NdA: Bonjour tout le monde! J'espère que vous allez bien! Ce chapitre est beaucoup plus long que les autres (+- 4900 mots) mais je n'ai pas pu m'en empêcher! J'espère qu'il vous plaira néanmoins! J'attends vos avis avec impatience! Bonne lecture et à jeudi prochain :)


Le reste des vacances se passe à peu près comme ça aussi. Sev' faisant des potions et moi lisant beaucoup. Nous avons fait quelques balades et je dois avouer que la forêt sous l'Hiver n'est pas si désagréable que ça. C'est très blanc, c'est pur et calme. Presque relaxant même s'il fait un poil trop froid pour moi. Je suis retourné m'y promener quelques fois tout seul avec des pulls chauffés magiquement pour ne pas me les geler. C'est étrange comme je ne me sens pas aussi mal ici alors que je suis pourtant cerné par le froid. Ça devrait me rappeler de mauvais souvenir mais ce n'est pas le cas. Pas ici.

Je pensais que la plénitude du lieu me permettrait de me relâcher, de ne penser à rien et d'arriver à m'exprimer mais mes mots continuent de ressembler à des gargouillis plus qu'autre chose. J'ai mis pratiquement une semaine à faire l'alphabet.

Juste pour dire des lettres, c'était galère. C'est comme si les sons restaient étranglés dans ma gorge alors que j'ouvrais la bouche, comme si mon esprit enserrait mon propre cou jusqu'à m'étouffer pour m'empêcher de parler. Je ressemble même à un débile. Heureusement que personne n'est là pour voir ça. Muet est déjà une insulte en soi. J'ai pas envie qu'on me traite d'handicapé non plus!

On est allés voir maman aussi… C'était difficile. Je n'ai pas réussi à lui poser la question mais à force de toujours regarder les photos d'elle, Sev' a fini par comprendre et m'a lui-même fait la proposition. J'étais nerveux. Je n'avais pas réussi à dormir de la nuit, essayant à plusieurs reprises de parler pour lui dire quelque chose, que j'étais toujours là, que je pensais toujours à elle et que tout irait bien sans grand succès.

J'avais tellement la gorge nouée par l'émotion que je n'ai rien su dire lorsque j'ai fleuri sa tombe. Je l'ai juste effleurée en guise de bonjour comme les fois précédentes où j'étais venu. Au moins, cette fois-ci, j'avais pu déposer des fleurs. Les autres fois, j'avais pas le fric mais je lui adressais toujours quelques mots mentalement en espérant qu'elle comprendrait.

Puis Sev' lui avait adressé quelques mots et je m'étais un peu isolé. Je n'aime pas pleurer devant les gens et puis, j'imagine qu'ils avaient beaucoup de choses à se dire tous les deux. Ils ont parlé longuement. De quoi, je ne sais pas mais je l'ai vu caresser la tombe avec un sourire et j'ai vaguement entendu la promesse de prendre soin de moi. Puis il s'est relevé et m'a rejoint. Une main sur l'épaule, il a esquissé un mouvement pour partir. Je me suis retourné sur la tombe pour lui murmurer un bref "au revoir maman, je reviendrai" à demi mâché et peu compréhensible et nous avons transplané discrètement.

Les vacances se sont finalement achevées sur ça. Dans quelques jours, on retourne à Poudlard et je suis toujours pas fichu de parler. Même si avec Sev', j'arrive mieux à dominer ma tête pour faire moins de cauchemars, le problème de communication demeure et s'éternise. Revoir maman m'a rappelé l'orphelinat et ça a été difficile de gérer ces émotions que je n'avais plus ressenties jusqu'à maintenant. Je me suis renfermé sur moi-même et c'est devenu galère avec Sev' pour parler. Encore plus qu'avant je veux dire.

