Titre : Gentlemen Sorciers
Auteur : Suzan
Note : Je m'excuse platement d'avoir torturé les personnages de Joanne Kathleen Rowling.
Avertissement : Ce texte met en évidence des relations homosexuelles, il serait donc préférable au jeune public et aux homophobes de s'abstenir.
NDA : Bonjour à tous et bonne année 2020 - avec un petit jour de retard j'en suis désolée. Me voici avec un nouveau chapitre pour cette année et je voulais vous annoncer en NDA (et non dans le papotage) que ce chapitre sera le dernier avant l'épilogue et les bonus. J'avais prévu d'en faire deux ou trois de plus mais en relisant la trame que je m'étais fixée je me suis rendue compte que cela n'apportait rien à l'histoire des deux protagonistes, cela ne faisait que reculer nos au-revoir. En outre, je vous réserve une petite surprise en bas... Donc je vous souhaite une bonne lecture et à tout à l'heure !
Leçon n°28 : De la nécessité de fêter les bonnes nouvelles
Les deux semaines qui précédèrent l'intronisation de Pansy en tant que Mère de lignée furent dignes d'un triple numéro d'équilibriste. Aucun membre du trio ne savait réellement quelle était sa place. Le retour de Benedict et de Percy dans leur quotidien ne fit que renforcer ce malaise entre eux, les plongeant dans un quotidien en décalage avec leurs nouvelles situations.
Le matin suivant leur première visite chez Lord Parkinson, Severus avait été distant et effacé. Ce comportement suscita chez Harry une impression de rejet. Si cette sensation était familière à Lord Potter, il la supportait très mal, d'autant plus lorsqu'elle était renforcée par le contexte dans lequel il évoluait : Harry n'acceptait pas de se sentir inopportun dans sa propre demeure.
Il prit sur lui de se rendre à Gringott's avec Severus dans un mutisme complet, tendu et effrayé d'avoir encore fait quelque chose qui ne fallait pas faire. Un regard noir de sa part avait eu pour conséquence d'annihiler toute tentative de négociation ultérieure de la part des Parkinson. Le regard éloquent de Lady Emeline avait suffi à inciter Petrus à parapher les documents. Les papiers furent signés en reconnaissance de la Dette familiale et toute l'affaire ne prit pas plus d'une heure - laps de temps durant lequel Harry sentit son humeur s'assombrir petit à petit.
Il comprit les raisons de l'éloignement de Severus en revenant au Manoir. Pansy lui avait fixé un rendez-vous pour échanger sur les investissements en cours et le voyant incapable de se concentrer sur quoique se soit, l'Intendante avait fini par provoquer la discussion. Pansy lui confia que Severus et elle avaient discuté la veille sans rien lui révéler à propos du contenu de leurs échanges arguant que le sujet devrait être abordé en présence de Severus. Cependant, elle lui suggéra d'attendre quelques jours avant de susciter une conversation à trois. Cet état de fait gênait Lord Potter mais il se tut, observant. Au fil des jours, il put voir la détente physique et mentale de Severus. Lord Prince s'était livré et rien de mal n'était arrivé, contredisant la dynamique que l'histoire avait prise avec lui. Harry prit sur lui, essayant de son mieux d'arborer une humeur égale.
Pansy semblait à l'aise dans cette nouvelle relation, discutant avec les deux hommes, leur souriant, venant les rejoindre quant elle en ressentait le besoin tout en leur laissant des moments tous les deux. Harry ne savait pas se prononcer sur tout cela : devait-il être tout le temps ensemble tous les trois ? Avait-il la possibilité de ne voir que l'un d'eux ? Pouvaient-ils se voir sans lui ? Quelles étaient les règles de cette cohabitation ?
Cette incertitude s'alliait à un mal être profond. Il cherchait vainement des cadres pour se rassurer alors qu'à l'intérieur de lui-même des souvenirs surgissaient en permanence. Son oncle, Dumbledore, tout revenait petit à petit, leurs visages se superposant : cette fausse inquiétude qu'ils pouvaient démonter pour sa situation en public, les insultes bien réelles de son oncle, le sentiment de trahison lorsqu'il réalisait qu'il agit en étant totalement manipulé et qu'au lieu de simplement lui demander, Dumbledore s'était servi de lui.
Le pire de ses souvenirs, il l'avait évoqué avec des spécialistes, Sirius puis Andromeda. Il avait réfléchi à tout cela à la fin de la guerre mais tout n'était pas réglé. Les déclencheurs tels que « monstre » ou « anormal » agissaient toujours sur lui et cela le perturbait.
Plus grave, il se rendait compte qu'il ne jouait pas le rôle que ses deux partenaires lui avaient attribué dans leur relation. Il n'était pas la glue émotionnelle qui permettait de tous les relier. Cette agitation se ressentait dans son comportement et il n'avait qu'une envie : que quelqu'un le prenne contre lui, l'étreigne, lui fasse ressentir autre chose que ses propres démons.
Son envie était telle qu'elle se transforma en besoin puis en faim. Le moindre effleurement provoquait des élancements douloureux. Harry garda le silence sur sa situation car il ne trouvait la paix que dans les instants avant ou après la nuit et il n'aurait perdu cela pour rien au monde : lorsque Severus pensait qu'il dormait et se glissait contre lui, lorsque Pansy soulevait délicatement les couvertures pour le rejoindre. Il n'y avait rien de sexuel dans tout cela – même si cet aspect des choses lui manquait, personne n'ayant osé initier une nouvelle fois entre eux – il avait désespérément besoin d'être touché et rassuré. Pour une fois dans sa vie, il aurait voulu qu'on lui dise quoi faire.
A cette situation pénible, se rajouta le stress de l'organisation de la soirée d'intronisation. L'envoi des invitations, la préparation de Potter House, les commandes pour le repas sans évoquer le choix des tenues, tout cela prit un temps considérable. Harry supportait de plus en plus mal la situation se retranchant derrière des attitudes, des réflexes acquis depuis longtemps et se montrant de plus en plus détestable. Son impatience grandissait et il avait l'impression de se retrouver au temps de sa cinquième année où personne ne voulait le croire, où il se sentait ostracisé.
C'est pourquoi une dispute éclata au milieu du salon de Potter House, deux jours avant la soirée d'intronisation. Pansy, Severus et lui devaient passer à table et il entra légèrement en retard dans le salon où l'attendaient les deux Serpentards. Il les vit pencher l'un sur l'autre, échangeant ce qu'il pensait être des confidences. Une pointe de jalousie enfla dans son cœur.
- Je vous dérange ? Grinça-t-il en leur lançant un regard noir.
