
La révélation de Lupin avait été la pièce du puzzle qui nous avait manqué pendant tout ce temps, à Draco et moi, pour pouvoir voir clair à travers les mensonges de Nani.
Et Merlin en soit témoin, ils étaient nombreux.
Je dus me mordre la langue à cette pensée, juste pour ne pas imploser au beau milieu du couloir, tandis que mon cœur accélérait douloureusement et que la brûlure sous mes paupières se faisait plus impérieuse encore.
Nani avait menti, depuis le début et sur tout !
Mon cœur se serra, une larme coula lentement le long de ma joue droite et je l'essuyai avec rage.
Je ne pouvais pas commencer à pleurer maintenant, ou je ne pourrais jamais m'arrêter.
Morgane, j'allais rencontrer Black.
- Nous y voici, Miss Lestrange.
Je relevai la tête, réalisant que nous étions devant le bureau de Flitwick, gardé par un Hagrid au teint livide.
- Je vais devoir récupérer votre baguette, Miss Lestrange.
Je dus faire une drôle de tête, car le masque sévère de McGonagall se radoucit.
- Rassurez-vous, il ne vous arrivera rien, Alya.
Je lui tendis ma baguette, même si j'avais l'impression de me sentir nue sans elle dans la poche de ma cape. Hagrid se décala, un bruit sec suivit le mouvement compliqué de mon professeur, puis la porte s'ouvrit.
Il faisait sombre – aucun feu ne brûlait dans la cheminée et il n'y avait qu'une seule bougie d'allumée sur le bureau – pourtant la maigre silhouette de Black, surmontée par la masse sale de ses longs cheveux noirs, semblait prendre toute la place dans la pièce.
Mes yeux furent aussitôt sur lui.
- Vous avez dix minutes, dit Minerva. Je ne serais pas loin, Miss Lestrange.
Le sortilège verrouilla la porte au moment où mes yeux croisaient les siens, même s'ils étaient enfoncés au fond de ses orbites, émacié comme il l'était.
Je ne réussis pas à lire les différentes émotions qui passèrent sur ses traits : était-il soulagé de me voir ou déçu ? Se sentait-il coupable d'être la pièce maîtresse d'un immense secret ?
Allait-il seulement avoir le courage de me dire la vérité à l'aube de sa mort ?
A la pensée qu'il puisse choisir de se taire, ou refuser de parler pour me protéger, ce que Narcissa Malefoy ne manquerait pas d'invoquer, la colère fit accélérer mon cœur brutalement.
- Bonjour, père.
J'aurais voulu que ma voix porte un peu plus de défi, et certainement un écho de la colère qui me tétanisait les muscles, mais ce n'était qu'un souffle terrifié.
Pitié, faites que j'ai tort.
Black me donna l'impression de recevoir un coup de poing. Il tituba légèrement en arrière, sans toutefois me lâcher du regard, tandis qu'il me dévisageait ouvertement.
Ses lèvres formèrent sa réponse sans qu'aucun son ne la porte jusqu'à moi.
Comment ?
J'eus l'impression que le silence dans la pièce se cristallisait, avant de devenir plus lourd que la pierre qui constituait les murs.
J'ignorai ce qui me permettait de soutenir son regard perçant quand une part de moi voulait tambouriner à la porte pour que McGonagall m'ouvre, et que je puisse retrouver le sanctuaire de mon dortoir pour m'y rouler en boule pour toujours.
- Tu étais dans la Cabane Hurlante, souffla-t-il finalement.
Je gardai le silence, incapable de parler, de lui cracher au visage, de lui hurler la douleur qui me déchirait la poitrine, alors que je réalisais depuis moins d'une heure que ma vie était peut-être un mensonge.
Une larme m'échappa à nouveau, malgré le fait que toute mon énergie était déployée à les contenir – si je devais m'écrouler, ça ne serait certainement pas devant lui – et je décidai de l'ignorer.
Il fit un geste vers moi – pour me consoler ? – mais je reculai par réflexe. Quoiqu'il puisse dire, il était un étranger, autant que l'étaient Bellatrix et Rodolphus Lestrange.
Plus, même, peut-être.
Mon geste lui tira une grimace douloureuse et la main qu'il avait tendu retomba mollement le long de son corps. Il ferma les yeux un instant, prit une inspiration saccadée, puis son regard fut à nouveau sur mon visage, encore plus pénétrant qu'avant, comme s'il voyait à travers moi aussi facilement que si j'avais été faite de verre.
- Je suis désolé, Maellyn, dit-il.
Sa voix était étranglée, et elle n'avait plus rien à voir avec celle rauque et malhabile de la Cabane Hurlante.
Ce furent au tour de ses mots de me frapper de plein de fouet, causant plus de mal que ceux de Lupin, quelques heures plus tôt.
Là où j'avais encore pu croire à un malentendu, Black ne me laissait aucune issue de secours.
- Tu n'étais pas censée découvrir tout ça de cette façon. Je suis désolé, ma fille.
Ma fille.
Douce Viviane...
Mon cœur accéléra à nouveau, encore plus douloureusement qu'avant, le monde vacilla autour de moi, et il fallut que le goût métallique du sang envahisse ma bouche pour que je réalise que je m'étais mordue la langue.
Je faillis m'effondrer comme dans le couloir qui menait aux serres de Botanique, enfouir mon visage dans mes genoux et pleurer jusqu'à l'oubli, sauf que je n'avais pas ce luxe.
Vous avez dix minutes.
Il allait recevoir le baiser des Détraqueurs dans quelques minutes et des centaines de questions se bousculaient sous mon crâne depuis que j'avais compris – ou cru comprendre –.
Je me raccrochai à la douleur qui faisait pulser ma langue plutôt qu'à celle qui irradiait dans ma poitrine à chaque battement supplémentaire de mon cœur, et je rouvris les yeux au prix d'un énorme effort – Merlin en soit témoin, mon entêtement avait du bon –.
Black ne m'avait toujours pas lâché du regard, même s'il semblait bien plus brillant qu'au moment où j'étais entrée dans la pièce. Ses traits s'étaient creusés, accentuant encore davantage son aspect cadavérique, et il semblait vibrer, comme s'il se retenait d'avancer jusqu'à moi.