Il y a des jours où nous arrivons plus ou moins à nous comprendre, par gestes, par sélection de photos ou d'autres façons, par des petits mots ou des morceaux de syllabes et des fois où je perds tellement patience, où j'en ai tellement marre de ne pas pouvoir être compris que je le force à regarder dans ma tête parce que j'ai besoin de parler.

Quand j'étais seul à l'orphelinat, quand personne ne semblait vouloir faire l'effort d'être avec moi, de rester… Je n'avais pas besoin de parler. Mais je ne compte plus ces fois merdiques où je n'ai pas pu ouvrir la bouche, où je n'ai pas pu émettre un seul son à l'école. Toutes ces fois qui m'ont frustré.

Pour une fois, les autres restent. Ils insistent et tentent de passer outre mes silences dérangeants et moi… et moi je reste planté là comme un con, au milieu du décor, en silence. Comme d'habitude.

– Evan?

Je me retourne, surpris de voir Draco. Qu'est-ce qu'il fout là?

– Sev' m'a proposé de passer. J'ai… euh… suivi tes traces jusqu'ici…Tout va bien?

Ouais, la mère poule. J'aurais dû me douter que mon comportement lui mettrait la puce à l'oreille mais j'étais trop bouleversé pour agir normalement. Tout va bien? Que veux-tu que je réponde à ça? Ouais, ça fait un trimestre que je vis ici et je suis toujours pas fichu de parler? Et comment veux-tu que je te réponde aussi? J'ouvre la bouche pour laisser passer un gargouillis étranglé. Évidemment.

–T'essaie de parler, hein? Tu sais, au fond t'es qu'un petit con! Tu y arriveras jamais!

Je me braque. Quoi?! Je me redresse, en colère et le soulève par le col. Je suis furieux et son sourire m'agace encore plus.

–Un vrai petit handicapé muet! Pauvre petit!

–Connard!

J'allais lui mettre mon poing dans la gueule jusqu'à ce que je réalise… J'ai…

–Co…nnard.

J'ai parlé. Bordel. Je m'étrangle à moitié tellement ça m'a niqué la gorge. Le regard de Draco se fait plus doux et un sourire plus naturel étire ses lèvres.

–Tu vois quand tu veux! Je savais qu'en te poussant un peu tu y arriverais!

Je lui adresse un regard noir. Merde. Je déteste me faire avoir.

–Que veux-tu, je ne suis pas le Prince des Serpentards pour rien! Le roi de la Manipulation, c'est moi. Allez, parle moi! Je t'ai activé, Profites-en!

J'ouvre la bouche à nouveau mais les mots sont dits dans une sorte de murmure. Ma gorge me tiraille.

–Petit con…

Draco sourit.

–Ouais, je sais, on me le dit souvent…mais va falloir apprendre à dire autre chose que des insultes tu sais? Bon, Sev' nous attend pour le chocolat chaud, tu viens?

Je le bouscule en le dépassant mais sans prétention. On fait demi-tour et nous regagnons le Manoir où Sev' semble nous attendre à l'entrée du jardin. Il jette un œil à Draco qui lève le pouce en l'air.

Ouais, je vois le schéma. Papa poule. Il devait être inquiet et a dû appeler Blondie à la rescousse! Son regard se pose sur moi et je comprends vite que la tête que j'ai doit le rassurer même si je ne sais pas précisément la tête que je tire. La même que d'habitude, non?

–Allez Evan! Magne toi! Le dernier arrivé est un Poufsouffle!

Il s'élance et, après quelques secondes d'hésitation, je me lance à sa poursuite. Tu m'auras pas mon gars. Tu m'auras pas. En quelques foulées, je le rattrape et finis par le dépasser et atteindre la maison en premier alors qu'il semble déjà sur les genoux, prêt à s'effondrer. Quoi? C'est tout?

–Bordel, Evan, c'était quoi cette vitesse?