- Certes non, répondit Pansy d'un ton sec en le défiant du regard. Nous disions justement que ton humeur est des plus charmantes ces temps-ci.
- Donc vous parliez de moi dans mon dos ?
A ce point de la conversation, Harry avait parfaitement conscience de ses propres insuffisances. Il se voyait dramatiser la situation par sa déclaration. Il ne se supportait plus et cela alimenta son énervement.
- Parfaitement Potter, ironisa Pansy d'un ton narquois. Et comme tu le vois, nous étions si discrets que tu nous as surpris.
C'était la pire approche à tenter avec lui à ce moment précis, comme agiter la cape rouge devant un taureau furieux. Harry chargea, se précipitant vers la jeune femme, une phrase odieuse à la bouche.
- Stop.
La voix grave de Severus le prit de court. L'homme se leva pour se placer face à lui, gardant Pansy dans son dos et Harry eut envie de feuler sans bien comprendre pourquoi. Lord Prince soutint son regard calmement, ce qui irrita le jeune Gryffondor.
- Harry, ceci est une limite et tu es en train de la dépasser. Miss Parkinson – Pansy – est aussi malheureuse que toi de l'ambiance qui règne au Manoir et certainement aussi stressée. Elle ne comprend pas ce qu'il se passe et a donc attaqué de façon à te provoquer. Elle s'excusera plus tard. Ta jalousie n'a pas lieu d'être dans notre relation.
Le jeune homme prit une inspiration comme s'il allait contester véhément les dires du Maître des potions. Severus lui coupa l'herbe sous le pied.
- Nous sommes dans cette situation grâce à toi, pour toi. Nous te sommes loyaux – si cela à une quelconque valeur à tes yeux. Pourquoi nous attaquer ?
Le visage d'Harry blêmit puis se décomposa. Son expression se froissa dans une moue déchirante. Severus s'approcha doucement, levant les mains devant lui en signe d'apaisement pour étreindre le sorcier brun. Pansy les rejoignit quelques secondes plus tard et finalement, après des jours d'incertitude et de peine, Harry se laissa aller. Il évacua dans leurs bras sa douleur et sa frustration, faisant montre d'un lâcher prise dont il n'était pas coutumier.
Il ne vit pas le regard qu'échangèrent Severus et Pansy, signifiant quelque chose comme enfin. Pansy annula le repas auprès des elfes, tandis que Severus montait Harry à l'étage. Elle les rejoignit dans la chambre et se dévêtit prestement pour les rejoindre dans le lit. Elle colla son corps contre celui du jeune homme, cherchant à lui communiquer chaleur et soutien. Il était totalement agrippé à l'ancien maître des potions et murmurait ou sanglotait des morceaux de phrase dans queue ni tête par intermittence.
Ni Severus, ni Pansy ne trouvèrent quoi dire. Ils n'avaient pas l'habitude des crises de larme, les Serpentards pansaient leurs plaies en privé et surtout sans aucun public. Severus pressentait que ce n'était qu'un des nombreux ajustements que leur étrange ménage leur demanderait. Il laissa Harry évacuer, l'enserrant, le contenant entre ses bras, cherchant à le rassurer. Ce geste était très peu naturel pour le Serpentard. Cependant, si une seule personne sur cette terre était familière avec la douleur et la peine, c'était bien lui. Il enserra donc le jeune sorcier calmement, espérant que sa présence l'apaise.
La crise d'Harry se tarit petit à petit le laissant sans force. Il s'endormit dans la foulée, sa respiration se faisant régulière. Severus s'installa plus confortablement. Il remarqua que Pansy s'était également endormie, blottie contre le corps du Gryffondor. Le potionniste soupira, utilisant des réflexes acquis des décennies plus tôt pour se vider l'esprit. Ils auraient tout le temps d'en parler demain.
Drago descendit l'escalier du Manoir Black à la recherche de son époux. Ils avaient tous deux rendez-vous chez Lord Prewett avec plusieurs Familles alliées afin d'échanger à propos d'un texte de loi qui serait présenté à la chambre en fin de semaine. Son mari était introuvable mais Drago put apercevoir Astoria dans la bibliothèque. En dehors des cours qu'elle dispensait de temps en temps aux deux orphelins que la Maison Black hébergeait, Astoria passait le plus clair de son temps dans cette pièce pour les aider. Elle faisait des recherches sur des textes de lois, sur des familles, sur des points juridiques obscurs dont ils avaient besoin, souhaitant aider la Maison qui lui avait accordé protection et soin.
Aux yeux de la bonne Société, Astoria faisait désormais partie de la Maison Black bien que son nom demeure Greengrass et que son ascendance ne puisse être remise en question. Elle était la plus jeune de sa fratrie, celle dont la situation était la moins enviable, car elle ne pourrait hériter d'aucun bien, ni titre. Pendant quelques secondes, Drago se prit à penser à ce qu'aurait pu être sa vie dans un univers alternatif où sa mère n'aurait pas fautée ou du moins n'aurait pas portée le fruit de sa relation adultérine avec le Seigneur des Ténèbres. Dans cet univers, Drago aurait épousé Astoria et ils auraient certainement vécu au Manoir Malefoy avant d'engendrer un héritier ou deux…
Drago secoua la tête pour chasser ces idées absurdes. La réalité était ce qu'elle était et si Sirius n'était pas parfait, il était un homme bon, attentionné et gentil. Il leur avait à tous deux accordés une seconde chance – voire une troisième pour Drago – et ils se retrouvaient dans cette situation protégée grâce à lui. Le Consort Black n'oublierait jamais ce qu'il devait à son mari et à cette Maison : loyauté et travail. De plus, Drago appréciait sincèrement son époux – malgré son caractère emporté et son manque de réflexion dans les moments les moins judicieux – et plus que tout c'est ce sentiment qui le fit hésiter à entrer dans la bibliothèque.
Il tenait l'occasion parfaite, celle qu'il avait guetté depuis un moment afin de s'entretenir avec Astoria. S'il la connaissait à moitié aussi bien qu'il le pensait, elle savait déjà de quoi il souhaitait lui parler. En effet, si Drago refusait toute candidature d'une Mère de lignée potentielle en dehors de leur cercle de connaissances, c'était pour encourager l'accession d'Astoria à ce poste. La première chose était de lui demander si elle désirait entretenir ce genre de relations avec eux… Avec eux… Le sorcier blond sentait une pointe de jalousie lui vriller le cœur lorsqu'il tentait de réaliser pleinement ce qu'il allait faire.