Je me refusai d'essayer de lire les différentes expressions de son visage.
- Comment ? murmurai-je finalement.
Ma voix n'était qu'un mince filet d'air et elle lui tira aussitôt une grimace.
Il passa une main nerveuse sur son front, puis s'éclaircit la gorge.
- Bellatrix t'a enlevée quelques jours après ta naissance. J'ai essayé de te retrouver mais... J'ai été arrêté. Je ne pouvais pas vraiment faire grand chose depuis Azkaban, pas vrai ?
Son ton amer en disait sans doute très long sur ses regrets, mais ce n'était pas vraiment la réponse à la question que j'avais posé.
- Comment étais-je censée apprendre la vérité ?!
J'aurais aimé être capable de le hurler – puisque tout le monde semblait me mentir depuis le début – mais ma gorge était bien trop serrée pour que j'y parvienne.
Black déglutit difficilement, détourna le regard une seconde, avant de croiser le mien à nouveau, ouvrant et refermant la bouche plusieurs fois, avant de capituler dans un soupir.
- Narcissa te l'aurait dit dans quelques années, quand elle t'aurait jugée prête...
Je serrai les poings et les dents.
- Vous ne m'auriez donc rien dit ce soir ?
Il ouvrit la bouche, la referma, et une ombre passa sur son visage.
- Je ne sais pas, souffla-t-il enfin.
Un frisson remonta le long de ma colonne. J'avais à nouveau envie de vomir, sans que je ne sache vraiment si c'était à cause de sa lâcheté, ou parce que ma marraine aurait sans doute continué le mensonge pendant des années, et qu'elle aurait très bien pu ne jamais rien me dire.
Je rouvris malgré tout la bouche pour poser une autre question, celle qui me terrifiait peut-être le plus, mais j'avais besoin de réponses.
Le froid me coupa la parole et précéda une vague de panique.
- Les Détraqueurs.
Black n'avait pas eu besoin de moi pour percevoir leur approche. De pâle, il devint blême dans la pénombre de la pièce. Ses yeux étaient étrangement brillants quand ils croisèrent à nouveau les miens.
- Je suis désolé, Maellyn. Pour tout.
Sa voix était à nouveau rauque et il fit un pas de plus vers moi.
Je ne pus que le dévisager, la peur me volant mes mots. Il allait mourir et le froid des Détraqueurs était en train de s'infiltrer dans mes os. Je pouvais sentir mes forces me quitter encore plus vite qu'un peu plus tôt.
Avant que je n'ai eu le temps de m'accrocher à quelque chose, je tombai à genoux.
Le froid augmenta encore, formant un brouillard blanc devant mes yeux, et je choisis de les fermer, même si ça ne servait pas à grand chose.
J'avais déjà croisé la route de trop nombreux Détraqueurs cette nuit et les émotions de la soirée avaient drainé mon énergie. J'étais encore moins capable que d'habitude de résister.
Deux mains attrapèrent mes épaules et Black m'aida à m'allonger, avant de caresser mon front avec douceur.
- Tu es plus forte qu'eux, Maellyn.
Je secouai la tête et ramenai mes jambes près de mon corps pour essayer de garder un peu de chaleur. Le froid était en moi maintenant et je n'aurais sans doute plus jamais chaud de toute ma vie.
Et de toute façon, à quoi bon lutter ?
- Il est l'heure de dormir maintenant, Maellyn...
La voix de ma mère – qui d'autre ? – m'arracha un sanglot. J'eus vaguement l'impression d'entendre une série de bruits secs non loin – sûrement le sortilège qui verrouillait la porte – et Black eut une exclamation étouffée.
- Somewhere over the rainbow, way up high...
Quelque chose de rèche se posa sur ma joue.
- Je t'aime, ma fille. On se reverra, je te le promets.
Il serra mon épaule.
And the dreams that you dreamed of...
Je voulus rouvrir les yeux, ou dire quelque chose, mais le froid était la seule chose à laquelle je pouvais penser.
- Once in a lullaby...
L'éclair vert, désormais familier, fut la dernière chose que je vis avant d'être engloutie par l'inconscience.
…
Il faisait sombre.
Tellement sombre que je n'aurais pas pu voir mes propres mains, eus-je été capable de les porter à mon visage.
Des liens m'empêchaient de faire le moindre geste. Je pouvais sentir l'étau glacial du métal autour de mes poignets et la corde qui mordait ma chair et restreignait les mouvements de ma poitrine.
Dans le silence absolu, je ne pouvais entendre que les battements affolés de mon cœur et le bruit rapide de ma respiration. Je voulus hurler, appeler de l'aide, mais aucun son ne passa mes lèvres, comme si l'obscurité qui m'entourait avalait mes cris.
Se débattre ne servait à rien non plus, à part resserrer les liens qui me retenaient prisonnière, engourdir mes membres et accentuer la pression autour de mes poumons.
J'avais de plus en plus de mal à reprendre mon souffle.
Même si ça ne changeait rien, je fermai les yeux et serrai les dents, essayant de retrouver un semblant de calme, juste assez pour trouver une solution et me tirer de ce guêpier, dans lequel je ne savais même pas comment j'avais terminé.
- Draco, il est l'heure. Elle doit disparaître.
La voix était parfaitement claire, comme si son propriétaire se trouvait juste à côté de moi. Je n'eus pas le temps d'essayer de deviner à qui elle appartenait, ni à quoi elle faisait référence, car ma prison bascula. Il y eut un bruit de tonnerre, puis mes pieds se retrouvèrent mouillés.
Je compris une seconde trop tard ce qui venait de se passer.
J'étais en train de couler.
J'allais disparaître.
Même si ça ne servait à rien, je me remis à me débattre. Il fallait que je me libère de mes liens, que je sorte de cette boîte avant qu'il ne soit trop tard.
L'eau continua à monter, de plus en plus vite, et de plus en plus glaciale. Je ne pouvais presque plus respirer, mais c'était sans importance puisque je n'aurais bientôt plus d'air. Des larmes brûlantes coulèrent le long de mes joues, j'eus un dernier cri qui resta silencieux, puis l'eau passa mes lèvres.
Sans que je ne puisse faire quoique ce soit, l'eau recouvra mon visage, chassant le peu d'air qui me restait.