Je hausse les épaules en me rappelant les courses-poursuites dans les rues étroites et mal fichues avec les flics. Roi de la course. Les seuls fois où ils m'ont eu c'est en me piégeant dans des endroits inconnus ou quand je me fracassais la gueule après un saut d'un toit. Une sacrée tête brulée.

– Evan, le roi de la course. Vous avez faim? Il reste des sablés.

Draco sourit, se débarrasse de sa cape et enlève ses chaussures. Je reconnais son sac dans un coin. Il dort ici? Bah… J'aurai juste à faire gaffe avec la douche. Pas grave.

–Au fait, j'ai amené mon nouveau balai! J'ai pensé qu'on pourrait le tester quand il ne neigerait plus…

– C'est une bonne idée. Mais j'assisterai à la leçon d'Evan. Je préfère. Enfin, si tu veux voler, Evan…

O…Ok Bl… Blo… Blo…

Bordel.

–Blond? Moi c'est Draco!

Je nie de la tête avant de m'y reprendre à plusieurs fois. Je veux y arriver.

–Bl…on…die…

Sev' reste pantois alors que Draco réalise ce que je viens de dire.

–Comment tu m'as appelé? Blondie?

Je lui réponds d'un sourire d'innocent.

–On verra qui se débrouille le mieux sur un balai, mec…

Brrr… Par ce froid? Je vais t'écraser. Enfin. Je vais essayer. C'est pas juste, moi ce sera mon premier vol! Je bois tranquillement mon chocolat chaud alors que Sev' lève les yeux au ciel.

–Quand vous aurez fini avec vos histoires de gamins…

–Bah voyons, comme si toi, tu ne te chamaillais pas avec mon père!

J'arque un sourcil. Sev' et Blondie Senior? Sérieux? Je retiens difficilement un sourire.

– Oui, bon… d'accord…

Nous terminons notre chocolat avec quelques biscuits avant de nous poser dans le canapé.

–Sev', je peux te montrer mes devoirs?

Ah, ouais, c'est vrai. Je les ai presque finis aussi. Mais j'ai pas le réflexe de les montrer.

– Bien sûr… Evan?

Je hausse les épaules. Si tu veux.

–Une partie de cartes, ça te tente? Ou un jeu d'échecs?

Une nouvelle fois, je hausse les épaules par facilité.

–Parle! Cartes? Échecs?

Je lui lance un regard noir. J'ai déjà la gorge explosée mais il ne semble pas vouloir lâcher l'idée. Je soupire profondément en me vautrant un peu plus dans le canapé tout en caressant Onyx.

–Ca…

C'est bon, il a compris.

–Ca?

Oh bordel, il le fait exprès l'enfoiré!

–Cartes!

C'est dingue comme ça vient tout seul quand il me pousse à bout. On dirait que la barrière qui retient les sons s'efface quand je n'y pense pas. Un vrai merdier si je veux pouvoir parler plus tard… Il faudra que je trouve une solution, n'importe quoi. Je finis par tousser un peu. Mal à la gorge.

–Evan? Tu t'entraines à parler?

J'acquiesce. Bah ouais, je compte pas rester muet toute ma vie…

–Attends, je vais te chercher une potion pour soulager ta gorge.

Je prends finalement une gorgée du liquide pas si dégueu que ça et m'empare du paquet de cartes dans la biblio. Je vais t'écraser, Blondie.

Bingo. Le restant de la journée, je l'ai finalement passé à écraser Blondie aux cartes. Draco est finalement resté plusieurs jours. Nous avons fait notre bataille de boules de neige mais j'ai rapidement dû y mettre fin parce que j'avais trop froid.

Blondie a supposé que j'abandonnais la partie parce que je me faisais battre à plate couture alors je l'ai laissé croire ça parce que ça m'arrangeait. Je ne veux pas que quelqu'un connaisse mon passé. Je doute même que Phil' et Greg' en sachent tout.