Inspirant calmement, il prit sa décision et entra en fermant doucement la porte derrière lui. Le bruit fit lever la tête d'Astoria qui se redressa pour le saluer comme elle se devait. Elle esquissa une brève révérence avant d'attendre que Drago prenne la parole. Il lui indiqua le siège sur lequel elle était assise quelques secondes auparavant et fit apparaître un fauteuil pour lui-même. Il prit le temps de s'asseoir confortablement et de la jauger avant d'entamer la discussion :
- Tu as parfaitement compris la situation et ce que je tente de faire, émit-il cryptique. Je voulais m'assurer que tu étais d'accord avec la place que je souhaite te voir prendre dans nos vies.
Les joues de la sorcière rosirent. En quelques secondes, Drago se rappela qu'Astoria était de deux ans sa cadette et avait été éduquée en jeune femme prude. Son entrée en matière était des plus abruptes – et des plus inconvenantes. Cependant, elle ne se laissa pas faire et elle répondit d'une voix affirmée :
- J'ai conscience de ce que tu essaies de faire et je suis d'accord pour occuper la place que tu me proposes, énonça-t-elle clairement. J'irai même plus loin : c'est un honneur pour moi de servir la Maison qui m'a recueillie de cette façon.
- Si nous faisons cela, tu ne pourras jamais… Prévint Drago d'une voix grave.
- … Je ne me marierai pas, trancha Astoria avec un sourire, et comme tu t'en doutes, ma dernière expérience en matière de fiançailles m'ayant amenée à rejoindre cette Famille, tu m'en vois plutôt soulagée.
Drago esquissa un petit sourire en réponse à son trait d'humour. Puis, le visage d'Astoria devint grave :
- J'aime le quotidien dont je bénéficie dans cette Maison, j'apprécie de vous aider avec les enfants, les réceptions et le travail que nous devons accomplir, révéla-t-elle résolument sérieuse. Vous m'avez tous les deux accueillie, écoutée et considérée comme un être humain. En cela, je considère que j'ai une Dette auprès de vous et particulièrement, auprès de toi.
Le Consort Black retint son visage d'afficher une expression de surprise en entendant le discours de la jeune femme.
- Sache que j'accepte avec plaisir de devenir votre Mère de lignée car ce statut est une véritable aubaine pour moi et permet de rendre un peu de ce que vous m'avez si gentiment accordé. Je ne le fais pas par opportunisme, par totale loyauté ou parce que j'éprouve des sentiments amoureux pour Sirius… Et je… Je ne souhaite pas me mettre en travers de votre couple.
Sa déclaration suscita un certain soulagement chez Drago même s'il la savait totalement irréalisable. Il reprit donc la parole d'une voix atone :
- Si tu portes les enfants de Sirius, tu deviendras la personne la plus importante de sa vie, quoiqu'il en soit.
Le Consort Black tenta de masquer la douleur et le malaise qu'il ressentait à envisager cette situation. Il ne voulait pas que son époux se détourne de lui mais malheureusement il n'avait pas la capacité d'engendrer et Sirius voulait des enfants, plus que tout.
- Peut-être, émit Astoria en se mettant à genoux sur le sol pour prendre ses mains entre les siennes, mais je te jure que tu seras la personne la plus importante de la mienne.
La magie claqua dans l'air, démontrant la sincérité des paroles d'Astoria.
- Je ne ferai rien qui pourrait te blesser, je ne tenterai pas de prendre ta place ou tes prérogatives, je serai le soutien aimant et discret de votre couple. Sirius m'accordera peut-être une grande importance mais nous nous comprenons. Nous avons fait parti de la même Maison et pour moi, tu seras celui qui me guidera, me soutiendra et me protégera quoiqu'il advienne.
C'était peut être bizarre, malsain ou immoral mais l'entente de ce serment soulagea les nerfs malmenés du Consort Black. Il embrassa le dos de la main d'Astoria, reconnaissant pour sa loyauté et son amour. Elle lui accorda un sourire resplendissant. Tant qu'elle respecterait ce serment, leur Maison pourrait fonctionner : Drago et Sirius en tant que couple, Sirius et Astoria en tant que parents, Astoria et Drago en tant que soutiens indéfectibles, tous les trois en tant qu'éducateurs des enfants… IIs trouveraient leur équilibre.
Harry se sentait honteux. Il était parfaitement mécontent du comportement qu'il avait eu envers son époux et son Intendante et totalement mortifié d'avoir montré tant de faiblesse. En avisant la lumière dans la chambre, il comprit que la matinée était déjà bien entamée. Contrairement à toutes leurs habitudes, Severus et Pansy semblaient dormir encore, le maintenant dans un cocon chaud.
Le changement dans le rythme de sa respiration dut alerter Severus qui, au bout de quelques secondes, ouvrit les yeux. Son regard scrutateur se posa immédiatement sur Harry, cherchant à déterminer dans quel état d'esprit il se trouvait. Puis, d'un geste lent, il leva l'un de ses bras en une invite silencieuse. Harry hocha la tête et plaça sa tête sur le biceps de son Consort tout en collant son torse et le reste de son corps au sien. En sentant la chaleur de Severus se transmettre dans ses chairs, il se sentit durcir automatiquement. Le rouge aux joues, il enterra son nez dans le cou de son époux.
- Tu n'as pas à te sentir coupable ou à avoir honte, Harry, émit Severus dans un ronronnement grave.
Sa voix était encore plus rauque le matin et elle donnait de légers frissons dans le dos d'Harry. Le Gryffondor déposa un baiser sur la peau de son ancien professeur, appréciant pour une fois qu'il ait ôté tout vêtement. D'ordinaire il gardait toujours un tee-shirt, peu à l'aise d'imposer ses cicatrices à Pansy. Apparemment cette habitude avait pris fin la veille et Harry s'en réjouissait.
- Parle-nous, nous ne pouvons rien résoudre si nous ne communiquons pas, poursuivit le potionniste en caressant distraitement l'épaule de son époux.
- Cela te va bien de dire ça, pesta Harry en dégageant son visage du cou de son mari. Ce n'est pas moi qui aie parlé à Pansy pour ensuite tenter d'éviter toute la maisonnée pendant plus d'une semaine. Alors pour les discussions, cela te va bien de me faire la morale, tu es aussi peu doué que moi.
Un léger rire se fit entendre de l'autre côté du lit. Visiblement Pansy était réveillée. Elle les rejoignit collant son corps nu contre celui d'Harry avant d'embrasser chastement les deux hommes sur le bras.
- Vous êtes impossibles, commenta-t-elle en souriant. Parler est aussi peu évident pour Severus que pour ltoi, à tel point que vous feignez d'ignorer la plupart du temps ce que ressent l'autre.
- Ce n'est… Commença Harry indigné.