Mes poumons se mirent à me brûler, la douleur devint intolérable.
Et, à nouveau, la clémence de l'inconscience.
...
- Miss Lestrange est ma patiente et elle n'est pas en état d'être interrogée par quiconque !
- Je suis le Premier Ministre et cette enfant est la dernière personne à avoir vu Black ! Ne m'obligez pas à vous faire arrêter, Infirmière !
Les cris étaient proches et résonnaient étrangement sous mon crâne, comme si je me réveillais après une méchante fièvre. Je voulus ouvrir les yeux, mais mes paupières étaient définitivement trop lourdes, et ma volonté était trop faible face à l'appel de l'inconscience.
- Il n'y a pas d'Auror pour m'arrêter, et Monsieur Macnair serait bien mal avisé de s'y risquer.
- Pour l'amour de Merlin ! Dumbledore, faite quelque chose !
Si seulement ils voulaient bien se taire...
- Puis-je, Poppy ? Je tâcherais de la ménager et je serais rapide.
- Elle est inconsciente ! Vous ne tirerez aucune confession d'elle.
- Je crois au contraire qu'elle revient à elle.
Pomfresh eut une exclamation agacée.
- Avec tout le remue ménage, c'est très surprenant.
Une main se posa sur mon front, puis un doigt obligea ma paupière droite à se soulever, avant qu'un éclair de lumière ne m'aveugle. Je secouai la tête dans un grognement.
- Miss Lestrange, est-ce que vous pouvez ouvrir les yeux ?
C'était la dernière chose que je voulais. Mes muscles me faisaient étrangement mal, comme si j'avais été rouée de coups et ma gorge était douloureuse. Sans doute avais-je mérité la tranquillité qui me permettrait de me rendormir.
- Miss Lestrange, s'il vous plaît... Juste quelques minutes.
Ce fut sans doute la douceur dans la demande de Dumbledore qui me décida plus qu'autre chose. Avec un peu de chance, je réussirais à me débarrasser de lui assez vite.
Pour une fois, l'infirmerie n'était pas baignée de lumière – ce qui était sans doute une bonne chose vu le mal de crâne que je sentais couver – et je n'avais jamais eu une compagnie aussi étrange à mon chevet.
Madame Pomfresh était près de moi, l'air terriblement désapprobatrice tandis qu'elle agitait sa baguette. Dumbledore m'offrit un petit sourire d'excuse et le Premier Ministre semblait tout bonnement hors de lui.
- Qu'est-ce qu'il se passe ? marmonnai-je, essayant de retrouver le fil des événements qui avaient bien pu me mener ici, à nouveau.
Le professeur Dumbledore vint s'asseoir sur la chaise à ma gauche. Il lissa sa barbe plusieurs fois avant de reprendre.
- Comment te sens-tu, Alya ?
« Mal » était la seule réponse à laquelle je pouvais penser, entre mes méchantes courbatures, l'épais champ de coton qui semblait avoir remplacé mon cerveau et le poids que je sentais sur ma poitrine.
Je n'allais certainement pas avouer cela devant le Directeur de Poudlard et le Premier Ministre de Grande-Bretagne.
Je choisis de hausser les épaules.
Dumbledore me dévisagea par-dessus ses lunettes en demi-lune, son expression bienveillante ne réussissant pas à cacher le fait que je ne l'avais pas trompé.
- Je crains que tu aies causé une belle frayeur à Poppy un peu plus tôt. Il s'agirait d'être honnête maintenant, afin qu'elle puisse veiller à ton bon rétablissement.
Je serrai les lèvres, réalisant avec une grimace qu'elles étaient trop sèches pour cela et qu'elle avait le goût du sang.
- J'ai juste mal à la tête, avouai-je finalement, même si c'était loin d'être le seul mal qui affligeait mon pauvre corps.
C'était sans doute la raison pour laquelle je peinais encore à me souvenir des dernières heures... Ça, ou la fatigue qui alourdissait mes paupières.
- Je n'ai rien fait de mal, pas vrai ?
Dumbledore secoua la tête, un sourire rassurant sur les lèvres.
- Absolument pas... Tu es toutefois la dernière personne à avoir vu Sirius Black avant qu'il ne s'échappe. Le Premier Ministre aimerait savoir si tu as une idée de la façon dont il s'y est pris.
A la mention de Sirius Black, un pêle-mêle désordonné d'images de la nuit dernière m'assaillirent – la Cabane Hurlante, mon malaise dans le couloir, l'attaque du Chien, le bureau de Flitwick –, aggravant mon début de migraine et me faisant monter les larmes aux yeux.
Je t'aime, ma fille. On se reverra, je te le promets.
Un tremblement secoua mon corps, mon coeur accéléra brusquement et ce fut comme si une boule obstruait ma gorge, empêchant l'air de passer.
La main de Dumbledore attrapa la mienne et il la serra.
- Tout va bien, Alya. Tu es en sécurité maintenant.
Ce n'était pas vrai.
Je ne serais sans doute jamais en sécurité.
Parce que j'étais un mensonge.
Mon coeur s'emballa encore, les larmes devinrent plus insistantes, et la seule chose que je voulais maintenant était de me rouler en boule.
Madame Pomfresh s'interposa alors entre Dumbledore et moi, sa main trouvant à nouveau mon front, et elle grimaça.
- Vous avez de la fièvre, Miss Lestrange.
Je serrai les dents à la mention de mon nom.
Parce que je n'étais pas Alya Lestrange.
Je reniflai, espérant que cela suffirait à empêcher les larmes de couler. Si je cédais maintenant, je ne pourrais pas m'arrêter, et je préférais m'écrouler à l'abri des regards.
Pour tout ce que je me souvenais, la soirée avait été longue et s'était terminée sur la mort de Sirius Black. Il y avait une limite à ce que je pouvais supporter.
Pomfresh attrapa un verre sur ma table de nuit.
- Buvez ceci, Miss. Cela va vous faire du bien.
Le goût amer me parut familier, mais je n'étais pas en état de deviner ce que je venais d'avaler, mais cela eut au moins le mérite de calmer les battements désordonnés de mon coeur et d'apaiser ma respiration.