Ces choses là ne concernent que moi. Elles font partie de ma vie passée. Même Sev' ne sait toujours rien. Il doit bien savoir les choses que j'ai confiées à Phil' mais il y a certaines autres choses que je suis le seul à connaitre avec mes bourreaux.

–Evan?

– Mmh?

–Non rien. T'es bizarre aujourd'hui.

Il me regarde. Son regard semble insistant puis il laisse tomber quand je finis par hausser les épaules en guise de réponse.

–Un cauchemar? T'étais réveillé tôt ce matin. T'es pas malade au moins? Tu veux que j'aille demander de la Pimentine à Sev'?

Non. Rien de tout ça. Pas besoin de potion pour aller mieux. Ça finira par passer tout seul. Comme le reste. Ma carapace peut encaisser pas mal de choses.

–Il… Il ne neige plus aujourd'hui, on pourrait voler non? Sev' a bien voulu que Blaise, Théo et Daph' viennent. Millicent est en vacances en France mais elle te souhaite un très Joyeux Noël!

Je soupire. Avec ces quatre là, mes journées restantes avant la fin des vacances ne vont pas être de tout repos. Déjà qu'avec Blondie dans les parages, je peux à peine lire en paix mais avec Blaise…

J'ai bien peur de devoir momentanément dire "au revoir" au calme et à la sérénité. Misère. Ça va être pénible et bruyant. Je suis vraiment obligé de rester? Merde, oui, c'est chez moi…

J'ai à peine le temps d'y réfléchir. Draco est parti et déjà revenu avec son nouveau et son ancien balai.

–On les essaie avant l'arrivée des autres?

Je n'en ai pas très envie maintenant mais je n'aurai peut-être pas d'autres occasions alors je le suis bêtement. Sev' nous voit passer et décide de nous suivre. J'imagine qu'il a pas vraiment envie de me voir me casser la gueule et lui causer des problèmes…

On s'installe dans le jardin et Draco enfourche aussitôt le balai. Comme un gosse. Moi je me contente de m'asseoir dessus de biais, avec les deux jambes du même côté. C'est déjà plus agréable, on a pas les couilles et la queue écrasées au moins. J'attrape le manche du balai et il gagne quelques mètres de hauteur. Mouais.

De là où je suis, je vois Sev' faire des mouvements de baguette avant de la pointer sur moi et de faire apparaitre des protections physiques et magiques. Il ne veut vraiment pas me retrouver par terre en mille morceaux j'imagine.

– T'es prêt? On va jusqu'aux … Hey! C'est quoi cette façon de s'asseoir!

Je le dévisage avec flemme et nonchalance alors qu'il rouspète sur la position à tenir. Voyant que je ne cède pas, il me donne quelques directives pour manipuler le balai.

–On va jusqu'aux sapins. À ton rythme!

Je le laisse partie et me penche légèrement vers le côté pour que le balai avance. C'est agréable, même si le vent est un peu froid. C'est pas vraiment top de faire ça en Hiver.

Heureusement que Sev' a mis des sorts de réchauffement sur mes vêtements sinon je serais déjà devenu un glaçon.

J'arrive finalement à mon objectif, toujours les deux jambes dans le vide et le vent balayant mes cheveux qui ont bien poussé. Il faudrait que je les attache la prochaine fois. Draco m'observe m'arrêter à sa hauteur et arque un sourcil.

–Tu te débrouilles pas trop mal pour un premier vol!

Devant mes yeux, il fait quelques cascades et acrobaties qui ne me tentent absolument pas mais avec lesquelles il a l'air de s'amuser comme un dingue. Tant mieux. Moi je tiens un minimum à ma peau et je me contente de voler tranquillement en survolant la forêt, le potager, le jardin et je gagne même encore quelques mètres de hauteur pour survoler le manoir avant de redescendre progressivement comme Blondie me l'a expliqué et de sauter du balai une fois suffisamment bas pour ne pas souffrir d'une chute.