-... C'est vrai, admit Severus en coupant la récrimination d'Harry. Nous parlons peu, évitant d'aborder des sujets que nous pensons être douloureux pour l'un ou pour l'autre.
Pansy reprit la parole, enfonçant le clou.
- Le soir de votre rencontre avec mon cher oncle, j'ai demandé à Severus pourquoi tu réagissais ainsi lorsque tu es rentré à Potter House, expliqua-t-elle pour le bénéfice d'Harry. J'avais déjà compris au fil des mois passés ensemble que ton enfance n'avait pas été spécialement idyllique malgré ce que sous-entendaient les quelques articles publiés à ton sujet dans l'entre-deux guerre. Severus en savait un petit peu plus et je l'ai incité à me révéler ce qu'il savait, confia la jeune Intendante en s'attendant à une réaction très vive de la part du jeune Potter. Mais, avant que tu dises que ce ne sont pas mes affaires, je souhaite te répéter ce que j'ai dit à Severus ce soir-là : afin que cette cohabitation ne vire pas au pugilat il va nous être nécessaire de dire les choses, même en s'énervant, même si on blesse l'autre, même si ce n'est pas plaisant. Nous devons nous connaître pour apprendre à vivre ensemble. Nous prévoyons d'élever des enfants ensemble pas de passer une soirée dansante par Merlin !
Le trait d'humour eut le mérite de faire sourire le Gryffondor. Severus toussa légèrement, s'attirant l'attention des deux autres sorciers.
- … Ce que nous avons évoqué ce soir-là avec… Pansy, expliqua difficilement le maître des potions peu rompu à l'exercice, c'est… J'ai l'impression d'être une imposture, émit-il finalement. A mon âge, je ne devrais pas souhaiter être votre amant mais plutôt votre mentor et vous laissez vivre l'histoire d'amour qui semble être la vôtre.
Severus avait baissé son visage à la fin de sa prise de parole de manière à ce que ses cheveux cachent son expression. Harry souleva délicatement une mèche et embrassa le maître des potions chastement.
- Tu n'es pas une imposture et sans toi, hier soir, Pansy et moi en serions venus aux mains. Cela me coûte de le dire, continua-t-il avec humour, mais elle a raison. Cela mettra du temps mais nous devons trouver notre équilibre. Je n'ai pas supporté que tu t'éloignes la semaine dernière après la rencontre avec Petrus Parkinson… Ce qu'il a dit a fait remonter de mauvais souvenirs en moi et j'ai eu du mal à gérer ces deux situations, avoua Harry d'une voix gênée.
- Quant à moi, je suis mal à l'aise parce que je n'ai pas l'impression que les limites soient définies entre nous, énonça Pansy avec calme en se soulevant sur un coude pour mieux voir ces deux amants. Ma situation est, pour le moment, la plus précaire de nous trois - même si je sais que vous avez tout prévu pour que ce ne soit pas le cas – et pourtant j'ai l'impression que c'est mon rôle qui est le mieux défini quelque part… Ce que je veux dire c'est… Quelle sorte d'intimité voulez-vous avoir avec moi ? Devons-nous être tous les temps, tous les trois… au lit ?
La question enflamma les joues du jeune Potter mais il dut admettre qu'il se l'était également posée – et plus d'une fois ! Après un rapide coup d'œil au maître des potions, il comprit que Severus ne tenterait pas une réponse le premier. Il fit donc appel au courage de sa Maison et répondit, à tâtons :
- Je pense que… Nous ne sommes pas encore assez solides pour entretenir des relations par binôme, dit-il d'une voix gênée en fuyant le regard de ses deux amants. Je veux dire… je pense que si tu avais des rapports uniquement avec Severus je serais jaloux et… même si j'ai eu des rapports qu'avec Severus avant que tu n'acceptes de devenir notre Mère de lignée, je sais que cela le blessait que je… fantasme sur toi.
Lord Potter risqua un regard vers les deux Serpentards. Leurs visages n'indiquaient absolument pas ce qu'ils pensaient et Harry se retint de faire la grimace. La potion étant tirée, il fallait la boire jusqu'à la lie.
- Bref, je propose que, pour le moment – je ne dis que ça n'arrivera jamais – nous restions sur une intimité tous les trois, pour apprendre à nous découvrir, apprendre, comme tu le disais, à vivre ensemble.
Un silence de quelques secondes suivit cette déclaration.
- Je suis d'accord, émit Pansy d'un ton définitif.
- Moi de même, approuva Severus en se rencognant contre le corps chaud d'Harry.
- Et si nous mettions justement cette nouvelle décision en pratique ? Proposa Pansy avec un clin d'œil qui ne pouvait être qualifié que de coquin.
Les deux hommes sourirent et Harry se redressa pour lui voler un baiser tandis que Severus commençait un délicat massage de sa nuque. Le reste de la matinée se perdit en soupirs de plaisir.
Remus était particulièrement heureux d'assister à la soirée d'intronisation de la Mère de lignée des Familles Gaunt, Potter et Prince. Pris dans la préparation de son propre mariage avec Lord Malefoy – et poursuivi par les assiduités d'une certaine Miss Tonks de la Famille Black – il n'avait que peu de temps à accorder au jeune homme qu'il considérait comme un membre de sa famille et de sa meute. Cependant, cette soirée serait accordée au dernier héritier des Potter et il en était absolument ravi.
Il s'était mis d'accord pour rejoindre Lucius à Malefoy Hall pour qu'ils puissent arriver ensemble dans le hall de réception de Potter House. Remus n'avait pas vu la résidence londonienne des Potter depuis sa récente rénovation et l'emménagement du nouveau Lord en titre. Il avait souvenir d'une demeure sombre et finalement peu habitée, les parents de James ne s'y rendant que quelques semaines dans l'année. En effet, Fleamont préférait – et de loin – prendre un Portoloin tous les jours pour rejoindre le Manoir des Potter et son calme environnant. Quand à James et Lily, ils n'avaient simplement pas eu le temps de profiter de la demeure.
Les tentures étaient splendides et le mobilier de première qualité. Le tout était agencé avec goût et il reconnut immédiatement la marque de fabrique de Pansy pour avoir travaillé avec elle pendant plusieurs mois. Harry se tenait, comme il se doit, aux côtés de son mari et recevait un à un les invités, les remerciant de leur venue et échangeant quelques nouvelles.
- Remus, le salua-t-il avec un grand sourire avant de l'enlacer quelques secondes. Lord Malefoy, c'est un plaisir de vous recevoir.
- Le plaisir est pour nous, Lord Potter-Gaunt, répondit Lucius d'une voix si formelle qu'elle en était glaciale. Severus, comment te portes-tu ?