- Vous étiez évanouie quand le professeur McGonagall vous a retrouvé. Vous souvenez-vous pourquoi, Miss Lestrange?
Dumbledore eut un regard pour le Premier Ministre.
- Cornelius, cette demoiselle ne va pas bien. Laissez-moi poser les questions ou vous n'apprendrez rien d'elle. Si vous ne vous pensez pas capable de vous retenir d'intervenir, je vous prie de bien vouloir attendre dans le couloir.
Du coin de l'oeil, je vis Fudge serrer les bras sur sa poitrine, mais il ne fit pas un geste en direction de la porte.
-Alya, sais-tu pourquoi tu t'es énavouie un peu plus tôt ?
Je déglutis et les notes de la berceuse moldue résonnèrent à mes oreilles.
Il est l'heure de dormir maintenant, Maellyn...
J'eus un frisson.
- Les Détraqueurs, soufflai-je. Quand ils sont arrivés, je me suis évanouie. Je ne supporte pas bien leur pouvoir.
Fudge eut une exclamation.
- C'est la meilleure ! La fille de Bellatrix Lestrange qui s'évanouit en présence des Détraqueurs ! J'ai vu de mes yeux le peu d'effets qu'ils ont sur toute la famille Black, Dumbledore !
Je ne pus retenir un regard noir à l'attention de Fudge, même si je ne savais pas vraiment si c'était à cause de la mention de mon lien de parenté avec Bellatrix – elle m'avait enlevée ! – ou parce qu'il venait de sous-entendre que j'étais en train de mentir ouvertement.
- Cornélius, c'est la dernière fois que je vous propose poliment de sortir.
La menace qui planait dans le ton de la voix de Dumbledore était à peine discernable, mais avait force de promesse.
Fudge se balança sur ses talons, l'air encore plus furieux que quelques secondes plus tôt, mais ne bougea pas.
- Je me suis vraiment évanouie à cause des Détraqueurs, dis-je en croisant à nouveau le regard bleu de Dumbledore.
- Je te crois, Alya. Je sais même que ce n'est pas la première fois... Est-ce que Sirius Black était encore avec toi quand tu t'es évanouie?
Je t'aime, ma fille. On se reverra, je te le promets.
Je pouvais encore sentir la main qui avait serré mon épaule et le baiser qu'il avait laissé sur ma joue.
- Bien sûr.
- Sais-tu comment il aurait pu s'échapper ?
Ce fut à mon tour de dévisager Dumbledore.
- Il ne s'est pas échappé, soufflai-je, la gorge serrée. Il a reçu le Baiser du Détraqueur. Ils étaient dans le couloir et nous étions enfermés. Il ne s'est pas échappé.
Pourquoi Dumbledore se montrait-il si cruel ? Sirius Black n'était plus qu'une coquille vide et j'avais perdu mon père.
Une première larme roula le long de ma joue et je fermai les yeux pour retenir les autres, même si je savais d'avance que la bataille ne serait pas facile à gagner, pas quand mon corps était secoué de tremblement comme il l'était, que mon coeur me donnait l'impression de vouloir sortir de ma poitrine et que l'air s'était à nouveau bloqué dans mes poumons.
- Cela suffit ! Je vous avais dit qu'elle n'était pas en état d'être interrogée ! Je soupçonne Black de lui avoir lancé un maléfice ! Je vais être obligée de vous demander de sortir !
- Vous n'en ferez rien, Madame ! La sécurité du pays en dépend !
La main de Dumbledore se resserra autour de la mienne, puis il saisit mon menton avec force jusqu'à ce que j'accepte de le regarder à nouveau.
Son visage était beaucoup trop proche du mien, et je ne pouvais voir que ses deux yeux bleus, brillant d'une façon hypnotique.
- Il s'est échappé, dit-il. Il n'est pas mort. Encore un peu de courage, et je ferais en sorte qu'on te laisse tranquille.
Il n'était pas mort.
Je pris une première inspiration brûlante.
Je t'aime, ma fille. On se reverra, je te le promets.
Il avait réussi à s'échapper!
J'essuyai mes joues de ma main libre et je relevai mon menton.
- Quand je me suis évanouie, il était encore là, j'en suis sûre, dis-je finalement, essayant de mettre le plus de force dans ma voix.
- Monsieur le Premier Ministre aimerait savoir si, oui ou non, tu l'as aidé à s'enfuir, Alya.
Je secouai la tête.
- Le professeur McGonagall avait pris ma baguette. La porte était verrouillée. A part en s'envolant par la fenêtre, je ne sais pas comment il aurait pu s'y prendre.
- T'a-t-il dit pourquoi il souhaitait te voir pour son Dernier Voeu ?
Je suis désolé, Maellyn. Pour tout.
Je n'arrivais pas à me concentrer suffisamment pour trouver un mensonge crédible et, de toute façon, il y en avait bien assez me concernant.
- Non...
Ma réponse ne sembla pas plaire à Fudge.
- Tout cela est une perte de temps ! Je vais aller voir si les Aurors ont trouvé quelque chose.
Dumbledore le laissa partir sans un mot de plus, puis serra ma main une dernière fois avant de la libérer.
- Merci, Miss. Je vous laisse aux bons soins de Madame Pomfresh.
L'infirmerie me sembla vide après ça, malgré les trois autres lits occupés, certainement par Potter et ses deux amis. Pomfresh m'aida à me rallonger, marmonnant milles malédictions à l'intention de Fudge et Dumbledore.
- Votre fièvre m'inquiète, Miss. Je vais vous faire prendre de la Pimentine et nous verrons demain. Vous souvenez-vous de votre arrivée ici ?
Je secouai la tête. Ma gorge était à nouveau trop serrée pour que je puisse parler.
Viviane en soit témoin, les révélations se succédaient à un rythme trop élevé, chacune me heurtant avec la force d'une vague une nuit de tempête, menaçant de m'engloutir à jamais.
- C'est bien ce qui me semblait. Avez-vous déjà fait des épisodes de somnambulisme ?
Je grimaçai. Plus petite, je m'étais souvent réveillée dans le lit de Draco sans le moindre souvenir de la façon dont j'étais arrivée là. Le Médicomage Perrin était certain qu'il s'agissait de somnambulisme.