–Bon premier vol, Evan! Alors? C'était comment? Bien?

J'acquiesce. C'est amusant. Je pensais qu'en étant si haut, j'aurais paniqué ou peut-être que j'aurais eu le vertige mais j'ai bien trop souvent fugué par les toits pour avoir peur de la hauteur.

–Maitre Snape, vos invités sont arrivés.

– Draco, Evan, vos amis sont là!

Draco se pose à son tour et nous regagnons la maison. La chaleur des lieux me rassure instantanément.

–Salut Evan!

Blaise. Toujours à crier. Évidemment. Je me tourne vers lui et découvre Théo et Daph' bien évidemment et… Bordel! Qu'est-ce qu'elle fout là?

–Bonjour Evan… Joyeux Noël…

Luna.

–Je… J'ai pensé qu'elle s'amuserait avec nous alors j'ai demandé au professeur Snape si ça ne le dérangeait pas… Tu n'es pas… fâché?

–N… Non.

–Evanounet! Tu parles!

Draco pouffe en arrivant derrière moi alors que je fusille Blaise du regard.

– Et bah alors, Evanounet, ça te va plutôt bien, non?

Je souris et Draco comprend trop tard que j'ai l'intention de me venger.

– B…

Draco me bâillonne. Je me débarrasse de lui.

–Blondie!

Ma nounou se fige alors que Blaise lui fait un sourire de dix kilomètres.

– Blondie? Il t'a appelé Blondie? Tu sais que ça te va bien?

Théo et Daph' se marrent. Luna me sourit mais reste en retrait.

– Vous avez été voler?

Blaise ne parait pas surpris du nouveau balai de Draco. J'imagine qu'ils se sont vus pendant les vacances.

– Ouais! Evan vole bizarrement mais il vole plutôt bien. Un peu lent mais bien.

Je lui adresse mon majeur. Va te faire voir, Blondie! Luna sourit plus franchement avant de détailler ce qu'il y a autour d'elle. Elle reconnait les livres qu'elle m'a offert sur la table du salon. Je les lis souvent, dès que j'ai un moment de calme mais avec Draco dans les parages, c'était pas gagné ces jours ci.

– Allez, vous allez nous montrer ça!

Blaise sort son balai miniaturisé de son sac avant de nous suivre dehors. Moi je reste sur le pas de la porte, pas très chaud de ressortir. Luna non plus apparemment puisqu'elle reste derrière moi sans franchir le pas de la porte.

– Evan?

Je décide d'ignorer Sev' et de me forcer à aller dehors pour aller voler avec les autres. Juste un peu. La sensation est trop bonne pour que je m'en passe même si la neige… non rien.

Je reprends le balai de Draco et l'enfourche de la même façon que tout à l'heure avant que Sev' ne relance les sorts et je fais ainsi quelques mètres.

– Hey, c'est bizarre comme façon de voler!

Tu vois? Je te l'avais dit!

Blaise est comme Draco. Mais moi je trouve que ça a l'air plus confortable ainsi. J'ai pas vraiment envie de me faire écraser la queue et le reste là-dessus même si eux, ça n'a pas l'air de les déranger. Ils ont peut-être rien dans le pantalon…

Je vole un peu, gagne même encore un peu plus de hauteur que tout à l'heure et rêvasse en laissant le balai avancer. Je ne vais pas vite, je suis pas un grand fan de la vitesse mais j'avance suffisamment pour sentir le vent froid contre ma peau.

Je finis par redescendre, me poser avant de rejoindre Luna et de prendre une chaise sur la terrasse chauffée.

– Trop froid?

Elle me regarde de biais, la main dans les cheveux, pour rabattre une longue mèche derrière son oreille. Je remarque alors le bracelet qui orne son poignet. Elle l'a mis.