Remus profita de l'échange entre Lord Prince et Lord Malefoy pour adresser une grimace d'excuse à son presque-filleul. Son fiancé était presque trop bien éduqué et c'était tout autant un problème que l'inverse. Harry lui fit signe qu'il n'avait absolument pas mal pris la remarque de Lucius Malefoy et s'enquit de l'avancement des préparatifs.
- Merlin merci, c'est presque fini, répondit le lycanthrope en chuchotant de peur d'être entendu. Tout est presque terminé et j'ai hâte que cela soit fait pour pouvoir me reposer quelques jours.
- Tu sembles effectivement exténué, commenta le jeune homme d'une voix inquiète.
- Rien de bien grave, le rassura-t-il. Je travaille beaucoup en ce moment pour préparer la passation de l'Intendance des Black, cela ira mieux lorsque je n'aurai plus à m'en occuper.
Harry hocha gravement la tête et ils durent en rester là de leur conversation car Lucius lui présentait son bras pour avancer vers la salle de réception. Les deux époux les saluèrent une dernière fois avant d'accueillir d'autres invités. Remus passa rapidement son doigt sur son nez. Son filleul sentait une étrange odeur que le lycanthrope connaissait mais n'arrivait pas à situer. Il se laissa déconcentrer par la salle de réception de Potter Hall. La pièce était superbe avec son parquet ciré, ses murs à tentures colorées et le splendide plafond à caissons récemment repeint par des maîtres en la matière. Un escalier permettait d'accéder au second niveau et les colonnades émaillant le corridor du premier étage étaient visibles depuis le rez-de-chaussée.
Pour rajouter au décor, de très beaux bouquets de fleurs égayaient la salle qui avait été aménagée comme pour un bal. Une estrade, sur laquelle jouait déjà un orchestre, avait été montée au fond de la salle et des tables pour le buffet reposaient sur les côtés de la pièce. Plusieurs petites tables à l'opposé de l'estrade permettaient aux sorciers de se retrouver en groupe et de discuter assis en attendant le début des danses. Percy, Pansy et Harry s'étaient surpassés pour la soirée : la décoration était très raffinée, la liste des invités était parfaite – il ne manquait aucun allié d'après ce que put observer Remus – et l'animation de la soirée risquait d'être grandiose.
Lucius le dirigea calmement vers un groupe de politiciens – membres des différentes Familles alliées au Gaunt et représentées au Magenmagot - et Remus soupira intérieurement avant d'écouter attentivement le moindre mot que prononcerait son récent fiancé. Il fut sauvé quelques minutes plus tard par un Sirius joyeux, accompagné d'un Drago composé et de la jeune Astoria Greengrass. Elle se tenait, comme le voulait la tradition, deux pas derrière le Lord de sa Maison. Remus eut la chance de voir Andromeda les rejoindre – et la malchance que cette venue fournisse un prétexte à Dora de s'incruster dans leur groupe.
Remus était quelque peu las d'arbitrer les sempiternelles disputes entre Lucius et Dora. Heureusement, Andromeda semblait l'avoir compris car elle posa sa main sur l'avant-bras de sa fille après sa première pique à destination de son fiancé, lui intimant le silence. Remus entretint une discussion légère avec l'autre Maraudeur en présence et fut saluer par Hermione et son récent fiancé, puis par Neville et Hannah ainsi qu'Augusta qu'il eut plaisir à revoir. Les Potter français ne prirent pas le temps de s'enquérir de leur santé, se contentant d'un salut formel et glacial quant à la famille Prince, il aperçut de loin la tante et la cousine de Severus.
Il était en pleine conversation avec Lord Weasley à propos de la boutique de ses frères jumeaux lorsque Harry et Severus apparurent sur l'estrade. Les musiciens jouèrent leurs derniers accords en une transition parfaite. Ce fut Harry qui prit la parole, parfaitement composé dans son rôle de Lord. Cependant Remus crut discerner une pointe de malice dans son expression ce qui manqua de le faire gémir tout haut de contrariété. Qu'avait donc encore inventé le dernier descendant des Potter ?
Il sentit du coin de l'œil Drago se rapprocher de son époux et tourna la tête pour se concentrer sur le discours de Lord Potter-Gaunt.
- Chers Familles, chers membres du Magenmagot, chers amis, nous sommes ravis de vous recevoir en notre demeure pour cette soirée d'intronisation, déclama Harry d'une voix forte. Comme vous le savez, deux de nos lignées sont pour l'heure sans héritier et c'est une préoccupation constante pour Lord Prince et moi-même.
Un coup d'œil entre les deux Lords appuyait cette déclaration aussi bien politique que dynastique. Les Potter et les Prince ne comptaient pas restés dans cette position de faiblesse. Le public était parfaitement silencieux, dans l'expectative.
- C'est pourquoi en tant qu'alliés, membres de nos Familles et de nos Maisons, nous sommes enchantés de vous présenter celle qui a accepté de devenir Consort de la Famille Potter et notre Mère de lignée…
A l'entente du titre de consort, de nombreux murmures parcoururent l'auditoire. Il était rare qu'une Mère de lignée puisse accéder à un titre dans l'une des Maisons pour lesquelles elle produisait un héritier – rare pour ne pas dire quasiment jamais vu… Si les Mères de lignée étaient intronisées auprès des membres des Maisons concernées et des familles alliées, elles n'avaient d'ordinaire aucun rôle politique autre que celui d'assurer une certaine pérennité aux dynasties qu'elle servait.
- … Miss Pansy Parkinson.
La prononciation du nom fut accompagnée d'un geste de la part de Lord Potter et tous les regards se tournèrent vers l'escalier sur lequel venait d'apparaître Pansy. La nouvelle fut rapidement suivie d'une salve d'applaudissements et Remus en remercia Merlin. Cela permit d'étouffer le juron que poussa Sirius et de masquer la réaction outrée de Cepheus Potter. Les applaudissements se poursuivirent pendant la descente de l'escalier par Miss Parkinson. Elle fut rejointe en bas des marches par les deux Lords auprès desquels elle effectua une révérence parfaite, comme l'exigeait les traditions.
L'audition fine de Remus était légèrement agressée par les commentaires qui allaient bon train dans l'ensemble de la salle. Il comprit en voyant Pansy que l'étrange odeur qu'il avait sentit sur Harry était la sienne.
- Merci pour cet enthousiasme, reprit la voix grave de Severus faisant cesser les applaudissements. Nous nous tiendrons à votre disposition ce soir pour que vous puissiez faire connaissance avec le nouvel ajout de nos deux Maisons. Honneur et prospérité à tous !