- Vous avez dû faire un sacré rêve, car vous vous êtes débattue comme si votre vie en dépendait... Je vais vous donner un peu de Potion Sans Rêve. Vous avez l'air exténuée, cela vous fera du bien de vous reposer.
Je n'eus pas vraiment l'occasion de réfléchir à ce qu'elle venait de dire – je me souvenais vaguement d'un rêve dans lequel je me noyais, mais les détails m'échappaient – car elle revenait déjà avec les potions. Je les bus d'un trait, fermai les yeux.
Je ne pus compter que jusqu'à cinq avant de basculer.
...
Samedi 11 Juin 1994, Poudlard, Ecosse.
Quand je rouvris les yeux à nouveau, j'avais au moins l'impression de m'être reposée. La douleur qui enserrait mon crâne un peu plus tôt avait disparu, les courbatures s'étaient atténuées et aucune potion ne pourrait faire disparaître le poids qui pesait sur ma poitrine.
Comme si la vérité était faite de granit et qu'elle avait élu domicile au fond de mon coeur.
Avec un soupir, je tournai la tête vers ma table de nuit. Ma gorge était sèche et je savais que j'y trouverai un verre d'eau fraîche.
Draco était installé sur la chaise réservée aux visiteurs. Sa tenue débrayée, son teint pâle et ses cheveux mal coiffés m'apprirent qu'il n'avait sans doute pas beaucoup dormi. Il tenta de me sourire en croisant mon regard, échoua lamentablement, et je remarquai la marque violette qui soulignait son oeil gauche.
- Hey, cousine. Bien dormi ?
Savoir que j'étais encore sa cousine, malgré tout, me fit plus de bien que les potions de Pomfresh, et je tendis ma main vers lui.
Il l'attrapa aussitôt.
- Qu'est-il arrivé à ton oeil ? demandai-je, ma voix rauque et ma langue malhabile.
- Rien de grave. Madame Pomfresh m'a fait promettre d'aller la chercher dès que tu serais réveillée. Je reviens.
Je me redressai, ajustant les oreillers derrière moi. Le verre d'eau soulagea ma gorge et j'appliquai le verre froid contre une de mes joues, fermant les yeux une brève seconde.
Les souvenirs passèrent sous forme de flashs sur le rideau noir de mes paupières, et je fis de mon mieux pour ne pas m'y attarder tout de suite.
Je préférais que Draco soit à mes côtés quand je m'y risquerai.
S'il voulait bien rester à mes côtés.
C'est une Illégitime. Elle n'est pas vraiment notre cousine. Juste... Une sorte de pièce rattachée par erreur ?
Draco apparut, suivi de près par Madame Pomfresh. L'infirmière agita sa baguette au-dessus de moi, posa sa main sur mon front, et vérifia mes yeux en faisant passer de la lumière devant eux.
- Comment vous sentez-vous, Miss ?
- Groggy, soufflai-je. Mais beaucoup mieux que cette nuit.
- Vous avez meilleure mine et votre température est tombée. Vous devez manger quelque chose pour reprendre des forces. Je vais faire monter quelque chose des cuisines.
- Je n'ai pas très faim.
- Je ne vous demande pas votre avis. Un bon repas est plus efficace qu'une potion. Monsieur Malefoy, veillez à ce que votre cousine se montre raisonnable jusqu'à mon retour.
Il y avait toujours quelque chose d'assez ironique quand il s'agissait d'attendre de Draco qu'il se montre raisonnable pour deux, quand il avait déjà du mal à se discipliner lui-même, mais je n'allais certainement pas me plaindre qu'il soit assigné à mon chevet jusqu'à nouvel ordre.
- Comment te sens-tu ? demanda-t-il, une fois que l'infirmière fut assez loin. Pour de vrai.
Je baissai les yeux vers mes mains, luttant contre l'envie de porter un ongle à ma bouche, avant de réaliser que peu importait.
- Je ne sais pas encore, avouai-je finalement.
Draco n'eut aucun commentaire face à ça.
- Tu sais que Black a réussi à s'échapper ?
- Oui... Fudge pensait que je l'avais aidé.
- Théo soutient que Potter est dans le coup.
Je relevai la tête vers lui, une confession brûlant mes lèvres.
Je n'allais pas prétendre. Je n'en avais pas la force et il fallait que la vérité soit dite.
- Si c'est le cas, je lui en suis reconnaissante.
A ma grande surprise, il soutint mon regard, même si cela sembla lui coûter si je me fiais à sa façon de serrer les lèvres.
- Etant donné qu'il a sauvé ton père, je serais étonné du contraire.
Sa voix était égale, comme s'il n'y avait rien de nouveau, comme s'il savait qui j'étais vraiment depuis le début, ou que ça n'avait pas d'importance.
Sauf que ce n'était pas le cas. Ce que nous avions découvert changeait absolument tout, à commencer par le fait que j'étais à peine sa cousine.
Tout n'était que mensonge : de mon prénom au sang qui coulait dans mes veines, des paroles de Narcissa Malefoy à celles de Minerva McGonagall.
Toutes ces années à croire que j'étais la fille de Bellatrix Lestrange, l'une des Mangemorts les plus dangereux du Seigneur des Ténèbres, tout ça pour réaliser qu'elle était la meurtrière de ma propre mère.
La pièce vacilla et j'eus un haut le coeur. Les bras de Draco furent autour de moi avant que je n'ai eu le temps de battre des paupières. J'enfouis mon visage dans son épaule et il caressa mes cheveux avec douceur, comme quand nous étions petits et qu'il consolait l'un de mes chagrins. Je fis de mon mieux pour calquer ma respiration sifflante sur ses gestes lents et je continuai de serrer les paupières, résolue à ne pas pleurer.
- Je suis désolé, Maellyn, souffla-t-il finalement, après ce qui me parut être une éternité.
J'étais tellement abîmée dans la bulle protectrice qu'il avait réussi à former autour de moi qu'il me fallut plusieurs secondes pour réaliser qu'il venait de me parler.
- Ce n'est pas de ta faute.
Ma voix se brisa sur le dernier mot, emportée par un unique sanglot, et les larmes gagnèrent finalement la bataille, coulant le long de mes joues en silence, puisque mon corps faisait ce qu'il pouvait pour évacuer la douleur qui me transperçait le coeur.