– Ouais…

Une bouffée de chaleur s'empare de moi alors que je la détaille. Ce jean lui va décidément trop bien et ce haut noir… Depuis quand elle met du noir d'ailleurs? Je l'observe un peu plus pour remarquer qu'elle se tient la taille. Une attitude purement défensive. Elle baisse la tête alors que je poursuis mon examen d'elle. Je devine qu'elle a revu son père et qu'ils ont discuté de son agression. L'exclusion temporaire est terminée et ces salauds vont refaire surface dès la rentrée. Elle doit faire plein de cauchemars, je la vois cogiter d'ici, ça craint.

Le silence revient et j'entends Daphnée et Severus qui discutent à propos des buses pendant que les garçons se pourchassent et font la course sur leur balai respectif. Draco est vraiment cinglé. Ce mec ne doit pas tenir à sa vie, c'est pas possible autrement…

Je suis désolée…

La voix de Luna perce le silence à nouveau et j'arque un sourcil. Désolée pour quoi au juste? Se rend-t-elle compte de son état de faiblesse ou est-ce autre chose? Elle resserre son étreinte sur elle-même. Ça me rend dingue. J'aurais dû les détruire, ils ne seraient pas revenus et elle aurait pu tourner la page… Au lieu de ça, ces connards vont revenir la hanter.

– Lorsque Daphnée m'a proposé de venir je… Je n'ai pas pu décliner l'invitation, désolée… Et merci encore pour le bracelet…

Je secoue la tête pour chasser un sourire idiot sur mes lèvres. Cette fille ne sait vraiment pas se décider mais la situation m'amuse un peu. Elle sourit elle aussi. Merde, c'est qu'elle serait presque mignonne comme ça… Je repense à ces mots qu'elle avait écrits sur la petite carte et une étrange chaleur nait dans mon ventre. Mon regard plonge dans le sien avant de se baisser vers ses lèvres ouvertes. Nos souffles se mélangent et je peux presque sentir la chaleur de sa respiration sur ma peau.

Hey, ça vous dit une partie de cartes?

Blaise se pose en même temps que les autres alors que Luna rougit furieusement et détourne le regard. Je rêve ou on a bien failli… Non, n'y pense pas. N'y pense même pas. Elle a eu assez sa vie bousillée comme ça, pas besoin que tu viennes en rajouter avec tes conneries monumentales!

Draco perçoit le malaise mais je n'ai pas le temps de tenter de dire quelque chose que Luna se ressaisit, se relève et file rejoindre Daphnée sagement, sans m'adresser un seul regard. Je la devine troublée pourtant.

Le tremblement de sa main lorsqu'elle a remis sa mèche derrière son oreille ne peut pas me tromper moi. Je rêve ou elle a parfaitement compris ce qu'on s'apprêtait à faire et qu'elle me fuit comme la peste?

Les garçons rentrent et je les suis dans le salon où les filles sont installées dans le canapé. Luna me jette un coup d'œil et se resserre contre Daphnée alors que je m'assieds à côté d'elle, sur le peu de place qui reste dans le petit canapé. Affirmatif. Elle me fuit. Etonnamment, je choisis d'ignorer ça. Les filles de l'orphelinat auraient sauté sur l'occasion pour me rouler la pelle du siècle et me mettre dans leur lit mais je ne suis plus là-bas et Luna est définitivement différente. Trop peut-être pour que je tente une partie avec elle.

Sagement, je prends mon tas de cartes et je devine qu'elle est encore plus troublée par le contact de nos mains lorsque nous échangeons des cartes. Elle va même tenter de prendre d'abord un coussin puis Onyx pour mettre de la distance entre elle et moi. Ses maigres tentatives m'amusent mais je sais qu'elle n'est pas pour moi. Interdit. Je finirais par la briser totalement et je m'y refuse, merde.

J'essaie vainement de détourner mes pensées mais rien n'y fait, je ne me concentre pas suffisamment sur le jeu de cartes et Draco remporte ainsi plusieurs parties pour son plus grand plaisir. On s'apprête à refaire une autre partie lorsque Blaise abat ses cartes sur la table avant de proposer la plus grande connerie que j'aie jamais entendu.