La phrase rituelle fut reprise par l'ensemble de la salle et alors que tout le monde se précipitait pour féliciter les trois protagonistes de la soirée, Remus recula légèrement pour se saisir de l'avant-bras d'un Sirius fulminant.
- Sirius Black, garde ton rang, lui intima d'une voix basse mais ferme Drago en le retenant par le bras que Remus n'avait pas saisit.
- Si tu fais un esclandre, Harry ne te le pardonnera pas, chuchota rapidement Remus. Félicite-les et nous essaierons de les attirer à l'écart pendant la soirée pour leur demander des comptes.
Sirius hocha la tête sèchement et Remus expira.
Griselda Prince était parfaitement outrée de la mésalliance évidente que venait d'annoncer dans le plus strict apparat son chef de Famille. La demoiselle était peut être de Sang-Pur – c'était la seule qualité qu'elle était prête à lui concéder – mais elle n'était ni particulièrement belle et ses manières quoique correctes n'avaient rien de raffinées. Si encore Severus avait fait appel à elle pour qu'elle puisse le guider dans son choix, elle aurait pu éviter un telle faute de goût.
Profondément contrariée, elle fut cependant l'une des premières à présenter ses félicitations au couple. Elle n'appréciait peut être pas le choix de l'heureuse élue mais il ne serait pas dit qu'elle, Griselda Prince, ait un jour manqué aux usages. Elle s'inclina donc devant son chef de Famille et son Consort et les congratula de la plus hypocrite des façons.
Elle vit Cepheus Potter faire de même avec Lord Potter-Gaunt. Visiblement l'héritier français de la branche secondaire n'était guère content du choix de son chef de Famille – c'était le moins qu'elle puisse dire, il semblait avoir gobé un œuf et toute sa posture respirait une contrariété qui faisait écho à la sienne. D'un coup d'œil, Griselda envisagea immédiatement un plan de secours : une alliance. Il devait bien exister quelque part dans les lois obscures du Magenmagot, du contrat de mariage ou dans les règles de succession des trois lignées, un article qui puisse faire obstacle à cette mésalliance criante. Peut être pourraient-ils empêcher Pansy Parkinson de devenir la Mère de lignée des deux Familles ou mieux, la contraindre à renoncer au poste de Consort des Potter…
L'idée avait germé dans sa tête et Griselda se promit de parler à Cepheus le plus tôt possible. Elle se releva de la révérence profonde qu'elle venait de réaliser pour rencontrer les orbes noires de son chef de Famille. Impuissante, elle vit Severus pénétrer ses défenses mentales comme une lame chaude dans du beurre frais. Les Prince étaient peut être des Occlumens accomplis mais il n'en restait pas moins que chaque membre de la Famille était soumis à son chef aussi bien son corps que son esprit.
Elle ne put que laisser Severus découvrir l'ébauche de son plan alors qu'il survolait ses pensées. Il se retira de son esprit le plus délicatement du monde mais elle manqua de trébucher sous la surprise. Une poigne ferme la retint et alors qu'elle comprenait que Lord Prince venait de la soutenir, une voix grondante de colère chuchota à son oreille :
- Si jamais vous mettez à exécution le plan auquel vous venez de penser ou tout autre visant à nous atteindre, mon époux, notre Mère de lignée ou moi, je vous jure, ma tante, que je ne me contenterai pas de vous rappeler à l'ordre ou de me venger, je vous détruirai.
La magie contenue dans les mots que son neveu prononça suffit à Griselda pour revoir intégralement ses plans. Lord Prince était à deux doigts de la déclarer comme Bannie ou Paria de sa propre Famille. Elle ne pourrait alors plus rien pour Marianne sans compter qu'étant une Prince par alliance, elle ne comptait que sur la générosité de son neveu pour les entretenir. Griselda se libéra donc gentiment de l'emprise de son chef de Famille, le salua avec toute la déférence qu'elle pût montrer et resta à bonne distance de Cepheus Potter.
Percy observait calmement le déroulement de la soirée. Il notait mentalement les allées et venues de chacun, les réactions à l'annonce de son Lord, les fausses déclarations d'amitié et –déjà !- les propositions de mariage pour de futurs enfants.
- C'est indécent, chuchota Trady Davis à son côté, proposer un contrat d'union alors qu'aucun enfant Potter n'est encore né. Ces Flint sont vraiment des idiots.
Percy acquiesça en son for intérieur. Il était ravi d'être accompagné par la jeune femme pour la soirée. Harry avait proposé cette solution pour l'aider à recueillir le plus d'informations possibles mais le jeune Weasley devait être parfaitement honnête envers lui-même : la détective –en plus de son talent et de son intelligence remarquable- avait un physiquement tout à fait séduisant et lui plaisait énormément.
- Perceval, le salua Andromeda Tonks d'un ton sec en l'accostant au détour d'une conversation qu'il essayait d'écouter entre les Shafiq et les Fawley.
- Mrs Tonks, répondit-il d'une voix égale, masquant sa contrariété d'être ainsi nommé.
- Pourriez-vous réunir Lord Prince, Lord Potter et Miss Parkinson dans le petit salon dans dix minutes ?
- Pardon ? Hoqueta Percy interloqué.
- Harry, Severus et Pansy. Dans le petit salon. Dans dix minutes, répéta Andromeda en articulant exagérément.
- Et pourquoi je vous prie ? Interrogea le jeune Weasley soufflé par le comportement de celle qu'Harry considérait comme une tante.
- Nous les y attendons et c'est tout ce que vous avez à savoir, cingla-t-elle en lui tournant le dos.
Percy prit quelques secondes pour abaisser son sourcil gauche et retrouvé une certaine mobilité sur le visage qui s'était pincé sous le coup de la demande d'Andromeda. Que se passait-il dans le clan Black pour qu'elle se permette de lui parler ainsi ? Percy était peut le Secrétaire d'Harry mais il avait l'habitude d'un certain respect vis-à-vis de ses interlocuteurs – sans compter que la tâche qu'elle lui avait confié était pour le moins ardue. Les trois protagonistes de la soirée étaient toujours entourés d'une ou deux Familles à la fois, comment allait-il les faire s'absenter ?
Inspirant pour se donner du courage et maudissant tous les Black de cette terre, Percy s'avança vers son Lord et se pencha vers l'oreille d'Harry. Ce dernier s'excusa poliment auprès de son interlocuteur et tourna le visage vers son Secrétaire.
- Andromeda a réuni tout le monde dans le petit salon, elle souhaite vous y voir tous les trois dans dix minutes.
Harry acquiesça conservant son masque de façade et lui demanda d'aller chercher Hermione. Percy hocha la tête et se faufila discrètement jusqu'à la jeune femme. Dans l'intervalle, il vit Harry se pencher vers Severus pour lui murmurer quelque chose tandis que son ancien professeur de potions faisait de même auprès de Pansy.