Douce Viviane en soit témoin, c'était même étonnant qu'il n'ait pas encore lâché. Il devait supporter le deuil – j'avais perdu trois mères en une nuit : la vraie, celle qui m'avait volée et celle qui m'avait élevée – et la trahison – celle de la personne à qui je faisais le plus confiance -.
J'ignorais même ce que j'avais bien pu faire pour mériter tout ça.
Quand Madame Pomfresh revint, je pleurais encore. Draco se chargea de l'envoyer sur les roses quand elle chercha à comprendre pourquoi, et elle se résolut à me laisser une dose de Philtre de Paix que mon cousin m'obligea à boire, faisant preuve d'une rare patience.
Je dus ensuite avaler quelque chose, même si la nourriture n'avait pas de goût et que j'avais l'impression de me moucher entre chaque bouchée. Manger avait au moins le mérite de donner un but à mes pensées – du reste les obligeai-je à moins vagabonder – et à la dernière cuillérée de porridge, j'étais un peu plus calme.
A moins que ça ne soit juste la potion qui faisait effet, ralentissant mon cerveau ce qui, conjugué aux larmes, me laissait légèrement somnolante.
Je craignais toutefois de fermer les yeux, de peur que les souvenirs remontent ou que je devienne la proie d'un nouveau cauchemar somnanbulique.
Draco était toujours installé au bord de mon lit, étrangement silencieux, sans jamais me lâcher du regard, comme s'il craignait que je m'évapore s'il clignait des yeux.
Le bleu qui s'épanouissait jusque sur ses pomettes saillantes m'offit une parfaite diversion.
- Alors, qu'est-il arrivé à ton oeil ?
Il grimaça.
- La rançon de l'idiotie.
Je fronçai les sourcils. Non pas que Draco ne méritait pas quelques rappels de temps en temps – surtout quand il se comportait comme un âne – mais le lui faire admettre n'était pas donné à tout le monde.
A vrai dire, un seul nom me venait à l'esprit.
- Pansy t'a frappé ?
Une ombre passa sur son visage. Il détourna le regard et serra les lèvres. Il lui fallut quelques secondes – passées à ouvrir et refermer la bouche – pour qu'il retrouve sa voix.
- Après que McGonagall et toi soyez parties, Pansy a insisté pour reprendre la discussion que nous avions commencé dans le couloir.
J'eus un frisson au souvenir, et pas seulement à cause du froid des Détraqueurs qui n'avait pas tardé à nous rattraper près des serres. Pansy s'était montrée intraitable, exigeant de mettre la vérité à nue, sans aucune considération pour les conséquences et les dégâts qu'elle pourrait avoir.
Je ne pensais pas que tu préférais les mensonges à la vérité, petite.
- Elle t'a frappé parce que tu as refusé de l'écouter ?
Il grimaça à nouveau.
- Non, elle a utilisé un maléfice pour m'obliger à gagner le dortoir des garçons... Elle m'a frappé bien après.
- Alors pourquoi ?
Il releva les yeux vers moi. Ses pupilles grises étaient encore plus brillantes que l'argenterie du manoir et son regard souligné de rouge.
- Je n'ai pas très bien réagi à ce qu'elle a dit. Tu connais Pansy... Elle n'est pas très patiente. Je... Je suis désolé, Maellyn.
Je déglutis – ma gorge à nouveau serrée – mais je fis un geste avec ma main pour lui indiquer que ce n'était rien. Il était là, et c'était le plus important.
Un jour, peut-être, trouverais-je le courage de lui demander ce qu'il entendait par pas très bien réagi, mais j'avais assez de vérités à avaler pour plusieurs années.
- J'aimerais bien voir Pansy, soufflai-je finalement.
Il eut un sourire en coin – un peu forcé – et le silence pesant entre nous disparut, comme par magie.
- Elle attend dans le couloir depuis ce matin. Je vais la chercher...
Madame Pomfresh ne se montra pas de son avis, arguant que j'avais besoin de repos et qu'elle tolérait tout juste Draco parce qu'il était mon cousin. Pansy plaida – étonnamment cajoleuse – et je finis par entendre le son caractéristique de ses larmes de crocodile. Elle avait toujours eu un don de commédienne et Madame Pomfresh céda, certainement plus pour avoir la paix qu'autre chose.
- Pas plus d'un quart d'heure. Après cela, je vous veux tous les deux hors de mon infirmerie !
Dès qu'ils eurent l'accord de Pomfresh, il y eut le bruit rapide des chaussures de Pansy sur le parquet immaculé, et ses bras furent autour de moi avant que je n'ai eu l'occasion de croiser son regard.
- Tu ne ressembles pas à grand chose, petite, souffla-t-elle, son étreinte si serrée autour de moi que j'en avais du mal à respirer.
Mais ça avait quelquechose d'étrangement réconfortant.
Elle me berça un long moment, frottant mon dos avec énergie, puis elle me libéra finalement.
Elle avait le teint pâle, les yeux soulignés de cernes sombres et les lèvres ensanglantées. Elle m'adressa toutefois un regard critique, qui se conclut par une grimace familière.
- Est-ce que ton crétin de cousin s'est excusé ?
- Oui... Je suis étonnée que tu te sois abaissée à le frapper. Ce n'est pas ton genre de laisser des preuves derrière toi.
- La nuit a été longue, petite. Et Draco et moi sommes d'accord que ça lui rappelera à chaque fois l'idiotie infinie dont il peut faire preuve.
Etant donné la susceptibilité à fleur de peau de Draco et la rancune dont il faisait parfois preuve, je me demandais par quel miracle Pansy et lui étaient encore amis. Elle était inflexible et elle mâchait rarement ses mots, surtout quand il s'agisssait de le remettre à sa place...
Pansy attrapa ma main et la serra avec une étonnante douceur. Ce fut à mon tour de la dévisager, peinant à la reconnaître sans son masque sévère.
C'était sans doute la première fois que je voyais un tic nerveux agiter ses lèvres.
- Sans vouloir me mêler de ce qui me regarde pas, Maellyn Black sonne bien mieux qu'Alya Lestrange.
Sa voix n'était qu'un souffle et ce fut à mon tour de serrer sa main.