Et si on allait voir la chambre d'Evan?

Je refuse net, pas du tout emballé mais Blaise n'en a rien à foutre, il n'en fait qu'à sa tête et ne m'écoute jamais. Après un sourire sadique, il se lève rapidement et prend la fuite dans l'escalier. Draco perçoit mon regard et, avant même que j'aie pu me lever, Onyx dans les bras. Il s'élance aussitôt à la poursuite de son pote, suivi des autres. Génial, ils vont tous être dans ma piaule. Luna suit le mouvement, toujours collée à Daphnée. Merde.

– Blaise attends!

Quoi? Ne me dis pas qu'Evan a des choses à cacher?!

Je lève les yeux au ciel avant de m'engager à mon tour dans l'escalier. Dans ma colère, je bouscule Théo et Daph' a juste le temps de s'écarter avant que je n'atteigne Blaise qui a déjà ouvert la porte. Ma magie s'agite. Je n'aime pas qu'on fouine dans mes affaires mais il a l'air de s'en balancer complètement.

Il fait un pas dans ma chambre, tirant Draco derrière lui. Théo finit par me jeter un coup d'œil, peu sur d'entrer et je soupire bruyamment avant d'aller me poser dans mon coin lecture, les invitant silencieusement à entrer comme les autres.

Avec les photos de famille au dessus de mon lit et ce coin ci où j'ai quelques bibliothèques, une grande fenêtre et un grand pouf recouvert d'un plaid, ce sont les seuls endroits de ma chambre que j'ai spécialement pris la peine d'aménager. Pour le reste, il y a une étagère où je range mes fringues et une table de nuit où je range mes capotes ainsi que mon portable et mon casque quand je dors.

Du coin de l'œil, je vois Draco empêcher Blaise d'aller sortir mes fringues et, de ce que j'entends, mes sous-vêtements pour les montrer aux filles et je retiens comme je peux un mouvement d'humeur.

Je soupire bruyamment alors qu'ils prennent leurs aises dans ma chambre. Moi qui espérais m'y poser un peu pour avoir du calme, c'est mort. Seule Luna s'assied à mon bureau, toujours à l'écart. Les garçons s'installent sur mon lit et Daph' voyage un peu en détaillant le décor.

– C'est ta mère? Elle est très douce. Tu lui ressembles beaucoup. Je ne m'attendais pas à ça… C'est assez lumineux, c'est beau…

Draco sourit. Ouais, et elle n'a pas vu le meilleur encore… Sous ses yeux, je vais fermer les rideaux et j'allume un petit appareil qui projette la voie céleste au plafond. Comme je m'y attendais, ils se rassemblent au centre et ouvrent grand leur bouche, prêts à gober les mouches. Seule Luna observe le plafond, des étoiles plein les yeux et un joli sourire plaqué sur les lèvres. Trop mignonne.

– Moi je m'attendais pas à ça!

– Tu t'attendais à quoi alors?

– Bah, à un truc d'ado, une chambre bordélique, des caleçons par terre, bref, une chambre de mec quoi!

Draco lève les yeux au ciel.

– Blaise, ce n'est pas parce que toi tu es comme ça que nous sommes tous pareils…

Blaise allait rétorquer lorsqu'un elfe apparait sur le pas de ma chambre. Je souris inconsciemment. La première fois qu'un elfe a débarqué dans ma chambre, j'ai eu une montée d'angoisse. Depuis, Severus a fait passer la consigne et les elfes transplanent devant ma porte avant de frapper.

– Maitre Snape, il est tard, nous avons pensé que vous auriez faim. Une collation vous attend dans le salon.

Blaise, en véritable goinfre, quitte le plafond des yeux pour sourire à l'elfe et de quitter ma chambre.