Percy ne comprenait pas vraiment ce qui gênait Lord Black et son entourage quant au fait que Pansy devienne la Mère de lignée des Potter et des Prince. En tant que Secrétaire, il les voyait quotidiennement et même s'ils avaient été discrets à leurs débuts, Percy avait rapidement compris ce qu'il en était et avait écourté ses soirées au Square Grosvenor pour leur laisser plus de temps libre pour se découvrir. Il appréciait particulièrement Pansy avec qui il s'entendait très bien – même si leurs premiers échanges avaient été des plus caustiques. Elle était une sorcière travailleuse, perfectionniste et dotée d'un sens de l'humour vraiment décapant. L'Intendante avait été un soutien précieux pendant son Service et il était navré que l'entourage et la famille de son Lord ne le conçoive pas ainsi.
Voyant le Secrétaire de son meilleur ami s'approcher d'elle, Hermione Granger s'excusa auprès de son fiancé et d'Augusta Londubat - avec qui elle était en pleine conversation au sujet de son mariage - et le rejoignit. Percy lui tendit un bras pour l'escorter vers le petit salon. Entre temps, Severus, Pansy et Harry s'étaient excusés et avaient ouvert le bal, fournissant un distraction bienvenue pour s'échapper discrètement.
Le petit salon se trouvait quelques pièces plus loin et l'ambiance était bien différente de celle de la salle de réception. Autant chaque invité cherchait à retirer quelque chose de cette annonce, autant l'entourage de Lord Black et de Lord Potter faisait grise mine à l'arrivée des trois hôtes de la soirée. Sirius, Remus et Andromeda discutaient dans un coin de la pièce tandis que Lucius, Astoria et Drago buvaient tranquillement leur cocktail. Nymphadora conversait calmement avec son père près de l'âtre en couvant Remus du regard.
Ce fut Sirius qui attaqua – comme toujours – bille en tête en allant au devant de grandes difficultés au vu de la lueur déterminée dans le regard d'Harry.
- Que se passe-t-il ici ? S'enquit Lord Black visiblement furieux.
- Ta question m'interpelle, répondit Harry l'air faussement étonné, l'invitation était pourtant parfaitement claire : nous présentons notre Mère de lignée.
- Et l'alliance ? Contra sèchement Sirius sous le regard blasé de Lucius.
- Que veux-tu dire par cela ? Répliqua sur le même ton Severus en éludant le qualificatif canin dont il affublait d'ordinaire Sirius.
- Je vous rappelle que lors de la signature de nos contrats de mariage, nous avions convenu de prendre les décisions politiques ensemble. Il me semble que le choix d'une Mère de lignée qui devient Consort Potter ce n'est pas anodin !
- Et pourtant cela ne vous regarde pas, tacla Harry d'un ton dur. Le choix d'une Mère de lignée est strictement personnel et à l'entière discrétion des Maisons concernées. Nous avons choisi Pansy pour de nombreuses raisons et elles ne sont pas toutes bassement politiques. Pour ce qui est du titre de Consort, Pansy a fait un excellent travail en tant qu'Intendante pour mes deux Maisons et tu l'as toi même reconnu… Nous lui assurons une place en société et tu n'as rien à redire sur cela, parrain ou non !
Le ton de Lord Potter était monté petit à petit pour finir en un cri exaspéré.
- Harry, tenta Remus d'une voix plus douce et conciliante, est-ce vraiment ce que tu souhaites ? As-tu pris cette décision en pleine connaissance de cause ?
- Tu veux dire, est-ce que je n'ai pas été influencé par deux horribles Serpentards au point de les laisser dicter ma vie ? Contra Harry furieux. Merlin ! Je suis un adulte ! Andromeda, Lucius ? Quelque chose à ajouter ?
Lucius Malefoy se contenta de nier de la tête en levant les mains en signe d'apaisement. Mrs Tonks souhaita parler mais Lord Prince lui coupa la parole.
- C'est pourtant simple, nous ne vous demandons pas votre avis… Entama-t-il de la voix soyeuse qu'il utilisait devant une classe de Gryffondors particulièrement inattentifs.
- … C'est un choix que nous avons fait tous les trois et qui nous convient parfaitement… Poursuivit Pansy en se plaçant à la droite d'Harry.
- … Et nous nous passerons de vos commentaires. Pour une fois dans ma vie, je suis heureux et je ne peux que vous enjoindre à vous mettre au diapason au risque de me mettre sérieusement en colère. Vu ? Conclut Harry en pointant successivement Sirius, Remus et Andromeda.
Hermione tira doucement la manche de Percy en voyant qu'une discussion plus posée s'instaurait entre les différentes parties.
- Je pense que nous pouvons les laisser, émit-elle en se déplaçant vers la porte.
- Tu ne restes pas ? Interrogea Percy perplexe.
- Ce n'est pas la peine, répondit doucement Hermione, je suis venue au cas où Harry aurait besoin de moi pour mettre du plomb dans la tête de Sirius mais je vois qu'il est parfaitement capable de se défendre seul et qu'en cas de besoin Severus et Pansy sont présents pour lui.
Le Secrétaire tint la porte à la fiancée de Lord Nott et ils pénétrèrent dans l'antichambre.
- Nous devrons nous y faire, Percy, émit Hermione avec un grand sourire et une lueur nostalgique dans le regard, comme Sirius, Remus et Andy, Harry n'est plus seul et nous n'avons plus à veiller sans arrêt à ses intérêts. Il a choisi d'autres personnes que nous et c'est dans l'ordre des choses…
Percy prit quelques instants pour réfléchir à la déclaration de la sorcière la plus futée de sa génération. Il est vrai que tout le monde avait toujours protégé Harry, chacun à sa manière. Lui-même avait souhaité l'aider et le guider de son mieux lorsqu'il était entré à son Service. Or, il n'était plus un jeune homme, il était un Lord désormais, Seigneur de deux Maisons, marié et père de Famille. Alors qu'ils rejoignaient la salle de réception, le jeune Weasley conclut leur conversation en acquiesçant d'une voix posée :
- Je crois que tu as raison, Hermione.
Pansy retira ses talons avec un gémissement de satisfaction. Elle n'avait jamais eu aussi mal aux pieds de toute sa vie mais l'appréciation dans le regard d'Harry et Severus lorsqu'elle était descendue valait largement le sacrifice de sa voûte plantaire. Sa soirée d'intronisation avait été un franc succès. Chaque allié avait présenté à la future Consort Potter ses félicitations et Pansy avait été plus qu'heureuse d'avoir été l'Intendante de cette Maison pendant plus d'un an avant d'envisager le poste de Consort. Elle savait ainsi qui était chaque allié de la Famille et quels objectifs ils poursuivaient.