La loyauté de Pansy n'était pas une découverte, et je savais depuis longtemps qu'elle prenait mes intérêts très à coeur, mais c'était autre chose d'entendre que je n'étais pas seule face à la tempête sous mon crâne.
- Merci, soufflai-je à mon tour.
Elle me fit un clin d'oeil, puis me poussa un peu pour se ménager une place à ma gauche. Elle passa un bras possessif autour de mes épaules.
- Je ne pense pas que tu sois prête à entendre toutes les raisons qui font de toute cette histoire une excellente nouvelle, glissa-t-elle à mon oreille. Mais sâche que j'ai une liste qui n'attend que ta lecture.
Je déglutis et mon coeur fit une embardée.
J'étais un mensonge – Alya Lestrange n'était qu'une coquille vide –, ma mère était morte – assassinée par Belatrix –, mon père était en cavale – je ne pouvais qu'espérer qu'il ne soit jamais repris – et ma marraine était la plus grande mythomane du pays – sa trahison était sans doute ce qui faisait le plus mal –.
J'étais terrifiée par les nombreuses pensées qui tournaient sous mon crâne et je doutais de trouver un seul point positif à tout ce bazarre.
Pourtant, je ne pus empêcher de croire ce que me disait Pansy. Elle avait des défauts, mais sa franchise sans concession était sans doute l'une des qualités que je respectais le plus chez elle.
Peut-être son regard extérieur lui permettait de voir des choses qui restaient invisibles au mien.
- Je crois qu'il faut absolument que je vous fasse un point sur les rumeurs qui courent les couloirs depuis ce matin, et je vais commencer par ma préférée : Black serait innocent !
S'il ne s'était s'agit que d'une rumeur – des bruits de couloirs, pour être exacte –, j'aurais sans doute levé les yeux au ciel, mais Pansy tenait son histoire de Crystal, et Crystal avait extorqué l'information à Théodore Nott lui-même.
Pansy reprit donc l'histoire là où nous l'avions laissée dans la Cabane Hurlante. Black avait échangé sa place de Gardien du Secret avec Pettigrow, espérant brouiller les pistes et mettre ses amis en sécurité. Pettigrow avait trahi dès qu'il en avait eu la possibilité. Black s'était lancé à sa poursuite pour lui faire payer la mort des Potter et Pettigrow avait réussi à le piéger en faisant exploser la moitié d'une rue moldue avant de disparaître dans les égoûts.
Et si Black s'était échappé, c'était parce qu'il avait découvert que son traître d'ami était à Poudlard, prêt à attaquer Potter.
- S'il y a bien une leçon à retenir de tout cela, c'est bien que les Black sont loyaux jusqu'à la faute et ne réfléchissent pas beaucoup avant d'agir. Vous rendriez ma vie beaucoup plus simple en gardant ça en tête, tous les deux.
Draco s'abstint de commentaire et je me contentai de fermer les yeux, les émotions de la veille m'ayant vidée plus que ce que j'aurais cru possible.
J'ignorais comment Nott avait fait pour découvrir tout ça – à croire qu'il avait été dans la Cabane Hurlante, lui aussi – et s'il s'agissait vraiment d'une rumeur, elle avait le bon goût d'être beaucoup plus crédible que la version officielle servie par La Gazette durant l'été.
Je ne pense pas que tu sois prête à entendre toutes les raisons qui font de toute cette histoire une excellente nouvelle.
Le bord de mes lèvres frémirent et un soupir soulagé passa mes lèvres.
Hier, j'étais la fille de la plus sanglante Mangemort du Seigneur des Ténèbres, aujourd'hui, j'étais celle d'un homme innocent, qui semblait bien capable de l'impossible pour sa famille.
Finalement, la vérité était peut-être vraiment préférable aux mensonges.
…
Samedi 18 Juin 1994, King Cross, Londres.
Elle avait envie de vomir.
Morgane, elle n'avait sans doute jamais été aussi nerveuse. Même au moment de son mariage, même quand elle était sur le point de donner la vie, même quand elle attendait le verdict du procès de Bellatrix dans une anti-chambre humide du Ministère.
Maellyn a découvert la vérité. Par elle-même.
Elle ferma les yeux une brève seconde, tandis que son cœur faisait une dangereuse embardée et que le monde tanguait autour d'elle.
Sirius avait au moins eu le tact de la prévenir, utilisant un hibou minuscule et bien mal dressé pour lui faire parvenir sa missive. Il ne s'était pas étendu sur les détails, non plus qu'il lui avait confié comment il avait bien pu s'échapper d'une pièce verrouillée, ni où il comptait disparaître.
Comme Bellatrix avant lui, il s'était contentée de la laisser démunie face à une situation plus que délicate, sinon très clairement catastrophique.
Cela n'avait jamais été le plan. Elle ne s'était jamais fixée de date – bien que la mort de Bellatrix aurait été opportune – mais elle aurait présenté la vérité avec douceur, et pu expliquer ses choix – quand bien même elle rêvait sans doute si elle pensait que sa filleule aurait accepté de l'écouter après avoir entendu la vérité –.
Mais elle aurait eu les cartes en main, elle aurait avoué ses fautes – et prié pour qu'on les lui pardonne – et elle aurait été là pour contenir les dégâts, au moins en partie.
Au lieu de cela, Maellyn s'était arrangée pour tout découvrir, seule, et cela faisait plus d'une semaine qu'elle devait mijoter dans ses idées noires, ce qui allait la rendre encore plus inaccessible.
Sans oublier qu'il était fort probable que Draco sache également et qu'il ait réagi comme un idiot, bercé par la stupide doctrine des Sang-Pur par laquelle Lucius ne faisait que jurer.
Elle avait failli se rendre à Poudlard quand elle avait reçu la lettre – une fois passé le choc et la panique – pour confronter Maellyn au plus vite et crever l'abcès avant qu'il ne puisse avoir la chance de s'infecter. Toutefois, Poudlard était loin d'être le bon endroit pour exposer un tel secret. Les murs y avaient des oreilles, les tableaux diffusaient plus de rumeurs que les élèves, et les chances pour que la vérité parvienne à de mauvaises oreilles étaient bien trop élevées.
Elle s'était résignée à attendre, priant Morgane, Circée et Viviane pour que sa filleule se montre raisonnable et accepte de l'écouter.