Qui m'aime me suive!

Je roule des yeux. Abruti. Un à un je les vois quitter ma chambre. Luna a un peu de mal à quitter le plafond des yeux et s'aperçoit trop tard qu'elle a déjà laissé filer Daph'. Elle me jette un regard avant de se précipiter vers la porte mais ma limite est passée.

Je la prends par le poignet pour l'attirer contre moi. Nos corps se touchent et je glisse une main dans ses cheveux et l'autre sur sa joue avant de poser mes lèvres sur les siennes avec gourmandise.

Elle reste quelques secondes braquée contre moi, sans répondre à mes ardeurs. J'allais renoncer lorsque je la sens ouvrir sa bouche et j'y glisse ma langue alors que ma main quitte sa joue pour aller attraper la sienne. C'est à ce moment où nos doigts se touchent qu'elle reprend contact avec la réalité, rompt notre baiser et prend la fuite sans même m'adresser un regard.

Et moi je suis debout, planté comme un piquet et c'est alors que je réalise que… Oh merde, oh merde, oh merde! Stop! Stop! Trop tard… Ma queue est au garde à vous et je ne peux pas la cacher… J'ai été surpris par ce baiser alors que c'est moi qui l'ai initié et me voilà en train de bander comme… comme… comme un putain de lapin !

Mais bordel, Evan! Je sais que t'as rien baisé depuis longtemps mais de là à… de là à ce que ta queue se réveille sans te demander ton avis après un simple baiser…Comme un fucking débutant! Bien joué, mec!

Et en plus ça n'a pas l'air de redescendre. Merde. Me dis pas que… Ouais, évidemment, tu vas devoir faire ça tout seul mon vieux, y'a aucune nana ici qui voudra bien te vider. Avec une grimace j'envisage de refermer la porte lorsque la voix de Draco surgit.

Evan?

Pfiou, sur le coup, je ne m'attendais tellement pas à ce qu'il remonte que je débande instantanément. Merci mec... Je mets un petit temps à revenir à la réalité et Draco s'en inquiète.

Ça va?

J'acquiesce sèchement avant d'hausser les épaules et de redescendre dans l'escalier. Je gagne les dernières marches et retourne dans le salon où les autres dévorent quelques biscuits. Luna est toujours assise à côté de Daph' et regarde obstinément le sol. Évidemment, elle a pris soin de s'asseoir entre deux personnes et je ne peux pas me glisser près d'elle. Je ne l'aurai pas fait de toute façon, j'ai pas besoin de bander là, dans l'immédiat.

– Te voilà Evan!

Severus entre dans la pièce et me dévisage un instant. Il doit voir à ma tête que quelque chose ne va pas et je n'hésite pas à croiser son regard pour lui dire mentalement que ça va, que je suis juste fatigué. J'essaie de repousser au fond de ma mémoire l'image du baiser avec Luna car je ne veux pas lui en parler. Je n'ai pas envie qu'il se mêle de mes histoires sexuelles.

Rapidement, je m'assieds sur un des poufs, seul et j'en profite pour câliner Onyx qui n'a pas pu s'empêcher de grimper sur mes genoux à nouveau. Les autres discutent en dégustant quelques biscuits et je surprends du coin de l'œil le regard de Luna sur Onyx, puis sur moi. Nos regards se croisent un bref instant avant qu'elle ne se lève précipitamment, comme si elle avait été mordue.

–Il… Il faut que j'y aille, j'avais dit à Papa que je ne rentrerais pas tard…

Les autres objectent qu'il n'est pas tard mais je la vois rougir d'ici, alors qu'elle baisse la tête et demande à Sev' si elle peut repartir par cheminette. Elle me fuit. Une nouvelle fois.

Je l'observe clairement prendre de la poudre et plonge mon regard dans le sien une dernière fois avant qu'elle n'énonce sa destination et qu'elle ne parte. Merde. Je lui ai fait peur…