Par ailleurs, la jeune femme n'avait jamais autant reçu de regards calculateurs. Certaines rombières lui avaient même demandé si elle était déjà enceinte et à quelle lignée cet hypothétique bébé appartiendrait. Pansy massa doucement ses pieds endoloris profitant du calme des appartements du Lord en titre. La soirée n'était terminée que depuis quelques minutes mais Harry et Severus ne tarderaient pas à la rejoindre, après avoir raccompagné les derniers convives.
La jeune femme se détendit contre le dossier du sofa qui meublait le petit salon de la chambre. Globalement, les réactions à son intronisation étaient très positives et le plan de Severus et Harry pour contenir Sirius et Remus avait bien fonctionné. Il allait de soit que les deux Gryffondors n'auraient jamais accepté qu'elle devienne Mère de lignée et Consort sans s'y opposer a minima – et malgré tout ce qu'elle avait pu faire pour la Maison des Black lorsqu'elle habitait encore Square Grimmaurd. Lucius lui devait peut être son mariage avec Remus mais si Lord Malefoy ignorait cet état de fait – et Pansy priait Merlin que personne ne l'en informe jamais – ce n'était pas le cas de Sirius.
Au final, les Black avaient plié en voyant leur couple - ou plutôt leur ménage si le terme était approprié – soudé. Pour cela, Pansy remercia en son for intérieur la crise émotionnelle d'Harry. Elle n'était pas proprement persuadée qu'ils s'en seraient tirés avec si peu de dommages s'ils n'avaient pas commencé à mettre en pratique leur « confession à trois » comme ils l'appelaient.
Pansy entendit la porte de la chambre s'ouvrir et vit ses deux Lords entrer, épuisés.
- Heureusement, nous ne faisons pas cela tous les jours, se plaignit Harry en passant sa main sur son cou, j'ai eu l'impression de revivre notre mariage.
Severus haussa un sourcil inquisiteur tandis que son visage prenait une expression sarcastique.
- Je suis ravi de constater que notre mariage évoque en toi un souvenir attendri, se moqua-t-il avec dérision.
Un gloussement s'échappa de la gorge de Pansy tandis qu'Harry riait franchement de la boutade du maître des potions.
- Et si nous allions dormir ? Proposa la jeune femme en commençant à se déshabiller.
Les deux sorciers acquiescèrent et commencèrent à se préparer pour la nuit, se dévêtant et passant par la salle de bain. Lorsqu'ils furent allongés, au chaud, sous la couette duveteuse, Pansy soupira de contentement, encadrée par les deux hommes.
- Nous avons survécu à cette soirée, émit-elle un grand sourire aux lèvres, légèrement ivre de soulagement et de joie.
- Et personne n'est mort, ironisa Severus d'une voix mortellement sérieuse.
Le fou rire qui secoua Harry et Pansy les empêchèrent de dormir pendant de longues minutes. Puis Severus initia une activité beaucoup plus plaisante qui les maintint éveillés une bonne partie de la nuit.
RAR
Il y a eu peu d'anonymes sur le chapitre précédent mais beaucoup d'inscrits. Comme d'habitude, la réponse à vos commentaires se trouvent dans vos boîtes mails ou sur l'inbox du site. Merci à tous d'avoir laissé un petit message, cela m'aide vraiment à poursuivre l'écriture !
cha910 : Salut à toi et heureuse de te revoir sur cette fiction ! Merci pour tes compliments - je ne suis pas très douée dans les descriptions mais j'essaie de donner suffisamment d'indices pour que chacun se fasse une idée du décor, de l'objet ou de la personne décrite. Je voulais aussi te remercier car c'est suite à ma réponse sur ton commentaire pour la Toile que j'ai commencé à réécrire une partie du chapitre de Gentlemen et le reste est venu... Donc ça m'a fait du bien d'en parler =) J'espère que ce chapitre t'a plu et à combler une partie des tes attentes. En espérant te lire bientôt ! Bonne fin de journée =)
Natsu : Bonjour et merci pour ton commentaire ! J'espère que ce chapitre t'a plu.. N'hésite pas à me dire ce que tu en as pensé =) Bonne journée et à bientôt !
Yzeute : Salut et merci pour ton double commentaire ! Je réponds ici à celui laissé en anonyme : je suis d'accord avec ton analyse ils se guérissent et se soutiennent mutuellement. C'est un peu difficile à mettre en place pour eux - surtout qu'ils n'ont pas pour habitude de se livrer et de faire confiance mais j'aime beaucoup d'écrire l'évolution de leur relation de couple - c'était pour moi l'un des enjeux de cette histoire. Le trio Potter-Prince-Parkinson arrive à se comprendre en parlant et je pense que pour le trio Black-Bonnefoi-Greengrass, la gestion du couple sera différente. Quant aux Malefoy-Lupin-Tonks ce sera encore une autre histoire assez explosive je pense ! En tout cas merci pour tes compliments et je te souhaite une excellente journée. A bientôt te lire !
lisloom : Bonjour et merci pour ton commentaire sur le précédent chapitre ! Je suis contente que malgré tes réticences initiales sur le pairing, tu apprécies quand même cette histoire. C'est un sacré compliment et je suis hyper touchée. Je savais que ce pairing serait "risqué" et peut être mal reçu par certains lecteurs mais aujourd'hui je peux simplement dire que je ne voyais pas l'histoire autrement. J'espère que ce chapitre t'a plu =) A très vite !
Papotage et annonce de la petite surprise
Je vous parlais d'une petite surprise en début de chapitre et peut-être certains d'entre vous l'ont oublié mais cette histoire comporte plusieurs bonus - deux ont été écrits et ont fait l'objet d'un mini-concours pendant la publication. Les bonus seront publiés à la suite de l'épilogue et un autre est en préparation. En outre, l'écriture du dernier bonus fera l'objet d'un petit concours qui sera annoncé à la publication de l'épilogue.
Je suis impatiente de connaître vos sentiments sur ce chapitre. Comme je le disais en introduction, il sera le dernier de l'histoire avant l'épilogue - ce dernier est écrit, il attend juste la relecture nécessaire. Comment avez-vous trouvé la crise d'Harry ? Les solutions mises en place par le trio ? La soirée d'intronisation ? La réaction de Sirius ? La conclusion ? Comme d'habitude je répondrai à chaque commentaire que l'auteur soit enregistré ou non.
Merci à tous pour votre soutien et votre patience ! A très bientôt ! Suzan