Du coin de l'oeil, elle surprit le regard inquiet de Christopher. Elle tenta de lui répondre par un sourire doux – elle allait avoir besoin d'un allié au manoir – mais il fronça les sourcils en retour.
Christopher n'était pas facile à duper, lui qui avait dû passer toute son enfance à interpréter les expressions de sa génitrice. Sirius était doté du même don et son agaçante aisance à lire les silences lui avait attiré un nombre incalculable de problèmes, surtout avec son père.
Parce que, bien évidemment, il ne pouvait rester silencieux face à une moue méprisante ou à un regard trop appuyé...
Elle eut un nouveau soupir, comme si cela allait suffire à décourager les souvenirs. Depuis qu'elle était toute petite, Maellyn lui avait de nombreuses fois rappeler Sirius, dans sa façon de réagir ou dans certaines expressions, et elle espérait sincèrement que sa colère serait digne de celle des Black.
Au moins avait-elle un peu d'expérience quand il s'agissait d'affronter de telles tempêtes.
Le vacarme signalant l'approche du train noya soudainement tous les autres bruits de conversations et les cris des plus jeunes, venus accueillir un membre de leur fratrie. Narcissa rassembla son courage – peu serait d'accord, mais les Serpentards en étaient capables, et bien plus souvent que ce que certains voulaient croire – mais ne put s'empêcher de resserrer les bras autour d'elle.
Une fois que le Poudlard Express fut arrêté, les silhouettes de nombreux adolescents ne tardèrent pas à apparaître derrière l'épaisse fumée de la locomotive.
Il lui sembla que le temps s'arrêta, comme si son cerveau voulait avoir l'occasion de graver chaque détail dans la pierre de sa mémoire. Elle reconnut nombre de visages – la société Sang-Pur demeurait saine – et son cœur se serra à chaque fois qu'un enfant courrait pour retrouver les bras aimants de sa mère.
Elle doutait d'avoir le droit à de telles embrassades avant longtemps, si jamais.
A force de scruter la foule, elle reconnut la silhouette de ses deux enfants avant même qu'ils ne passent l'écran de fumée.
Quand elle put enfin voir leur visage, elle eut l'impression que son cœur se détachait de sa poitrine pour ne jamais cesser de sombrer dans le froid de ses entrailles.
Pansy et Draco entouraient Maellyn à la manière de deux gardes du corps, leurs regards assez sombres et menaçants pour décourager quiconque de les approcher et une sorte de vide s'était formé autour de leur trio.
Maellyn, elle, gardait les yeux vissés au sol, sa cape serrée contre elle. Narcissa pouvait tout de même voir les ravages de la vérité sur son visage : ses yeux étaient encore plus cernés qu'à son arrivée pour les vacances de Pâques, son teint terriblement pâle et elle semblait émaciée.
A côté de Pansy, elle donnait l'impression d'être bien plus petite que ce qu'elle était vraiment – elle n'avait pas pu rétrécir ! – et elle se tenait bien trop recroquevillée sur elle-même, comme si le poids du monde pesait sur ses épaules.
Une autre fois, Christopher aurait sans doute couru jusqu'à son amie, indifférent à l'idée de se donner en spectacle malgré ses treize ans, mais il dut voir que quelque chose n'allait pas.
Maellyn ne prétendait pas sauver les apparences, pas plus que Draco, et les rumeurs ne tarderaient pas à enfler.
Quand ils furent à quelques mètres de Christopher et elle, Pansy attira Maellyn contre elle et sembla lui souffler quelque chose à l'oreille, avant de s'éloigner pour rejoindre ses propre parents.
Maellyn redressa le menton avant de faire les derniers pas et s'arrêta devant Christopher.
- Que s'est-il passé ? demanda-t-il, sa voix à peine assez forte pour être entendue dans le raffut qui les entourait.
- Tu te souviens de ma mystérieuse cousine disparue ?
Christopher hocha la tête.
- Je sais où elle est.
Narcissa ferma les yeux. Elle ne savait pas ce qui rendait la voix de sa filleule aussi rauque, mais elle n'aimait pas ça.
- Où ?
- C'est moi.
Elle battit des paupières à temps pour croiser les yeux de Maellyn. Cernés de rouge comme ils l'étaient, le bleu de ses pupilles étaient plus saisissant que jamais. La colère qui les faisaient briller fit remonter un frisson le long de sa colonne, une sueur froide perla à la base de sa nuque et son cœur rata plusieurs battements.
Elle avait déjà croisé un tel regard, quelques mois plus tôt.
Maellyn ne ressemblait pas beaucoup à son grand-père, pourtant la colère qui irradiait de sa silhouette menue lui donna l'impression de lui faire face à nouveau.
Douce Viviane, venez-moi en aide.
Fin de la troisième partie.
Et un bon été à toi, Narcissa !
Je vous avoue que je redoute un peu votre réaction sur ce coup-là. Depuis le temps que je vous fais miroiter La Révélation, j'espère que je me suis montrée à la hauteur du truc !
En attendant, j'avoue que j'ai hâte d'avoir votre avis sur :
- Draco, Pansy et leur charmant côté tête brûlée quand l'envie leur en prend (suis-je surprise ? Absolument pas).
- Maellyn et le petit coup de pouce de Remus pour l'aider à remettre les pièces du puzzle dans l'ordre (allez, c'est cadeau).
- La rencontre entre Sirius et Maellyn (#angst)
- La réaction de Maellyn face à la Vérité.
- La réaction de Draco face à la Vérité.
- La réaction de Pansy face à la Vérité.
Si vous voulez me faire part de vos hypothèses quant à la confrontation entre Maellyn et Narcissa, je ne suis pas contre non plus !
Dans tous les cas, ce chapitre clôture cette quatrième partie. La prochaine se nomme Black Sunset : Supernova, et sera en ligne dès le mois prochain !
Les reviews marchent très bien pour me remonter le morale et me motiver. Alors à vos claviers! (soyez sympa, c'est la saison des étrennes !)
En attendant la suite, je vous invite à aller faire un tour du côté du UA complet de cette histoire : There will be time.
See you !
Orlane.
Mis à jour le samedi 04/01/2020
